C'était au temps où Monaco chantait

Printemps des Arts de Monte-Carlo. 30 ans de Festival

Par Laurent Bury | mar 11 Février 2014 | Imprimer
 
De 1970 à 1983, Monte-Carlo accueillit un Festival international des Arts, d’abord l’été, puis l’hiver. Ces quatorze saisons proposaient concerts, ballets, récitals, spectacles théâtraux, projections de films et même soirées littéraires. Malgré un succès indéniable, une réflexion fut engagée en 1981 pour tâcher d’élaborer une nouvelle formule, susceptible d’attirer un public différent. Il fut donc décidé de limiter à une quinzaine de jours la durée du festival, qui aurait dorénavant lieu à Pâques. Ainsi naquit en 1984 le Printemps des Arts de Monte-Carlo, le décès tragique de la princesse Grâce en septembre 1982 ayant privé de son inspiratrice une manifestation dont le trentième anniversaire est marqué par la publication d’un somptueux volume chez Actes Sud.
Quand on prend connaissance de la liste des artistes invités lors des premières années du Printemps des Arts, on croit découvrir le générique du Grand Echiquier de Jacques Chancel : Ruggero Raimondi inaugure le festival le jeudi 19 avril 1984, bientôt suivi par Teresa Berganza, Barbara Hendricks, Julia Migenes ou Luciano Pavarotti. C’est tout le gratin lyrique des années 1970-80 qui défile : Cotrubas, Freni, Von Stade, Bruson, Ricciarelli, etc. Le Printemps des Arts voit aussi se succéder les générations d’interprètes, comme un lieu de passage de relai : en 1989, Thomas Quasthoff fait sensation dans le Winterreise, que son aîné Dietrich Fischer-Dieskau viendra chanter l’année suivante, en attendant le tour de Matthias Goerne en 2009. Après les Price et Caballé viendront les Dessay et Bartoli ; autres temps, autres formats…
La deuxième moitié des années 1980 est également celle du renouveau baroque : si un pionnier comme Jean-Claude Malgoire dirige Theodora de Haendel en 1984 et Montezuma de Vivaldi en 1989, bientôt René Jacobs révèle Le Cinesi de Gluck et Flavio de Haendel, et l’on entend Marc Minkowski à la tête d’une Alceste, spectacles souvent montés avec l’orchestre de l’English Bach Festival et mis en scène par Tom Hawkes, friand de pseudo-reconstitutions. En 1993, Christophe Rousset présente des mélodrames de Benda, et l’année suivante, Fabio Biondi propose Poro de Haendel avec son Europa Galante. Hélas, Monte-Carlo rompt en 1996 avec la veine baroque entamée dès l’époque du Festival international des arts, et préfère désormais faire découvrir la musique contemporaine. On crée des opéras de Marius Constant, de Charles Chayne, mais la voix est rarement présente dans les œuvres programmées. Le compositeur Marc Monnet est nommé directeur artistique en 2002. En 2008, retour de l’opéra avec Jenufa, mais l’art lyrique n’occupera plus jamais la place qui fut la sienne au début de la manifestation : en 2013, année des 30 ans, un Château de Barbe-Bleue en concert avec Michelle DeYoung et Matthias Goerne est la seule soirée consacrée au genre.
Bien sûr, le livre paru chez Actes Sud, essentiellement composé de photographies sur papier glacé, restitue la diversité du Printemps des Arts, qui s’est peu à peu ouvert à la photographie, à la sculpture et à la peinture. Les amateurs d’art lyrique n’y trouveront guère que quelques beaux portraits (Berganza, June Anderson, Pavarotti), et quelques images de représentations baroqueuses empanachées. Sans doute seront-ils plus comblés en écoutant les huit CD joints au volume, très représentatifs de la diversité des musiques interprétées dans le cadre du festival. Pour les amateurs de musique (très) ancienne, le disque n°2 propose des œuvres religieuses de l’époque de Louis XII et François Ier, par l’ensemble Organum dirigé par Marcel Pérès ; pour les amateurs de baroque, le disque n°4 propose Il Pittor parigino de Cimarosa, ressuscité en 1988 par une équipe hongroise que dirigeait Tamás Pal (hélas, seul le premier acte est ici repris !), et le n° 7, des motets du Padre Lodovico Grossi da Viadana, chantés par René Jacobs en 1991 ; pour les adeptes du contemporain, le disque n° 8 inclut une œuvre commandée à Philipp Maintz, Wenn steine sich gen himmel stauen, pour baryton et orchestre. Enfin et surtout, le disque n° 5 nous livre le récital donné par Felicity Lott le 17 avril 1991 avec Graham Johnson au piano : on y entend évidemment du très connu, des mélodies françaises et allemandes que Dame Felicity a gravées par ailleurs, mais on goûtera aussi tout un bouquet en hommage à Yvonne Printemps, au répertoire duquel elle reprend les deux admirables mélodies écrites par Auric et Poulenc pour La Reine Margot, l’air de la lettre du Mozart de Reynaldo Hahn, et cette pépite inédite, « I’ll Follow My Secret Heart » de Noël Coward, chanté avec l’impayable accent franchouillard d'une artiste qui avait justement pris pour nom de scène celui de la saison dudit festival.
 
  
 
 
 
 
 

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