Julia Muzychenko, un des noms à retenir du Concours de Clermont-Ferrand

27e Concours international de chant de Clermont-Ferrand - Clermont-Ferrand

Par Yvan Beuvard | mar 20 Juillet 2021 | Imprimer

Le jeu en valait la chandelle : même si nombre de compétitions offrent à leurs lauréats un engagement ponctuel, à notre connaissance aucun autre concours ne s’achève sur des contrats pour une série de productions. C’est dans les gènes de ce challenge bisannuel, que créa Bernard Plantey en 1985. Sa 27e édition devait se tenir en février, comme à son habitude. La pandémie aura contraint son report en juillet. Simultanément, des 570 candidats inscrits, seuls une centaine auront pu concourir, les conditions sanitaires restreignant les transports internationaux. Des prix spéciaux s’ajoutent à ces emplois : celui du Jeune public (de la Ville de Clermont-Ferrand), et celui du public, tous deux invités à voter au terme de la finale. De plus, un engagement pour deux représentations de La Sonnambula à São Paolo est offert par le directeur de la Cia Opera São Paulo, directeur du concours brésilien de chant Maria Callas.

Autre originalité : un jury nombreux, riche des représentants des scènes fédérées par l’Opéra de Clermont-Ferrand pour la coproduction de La Sonnambula (Avignon, Compiègne, Limoges, Massy, Metz, Vichy). Présidé par Katia Ricciarelli, que l’on ne présente plus, il comportait en outre Raymond Duffaut, Richard Martet, et Francesca Lattuada, à qui est confiée la réalisation de la mise en scène de l’ouvrage de Bellini. Philippe Cassard, en charge de l’Isola disabitata, empêché, retrouvera les chanteurs pour sa production, programmée en février.

Pierre Thirion-Vallet, directeur de Clermont-Auvergne Opéra et cheville ouvrière du concours, peut être heureux : la lourde et complexe organisation (à laquelle l’Opéra de Vichy a été associé pour les épreuves éliminatoires), compliquée par les conditions actuelles, aura abouti à une finale de très haut niveau, qui a conquis un public, nombreux et exigeant. Les épreuves (comme celles de la demi-finale), diffusées en direct sont toujours visibles sur le site du concours et sur sa page Facebook : https://www.facebook.com/concourschantclermont.


Julia Muzychenko dans « Ah ! non credea mirarti »  © Yann Cabello

Julia Muzychenko, jeune soprano russe de 27 ans, rafle une large part de la mise : non seulement elle sera Amina (pour 15 représentations sur les 8 scènes coproductrices (dont Reims, non encore citée), de surcroît, elle participera au récital accompagné par Susan Manoff, et, enfin, remporte les prix du public-Bernard Plantey et du jeune public. Son « Come per serena » (demi-finale), puis le récitatif et l’air « Ah non credea mirarti » ont démontré toutes ses qualités : un chant lumineux, sonore, flexible, une maîtrise technique sans faille, au service d’une expression toujours juste, élégante et passionnée. Aliaksei Birkus, basse belarusse de 39 ans, incarnera le Comte Rodolfo, et participera au récital, tout comme Olga Syniakova, mezzo ukrainienne de 32 ans, qui sera la Teresa de l’opéra de Bellini. Le premier, d’une santé vocale évidente, possède cette voix de velours sombre, ample et libre qui promet un beau Rodolfo. La seconde, avec de belles couleurs et des moyens très sûrs, n’est pas moins prometteuse. Francesca Pia Vitale sera Lisa. La soprano italienne de 25 ans avait fait forte impression avec « Tutto a gioia », puis dans le duo « Che veggio ? » : elle chantera également à Sao Paulo (Prix de la Cia Opera Sao Paulo). Le rôle d’Elvino reste à pourvoir.

Halidou Nombre, basse française de 31 ans avait présenté deux airs de Haydn aux dernières épreuves (extraits de La fedelta premiata, puis de l’Armida) ; la qualité du chant – récitatifs et arias – son naturel et son aisance, le style l’imposaient comme un Enrico quasi idéal. La principale héroïne de l’Isola disabitata, Costanza, sera chantée par Ana Wozniak. Mezzo française de 37 ans, son air « Ah ! che in passo »    puis un extrait de l’Orlando palatino , avaient été particulièrement appréciés. Voix puissante, bien timbrée, excellente comédienne, voilà une grande pointure pour un rôle à sa mesure.

Coup de cœur oblige, un prix spécial, créé pour la circonstance, permet de récompenser la mezzo-soprano Beatriz Baptista. Il lui vaudra une carte blanche pour un récital dans la Chapelle du Bon Pasteur à Clermont-Ferrand.

C’est Patrizia Cioffi qui présidera la 28e édition, programmée fin février 2023. La production de Rigoletto sera au cœur de ce concours. Chanteurs impatients de faire carrière, il n’est pas trop tard pour que chacun approfondisse le rôle qui lui convient, avec le projet d’ajouter son nom au palmarès. Le jeu en vaut la chandelle.

 

 

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