Sur les ondes lyriques en mai 2018

Par Marie-Laure Machado | sam 05 Mai 2018 | Imprimer

Partitions panachées, histoires bigarrées, les ondes lyriques du mois de mai parlent de tous les temps : ce temps-ci démêle ce temps-là, les voix nouvelles guerroient et une reine sort des scènes d’opéra pour marcher sur d’autres chemins… Longue vie à la divine Mariella Devia !


►Samedi 5 mai, 19h CET, WQXR : Charles Gounod, Roméo et Juliette – New York, MET, 2018 (durée 3h02), et mêmes jour et heure, CatalunyaMusica

Non, ce n’est pas un rêve de la fée Mab, reine des songes et des mensonges, mais le retour du Roméo et Juliette de Gounod au MET. Si, dans cette mise en scène de Bartlett Sher, le plateau vocal était d’un niveau superlatif en 2016-2017, il l’est également cette fois-ci : le romantique Roméo de Charles Castronovo remplace celui électrique de Grigolo, la Juliette sensuelle d’Ailyn Perez suit celle passionnelle de la Damrau. Voix ravageuses comme physiques des rôles sont donc au rendez-vous ! La basse paternelle du Kwangchoul Youn (Frère Laurent) marie les jeunes amants et Karine Deshayes est Stéphano, ligne de chant arc-en-ciel aux délicates rondeurs. L’invincible Placido Domingo dirige une production de guerre et poésie, aux rythmes subtils, couleurs chatoyantes et à l’efficacité redoutable.

►Samedi 5 mai, 15h CET, Musiq3-Facebook : Concours Reine Elisabeth – Bruxelles, Flagey-Studio4, 2018 (durée 5h)

Réjouissons-nous, le Concours Reine Elisabeth célèbre le chant cette année ! Tout au long du mois de mai, vous pourrez regarder la presque totalité des épreuves et concerts sur la page facebook de Musiq3, Auvio.be à la demande, Arteconcert pour la finale et La Trois, chaîne de télévision belge. Sur 312 inscrits, 64 candidats sont admis et un jury de choc décernera une pléiade de prix, à l’issue de la finale du 12 mai. Le site de ce concours, né de la rencontre d’Elisabeth von Wittelsbach, épouse du prince héritier Albert de Belgique, et d’Eugène Ysaÿe, violoniste virtuose (années 1900), déborde d’informations précieuses et de documents incroyables (photos, vidéos, partitions, archives sonores, etc…). On y navigue avec bonheur !

►Samedi 5 mai, 16h CET, Operavision : Opera Crown-International Voice Competition – Tbilissi, State Theatre, 2018

►Mercredi 9 mai, 20h CET, France-Musique : Kaija Saaraiho, Only the Sound Remains – Paris, Opéra Garnier, 2018 (durée 1h58)

►Samedi 12 mai, 19h CET, CatalunyaMusica : Camille Saint-Saëns, Samson et Dalila – Vienne, Staatsoper, 2018 (durée 3h) et mêmes jour et heure, Ö1radio

Samson et Dalila est un opéra des cinq sens (permettez le jeu de mots), aux couleurs et saveurs orientales, sensuel et érotique avec sa « femme-panthère » tentant un nazir fort comme un taureau. Pour la première fois, nos deux grands fauves opératiques, Roberto Alagna et Elina Garanca, incarneront respectivement le viril Samson et la vénéneuse Dalila, elle de sa voix violine, opulente, lui de son ténor noble et radieux. Carlos Alvarez est le Grand prêtre de Dagon et Sorin Coliban Abimélech. Production mise en scène par la jeune Alexandra Liedtke et dirigée par le chaleureux Marco Armiliato.

►Dimanche 13 mai, 19h CET, Radio-RAI3 : Vincenzo Bellini, Norma – Venise, Teatro La Fenice, 2018 (durée 3h), ainsi que mercredi 16 mai, 19h CET, Culturebox et à partir du 6 juin sur Operavision

« L’expression par le souffle, l’ornement, la couleur : le chant de Mariella Devia m’a ouvert la porte d’un monde magique qui s’appelle le bel canto.(…) Le culte du son n’a rien de gratuit dans un air de Bellini où la musique ne prend son sens que si l’instrument pétrit sans arrêt la pâte même du son… » dit Sabine Devieilhe (Diapason), (à lire aussi son entretien par Laurent Bury). Si son modèle idéal se retire des scènes avec trois dernières Norma, c’est pour donner des concerts et enseigner. Dans l’œuvre que Bellini chérissait le plus, notre Diva Devia chantera sa géniale prêtresse, ici transportée en Afrique noire, dans la mise en scène de la plasticienne afro-américaine Kara Walker, avec Stefan Pop (Pollione), Carmela Remigio (Adalgisa), Luca Tittoto (Oroveso) et Anna Bordignon (Clotide), dirigés par le maestro Riccardo Frizza, actuel directeur musical du Donizetti Opera Festival.  

►Lundi 14 mai, 20h30 CET, Culturebox : Johann Sebastian Bach, Bach en sept paroles-VII-Consolation – Paris, Philharmonie, 2018 (durée 2h environ)

L’odyssée « bachienne » de l’Ensemble Pygmalion, fondé par Raphaël Pichon en 2005 à l’European Bach Festival, a rejoint la Philharmonie de Paris depuis octobre 2017 pour une série de concerts dédiés au cantor, « l’homme qui tutoyait Dieu », tous visibles sur Culturebox. Nous voici au septième et dernier volet de ce Bach en sept paroles. Après les baumes bienfaisants du Motet « Der Gerechte kommt um », des cantates BWV 82 et 21 et du « Mit weinen hebt sich’s an », Raphaël Pichon conclut judicieusement son programme par le « Selig sind die Toten » de Heinrich Shütz, qui a beaucoup influencé l’écriture de cantates de jeunesse de Bach. Les solistes sont : Robin Johannsen, Robin Tritschler, Stéphane Degout et Tomas Kral. Laissons la huitième parole à Emil Cioran : « Sans Bach, la théologie serait dépourvue d’objet, la Création fictive, le néant péremptoire. S’il y a quelqu’un qui doit tout à Bach, c’est bien Dieu » (Syllogismes de l’amertume).

►Jeudi 17 mai, 00h CET, France2 : Giacomo Puccini, Tosca – Paris, Opéra Bastille, 2014 (durée 2h12) et replay du 17 mai au 24 mai, Culturebox

►Vendredi 18 mai, 19h30 CET, Operavision : Violeta Cruz, La Princesse légère – Paris, Opéra Comique, 2018 (durée 1h30)

Légère la Princesse de la compositrice colombienne Violeta Cruz ! De Lille en 2017 à l’Opéra Comique en 2018, elle flotte comme les nuages et rit de tout, à cause d’un maléfice de la sorcière Folerpès. Par bonheur, son Prince viendra et…regardez donc la suite ! Quintette à cordes, couleurs du rire par clarinette, trombone, accordéon, flûte et musique électroacoustique, flopée de bruits d’objets, chant lyrique et chansons populaires d’Amérique latine constituent cette partition foisonnante. La réussite est totale pour un opéra contemporain destiné au jeune public, avec Jeanne Crousaud (la Princesse légère), Majdouline Zerari (la Reine), Nicholas Merryweather (le Roi), Jean-Jacques L’Anthoën(le Prince), Guy-Loup Boisneau (la Sorcière), ingénieusement mis en scène par Jos Houben et Emily Watson.

►Samedi 19 mai, 20h CET, A l’Opéra : Gioachino Rossini, La Donna del Lago – Opéra de Lausanne, 2018 (durée 3h) et jusqu’au 26 octobre sur Arteconcert

L’audace de cette Donna del Lago réside dans sa mise en scène sucrée-salée. Les paysages ossianiques se distinguent au loin, à travers les grandes fenêtres d’un lupanar du 19e siècle, comme les bois des cerfs écossais se retrouvent sur les têtes de jeunes femmes légères, assez dénudées, et sur celle de Rodrigo, superbement masqué. Mais pourquoi ? Parce qu’au début de l’opéra, cette bourgeoise d’Elena s’imagine vivre le poème de Walter Scott, qu’elle lit, dans l’immense tableau fantastique alla Füssli, qui trône dans la pièce. Le plateau vocal est di primo cartello, avec Lena Belkina (Elena), rossinienne supérieure, virtuose subtile, avec Juan Francisco Gatell (Rodrigo) excellent dans le canto di sbalzo et Daniel Behle (Giacomo V) au style élégant. Metteur en scène plein d’humour, Max Emanuel Cencic est aussi le premier Malcolm contre-ténor de l’histoire, en maître-d’hôtel passant le balai, pendant son aristocratique interprétation de « Mura felici…». Enfin, couleurs et rigueur pour la direction musicale de George Petrou

►Samedi 19 mai, 19h CET, Operavision : Concert d’Anniversaire Birgit Nilsson – Stockholm, Royal Swedish Opera, 2018

►Samedi 19 mai, 19h30 CET, Ö1Radio : Giuseppe Verdi, Simon Boccanegra – Vienne, Staatsoper, 2018 (durée 2h30)  

►Dimanche 20 mai, 20h CET, France-Musique : Claude Debussy, Pelléas et Mélisande – Paris, TCE, 2018 (durée 3h)

Dans Pelléas et Mélisande, tous les interprètes se doivent d'être animés d’ondes communicantes intenses, de vibrations à très longue portée. Le très regretté Jean-Claude Malgoire avait réuni à Tourcoing en 2015 Sabine Devieilhe en Mélisande et Guillaume Andrieux en Pelléas. Nous les retrouvons en version concert au TCE, présences ferventes, avec Alain Buet (Golaud), Sylvie Brunet-Grupposo (Geneviève), Luc Bertin-Hugault (Arkel), Camille Poul (Yniold) et Virgile Ancely (Le médecin), sous la direction de Benjamin Lévy.

►Lundi 21 mai, 18h CET, BRKlassik : Leos Janacek, De la Maison des Morts – Munich, Bayerische Staatsoper, 2018 (durée 3h) et samedi 26 mai, 19h CET, StaatsoperTV

« Janacek a composé le plus humain de ses opéras d’après une action inexistante, sans amour ni avenir, sur un sujet inhumain, et réussit toujours à nous tenir en haleine, grâce à un tempérament dramatique extraordinaire », dit Pascal Royer à propos de De la Maison des Morts. Dans cette nouvelle production pour Munich, Frank Castorf laissera-t-il à l’œuvre sa foi dans l’humain, voulue par Janacek, ou intensifiera-t-il le désespoir de Fédor Dostoïevski, auteur du roman-feuilleton autobiographique dont est tiré le livret ? Avec Bo Skovhus, Peter Rose, Ales Briscein, Charles Workmann...dirigés par la chef Simone Young.

►Samedi 24 mai, 20h30 CET, Operavision : Gioachino Rossini, Stabat Mater – Bologne, Teatro Comunale, 2018 (durée 1h environ)  

Samedi 26 mai, 20h30 CET, Medici.tv : George Benjamin, Lessons in Love and Violence – Londres, ROH, 2018 (durée 2h environ)

Six ans après le succès planétaire de Written on Skin, créé à Aix-en-Provence en 2012, l’hypersensible George Benjamin, qui composait déjà des opéras imaginaires à l’âge de 8 ans, revient avec son nouvel opéra Lessons in Love and Violence, puisé dans un drame élisabéthain. Amour (historiquement supposé) pour son favori Piers Gaveston ou pouvoir politique, le roi Edouard II devra choisir et affronter son épouse la reine Isabelle de France, puis son fils, le futur Edouard III. Le livret est cette fois-ci aussi de l’écrivain Martin Crimp, comme la mise en scène de Katie Mitchell, du suspense d’origine médiévale and so British ! Le plateau vocal est composé de la toujours stupéfiante Barbara Hannigan (Isabelle de France), de notre Stéphane Degout, qui saura certainement revêtir pour Edouard II l’impassible souffrance de son Hamlet, ainsi que de Gyula Orendt, Peter Hoare, Samuel Boden, Jennifer France, Krisztina Szabo et Andri Björn Robertsson. Le live est gratuit et en replay pendant 24h.

►Samedi 26 mai, 18h CET, Culturebox : Giuseppe Verdi, Nabucco – Opéra de Lille, 2018 (durée 2h30)

Verdi et Marie-Eve Signeyrole sont des êtres « connectés au monde autour d’eux » (Simon Rattle), et c’est ce qui les réunit dans Nabucco. La metteuse en scène pense cet opéra politique, ce monument choral, avec son peuple hébreux asservi par Babylone, comme une « œuvre de résistance, résistance au temps, témoin d’une époque qui se répète aujourd’hui ». Avec deux chœurs (Lille et Dijon), pour le plus vibrant hymne à la liberté « Va pensiero… », avec une foultitude d’arts plastiques et scéniques et, surtout, une technique virtuosissime des mouvements de masses et de la vidéo, ce « peplum-opéra » moderne est produit par la solide équipe du décorateur Fabien Teigné. Le très verdien Roberto Rizzi Brignoli est à la direction musicale, avec Nikoloz Lagvilava (Nabucco), Mary Elisabeth Williams (Abigaille), Victoria Varovaya (Fenena), Robert Watson(Ismaele) et Simon Lim (Zaccaria).

►Mardi 29 mai, 20h CET, France-Musique : Concert – Julia Lezhneva et Franco Fagioli – Paris, TCE, 2018

 

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