Michele Mariotti : « Défendre la culture, c'est produire ! »

Par Yvan Beuvard | lun 21 Juillet 2014 | Imprimer

Quelques heures avant de diriger Zingari, de Leoncavallo, au Festival de Radio-France Montpellier Languedoc Rousillon, Michele Mariotti nous reçoit à son hôtel. D'emblée, le jeune chef, à la carrière déjà riche s'efforce de répondre à nos questions en français, parfois émaillé d'expressions italiennes ou anglaises lorsqu'il hésite sur l'équivalence dans notre langue. Chaleureux, concentré et épanoui, qualités que l'on retrouvera dans sa direction, ses réponses sont directes et immédiates.


Une bonne fée s’est sans doute penchée sur votre berceau… Votre famille, votre réussite brillante depuis dix ans comme chef d’orchestre, puis votre mariage avec Olga Peretyatko, n’est-ce pas merveilleux ?

Je suis un homme heureux. Né à Pesaro dans une famille de musiciens, mon père, Gianfranco, est superintendant du Festival Rossini. Ainsi, dès mon plus jeune âge, j'ai connu Riccardo Chailly, Claudio Abbado, Daniele Gatti, par exemple. J'assistais aux répétitions dans leurs jambes, aux concerts... avant d'entrer au Conservatoire, je connaissais le répertoire et j'avais beaucoup appris de leur observation. Ce seront mes modèles mes maîtres. Mario Benzi a été le plus important de mes professeurs, mais c'est ensuite que tout a commencé.  Quant à Olga, il est important d'avoir chacun sa carrière. Si nous pouvons travailler ensemble, nous avons chacun notre propre agent. Le couple est primordial.

Né dans le berceau de Rossini, formé au Conservatoire Rossini, comment aborde-t-on un ouvrage vériste comme Zingari ?

Ma spécialité est le bel canto et le répertoire qui l'illustre, de Donizetti et Bellini, de Rossini à Verdi et aux véristes... Le vérisme, ce n'est pas seulement l'outrance, chanter fort, hurler parfois, avec du muscle, l'horreur aussi. Cette partition est pleine de moments statiques, très poétiques, et j'aime travailler avec l'orchestre pour mettre en valeur cette dimension, valoriser l'écriture vocale et l'orchestration,  très élégante, raffinée, la palette sonore riche, avec beaucoup de piano, de pianissimi.

Avant Zingari, vous donnez ce soir la Suite napolitaine de Massenet. Prélude à d’autres œuvres de Massenet, lyriques en particulier ? Beaucoup de travail pour donner Zingari  une seule fois, n'est-ce pas frustrant ?

J'aime beaucoup cette suite, de la tarentelle, feu d'articice du premier mouvement à la fête, elle aussi très dansante, qui conclue. La procession, "lent et religieux", au caractère mélancolique, est très française. Les variations en sont riches, avec la cloche et les bois. Dans cette musique, il y a de grandes suspensions, c'est une musique qui respire. Elégante, raffinée. J'avais dirigé Werther à Bologne à 16 ans. Et en 2016, je dirigerai de nouveau Werther. Si Carmen est pleine de Mozart, ce qu'on oublie parfois, Massenet représente davantage la musique française. Quant à la production de Zingari, il y a une large diffusion [France-Musique et l'U.E.R.], il y aura un enregistrement. C'est déjà une opération intéressante. Bien sûr la reprise avec une mise en scène serait encore plus intéressante, mais il faut bien un début à tout. Espérons.

Comme d’autres artistes, votre épouse, Olga Peretyatko, a été empêchée de chanter sa première Fiorilla du Turc en Italie à Aix-en-Provence, par des intermittents du spectacle. Heureusement, malgré la pluie, elle a enfin pu la donner ensuite. Comment ce mouvement est-il perçu hors de France ?

Cela arrive aussi ailleurs ! Aux Thermes de Caracalla, La Bohême est compromise par un mouvement de grève. Personnellement, je suis opposé aux interdictions. Défendre la culture, c'est produire !

Le Festival Radio-France Montpellier Languedoc Roussillon, quelles sont vos impressions ?

C'est la première fois que je dirige à Montpellier. C'est aussi un immense plaisir : l'organisation du Festival est parfaite, je me sens chez moi. J'ai travaillé avec l'orchestre il y a six ans, à Peralada. Je retrouve le même bonheur. l'Orchestre Symphonique de Barcelone n'est pas seulement un orchestre symphonique, c'est une formation lyrique de premier plan, un excellent phalange, ductile. Nous sommes particulièrement redevables au ténor de ce soir. La défection tardive de Stefano Secco compromettait la production. Danilo Formaggia a appris son rôle en trois jours et a ainsi sauvé la situation. 

 

 

 

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