Initialement prévu dans la magnifique église Saint-Pierre-aux-Nonnains de Metz, le programme de ce soir est finalement proposé dans la Salle d’honneur du Lycée Louis Vincent de la cité messine. On se souvient que l’Opéra-Théâtre est en travaux et que l’ensemble de la saison se joue hors-les-murs, l’occasion de découvrir quelques belles salles. Notre lycée a été édifié par les Prussiens après l’Annexion de l’Alsace-Moselle dans l’Empire. La construction se veut spectaculaire et digne de la puissance du Reich. La Salle d’honneur se caractérise ainsi par de très beaux volumes, une vaste scène et des coulisses, avec une capacité d’une centaine de places, voire davantage, et une acoustique idéale pour les ensembles de taille réduite. Une semaine après la présentation de Maria de Buenos Aires d’Astor Piazzolla dans la salle de musiques actuelles de la ville, on retrouve des œuvres du même compositeur en première partie de cette soirée dédiée une fois encore au tango sous toutes ses formes.
En première partie, l’ensemble Thema, composé de deux violons, un alto, un violoncelle, une contrebasse, un piano et l’immanquable bandonéon, nous propose quelques-unes des œuvres les plus célèbres de Piazzolla. De quoi chauffer la salle et nous préparer efficacement à la Messe qui va suivre, tant les musiciens semblent en fusion, transcendés, au bandonéon, par le remarquable Daniel Gruselle. Et le célébrissime Libertango qui clôt le court programme introductif achève de mettre tout le monde d’accord. Ce chef-d’œuvre du tango nuevo, tout en complexités et clins d’œil au répertoire classique, nous met dans l’esprit de la messe à venir.

La Misatango, ou Misa a Buenos Aires, a été créée en 1996 par le compositeur argentin Martín Palmeri. L’œuvre mélange la musique sacrée au tango, la musique savante se disputant avec des influences populaires comme autant de fulgurances et de sonorités à la fois classiques et inattendues. Entre Piazzolla et Rossini, avec une tension dramatique extrême matinée de sonorités latino-américaines syncopées, sublimées par l’utilisation insolite et fascinante du bandonéon, la messe est devenue l’une des œuvres vocales les plus fréquemment données en Europe. Pas d’orchestre en formation ample ici, mais toujours l’ensemble Thema, largement suffisant pour restituer toute l’âme et la force de la partition. Il n’est pas rare que ce soit le compositeur lui-même qui dirige, d’autant que l’une de ses spécialités est la direction chorale. Pour l’heure, c’est la cheffe des Chœurs de l’Opéra-Théâtre de l’Eurométropole de Metz qui officie. La messine Nathalie Marmeuse, pianiste et cheffe du chœur à Metz depuis 2013, se montre très à son aise dans ce répertoire où l’on retrouve la structure habituelle des messes, du Kyrie à l’Agnus Dei. Sous sa direction, instrumentistes, choristes et soliste parviennent à modeler une œuvre solidement charpentée et d’un bel équilibre. Les Chœurs de l’Opéra-Théâtre de l’Eurométropole de Metz semblent se délecter de cette partition à la fois exigeante et pleine d’immédiate séduction qui les met particulièrement en valeur, chacune des voix se détachant superbement dans la Salle d’honneur juste à la bonne taille du Lycée Louis Vincent. La mezzo albanaise Vikena Kamenica, que nous avions admirée entre autres en Suzuki dans le Madama Butterfly donné à Metz en 2022, nous enchante de son magnifique timbre ambré et de sa vocalité empreinte de noblesse toute en délicatesses. Toute la richesse et la beauté de cette œuvre singulière sont ainsi merveilleusement servies, pour un spectacle tout en tension et en émotion exacerbée, doublée d’une évidente puissance cathartique. On en redemande…


