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	<title>Mathieu BAUER - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Mathieu BAUER - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>MOZART, La Flûte enchantée – Nantes</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-la-flute-enchantee-nantes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 28 May 2025 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Il semblerait que toutes les fées se soient penchées sur ce spectacle&#160;: dès les premiers instants, où un bonimenteur vient sur scène nous présenter un à un les protagonistes, quelque chose de magique se produit. À partir de là, on ne s’ennuie pas une seconde et l’enchantement se prolonge jusqu’aux toutes dernières notes. Tania Bracq &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Il semblerait que toutes les fées se soient penchées sur ce spectacle&nbsp;: dès les premiers instants, où un bonimenteur vient sur scène nous présenter un à un les protagonistes, quelque chose de magique se produit. À partir de là, on ne s’ennuie pas une seconde et l’enchantement se prolonge jusqu’aux toutes dernières notes. <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-die-zauberflote-rennes/">Tania Bracq</a> s’était déjà enthousiasmée à l’Opéra de Rennes devant cette tourbillonnante <em>Flûte enchantée</em> qui, avant de terminer son périple au Grand Théâtre d’Angers, s’installe au Théâtre Graslin de Nantes. Le spectacle et la distribution restent les mêmes, à l’exception notable de la Reine de la Nuit, qui bénéficie d’une double distribution.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/PreGe-LaFlute©LaurentGuizard-19-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-190910"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Laurent Guizard</sup></figcaption></figure>


<p>C’est donc sous le signe de la fête foraine que <strong>Mathieu Bauer</strong> a décidé de placer sa production. Le metteur en scène, déjà récompensé par un prix de la critique pour son coup d’essai sur le <em>Rake’s progress</em> il y a trois ans, place le décor de l’opéra sur un carrousel composé des éléments attendus de la fête foraine, quoique épurés&nbsp;: kiosque à boissons et confiseries, train fantôme dont l’entrée est un crâne, roue de loterie, balançoires, pommes d’amour et ballons gonflables. Le dispositif est simple, mais riche de sous-entendus&nbsp;; il sert magnifiquement l’intrigue et la musique de Mozart. S’adressant aux néophytes comme à ceux qui connaissent leur <em>Flûte </em>et ses innombrables adaptations sur le bout des doigts, le spectacle est tous publics (par exemple, les enfants ne s’offusqueront pas de voir Papageno confectionner des formes proches des appareils génitaux masculins avec les ballons de baudruche qui sont dans sa cage à oiseaux, jouant sur le double sens d’«&nbsp;oiseau&nbsp;», aussi bien en allemand qu’en français, l’oiseleur se contentant de faire des nœuds pour toute âme innocente…). Résumé avant même la première note de musique par un bonimenteur/Monsieur Loyal formidable qui n’est autre que Sarastro, le spectacle subjugue le public qui se fait rapidement complice, n’hésitant pas, par exemple, à chanter spontanément avec les hommes d’armes ensorcelés sous la direction de Papageno, entre autres moments enchantés. L’univers de Mathieu Bauer joue de la porosité&nbsp;: entre théâtre, musique et cinéma entre autres, les références pullulent. Les costumes très réussis de <strong>Chantal de La Coste-Messelière</strong> font songer à Jacques Demy (cela tombe bien à Nantes), notamment les bérets et robes de couleurs vives des <em>Demoiselles </em>ou des <em>Parapluies</em>. Placé sous le signe du soleil, Sarastro et ses forains semblent tout droits sortis de <em>Star Trek</em> ou de <em>Flash Gordon</em>, quand la Reine de la nuit, sorte de Calamity Jane, arme à feu au flanc, est en fait inspirée par la Joan Crawford de <em>Johnny Guitare</em> comme l’explique le metteur en scène. On pense également à certains classiques du cinéma allemand, comme <em>Le Tambour</em> ou <em>M le Maudit</em>, notamment pour le couteau et les grappes de ballons très sexuées dans le film, mis à part le fait que notre parcours initiatique se termine ici évidemment bien. Nous sommes dans un univers qui rappelle celui de <em>La Ronde</em> de Max Ophuls, mais la syphilis ne se répand pas de couple en couple. Autrement dit, si le manège est ici lié au monde de l’enfance et à une forme d’innocence, cela n’empêche pas d’y voir des allusions à un monde bien réel et nettement moins charmant si l’on y regarde d’un peu plus près. Au spectateur de décider et il semble bien que le public ait fait le choix de la bonne humeur, suivant le schéma de la fin heureuse où l’on voit des couples se former sur le plateau, y compris du même sexe, aussi bien féminin que masculin, encadrés par Sarastro et la Reine de la Nuit dont on parierait qu’ils sont sur le point de se réconcilier. De nombreuses trouvailles plutôt malines permettent de mettre à peu près tout le monde d’accord&nbsp;: Monostatos devient par exemple un homme de basses besognes qui, de fait, est couvert de cambouis. Inutile de le barbouiller de cirage, donc, et de prêter le flanc à d’éventuelles polémiques. La mise en scène ne fait que peu ou pas de parallèles avec la franc-maçonnerie ou la mythologie égyptienne, mais pour autant, nous offre largement de quoi nous mettre sous la dent. Par ailleurs, entre une première partie inondée de lumière et saturée de couleurs en contraste avec la suite où l’obscurité et les éclairs et autres effets lumineux se succèdent, il faut saluer le travail de <strong>William Lambert</strong> à la lumière et celui de<strong> Florent Fouquet</strong> à la vidéo.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/PreGe-LaFlute©LaurentGuizard-6-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-190905"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Laurent Guizard</sup></figcaption></figure>


<p>Le plateau vocal est de très haute tenue. Pour son premier spectacle en France, le natif de Regensburg (Ratisbonne) <strong>Maximilian Mayer</strong> semble s’être parfaitement intégré dans une équipe largement francophone. C’est un bonheur d’entendre le ténor Bavarois à la diction parfaite déclamer le texte avec délectation et chanter d’une voix étincelante et radieuse qui prend de l’assurance au fur et à mesure que son personnage s’arme de courage et de confiance. Le chanteur est doté d’un physique de jeune premier très Fifties et le timbre de sa voix séduisante et ensoleillée ne sont pas sans rappeler celle de Fritz Wunderlich. Pour sa prise de rôle en Pamina, <strong>Elsa Benoit</strong> confirme son talent et nous comble. Beauté du timbre, noblesse de caractère et solidité de la technique font d’elle une interprète mozartienne de rêve. Du rôle de la Reine de la Nuit particulièrement périlleux, <strong>Lila Dufy</strong> ne fait qu’une bouchée, parfaitement à l’aise. « Der Hölle Rache » semble si facile, à entendre la colorature, ses vocalises étant solidement ciselées et projetées avec aisance et un naturel absolument confondants. Alors qu’il nous a immédiatement conquis dans son rôle parlé de bonimenteur, <strong>Nathanaël Tavernier</strong> n’a aucun mal à asseoir son aura en Sarastro qui tire les ficelles et fait tourner le manège. Voix de velours, graves convaincants et délicats, le médium est parfois inégalement assuré, mais le personnage existe puissamment, soutenu par la personnalité rayonnante d’une basse de très haut niveau. <strong>Benoît Rameau</strong> réussit à rendre son Monostatos infiniment sympathique et humain, secondé efficacement par les rôles masculins de comprimari. Les Trois Dames forment un trio bien accordé et il faut saluer la performance des Trois Enfants, quand bien même ils ont eu un moment de flottement lors de la Première nantaise, qu’ils ont très bien rattrapé. Le Chœur de chambre Mélisme(s) est impeccable. Mais celui qui parvient à faire chavirer tout un chacun est indéniablement <strong>Damien Pass</strong>, irrésistible Papageno, qui se met immédiatement tout le public dans la poche. Excellent comédien et chanteur idoine, le baryton forme un couple tout ce qu’il y a de plus charmant avec <strong>Amandine Ammirati</strong>, délicieuse Papagena. Dans la fosse, <strong>Nicolas Ellis</strong> conduit l’Orchestre national de Bretagne avec fougue et dynamisme. Une formidable réussite dont on ressort le cœur léger et joyeux.</p>
<p>Comme tous les ans, l’opéra sera proposé gratuitement dans le cadre de l’Opération « Opéra sur écrans ». Filmée en direct le soir de la dernière au Grand-Théâtre d’Angers, le mercredi 18 juin, l’opéra sera projeté sur écran géant devant les théâtres de Nantes et Angers. En même temps, il sera retransmis dans une quarantaine de salles et de cinémas en région Bretagne ou dans les Pays de la Loire, mais aussi, plus curieusement, au cinéma municipal de Sarrebruck, en Allemagne. Les lieux de projection gratuite de l’opéra sont précisés sur la page dédiée du site d’<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.angers-nantes-opera.com/opera-sur-ecrans-la-flute-enchantee">Angers Nantes Opéra</a>. On pourra également voir cette <em>Flûte enchantée </em>en direct sur huit télévisions locales, sur les sites internet de France 3 Bretagne et Pays de la Loire et en streaming sur France.tv.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-la-flute-enchantee-nantes/">MOZART, La Flûte enchantée – Nantes</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>MOZART, die Zauberflöte &#8211; Rennes</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-die-zauberflote-rennes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Tania Bracq]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 15 May 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après 25 ans d&#8217;absence, L&#8217;opéra de Rennes renoue brillamment avec l&#8217;ultime chef-d&#8217;œuvre de Mozart dans une version ludique où souffle un vent de joie et de fantaisie. Sur un carrousel de fête foraine, les Trois Dames sortent tout droit des parapluies de Cherbourg, leur reine est une Calamity Jane survitaminée et les prêtres des émules &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Après 25 ans d&rsquo;absence, L&rsquo;opéra de Rennes renoue brillamment avec l&rsquo;ultime chef-d&rsquo;œuvre de Mozart dans une version ludique où souffle un vent de joie et de fantaisie.</p>
<p>Sur un carrousel de fête foraine, les Trois Dames sortent tout droit des parapluies de Cherbourg, leur reine est une Calamity Jane survitaminée et les prêtres des émules de Star Trek. Dans cet univers très pop installé par <strong>Chantal de La Coste-Messelière</strong> – en charge de la scénographie et des costumes – <strong>Mathieu Bauer</strong> a su trouver un joli équilibre entre la féerie et la dimension initiatique, intellectuelle de la Flûte : le train fantôme et sa Gueule d&rsquo;Enfer s&rsquo;avèrent idéaux pour symboliser l’Oeuvre au noir que constituent les épreuves. Des ballons en bouquets accompagnent les Trois Enfants, soulignant leur dimension spirituelle&#8230; et  servant de supports aux espiègles projections vidéos de <strong>Florent Fouquet</strong>. Pour illustrer le « Vivat Sarastro », celui-ci officie en grande pompe … à fabriquer des pommes d&rsquo;amour. Ainsi le fruit de la connaissance se fait clin d’œil gourmand. Autant de références dont la métaphore est parfaitement lisible sans être trop appuyée.</p>
<p>Tout cela est enlevé et joyeux. Surtout, l&rsquo;univers fonctionne de bout en bout, sans lassitude ni redite. Gourmand de mots, familier des patchworks artistiques, le metteur en scène introduit le <em>Singspiel</em> par un tour de piste des protagonistes présentés par Sarastro, Monsieur Loyal omniscient et bonhomme, incarné par le savoureux <strong>Nathanaël Tavernier</strong> aux graves sonores, aux aigus bien couverts.</p>
<p>Au cours de la soirée, différents dialogues commenteront l&rsquo;action ou remplaceront l&rsquo;air souvent coupé qui raconte l&rsquo;histoire des parents de Pamina et du <em>Sonnenkreis</em>. S&rsquo;ils n&rsquo;apportent pas énormément à une œuvre déjà parfaitement cohérente, ils sont amusants et actualisent le propos, comme l&rsquo;autorise la tradition de la musique légère.</p>
<p>Le metteur en scène vient du monde du théâtre et a dirigé le CDN de Montreuil pendant dix ans. Nous avions déjà pu apprécier son talent dans <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/the-rakes-progress-la-carriere-du-libertin-rennes-mad-men/"><em>The Rake&rsquo;s Progress</em></a> en 2022-23, une production qui avait remporté le prix du meilleur spectacle lyrique en région décerné par le syndicat professionnel de la critique. Formidable directeur d&rsquo;acteur, il rythme la soirée tambour battant permettant à chaque chanteur une implication scénique et émotionnelle d&rsquo;une grande justesse.</p>
<p>Espiègle et touchant, <strong>Damien Pass</strong> est un merveilleux Papageno au timbre idéal. Truculent et jovial il forme un duo de charme avec la magnifique Pamina d&rsquo;<strong>Elsa Benoit</strong>. Le ruban fluide de son soprano ductile se moire de riches harmoniques pour dessiner une silhouette singulièrement émouvante.</p>
<p><strong>Maximilian Mayer</strong> est en délicatesse avec les notes hautes dévolues à Tamino mais fait profiter le personnage du beau métal de son ténor lumineux. Bégayant d&rsquo;abord face à la Reine de la nuit, il prend de l&rsquo;assurance au fil des épreuves qu&rsquo;il traverse, les yeux pleins d&rsquo;innocence.</p>
<p>Face à lui, <strong>Florie Valiquette</strong> dégage une autorité vocale et et scénique qui font honneur à la Reine de la Nuit. Remplacée par Lila Dufy pour les trois premières représentations, seuls ses contre-fa limites rappellent sa convalescence.</p>
<p>Le ténor clair et rond de <strong>Benoît Rameau</strong> régale en Monostatos. Tout comme<strong> Amandine Ammirati</strong> en Papagena ou encore<strong> Thomas Coisnon </strong>et<strong> Paco Garcia, Élodie Hache, Pauline Sikirdji </strong>et<strong> Laura Jarrell</strong> composent Trois Dames d&rsquo;excellente tenue – même si la seconde a un accent français à couper au couteau dans les passages parlés. Les Trois Enfants issus des rangs de la Maîtrise de Bretagne sont épatants, <strong>l&rsquo;Ensemble Mélisme(s)</strong> à l&rsquo;avenant.</p>
<p>Dans la fosse, <strong>Nicolas Ellis</strong>, nouveau directeur musical de l’Orchestre National de Bretagne, est au diapason de l&rsquo;énergie communicative qui se dégage du plateau, avec des tempi très allants. Ses musiciens – en dépit de violons aux attaques un peu imprécises – nous entraînent dans un tourbillon allègre qui distille de subtiles nuances et des suspensions bienvenues dans une vision joliment personnelle, jamais pompeuse, de la partition.</p>
<p>Un spectacle délicieux, qui aura droit, espérons-le à une reprise, à découvrir au Théâtre Graslin de Nantes du 24 mai au 1er juin, à Angers les 16 et 18 juin prochains et gratuitement dans plus de soixante-dix villes de Bretagne et des Pays de la Loire participant à la onzième édition d&rsquo;Opéra sur écran(s) le mercredi 18 juin à 20h.</p>
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		<item>
		<title>STRAVINSKY, The Rake&#039;s Progress — Nantes</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/the-rakes-progress-nantes-les-vertus-du-cafe-arrose-de-whisky/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 24 Mar 2022 04:59:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>On connaît les goûts de Stravinsky en matière de boisson. Lorsqu’il rencontra Auden pour la première fois, après avoir dégusté un café arrosé de whisky, dix jours suffirent aux deux complices pour arrêter l’essentiel du livret. La douce euphorie que ressent le spectateur au sortir de l’ouvrage doit être de même nature. Co-produit par les &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>On connaît les goûts de Stravinsky en matière de boisson. Lorsqu’il rencontra Auden pour la première fois, après avoir dégusté un café arrosé de whisky, dix jours suffirent aux deux complices pour arrêter l’essentiel du livret. La douce euphorie que ressent le spectateur au sortir de l’ouvrage doit être de même nature. Co-produit par les opéras de Rennes et d’Angers-Nantes, ce <em>Rake’s Progress</em> a été commenté par Tania Bracq à sa création rennaise (<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="/the-rakes-progress-la-carriere-du-libertin-rennes-mad-men">Mad Men</a>). Maintenant à Nantes, les mêmes interprètes, rodés à l’exercice, d’un engagement exemplaire, nous offrent une soirée de qualité exceptionnelle, où l’émotion le dispute au sourire.</p>
<p>Stravinsky éprouva le besoin d’expliciter sa démarche singulière après la création de l’opéra, que boudent encore trop de scènes. « <em>The Rake’s Progress</em> est (…) un opéra classique, n’en déplaise aux milieux bien informés pour lesquels ces conventions (*) passent pour surannées. » L’histoire est connue, fondée sur des gravures d’Hogarth qui avaient retenu son attention dès 1947 : les amours d’Anne et de Tom vont être contrariées par Nick, le diable, qui va entraîner l’anti-héros dans la débauche, la ruine et enfin la folie. La société qui nous est peinte est sombre sous l’apparence de la frivolité : cupide, futile et inconséquente. Réaliste, la moralité qui conclut l’ouvrage, tempère la fin idéalisée du dernier acte.</p>
<p>Passée la surprise du début, la réalisation scénique de <strong>Mathieu Bauer</strong> est exemplaire. Sans message ajouté, fidèle à l’esprit comme au texte, elle se signale par son efficacité, son invention, sa légèreté et sa richesse. L’humour, l’ironie, y trouvent toute leur place, en contrepoint des moments d’émotion. Renouvelé à la faveur d’un ingénieux dispositif, assorti de vidéos ponctuelles qui contribuent à l’illustration du livret et d’éclairages inventifs, le décor nous plonge dans l’Angleterre des années 50. Les costumes de <strong>Chantal de La Coste</strong> sont remarquables, et collent aux personnages. Quant à la direction d’acteurs, elle est digne des meilleures comédies musicales, où chaque geste, chaque pas trouve sa place pour expliciter la psychologie ou la situation des acteurs : tous brûlent les planches. Bien sûr, Anne et son père, dont l’amour ne sera jamais pris en défaut, nous touchent par leur constance et les épreuves qu’ils traversent. Cependant, Tom le faible, l’inconséquent, et Nick le roué ne se réduisent pas à des caricatures, tout comme Mother Goose et Baba la Turque. Le dernier acte (écrit et composé le premier) est poignant.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/the_rakes_progress_opera_de_rennes_5_c_laurent_guizard.jpg?itok=8x-xIjiy" title="Tom (Julien Behr) et Baba la Turque (Aurore Ugolin) © Laurent Guizard" width="468" /><br />
	Tom (Julien Behr) et Baba la Turque (Aurore Ugolin) © Laurent Guizard</p>
<p>Pas la moindre faiblesse dans la distribution. Tous les chanteurs excellent, en adéquation parfaite avec les personnages qu’ils incarnent. Sans outrance ajoutée, leur jeu est d’une liberté épanouie que l’on trouve davantage dans la comédie musicale qu’à l’opéra. Un régal. Qui eût cru l’extraordinaire Aricie de l’Opéra Comique (2020) capable de se muer en Anne Truelove ? <strong>Elsa Benoît</strong> relève parfaitement le défi et nous vaut une héroïne idéale, sensible, au caractère bien trempé. La voix est sonore, fraîche, capable d’aigus piano, aux graves solides, bien projetée, et le jeu comme la diction emportent l’adhésion. Sa cabalette du I, où elle dit combien elle croit dans la toute-puissance de l’amour, et son contre-ut final sont superbes. La tendresse de « Quietly night », l’émotion de la berceuse finale « Gently, little boat »&#8230; c’est un bonheur constant. Tom Rakewell subit en croyant dominer, orgueilleux et chimérique, naïf, faible, mais d’une touchante sincérité, après la débauche puis la faillite. <strong>Julien Behr</strong> a-t-il mieux habité un de ses personnages ? Quelle que soit la qualité de son Pelléas, ou de son Belmonte, il est permis d’en douter. Intense, d’une émission généreuse, déliée dans ses vocalises, la voix est solide et lumineuse, mozartienne, homogène, capable d’accents héroïques (« City ! City ! »). Le legato, la diction sont exemplaires, comme le lyrisme intense dans son aria « O nature » ; à Bedlam, chez les aliénés, la douceur illuminée d’Adonis cherchant Vénus atteint à l’émotion la plus profonde. <strong>Thomas Tatzl</strong> a la profondeur des graves requise pour Nick Shadow, personnage maléfique, méphistophélique, grinçant. L’autorité, la brutalité après l’humilité et la séduction assortie de discours sentencieux. L’intensité ne le conduit jamais à surjouer, même lorsqu’ayant perdu, il s’enfonce dans les ténèbres. Vieillard cloué dans son fauteuil roulant, le clairvoyant Truelove est campé par <strong>Scott Wilde</strong>. La voix est profonde, empreinte d’amour et d’autorité.  Le chanteur trouve les accents propres à lui donner vie. Mother Goose est servie par le beau mezzo de l’imposante <strong>Alissa Anderson</strong>. En Baba la Turque, que l’on croirait échappée des <em>Mamelles de Tirésias</em>, <strong>Aurore Ugolin</strong> est non seulement drôle, magistrale d’autorité, avec l’abattage requis, mais son chant est exemplaire et a encore progressé depuis sa Bersi (<em>Andrea</em> <em>Chénier</em>), saluée à Toulon.  « As I was saying » (au II) est exemplaire. Il faudrait signaler encore le pétulant Sellem de <strong>Christopher Lemmings</strong> comme le gardien de l’asile, <strong>Jean-Jacques L&rsquo;Anthoën.</strong> Quitte à le répéter : le bonheur est constant et général, dans les airs comme dans les nombreux ensembles.</p>
<p>Le chœur de chambre <em>Mélisme(s)</em>, que dirige <strong>Gildas Pungier</strong>, se hisse au meilleur niveau : les voix sont parfaitement accordées, équilibrées, projetées, pour une participation essentielle et variée. Le jeu <a>dramatique</a> de chacun force l’admiration. Suite à un récent AVC, certainement lié à une intense activité internationale, le chef gallois <strong>Grant Llewellyn</strong> ne dispose plus que de son bras gauche pour diriger. Balayées les quelques réserves qui avaient été signalées lors de la création : sa direction énergique, rigoureuse et précise, permet à l’orchestre national de Bretagne de traduire au mieux la redoutable partition. Incisive, vivace, joyeuse comme élégiaque, la rythmique stravinskienne, raffinée, soutient la tension. Toujours l’orchestre chante, les pupitres rivalisant d’homogénéité et de couleur.  Les passages ironiques, les pastiches mozartiens, le sarcasme comme la tendresse sont merveilleusement illustrés.</p>
<p>Espérons qu’une prise vidéo permettra de partager ces moments forts avec le plus grand nombre, avant des reprises sur de nombreuses scènes. Vous aimez Stravinsky, vous adorez Mozart, vous appréciez la comédie musicale, vous êtes simplement curieux ? N’hésitez pas un instant. Vous ne serez pas déçu, comme en témoignent les longues et chaleureuses ovations que le public de cette première nantaise a réservées aux interprètes.</p>
<p> </p>
<p>(*) « j’ai préféré couler mon œuvre dans le moule d’un opéra <em>à numéros </em>du XVIIIe siècle, où l’action dramatique progresse au fil de pièces distinctes – airs, duos, trios, chœurs, interludes instrumentaux, récitatifs. »</p>
<hr align="left" size="1" width="33%" />
 </p>
<p> </p>
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		<title>STRAVINSKY, The Rake&#039;s Progress — Rennes</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/the-rakes-progress-la-carriere-du-libertin-rennes-mad-men/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Tania Bracq]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 07 Mar 2022 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après un audacieux Red Waters le mois dernier, l&#8217;opéra de Rennes confirme sa confiance dans l&#8217;esprit d&#8217;aventure de son public avec un Rake&#8217;s Progress fort réussi, fruit d&#8217;une nouvelle coproduction avec Angers Nantes Opéra. En 2017 au festival d&#8217;Aix-en-Provence, Simon McBurney avait eu la brillante idée d&#8217;implanter l&#8217;histoire dans une boite blanche tendue de papier que la figure diabolique de Nick &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p style="margin: 0cm 0cm 14.4pt;font-size: medium;, serif">Après un audacieux <em>Red Waters</em> le mois dernier, l&rsquo;opéra de Rennes confirme sa confiance dans l&rsquo;esprit d&rsquo;aventure de son public avec un <em>Rake&rsquo;s Progress</em> fort réussi, fruit d&rsquo;une nouvelle coproduction avec Angers Nantes Opéra.</p>
<p style="margin: 0cm 0cm 14.4pt;font-size: medium;, serif">En 2017 au festival d&rsquo;Aix-en-Provence,<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/the-rakes-progress-aix-en-provence-une-carriere-qui-dechire" style="text-decoration: underline"> Simon McBurney</a> avait eu la brillante idée d&rsquo;implanter l&rsquo;histoire dans une boite blanche tendue de papier que la figure diabolique de Nick Shadow venait déchirer. Ainsi, la pureté de l&rsquo;âme de Tom Rakewell se trouvait-elle peu à peu réduite en lambeaux.</p>
<p style="margin: 0cm 0cm 14.4pt;font-size: medium;, serif">Pour sa première mise en scène lyrique, <strong>Mathieu Bauer</strong>, longtemps directeur du CDN de Montreuil, convoque lui aussi un cadre qu&rsquo;il faudrait briser avec une scénographie de six cellules superposées crées par <strong>Chantal de la Coste</strong>. Mais ici, impossible même d&rsquo;ébranler une charpente qui s&rsquo;avère mouvante, pour mieux composer le décor des différentes étapes de la déréliction de Tom, l&#8217;emprisonnant dans une quête effrénée d&rsquo;argent, de plaisirs factices jusqu&rsquo;à lui faire perdre la raison.</p>
<p style="margin: 0cm 0cm 14.4pt;font-size: medium;, serif">Le metteur en scène choisit avec beaucoup de pertinence de camper l&rsquo;histoire ni dans l&rsquo;époque contemporaine, ni dans le XVIIIe siècle souhaité à l&rsquo;origine par le librettiste, mais dans les années cinquante, celles de la composition de l’œuvre alors qu&rsquo;Igor Stravinski réside aux Etats-Unis. L&rsquo;ivresse du consumérisme confine alors au vertige, comme le dénoncent les projections vidéos aussi malicieuses qu&rsquo;ironiques de <strong>Florent Fouquet</strong> ou encore la série <em>Mad Men</em> qui motive le titre de cette chronique. Les ruptures de tons toutes shakespeariennes entre émotion et potache sont assumées avec beaucoup d&rsquo;élégance même lorsqu&rsquo;elles sont quelques peu acrobatiques comme pour la <em>chanson de Lanturlu</em>.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/the_rakes_progress_opera_de_rennes_6_c_laurent_guizard.jpg?itok=JUhPvH4_" title="© Laurent Guizard" width="468" /><br />
	© Laurent Guizard</p>
<p>Tom Rakewell est trop faible et influençable pour ne pas céder aux travers de l&rsquo;hédonisme. « Désirs, soyez les montures du mendiant que je suis » chante même<strong> <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/actu/questionnaire-de-proust-julien-behr-tenor">Julien Behr</a></strong> qui compose le portrait touchant d&rsquo;un anti-héros, incapable de discerner l&rsquo;essentiel du superficiel. Homme sans qualité, ballotté au gré de ses pulsions, il demeure pourtant sincère. Son caractère velléitaire se trouve souligné de manière discrète par les couleurs des costumes qu&rsquo;il revêt successivement, parfois trop grands pour lui, l&rsquo;associant chaque fois au personnage auquel il est alors lié, voire soumis. Les changements de décor à vue soulignent encore sa passivité. Éminemment crédible, le ténor lyonnais compense sa projection limité par un travail des couleurs ciselé. « Love, too frequently betrayed » est particulièrement poignant tout comme ses duos avec Anne Truelove, où les deux voix s&rsquo;accordent parfaitement jusque dans les nuances les plus subtiles.</p>
<p>La jeune femme, amoureuse de l&rsquo;amour, campe elle-même le décor de ses fantasmes d&rsquo;absolu en plantant les fleurs de la première scène. Telle Michaela, elle ne manque ni de courage, ni de grandeur dans sa volonté obstinée de sauver l&rsquo;homme qu&rsquo;elle aime, jusqu&rsquo;à passer les bornes dans la superbe berceuse du dernier acte. <strong>Elsa Benoit </strong>transforme ce personnage, archétypal dans son nom même, en une bouleversante figure de femme fragile et déterminée, plus ambiguë finalement qu&rsquo;elle ne le semble de prime abord. Servie par un timbre mordoré, tout en ductilité, une remarquable unité des registres, elle mérite également des éloges appuyés pour sa justesse tant scénique que tonale et rythmique, en dépit d&rsquo;une partition exigeante.</p>
<p>Face aux amants,<strong> Thomas Tatzl </strong>incarne un Nick Shadow tout de blanc vêtu jusqu&rsquo;à révéler sa vraie nature méphistophélique et « tarantinesque ». Doté de larges moyens vocaux, son timbre brillant et son focus précis sont desservis toutefois par un vibrato un peu rapide. Son abattage carnassier fait merveille, à l&rsquo;exemple de celui d&rsquo;<strong>Aurore Ugolin</strong>, Baba la Turque d&rsquo;anthologie, « freaks » de foire ou bête de scène qui fait son miel d&rsquo;un parlando intransigeant et de graves solidement plantés<strong>.</strong></p>
<p align="JUSTIFY"><strong>Alissa Anderson</strong> en Mother Goove, <strong>Scott Wilde</strong> en Trulove et surtout <strong>Christopher Lemmings </strong>en Sellem sont au diapason. Ce dernier crée, avec une émission d&rsquo;un grand naturel, une improbable silhouette de Nosferatu-commissaire-priseur puisque désormais tout est à vendre, même les âmes.</p>
<p>Du lupanar en ombres chinoises – pertinente évocation d&rsquo;un lieu de faux semblants où les corps, marchandisés, sont interchangeables – à l&rsquo;hôpital psychiatrique en passant par la vente aux enchères des biens de Baba la Turque (ruinée par les investissements hasardeux de son époux Tom) le chœur <strong>Mélisme(s)</strong>, largement sollicité, fait montre d&rsquo;un bel engagement scénique comme d&rsquo;une pâte sonore aussi riche, généreuse que précise sous la direction de <strong>Gildas Pungier</strong>.</p>
<p>En fosse, l&rsquo;<strong>Orchestre National de Bretagne</strong> connaît, lui, un début difficile avec une première scène brouillonne avant de nous régaler de vents lumineux, de cordes expressives, sous la direction gourmande et enlevée de <strong>Grant Llewellyn </strong>que l&rsquo;on a grand bonheur de retrouver à la baguette.</p>
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<p align="JUSTIFY">Un spectacle à découvrir à Rennes jusqu&rsquo;au 9 mars avant une reprise au théâtre Graslin à Nantes les 22, 24, 26, 28 et 30 mars.</p>
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