L’afficheur ne tient pas (toutes) ses promesses

Ariadne auf Naxos - Baden-Baden

Par Catherine Jordy | sam 18 Février 2012 | Imprimer
 

 

Nouvelle production d’Ariadne auf Naxos au Festspielhaus de Baden-Baden avec une affiche prestigieuse : Fleming, Koch, Thielemann et même le vétéran René Kollo en Intendant. D’où vient alors ce sentiment de demi-déception à l’issue de la représentation ?

Peut-être en premier lieu de la mise en scène de Philippe Arlaud bien sage, trop sage même. Arlaud le confiait à Catherine Jordy ici même : Ariadne auf Naxos est l’un des opéras « des plus faciles à aborder », soit, mais est-ce une raison pour en faire si peu ? Car hormis quelques bonnes idées (tous les éléments loués par le riche propriétaire pour le spectacle qu’il a commandé sont encore dans des caisses plus ou moins déballées, les ballons gonflés à l’hélium de la troupe italienne, le compositeur juché sur le piano telle une île déserte à la fin du Prologue, etc.), tout paraît pris au premier degré. On est loin des véritables réflexions sur l’œuvre qu’ont pu offrir un Robert Carsen ou un Claus Guth par exemple.

La direction d’acteurs est certes soignée, mais chaque personnage est stéréotypé voire caricatural : la prima donna du Prologue fait la diva à outrance, le compositeur s’énerve beaucoup et le majordome est presque insupportable (qui plus est campé par un René Kollo en faisant des tonnes et aboyant un peu trop sa partie...). Mais ailleurs, il ne se passe pas grand chose, que ce soit dans le grand air de Zerbinette ou dans le duo final (même si « l’envol » des chaises est poétique). On comprend la ligne directrice du travail de Philippe Arlaud : une épure progressive, mais tout cela reste assez inoffensif. Il serait peut-être temps pour le Festspielhaus d’inviter des metteurs en scènes ayant une plus forte personnalité (Arlaud est invité presque chaque année et, pour l’heure, ne nous a jamais transcendé...)
 

 

On ne pourra pas faire le même reproche de manque de caractère à l’équipe musicale, à commencer par Christian Thielemann, l’exemple même du chef qui ne laisse pas indifférent ! Nous sommes personnellement partagé par ce chef qui a l’habitude d’alterner au sein d’une même soirée de véritables moments inspirés à une battue relâchée ou lourde. Thielemann opère ainsi un superbe travail sur la pâte orchestrale si particulière de cet opéra « de chambre » et il excelle dans les moments élégiaques. Par contre, la farce ne lui réussit guère et l’on ne s’amuse que bien peu lors des scènes italiennes. Et puis, toujours ce pêché mignon : un geste lourd et surligné. Il en est ainsi, par exemple, des timbales introduisant les interventions du majordome : elles conviendraient fort bien pour le final de la Troisième symphonie de Mahler mais paraissent disproportionnées ici.

Attendait-on trop de René Fleming ? Elle déçoit aussi et ce n’est que dans le duo final que la chanteuse américaine semble se lâcher enfin et qu’elle ne se contente plus, comme auparavant, de ne faire que de beaux sons (mais quels beaux sons !). Un peu tard. Serait-ce le remarquable Robert Dean-Smith qui la sort de sa torpeur ? Le ténor tient en effet crânement sa partie réputée pourtant inchantable et ce, sans mièvrerie. Sophie Koch est, de même, impeccable. Mieux : elle est proche de la perfection et on voit mal qui pourrait mieux chanter ce rôle aujourd’hui. Le timbre est splendide, le legato à se damner, les aigus triomphants et la caractérisation pleine de fougue et de force. C’est d’ailleurs elle qui obtient la plus grande ovation au rideau. Car avec Jane Archibald, on est un cran en dessous en termes de classe. On n’a pourtant que peu de reproches à faire à cette Zerbinette sur le plan vocal (si ce n’est qu’elle escamote les trilles et que la voix semble parfois se rétrécir dans l’extrême aigu) mais on s’ennuie quelque peu... Pas de quoi offrir une ovation après son grand air, surtout lorsque l’on a eu le bonheur d’entendre Diana Damrau dans le même rôle par le passé...

Les acolytes de Zerbinette sont en revanche très bons, notamment un élégant Harlekin de Nikolay Borchev, tout comme les seconds rôles, très soignés. Il en est ainsi du beau Maître de Musique de Eike Wilm Schulte ou des trois voix féminines qui accompagnent Ariadne (Naïade, Dryade, Echo).

Et terminons sur une dernière touche positive : l’admirable orchestre de la Staatskapelle de Dresde qui comble tant par sa sonorité que par la qualité de ses solistes (c’est à dire pratiquement tout le monde dans cette œuvre !).

 

 

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