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	<title>Nicolas CAVALLIER - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
	<lastBuildDate>Sat, 11 Apr 2026 13:22:59 +0000</lastBuildDate>
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	<title>Nicolas CAVALLIER - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<item>
		<title>GLASS, Satyagraha – Paris (Garnier)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/glass-satyagraha-paris-garnier/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Tancrède Lahary]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 11 Apr 2026 05:23:15 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Pour l’entrée de Philip Glass au sein de son répertoire, l’Opéra national de Paris a choisi Satyagraha, deuxième opéra de la trilogie du compositeur américain consacrée aux grandes figures historiques qu’ont été Einstein, Gandhi puis Akhénaton. À quelques mois près, il aurait pu s’agir d’une création française, l’œuvre n’ayant été donnée pour la première fois &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour l’entrée de Philip Glass au sein de son répertoire, l’Opéra national de Paris a choisi <em>Satyagraha</em>, deuxième opéra de la trilogie du compositeur américain consacrée aux grandes figures historiques qu’ont été Einstein, Gandhi puis Akhénaton. À quelques mois près, il aurait pu s’agir d’une création française, l’œuvre n’ayant été donnée pour la première fois en France qu’en <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/glass-satyagraha-nice/">octobre dernier, à l’Opéra de Nice</a>.</p>
<p>Une telle programmation, qui affiche complet, marque l’intérêt persistant, voire son regain, pour la musique de Glass, présent ce soir et très chaleureusement applaudi. On ne présente plus la force magnétique de sa musique, basée sur la répétition de motifs progressivement modifiés, dans une forme de digression méditative profondément poétique. Dans le cas de <em>Satyagraha</em>, le propos, qui certes ne dessine pas d’intrigue ou de dialogue, est éminemment politique, centré autour de la période sudafricaine de Gandhi, de son éveil à la politique à l’élaboration du concept de non-violence.</p>
<p>La production des chorégraphes <strong>Bobbi Jene Smith</strong> et <strong>Or Schraiber</strong> tente d’atteindre cet équilibre entre méditation et politique, sans toutefois parvenir à réellement dessiner une démarche cohérente ou pleinement aboutie. La mise en scène est entièrement décontextualisée, située dans une période intemporelle, même si les costumes de<strong> Wojciech Dziedzic</strong> peuvent avoir tendance à faire allusion aux années 1950. La scène dessine un studio de répétition de théâtre, signé <strong>Christian Friedländer</strong>, dans une forme de mise en abyme des plus classiques pour un questionnement convenu sur les liens entre théâtre et politique. Si l’idée est d&rsquo;interroger le pouvoir politique du théâtre dans notre monde contemporain, tous les choix effectués auraient malheureusement pu être appliqués à n’importe quel autre opéra &#8211; à la teneur un tant soit peu politique &#8211; et désincarnent l’œuvre en évacuant ses particularités et même son identité.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/30467-Yonathan_Kellerman___OnP-Satyagraha-25-26-Yonathan-Kellerman-OnP-7-1600px-1294x600.jpg" />
© Yonathan Kellerman</pre>
<p>La distance avec le propos de l’opéra de Glass s’accentue encore par le choix de ne pas faire correspondre chanteurs et personnages : ainsi, Gandhi est incarné par un acteur silencieux positionné en haut de la scène sur un promontoire. Il en va de même pour tous les chanteurs qui, libérés de leur personnage, ne jouent donc plus de rôle, du moins pas celui prévu par le livret. En effet, l’ensemble de la distribution s’emploie à dérouler une autre intrigue, faisant intervenir un univers plus ou moins militaire, avec diverses péripéties difficilement compréhensibles, sans direction claire ni assumée. Cette sous-intrigue non explicitée et dont on ne comprendra jamais les contours, occupe l&rsquo;essentiel de la mise en scène,  même si la démarche est progressivement abandonnée d’acte en acte et que le troisième acte verse très clairement vers le ballet.</p>
<p>Les chorégraphies constituent le réel intérêt de cette mise en scène, elles qui jalonnent à bon escient chacune des scènes. Le très grand talent de la troupe de danseurs mérite à cet égard d’être particulièrement souligné. C’est certainement là que se joue intelligemment l’incarnation de la dimension politique de l’opéra, dans le jeu des corps qui entrent en résistance les uns avec les autres. Cela ne suffit toutefois pas à proposer une réelle vision de l’œuvre, ni ne sauve l’ensemble qui manque d’inspiration, ne créant jamais d&rsquo;émotion particulière, si ce n&rsquo;est pendant certains tableaux dansés.</p>
<p>Le plateau vocal ne rattrape malheureusement pas cette déception. Il faut d’emblée souligner que le pari de programmer un contre-ténor à la place d’un ténor pour le rôle-titre est perdu. Il ne fait bien sûr aucun doute qu’<strong>Anthony Roth Costanzo </strong>est un contre-ténor très talentueux, mais la partition n’est tout simplement pas écrite pour cette tessiture. Tantôt trop graves, tantôt trop aigues, les portées du rôle trouvent le chanteur en difficulté. Induisant une forme de raideur continue, qui se ressent d’ailleurs sur la diction, la greffe ne prend malheureusement pas, accouchant d’un son irrégulier aux coutures apparentes. Est-ce en raison de ce changement de tessiture que celle du Prince Arjuna chanté par<strong> Nicky Spence</strong>, est également modifiée, délaissant le baryton au profit d’un ténor ? Le constat est le même : le ténor Nicky Spence ne convainc pas dans « Kuru Field of Justice », peinant à s’imposer durant ce morceau, n’étant pas là non plus doté de la bonne tessiture. <strong>Nicolas Cavallier</strong>, s’il dégage une présence scénique intéressante, manque pour sa part d’un certain relief, la voix raisonnant de manière quelque peu tassée.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/30463-Yonathan_Kellerman___OnP-Satyagraha-25-26-Yonathan-Kellerman-OnP-1-1600px-1294x600.jpg" />
© Yonathan Kellerman</pre>
<p>Le reste de la distribution est en revanche de très bonne facture. Les sopranos <strong>Ilanah Lobel-Torres </strong>et<strong> Olivia Boen</strong> déploient une très belle sensibilité, des aiguës aériens et une maîtrise de la répétition façon Glass. <strong>Davóne Tines</strong> impose un charisme magnétique, une puissance remarquable et un timbre plein de rondeur, malgré une gestuelle qui n’est pas toujours sous contrôle. <strong>Adriana Bignagni Lesca</strong> est bouleversante dans « Confrontation and Rescue », offrant une pugnacité et une détermination ancrées dans une ligne de chant qui perce la scène. Enfin, <strong>Amin Ahangaran</strong> et <strong>Deepa Johnny</strong> complètent très efficacement la distribution, dans un sans-faute également.</p>
<p>La direction musicale de <strong>Ingo Metzmacher</strong> marque l’ultime déception de la soirée. Si l’on salue une certaine attention au détail – des <em>piani</em> inattendus dans « Kuru Field of Justice » ou des contrastes intéressants dans « Protest », qui écartent toute approche mécanique de la partition, on déplore des choix de tempi tout à fait étonnants et contre-intuitifs. The « Kuru Field of Justice », censé accélérer au fil des 20 minutes, est d’une lenteur inédite, créant une lourdeur qui fait obstacle à la construction du registre épique escompté. Il en va de même pour « Indian Opinion » marqué par une curieuse forme de mollesse. À l’inverse, « Conclusion » est joué à toute vitesse, alors que la pesanteur de l’héritage de Gandhi, exploré dans cet ultime acte, inviterait davantage à une forme de décélération. L’orchestre se plie avec talent à ces orientations, tandis que la performance du chœur requiert encore quelques ajustements car on relève un certain nombre de décalages, notamment dans « Confrontation and Rescue ».</p>
<p>On conviendra que <em>Satyagraha</em> est un opéra redoutable à mettre en scène. Se référer au livret de manière littérale peut créer le risque d’une platitude désuète, tandis que trop s’en éloigner crée d’emblée un effet générique et passe-partout. La bonne distance existe toutefois, comme démontré par le succès de très belles mises en scènes passées. Toutes ont en commun un minimum d’adhésion avec le propos de l’œuvre et le déploiement d’une vision cohérente alliant méditation et politique.</p>
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		<title>BELLINI, Norma – Metz</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/bellini-norma-metz/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 10 Mar 2026 06:13:51 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Ce n’est pas parce que le bâtiment de l’Opéra-Théâtre de Metz est en cours de rénovation que la programmation s’est mise en veille, bien au contraire. Dans la vaste salle de l’Arsenal où l’on a déjà eu l’opportunité de voir au cours de la saison une magistrale Elektra, c’est au tour d’un autre monument du &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Ce n’est pas parce que le bâtiment de l’Opéra-Théâtre de Metz est en cours de rénovation que la programmation s’est mise en veille, bien au contraire. Dans la vaste salle de l’Arsenal où l’on a déjà eu l’opportunité de voir au cours de la saison une magistrale <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/strauss-elektra-metz/"><em>Elektra</em></a>, c’est au tour d’un autre monument du répertoire d’y être célébré. Le pari était risqué, la salle symphonique étant cruelle pour les voix, alors que <em>Norma</em> exige déjà des voix hors-normes. Plutôt qu’une version de concert, c’est une mise en espace qu’on nous a proposée ici et, à l’aune du résultat, nous échangerions bien volontiers certaines productions peu inventives, à la direction d’acteurs inexistante dans de vraies salles d’opéras, avec l’extraordinaire spectacle qui nous a été offert à l’Arsenal. Mieux qu’une réussite, l’expérience s’est révélée exceptionnelle, grâce à la phénoménale performance de <strong>Claudia Pavone</strong>, prodigieuse Norma, et l’environnement scénique pertinemment immersif qui nous a été présenté, valorisant tous les interprètes.</p>
<p>Pourtant, les choses ne commençaient pas si bien que cela. L’ouverture de <em>Norma</em> était expédiée à toute vitesse dans une sorte de mélange sonore où les pupitres avaient bien du mal à émerger et s’individualiser. Curieusement, l’oreille s’habitue très vite à l’acoustique si particulière de la salle et les instruments se détachent un à un pour nous offrir une nappe sonore scintillante et vibrante au service des voix, dans une atmosphère sacralisée, ponctuée de ces somptueux silences belliniens si importants au bon déroulement de l’émotion qui s’installe lentement mais sûrement. Par ailleurs, le chef fait se ralentir la cadence, jusqu’à une décélération qui rend la scène finale d’autant plus orgasmique. À la tête de l’<strong>Orchestre National de Metz</strong>, le chef israélien <strong>Nir Kabaretti</strong> sait mettre en valeur la mélodie bellinienne et sublimer une partition souvent négligée. On ne saurait lui faire compliment plus reconnaissant. Grand amateur de Bellini, le directeur du théâtre et metteur en scène <strong>Paul-Émile Fourny</strong> s’est attaché à compenser l’absence de décors par un habillage en mapping confié au vidéaste <strong>Julien Soulier</strong>. Ce dernier génère des images qui habillent les boiseries et colonnes de la salle pour les transformer à l’envi en forêts verdoyantes où ruissellent les cascatelles et frémissent les branches en écho à la vision romantique du bois sacré gaulois suggéré dans sa musique par Bellini. Les grandes hauteurs de la salle se muent en clairières sacrées ou en temple antique avant de laisser naître un bûcher impressionnant. Les costumes sont seyants, quoique davantage gréco-romains que gaulois. Tant mieux, car les robes de Norma et sa coiffure de feu lui donnent de faux airs de Médée dont elle est un double à peine adouci. Le metteur en scène parvient à placer judicieusement solistes et membres du chœur de façon à plonger le spectateur au cœur du drame, magnifiant les scènes-clés de l’œuvre.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Norma-20-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-209653"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Philippe Gisselbrecht – Opéra-Théâtre de l&rsquo;Eurométropole de Metz</sup></figcaption></figure>


<p>Les chœurs sont formidables et les autres solistes servent de faire-valoir à Norma ; cela dit, ils constituent un plateau homogène et de grande qualité. <strong>Daegweon Choi</strong> est un honnête Flavio, <strong>Cécile Dumas</strong> confère beaucoup de noblesse à Clotilde et <strong>Nicolas Cavallier</strong> tire son épingle du jeu, quand bien même son émission peine parfois à rivaliser avec l’orchestre. Petite déception du côté de l’interprétation de Pollione par <strong>Nikolai Schukoff</strong>. Les aigus sont tendus, quand ils ne sont pas supprimés ; la fatigue se fait sentir d’autant que le ténor donne tout ce qu’il peut, avec une générosité qui force l’empathie. Cependant, le rôle lui résiste jusqu’à l’apothéose de la scène finale où l’amant contrit développe des trésors de délicatesse et de subtilité qui balaient les réserves antérieures. <strong>Na&rsquo;ama Goldman</strong> donne une vraie profondeur au personnage d’Adalgisa, dont elle illustre les facettes les plus diverses avec grandeur et un nuancier aux couleurs chaudes et moirées. Son timbre se marie par ailleurs harmonieusement avec celui de Norma. Dans le rôle des rôles, Claudia Pavone triomphe. La soprano est une lirico-spinto dramatique d’exception qui sait apparemment tout faire avec une aisance confondante, le tout en donnant l’impression de faire une promenade de santé, c’est-à-dire de ne jamais être poussée dans ses retranchements. De tous les morceaux de bravoure, ce sont peut-être les descentes chromatiques qui ont été les plus sidérantes. Précision, cisellement, clarté d’émission, brillance, diction impeccable, tout paraît si simple, sublimé par un sens de la théâtralité évident. Et le plus infime changement d’émotion est palpable : attente, déception, colère sourde puis excessive, désespoir, impossibilité à commettre l’irréparable… Ajoutons à tout cela une beauté de timbre enivrante et poignante. On comprendra que toute la salle se soit levée comme un seul homme pour ovationner la chanteuse.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/bellini-norma-metz/">BELLINI, Norma – Metz</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<item>
		<title>OFFENBACH, Les Contes d&#8217;Hoffmann &#8211; Paris (Opéra-Comique)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/offenbach-les-contes-dhoffmann-paris-opera-comique/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 26 Sep 2025 07:37:18 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>On nous avait prévenus : Les Contes d’Hoffmann, créés à Strasbourg la saison dernière et repris à l’Opéra Comique jusqu’au 5 octobre, tournent le dos à une tradition apocryphe. L’absence de partition définitive autorise toutes les adaptations possibles de l’ultime chef d’œuvre d’Offenbach*. Lotte De Beer a pu constituer sa propre version en toute légitimité, &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>On nous avait prévenus : <em>Les Contes d’Hoffmann</em>, créés <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/offenbach-les-contes-dhoffmann-strasbourg/">à Strasbourg la saison dernière</a> et repris à l’Opéra Comique jusqu’au 5 octobre, tournent le dos à une tradition apocryphe. L’absence de partition définitive autorise toutes les adaptations possibles de l’ultime chef d’œuvre d’Offenbach*. <strong>Lotte De Beer</strong> a pu constituer sa propre version en toute légitimité, supprimer là un couplet, ici des pages entières de musique, offrir un acte de Venise comme on ne l’a jamais entendu, opter indifféremment pour les récitatifs parlés ou chantés, au mépris de l’élan dramatique et – plus embarrassant – de l’émotion, sans que les puristes ne soient en droit de pousser des cris d’orfraie. Était-il cependant nécessaire d’écrire de nouveaux dialogues, chargés dans le même temps de combler les vides narratifs induits par les coupures et d’ajouter au récit un niveau de lecture actuel, destiné à conjurer ce que Catherine Clément appelait « la défaite des femmes » ? A l’épreuve de la scène, ces <em>Contes</em> sont moins d’Hoffmann que de Nicklausse – la Muse – à laquelle revient l’essentiel du discours, à la fois narratrice et moralisatrice. L’enfer, c’est bien connu, est pavé de bonnes intentions, d’autant que d’expérience, chez Offenbach en particulier, la réécriture des dialogues est un procédé qui ne fonctionne jamais. Et ce n’est pas le moindre mérite d’<strong>Héloïse Mas</strong> d’alterner parole et chant à haute dose la soirée entière. La conteuse l’emporterait sur la chanteuse surexposée si « Vois sous l’archer frémissant » au 3<sup>e</sup> acte n’illustrait la maîtrise de la nuance, l’art de moduler l’intensité, les couleurs et les contrastes pour donner chair à la musique</p>
<p>Autre enseignement tiré de l’expérience : si tentant soit sur le plan dramatique de confier les quatre rôles féminins à une même interprète, le compte n’y est pas : il n’existe pas de chanteuse capable de résoudre la quadrature du cercle, aujourd’hui comme hier. <strong>Amina Edris</strong> n’échappe pas à la règle, contrainte de contourner les coloratures d’Olympia, de durcir les traits de Giulietta, sans finalement s’épanouir dans Antonia autant que le voudrait sa véritable nature de soprano lyrique. Reste une romance de la Tourterelle, sensible, tenue sur le fil où dans le frisson du médium passe comme l’ombre de Victoria De Los Angeles.</p>
<p>Des affinités de <strong>Michael Spyres</strong> avec Hoffmann, il n’est pas question de débattre. Bien qu’américain, le ténor se distingue par la justesse de sa diction française. Clarté donc, bravoure aussi et compréhension intime d’un rôle dans lequel il se jette sans filet, au péril d’une voix qui à trop flirter avec plusieurs répertoires semble parfois chercher sa véritable identité. Fatigue ou appréhension d’un soir de première, le registre supérieur en voix de poitrine révèle ses limites. L’intelligence de l’interprète vient alors en renfort pour balayer toutes réserves d’un geste vocal toujours opportun. Intonation, dynamique, accentuation : l’artiste reste exceptionnel.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Hoffmann-1-1-1294x600.jpg" />© Stefan Brion</pre>
<p>L’inconvénient d’une telle version est qu’elle laisse peu de places aux autres personnages : diable sacrifié dont il n’est pas certain que <strong>Jean-Sebastien Bou</strong> possède les attributs néfastes – la noirceur, l’ambiguïté inquiétante, la puissance maléfique ; <strong>Raphaël Brémard</strong> réduit aux couplets de Franz posés dans l’acte de Munich comme un cheveu sur la soupe, qui ratent leur effet comique. <strong>Nicolas Cavallier</strong> porte beau en Crespel mais Luther au prologue se contente de servir des bières. Tout juste note-t-on dans les second rôles, <strong>Matthieu Justine</strong> encore hésitant en Nathanaël mais percutant et idiomatique en Spalanzani.</p>
<p>A l’aide d’un Orchestre philharmonique de Strasbourg aux pupitres clairement détachés et d’un ensemble Aedes également limpide, <strong>Pierre Dumoussaud</strong> renoue avec les origines de la partition – opéra-comique donc, débarrassé de toute emphase, dégraissé quitte à tempérer ses ardeurs lyriques, cependant équilibré, vif, animé d’une énergie et d’une précision qui souligne les détails sans perdre la notion d’ensemble.</p>
<p>La mise en scène de <strong>Lotte de Beer</strong> opte pour un décor unique, sorte de chambre noire utilisée pour briser les perspectives et étudier les comportements. Le rideau tombe plus souvent qu’à son tour afin de permettre les changements de tableau. Quelques jolies trouvailles alternent avec d’autres moins judicieuses – la poupée gigantesque, amusante au premier abord se révèle une chausse-trappe scénique, rendant incongrue la présence de l’interprète d’Olympia. Certains choix interrogent mais n’est-ce pas l’objet d’une telle approche de susciter la discussion ? En ce sens, la metteuse en scène a réussi son pari.</p>
<pre>* Lire à ce propos <a href="https://www.forumopera.com/pierre-dumoussaud-les-metteurs-en-scene-et-les-musiciens-nont-pas-la-meme-attitude-vis-a-vis-du-texte-musical-ou-litteraire-parce-que-leurs-missions-different/">l'interview de Pierre Dumoussaud par Edouard Brane</a></pre>
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			</item>
		<item>
		<title>MASSENET, Manon &#8211; Paris (Bastille)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/massenet-manon-paris-bastille/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christian Peter]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 27 May 2025 02:28:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Avec cette reprise de Manon, L’Opéra de Paris entendait sans doute mettre à l’affiche le couple « de rêve » qui avait incarné Roméo et Juliette à New-York la saison passée avec un succès retentissant. Mais le sort en a décidé autrement. Nadine Sierra s’étant retirée de la production, c’est Amina Edris qui avait déjà &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Avec cette reprise de <em>Manon</em>, L’Opéra de Paris entendait sans doute mettre à l’affiche le couple « de rêve » qui avait incarné <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/gounod-romeo-et-juliette-new-york-streaming/">Roméo et Juliette</a> à New-York la saison passée avec un succès retentissant. Mais le sort en a décidé autrement. Nadine Sierra s’étant retirée de la production, c’est <strong>Amina Edris</strong> qui avait déjà chanté le rôle lors d’<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/manon-paris-bastille-amina-edris-la-revelation/">une soirée unique</a> en mars 2020, juste avant la fermeture du théâtre pour cause de covid, qui a repris je flambeau. La soprano d’origine égyptienne ne manque pas d’atouts, elle possède un timbre clair qui évoque la jeunesse de l&rsquo;héroïne et dans la voix quelque chose de fragile qui émeut d’emblée l’auditeur. Elle parsème sa ligne de chant, élégante et nuancée, de délicats <em>piani </em>qui font merveille notamment dans la « Petite table » qu’elle interprète avec des accents particulièrement émouvants. Elle ne fait pas de sa grande scène du Cours la reine, « Je marche sur tous les chemins » un numéro d’esbroufe, elle interprète au contraire cette page avec un naturel confondant sans ajouter de suraigus qu’elle ne possède d’ailleurs pas, ce qui confère une certaine sincérité à son propos. Enfin, sa diction parfaitement intelligible et son physique adapté au personnage font d’elle une Manon accomplie. A ses côté, <strong>Benjamin Bernheim </strong>qui grimpe une à une les marches vers le sommet de son art, campe un des Grieux proche de l’idéal. Après ses sublimes Roméo à Paris en 2023 et au Met en 2024, son Werther miraculeux au Théâtre des Champs-Elysées en mars dernier, voilà qu’il nous offre un des Grieux d’anthologie, supérieur encore à celui qu’il avait incarné <em>in loco</em> en 2020. Le personnage est plus fouillé, l’interprétation plus nuancée et le jeu plus assuré, dès son entrée en scène au premier acte. Son interprétation du « songe » tout en demi-teinte est un modèle d’élégance et de beau chant associé à une diction exemplaire. Au trois il livre un « Ah fuyez douce image » à la fois poignant et spectaculaire avant de laisser s’épancher sa passion amoureuse dans le duo qui suit. Enfin sa prestation à l’hôtel de Transylvanie met particulièrement en valeur ses talents d’acteur. Il n’est pas aisé pour <strong>Andrzej Filończyk</strong> de passer après Ludovic Tézier dans le rôle de Lescaut. Le baryton polonais ne manque pas de qualités cependant. Son timbre agréable retient l’attention et il dispose d’un medium et d’un aigus solides mais en dépit de louables efforts sur le plan théâtral, son personnage demeure quelque peu en retrait, sans doute à cause d’une projection insuffisante et d’une diction perfectible. Tel n’est pas le cas de <strong>Nicolas Cavallier</strong> dont la projection et la diction sont souveraines. Il campe un Comte des Grieux à la fois autoritaire et paternel, tout à fait irréprochable. <strong>Régis Mengus</strong> propose un Brétigny excentrique et par moment ridicule, tandis que <strong>Nicholas Jones</strong> constitue une erreur de casting, ce ténor mince et fringant n’évoque en rien Guillot de Morfontaine que l’on imagine âgé et repoussant, à la limite du grotesque.<strong> Ilanah Lobel-Torres</strong>, <strong>Marine</strong> <strong>Chagnon</strong> et <strong>Maria Warenberg</strong> interprètent leurs rôles de courtisanes avec humour et fantaisie. Enfin notons l’hôtelier haut en couleur de <strong>Philippe Rouillon</strong>, déjà présent lors de la précédente reprise.</p>
<p>Au pupitre, <strong>Pierre Dumoussaud</strong>, récemment nommé Directeur Musical de l’Opéra Orchestre de Normandie Rouen, propose une direction nette et précise, avec des tempi plutôt retenus qui laissent respirer les chanteurs.</p>


<figure class="wp-block-image size-full"><img decoding="async" width="900" height="600" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Manon-©-Sebastien-Mathe-.-OnP-3-1.jpg" alt="" class="wp-image-190954"/><figcaption class="wp-element-caption">Manon © Sébastien Mathé / OnP </figcaption></figure>


<p>Sur le plan visuel, la production de <strong>Vincent Huguet</strong> en impose grâce à ses magnifiques décors, dans le style art déco, imaginés par <strong>Aurélie Maestre</strong>. En effet, l’action est transposée dans les années 20 comme en témoignent les somptueux costumes dessinés par <strong>Clémence Pernoud</strong>. Lorsque le rideau se lève au début du troisième acte, le public applaudit le salon monumental et les costumes chatoyants des personnages. Transformer le Cours-la-Reine en une salle de bal où se déroule une soirée en costumes dix-huitième siècle s’avère une idée intéressante en harmonie avec la musique du ballet. En revanche l’omniprésence d’une pseudo-Joséphine Baker qui sert d’entremetteuse est parfaitement incongrue. D’autant plus que cette créature chante -en play-back- une chanson de la célèbre meneuse de revue. Plutôt que d’ajouter une page on ne peut plus éloignée musicalement de l’opéra, il aurait mieux valu rétablir certaines coupures comme la fin du premier acte voire le début du cinquième où dans cette production, Lescaut n’apparaît pas. C’est le comte des Grieux qui se charge des tractations avec les archets.   </p>
<p> </p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/massenet-manon-paris-bastille/">MASSENET, Manon &#8211; Paris (Bastille)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>REYER, Sigurd &#8211; Marseille</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/reyer-sigurd-marseille/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Mariage]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 05 Apr 2025 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Au soir du 3 décembre 1924, la foule se presse pour assister à la réouverture de l’Opéra de Marseille, entièrement reconstruit après un incendie qui n’avait épargné que les murs extérieurs du bâtiment. Le directeur du théâtre a choisi pour cette grande occasion de mettre à l’affiche une œuvre alors renommée et admirée : Sigurd, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Au soir du 3 décembre 1924, la foule se presse pour assister à la réouverture de l’Opéra de Marseille, entièrement reconstruit après un incendie qui n’avait épargné que les murs extérieurs du bâtiment. Le directeur du théâtre a choisi pour cette grande occasion de mettre à l’affiche une œuvre alors renommée et admirée : <em>Sigurd</em>, composé par Ernest Reyer, un enfant du pays.</p>
<p>Cent ans plus tard, en 2025, <em>Sigurd</em> et son compositeur – dont la statue trônait autrefois devant l’Opéra, avant d’être transférée au Parc Longchamps – sont bien loin de jouir de la même glorieuse popularité. L’œuvre a été redonnée récemment à <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/sigurd-nancy-les-nibelungs-sont-a-tout-le-monde/">Nancy</a> dans une version de concert (là aussi pour célébrer le centenaire de l’Opéra de Nancy, inauguré avec <em>Sigurd</em>, décidément un hit au début du siècle&nbsp;!) et en version scénique à Erfurt. Il faut cependant remonter trente ans en arrière, en 1995, à Marseille déjà (en coproduction avec Montpellier), pour relever la présence sur une scène française du chef-d’œuvre de Reyer. Quel heureux choix de l’Opéra de Marseille, donc, de redonner sa chance à <em>Sigurd</em> pour célébrer le centenaire de la réouverture du bâtiment actuel !</p>
<p>On dit souvent que le crépuscule de l’œuvre de Reyer est en grande partie due à son sujet, identique à celui des deux derniers volets de la Tétralogie de Wagner. En effet : Sigurd, c’est Siegfried, et on retrouve à ses côtés Brunehilde, Hagen, Gunther… Est-ce qu’un de ces deux héros devait écraser l’autre pour survivre ? Pourtant, les Manon de Massenet et de Puccini parviennent à cohabiter…</p>
<p>Le livret de Camille du Locle (co-auteur de <em>Don Carlos</em>) et d’Alfred Blau (co-auteur de <em>Werther</em>) est plus fidèle à la source originelle des <em>Niebelungen</em> que ne l’est le Ring. S’il fallait résumer l’action brièvement (pour plus de détails, voir <a href="https://www.forumopera.com/zapping/7-janvier-1884-une-tetralogie-du-pauvre/">l’article de notre collègue</a>), on dirait que c’est l’histoire de deux héros « purs » – Sigurd et Brunehilde – dont l’union est empêchée par les manipulations de deux humains viciés par leurs passions — le roi Gunther et sa sœur Hilda. En effet, la jeune Hilda fait absorber un philtre à Sigurd pour qu&rsquo;il tombe sous son charme tandis que Gunther se sert de lui pour délivrer Brunehilde, endormie dans un palais de flammes. La vierge guerrière ne peut être délivrée que par un « héros au cœur de diamant », « vierge de corps et d’âme », ce qui correspond très exactement au signalement de Sigurd. Gunther exige que Sigurd lui livre Brunehilde après l’avoir sauvée et il pourra en échange épouser sa sœur Hilda. Dissimulé sous la visière de son casque, Sigurd réveille Brunehilde (qui se rendort aussitôt) et la ramène au palais de Gunther. Elle ne reconnaît pas son vainqueur en Gunther : elle n’a pas vu le visage de son sauveur, mais sent que ce n’est pas lui. Elle accepte cependant d’épouser le roi, tandis que Sigurd s&rsquo;unit à Hilda. Au moment de bénir l’union des jeunes amants, Brunehilde touche la main de Sigurd et un éclair fend le ciel : elle comprend que quelque chose (ou quelqu&rsquo;un) a contrarié le destin. C’est finalement Hilda elle-même, jalouse et orgueilleuse, qui avoue à Brunehilde la supercherie (Gunther n’est pas son sauveur) et la guerrière comprend que Sigurd est la proie d’un enchantement. Elle désenvoute le héros et celui-ci découvre qu’il aime Brunehilde, comme les dieux l’avait voulu en le désignant comme le seul capable de la délivrer de son sommeil. Mais Gunther, encouragé par son conseiller Hagen, tue Sigurd ; Brunehilde expire au même instant, tandis qu’Hilda se suicide en maudissant son frère et appelant sa chute, comme la Camille de Corneille et la Didon de Berlioz.</p>
<p><figure id="attachment_186666" aria-describedby="caption-attachment-186666" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="wp-image-186666 size-large" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/P1760264-©-photo-Christian-DRESSE-2025-1024x683.jpg" alt="" width="1024" height="683"><figcaption id="caption-attachment-186666" class="wp-caption-text">Nicolas Cavallier (Hagen), Florian Laconi (Sigurd), Alexandre Duhamel (Gunther) et Marc Barrard (le Prêtre d&rsquo;Odin) © Christian Dresse</figcaption></figure></p>
<p>Musicalement, <em>Sigurd</em> est bien moins wagnérien que ne pourrait le laisser présager l’admiration de Reyer pour le maître de Bayreuth. D’ailleurs, l’œuvre a été composée bien avant le Ring et on y perçoit plus l’influence de <em>Lohengrin</em> et <em>Tannhaüser</em> que des œuvres ultérieures de Wagner. Certes, on retrouve l’utilisation des leitmotivs (celui de Gunther, en tierces mineures, se repère assez facilement), mais ce n’est pas une invention du compositeur allemand. L’œuvre s&rsquo;inscrit plutôt dans la tradition du Grand Opéra français à la Meyerbeer (duquel Wagner s’est lui-même beaucoup inspiré) et on remarque surtout beaucoup de tournures berlioziennes dans l&rsquo;orchestration ou la prosodie. Au-delà, c&rsquo;est bien sûr Gluck et Weber qui semblent inspirer le compositeur marseillais : plus d&rsquo;une fois, on a l&rsquo;impression d&rsquo;entendre des réminiscences de la scène de la Gorge au Loup du <em>Freischütz</em> et quelque chose de l&rsquo;atmosphère d&rsquo;<em>Euryanthe</em> plane sur l&rsquo;œuvre.</p>
<p>Certaines scènes d&rsquo;ensemble du premier acte, ainsi qu&rsquo;une phrase ascendante pleine d&rsquo;élan exposée dans l&rsquo;ouverture, sonnent pour le coup très wagnériennes. On a pourtant devant les oreilles une œuvre à numéros, bien que la musique soit <em>durchkomponiert</em> : l&rsquo;air de la nourrice Uta et le chant du Barde se démarquent ainsi comme les moments forts de ce premier acte. Le deuxième acte cultive d&#8217;emblée une ambiance plus mystérieuse, avec les prières et le récit du Grand prêtre d&rsquo;Odin, tandis que Sigurd entonne son air fameux « Esprits, gardiens de ces lieux », très longtemps un pilier du répertoire des forts ténors. Le réveil de Brunehilde qui suit est une merveille de lyrisme et de délicatesse. Mais c’est dans le quatrième et dernier acte que Reyer atteint le sommet de son inspiration, qui voit se succéder un air pour Brunehilde plein d&rsquo;émotions variées, une scène de confrontation entre les deux rivales qui ravira les amateurs du genre et un duo du désenvoûtement entre Sigurd et Brunehilde, paradoxalement enivrant. Hélas, l&rsquo;œuvre est à Marseille (et comme ailleurs) abondamment coupée, ce qui a pour effet de rendre confus certains passages et d&rsquo;enlever aux personnages un peu de leur densité. Il faut dire que l&rsquo;œuvre est longue, la prosodie parfois difficile à suivre (on a là un langage singulier comme l&rsquo;est celui de Berlioz) et l&rsquo;harmonie plus ou moins inventive : il y a des passages plus inspirés que d&rsquo;autres, mais le dernier acte au moins (l&rsquo;air de Brunehilde et l&rsquo;apothéose des amants surtout) mériterait d&rsquo;être donné intégralement.</p>
<p><figure id="attachment_186674" aria-describedby="caption-attachment-186674" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-186674 size-large" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/P1770283-©-photo-Christian-DRESSE-2025-1024x683.jpg" alt="" width="1024" height="683"><figcaption id="caption-attachment-186674" class="wp-caption-text">Catherine Hunold (Brunhilde) et Florian Laconi (Sigurd) © Christian Dresse</figcaption></figure></p>
<p>La mise en scène de <strong>Charles Roubaud</strong> situe l’action dans les années 1930/1940 – c’est ce que semble nous indiquer en tout cas les costumes soignés de <strong>Katia Duflot</strong>. On est cependant bien en peine de percevoir ce qu’apporte cette transposition, sinon qu’elle contourne les écueils de la littéralité (lances, casques à pointe, armures), dans laquelle versait encore la production de 1995. Brunehilde arbore tout de même une longue tresse blonde et son costume est moins ancré historiquement, si bien qu’elle semble issue d’un autre monde, plus éternel. La proposition ne manque pas d’élégance et la scénographie du premier acte (signée <strong>Emmanuelle Favre</strong>), avec ses pans coupés digne d’un décor de Fritz Lang, est particulièrement réussie. L’espace se transforme de tableaux en tableaux avec fluidité et clarté, tandis que les lumières de<strong> Jacques Rouveyrollis</strong> mettent l’accent sur tel ou tel événement comme s’il s’agissait de plans rapprochés (le versement du philtre, le coup de foudre). La direction d’acteur manque cependant de précision et l’ensemble demeure trop statique. Les vidéos projetées au deuxième acte, représentant la lutte de Sigurd avec les Nornes et les kobolds sont une honnête tentative de substitution aux effets scéniques, mais le numérique peine toujours à s’élever au rang de la magie. Malgré quelques scènes réussies, l’ensemble de la soirée manque cruellement d’élan, de feu, de foudre – c’est pourtant une musique et un livret qui n’en sont pas avares.</p>
<p class="" data-start="74" data-end="582">Dans le rôle-titre, <strong>Florian Laconi</strong> impressionne par l’homogénéité de sa voix, d’un beau métal, et par la vaillance avec laquelle il assume crânement la tessiture exigeante du rôle. Sigurd demande en effet une endurance vocale redoutable, des aigus vigoureux et une projection solide, qualités que le chanteur français déploie avec une assurance remarquable. Il se montre particulièrement à l’aise dans les passages héroïques, sculptant chaque phrase avec autorité. Cependant, l’interprète peine à totalement fendre l’armure dans les passages plus lyriques et intimes et reste scéniquement très statique. Il parvient enfin à toucher dans le duo du désenvoûtement, où son interprétation gagne en intensité et en sensibilité. Face à lui, <strong>Alexandre Duhamel</strong> campe un Gunther fascinant, véritable double sombre de Sigurd. Tout dans sa présence scénique évoque une gémellité troublante avec le héros : même silhouette imposante, même coiffure, même barbe soigneusement taillée. Son baryton aux couleurs riches et à l’émission assurée confère au personnage une autorité naturelle. Le début du troisième acte le révèle particulièrement à son aise : sa voix se colore de subtiles demi-teintes et on se surprend à s&rsquo;émouvoir du destin du roi, pourtant pas le plus sympathique des personnages.</p>
<p><strong>Catherine Hunold</strong> retrouve le rôle de Brunehilde qu’elle avait déjà incarné à Nancy, et elle le défend ici avec une aisance éclatante. Ce répertoire semble fait pour elle : elle y évolue avec une autorité naturelle. La voix est parfois couverte par l&rsquo;orchestre dans le bas médium, mais c&rsquo;est plus le fait de l&rsquo;acoustique du parterre ou de la direction orchestrale, car c&rsquo;est une donnée générale, surtout en première partie. Autrement, l&rsquo;aigu est glorieux et le timbre a ce qu&rsquo;il faut de noblesse et de de tranchant pour l&rsquo;amener à composer un portrait puissant de la vierge guerrière. Dans le rôle très touchant (car trop humain) de Hilda, <strong>Charlotte Bonnet</strong> fait feu de tout bois : son timbre onctueux, son engagement scénique et sa projection précise impressionnent. Son duo avec Brunhilde au dernier acte, où les deux femmes se bravent à coup de passionnés « Sigurd m&rsquo;aime ! », est le sommet de la soirée, tant la chanteuse y infuse frémissements et fougue, face à la sévérité contenue de la Brunehilde de Catherine Hunold. Les graves de <strong>Marion Lebègue</strong> sont eux aussi un peu happés par l&rsquo;effectif orchestral ou l&rsquo;acoustique du lieu, mais elle est d&rsquo;une élégance scénique naturelle si grande que son Uta convainc complètement, d&rsquo;autant plus que son jeu est nuancé et sa diction soignée.</p>
<p><figure id="attachment_186663" aria-describedby="caption-attachment-186663" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-186663 size-large" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/P1760064-©-photo-Christian-DRESSE-2025-1024x683.jpg" alt="" width="1024" height="683"><figcaption id="caption-attachment-186663" class="wp-caption-text">Charlotte Bonnet (Hilda) et Marion Lebègue (Uta) © Christian Dresse</figcaption></figure></p>
<p>Dans le rôle du conseiller du roi Hagen, <strong>Nicolas Cavallier</strong> marque les esprits par une voix qui a gardé toute sa souplesse et par une présence scénique séduisante. Il a cependant tendance à trop couvrir son émission, pour homogénéiser son timbre sans doute, ce qui rend le texte un peu flou par moments. <strong>Marc Barrard</strong> est un Prêtre d&rsquo;Odin vocalement solide et convaincant, mais un peu réservé scéniquement. Ce n&rsquo;est pas le cas de <strong>Gilen Goicoechea</strong> qui remporte la mise sur tous les plans dans le petit rôle du Barde. Le quatuor des soldats, composé de <strong>Marc Larcher, Kaëlig Boché, Jean-Marie Delpas </strong>et<strong>Jean-Vincent Blot</strong>, complète idéalement une distribution qui rend honneur au chant français actuel.</p>
<p>Le grand effectif prévu par Reyer oblige l&rsquo;<strong>Orchestre de l&rsquo;Opéra de Marseille</strong> à déborder un peu sur les loges à côté de la scène : les deux harpistes et les deux percussionnistes sont ainsi exilés du reste de leurs collègues. Cela entraine quelques décalages dans la très belle ouverture de l&rsquo;œuvre, mais permet par la suite de savourer plus intensément les parties de harpes et d&rsquo;être mieux percuté par les interventions des percussions. <strong>Jean-Marie Zeitouni</strong> dirige l&rsquo;œuvre avec une grande intensité, révélant les mouvements de poussée ménagés par Reyer dans de nombreux numéros de l&rsquo;œuvre. Les passages les plus lyriques, comme la fin du deuxième acte, sont particulièrement électrisants. Mais cette attention à l&rsquo;écriture orchestrale se fait parfois au détriment des voix qui se retrouvent couvertes. Mais ne serait-ce pas, comme évoqué plus haut, le fait de l&rsquo;acoustique de la salle ? Les membres du <strong>Chœur de l&rsquo;Opéra de Marseille</strong> se mettent en place tardivement, à partir du deuxième acte, mais la suite de la représentation n&rsquo;appelle que des louanges.</p>
<p>Finissons ce compte-rendu avec une remarque (et une prière) : si la statue de Reyer autrefois dressée devant l&rsquo;Opéra de Marseille semble se boucher les oreilles, c&rsquo;est peut-être parce que l&rsquo;audition de son œuvre a été perturbée en cette soirée de première par le sifflement strident de certains appareils auditifs. Ce n&rsquo;est pas la première fois que cela nous arrive : il serait judicieux, comme l&rsquo;a fait un membre du personnel de l&rsquo;Opéra de Gand lorsque nous sommes allé y voir <em>Der Freischütz</em> dernièrement et qu&rsquo;un bruit aigu avait perturbé la première partie de la représentation, de rappeler aux spectateurs, dès le début de la représentation, de veiller au bon fonctionnement de leur sonotone, car cela perturbe vraiment l&rsquo;audition de l&rsquo;œuvre par les autres spectateurs et même très certainement les artistes sur le plateau et dans la fosse&#8230;</p>
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		<title>GLUCK, Iphigénie en Aulide / Iphigénie en Tauride &#8211; Aix-en-Provence</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/gluck-iphigenie-en-aulide-iphigenie-en-tauride-aix-en-provence/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 17 Jul 2024 09:48:30 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Evoquée il y a cinq ans environ lors d’une conversation avec Pierre Audi alors que celui-ci arrivait à la tête du Festival d’Art Lyrique d’Aix-en-Provence, cette nouvelle production signée Dmitri Tcherniakov réunissant en une seule soirée Iphigénie en Aulide (1774) et Iphigénie en Tauride (1777) plonge le spectateur dans les fonds abyssaux d’une guerre qui &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Evoquée il y a cinq ans environ lors d’une conversation avec Pierre Audi alors que celui-ci arrivait à la tête du Festival d’Art Lyrique d’Aix-en-Provence, cette nouvelle production signée <strong>Dmitri Tcherniakov</strong> réunissant en une seule soirée <em>Iphigénie en Aulide</em> (1774) et <em>Iphigénie en Tauride</em> (1777) plonge le spectateur dans les fonds abyssaux d’une guerre qui semble ne jamais vouloir finir. La guerre de Troie bien entendu ? Oui mais pas seulement, loin de là. Elle est à peine évoquée dans le premier opus, et elle est déjà oubliée dans le second qui se situe environ vingt ans après (une projection avant le commencement du second opéra donne une énumération précise des morts, blessés ou disparus de la guerre – de Troie ?). Mais alors quelle guerre ? Quand le rideau tombe sur <em>Iphigénie en Aulide</em>, celui-ci comporte en grand l’inscription « GUERRE ». Guerre à mort chez les Atrides bien sûr, mais guerre au-delà et c’est cet au-delà à l’évidence qui motive Tcherniakov.</p>
<pre style="text-align: center;"><img loading="lazy" decoding="async" class="" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Iphigenie-en-Aulide_Festival-dAix-en-Provence-2024_©-Monika-Rittershaus_9-1294x600.jpg" alt="" width="541" height="251" />
© Monika Rittershaus</pre>
<p>C’est la quatrième fois que le metteur en scène russe propose à Aix-en-Provence. Nous avons en mémoire son <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/don-giovanni-aix-en-provence-famille-je-vous-hais-streaming/">Don Giovanni</a> en 2010, son <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/carmen-aix-en-provence-drole-de-jeu-de-role/">Carmen</a> en 2017, <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/esquisse-cosi-fan-tutte/">Così fan tutte</a> en 2023. Le point commun de ces mises en scènes, et que l’on retrouve ici : comprendre et décortiquer les ressorts de l’action, exposer celle-ci dans un contexte repensé pour en faire saisir au spectateur toute l’actualité. La tâche était plus aisée pour ses trois premières aixoises avec des œuvres rythmées et aux incessants soubresauts. Point de tout cela chez Gluck, mais au contraire une longue et languissante dissertation sur les relations tortueuses, pour ne pas dire impossibles dans les familles, la violence, le pouvoir, le sacrifice. Il semble clair que le sujet taraude le metteur en scène. Alors il s’en donne à cœur joie, surtout dans la seconde partie (<em>Iphigénie en Tauride</em>), d’un noir abêtissant (pas une seule couleur n’apparaîtra dans les quatre actes, à part le rouge du sang d’Oreste, alors qu’elles flamboyaient dans <em>Iphigénie en Aulide</em>) : le chœur féminin est ainsi composée de femmes de soldats au front attendant leurs retours, Thoas est un militaire en casque et treillis, illuminé, que la guerre a rendu fou et qui est pris d’incontrôlables tremblements. Il n’en va guère mieux de Pylade et Oreste, enivrés de douleurs, de fatigue et de désespoir et dont la trop longue confrontation au III finit par nous saouler.<br />
Autre caractéristique « tcherniakovienne » (présente aussi dans les quinze heures de son Ring de 2022 à Berlin) : l’unité de lieu. Un lieu qui nous est connu et où nous nous retrouvons, où nous pouvons nous projeter et bien mieux que dans le palais d’un roi de Mycènes. Quoi de plus familier en effet qu’un appartement ? Un appartement tout simple. De gauche à droite sur la scène : la chambre parentale, l’entrée, la salle à manger et la chambre des enfants (Oreste et sa sœur Electre apparaissent jeunes enfants dans <em>Iphigénie en Aulide</em> – et déjà Oreste joue aux petits soldats). Le même décor pour les deux opéras. Sauf qu’en Aulide il est coloré, plein de lumière et lieu de fête. En Tauride en revanche, il est noir, glacial et pour tout dire mortifère. L’appartement, notre lieu commun à tous, se pourrait-il qu’il devienne le théâtre de guerres –intrafamiliales s’entend ? Tout part de là en Aulide avec le cauchemar d’Agamemnon qui voit à l’avance Iphigénie se faire égorger par Calchas à l’occasion d’une fête de famille, justement le mariage d’Iphigénie avec Achille, ce gendre dont personne ne voudrait, avec sa tête de gougnafier, sa prétention, sa vulgarité, sa bêtise en un mot.<br />
Alors oui, le Russe voit le mal partout et tout est prétexte aux déchirements, à la guerre en un mot. Rien de plus n’est dit, nulle allusion trop parlante à une actualité à laquelle il ne peut être insensible. Comme toujours aussi chez lui, il y a ces fulgurances, ces images fortes qu’il nous impose et qui s’impriment dans nos esprits. Comme Diane qui parle à travers le personnage d’Iphigénie et qui rend cette dernière encore plus mystérieuse. C’est aussi le traitement des cauchemars (d’Agamemnon, d’Iphigénie et d’Oreste) qui font que Clytemnestre est par trois fois trucidée sur scène par son fils, c’est Oreste entravé par les liens et qui tourne tel un ours en cage, lui que la guerre a rendu fou et c’est enfin Iphigénie qui, dans les dernières secondes de l’ouvrage, veut rendre à Oreste les petits soldats avec lesquels il jouait enfant. Trop tard, il est déjà parti avec Pylade.</p>
<pre style="text-align: center;"><img loading="lazy" decoding="async" class="" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Iphigenie-en-Tauride_Festival-dAix-en-Provence-2024_©-Monika-Rittershaus_7-1294x600.jpg" alt="" width="565" height="262" />
© Monika Rittershaus</pre>
<p>Distribution de luxe au Grand Théâtre de Provence dominée par <strong>Corinne Winters</strong>, Iphigénie adulescente en première partie, vieille femme avant l’âge, tout cheveux grisonnants, dans la seconde. Le mezzo est d’une telle élégance, sobriété, avec ce qu’il faut de retenue pour entretenir le mystère d’une héroïne tantôt sacrifiée, tantôt sacrificatrice. La diction est très acceptable, n’étaient-ce ces nasales souvent difficiles à rendre par les non-francophones. Elle aura fait preuve d’une endurance peu commune, à l’exception notable d’une soudaine baisse de régime au II. Il faudra malheureusement que cela tombe sur le plus bel air de l’ouvrage (« Ô malheureuse Iphigénie ») où elle accumulera inexplicablement les accidents de justesse. Tout rentrera dans l’ordre pour la fin de la pièce. Outre cette voix qui a conservé tout au long de la soirée (5h30 avec une pause de 90 minutes entre les deux pièces) sa part de mystère, on saluera une présence magnétique qui laisse une empreinte durable. Chez les femmes il y a aussi la grande <strong>Véronique</strong> <strong>Gens</strong> qui trouve en Clytemnestre un rôle sur mesure de femme maîtresse, où déployer un soprano habité du haut en bas de la gamme, et la Diane de <strong>Soula Paradissis</strong> (présente dans les deux distributions) qui se fond dans le personnage d’Iphigénie en prenant son apparence.<br />
Côté masculin, que du beau ou presque. Bien sûr on attendait les duettistes <strong>Stanislas de Barbeyrac</strong> (Pylade) et <strong>Florian Sempey </strong>(Oreste). Ils sont à la hauteur des attentes et renversent la table dans tous les sens du terme au III (<em>Iphigénie en Tauride</em>) dans leur duo qui, si sa longueur nuit considérablement à l’avancée dramatique, nous enivre par l’engagement de deux des plus beaux représentants du chant français actuellement. <strong>Alexandre Duhamel</strong> est un Thoas bouleversant d’authenticité et de force : il est un guerrier qui a tout perdu au combat et qui en revient méconnaissable. L’Agamemnon de <strong>Russell Braun</strong> était annoncé souffrant. Sans doute a-t-il, ici ou là, manqué d’ampleur mais la voix ambrée à souhait nous a séduit. Le Calchas de <strong>Nicolas Cavallier</strong> fait preuve de la vaillance attendue. Sérieuse réserve en revanche concernant l’Achille d’<strong>Alasdair</strong> <strong>Kent</strong> qui détimbre dans les aigus et offre une voix souvent instable ; son jeu d’acteur en revanche vaut le déplacement !<br />
<strong>Emmanuelle Haïm</strong> revient à Aix pour notre plus grand bonheur. Elle et son Concert d’Astrée avaient été de la fête en 2016 (<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/il-trionfo-del-tempo-e-del-disinganno-aix-en-provence-papa-maman-le-plaisir-et-moi/"><em>Il trionfo del tempo et del disinganno</em></a>). La direction d’orchestre est toujours pesée au trébuchet, les indications sont fines. La battue de Haïm est reconnaissable entre toutes et la troupe suit fidèlement. L’orage du début de <em>Iphigénie en Tauride</em> est remarquablement rendu. Quelques bois nous ont semblé manquer sensiblement d’élégance dans une partition où l’élégance prime sur tout, c’est un peu dommage.</p>
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		<title>STRAVINSKY, Pulcinella / RAVEL, L&#8217;heure espagnole &#8211; Paris (Opéra Comique)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/stravinsky-pulcinella-ravel-lheure-espagnole-paris-opera-comique/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marcel Quillevere]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 11 Mar 2024 15:10:39 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Une soirée de rêve à l’Opéra-Comique ! Le duo inattendu Stravinsky-Ravel fonctionne à merveille au plus grand plaisir d’un public enthousiaste ! Alors que débute l’ouverture de Pulcinella, le rideau se lève sur le magnifique décor, aux couleurs terre de Sienne sur fond vert ou bleu, conçu par Sylvie Olivé : une structure verticale où se niche &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Une soirée de rêve à l’Opéra-Comique ! Le duo inattendu Stravinsky-Ravel fonctionne à merveille au plus grand plaisir d’un public enthousiaste !</p>
<p>Alors que débute l’ouverture de <em>Pulcinella</em>, le rideau se lève sur le magnifique décor, aux couleurs terre de Sienne sur fond vert ou bleu, conçu par <strong>Sylvie Olivé</strong> : une structure verticale où se niche un escalier en spirale, à la fois ville et maison d’Italie au petit jour (tout droit sortie d’un tableau de Giorgio de Chirico) dans les lumières subtiles et soigneusement tamisées de <strong>John Torres</strong>. Surgit alors, immobile, le personnage de Pulcinella. Le danseur suédois <strong>Oscar Salomonsson</strong>, acteur de rêve et grand virtuose, l’incarne avec une poésie rare, en petit Charlot rêveur, au sourire mélancolique et à l’œil espiègle, qui joue de son chapeau melon comme d’un ballon d’enfant. Il nous entraîne peu à peu dans le tourbillon de la chorégraphie lumineuse de <strong>Clairemarie Osta</strong>, en totale harmonie avec la partition de Stravinsky. Les filles et les garçons auxquels s’affronte Pulcinella ont des airs de voyous du West Side newyorkais (magnifiques danseurs) alors que sa fiancée en robe blanche, a la légèreté éthérée des ballerines romantiques sur pointes (magnifique <strong>Alice Renavand</strong>), tous judicieusement habillés par le costumier de cinéma <strong>Olivier Bériot</strong>.</p>
<p><strong>Louis Langrée</strong> dirige ici la version pour orchestre de chambre, <strong>Camille Chopin</strong> et <strong>Abel Zamora </strong>de l’Académie de l’Opéra-Comique, ainsi que <strong>François Lis</strong>, chantant avec une juste élégance les airs inspirés de la musique populaire italienne. Au final, le public réserve une ovation aux interprètes.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/8-Pulcinella-DR-S.Brion_-1294x600.jpg" /><em>Pulcinella</em> © Stéphane Brion</pre>
<p>Dans la deuxième partie, la structure du décor est agencée différemment. L’aire de jeu est plus complexe ne serait-ce que pour installer les horloges de <em>l’Heure Espagnole</em> ! On songe cette fois à un caprice architectural d’Escher dans les années 1950 ! Dans le village espagnol, les passants se promènent et se croisent au crépuscule, sur la musique rêveuse de l’ouverture. L’<strong>Orchestre des Champs Elysées </strong>s’épanouit vraiment dans cette <em>Heure Espagnole</em> avec une riche palette de couleurs. Louis Langrée tellement à son aise dans l’univers ravélien, dirige cette partition si complexe avec une réelle passion. Il parvient à en dessiner précisément les multiples entrelacs : les envolées lyriques, les sous-entendus coquins, les soupirs en glissandi, les cacophonies d’horloges, de coucous et d’automates, sans oublier, les effluves sensuels de toutes les Espagne, du boléro baroque à la habanera romantique que chantent au final tous les protagonistes.</p>
<p><strong>Guillaume Gallienne</strong>, en ce sens, est le complice idéal. Comme Patrice Chéreau, autrefois, découvrant la mécanique implacable du théâtre de boulevard, Galienne rythme avec une précision rigoureuse celle de <em>L’Heure Espagnole</em> et réalise là l’une des plus belles mises en scène de l’œuvre et, sans doute, l’une de ses plus belles réalisations lyriques. Et quels chanteurs ! L’inénarrable Torquemada de <strong>Philippe Talbot</strong>,  <strong>Nicolas Cavallier</strong> en alcade ridicule, l’excellent interprète de mélodies françaises <strong>Jean Sébastien Bou</strong> à la vigueur vocale et musclée du muletier déménageur, <strong>Benoît Rameau</strong> poète platonique à la ligne de chant impeccable. Quant à <strong>Stéphanie d’Oustrac</strong>, elle est époustouflante dans le rôle de Concepción. Actrice hors pair, sa voix somptueuse est impressionnante dans l’air très lyrique « Oh ! La pitoyable aventure ! » ! Le public est aux anges et l’Opéra-Comique a retrouvé là sa plus belle âme.</p>
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		<title>OFFENBACH, Orphée aux enfers &#8211; Lausanne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/offenbach-orphee-aux-enfers-lausanne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 31 Dec 2023 05:30:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Pour le tableau infernal -gentiment infernal- de cet Orphée aux enfers lausannois, Olivier Py et Pierre-André Weitz se sont inspirés, croyons-nous, de la devanture d’un cabaret parisien disparu, jadis situé sur le boulevard ce Clichy, et qui figurait la gueule gigantesque d’un diable cornu. Ce cabaret s’appelait L’Enfer et on y pénétrait par une bouche &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour le tableau infernal -gentiment infernal- de cet <em>Orphée aux enfers</em> lausannois, <strong>Olivier Py</strong> et <strong>Pierre-André Weitz</strong> se sont inspirés, croyons-nous, de la devanture d’un cabaret parisien disparu, jadis situé sur le boulevard ce Clichy, et qui figurait la gueule gigantesque d’un diable cornu. Ce cabaret s’appelait L’Enfer et on y pénétrait par une bouche énorme qui ressemblait à celle d’un chat.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="742" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Maquette-pour-Orph‚e-aux-Enfers-c-P.-A.-Weitz-1024x742.jpg" alt="" class="wp-image-153631"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Maquette pour Orphée aux enfers © Pierre-André Weitz</sup></figcaption></figure>


<p>C’est dire qu’ils ont situé dans une atmosphère de music-hall de la (prétendue) Belle Époque leur mise en scène de l’opéra-féérie d’Offenbach. On est du côté de Montmartre. Un Montmartre aimablement conventionnel, avec jolies femmes en petite tenue, fêtards en gibus, et cancan enlevé. Léger, coloré, bon-enfant, leur spectacle pour période de fêtes fait comme MM. Crémieux, Halévy et Offenbach : il égratigne. Pendant l’ouverture, on verra défiler de cour à jardin une ribambelle sans fin de messieurs en redingote et haut-de-forme feuilletant leur journal, sans doute à la page de la Bourse, mais ce sera bien la seule allusion à quelque critique sociale.</p>
<p>Une mise en scène qui joue, comme le veut le genre, le second degré. Elle pourrait d’ailleurs le jouer davantage. On connaît la face sombre du duo Py-Weitz, illustrée par tant de spectacles en noir majeur gravés dans notre mémoire, notamment une <em>Damnation de</em> <em>Faust</em> et des <em>Contes d’Hoffmann</em>, où le Diable tenait un rôle majeur, mais c’est ici leur face rose, cabaretière.</p>
<p>Encore que… Côté diabolisme, et parce qu’on ne se refait pas, Olivier Py fait défiler en fond de scène un cortège de détails du <em>Jardin</em> <em>des Délices</em> de Jérôme Bosch, démesurément agrandis, en manière de contrepoint grinçant aux galipettes d’Eurydice et Aristée, et on verra quasi constamment danser (très bien) un grimaçant squelette. Car c’est après tout de mort qu’il s’agit, le seul sujet qui vaille comme disait je ne sais plus qui.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="659" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Piano-Orphee-aux-Enfers_c_Jean-Guy-Python-11-1024x659.jpg" alt="" class="wp-image-153140"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Jean-Guy Python</sup></figcaption></figure>


<p>Quant à leur Olympe du deuxième acte, c’est un théâtre rouge et or, comme un hymne amoureux aux salles à l’italienne, avec galeries aux balustres dorés côté jardin et manteau d’Arlequin non moins emblématique à cour. Aux galeries, se pressent les hauts-de-forme boursicoteurs du début, accompagnés de crinolines d’un jaune doré éclatant. Les déesses, elles, semblent sortir d’un tableau de Winterhalter repeint en majeur et Jupiter a l’aspect d’un Napoléon III plus Badinguet que nature. Les crinolines sont amovibles d’ailleurs. Et les déesses seront aussi délurées en justaucorps que les choristes et les danseuses.</p>
<p>Au troisième acte, un escalier métallique figure la descente à des Enfers que garde le chien Cerbère, en l’occurrence un jeune homme torse nu aboyant joliment derrière son masque -et d’ailleurs les moutons d’Aristée auront été aussi de jolis jeunes hommes un peu déshabillés (et munis d’oreilles en peluche), une manière de signature en somme.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="716" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Piano-Orphee-aux-Enfers_c_Jean-Guy-Python-5-1024x716.jpg" alt="" class="wp-image-153134"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>La mort et Samy Camps © Jean-Guy Python</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Un adieu (momentané ?) à l’opéra</strong></h4>
<p>Est-ce parce que c’est, de son propre aveu, sa dernière mise en scène d’opéra, puisqu’il sera désormais directeur du Châtelet (du moins la dernière pendant un certain temps…), il semble qu’Olivier Py joue avec jubilation la carte du «&nbsp;rouge et or&nbsp;» pour reprendre le titre de Georges Banu. Les décors dansent sans arrêt, tournent sur eux-mêmes, manipulés par une cohorte de machinos en salopettes sous des éclairages (de <strong>Bertrand Killy</strong>) aux couleurs sans cesse variées. Au dernier acte, celui de la bouche de l’Enfer, on apercevra la scène envahie jusqu’au mur du fond par les éléments des actes précédents, et on verra le manteau d’Arlequin du côté de sa face interne, comme pour célébrer l’artisanat théâtral. <br>La mise en scène habite l’espace vertical autant que le plateau. Elle fait revenir le souvenir de certaine <em>Lulu</em> d’Alban Berg, où pour la première fois, sauf erreur, Olivier Py mettait de la couleur dans son univers. Et ces <em>petites-femmes-de-Paris</em>, pour lesquelles Paul-André Weitz a dessiné des costumes dans une palette évoquant le <em>Moulin-Rouge</em> de Jean Renoir, on les voyait dans la maison de rendez-vous de sa <em>Manon</em> (déjà un décor mobile et vertical).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="1024" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Piano-Orphee-aux-Enfers_c_Jean-Guy-Python-4-1024x1024.jpeg" alt="" class="wp-image-153133"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Marie Perbost © Jean-Guy Python</sup></figcaption></figure>


<p>Est-ce parce qu’il y a chez Offenbach une mélancolie profonde que la folie ne semble qu’intermittente dans la lecture d’Olivier Py, une mélancolie à l’image de celle de John Styx, roi déchu au rang de factotum et qui noie son chagrin dans l’ivresse. <strong>Frédéric Longbois</strong> chante avec émotion la romance « Quand j’étais roi de Béotie » où il dit sa nostalgie de sa passion amoureuse enfuie. Et le thème du roi de Béotie traverse déjà une ouverture qui, dans la version de 1874 donnée ici, plus riche musicalement que la version de 1858, prend la forme d’un pastiche de prélude d’un grand opéra. <strong>Arie van Beek</strong> en conduit savamment le crescendo, depuis un incipit très retenu, prétexte à une manière de menuet jusqu’au galop final, à ses grands renforts de cuivre. Sous sa baguette, le <strong>Sinfonietta de Lausanne</strong>, très précis et coloré, met en valeur le piqué d’une orchestration verveuse et ironique.</p>
<h4><strong>Amours asynchrones</strong></h4>
<p>Orphée aime Eurydice qui aime Aristée qui ne l’aime pas et la trompe. Tout cela n’est pas drôle. Mais la gaieté apparente de la musique déguise la vérité des sentiments.&nbsp; Eurydice, c’est ici <strong>Marie Perbost</strong>, amoureuse de son « berger joli » (mais « N’en dites rien à mon mari »). Timbre lumineux et pulpeuse apparition (en duo avec une flûte comme chez Donizetti). Sa voix, ce soir-là, nous sembla gagner en plénitude à mesure qu’on avançait dans l’opéra. Elle sera à son meilleur dans les « Regrets » de l’acte des Enfers et tout-à-fait rayonnante quand Jupiter l’aura métamorphosée en Bacchante.<br>Mais elle glisse déjà de belles notes hautes (et un rire irrésistible) dès son duo d’entrée avec son Orphée, chanté par l’emphase pathétique qu’il faut par <strong>Samy Camps</strong>, en marcel et pantalon de cuir, tous tatouages dehors et mèche peroxydée. Cet Orphée est un violoniste à la David Garrett. Il a composé un concerto qu’Eurydice, cette cruche, déteste. Alors que la mélodie en est ravissante (jouée ici par le concertmeister du Sinfonietta <strong>Félix Froschhammer</strong>).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="1024" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Piano-Orphee-aux-Enfers_c_Jean-Guy-Python-2-1024x1024.jpeg" alt="" class="wp-image-153131"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Julien Dran en Aristée © Jean-Guy Python</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Un texte à dire</strong></h4>
<p>On nous permettra ici de ronchonner quelque peu : comme dans le grand opéra français, la diction est essentielle et, si le livret de Crémieux et Halévy n’a peut-être pas les ambitions de celui de <em>Pelléas</em>, il en a d’autres. On aimerait que tous les chanteurs ici soient aussi fins diseurs que l’est <strong>Julien Dran</strong>, qui dessine un très caustique Aristée-Pluton. Non seulement le timbre est beau, voix de ténor très chaude, mais le personnage est pile dans le ton Offenbach : ce second degré, ce sérieux déguisé, cette cruauté cachée sous le sarcasme, esprit d’époque qu’on retrouve chez Feydeau comme chez Lautrec.</p>
<p>Une cruauté qu’on entend dans l’invocation d’Eurydice («&nbsp;La mort m&rsquo;apparait souriante, qui vient me frapper près de toi…&nbsp;») -et Marie Perbost phrase très joliment cette parodie de Gounod. Et une ironie qu’on retrouve dans le final faussement grandiose que mène l’Opinion publique (<strong>Sophie Pondjiclis</strong>, emphatique à souhait) ou dans les adieux d’Orphée à ses élèves, ici une touchante phalange de très jeunes violonistes du Conservatoire, jouant tant mal que mal (effet voulu) leur valse d’adieu, avant la tyrolienne non moins gentille du chœur d’enfants dudit.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="702" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Piano-Orphee-aux-Enfers_c_Jean-Guy-Python-7-1024x702.jpg" alt="" class="wp-image-153136"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Nicolas Cavallier (Jupiter) et Julian Dran (Pluton) © Jean-Guy Python</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Du rififi sur l’Olympe</strong></h4>
<p>Drolatique entrée des Dieux, tous de retour d’un «&nbsp;petit voyage à Cythère&nbsp;», sur fond de chœur «&nbsp;du sommeil&nbsp;» par l’excellent <strong>Chœur de l’Opéra de Lausanne</strong>, ici <em>sotto voce</em>, mais qu’on verra bientôt chanter-danser et lever la jambe avec fougue. <br>Non moins dans le ton, le Jupiter tonitruant (ça s’impose) de <strong>Nicolas Cavallier</strong> (entré sur un appel de cors à la Weber), diction considérable, silhouette grandiose, tentant tel Wotan de tenir son empyrée turbulent. <br>Si les Dieux et Déeeses n’ont peut-être pas la diction qu’on souhaiterait, ils et elles dessinent des silhouettes cocasses, ainsi la Vénus tout de rouge vêtue de <strong>Béatrice Nani</strong> et le Cupidon touchant de <strong>Yuki Tsurusaki.</strong> Mention particulière au Mars rentrant « d’chez sa particulière » d’<strong>Aslam Safla</strong>, en slip panthère et le pantalon tombant sur les chaussures, à la Diane de <strong>Clémentine</strong> <strong>Bourgoin</strong> à la recherche de son Actéon (« Tonton tontaine tonton ») que Jupiter aura changé en cerf (autre apparition animalière et torse nu) et au Mercure d’<strong>Hoël Troadec</strong> (rondo gaillardement enlevé sur un texte pas commode). <br>À nouveau excellent, Julien Dran dans l’air en prose de Pluton, dont il distille avec gourmandise le texte caustique («&nbsp;Ici l&rsquo;on respire une odeur de déesse et de nymphe&nbsp;»).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="702" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Piano-Orphee-aux-Enfers_c_Jean-Guy-Python-6-1024x702.jpg" alt="" class="wp-image-153135"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Aslam Safla (Mars) © Jean-Guy Python</sub></figcaption></figure>


<p>Burlesques encore le chœur de la révolte («&nbsp;Plus de nectar ! plus d’ambroisie !&nbsp;») avec Marseillaise détournée et pasionaria à la Delacroix, puis le rondeau des métamorphoses, un peu claudicant côté solistes, et la citation de l’<em>Orphée</em> de Gluck (où Samy Camps peut sortir ses plus belles notes) avant un départ des Dieux pour «&nbsp;ce sémillant enfer&nbsp;» («&nbsp;Plus de nectar, plus de ciel bleu !&nbsp;»), un galop trépidant et irrésistible, dans un accelerando impeccablement tenu par Arie van Beek.</p>
<h4><strong>Le sémillant enfer</strong></h4>
<p>Un Arie van Beek qui mène à un train d’enfer (forcément) le bref prélude de la deuxième partie, avant d’accompagner joliment le «&nbsp;Je vais regretter mon mari&nbsp;» d’Eurydice. <br>Toute la fin prendra l’allure d’un divertissement enlevé, le brio dissimulant le décousu du livret. Crémieux et Halévy, on le sent, se débrouillent pour répondre aux désirs d’Offenbach. Ils lui confectionnent le personnage de John Styx pour le plaisir des couplets nostalgiques évoqués au début, ils écrivent pour Cupidon les couplets des baisers (Yuki Tsurusaki à son aise surtout dans les aigues) qui amènent l’un des morceaux de bravoure de la partition, le duo de la mouche.</p>
<p>Réjouissant numéro de Nicolas Cavallier voletant suspendu dans les airs, poursuivant de ses bourdonnements une Marie Perbost envoyant avec esprit les vocalises d’une Eurydice conquise par «&nbsp;Ernest, baron de Jupiter&nbsp;». Là encore, la parodie devient grinçante, puisqu’aussi bien c’est le duo d’amour indispensable dans tout opéra, culminant ici dans des «&nbsp;<em>Zi…</em>&nbsp;» dérisoires.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="1024" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Piano-Orphee-aux-Enfers_c_Jean-Guy-Python-9-1024x1024.jpeg" alt="" class="wp-image-153138"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Nicolas Cavallier (Jupiter) © Jean-Guy Python</sub></figcaption></figure>


<p>À remarquer absolument, la brillante chorégraphie d&rsquo;<strong>Ivo Bauchiero</strong> (par ailleurs assistant à la mise en scène à laquelle on imagine qu’il a contribué). Ses dix danseurs et danseuses semblent se démultiplier dans une Bacchanale débridée. Costumes particulièrement succincts pour les danseuses. Énergie débordante, émouvante&#8230;</p>
<p>Dans les loges dorées, les fêtards s’encanaillent et se déboutonnent. L’humeur est à la fête et le chœur chante « Si l’on comprend la vie, amis, c’est un enfer ! ». Toujours l’humeur grinçante…</p>
<p>Dans un nouvel avatar, Eurydice, changée par Jupiter en Bacchante, et désormais en justaucorps, peut chanter «&nbsp;J’ai vu le Dieu Bacchus&nbsp;», moment où Marie Perbost nous semblera au meilleur de sa voix, avec de beaux phrasés et toujours l’aisance de ses notes hautes.</p>
<p>Le galop presque final sera évidemment aussi virtuose qu’on peut l’attendre, mené sur un tempo archi-rapide par Arie von Beek. Au premier plan les danseurs et leurs grands écarts, les garçons comme les filles, et sur la scène au second plan le galop des dieux et déesses, moins athlétique certes mais joyeusement endiablé.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="1024" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Piano-Orphee-aux-Enfers_c_Jean-Guy-Python-10-1024x1024.jpeg" alt="" class="wp-image-153139"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Marie Perbost en Bacchante, sur l&rsquo;escalier Samy Camps et Sophie Pondjiclis © Jean-Guy Python</sub></figcaption></figure>


<p>Restera l’ultime tableau. Pour l’encadrer, descendra des cintres l’image de la bouche diabolique qu’on a décrite, derrière laquelle on glissera un escalier rouge. «&nbsp;Je vais élever le dialogue avec la situation&nbsp;», dira pompeusement Orphée réapparu (les librettistes l’avaient oublié, celui-là). «&nbsp;Femme, reconnais-tu ce chant de violon (ici Gluck montant de la fosse), c’est ton époux qui vient pour racheter ton âme, cette âme que j’aimais et que je n’aime plus…&nbsp;» Sic.</p>
<p>« Ne regarde pas en arrière », chantera l’Opinion publique… On connaît la suite, le « mouvement involontaire » d’Orphée et Eurydice décidant de rester aux Enfers, où décidément on s’amuse davantage. « Ce n’est pas dans la mythologie » proteste Pluton, « Nous réécrirons la mythologie » . Ultime galop !</p>
<h4><strong>C&rsquo;est beau comme le spectacle&#8230;</strong></h4>
<p>C’est le moment où celui qui se permet de jouer les critiques (de quel droit, d’ailleurs ?) ravale ses ronchonnements et ses finasseries. Tous ces talents sur scène, qui se pressent et saluent, la somme de ces énergies, ce public enchanté… C’est beau comme le spectacle…</p>
<p>On a envie de citer les lignes de Colette dans « L’envers du music-hall » : « Les forces mystérieuses de la discipline, du rythme musical, l’orgueil enfantin et noble de paraître beaux, de paraître forts, nous soulèvent, nous conduisent… Le public, prostré, ne verra rien de ce qu’il doit ignorer : le halètement rapide qui dessèche nos poumons, l’eau qui nous inonde et noircit la soie de nos costumes… Le rideau tombé, nous nous séparons vite, nous nous hâtons vers la rue, vers l’illusion de la fraîcheur que verse une lune haute, épanouie, chaude et dédorée… »</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="595" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Piano-Orphee-aux-Enfers_c_Jean-Guy-Python-1-1024x595.jpg" alt="" class="wp-image-153130"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Jean-Guy Python</sub></figcaption></figure>
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		<title>Aix 2024 : la part belle à l&#8217;opéra français</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/aix-2024-la-part-belle-a-lopera-francais/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 08 Dec 2023 15:29:47 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La 76e édition du Festival d’Art lyrique d’Aix-en-Provence aura bien lieu en 2024 ! Alors que des rumeurs avaient un moment couru sur une annulation possible pour cause de JO Paris 2024 (!), Pierre Audi vient de dévoiler le programme de l’été prochain. Le Festival ouvrira avec ce qui devrait faire l’événement de cette session : une &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La 76<sup>e</sup> édition du Festival d’Art lyrique d’Aix-en-Provence aura bien lieu en 2024 ! Alors que des rumeurs avaient un moment couru sur une annulation possible pour cause de JO Paris 2024 (!), Pierre Audi vient de dévoiler le programme de l’été prochain.<br />
Le Festival ouvrira avec ce qui devrait faire l’événement de cette session : une nouvelle production signée <strong>Dmitri Tcherniakov</strong> de <em>Iphigénie en Aulide</em> et <em>Iphigénie</em> <em>en</em> <em>Tauride</em> donnés en une seule soirée. Une interprète unique (la soprano américaine <strong>Corinne Winters</strong>) pour le double rôle-titre, sous la baguette d’<strong>Emmanuelle</strong> <strong>Haïm</strong> et son <em>Concert d’Astrée</em> qu’on n’avait plus vu à Aix depuis le mémorable <em><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/il-trionfo-del-tempo-e-del-disinganno-aix-en-provence-papa-maman-le-plaisir-et-moi/">Trionfo</a></em> de 2016. Dans la distribution encore <strong>Véronique Gens</strong> en Clytemnestre, <strong>Nicolas</strong> <strong>Cavallier</strong> en Calchas, <strong>Florian</strong> <strong>Sempey</strong> en Oreste et <strong>Stanislas</strong> <strong>de</strong> <strong>Barbeyrac</strong> en Pylade. Les places vont être chères pour un spectacle qui sera donné quatre fois. Durée prévue 5h15 avec un entracte d’une heure et demie.<br />
Très attendu également le <em>Samson</em>, présenté comme une « libre création de <strong>Claus</strong> <strong>Guth</strong> et <strong>Raphaël</strong> <strong>Pichon</strong> d’après <em>Samson</em>, un opéra perdu de Jean-Philippe Rameau sur un livret censuré de Voltaire ». Pichon et son ensemble<em> Pygmalion</em>, coutumier des lieux, dirigera <strong>Jarrett</strong> <strong>Ott</strong> dans le rôle-titre, <strong>Jacquelyn</strong> <strong>Stucker</strong> (Dalila) et <strong>Lea</strong> <strong>Desandre</strong> (Timma).<br />
Autres nouvelles productions :  <em>Madama</em> <em>Butterfly</em>, mis en scène par <strong>Andrea</strong> <strong>Breth</strong> avec <strong>Ermonela</strong> <strong>Jaho</strong> dans le rôle-titre et le Pinkerton d’<strong>Adam</strong> <strong>Smith</strong>, <em>Il Ritorno d’Ulisse in Patria</em> monté par <strong>Pierre</strong> <strong>Audi</strong> sous la direction de <strong>Leonardo</strong> <strong>García</strong> <strong>Alarcón</strong>, en plus de la reprise du <em>Pelléas et Mélisande</em> monté <em>in loco</em> par <strong>Katie</strong> <strong>Mitchell</strong> en 2016.<br />
Deux opéras mis en espace : une <em>Clemenza di Tito</em> au casting de rêve : <strong>Pichon</strong>, <strong>Pati</strong>, <strong>Deshayes</strong>, <strong>Crebassa</strong>, <strong>Desandre</strong>, et <em>Les vêpres siciliennes</em> avec rien moins que <strong>Rustioni</strong>, <strong>Rebeka</strong>, <strong>Osborn</strong>, <strong>Golovatenko</strong>, <strong>Tagliavini</strong>.<br />
Enfin quelques concerts et récitals qui devraient valoir le déplacement : Lea Desandre, <strong>Christiane</strong> <strong>Karg</strong>, <strong>Sondra</strong> <strong>Radvanovsky</strong>, <strong>Elīna</strong> <strong>Garanča</strong>, entre autres.<br />
Le festival d’Art lyrique d’Aix en Provence se tiendra du 3 au 23 juillet 2024.</p>
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		<title>SAINT-SAËNS, Samson et Dalila &#8211; Avignon</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/saint-saens-samson-et-dalila-avignon/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Marcel Humbert]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 14 Jun 2023 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Quotidiennement, les horreurs les plus effroyables sont complaisamment exposées sur les écrans de télévision et sur ceux de nos ordinateurs. Pour autant, est-il vraiment indispensable d’étaler sur scène ces mêmes images de guerre, vidéos militaires, champs de ruines, peuples opprimés, scènes de viols, décapitations et autres atrocités&#160;? (Vu l’extrême violence des scènes du dernier acte, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Quotidiennement, les horreurs les plus effroyables sont complaisamment exposées sur les écrans de télévision et sur ceux de nos ordinateurs. Pour autant, est-il vraiment indispensable d’étaler sur scène ces mêmes images de guerre, vidéos militaires, champs de ruines, peuples opprimés, scènes de viols, décapitations et autres atrocités&nbsp;? (Vu l’extrême violence des scènes du dernier acte, susceptibles de heurter la sensibilité de nos lecteurs de tous âges, nous avons choisi – contrairement aux artisans du spectacle – de ne pas vous montrer ici les photos de décapitations). L’opéra <em>Samson et Dalila</em>, comme beaucoup d’autres œuvres – on a souvent pu en juger par le passé –, peut se prêter à des rapprochements entre l’histoire et l’actualité. Mais est-il avéré que le public, qui vient au spectacle pour se distraire, ait envie d’y retrouver ce qui est malheureusement devenu son quotidien&nbsp;? Les huées qui ont accueilli les réalisateurs lors des saluts sont-ils la marque du succès, ou au contraire celle d’un ras-le-bol des spectateurs face à ce type de tripatouillages scéniques cauchemardesques&nbsp;?</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="475" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Samson-et-Dalila-7corr-1-1024x475.jpg" alt="" class="wp-image-133774" /><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Photos Mickaël &amp; Cédric/Studio Delestrade</sup></figcaption></figure>


<p>Ce n’est pas pour autant que l’on irait jusqu’à favoriser la bluette sentimentale en demandant à Peynet ou Pierre et Gilles d’illustrer scéniquement l’œuvre&nbsp;! Peut-être que le résultat n’en aurait pas été pire, mais dans tous les cas, que resterait-il du sens profond de l’opéra de Saint-Saëns&nbsp;? Car ce soir, une fois de plus, malgré la beauté de certains tableaux magnifiquement éclairés, et les lettres capitales ISRAEL occupant bien l’espace avec les taches de sang qui rapidement les jaspent, on préfèrerait une version concert à la scène de viols sur la musique de ballet du premier acte, et l’on a trop tendance à fermer les yeux tout au long de la représentation pour ne pas voir l’insoutenable. Est-ce vraiment là le but du théâtre&nbsp;? Car où sont Samson et Dalila dans tout cela, où sont l’amour et la trahison, comment se noue le drame et comment s’achève-t-il&nbsp;? Samson est devenu une espèce de pion plus qu’un meneur d’hommes, et Dalila totalement assujettie au grand prêtre alors que l’on aurait pu lui laisser un peu plus d’autonomie, même si elle apparaît au final un peu plus déçue que triomphante.&nbsp;</p>
<p>Ce soir, je mets donc au défi quelqu’un qui ne connaîtrait pas l’œuvre d’expliquer ce qui se passe. C’est que la véritable vedette de la mise en scène de <strong>Paco Azorin</strong> est cette foule compacte et manipulable (plus de 60 figurants) qui prend le pas sur les personnages principaux, et si quelques-uns se dégagent quand même un peu plus facilement – Abimélech ou le Grand prêtre – Samson et Dalila sont le plus souvent noyés dans la masse. Un moment-clé est à cet égard révélateur des limites de ce principe de mise en scène, quand Samson lance au premier acte cette phrase, fondamentale d’un point de vue littéraire, musical et scénique&nbsp;: «&nbsp;Israël&nbsp;! Romps ta chaîne, Ô peuple lève-toi&nbsp;! Viens assouvir ta haine, le Seigneur est en moi&nbsp;!&nbsp;». Ce véhément appel à la guerre sainte, ce côté halluciné du personnage qui en appelle à un dieu vengeur explique toute la suite de l’opéra, mais reste ce soir noyé dans un magma scénique, non la faute de l’interprète du rôle, mais de celle du metteur en scène. En revanche, l’absence de meule au 3<sup>e</sup> acte est plutôt bien venue, qui permet de recentrer l’action sur le texte.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="475" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Samson-et-Dalila-8corr-1-1024x475.jpg" alt="" class="wp-image-133777" /><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Photos Mickaël &amp; Cédric/Studio Delestrade</sup></figcaption></figure>


<p>Le plateau, sans être exceptionnel, est d’une excellente tenue et sans faiblesses. <strong>Marc Laho</strong>&nbsp;possède la puissance physique et vocale d’un Samson, auquel il essaie d’ajouter une once d’humanité, autant que le metteur en scène le lui permette. Sa voix, restée remarquablement jeune, parvient sans effort perceptible à dominer la mêlée, même quand le chef <strong>Nicolas Krüger</strong> lâche son orchestre et les chœurs sans trop se préoccuper des solistes. Le jeu est souvent émouvant sans jamais être mièvre ni inconsistant, mais le personnage peine à trouver ses marques pour toutes les raisons indiquées plus haut. <strong>Marie Gautrot</strong> est reconnue depuis des années comme l’une des mezzos françaises qui comptent. Sa Dalila est peut-être un peu trop délicate et raffinée, mais le rôle est parfaitement adapté à sa voix charnue et profonde. On aimerait la réentendre dans ce rôle dans des conditions un peu moins stressantes (pour les spectateurs). Très sonore, <strong>Nicolas Cavallier</strong>, de son côté, donne au Grand prêtre des accents &nbsp;méphistophéliques peut-être un peu trop d’un bloc, mais là aussi, pouvait-il faire autrement&nbsp;? Un beau vieillard hébreu par <strong>Jacques-Greg Belobo</strong> et un Abimélech-CRS plus vrai que nature, par <strong>Eric Martin-Bonnet</strong>, complètent cette distribution plutôt bien équilibrée.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/saint-saens-samson-et-dalila-avignon/">SAINT-SAËNS, Samson et Dalila &#8211; Avignon</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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