Un jour, une création : 19 juin 1825, un « opéra sur rien »

Par Cédric Manuel | lun 19 Juin 2017 | Imprimer

A l’été 1824, Rossini, à peine arrivé à Paris, est nommé directeur artistique du Théâtre-Italien. Il y monte ses opéras mais n’entreprend rien de nouveau. Louis XVIII meurt peu après et son frère, le nouveau roi Charles X, manifeste rapidement, au contraire du défunt, son souhait d’organiser un couronnement digne de l’idée qu’il se fait de lui-même. Rossini reçoit alors la commande d’une œuvre lyrique, une « cantate scénique » destinée à célébrer l’événement. Le livret de Luigi Balocchi imagine alors une riche troupe cosmopolite qui se retrouve coincée dans une auberge alors qu’elle se rend justement au sacre.  S’ensuivent des séries d’airs, et d’ensembles tous plus virevoltants, cocasses et imaginatifs les uns que les autres, qui ont pour but ou pour effet selon l’humeur de faire passer le temps, jusqu’à l’hymne solennel tiré du chant à la gloire du bon roi Henri, lequel laisse la place à un finale de circonstance.

Le sacre a lieu le 29 mai à Reims et 3 semaines après, cet objet lyrique non identifié que constitue ce Voyage à Reims, cet « opéra sur rien » comme le nomme Jean-Michel Brèque dans le numéro de l’Avant-Scène opéra qui lui est consacré, est créé au Théâtre-Italien. Il remporte un succès écrasant. Mais Rossini doit considérer que la flatterie royale a ses limites et retire lui-même l’œuvre presqu’immédiatement. Il réutilisera, comme à son habitude, de nombreux numéros de sa partition dans son Comte Ory trois ans plus tard. Et on oubliera la « cantate scénique » pendant de longues décennies, tant et si bien qu’on l’a cru perdu.

Au début des années 1980, les musicologues Janet Johnson et Philipp Gossett reconstituent l’œuvre grâce à des fragments retrouvés un peu partout en Europe et l’œuvre ressuscite triomphalement en italien au festival de Pesaro sous la baguette de Claudio Abbado avec une pléiade de stars et dans une mise en scène de Luca Ronconi en 1984. Abbado reprendra cette production maintes fois, dont ici à Vienne quatre ans plus tard, avec une distribution un peu différente, mais pas moins prestigieuse.  Voici le fameux finale, introduit par le doux air de Corinne –rôle tenu par la Pasta lors de la création et ici par Cecilia Gasdia- jusqu’à l’hymne conclusif. 

 

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