Un jour, une création : 3 août 1860, Gounod met une colombe au menu des estivants

Par Cédric Manuel | dim 02 Août 2020 | Imprimer

C’est en quelque sorte pour rembourser une dette que Charles Gounod compose ce petit bijou en 1 puis 2 actes, après une révision de 1866, que constitue La Colombe

En effet, en 1859, il avait déjà réalisé un petit opéra dans la veine de l’opéra-comique à la française, celui des grands succès de La Dame blanche ou du Pré-aux-Clercs ou même ceux de Grétry encore antérieurs, auxquels Gounod comme d’autres rendent ainsi hommage plusieurs décennies après. Il s’agissait alors de Philémon et Baucis.

Le cadre de ces petits ouvrages devait se prêter à la délicieuse légèreté caractéristique de ce genre, puisque Philémon et Baucis était destiné au casino de Baden-Baden, dont le directeur, Edouard Bénazet, avait demandé à Gounod de donner ainsi tout le baume musical nécessaire aux riches estivants qui affluaient dans la petite ville thermale.

Mais Gounod avait préféré éviter de présenter son ouvrage dans une ville germanique alors que la guerre entre la France et l’Autriche en Italie alimentait les tensions européennes. C’est donc pour trouver une forme de compensation que Gounod propose à Bénazet l’année suivante une partition nouvelle dans le même esprit, qu’il lui dédie : c’est La Colombe.

Les librettistes, les inévitables Barbier et Carré qui avaient déjà concocté le fameux Faust l’année précédente, s’inspirent cette fois de La Fontaine (qui lui-même avait louché sur Boccace, qui lui-même... etc.), et plus précisément du Faucon des Contes et Nouvelles. Dans l’opéra, les librettistes remplacent le faucon par une colombe, cette colombe qui est l’ultime bien d’un jeune noble désargenté, Horace, qui y tient comme à la prunelle de ses yeux. Une comtesse, Sylvie, qu’Horace aime par ailleurs, veut la lui acheter car elle ne supporte pas que sa rivale,  Aminte, rafle toujours la mise chez ses amants grâce aux spectacles de son perroquet. Elle envoie son cuisinier et homme à tout faire, Maître Jean, pour conclure l’affaire. Horace, bien sûr, refuse. Sylvie, qui espère qu’Horace, dont elle perçoit les sentiments, cèdera si elle le lui demande elle-même, s’invite à dîner chez lui, ce qui remplit Horace de bonheur.

Maître Jean se propose de faire la cuisine, dont il célèbre l’art. Problème : comme Horace est fauché, son valet Mazet n’a rien pu acheter au marché. Ne pouvant perdre la face devant sa belle, Horace décide de sacrifier la colombe et de la servir au dîner. La comtesse et lui s’installent à table, le charme opère et Mazet apporte l’oiseau rôti. Horace révèle à Sylvie consternée qu’il a sacrifié la fameuse colombe. Mais Mazet révèle qu’en réalité, c’est le perroquet d’Aminte qu’ils vont déguster, puisqu’il s’était opportunément échappé. Tout est bien qui finit bien (sauf pour le perroquet).

L’œuvre, présentée voici 160 ans aujourd’hui, remporte un franc succès qu’il ne retrouvera malheureusement jamais, en particulier lors de sa reprise en France. C’est fort injuste car voilà bien une œuvre délicate, délicieuse et brillante dans une période où Gounod, jeune quarantenaire, parvient au sommet de ses moyens. Voici quelques années, l’équipe d’Opera Rara enregistre, sous la direction de sir Mark Elder, cette œuvre dont on présente souvent l’un des principaux tubes comme étant l’air très misogyne de Mazet – rôle travesti et donc chanté par une femme – sur… les femmes précisément. Mais, d’un naturel prudent et aussi pour changer un peu, je vous propose plutôt le grand hommage à l’art culinaire, chanté ici par un Laurent Naouri jubilatoire : « Le grand art de cuisine ». Bon appétit !

 

 

 

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