Michel Corboz, à chœur joie

Par Brigitte Maroillat | sam 04 Septembre 2021 | Imprimer

Il vient de quitter la scène mais il laisse l’empreinte d’une allégeance inconditionnelle à la musique, en quête de cet absolue beauté, faite non de perfection, mais de fragilité. Michel Corboz a fait de l’impatience un art dans ses interprétations plus dictées par le tempo du cœur que par un académisme léché. Pour lui, l’esprit comptait plus que la lettre, Il a touché des générations d’auditeurs, formé de nombreux musiciens et choristes, et surtout conduit vers la musique, notamment sacrée, ceux qui se tenaient au seuil de celle-ci sans oser l’étreindre et se laisser emporter.

Il n’était pas une star, il ne voulait pas l’être, son seul dessein était de servir la musique avec humilité et recueillement. Le sacré prenait avec lui une dimension sublimement intimiste comme si la musique de chambre s'était échappée de son écrin pour s’installer dans le halo lumineux d'ensembles vocaux, des requiems aux chants grégoriens que d'ailleurs Michel Corboz affectionnait tant. Tout ce qui avec certains tournait outrageusement au grandiose et au grandiloquent, était au contraire avec le chef suisse distillé sur le ton d’une confidence intime, avec sincérité et vérité.

Né en terres catholiques de Marsens, le 14 février 1934, c’est au fil des messes du dimanche que Michel Corboz découvre le chant d’Eglise. L'attraction est telle qu’il entame un enseignement musical avec son oncle André, organiste, et c’est naturellement à la tête de chœurs que le jeune Michel Corboz se rêve bien plus qu’au pupitre de grands ensembles orchestraux. Il n’est donc pas étonnant qu’en 1959 il fonde avec l’organiste Dante Granato la Société des concerts Notre Dame, puis en 1961, l’ensemble vocal de Lausanne (EVL) qui connaîtra une ascension fulgurante grâce à son chef impliqué et inspiré, mais aussi à la rencontre de celui-ci avec Michel Garcin, le directeur artistique de la firme ERATO. De cette croisée des destins va naître une série d’enregistrements dont certains demeurent des références tels que Le Vespre, l’Orfeo de Monteverdi, avec le magnifique ténor suisse Eric Tappy, ou le Magnificat de Bach. Le succès portera Michel Corboz vers d’autres projets discographiques qui le feront voyager sur les rivages de Bach, Charpentier, Franck Martin, Honegger, Fauré, entre autres. Il aura été également la figure inspiratrice du Chœur et de l’orchestre de la Fondation Gulbenkian de Lisbonne et du Conservatoire de Genève, où il enseigna pendant 22 ans.

Michel Corboz était un intuitif qui toute sa vie a obéi à une urgence intérieure, il n’intellectualisait pas son art, il le vivait. La fluidité et la flexibilité du discours musical est chez lui prodigieuse, c’est un dialogue discontinu avec l’intime, sans fioriture et effets inutiles. Fuyant tout dogmatisme, il laissait les voix et la musique venir à lui, il n’allait pas les chercher, et par là même elles émergeaient naturellement d’elles-mêmes à l’auditeur. C’est ce don qui a fait de lui bien plus qu’une chef et un musicien : un passeur.

Références discographiques sélectives : 

-Monteverdi, Messa a quatre voci da cappella, Motet « Tenebrae factae Sunt », Michel Corboz, Ensemble vocal de Lausanne, label Erato 1964 

-Monteverdi, Orfeo, Eric Tappy, Michel Corboz, Ensemble vocal et Instrumental de Lausanne, label Erato, 1967

-Monteverdi, Vespro della Beata Vergine, Michel Corboz, Ensemble vocal et instrumental de Lausanne, label Erato, 1967

-Bach, Messe en Si mineur BWV 232, Michel Corboz, Ensemble vocal et instrumental de Lausanne, label Erato, 1970

-Carissimi, Jephté, Trois Motets, Michel Corboz, Orchestre de la Fondation Gulbenkian de Lisbonne, label Erato, 1972

-Fauré, Requiem, Michel Corboz, Maîtrise Saint-Pierre-Aux-Liens ,Symphonieorchester Bern, label Musical Heritage Society, 1972

-Puccini, Messa di Gloria, Michel Corboz, Orchestre de la Fondation Gulbenkian de Lisbonne, label Erato, 1974

-Charpentier, Messe Pour les Trépassés, Miserere des Jésuites, Michel Corboz, Orchestre de la Fondation Gulbenkian de Lisbonne, Label: Erato, 1974

-Bach, Passion selon Saint Jean BWV 245Michel Corboz, Orchestre de la Fondation Gulbenkian de Lisbonne, Felicity Palmer, Birgit Finnila, Kurt Equiluz, Werner Krenn, Ruud Van Der Meer, Philippe Huttenlocher, Label: Erato, 1978

 

 

 

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