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Orange, c’est comme le rosé !

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17 juillet 2014

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Orange, c’est comme le rosé, pas toujours excellent, mais incontournable pour des vacances provençales réussies. Le Nabucco présenté cette année aux Chorégies ne sera pas classé dans les grands crus, mais la magie du Théâtre antique a opéré une fois de plus pour les 8000 spectateurs transis et ravis. Ils avaient bien du mérite tant ce Nabucco très moyen ne permettait guère d’oublier le mistral et le froid ajoutés à l’inconfort des gradins millénaires.

Il est facile d’arguer de la configuration de ce théâtre pour excuser les mises en scène ratées. D’ailleurs, le terme « raté » ne convient pas ici puisque de mise en scène, il n’y a point. Jean-Paul Scarpita, sans doute débordé, a dû confier ce travail à son troisième sous-assistant et celui-ci était en toute petite forme. Certes, les festivals d’été  ne sont pas les lieux rêvés pour revisiter les œuvres en avant-garde, mais le génie d’un Patrice Chéreau ou le professionnalisme d’un Nicolas Joël nous ont démontré qu’on pouvait, là encore, emporter l’adhésion des publics hétéroclites de nos messes lyriques estivales. Donc, à oublier.

La distribution était homogène et expérimentée. Tout n’était pas parfaitement calé, mais c’est inévitable dans ce genre de manifestations où les artistes arrivent la veille au soir et ne répètent quasiment pas.

Le personnage de Nabucco campe le premier grand baryton verdien et marque une vraie rupture dans l’histoire de l’opéra. Nous attendions avec un peu d’appréhension George Gagnidze dans ce rôle terrible de père fou et bafoué, tant son Rigoletto d’Aix l’année dernière avait révélé  d’insuffisances. Le géorgien chante juste – hé oui, on en vient presque à s’en étonner par les temps qui courent – et  sa présence physique est incontestable. Mais dans le match qui l’opposait aux éléments, c’est le mistral qui a gagné, car sa voix manque par trop de projection, tare rédhibitoire à Orange. Ce n’était pas le cas du Zaccaria de Dmitry  Beloselsky, tout de majesté, mais trop juste dans les graves. Il faut dire que ce rôle, qui va du fa dièse dans l’aigu en plongeant au contre-fa, est impossible à distribuer : n’est pas le Ghiaurov de 1966 qui veut. Une bonne surprise avec l’Ismaele du ténor Piero Pretti, mais notre Giuseppe ayant réduit cette prestation à la portion congrue, il est difficile de s’esbaudir. Pour le casting féminin, Martina Serafin a campé une Abigaille convaincante, et si son premier acte manquait de puissance, elle a retrouvé par la suite ses capacités vocales et bien rendu l’incandescence du personnage avec un volume maîtrisé. Le personnage de Fenena est habituellement attribué à une soprano lyrique, mais la tessiture relativement grave de l’écriture justifie une mezzo-soprano comme Karine Deshayes. Là encore, comme pour Ismaele, la partition réservée par Verdi est tellement mince qu’elle ne permet pas la mise en exergue des remarquables qualités d’une des toutes premières voix de la scène lyrique française, même si on en note le phrasé et la diction impeccables, là aussi étouffés par le vent implacable. Le reste de la distribution, de Marie-Adeline Henry en Anna à Nicolas Courjal en grand prêtre, était parfait.

S’il fallait attribuer un prix d’honneur, ce serait sans conteste le chœur qui le mériterait. Composé en un patchwork venu d’Avignon, Montpellier, Nice et Toulon, on pouvait craindre de l’à peu près. Bien au contraire, ce fut de la belle ouvrage et le « Va pensiero » trouva un public conquis. Le maestro Pinchas Steinberg soutenait ces chanteurs avec nuance et précision, et si l’orchestre de Montpellier paraissait un peu maigrichon et parfois malhabile sous des éléments peu cléments, la lumière verdienne réchauffait nos cœurs et nos corps mis à mal.

C’est là le mérite et la mission des Chorégies d’Orange : réunir les néophytes et les amateurs éclairés au grand banquet du lyrique. Sur ce point et une fois encore, malgré toutes les imperfections et les fautes, ces Chorégies ont rempli leur contrat et tant pis pour les rabat-joie…

>> Lire aussi le compte rendu de Fabrice Malkani

 

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