Ne pas oublier les scénographes dans la crise actuelle

Par La Rédaction | mar 20 Octobre 2020 | Imprimer

L’opéra du XXIe siècle est un monde fertile. Loin d’être cantonné aux frontières de la musique et du chant, c’est un lieu d’exploration et de croisement de disciplines multiples. C’est un art total qui réunit également théâtre, danse, scénographie, costume, lumière, vidéo…

La mise en scène est devenue importante lorsque les programmations des maisons d’opéra se sont davantage concentrées sur l’entretien d’un répertoire existant que sur la création. Dans chaque œuvre, toutes les composantes de l’opéra combinent leur expressivité mettant en valeur des liens souvent ignorés entre arts visuels et opéra. Ainsi les scènes d’opéra ont toujours été des lieux magiques grâce à des effets visuels spectaculaires et des grosses machineries. Les possibilités de mise en scène ont profité des progrès techniques et aujourd'hui les effets spéciaux, les technologies numériques et les projections d’images sont utilisés dans de nombreuses productions.

Le 1er septembre madame Roselyne Bachelot Ministre de la Culture a annoncé le lancement de deux missions :

Une mission sur les perspectives et les modalités d’accompagnement et de soutien de l’Opéra national de Paris et Une réflexion sur la politique de l’art lyrique en France.

La seconde mission confiée à Caroline Sonrier, directrice de l’Opéra de Lille doit dessiner un cadre de référence pour la pratique de l’art lyrique en France, avec des propositions visant à assurer la pérennité de ce secteur. La ministre précise que la mission sera particulièrement attentive au soutien aux jeunes compositeurs et interprètes.

Nous connaissons l’attachement de madame Roselyne Bachelot à l’opéra, pourtant on s’étonnera que la situation des jeunes scénographes, créateurs costumes, créateurs lumières, ne soit pas considérée ni intégrée clairement dans le cadre de la mission.

Les métiers de l’ombre, qui contribuent à la force et l’émerveillement de l’art lyrique au XXIe siècle semblent donc totalement délaissés par le Ministère de la culture. La crise actuelle montre vraiment l’état de précarité dans lequel peuvent se trouver les artistes et techniciens du fait de la nature de leurs contrats et parce qu’ils n’ont pas d’agent ni de casting pour se faire connaître.

Rappelons au passage qu’actuellement les scénographes, créateurs costumes et lumières sont considérés comme des techniciens et non comme des artistes. Leurs activités dépendent donc de L'annexe 8 au règlement d'assurance chômage, et leur journées sont ainsi limitées forfaitairement à 8 h quand réellement ils effectuent plus de 12h soit 3 services dans une journée de montage à l’opéra.

Par ailleurs au moment d’élaborer un projet artistique de production, Il faudrait que les opéras prennent en compte le temps de réflexion en amont qui se fait un à deux ans avant la première représentation, pour réaliser l’étude de l’ouvrage, le temps de conception, plans et maquettes. Les scénographes et créateurs costumes prennent souvent en charge des frais pour réaliser des maquettes du projet, et dont le temps passé et l’investissement n’est jamais correctement valorisé.

Derrière ses métiers de l’ombre, il y a tout un écosystème constitué de TPE et PME présent sur tout le territoire doté d’un fort savoirs faire : fournisseurs, ateliers de construction… Beaucoup de ses entreprises risquent de na pas survivre face à la conjoncture, et au formatage économique des productions, car elles n’ont ni système d’intermittence ni aides spécifiques de l’état.

Les professionnels s’inquiètent pour leur avenir et pour l’insertion professionnelle des jeunes et futurs diplômés. Ces difficultés risquent de ralentir le dynamisme de l’art lyrique et de voir disparaître des savoir-faire spécifiques. L’opéra doit se repenser pour répondre aux besoins de notre société en pleine mutation, elle ne pourra se faire sans prendre en compte l’ensemble des métiers de la création lyrique.

Thibault Sinay
Union des scénographes

 

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