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	<title>Svetlana AKSENOVA - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Svetlana AKSENOVA - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<item>
		<title>JANACEK, Jenůfa — Vienne (Theater an der Wien)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/jenufa-vienne-theater-an-der-wien-assagie-lotte-de-beer-touche-au-plus-juste/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yannick Boussaert]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 23 Feb 2022 05:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>L’autre évènement de la saison viennoise aura lui tenu toutes ses promesses. Le cocktail s’annonçait pourtant détonnant : Lotte de Beer dans une œuvre sociétale de Janáček avec pour matériau brut Nina Stemme, en amorce de dernier virage de carrière (elle chantait Jenůfa il y a 17 ans à Barcelone aux côtés d’Eva Marton)… Le &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>L’autre évènement de la saison viennoise aura lui tenu toutes ses promesses. Le cocktail s’annonçait pourtant détonnant : <strong>Lotte de Beer</strong> dans une œuvre sociétale de Janáček avec pour matériau brut <strong>Nina Stemme</strong>, en amorce de dernier virage de carrière (elle chantait Jenůfa il y a 17 ans à Barcelone aux côtés d’Eva Marton)…</p>
<p>Le mélange explose mais pour de toutes autres raisons que celles qu’on supputait. <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/aida-paris-bastille-un-musee-deux-marionnettes-et-quelques-tableaux">Point de marionnettiste</a>, pas de message, ou de panneau surnuméraire pour faire signifier le chef-d’œuvre de Janáček. Lotte de Beer suit le livret scrupuleusement, des costumes aux topos de l’action : il ne manque aucune icone au mur de la chambrette, Jenůfa vient bien arroser le romarin etc. Il n’y a que trois incartades : les pommes terres épluchées au premier acte ont été remplacées par des draps, une procession mi-païenne mi-chrétienne, fanatisée, moque une jeune fille célibataire enceinte et enfin, Kostelnička reste en scène tout du long de la représentation devenant de fait le personnage principal. On comprend qu’elle fantasme ce défilé atroce du « qu&rsquo;en dira-t-on », de la condamnation, elle qui voit sa belle-fille adorée être entrainée dans la spirale alcoolique des hommes et de leur violence. Elle, enfin, qui à rebours d’elle-même, commet le plus horrible des crimes pour « sauver » la jeune fille innocente. Nina Stemme incarne ce véritable chemin de croix de manière stupéfiante : des premières mains qui tremblent, fatiguées par l’âge, aux traits impassibles de la froide résolution du meurtre, le soulagement de l’aveu et le bonheur radieux du devoir accompli quand retentit l’ultime duo d’amour entre Laca et Jenůfa. La voix est au diapason de ce charisme scénique hypnotisant. Elle déploie un chant immense enrobé dans un timbre somptueux, loin des matrones en fin de carrière que l’on peut entendre dans le rôle. Vindicative ou cajolante, autoritaire et bienveillante, cette Kostelnička occupe tout l’espace grâce à sa projection et son volume hors norme. Chaque accent et couleur suit avec justesse les situations dramatiques. Certes Nina Stemme connait déjà l’œuvre mais voici une des prises de rôle les plus saisissantes qu’elle ait réalisé ces dernières années. Alors que des Brunnhilde et des Elektra occupent encore son agenda, voici un rôle, parmi d’autres possibles, pour ménager sa voix et orienter son immense carrière dans une dernière vallée luxuriante.</p>
<p><img fetchpriority="high" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/jenufa_044.jpg?itok=NBQ7uqJI" title="© Werner Kmetitsch" width="468" /><br />
	© Werner Kmetitsch</p>
<p>Elle se trouve particulièrement bien entourée. De l’<strong>Arnold Schoenberg Chor </strong>(<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/peter-grimes-vienne-staatsoper-lise-bryn-et-jonas-sont-dans-un-bateau">les sauveurs du <em>Peter Grimes</em> il y a deux semaines</a>) aussi rigoureux rythmiquement qu’irréprochables stylistiquement (mention spéciale aux pupitres féminins qui font des danses du mariage un vrai moment de poésie morave) en passant par chacun des petits solistes qui apparaissent aux premier et dernier actes. Jano joyeux d’<strong>Anita Giovanna Rosati</strong>, Karolka pimbêche de <strong>Valentina Petraeva</strong>, Stárek inconséquent de <strong>Zoltan Nagy</strong> etc. Même <strong>Hanna Schwarz</strong>, dont la démarche trahit davantage son âge vénérable que l’amertume de son timbre, habite d’humanité le rôle de grand-mère Buryjovska. <strong>Pavel Cernoch</strong> réitère son <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/jenufa-amsterdam-bis-repetita-non-placent">excellente performance d’Amsterdam</a> en Laca. La voix s’est encore musclée : le medium est plus large et l’aigu encore plus solide. Le portrait aussi a gagné en finesse… ou en rudesse selon les actes. <strong>Pavol Breslik</strong> surprend dans un emploi que l’on imaginait un rien trop large pour lui. Certes Steva est un rôle plus court mais chacune de ses interventions sont d’autant plus véhémentes. Le ténor slovaque trouve une belle couleur mordorée et des aigus clairs et tranchants en même temps qu’il incarne une petite frappe tout à fait méprisable. Enfin <strong>Svetlana Aksenova</strong> s’approprie le rôle de Jenůfa avec justesse et plie son chant aux différents états du personnage : l’impatience et la légèreté, l’élan maternel, la fièvre et la stupéfaction du deuxième acte et le passage de la dépression à la lumière dans le dernier. Elle peut compter sur le lyrisme de sa voix que seules quelques tensions à l’aigu viennent émailler. Alors que six productions de Jenůfa voient défiler les titulaires cette année, les comparaisons s’imposent. Peut-être n’est-elle pas aussi idoine qu’<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/jenufa-londres-roh-rencontre-au-sommet-entre-asmik-et-karita">Asmik Grigorian à Londres</a> (et bientôt à Berlin), mais elle s’impose comme une excellente Jenůfa du circuit.</p>
<p>Tous sont surtout excellemment bien dirigées. <strong>Marc Albrecht</strong> réalise un sans-faute : équilibre général, travail des tons et des couleurs, tension dans l&rsquo;enchainement des scènes, lyrisme et rubato quand il faut, pupitres chauffés à blanc de son geste et de quelques grommellements. L’ouverture du deuxième vous donne des frissons d’effroi. L’arc narratif poursuit sa course inéluctable tout en prenant le temps de peindre les scènes de genre : le chœur à boire, les danses du mariage. En résumé, cette Jenůfa cumule tous les ingrédients constitutifs d&rsquo;une soirée mémorable quand ils se mélangent : de grands chanteurs, un chef inspiré en cheville ouvrière et une metteure en scène concentrée sur l’essentiel et dont l’angle d’attaque s’avère d’une pertinence incontestable.</p>
<p> </p>
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		<title>BOITO, Nerone — Bregenz</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/nerone-bregenz-peplum-saint-sulpicien/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Marcel Humbert]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 27 Jul 2021 03:30:47 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Sur un livret beaucoup trop complexe et embrouillé qui mêle notamment la folie de Néron, le meurtre de sa mère Agrippine, l’incendie de Rome, la montée du christianisme et en prime des histoires d’amour entremêlées, Arrigo Boito a voulu tendre vers le chef-d’œuvre absolu. C’est séduisant en soi, mais trop c’est trop, et tout cela &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Sur un livret beaucoup trop complexe et embrouillé qui mêle notamment la folie de Néron, le meurtre de sa mère Agrippine, l’incendie de Rome, la montée du christianisme et en prime des histoires d’amour entremêlées, Arrigo Boito a voulu tendre vers le chef-d’œuvre absolu. C’est séduisant en soi, mais trop c’est trop, et tout cela constitue un minestrone plutôt indigeste. Car la personnalité de Néron est noyée dans les intrigues politiques et les conflits religieux, et aucun autre personnage n’émerge en suscitant la moindre once de sympathie.</p>
<p>	La mise en scène d’<strong>Olivier Tambosi </strong>(qui avait pourtant déjà signé à Bregenz le bel <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/amleto-bregenz-triomphe-pour-un-nouvel-hamlet-italien"><em>Amleto</em> de Franco Faccio dont le livret est justement d&rsquo;Arrigo Boito</a>) n’éclaircit rien. La transposition de l’action en 1924, date de la création à la Scala (styles Art déco et charleston peuplés de nonnes plus ou moins sanglantes) n’aide en rien à clarifier les situations, non plus qu’un billard remplaçant un autel, ou encore le cadavre d’Agrippine, encore agitée des soubresauts de l’accouchement, suivant partout son fils. On en arrive à se demander si un pastiche antique au second degré n’aurait pas été plus efficace. Restent quelques beaux moments, comme Néron engoncé dans un manteau d’épaisse fourrure blanche et calé dans un fauteuil club, qui assiste à l’incendie de Rome évoqué simplement par l’immense rideau rouge fermé. Mais malgré tout, force est de constater que Rome brûle dans l’indifférence générale.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="304" src="/sites/default/files/styles/large/public/5_9342_145.jpg?itok=Vq9EmOND" title="© Bregenzer Festspiele/Karl Forster" width="468" /><br />
	© Bregenzer Festspiele/Karl Forster</p>
<p>Les costumes trash de <strong>Gesine Völlm</strong>, tout en blanc et le plus souvent sanguinolents, n’aident pas à individualiser de loin tel ou tel personnage, surtout quand de plus ils sont dédoublés en deux Néron ou deux martyrs couronnés d’épines ! Et les rares touches de couleurs (dont le noir de la philosophie gnostique pour les ailes, ou le vert de l’espérance pour les costumes des chœurs), n’apportent pas à l’action d’autre signification particulière. Les hideuses barres lumineuses verticales des décors de <strong>Frank Philipp Schlössmann</strong>, aux couleurs changeantes, et leurs tournettes incessantes, ne gagnent en efficacité que lorsqu’elles virent au rouge pour évoquer l’incendie. Tout cela reste au demeurant assez obscur et peu lisible. Bref, on essaie de comprendre, d’y voir quelque chose, et l’ennui n’est pas loin.</p>
<p>	La curiosité l’emporte quand même, car l’œuvre est peu connue et très rarement jouée. Boito, surtout célèbre comme librettiste de la fin de la vie de Verdi et comme auteur d’un beau <em>Mefistofele</em> toujours joué aujourd’hui, a passé 56 ans (de 1862 à 1918) sur ce <em>Nerone</em> sans parvenir à l’achever de son vivant. Toscanini, voulant sauver l’œuvre, a fait appel à deux obscurs tâcherons pour en achever l’orchestration. Tout se termine en queue de poisson sur un 4<sup>e</sup> acte annonçant un 5<sup>e</sup> acte qui n’arrivera jamais. Bref, œuvre trop ambitieuse, où le compositeur s’usa sans réussir à sortir de l’imbroglio qu’il avait lui-même savamment échafaudé. En tous cas, l’œuvre paraît laborieuse, avec des éclats orchestraux mais sans la construction dramatique qui fait les chefs-d’œuvre.</p>
<p>	Musicalement, c’est également une sorte d’auberge espagnole composée comme un patchwork entre romantisme et approches plus modernes. On peut souvent évoquer <em>Mefistofele</em>, bien sûr présent dans les fulgurances orchestrales et quelques interventions de Néron, de Simon Mago ou de Fanuèl. Quelques lignes de chant évoquent Verdi, notamment dans certains duos, et même <em>Tannhäuser</em> n’est pas vraiment loin, surtout dans son approche d’un conflit entre paganisme et christianisme, non plus que <em>Parsifal</em>. Mais au total il manque les grands airs « à la Verdi » ou une véritable continuité à la Puccini.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/2_9342_66.jpg?itok=u7ZBVsxF" title="© Bregenzer Festspiele/Karl Forster" width="468" /><br />
	© Bregenzer Festspiele/Karl Forster<br />
	 </p>
<p>L’ensemble est très bien défendu par le Wiener Symphoniker et le Prague Philharmonic Choir, tous impeccables musicalement, dont le chef <strong>Dirk Kaftan </strong>sait tirer d’impressionnantes sonorités. Les solistes, particulièrement sollicités par une partition exigeante, se donnent à fond. Le ténor mexicain <strong>Rafael Rojas</strong>, qui a déjà chanté plusieurs rôles à Bregenz, prend à bras le corps ce rôle énorme qu’il maîtrise parfaitement. La puissance de sa voix n’empêche pas une grande variété d’inflexions, qui participent de la construction du personnage. Le baryton <strong>Lucio Gallo</strong>, également vedette internationale, met sa voix sonore et pleine d’émotion au service du rôle de l’inquiétant mage conspirateur Simon, aux grandes ailes noires impressionnantes, et <strong>Brett Polegato</strong> (Fanuèl) campe un prédicateur chrétien, évoquant le Christ couronné d’épines. <strong>Svetlana Aksenova</strong> (Asteria) convainc plutôt bien malgré quelques aigus attrapés à l’arraché, tandis que le beau mezzo d’<strong>Alessandra Volpe</strong> (Rubria) fait vivre à la fois la nonne chrétienne et la vestale païenne, avant de trouver la mort en voulant réconcilier les deux religions.</p>
<p>	On ne peut que saluer cette très courageuse production, remarquablement défendue du point de vue musical. Mais celle-ci ne suffira certainement pas à remettre ce <em>Nerone</em> indigeste au goût du public d’aujourd’hui. Si une part de responsabilités revient à la production mollement applaudie à la fin, n’est-ce pas l’œuvre elle-même qui est en cause, et qui peinera certainement dans le futur à trouver son public, si tant est qu’elle ait un avenir ?</p>
<p><a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.youtube.com/watch?v=-x-QV8cVm-A">L&rsquo;enregistrement de cette production est disponible sur Youtube pour un temps indéterminé.</a></p>
<p> </p>
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		<item>
		<title>PUCCINI, Madama Butterfly — Liège</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/madama-butterfly-liege-les-maris-helicopteres/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 15 Sep 2019 04:48:47 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Depuis quelques années, les psychologues nous parlent des « parents hélicoptères », ces géniteurs qui ne peuvent laisser leurs enfants en paix et « planent » constamment au-dessus d’eux pour les surveiller. Après avoir vu Madame Butterfly monté à Liège par Stefano Mazzonis, on se dit qu’il doit aussi exister des « maris hélicoptères » qui utilisent ce moyen de transport &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Depuis quelques années, les psychologues nous parlent des « parents hélicoptères », ces géniteurs qui ne peuvent laisser leurs enfants en paix et « planent » constamment au-dessus d’eux pour les surveiller. Après avoir vu <em>Madame Butterfly</em> monté à Liège par <strong>Stefano Mazzonis</strong>, on se dit qu’il doit aussi exister des « maris hélicoptères » qui utilisent ce moyen de transport pour venir arracher leur enfant aux griffes d’une mère trop aimante : en effet, si Pinkerton revient bien à bord du navire Abraham Lincoln, c’est à bord d’un hélicoptère qu’il revient chez Butterfly, au cours d’une scène qui ne manque pas de provoquer quelques gloussements de la part du public (l’engin se pose – en silence, heureusement – sur le toit du vilain immeuble moderne qu’habite désormais Cio-Cio-San). Et, comme on avait pu le voir <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/madame-butterfly-clermont-ferrand-la-mariee-etait-en-or">par exemple à Clermont-Ferrand</a>, l’enfant à récupérer s’avère finalement n’être qu’un tas de chiffons : en voyant le landau, on se disait que ce bambin était né vraiment bien tard après le départ de Pinkerton, ou qu’il tardait à apprendre à marcher, mais l’explication est encore plus simple, puisqu’il s’agit uniquement d’un fantasme de l’épouse abandonnée. Pourtant, la première partie du spectacle semblait on ne peut plus traditionnelle, la transposition vers les années 1950 étant fort discrète. Dans un décor passablement kitsch, où il ne manque que le pont japonais cher aux mises en scène qui ravissait nos aïeux, Butterfly et son cortège font irruption dès l’ouverture, ce qui gâche un peu l’apparition prévue ensuite. Les costumes japonais sont presque trop colorés, les ombrelles en papier tournoient, et le premier acte paraît bien statique.</p>
<p>De fait, même pour <strong>Speranza Scappucci</strong>, les choses sérieuses ne commencent vraiment qu’après l’entracte. L’ouverture est un peu dénuée de nerf, les invités de la noce sont vraiment bruyants, et le duo avance sans vraiment toucher : certes, la situation n’est qu’une duperie dont l’héroïne fera les frais, mais la musique devrait davantage envoûter l’oreille. Au deuxième acte, le drame se noue et la chef semble s’y investir bien plus. Dommage que le superbe intermezzo ouvrant le dernier acte soit gâché par les allées et venues de Suzuki faisant le ménage, car l’orchestre de l’Opéra Royal de Wallonie se montre alors tout à fait à la hauteur de l’enjeu. Et l’on reste frappé par le rythme exceptionnellement rapide auquel sont jouées les dernières mesures de l’œuvre, parfaitement glaçantes.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/butt2_0.jpg?itok=1mayORzT" title="© Opéra Royal de Wallonie-Liège" width="468" /><br />
	© Opéra Royal de Wallonie-Liège</p>
<p>Quant à la distribution vocale, Liège a fait le choix de le dédoubler pour le couple central. Sur les neuf représentations, quatre proposeront des artistes « ethniquement corrects », avec une Butterfly japonaise (Yasko Sato) et un Pinkerton étasunien (Dominick Chenes). Pour les premières, c’est un couple russe qui se trouve sous les feux de la rampe. Rôle court et personnage antipathique, Pinkerton est souvent difficile à distribuer : <strong>Alexey Dolgov</strong> peine à donner de l’épaisseur à l’officier de marine yankee, les voyelles sont vraiment très ouvertes et son chant semble cantonné aux seules nuances forte et mezzo forte, non sans malgré tout se laisser parfois couvrir par l’orchestre. Même son « Addio, fiorito asil » ne nous remue guère, alors que c’est bien le moment où l’interprète pourrait se rattraper. Heureusement, <strong>Svetlana Aksenova</strong> se situe dans une autre catégorie. Admirable dans le répertoire russe, elle surprend d’abord chez Puccini, surtout dans le rôle de la geisha de 15 ans dont, pas plus que tant d’autres, elle n’a vraiment l’allure. Les couleurs de la voix sonnent d&rsquo;abord trop sombres pour le personnage mais, pour la soprano aussi, les choses paraissent plus naturelles après l’entracte, quand Butterfly cesse d’être une femme-enfant pour se montrer déterminée, sarcastique ou désespérée. Chanté dans une immobilité seulement perturbée par un lent mouvement ascendant des bras, « Un bel dì vedremo » produit l’impression désirée, et « Tu, tu, piccolo iddio » ne perd rien de sa force à être déclamé en présence de Pinkerton, le discours prenant alors un tour ambigu (même si l’on ne sait pas encore à ce moment que l’enfant n’existe pas). <strong>Mario Cassi</strong> est un Sharpless ému et émouvant, et l’on regrette que le baryton, très fréquemment invité à Liège, ne dispose pas cette fois d’un rôle plus étoffé. La Suzuki de <strong>Sabina Willeit</strong> ressemble plus à Olive, la femme de Popeye, qu’aux figures maternelles que l’on voit souvent, mais le timbre est bien celui que l’on attend. <strong>Saverio Fiore</strong> campe un savoureux Goro devenu un petit truand, tandis que Yamadori – <strong>Patrick Delcour </strong>convaincant – pourrait bien être un yakuza. La mise en scène n’aide pas <strong>Luca Dall’Amico</strong> à faire trembler le public, le bonze faisant une apparition bien plate au milieu de la noce.</p>
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		<title>RIMSKI, Le Conte du tsar Saltan — Bruxelles (La Monnaie)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/le-conte-du-tsar-saltan-bruxelles-la-monnaie-poupees-russes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dominique Joucken]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 20 Jun 2019 22:26:24 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C’est lors de l’exposition universelle de 1900 à Paris que le grand public occidental a découvert les poupées russes. Ces figurines qui s’emboitent les unes dans les autres ont immédiatement fasciné les spectateurs, et leur succès planétaire ne s’est pas démenti depuis. Elles ont été présentées par les autorités russes de l’époque comme un retour &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est lors de l’exposition universelle de 1900 à Paris que le grand public occidental a découvert les poupées russes. Ces figurines qui s’emboitent les unes dans les autres ont immédiatement fasciné les spectateurs, et leur succès planétaire ne s’est pas démenti depuis. Elles ont été présentées par les autorités russes de l’époque comme un retour à l’esprit de la « Vraie Russie », celle qui précède Pierre le Grand et ses tentatives d’occidentalisation, cette Russie des contes et des épopées, qui a tant inspiré Rimski-Korsakov dans ses opéras.</p>
<p><strong>Dimitri Tcherniakov, </strong>pour mettre en scène ce <em>Conte du tsar Saltan </em>, choisit lui aussi la méthode de l’emboîtement. Pour éviter un premier degré qui pourrait paraître naïf, il choisit d’imbriquer des niveaux de lecture différenciés à l’intérieur de son spectacle. Ainsi, l’histoire de la malheureuse princesse Militrisa, haïe par des sœurs jalouses de son mariage royal, et qui font croire au Tsar Saltan que sa femme a accouché d’un monstre, est illustrée fidèlement, avec recours à des costumes inspirés des images d’époque, et des projections dessinées qui ont un pouvoir de séduction irrésistible. Mais tout ceci s’insère dans le cadre d’une autre histoire. Le fils malheureux, balloté sur les flots avec sa mère, est un enfant autiste, qui ne vit que par le truchement des contes de fées, et la mise en scène n’est en réalité qu’une tentative de sa mère pour lui expliquer le mystère de ses origines, dans le monde le plus contemporain qui soit. Expliqué aussi sommairement, le concept pourrait paraître abscons et inutilement élaboré, mais il se révèle d’une inépuisable richesse de lecture : il mêle réalisme, onirisme, réflexions sociétales et philosophiques, le tout dans une ambiance qui rappelle à chacun sa propre enfance. Il suffisait de voir les mines emerveillées des spectateurs pour s’en convaincre. Incroyable Tcherniakov, qui n’est jamais là où on l’attend !</p>
<p> </p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="234" src="/sites/default/files/styles/large/public/tsar_saltan_s.aksenova_militrisa_ensemble1_c_forster.jpg?itok=t6HtImSm" title="© Forster / La Monnaie De Munt" width="468" /><br />
	© Forster / La Monnaie De Munt</p>
<p>Sa mise en scène et en abîme rejoint ainsi subtilement la musique de Rimski, qui offre elle aussi deux niveaux : un style « magique » marqué par la rythmique populaire russe et l‘orientalisme pour tout ce qui ressort du tsar, des sœurs de Militrisa, de la Princesse-Cygne et de l’ile de Bouiane, et une écriture plus récitée, marquée par la déclamation verdienne et wagnérienne pour Militrisa et le tsarévitch Gvidon. <strong>Alain Altinoglu,</strong> en osmose parfaite avec son metteur en scène, varie les atmosphères en fonction du propos, sans oublier de faire « sonner » l’orchestre de Rimsky avec la somptuosité qu’on est en droit d’attendre de la part du plus grand orchestrateur de son époque, qui marquera tant Ravel, Respighi ou Stravinsky. Totalement investi dans l’oeuvre, <strong>l’orchestre symphonique de La Monnaie </strong>étale une virtuosité presque insolente, notamment dans des solos de cordes a se damner, qui témoignent des progrès accomplis sous la houlette du directeur musical. Les hurlements de joie qui accueillent Altinoglu au rideau final ne trompent pas. Très investis aussi, <strong>les chœurs de La Monnaie </strong>sont cependant un peu en retrait, la créativité du metteur en scène les ayant dispersé un peu partout dans la salle, les contraignant parfois à chanter dans le dos du chef. Ils s’en tirent néanmoins avec les honneurs.</p>
<p>Que dire maintenant des prestations des chanteurs ? Tous réalisent un numéro formidable. On ne sait que louer le plus, de la rouerie des deux sœurs (<strong>Stine Marie Fischer</strong> et <strong>Bernarda Bobro</strong>), du chant à la limite de la parole, mais toujours raffiné, de Babarikha (<strong>Carole Wilson)</strong>, de la puissance d’airain d’<strong>Ante Jerkunica</strong> en Tsar Saltan, rappelant la force de son incarnation <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/le-chateau-de-barbe-bleue-le-mandarin-merveilleux-bruxelles-la-monnaie-bartok-a-lenvers">dans Bartók sur la même scène il y a un an,</a> de la volupté vocale, à la limite du péché, de la Princesse-Cygne d&rsquo;<strong>Olga Kulchynska</strong>, ou de la pléiade de seconds rôles, tous impeccables .On réservera cependant la couronne de laurier à <strong>Svetlana Aksenova</strong>, qui utilise sa large voix avec intelligence et probité, traçant le portrait bouleversant d’une mère brisée par la douleur de son fils. Et on tirera bien bas son chapeau à <strong>Bogdan Volkov,</strong> tsarévitch Gvidon campé sous les traits d’un adolescent enfermé dans son monde avec une telle force que, pendant tout le prologue et l’acte I, on pense avoir affaire à un figurant professionnel, voire à un véritable autiste. Ce n’est qu’au deuxieme acte qu’il commence a chanter. Entendre cette voix claire et rayonnante sortir de cette carcasse enroulée sur elle-même est une expérience à la limite du réel. Tout le reste de la représentation est à l’avenant : le ténor parvient à créer un effet de contraste saisissant entre son chant, souple, félin, caressant, et son corps qui exprime la souffrance de ceux qui sont murés dans l’incommunicabilité par la fatalité du handicap.</p>
<p>Un spectacle à voir toutes affaires cessantes, d’abord parce qu’il permettra à bien des mélomanes de découvrir quel compositeur d’opéra fut Rimski, mais aussi par ses choix de mise en scène, qui confirment à quel niveau d’émotion l’art lyrique peut toucher l’homme d’aujourd’hui.</p>
<p> </p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/le-conte-du-tsar-saltan-bruxelles-la-monnaie-poupees-russes/">RIMSKI, Le Conte du tsar Saltan — Bruxelles (La Monnaie)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>Pique Dame</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/pique-dame-piotr-aime-nikolai-qui-aime-medea/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 21 May 2018 05:57:46 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Comme on pouvait le supposer, le DVD de cette Dame de pique amstellodamoise offre incontestablement une plus-value par rapport au spectacle proprement dit, en permettant de remarquer quantité de détails pas nécessairement aperçus en salle, et surtout en favorisant la compréhension : la deuxième, voire la troisième ou la quatrième fois, tout est plus clair… Il &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Comme on pouvait le supposer, le DVD de cette <em>Dame de pique </em>amstellodamoise offre incontestablement une plus-value par rapport au spectacle proprement dit, en permettant de remarquer quantité de détails pas nécessairement aperçus <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/la-dame-de-pique-amsterdam-piotr-ilyitch-le-prince-travesti">en salle</a>, et surtout en favorisant la compréhension : la deuxième, voire la troisième ou la quatrième fois, tout est plus clair… Il n’en demeure pas moins que cette production signée <strong>Stefan Herheim</strong>, pour suprêmement intelligente qu’elle soit, reste un rien plaquée sur l’œuvre, et nous raconte une histoire bien différente de celle de Pouchkine ou de Modeste Tchaïkovski. C’est l’histoire de Tchaïkovski qui nous est présentée, histoire un peu fantasmée, à la Ken Russell dans <em>Music Lovers</em> : en résumé, Piotr Ilyitch alias le prince Eletski aime Nikolaï (Figner, le créateur du rôle d’Hermann) qui aime – peut-être un peu quand même – Medea (Figner, son épouse, créatrice du rôle de Lisa). Et toute l’intrigue se déroule comme une sorte de vision ultime du compositeur à l’instant où il but le verre d’eau fatal porteur du choléra. Avec une virtuosité stupéfiante, on va et vient entre deux époques – le dernier quart du XIX<sup>e</sup> siècle et le milieu du XVIII<sup>e</sup> –, les jeux d’écho, de correspondance et de reflet se multiplient, entre les personnages et les chœurs, et entre les personnages eux-mêmes, le tout nous situant dans l’univers mental d’un Tchaïkovski tourmenté par sa créativité, perturbé par sa sexualité. Le spectacle est beau, fort, animé, la direction d’acteurs est excellente, mais l’on ne saurait recommander cette version à qui voudrait simplement découvrir <em>La Dame de pique</em>.</p>
<p>Ces réserves posées, il faut reconnaître les immenses mérites musicaux de ce DVD. En tête de distribution, le meilleur Hermann actuel, <strong>Misha Didyk</strong>, maître de toutes les facettes de son personnage, impressionnant dans sa folie et dont le chant ne cède jamais à la facilité ou au débraillé ; on saluera aussi la prestation du ténor qui se plie à tout ce qui lui demande la mise en scène (gâterie initiale offerte à Tchaïkovski et traverstissement en Catherine II inclus). Ni monstre extra-terrestre ni petite vieille pas assez méchante, <strong>Larissa Diadkova</strong> est une comtesse tout en finesse, qui retrouve jeunesse et sensualité lorsqu’elle chante l’air de Grétry. Indépendamment de la beauté de la voix, saluée notamment dans ses incarnations verdiennes, <strong>Vladimir Stoyanov </strong>réalise une véritable prouesse d’acteur : à part durant un court moment où il est remplacé par un figurant, son Eletski-Tchaïkovski est présent en scène d’un bout à l’autre du spectacle : il sera l’un des rares rescapés à participer en janvier prochain à la reprise londonienne de cette production, dont il est l’indispensable pilier. <strong>Svetlana Aksenova</strong> avait été à Amsterdam une magnifique Fevronia dans <em>Kitège </em>: elle est cette fois une Lisa idéale, avec le juste degré d’engagement, la largeur vocale nécessaire et le caractère juvénile voulu. <strong>Alexey Markov</strong> est un Tomski parfait, totalement idiomatique – dans sa chanson du dernier acte, notamment – mais sans jamais rien de pesant dans le jeu. <strong>Anna Goryachova </strong>fait regretter que le rôle de Pauline disparaisse après sa prestation en Milovzor au troisième acte. Et l’on pourrait continuer ainsi en détaillant le moindre second rôle, chacun campant un personnage à part entière, avec une voix irréprochable (même Macha la servante mérite une mention spéciale).</p>
<p>Quant à l’orchestre de Concertgebouw, il est somptueux, et admirablement dirigé par <strong>Mariss Jansons</strong>, dans un répertoire où le chef letton est souverain. Le chœur du DNO est impeccable. Autrement dit, une référence dans la vidéographie, mais certes pas pour une première initiation.</p>
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		<title>TCHAÏKOVSKI, La Dame de pique — Amsterdam</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/la-dame-de-pique-amsterdam-piotr-ilyitch-le-prince-travesti/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 09 Jun 2016 04:42:45 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Avec Stefan Herheim, même sans savoir à quoi s’attendre exactement, on sait toujours que l’on aura affaire à un spectacle intelligent, fruit d’une réflexion s’appuyant sur un solide travail, dont il faut sans doute en partie créditer aussi son dramaturge, Alexander Meier-Dörzenbach. Après un Eugène Onéguine sensationnel, l’Opéra d’Amsterdam a décidé de réunir la même &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Avec <strong>Stefan Herheim</strong>, même sans savoir à quoi s’attendre exactement, on sait toujours que l’on aura affaire à un spectacle intelligent, fruit d’une réflexion s’appuyant sur un solide travail, dont il faut sans doute en partie créditer aussi son dramaturge, <strong>Alexander Meier-Dörzenbach</strong>. Après un <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="http://www.forumopera.com/dvd/lannee-derniere-a-tsarskoie-selo"><em>Eugène Onéguine</em> sensationnel</a>, l’Opéra d’Amsterdam a décidé de réunir la même équipe pour <em>La Dame de pique</em>, en confiant également la partie musicale à l’un des plus beaux orchestres du monde dirigé par un chef qui connaît l’œuvre à fond. De ce côté-là, le pari est superbement tenu par l’Orchestre du Concertgebouw, et <strong>Mariss Jansons</strong> propose une lecture d’une limpidité totale, excluant tout excès mais soignant les nombreux contrastes qu’appelle la partition dès lors qu’on la respecte dans son intégralité, avec ses éléments empruntés à diverses esthétiques. Contrairement à Robert Carsen à Zûrich et <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="http://www.forumopera.com/la-dame-de-pique-strasbourg-que-signifie-maitre-en-scene">à Strasbourg</a>, Stefan Herheim n’a pas besoin de couper les passages qui ne s’intégreraient pas à sa vision de l’œuvre : au contraire, il ajoute même un bref prologue silencieux pour expliciter son propos. S’inspirant avant tout de l’amour du compositeur pour le ténor qui créa le rôle, Nikolaï Figner, lui-même marié à la première interprète de Lisa, Medea Figner, le metteur en scène donne à Tchaïkovski le rôle d’Eletski dans l’étrange triangle amoureux de <em>La Dame de pique</em>. A cela près que le prince est cette fois épris d’Hermann, ce qui explique notamment le manque d’ardeur d&rsquo;Eletski lorsqu’il évoque son bonheur conjugal à venir et la réserve du personnage lorsqu’il plaide sa cause auprès de Lisa. Toute l’intrigue devenant une projection des tourments de Piotr Ilyitch, le chœur masculin se compose ainsi d’une vingtaine de Tchaïkovski, tandis que le chœur féminin est d’abord une démultiplication de la servante qui trouve son maître effondré à terre (admirable prestation du Chœur du Nederlandse Opera). Même la comtesse partage des traits communs avec le compositeur, notamment sa nostalgie pour un temps passé qui explique un va-et-vient constant entre le XIX<sup>e</sup> et le XVIII<sup>e</sup> siècle. Accessoire récurrent, le verre d’eau par lequel le compositeur se serait suicidé reparaît à plusieurs reprises, lumineux comme le verre de lait que Hitchcock fait porter par Cary Grant dans <em>Soupçons</em>. Les fantasmes sont brillamment incarnés, notamment par une apparition de trois danseurs déguisés en Tchaïkovski-saint Sébastien, le corps percé de plumes, les trois cartes de la comtesse devenant trois pages de partition, le tout dans un décor qui ne cesse de se désarticuler et de se réagencer pour quitter le salon du compositeur et y revenir. Tout cela est d’une virtuosité admirable, mais n’a pas tout à fait la force du travail accompli sur <em>Eugène Onéguine</em>, ni surtout la même lisibilité. Tchaïkovski-Eletski est omniprésent, mais le spectateur comprend seulement lors du salut final que le rôle a en fait été partagé entre un chanteur et un figurant.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="263" src="/sites/default/files/styles/large/public/pique2.jpg?itok=UKWbKvQ_" title=" © DR" width="468" /> <br />
© DR</p>
<p>Commençons malgré tout par saluer la performance de <strong>Vladimir Stoyanov</strong>, même s’il n’est pas seul Tchaïkovski en scène : sa participation est en tout cas considérablement augmentée par rapport à ce qu’on attend ordinairement d’Eletski, et le rôle acquiert une complexité nouvelle. Néanmoins, ce que le prince exprime par le chant n’est ici qu’une façade, puisque ses véritables sentiments sont bien davantage exprimés par la pantomime pendant tout le temps où il n’ouvre pas la bouche, et ce baryton verdien qu&rsquo;est Stoyanov n&rsquo;a finalement guère d&rsquo;occasions de toucher par sa voix. Lisa trouve en <strong>Svetlana Axenova</strong> une interprète sensible, et qui possède bien la couleur juvénile d’un personnage que l’on confie parfois à des voix trop mûres : c’est une joie de retrouver celle qui fut sur cette même scène une si belle Fevronia <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="http://www.forumopera.com/dvd/ou-le-peche-abonde-la-grace-surabonde">dans <em>Kitège</em></a>. Vue par Stefan Herheim, la comtesse n’a rien d’une sorcière ou d’un être surnaturel : c’est une vieille femme qui perd la boule, et <strong>Larissa Diadkova</strong> évite avec soin de la métamorphoser en goule. D’ailleurs, dans le songe d’Hermann, on entend sa voix amplifiée, mais elle reste invisible, ses paroles étant articulées par Tchaïkovski. Superbe Tomski d’<strong>Alexey Markov</strong>, doté de tout le grave qu’exige le rôle, mais plein de délicatesse, notamment dans son air du premier acte où il sait se dispenser de décibels et d’effets de manche pour créer un climat insidieux. Plus connue dans le répertoire rossinien, <strong>Anna Goryachova</strong> est une charmante Pauline, à qui <strong>Pelageya Kurennaya</strong> donne une réplique adéquate dans l’intermezzo mozartien. <strong>Misha Didyk</strong>, enfin, confirme qu’il est l’Hermann de sa génération ; totalement barytonal dans le grave, il est totalement ténor dès qu’il le faut. Guidé par Mariss Jansons, il renonce à tout expressionnisme et fait confiance à la partition pour créer un personnage mémorable.</p>
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		<title>DVOŘÁK, Rusalka — Paris (Bastille)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/rusalka-paris-bastille-les-sirenes-ne-meurent-jamais/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 03 Apr 2015 07:20:54 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Sous leurs écailles, elles ont la peau dure, ces filles des eaux. La Rusalka mise en scène par Robert Carsen à l’Opéra de Paris en 2002, revenue une première fois en 2005, fait un nouveau retour cette saison, et contrairement à l’Alcina également conçue autour de la personnalité de Renée Fleming, cette vision du chef-d’œuvre &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Sous leurs écailles, elles ont la peau dure, ces filles des eaux. La <em>Rusalka </em>mise en scène par <strong>Robert Carsen</strong> à l’Opéra de Paris en 2002, revenue une première fois en 2005, fait un nouveau retour cette saison, et contrairement à l’<em>Alcina</em> également conçue autour de la personnalité de Renée Fleming, cette vision du chef-d’œuvre de Dvořák s’avère bien résister au passage du temps. Ces magistrales variations sur l’idée de reflet et de symétrie ont gardé toute leur magie et toute leur beauté. Certes, le troisième acte, qui reprend le principe du lit vu par au-dessus, déjà employé par Carsen pour sa <em>Femme sans ombre</em> viennoise, semble un peu en deçà des deux premiers, mais l’on reste fasciné par le jeu des doubles. Preuve supplémentaire que les sirènes résistent à tout : comme pour <em>Le Cid </em>à Garnier, le décor se bloque au moment le plus inopportun, au premier acte, alors que la chambre inversée au fond des eaux cède la place à la chambre « à l’endroit » pour accueillir le prince. Au bout de quelques mesures, l’orchestre est contraint de s’arrêter, la lumière se rallume en partie dans la salle, une majorité de spectateurs croient l’acte fini, applaudissent et se lèvent pour ce qu’ils pensent être l’entracte. Mais une annonce (en français seul, comme pour <em>Le Cid</em>, toujours) signale un problème technique, heureusement résolu au bout de cinq minutes, et la représentation reprend son cours comme si de rien n’était.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/7554_0026-c.-leiber-onp.jpg?itok=vEl0hIQL" title="© Opéra national de Paris" width="468" /><br />
	© Opéra national de Paris</p>
<p>Alors que le hasard ne l’a pas ménagé pour ses débuts à l’Opéra de Paris, le chef tchèque<strong> Jakub Hrůša</strong> ne se laisse pas démonter et confirme l’excellente impression suscitée dès l’ouverture : voilà une baguette qui arrive à « défroidir » Bastille comme bien peu y parviennent. L’orchestre sonne comme il le devrait toujours et rend justices aux harmonies de Dvořák. Sur la scène, le bilan est plutôt très positif, malgré le double forfait récent des deux têtes d’affiches : Olga Guryakova, sirène en 2002, devait revenir mais se fait remplacer par deux ondines successives (Kristina Opolais assurera les quatre dernières), tandis que Khachatur Badalyan, après avoir annulé sa participation à <em>La Bohème</em> en décembre dernier, fait également faux bond en prince. Le public n’a pourtant pas lieu de se plaindre, puisque <strong>Svetlana Aksenova</strong> est une fort belle Rusalka, dont on admire le dramatisme et la richesse du timbre, surtout dans la partie centrale de la tessiture ; manque hélas le crémeux lacté qu’on attend pour l’invocation à la lune. Heureusement, l’actrice est sensible, qualité indispensable pour un rôle presque aussi joué que chanté, dans sa longue partie muette (on avait pu s’en apercevoir dans la production de <em>Kitège</em> par Dmitri Tcherniakov, où elle était apparue sous le nom de Svetlana Ignatovitch). De son côté, <strong>Pavel <font color="#000000">Č</font><strong>e</strong>rnoch </strong>a la silhouette du Prince charmant, contrairement peut-être à ses prédécesseurs sur cette même scène, mais l’on regrette que sa voix se rétrécisse dans l’aigu au lieu de s’y épanouir ; l’effort est parfois visible pour passer la fosse dans l’immensité de Bastille. <strong>Alisa Kolosova</strong> ne fait qu’une bouchée de la Princesse, tandis que <strong>Larissa Diadkova</strong>, pour sa troisième apparition en Ježibaba après 2002 et 2005, revient en très grande forme, avec des graves toujours aussi impressionnants. <strong>Dimitry Ivashchenko</strong> possède une belle voix de basse, mais le rôle de l’ondin le limite au pathétique, et l’on guette avec intérêt le Sarastro qu’il sera bientôt dans cette même salle. Sa voix semble parfois se perdre dans le vaste décor assez nu du premier acte, tout comme celle des trois nymphes, que l’on n’entend vraiment bien que lorsqu’elles chantent ensemble (le problème disparaît aux actes suivants, où le fond du décor se situe moins loin). Sans pouvoir faire oublier la truculence de Michel Sénéchal et la fraîcheur de Karine Deshayes en 2002, <strong>Igor Gnidii</strong> et <strong>Diana Axentii</strong> complètent très dignement la distribution, ainsi que le chasseur invisible de <strong>Damien Pass</strong>. Les sirènes ne meurent jamais, et entre la splendeur des éclairages de <strong>Peter Van Praet</strong> et la force de la chorégraphie de <strong>Philippe Giraudeau</strong>, cette <em>Rusalka </em>a plus d’un argument pour imposer sa longévité.</p>
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