C O N C E R T S 
 
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MONTREAL
05/06/03

(Danièle Le Blanc & Peter Strummer)
© Opéra de Montréal
L'Italienne à Alger

Opéra en deux actes de Gioacchino Rossini
Livret d'Angelo Anelli

Mustafa : Peter Strummer
Elvira : Louise Marcotte
Zulma : Arianna Chris
Haly : Patrick Malette
Lindoro : Benjamin Brecher
Isabella : Danièle LeBlanc
Taddeo : Phillip Addis

Orchestre Métropolitain du Grand Montréal
Choeur de l'Opéra de Montréal (direction : Jean-Marie Zéitouni)
Direction musicale : Yannick Nézet-Séguin

Mise en scène : Allison Grant
Décors : Claude Girard
Costumes : Opéra de Montréal et Malabar
Eclairages : Guy Simard

Montréal, 5 Mai 2003


Le choix de l'Opéra de Montréal de terminer sa saison 2002-2003 sur une note joyeuse était approprié après le dramatique Rape of Lucretia du mois d'avril. Mais l'intrigue de L'Italiana in Algeri est tellement mince que le metteur en scène doit déployer des trésors d'imagination pour que l'intérêt reste soutenu jusqu'à la fin. À cet égard, la soirée n'est qu'une demi-réussite. Les chanteurs, trop souvent laissés à eux-mêmes, ne sont pas des comédiens convaincants. Heureusement quelques jeux de scène à la Jean-Pierre Ponnelle rachètent par moments ce qu'il y a d'un peu anarchique dans l'ensemble. 

Sur scène, l'engagement des chanteurs au plan dramatique est inégal. C'est Peter Strummer qui réussit le mieux à montrer qu'il est le maître des lieux. Danièle LeBlanc manque du tempérament nécessaire pour lui faire face et l'on s'étonne à la fin que Mustafa revienne avec empressement vers Elvira, Isabella n'ayant pas été bien méchante envers lui. Patrick Malette en Haly et Phillip Addis en Taddeo nous font parfois rire. Le jeu des autres chanteurs nous laisse une assez faible impression.

À l'exception de Benjamin Brecher, le plateau est plus consistant au plan vocal. Danièle LeBlanc possède une voix homogène sur toute son étendue ; le legato est enveloppant et l'émission vocale magnifique. Il ne lui manque que l'expressivité pour devenir une Isabella crédible. Si vocalement Peter Strummer manque de profondeur pour Mustafa et qu'il devient quelque peu strident dans les aigus, il est cependant capable d'attaques en force, surtout dans la tessiture centrale, ce qui est important pour chanter Rossini lorsqu'il s'agit de camper un personnage bouffe. On notera aussi la prestation vocale de Patrick Malette et de Phillip Addis, deux barytons issus de l'Atelier lyrique de l'Opéra de Montréal, dont les carrières sont à suivre.

Pour les deux actes, l'Opéra de Montréal utilise un décor sobre et fonctionnel. Deux hautes tours percées chacune d'une fenêtre et flanquées de deux tours plus petites. Une porte de style forteresse placée au centre est retirée pour laisser voir un moment la proue et les voiles d'un navire et est ensuite remplacée par le grillage d'un harem. 

Le chef Yannick Nézet-Séguin insuffle à l'Orchestre Métropolitain du Grand Montréal, dont il est le titulaire, son enthousiasme pour cette musique débordante de gaieté. Il fait ressortir un ensemble de détails qui ne m'étaient pas familiers, en particulier chez les bois ; cela donne plus de scintillement à la couleur orchestrale. Comme c'est souvent le cas à l'Opéra de Montréal, le choeur est à la hauteur du travail de l'orchestre, soigné et brillant.

L'Opéra de Montréal arrive maintenant à un tournant de son histoire. À la direction artistique de la compagnie montréalaise depuis quelques mois, Bernard Labadie s'engage dans la voie du renouvellement et du développement et comme on ne connaît pas à Montréal les Rossini plus sérieux, pourquoi n'y verrait-on pas Guillaume Tell ? Si ensuite on pense élargir le répertoire français dans la deuxième ville française du monde, comment ne pas songer à La Juive d'Halévy qui renaît de ses cendres à Vienne depuis quelques années, qui s'en va au Met l'an prochain et sans doute à Paris dans quelques années ? Le renouveau ne passe pas uniquement par la production d'oeuvres plus contemporaines, mais aussi par la renaissance des vieux chefs-d'oeuvre oubliés.
 
 
 

Réal Boucher
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