Un jour, une création : 7 octobre 1878, l'épilogue funeste d'une prise d'otage.

Par Cédric Manuel | dim 07 Octobre 2018 | Imprimer

Après avoir renoncé à adapter l’Enfer de Dante, Gounod, quelques mois seulement après Roméo et Juliette (1867), se lance avec ses acolytes Barbier et Carré dans un projet Polyeucte d’après Corneille. Le livret est plus fidèle à la tragédie de ce dernier que le Poliuto de Donizetti 30 ans plus tôt et Gounod commence à composer quelques mois avant la guerre de 1870. Exilé en Angleterre durant celle-ci, il y fricote avec une passionnée de son œuvre, légèrement illuminée dans le genre gounolâtre, Georgina Weldon. Le compositeur remise alors le projet Polyeucte dans les cartons jusqu’à ce que l’Opéra de Paris lui confirme son souhait de monter l’ouvrage. Cherry on the cake, il accepte même d’offrir le rôle de Pauline à Georgina, cantatrice de son état.  Sur ces entrefaites, la salle Le Peletier brûle, le chantier de l’opéra Garnier n’est pas tout à fait terminé et Gounod rentre à Paris sans Georgina. Il lui laisse imprudemment la partition de Polyeucte, qu’elle refuse alors de lui renvoyer, sur le mode de « viens la chercher si t’es un homme ». Gounod lui fait donc un procès et elle affirme avoir détruit l’œuvre en représailles. Notre pauvre compositeur reconstitue sa partition de mémoire, mais la mégère londonienne finit par lui renvoyer l’originale, après avoir pris soin d’écrire son prénom sur chaque page…

L’œuvre attendra encore quelques années avant d’être créée au palais Garnier, voici tout juste 140 ans, à l’occasion de l’Exposition universelle de Paris (qui l’organisait alors à peu près tous les 10 ans), évidemment sans Georgina dans le rôle de Pauline.

L’échec est complet. Tchaikovsky écrit sévèrement à son collègue Taneiev : « Je n’ai jamais rien entendu de pire que cet opéra. Il comporte 5 actes assommants dont aucun passage ne réussit à s’élever au-dessus d’un fond mortellement plat et incolore ». Avec de tels jugements, rien d’étonnant à ce que l’œuvre soit très vite retirée de l’affiche pour n’y plus paraître avant des décennies et des décennies.

Si quelques airs subsistent en récital –notamment « Source délicieuse », pour les ténors- il n’existe à ma connaissance qu’un seul enregistrement celui du spectacle donné au festival de Martina Franca en 2004. La qualité en est relative, mais au moins donne-t-il une idée de la partition, notamment ce duo entre le Sévère de  Luca Grassi et la Pauline de  Nadia Vezzù, à l’acte II.

 

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