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7 janvier 1826 : Alahor à Grenade fait (presque) pschitt

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Zapping
7 janvier 2026
Alahor in Granata de Donizetti fête ses 200 ans (et on a bien failli ne jamais le connaître)

On l’a longtemps cru perdu, cet opéra composé par un Donizetti de 27 ans pour le Teatro Carolino de Palerme (aujourd’hui Teatro Bellini). Le compositeur répondait ainsi à une commande du théâtre alors qu’il se trouvait jusque là essentiellement entre Rome et Naples, où il venait de créer son Emilia di Liverpool sans grand succès, alors qu’il avait remporté un triomphe à Rome avec l’Ajo dell’imbarazzo en février 2024. Et surtout, il venait d’accepter la charge de maître de chapelle du théâtre, à contrecoeur mais sans pouvoir faire vraiment autrement puisque les théâtres de Naples étaient fermés pour un long deuil à la suite de la mort du roi Ferdinand Ier en janvier 1825 et ceux de Rome l’étaient en raison de l’Année sainte.

Donizetti se cherche encore un peu. Très influencé par le style rossinien dont il peine à se défaire, il lui faut aussi compter avec une programmation omniprésente des oeuvres de son aîné de 5 ans dans les théâtres de la péninsule et une concurrence assez rude de ses autres contemporains. Se faire un nom est encore un défi, même s’il commence à être reconnu. 

Le Teatro Carolina (actuel Teatro Bellini) de Palerme

Pour honorer ses nouvelles fonctions et se donner de bonnes chances de succès avec son nouvel opéra, quoi de mieux que revenir à ce qui lui avait assuré son premier grand succès en 1822, toujours à Rome, autour de l’histoire de Zoraida de Granata, tirée d’une pièce du Français Jean-Pierre Claris de Florian, Gonzalve de Cordoue ou Grenade reconquise. Cette même pièce sert de source, mais moins directe, à sa nouvelle partition, qui s’appuie surtout sur le livret que Romani avait fait pour Meyerbeer et son Esule di Granata quelques années plus tôt. Pour autant, c’est surtout par le livret que l’opéra, baptisé Alahor in Granata, pêche. L’une des causes en serait que le ténor Calvari voulait qu’on lui ménage de quoi se mettre en valeur, au mépris de toute progression dramatique -déjà très relative à cause du livret-  le rôle titre étant dévolu à un baryton (et pas n’importe lequel, puisqu’il s’agissait du fameux Tamburini). Il faut dire que Donizetti n’a pas trop de chance avec l’équipe qu’il trouve à Palerme : orchestre des plus faibles, impresario incompétent et indélicat, chanteurs insultants pour le jeune compositeur, troupe sans relief, dans laquelle seul Tamburini est alors la coqueluche du public…

L’action se situe à Grenade au XVe siècle, où Alahor (baryton), de la tribu des Abencérages, revient avec le souhait de venger sa famille, décimée par par le sultan Ali, auquel vient de succéder son frère, Mulay-Hassem (rôle travesti, tenu par un alto, en l’occurence l’épouse de Tamburini, Marietta Gioia). Dans cette entreprise, il a un allié de circonstance : Alamor (et oui, il y a un Alahor et un Alamor… ça aide ! C’est le ténor). Chef de la tribu des Zegris, dont est issu le sultan et qui est la grande rivale des Abencérages, Alamor en veut « à mort » à Mulay-Hassem d’avoir refusé la main de sa fille et d’avoir fait la paix avec les Castillans. Il faut dire que le sultan est amoureux de Zobeida (soprano), la soeur… d’Alahor… et il en est aimé en retour. Par ailleurs, le souverain assoit son pouvoir sur de grandes victoires et sur une paix qu’il croit profitable pour son royaume. Il se sent donc très puissant. Il renvoie avec dédain Alamor venu pleurnicher et annonce ses futures noces avec Zobeida. Mais Alahor tance sévèrement sa soeur de se perdre ainsi avec le frère du tueur de leur père. Perdue, Zobeida refuse alors la main de celui qu’elle aime, à la grande stupéfaction de ce dernier et de la cour… En privé, Zobeida avoue à Mulay-Hassem qu’elle est la soeur d’Alahor (allez comprendre pourquoi le sultan tout puissant ignorait une telle chose) pendant qu’Alamor, courageux mais pas téméraire, laisse à Alahor, qui est candidat, le soin de frapper le sultan. Las ! l’un des comploteurs, Ismaël (un autre ténor), vend la mèche à ce dernier qui, comprenant le mobile d’Alahor et sachant qu’il est le frère de sa bien aimée, lui pardonne avec magnanimité. Alahor consent alors à l’union du sultan et de sa soeur. Les conjurés conduits par Alamor en profitent pour attaquer, mais Alahor, plein d’autorité, s’interpose et tout finit bien…

La partition, prête pour décembre 1825 comme initialement prévue, reste très rossinienne en particulier dans sa structure, mais commence à dresser les contours d’une évolution plus personnelle annonciatrice des oeuvres à venir, notamment dans sa capacité à faire surgir le théâtre dans sa musique et particulièrement dans les ensembles qui feront bientôt sa signature.

Retardée par la grossesse de l’interprète féminine principale, Elisabetta Ferron, l’oeuvre n’est créée que le 7 janvier 1826, voici donc tout juste deux siècles, obtenant un succès réel, qui, compte tenu des faiblesses générales encore visibles et détaillées plus haut, tient du miracle, ce que la presse locale ne manque pas de relever, en l’attribuant aux mérites de la partition. Reprise peu après, elle disparaît corps et biens pendant près de 150 ans. La découverte miraculeuse d’une copie de la partition d’orchestre à … Boston (!) permettra de la faire renaitre (et de l’enregistrer) au théâtre de la Maestranza à Séville voici plus de 25 ans, avec une belle distribution.

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