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1er mai 1924 : une si longue attente…

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1 mai 2024
Il y a 100 ans était créé Nerone, opéra posthume d’Arrigo Boito

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Détails

Plus de 50 ans, voilà le temps qu’il aura fallu au Nerone d’Arrigo Boito pour être créé voici tout juste un siècle à la Scala de Milan. 54 ans exactement, même, puisque Boito en termine la première version du livret en 1870.

Il n’a alors pas nécessairement l’intention d’en composer la musique lui-même. Il est assez échaudé par le terrible échec de son opéra Mefistofele en 1868 et travaille plutôt à le restructurer en vue d’une seconde chance, qui viendra en 1875.

Arrigo Boito

Son Nerone est donc proposé par l’éditeur Ricordi à Verdi lui-même, qui n’a pas composé d’opéra nouveau depuis Don Carlos pour Paris en 1867. À ce moment là, Verdi, qui n’a pas renoncé à composer comme il le laissera penser plus tard, s’intéresse de plus en plus à Wagner, dont il se fait livrer les livrets et la partition de Tannhäuser. Le compositeur est indécis. Il ne veut plus travailler pour Paris, qui l’exaspère. Approché par Camille du Locle – librettiste de Don Carlos – pour lui proposer un livret sur le Patrie de Victorien Sardou, Verdi lui fait savoir qu’il ne le retiendra pas. En revanche, le sujet de Néron l’intéresse et il n’ignore pas du tout le talent de Boito, dont il a déjà mis les vers en musique pour l’Hymne des Nations à l’occasion de l’Exposition universelle de Londres en 1862, et ce malgré de fortes tensions liées aux prises de position du librettiste sur l’art italien que Verdi avait pris comme des attaques personnelles.

Verdi s’intéresse donc au Nerone de Boito, mais indique qu’il ne le mettra en musique qu’à la condition que ce dernier ne le fasse pas lui-même. Puis on passe à d’autres sujets et tout cela débouchera sur Aida. Nerone reste dans les tiroirs et Boito l’en ressort une fois que la seconde version de son Mefistofele trouve le succès espéré. C’est donc lui qui en écrira la musique. Il s’y attelle avec patience et méticulosité, sans jamais l’achever, comme s’il voulait créer l’œuvre parfaite.

Les années passent. Boito se rapproche toujours davantage de Verdi, qui a fini par lui pardonner ses bouillonnements de jeunesse. Ensemble, ils travaillent à la remise sur pieds de Simon Boccanegra (1881) et surtout à Otello (1887) puis Falstaff (1893).

En 1901, Boito publie le livret de Nerone, qui est encensé par la critique. Mais toujours pas la partition, qui n’est simplement pas achevée. Trois actes sur les cinq sont prêts, le quatrième largement ébauché et Boito les joue au piano en 1911, 40 ans après avoir achevé la première version du livret. Le vieux Ricordi l’enjoint de laisser l’œuvre vivre sa vie et Boito finit par accepter. La création est donc prévue pour la saison 1912 de la Scala.

Mais Ricordi meurt cette année-là et le projet prend encore du retard. La guerre n’arrange rien et Boito, qui n’en finit pas de remettre ce qu’il a déjà écrit sur le métier, disparaît lui-même à 76 ans, en juin 1918, sans avoir terminé ce fameux cinquième acte.

Giulio Ricordi

La partition est alors confiée par l’exécuteur testamentaire de Boito à Arturo Toscanini, vieil ami du défunt, qui l’a beaucoup soutenu. Le chef d’orchestre fait appel au compositeur Antonio Smareglia, autre ami de Boito, pour qu’ils achèvent l’opéra ensemble. Il est assez probable que Smareglia, découvrant la partition, la déclare décevante, provoquant la colère de Toscanini, coutumier du fait. Ce dernier rompt la relation et fait appel à un autre compositeur, plus jeune, Federico Tommasini. Ils mettront encore plusieurs années à venir à bout de la partition, enfin achevée pour la saison 1923-1924 de la Scala, dont Toscanini est à nouveau le directeur musical depuis 1921.

Le livret s’ouvre sur la Via Appia. Néron, attendu par Simon le Mage et Tigellin, vient enterrer l’urne contenant les cendres de sa mère Agrippine. Terrifié, il est persuadé qu’il est poursuivi par les Erynies, esprits vengeurs qui tourmentent les auteurs de matricides. Rassuré par ses deux comparses, il demande à Simon de le protéger de la malédiction. Surgit tout à coup au milieu d’ombres dont Néron ne sait pas distinguer les vivants des morts, une femme tenant une torche et portant un serpent autour du cou. Néron, à nouveau terrorisé par cette apparition, est emporté au loin par Tigellin tandis que Simon interroge cette femme, qui dit être Asteria, amoureuse de Néron qu’elle suit depuis longtemps en secret. Elle se cache dans une crypte qui abrite des chrétiens, parmi lesquels Rubria et Phanuel. Mais Asteria ne veut pas de leur dieu. Pour elle, c’est Néron le dieu vivant. Simon annonce à Phanuel que les chrétiens triompheront et lui propose de prendre le pouvoir, ce que le jeune apôtre refuse. Simon devient alors son adversaire tandis que Néron revient avec Tigellin, acclamé par le peuple qui le reconnaît comme le nouvel Apollon. Néron prend sa lyre et chante sa propre gloire.

Simon s’adonne à des rites mensongers destinés à tromper les crédules romains. Il place Asteria sur un trône et invite Néron à venir rendre hommage à cette déesse par un habile jeu de miroirs qui abuse aussi le jeune empereur. Mais Asteria ne pouvant réprimer son amour pour lui, se précipite dans ses bras et Néron découvre la supercherie. Il fait jeter Asteria dans la fosse aux serpents et condamne Simon à une mort atroce dans l’arène. Simon lui promet qu’il saura voler dans l’arène, ce qui impressionne Néron. Mais pour y parvenir, le faux mage pense avoir besoin des pouvoirs de ce Dieu que révèrent Phanuel et les siens. Simon essaie de soudoyer Phanuel, en pure perte. Il le fait donc arrêter. Au Cirque Maxime, le complice de Simon, Gobrias, dit à ce dernier qu’il a provoqué un incendie dans Rome pour détourner le peuple du spectacle promis et durant lequel Simon est censé s’envoler. C’est Asteria, que Gobrias a sauvée de la fosse aux serpents, qui doit mettre le feu. Asteria a accepté dans l’espoir de sauver les chrétiens, promis à la mort dans l’arène. Tigellin, qui découvre le complot, prévient Néron. L’empereur refuse d’intervenir : l’incendie est une aubaine car il pourra reconstruire Rome à son image. Troublé par l’apparition d’une vestale venue ordonner la libération des chrétiens, il laisse éclater sa colère lorsque, sur son ordre, cette femme est démasquée par Simon et qu’on découvre la chrétienne Rubria. On la jette aux lions et Néron ordonne à Simon d’aller se poster comme promis tout en haut de l’arène pour montrer qu’il sait voler. Simon s’en remet à Tigellin pour le sauver mais ce dernier n’en a aucunement l’intention. Simon cherche alors à s’enfuir, poursuivi par les gardes, pendant que l’incendie déclenché dans la ville provoque la panique des romains qui se précipitent hors du cirque.

Dans Rome en flammes, Asteria guide Phanuel, qu’elle est venue sauver. Ensemble, ils vont chercher le corps de Rubria, qu’ils découvrent très gravement blessée dans les décombres du cirque aux côtés du corps désarticulé de Simon. Rubria, expirante, confesse son péché : elle servait à la fois comme vestale et comme chrétienne. Phanuel l’absout et elle meurt. Phanuel fuit la ville avec Asteria.

Pour assurer le succès, on ne lésine pas sur les moyens. Les plus grands chanteurs du moment sont conviés : Aureliano Pertile en Néron, Ezio Pinza en Tigellin, Carlo Galeffi en Phanuel, Rosa Raisa en Asteria, Marcel Journet en Simon et Luisa Bertana en Rubria. La caisse de résonnance est assurée par les fascistes, qui ont repris à leur compte cet opéra censé glorifier la Rome antique, marqueur du nouveau régime que pourtant Toscanini déteste. On dit que Mussolini, absent lors de la première, s’enquiert des préparatifs. Il est donc clair que l’œuvre doit réussir et cela ne manque donc pas. Mais comme on le sait, ce succès ne durera pas, la faute à une partition moins inspirée que Mefistofele, ce que Boito lui-même, dans ses hésitations, semblait avoir compris.

Arturo Toscanini © DR
Arturo Toscanini

Près d’un quart de siècle après la création qu’il a dirigée, Toscanini revient à la Scala pour de nouvelles représentations dont voici un pirate, au son certes difficile, mais qui permet d’entendre la grande Giulietta Simionato dans le rôle de Rubria. Si vous voulez entendre la partition intégrale, la captation d’un autre live, dirigé par Gianandrea Gavazzeni, vous la fera connaître dans de meilleures conditions.

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