Une affaire de dosage

Wagner, Rihm et Mahler - Hengelbrock - Paris (Philharmonie)

Par Alexandre Jamar | mar 10 Octobre 2017 | Imprimer

Programme germano-germanique pour cette soirée à la Philharmonie. Thomas Hengelbrock, chef associé de l’Orchestre de Paris, réunit son Orchestre de la NDR dans un triplé Wagner, Rihm et Mahler au milieu duquel figure le ténor slovaque Pavol Breslik. S’inscrivant dans le cadre du Festival d’Automne à Paris, le concert est un lointain écho de la cérémonie d’ouverture de l’Elbphilharmonie en début d’année. On y retrouve la combinaison entre le Prélude de Parsifal et le tryptique Reminiszenz de Rihm, composé pour l’occasion, mais la Neuvième de Beethoven est ici supplantée par la Première de Mahler.

Les premières notes de Parsifal prédisent un bon déroulement. La longue phrase se déploie aux cordes, clarinette et basson qui coulent sous la baguette attentive mais souple du chef. Pourtant, c’est sur l’accord de La bémol Majeur que naissent nos premières inquiétudes : la pâte orchestrale enfle tant et si bien qu’il devient difficile d’y retrouver le thème, masqué par les bariolages des cordes. Il faut attendre le premier choral de cuivre pour retrouver l’équilibre rayonnant auquel Thomas Hengelbrock nous avait habitué jusqu’à présent.

Enchainement attacca entre Wagner et Rihm. Le chef avait déjà tenté l’expérience avec succès dans un concert Bach/Zimmermann, et l’effet est tout aussi saisissant. Composée à la mémoire de l’auteur hambourgeois Hans Henny Jahnn, l’épitaphe nous est présentée dans sa création française. De Wagner, Rihm conserve le goût pour le lyrisme, qu’il teinte volontiers de coups de poing schoenbergiens. Celui qui a déjà mis en musique les plus grands auteurs germanophones (Goethe, Hölderlin, Nietzsche ou Lenz entre autres) prend grand soin à souligner son discours par des vocalises, silences, répétitions et changements abrupts de registres. Pourtant, l’écriture vocale pour laquelle le compositeur a opté ne semble pas tout à fait convenir à Pavol Breslik. Les qualités techniques et musicales ne sont pas pour autant remises en cause : la voix n’est simplement pas adaptée au discours orchestral, si bien que la deuxième partie de la pièce pêche par simple manque de dosage entre une voix trop légère et un orchestre bouillonnant. Ecrite pour l’appareil vocal de Jonas Kaufmann (qui annula pour des raisons de santé), la pièce n’est probablement pas encore à la portée d’un ténor tel que Breslik, qui remplaça finalement Kaufmann pour la création mondiale. Saluons tout de même l’excellent allemand du chanteur, ainsi que son engagement dans l’interprétation, soulignant toute la fragilité du dernier volet de la pièce.

Passé l’entracte, les vieux démons du Prélude de Parsifal resurgissent : malgré une introduction avec de magnifiques piani, l’équilibre instauré par Hengelbrock se perd rapidement. Le thème « Ging heut’ morgen über’s Feld » se mélange tant et si bien aux autres motifs, que plus rien n’est véritablement identifiable pour l’auditeur. Le début du troisième mouvement semble souffrir du même travers. Fort heureusement, le charisme d’Hengelbrock l’emporte sur ces déséquilibres, le chef n’ayant pas son pareil pour générer instantanément les contrastes entre atmosphères planantes et musiques de bastringue si chers à Mahler. Un finale particulièrement enlevé achève de conquérir la salle et un Prélude du troisième acte de Lohengrin clôt avec allure ce concert par un bis très réclamé.

 

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