Un jour, une création : 26 juin 1819, bicentenaire d'une victoire de Meyerbeer sur Rossini

Par Cédric Manuel | mer 26 Juin 2019 | Imprimer

C’est pour le Teatro San Benedetto de Venise que Giacomo Meyerbeer présente voici tout juste 2 siècles aujourd’hui l’un de ses premiers opéras, Emma di Resburgo. Meyerbeer déploie alors sa carrière en Italie et rencontre partout un succès grandissant. 

Le livret de ce nouvel opéra lui est fourni par son habituel librettiste d’alors, Gaetano Rossi, qui, comme souvent à l’époque, « emprunte » le livret d’un confrère – en l’occurrence celui qu’Andrea Leone Tottola avait conçu pour l’Elena e Costantino de Mayr quelques années auparavant. Mais rassurons-nous, Tottola l’avait lui-même déjà « emprunté » à ses confrères Saint-Cyr et Bouilly. Ces derniers racontaient déjà peu ou prou la même trame pour l’opéra Helena de Méhul. Rossi transforme Helena en Emma ; transpose l’histoire de Provence en Ecosse – alors très à la mode – et le tour est joué.

La comtesse Emma est en quête de son mari, le comte Edemondo, qui est allé se mettre au vert puisqu’il est (injustement) accusé d’avoir assassiné son propre père. Elle n’est pas la seule à chercher à lui mettre le grappin dessus, le nouveau patron de leur grand domaine, Norcesto, aimerait bien le trouver aussi, non pas pour lui conter fleurette, mais pour éliminer plus définitivement ce dangereux concurrent. Pour éviter à leur fils Egildo de subir toutes ces avanies, Emma l’a confié à un ami sûr, Olfredo (vous suivez ?). Dans le château de ce dernier Emma et Edemondo se retrouvent en secret et grimés. Mais voilà le fâcheux Norcesto qui en profite pour enlever l’enfant. Pour sauver ce dernier, Emma et Edemondo révèlent leur identité. Emma est emprisonnée elle aussi avec son fils. Quant à Edemondo, sans surprise, il est condamné à mort. En l’apprenant, Emma révèle à tous qu’elle sait que le véritable meurtrier est Norcesto (ça par exemple, quelle surprise ! ). Ce dernier, visiblement troublé, ordonne l’exécution. Mais au moment où elle doit avoir lieu et alors que les deux époux se disent adieu, Norcesto affirme que c’est son propre père qui a tué celui d’Edemondo, et qui le lui a affirmé par écrit peu avant de mourir lui-même. Tout est donc bien qui finit bien…

Ce « mélodrame héroïque » est créé quelques semaines après la présentation dans le même théâtre d’Eduardo e Cristina de Rossini, que Meyerbeer rencontre d’ailleurs à cette occasion et pour qui il voue une grande admiration. Petite fierté pour le Berlinois, Emma di Resburgo rencontre un succès beaucoup plus grand que l’opéra de son modèle et restera à l’affiche pour 74 représentations. Il faut quand même dire que Meyerbeer puise largement dans le style rossinien alors en vogue, tout en reconnaissant que les caractéristiques du genre meyerbeerien sont déjà réunis dans les grands ensembles et la matière orchestrale.

Voici en tout cas l’un des airs phares de la partition, « Ciel pietoso », rossinien en diable, chanté ici en public par Vivica Genaux.

 

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