11 janvier 1801, Cimarosa meurt empoisonné par la reine de Naples ?

Par Laurent Bury | jeu 18 Juillet 2019 | Imprimer

A peine âgé de 51 ans, Domenico Cimarosa meurt dans les tout premiers jours du XIXe siècle (si l’on admet que celui-ci commence en 1801 et non en 1800). Selon la rumeur, il aurait été empoisonné sur ordre de la reine de Naples. Mais quel crime avait donc commis le père du Mariage secret pour s’attirer une telle inimitié ? Et si Stendhal fut tourmenté par les cauchemars et la fièvre pendant les mois qui suivirent, était-ce seulement à cause de sa passion pour le compositeur napolitain ?


Fils de maçon, Domenico Cimmarosa – c’est l’orthographe figurant dans son acte de naissance – a fait ses études auprès des moines du couvent de San Severo, pour qui sa mère était blanchisseuse. Admis à 12 ans dans l’un des conservatoires de Naples.

En 1772, Le stravaganze del conte, sa première commedia per musica, est créée au Teatro dei Fiorentini. Le succès de cette œuvre et des suivantes lui vaut une réputation qui se répand bientôt hors de Naples. En 1774, il est invité à Rome, où il compose divers intermezzien deux actes, dont une assez goldonienne Italiana in Londra, sur un livret de Petrosellini, auquel on doit ceux de La finta giardiniera et du Barbiere di Siviglia de Paisiello ; l’héroïne, Livia, est interprétée par le castrat Crescentini, alors âgé de 17 ans, car on respecte à Rome l’interdiction papale de faire monter des femmes sur scène. Il passe allègrement de l’opéra-comique à la tragédie lyrique, et ses œuvres sont jouées dans toute l’Europe.

En 1777, il se marie avec Costanza Suffi, qui décède l’année suivante, et dont il épouse la belle-sœur, Gaetana Pallante, qui mourra en 1796. En 1787, Cimarosa est invité à Saint-Pétersbourg par Catherine II, puis il se rend à Vienne où Leopold II le nomme Kapellmeister de la cour. C’est alors que lui est commandé Il matrimonio segreto, qui sera joué deux fois de suite le soir de sa création au Burgtheater, le 7 février 1792. C’est un de ses opéras qui est donné en 1793 pour l’inauguration du Teatro Sao Carlos de Lisbonne.

Revenu à Naples, Cimarosa s’y trouve en janvier 1799 quand la ville est occupée par les troupes révolutionnaires françaises. Il s’engage en faveur de la République parthénopéenne, pour laquelle il compose un Hymne à la liberté, mais la monarchie est rétablie dès le mois de juin, et la répression ne se fait pas attendre. Cimarosa tente de rentrer en grâce en composant un chant anti-français en l’honneur du roi Ferdinand IV mais, arrêté et emprisonné au Castel Nuovo, il échappe de justesse à la condamnation à mort, grâce à l’intervention de ses protecteurs, dont Lady Hamilton, l’épouse de l’ambassadeur d’Angleterre à Naples. Exilé, il part pour Venise où il entreprend la composition de l’opéra Artemisia (distinct d’Artemisia, regina di Caria, créé à Naples en 1797, et son opéra préféré). Mais le 17 janvier 1801, quand cette œuvre est créée avec un immense succès à La Fenice, avec Nancy Storace dans le rôle-titre, Cimarosa est déjà mort depuis plusieurs jours, et n’a en fait pu composer que deux actes sur trois. On prétend qu’il aurait été empoisonné ou étranglé sur ordre de la reine Caroline, ou, ce qui n’est guère moins effrayant qu’il aurait succombé aux mauvais traitements infligés dans les geôles napolitaines.

Début 1801, Henri Beyle, soldat de 18 ans – qui ne s’appelle pas encore Stendhal, sa carrière littéraire ne débutant pas avant 1815 – vient de revoir à Milan Le Mariage secret, dont il a eu la révélation à Ivrea (ou plutôt à Novare) en juin de l’année précédente, découvrant du même coup le genre opéra. Lorsqu’il apprend dans une gazette la mort de son compositeur préféré, cette terrible nouvelle lui inspire des cauchemars à répétition, qui persisteront même après que Piccioli, médecin personnel du pape, eut déclaré, à l’issue d’un examen du cadavre, que le décès avait été causé par une tumeur au bas-ventre (on pense aujourd’hui que Cimarosa est mort d’une tumeur au bas-ventre ou d’une inflammation des intestins). Tout au long du printemps 1801, Stendhal souffrira de fièvres et de crampes d’estomac, traitées à l’idée de quinquina, d’ipéca et d’une pâte à base de carbonate de potassium et d’antimoine, remèdes entraînant une telle détérioration de son état qu’il croira plus d’un fois sa dernière heure venue… Une autre version veut qu’il ait simplement contracté la syphilis auprès des prostituées milanaises.

 

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