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STRAVINSKY, The Rake's Progress — Rennes

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Spectacle
7 mars 2022
Mad Men

Note ForumOpera.com

3

Infos sur l’œuvre

Opéra en trois actes

Musique d’Igor Stranvinsky sur un livret de Wystan Hugh Auden et Chester Kallman

Crée le 11 septembre 1951, à La Fenice, Venise

Coproduction Opéra de Rennes et Angers Nantes Opéra

Détails

Mise en scène

Mathieu Bauer

Assistant à la mise en scène

Grégory Voillemet

Décors

Chantal de la Coste

Vidéaste

Florent Fouquet

Lumières

Lionel Spycher

Trulove

Scott Wilde

Anne Trulove

Elsa Benoît

Tom Rakewell

Julien Behr

Nick Shadow

Thomas Tatzl

Mother Goose

Alissa Anderson

Baba la Turque

Aurore Ugolin

Sellem

Christopher Lemmings

Chœur de chambre Mélisme(s)

Direction

Gildas Pungier

Orchestre National de Bretagne

Direction musicale

Grant Llewellyn / Rémi Durupt

Opéra de Rennes, samedi 5 mars, 18h

Après un audacieux Red Waters le mois dernier, l’opéra de Rennes confirme sa confiance dans l’esprit d’aventure de son public avec un Rake’s Progress fort réussi, fruit d’une nouvelle coproduction avec Angers Nantes Opéra.

En 2017 au festival d’Aix-en-Provence, Simon McBurney avait eu la brillante idée d’implanter l’histoire dans une boite blanche tendue de papier que la figure diabolique de Nick Shadow venait déchirer. Ainsi, la pureté de l’âme de Tom Rakewell se trouvait-elle peu à peu réduite en lambeaux.

Pour sa première mise en scène lyrique, Mathieu Bauer, longtemps directeur du CDN de Montreuil, convoque lui aussi un cadre qu’il faudrait briser avec une scénographie de six cellules superposées crées par Chantal de la Coste. Mais ici, impossible même d’ébranler une charpente qui s’avère mouvante, pour mieux composer le décor des différentes étapes de la déréliction de Tom, l’emprisonnant dans une quête effrénée d’argent, de plaisirs factices jusqu’à lui faire perdre la raison.

Le metteur en scène choisit avec beaucoup de pertinence de camper l’histoire ni dans l’époque contemporaine, ni dans le XVIIIe siècle souhaité à l’origine par le librettiste, mais dans les années cinquante, celles de la composition de l’œuvre alors qu’Igor Stravinski réside aux Etats-Unis. L’ivresse du consumérisme confine alors au vertige, comme le dénoncent les projections vidéos aussi malicieuses qu’ironiques de Florent Fouquet ou encore la série Mad Men qui motive le titre de cette chronique. Les ruptures de tons toutes shakespeariennes entre émotion et potache sont assumées avec beaucoup d’élégance même lorsqu’elles sont quelques peu acrobatiques comme pour la chanson de Lanturlu.


© Laurent Guizard

Tom Rakewell est trop faible et influençable pour ne pas céder aux travers de l’hédonisme. « Désirs, soyez les montures du mendiant que je suis » chante même Julien Behr qui compose le portrait touchant d’un anti-héros, incapable de discerner l’essentiel du superficiel. Homme sans qualité, ballotté au gré de ses pulsions, il demeure pourtant sincère. Son caractère velléitaire se trouve souligné de manière discrète par les couleurs des costumes qu’il revêt successivement, parfois trop grands pour lui, l’associant chaque fois au personnage auquel il est alors lié, voire soumis. Les changements de décor à vue soulignent encore sa passivité. Éminemment crédible, le ténor lyonnais compense sa projection limité par un travail des couleurs ciselé. « Love, too frequently betrayed » est particulièrement poignant tout comme ses duos avec Anne Truelove, où les deux voix s’accordent parfaitement jusque dans les nuances les plus subtiles.

La jeune femme, amoureuse de l’amour, campe elle-même le décor de ses fantasmes d’absolu en plantant les fleurs de la première scène. Telle Michaela, elle ne manque ni de courage, ni de grandeur dans sa volonté obstinée de sauver l’homme qu’elle aime, jusqu’à passer les bornes dans la superbe berceuse du dernier acte. Elsa Benoit transforme ce personnage, archétypal dans son nom même, en une bouleversante figure de femme fragile et déterminée, plus ambiguë finalement qu’elle ne le semble de prime abord. Servie par un timbre mordoré, tout en ductilité, une remarquable unité des registres, elle mérite également des éloges appuyés pour sa justesse tant scénique que tonale et rythmique, en dépit d’une partition exigeante.

Face aux amants, Thomas Tatzl incarne un Nick Shadow tout de blanc vêtu jusqu’à révéler sa vraie nature méphistophélique et « tarantinesque ». Doté de larges moyens vocaux, son timbre brillant et son focus précis sont desservis toutefois par un vibrato un peu rapide. Son abattage carnassier fait merveille, à l’exemple de celui d’Aurore Ugolin, Baba la Turque d’anthologie, « freaks » de foire ou bête de scène qui fait son miel d’un parlando intransigeant et de graves solidement plantés.

Alissa Anderson en Mother Goove, Scott Wilde en Trulove et surtout Christopher Lemmings en Sellem sont au diapason. Ce dernier crée, avec une émission d’un grand naturel, une improbable silhouette de Nosferatu-commissaire-priseur puisque désormais tout est à vendre, même les âmes.

Du lupanar en ombres chinoises – pertinente évocation d’un lieu de faux semblants où les corps, marchandisés, sont interchangeables – à l’hôpital psychiatrique en passant par la vente aux enchères des biens de Baba la Turque (ruinée par les investissements hasardeux de son époux Tom) le chœur Mélisme(s), largement sollicité, fait montre d’un bel engagement scénique comme d’une pâte sonore aussi riche, généreuse que précise sous la direction de Gildas Pungier.

En fosse, l’Orchestre National de Bretagne connaît, lui, un début difficile avec une première scène brouillonne avant de nous régaler de vents lumineux, de cordes expressives, sous la direction gourmande et enlevée de Grant Llewellyn que l’on a grand bonheur de retrouver à la baguette.

 

Un spectacle à découvrir à Rennes jusqu’au 9 mars avant une reprise au théâtre Graslin à Nantes les 22, 24, 26, 28 et 30 mars.

 

 

 

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Détails

Mise en scène

Mathieu Bauer

Assistant à la mise en scène

Grégory Voillemet

Décors

Chantal de la Coste

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Scott Wilde

Anne Trulove

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