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1er octobre 1733 : « Cet homme-là nous éclipsera tous ! »

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1 octobre 2023

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Après plusieurs essais, assez oubliés et peu significatifs, Jean-Philippe Rameau plonge littéralement dans le théâtre à presque 50 ans. Bien que sa vie nous soit souvent assez obscure, comme nous vous le racontions récemment à l’occasion de son 340e anniversaire, il semble assez clair que cet entrain lui soit venu de l’audition de l’opéra de Montéclair, Jephté, en 1732. Le puissant fermier général Le Riche de la Popelinière (ou La Pouplinière), que Rameau connaît vraisemblablement depuis de longues années et qui s’est construit tout à la fois une réputation de riche mécène et de bon vivant un peu débordant, lui désigne un possible librettiste pour son projet, l’abbé Pellegrin, auteur, précisément, du livret de cette Jephté qui l’a tant impressionné.

Le choix n’est pas mauvais. Pellegrin est un faiseur habile qui ne manque pas d’expérience et qui trousse autour de la Phèdre de Racine une intrigue qui agrège d’autres récits, d’autres tragédies, d’autres fééries, d’autres mythologies, mélangeant le tout en un prologue et cinq actes. Et il faut croire que, tel un cheval de course qui n’en peut plus qu’on le retienne, Rameau se lance à tombeau ouvert dans la partition avec tant d’idées qu’il en éblouit sans doute les premiers auditeurs privés de l’œuvre, en avril 1733, chez La Pouplinière ou chez le prince de Carignan, les sources divergeant sur ce point.

Mais la suite ne va pas être de tout repos, quand il va s’agir de monter l’ouvrage, Hippolyte et Aricie, à l’Académie royale de musique, quelques jours après ses 50 ans. Devant le flot inédit de musique qu’on inflige aux chanteurs de l’institution, encore très marquée par le souvenir et le cadre fixé par Lully, certains se rebiffent, grognent, râlent, procrastinent. Rameau, qui n’a rien d’un artiste malléable et encore moins d’un diplomate, doit pourtant faire des concessions. La rumeur précédant la création, celle-ci se déroule dans une atmosphère électrique qui transpose dans le public les querelles constatées en répétition. Les « lullystes » attaquent les « ramistes », dont ils accusent le héros de dénaturer la grande tragédie à la française héritée du Florentin. Dès le premier acte, les premiers donnent de la voix, sans que les seconds n’interviennent, laissant penser à Rameau que le four est certain. Les opposants se bouchent les oreilles, crient aux dissonances, aux audaces interdites, à l’abomination musicale tandis que les partisans, enfin ragaillardis, font un triomphe à ce chef-d’œuvre novateur.

Au sortir de cet ouragan, le prince de Conti interroge, dit-on, le vénérable compositeur André Campra (72 ans). Celui-ci lui répond sans hésiter, subjugué : « Il y a dans cet opéra assez de musique pour en faire dix ! Cet homme-là nous éclipsera tous ! ».

Signe que l’œuvre est finalement un vrai succès public, elle est reprise plus de 40 fois, avant d’être nettement modifiée en 1742 – Rameau avait peut-être été effrayé par sa propre audace – puis à nouveau, plus marginalement en 1745. Plus encore, elle fait l’objet d’un pastiche à peine deux mois après la création mouvementée du 1er octobre 1733.

C’est en particulier (mais bien sur pas seulement) l’usage qu’il fait de l’orchestre, puissamment évocateur, qui fait de Rameau un novateur dans cette œuvre et c’est ce qui l’ancrera dans la modernité. En voici un extrait de l’acte IV dans la production signée Ivan Alexandre pour le Palais Garnier, avec le Concert d’Astrée dirigé par Emmanuelle Haïm et respectivement Topi Lehtipuu et Anne-Catherine Gillet dans les rôles titres, Sarah Connolly en Phèdre et Stéphane Degout en Thésée.

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