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	<title>Damiano MICHIELETTO - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
	<lastBuildDate>Fri, 19 Dec 2025 16:06:35 +0000</lastBuildDate>
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	<title>Damiano MICHIELETTO - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<item>
		<title>OFFENBACH, Les Contes d&#8217;Hoffmann &#8211; Lyon</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/offenbach-les-contes-dhoffmann-lyon/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 19 Dec 2025 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Ce sont des Contes surréalistes, fantaisistes, fantastiques. Peuplés d’elfes emplumés en tutus verts, de souris géantes, d’un homme sur échasses, d’un Niklausse aux allures de perroquet, d’une Muse qui telle la fée Clochette disperse ses paillettes enchantées, de diablotins décolletés en collant à paillettes sortant d’un cabaret transgenre. Leur premier tour de prestidigitation sera d’envelopper &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Ce sont des Contes surréalistes, fantaisistes, fantastiques. Peuplés d’elfes emplumés en tutus verts, de souris géantes, d’un homme sur échasses, d’un Niklausse aux allures de perroquet, d’une Muse qui telle la fée Clochette disperse ses paillettes enchantées, de diablotins décolletés en collant à paillettes sortant d’un cabaret transgenre. Leur premier tour de prestidigitation sera d’envelopper d’un tissu magique Stella apparue en vamp rousse à la Rita Hayworth ondulant en fourreau violet pour la transformer elle aussi en diablotin sardonique. Il y a du Robert Houdin ou du Méliès dans cette mise en scène de <strong>Damiano Michieletto</strong>.</p>
<p>Mais, au-delà de ces tours et détours, elle raconte surtout le cheminement d’un homme, de l’enfance à la désillusion.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2025_contes_Hoffmann_PGcPaul_Bourdrel_HD_014-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-205333"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Ivan Ayón Rivas © Paul Bourdrel</sub></figcaption></figure>


<p>C’est une <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/offenbach-les-contes-dhoffmann-londres-rbo/">production de grand format, déjà donnée à Londres</a> (avec J.D. Florez &#8211; on la trouve en DVD) et à Sidney où, chose devenue rare, les trois rôles était tenus par une seule chanteuse – Jessica Pratt, et Hoffmann par un jeune chanteur péruvien, <strong>Iván Ayón Rivas</strong>, qu’on retrouve à Lyon et qui à lui seul justifierait de voir ce spectacle, tant son incarnation du personnage est puissante et troublante.</p>
<h4><strong>De l&rsquo;enfance à la désillusion</strong></h4>
<p>Visuellement c’est une production surprenante, amusante, intrigante. Si le décor de la taverne du prologue se résume à deux parois à angle droit, les décors suivants (inattendus) seront une école (plutôt que le cabinet d’un savant fou), puis un studio de danse (plutôt que l’appartement d’une chanteuse), enfin une maison de jeu (voire une maison galante) dans des couleurs noir et rouge &#8211; celles, hasard ou pas, de l’Opéra de Lyon… <br />Des décors juxtaposant ou superposant des manières de boites (à malices ou à maléfices), propices à toutes les apparitions ou disparitions, notamment celles du Diable, évidemment.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2025_contes_Hoffmann_PGcPaul_Bourdrel_HD_004-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-205331"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>La Muse (Jenny Ann Flory) et les Elfes © Paul Bourdrel </sub></figcaption></figure>


<p>Cette théâtralité joueuse (et somme toute cet opéra joue avec les codes de l’opérette et ceux du grand opéra) suscite quelque chose qui tient de l’émerveillement enfantin. D’ailleurs l’enfance est un fil rouge de la proposition de Micheletto, – un thème constamment présent jusqu’aux déceptions du dernier acte, celle de l’âge adulte sans doute.</p>
<h4><strong>L’enfant au perroquet</strong></h4>
<p>Et n’est-ce pas en vieil enfant qu’apparaît Hoffmann au prologue, même s’il a tout d’un pauvre hère, ou d’un vieillard, « un poète, un ivrogne », un « orateur de tripots », aux longs cheveux filasses sous son bonnet. C’est pourtant lui que la Muse sommera de choisir entre elle (l’Art donc) et ces femmes qui ne l’auront que trop troublé et qu’elle lui fera retrouver. Pour le guider dans ce travail de mémoire elle se transformera en Niklausse, qui lui-même prendra l’aspect d’un perroquet (autre invention badine de Michieletto, lecteur on suppose de <em>L’Île au Trésor</em>).</p>
<p>Iván Ayón Rivas a une éclatante voix, à la projection imparable, d’ardentes notes hautes en voix de poitrine, et surtout un engagement, une manière de candeur qui rend tout crédible. Le timbre n’est peut-être pas le plus beau de la terre, et la silhouette est un peu enveloppée, mais, après avoir terminé la chanson de Kleinzach par un <em>si</em> naturel longuement tenu, sa sincérité à évoquer dans des demi-teintes rêveuses ces « trois femmes dans une seule âme » qui auront marqué sa vie, touchera au cœur.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2025_contes_Hoffmann_GcPaul_Bourdrel_HD_011-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-205323"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>à gauche Niklausse  (Victoria Karkacheva) © Paul Bourdrel</sub></figcaption></figure>


<p>Ce prologue marque la première apparition d’un <strong>Chœur de l’Opéra de Lyon</strong> d’une belle plénitude sonore, toujours précis et d’une diction formidable, tous en costumes vaguement 1950, bretelles et pull Jacquard, comme le lumineux Nathanaël du ténor <strong>Filipp Varik</strong> ou son complice Hermann (<strong>Alexander de Jong</strong>).</p>
<h4><strong>Une silhouette plutôt qu’une voix</strong></h4>
<p>Dans sa première incarnation maléfique en conseiller Lindorf, la basse croate <strong>Marko Mimica</strong> convainc davantage par sa silhouette dessinée au fusain, noire de redingote et de cheveux, son visage halluciné, que par sa diction (un peu pâteuse dans des couplets où la musique s’appuie sur les mots) ou sa voix qui n’a peut-être pas la profondeur, le legato et l’ampleur diabolique qu’on aimerait.</p>
<p>Il suffira qu’Hoffmann se dépouille de ses hardes, arrache sa perruque et déboutonne son pantalon pour apparaitre en garçonnet en culottes courtes, petite veste et lavallière d’enfant sage, pour que le premier des enchantements commence. Les parois de la taverne s’envoleront pour révéler une salle de classe, avec vieux pupitres, grand tableau noir, planisphère, écoliers d’autrefois chahutant Cochenille (sous l’aspect d’un pion en blouse grise, c’est l’excellent <strong>Vincent Ordonneau</strong> dans le deuxième de ses avatars comiques (le premier c’était Andrès, le valet monosyllabique de Lindorf).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2025_contes_Hoffmann_GcPaul_Bourdrel_HD_022-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-205326"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Paul Bourdrel</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Un merveilleux qui convainc</strong></h4>
<p>Cette école, paradis des vertes amours juvéniles d’Hoffmann, est aussi celui de Coppelius et de sa fille Olympia, qui pour l’instant sommeille sur son pupitre dans une niche en haut à droite. Niklausse aura eu beau le prévenir dans la chanson de la poupée aux yeux d’émail (<strong>Victoria Karkacheva</strong> aura l’occasion à d’autres moments de déployer mieux toute l’ampleur, la chaleur et la puissance de son beau timbre de mezzo), il se laissera prendre à la chanson d’Olympia.</p>
<p>Évidemment que la présence de Coppelius, son couplet des baromètres et l’énorme œil bleu qui tourne en haut du décor sont un peu inexplicables dans ce décor scolaire, mais, tant pis pour le réalisme, on se laisse porter par le merveilleux de ce tableau noir où des formules algébriques viennent se dessiner, par les énormes chiffres et lettres qui descendent des cintres et qui pleuvront sur les élèves, par les trois danseuses en jaune, doubles d’Olympia, par les trois diablotins en paillettes qui passent par là, par Spalanzani devenu un instituteur aux cheveux en pétard que dessine <strong>François Piolino</strong>, autant d’inventions fantasques, poétiques et drôles.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2025_contes_Hoffmann_GcPaul_Bourdrel_HD_021-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-205325"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>François Piolino, Iván Ayón Rivas, Vincent Ordonneau, Eva Langeland  Gjerde © Paul Bourdrel</sub></figcaption></figure>


<p>Et d’abord par l’Olympia de <strong>Eva Langeland Gjerde</strong> qui, sous l’aspect d’une poupée de Nuremberg, gagne de plus en plus en souplesse dans les « Oiseaux de la charmille » à mesure qu’elle conquiert des notes hautes de son cru, évidemment spectaculaires. On avouera qu’après que les élèves seront partis gaiement souper (autre incongruité évidemment, mais <em>passons ! </em>comme dirait Lindorf), on sera davantage ému par la romance d’Hoffmann « Doux aveux, gage de nos amours ! » où la voix ensoleillée de Iván Ayón Rivas, juvénile et tendre, pourra s’envoler.</p>
<p>La valse finale prend l’aspect d’une fête de la jeunesse, avec cerceaux et mouvements gymniques jusqu’à l’ultime trille (stratosphérique) par Eva Langeland Gjerde, avant qu’elle ne soit lancée dans le vide (du moins son mannequin) par Coppelius, au désespoir d’Hoffmann.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2025_contes_Hoffmann_GcPaul_Bourdrel_HD_020-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-205324"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Paul Bourdrel</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Une danseuse qui ne danse plus mais qui chante (bien)</strong></h4>
<p>L’acte d’Antonia est sans doute le cœur de cet opéra. Elle incarne l’art, tout ce à quoi aspire Hoffmann. Dans la vision de Micheletto, Olympia n’est pas chanteuse, elle est danseuse. Une danseuse éclopée, qui commence son premier air, « Elle a fui la tourterelle », un peu dolent au départ puis prenant son essor, dans un lit d’hôpital avant d’être poussée dans un fauteuil roulant par son père, le chancelier Crespel (l’excellent <strong>Vincent Le Texier</strong>, basse sombre et diction formidable, incarnation d’une grande tradition de chant français, où la ligne musicale et les mots sont intimement solidaires). <br />Un peu plus tard, dans l’air burlesque de Frantz, « Jour et nuit je me mets en quatre », <strong>Vincent Ordonneau</strong> s’inscrira avec brio dans une autre tradition, celle des Trials illustrée naguère par les Michel Sénéchal ou Rémy Corazza, un dosage subtil de dérision et d’émotion. Très jolie scène que celle où six jeunes danseuses espiègles grimacent dans le dos du vieux maître de danse sourd.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2025_contes_Hoffmann_GcPaul_Bourdrel_HD_030-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-205327"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Amina Edris, Vincent Ordonneau, Vincent Le Texier © Paul Bourdrel </sub></figcaption></figure>


<p>Le décor prend l’aspect à la Degas d’un studio de danse : grand miroir sur la gauche, avec barre d’appui. Évidemment, danse ou pas, le livret continue obstinément à parler de chant, de magie de la voix, de toute la mélancolie qu’il y a dans le souvenir d’une voix.<br />Tout ce deuxième acte est placé sous le signe de la nostalgie et porté par le beau soprano lyrique d’<strong>Amina Edris</strong>, ses longues lignes de chant galbées, un très beau medium qui donne tout son poids de rêverie à « Ma mère s’était en moi ranimée », moment où la direction d’<strong>Emmanuel Villaume</strong>, qui pouvait être très corsée et rutilante à la fin de l’acte précédent, et très coloriste dans les chorals de cuivres ouvrant celui-ci, se suspend aux moindres inflexions d’Amina Edris pour les accompagner (une belle clarinette répond à « Votre Antonia ne chantera plus »).</p>
<h4><strong>Lyrisme pur</strong></h4>
<p>C’est avec beaucoup de délicatesse aussi qu’il conduira l’accompagnement chambriste de flûtes et de bois qu’Offenbach dessine derrière la romance de Niklausse, « Vois sous l’archet frémissant », où Victoria Karkacheva peut dans un tempo très large déployer enfin son timbre le plus opulent et toute la sensualité de sa voix.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2025_contes_Hoffmann_GcPaul_Bourdrel_HD_031-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-205328"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>à gauche Amina Edris, à droite Marko Mimica © Paul Bourdrel</sub></figcaption></figure>


<p>C’est à nouveau dans le medium qu’Amina Edris trouve ses accents les plus sincères dans le duo « J’ai le bonheur dans l’âme », avant de lumineuses notes filées dans « C’est une chanson d’amour », et quelle grâce Iván Ayón Rivas met dans son « La musique m’inspire un peu de jalousie, tu l’aimes trop » à peine murmuré.</p>
<p>En revanche le trio « D’épouvante et d’horreur » entre les trois hommes, qui a tout d’un pastiche de grand opéra, sonnera quelque peu hirsute, et bruyant, et sera curieusement mis en scène, les personnages semblant jouer aux quatre coins.</p>
<h4><strong>Danser avec un souvenir</strong></h4>
<p>Mais une belle image, l’une des images les plus suggestives créées par Michieletto, remettra les choses en place : l’apparition de la mère suscitée par le diable, c’est à dire Miracle. Le miroir devenu transparent révélera, dans un décor bucolique, un bouquet de danseuses : les six petits rats, et au sommet de leur pyramide une danseuse en grand tutu romantique, la mère bien sûr. <br />Et tandis qu’on entendra à la cantonade la voix de la mère (<strong>Jenny Ann Flory</strong> flamboyante d’automnales couleurs), cette danseuse étoile d’autrefois viendra danser avec l’une des plus jeunes. Et Antonia les serrera toutes deux dans ses bras. Transposition sensible du duo des deux voix.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2025_contes_Hoffmann_PGcPaul_Bourdrel_HD_043-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-205335"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>L&rsquo;apparition de la mère © Paul Bourdrel</sub></figcaption></figure>


<p>Puis dans un grand crescendo d’orchestre apparaîtront pour quelques tours de scène trois couples de danseurs et descendront des cintres cinq ou six violoncelles blancs, comme en étaient descendus chiffres et lettres à l’acte précédent. Miracle s’emparera de l’un deux pour faire mine de jouer tandis qu’Antonia mourante chantera « C’est une chanson d’amour triste ou folle… » dans un ultime sursaut lyrique. Et spectaculairement, de rage ou d’impuissance, Miracle brisera son violoncelle !</p>
<h4><strong>De l’autre côté du miroir</strong></h4>
<p>Le seul souvenir de Venise dans l’acte de Giulietta sera la Barcarolle mariant (sur un accompagnement un peu plan-plan) les belles voix de Victoria Karkacheva, de <strong>Clémentine Margaine</strong> et du chœur à bouche fermée. <br />On est dans une maison de passe, ambiance <em>Eyes Wide Shut</em>, sol et plafond noir luisant, murs rouges. Là vont et viennent une foule de femmes en robes du soir, souvent lamées or, et d’hommes en <em>black tie</em>. Tout cela d’un clinquant assumé. Hoffmann y apparaît en smoking de velours bordeaux. Est-ce d’avoir renoncé à l’art, le voilà plongeant sans le strupre. « Amis, l’amour tendre et rêveur, erreur ! » Au moins c’est clair.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2025_contes_Hoffmann_GcPaul_Bourdrel_HD_033-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-205329"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>au centre Iván Ayon Rivas et Clémentine Margaine © Paul Bourdrel</sub></figcaption></figure>


<p>Sa chanson à boire offre à Iván Ayón Rivas de briller dans son registre le plus trompetant et extraverti, et les ponctuations de l’orchestre (grosse caisse en renfort) sont à l’avenant. Emmanuel Villaume et l’<strong>Orchestre de l’Opéra de Lyon</strong> n’hésitent pas quand il le faut à sonner avec éclat, mais les couleurs de l’accompagnement des récitatifs sont toujours subtiles.<br />Alors qu’à Londres semble-t-il le célèbre « Scintille Diamant » était coupé, il est ici rétabli, mais Marko Mimica n’y est guère à l’aise, les graves manquent toujours de velours et de profondeur et les montées vers le haut sont très escarpées.</p>
<p>C’est à Giulietta que Dapertutto demandera de lui obtenir le reflet d’Hoffmann, elle qui lui a déjà procuré l’ombre de Schlemil (les librettistes rament un peu dans leurs références à E.T.A. Hoffmann, le vrai).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2025_contes_Hoffmann_PGcPaul_Bourdrel_HD_056-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-205338"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Clémentine Margaine et Marko Mimica © Paul Bourdrel</sub></figcaption></figure>


<p>On sait que ce troisième acte a été l’objet d’une suite de reconstitutions plus ou moins hypothétiques, selon les éditeurs. Et même à l’intérieur de cette production : la chanson de Giulietta, « L’amour dit à la belle », qui figurait dans la version de Londres est ici coupée, de sorte que c’est avec le « Hélas ! mon cœur s’égare encore » de Hoffmann que commence un vaste ensemble où il est rejoint par Giulietta («  Mon bel Hoffmann je vous adore »), puis Dapertutto, enfin par le chœur des invités qui reviennent à pas lents précédés par une manière de géant au long bec d’oiseau, tout cela, d’une richesse sonore assez capiteuse, conduisant à l’air d’Hoffmann, « Ô Dieu ! De quelle ivresse », tout entier dans le registre élevé, mais où Iván Ayón Rivas se dispense de la note haute finale.</p>
<h4><strong>A la Méliès</strong></h4>
<p>Giulietta dans cette configuration est un peu sacrifiée et Clémentine Margaine n’aura guère que le duo « Écoute et ne ris pas de moi » pour faire entendre sa grande voix, avant une scène très spectaculaire digne de Méliès : Hoffmann, qui aura quitté smoking et chemise, s’approchera du miroir, derrière lequel apparaîtra son reflet, il poussera le miroir et passera de l’autre côté, son double viendra s’effondrer sur scène, avant d’être traîné au loin par des comparses. <br />Et c’est à son tour Dapertutto qui, ayant enlevé veste et chemise, devenu en somme un double d’Hoffmann, viendra lui aussi gésir (mort ?) à la place du reflet. Tandis que résonnera à nouveau la Barcarolle et le chœur <em>da lontano</em>.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2025_contes_Hoffmann_PGcPaul_Bourdrel_HD_059-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-205339"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Hoffmann et Giulietta © Paul Bourdel</sub></figcaption></figure>


<p>Un superbe choral de cors ramènera les parois de la taverne, Hoffmann redevenant le semi-clochard du début. Luther (<strong>Hugo Santos</strong>) annoncera le triomphe de Stella au théâtre, laquelle fera son entrée triomphante, de dos dans son fourreau à paillettes violet. Elle se retournera et ce sera, bien sûr, dans son dernier avatar, le diable. Reviendront les elfes transgenres, les diablotins ambigus et les souris, et reviendra aussi la Muse pour son superbe monologue, « Oublie ton rêve de joie et d’amour ». Une très belle page à l’accompagnement orchestral particulièrement raffiné.</p>
<p>Et une conclusion ne manquant pas de grandeur, avec un orchestre de plus en plus ample et une Jenny Ann Flory au meilleur de sa voix, rejointe par solistes et chœur sur un dernier vers on ne peut plus romantique : « On est grand par l’amour et plus grand par les pleurs ».</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2025_contes_Hoffmann_GcPaul_Bourdrel_HD_001-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-205321"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Paul Bourdrel</sub></figcaption></figure>


<p>Chaleureuse ovation du public, pour un spectacle constamment étonnant et imaginatif, une belle réussite d’ensemble, une direction  d&rsquo;orchestre aussi incisive que dynamique, et en tête de distribution un jeune ténor magnifiquement habité par son rôle.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/offenbach-les-contes-dhoffmann-lyon/">OFFENBACH, Les Contes d&rsquo;Hoffmann &#8211; Lyon</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>« Vivaldi et moi », un premier film au cinéma pour Damiano Michieletto</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/vivaldi-et-moi-un-premier-film-au-cinema-pour-damiano-michieletto/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La Rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 28 Nov 2025 09:38:48 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le metteur en scène Damiano Michieletto vient de réaliser son premier film au cinéma. Primavera (titre original) &#8211; Vivaldi et moi (titre français), est une libre adaptation de Stabat Mater, publié en 2009 par l&#8217;écrivain italien Tiziano Scarpa. Il y est question de Cecilia, abandonnée à sa naissance et recueillie par l&#8217;hospice de la Pietà, &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Le metteur en scène <strong>Damiano Michieletto</strong> vient de réaliser son premier film au cinéma. <em>Primavera </em>(titre original) &#8211; <em>Vivaldi et moi</em> (titre français), est une libre adaptation de <em>Stabat Mater,</em> publié en 2009 par l&rsquo;écrivain italien <strong>Tiziano Scarpa</strong>. Il y est question de Cecilia, abandonnée à sa naissance et recueillie par l&rsquo;hospice de la Pietà, à Venise, qui trouvera refuge dans l&rsquo;apprentissage du violon. L&rsquo;actrice <strong>Tecla Insolia</strong> incarne cette jeune orpheline, <strong>Michele Riondino</strong> est Vivaldi.</p>
<p>Le film a été présenté fin novembre <a href="https://cinema-histoire-pessac.fr/films/vivaldi-et-moi/" target="_blank" rel="noopener">au Festival international du Film d&rsquo;histoire</a> et devrait sortir en 2026 dans les salles françaises.</p>


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<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="Primavera (2025) - Teaser (International)" width="1200" height="675" src="https://www.youtube.com/embed/R2MB36m4XVI?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe></div>
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			</item>
		<item>
		<title>ROTA, Il cappello di paglia di Firenze – Liège</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/rota-il-cappello-di-paglia-di-firenze-liege/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 21 Nov 2025 05:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>On connait Nino Rota pour ses nombreuses musiques de film (environ 150) mais il fut aussi un prolifique compositeur symphonique, chambriste, de ballet, ou encore de musique vocale ou lyrique. Sur ces douze opéras, seul Il cappello di paglia di Firenze est donné avec une certaine régularité (par exemple à Toulouse il y a un &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>On connait Nino Rota pour ses nombreuses musiques de film (environ 150) mais il fut aussi un prolifique compositeur symphonique, chambriste, de ballet, ou encore de musique vocale ou lyrique. Sur ces douze opéras, seul <em>Il cappello di paglia di Firenze</em> est donné avec une certaine régularité (<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/rota-il-capello-di-paglia-di-firenze-bordeaux-auditorium/">par exemple à Toulouse il y a un un an)</a>. Le livret, écrit par le compositeur et sa mère, Ernesta Rota Rinaldi, est basé sur la célèbre pièce d&rsquo;Eugène Labiche and Marc-Michel, <em>Un chapeau de paille d&rsquo;Italie</em>, elle-même originellement mêlée de couplets. Si l&rsquo;opéra est d&rsquo;une longueur à peu près équivalente à celle de la pièce, c&rsquo;est toutefois au prix d&rsquo;une modification fondamentale de la structure : pour faire place à des airs, duos ou ensembles, le ménage est fait dans les dialogues originaux aux répliques souvent pleines d&rsquo;esprit, voire hilarantes ou absurdes (1). Le point commun reste l&rsquo;intrigue et le rythme endiablé qu&rsquo;elle impose. Le cheval de Fadinard a avalé le chapeau de paille d&rsquo;une jeune femme. Celle-ci l&rsquo;avait accroché à un arbre alors qu&rsquo;elle était en galante compagnie dans les bois avec son amant. Le couple vient faire une scène chez Fadinard : ils exigent qu&rsquo;il trouve un chapeau identique afin de ne pas éveiller les soupçons du mari au retour de son épouse. Fadinard part à la recherche dudit chapeau, poursuivi tout au long de ses pérégrinations par son beau-père, son épouse, un oncle sourd et toute la noce, aucun ne comprenant quoi que ce soit à son comportement. Fadinard trouve le temps de se marier entre temps et tout finira bien pour tout le monde, mari jaloux excepté. La musique de Nino Rota rend bien la folie de cette course continue. Les mélodies sont charmantes, légères et gaies, sans toutefois marquer immédiatement la mémoire, comme le thème du <em>Parrain</em> ou sa musique de cirque des <em>Histoires</em> <em>extraordinaires</em>. À part quelques dissonances ponctuelles (notamment dans les ensembles et plutôt en seconde partie), la partition reste d&rsquo;un grand classicisme, cherchant à conquérir le cœur du public plutôt que l&rsquo;intellect des musicologues.</p>
<p>Le rythme de l&rsquo;ouvrage repose essentiellement sur les épaules de l&rsquo;interprète de Fadinard à qui revient la charge d&rsquo;imprimer la dynamique de cette course éperdue. <strong>Ruzil Gatin</strong> est ici absolument parfait, débordant d&rsquo;énergie. Sa tache est d&rsquo;autant moins aisée que le rôle réclame d&rsquo;alterner des moments de statisme (ses nombreux airs) et d&rsquo;autres qui font avancer l&rsquo;action (dialogues, ensembles). Le chanteur est à l&rsquo;aise avec la tessiture, offrant une voix bien projetée et une richesse de timbre qu&rsquo;on ne trouve pas souvent chez la plupart des ténorinos. <strong>Pietro</strong> <strong>Spagnoli</strong> incarne Nonancourt, le beau-père de Fadinard. Le chant est digne mais la projection un peu limitée. Sa voix ne tonne pas suffisamment quand il clame offusqué que « Tout est rompu ! » (un<em> running gag</em> de l&rsquo;ouvrage). Le baryton italien manque de la rondeur attendue : on entend ici un Figaro (avec quelques moments de tendresse) quand on attendrait un Bartolo dépourvu de malice. Dans le court rôle de Maupertuis, le mari jaloux, <strong>Marcello</strong> <strong>Rosiello</strong> offre une voix puissante et une composition idéale, à la fois drôle et un brin inquiétante. <strong>Maria Grazia Schiavo</strong> est une Elena pleine de charme, très à l&rsquo;aise dans un chant piano empreint d&rsquo;une douce poésie. La voix d&rsquo;<strong>Elena Galitskaya</strong> (Anaide, l&rsquo;épouse infidèle) nous a semblé un peu étriquée, avec un grave faible et un médium manquant de largeur, mais on appréciera son aisance scénique. Le rôle de la modiste est court mais <strong>Elisa Verzier</strong> y faire preuve d&rsquo;une belle autorité et d&rsquo;une belle qualité de timbre. Le rôle de la Baronessa di Champigny est plus développé : la jeune femme est censée posséder un chapeau identique. Elle confond Fadinard avec le célèbre violoniste virtuose qu&rsquo;elle a invité pour un concert privé auquel la noce participera en toute inconscience. Dans ce rôle d&rsquo;élégante charmeuse, <strong>Josy</strong> <strong>Santos</strong> déploie un beau timbre de mezzo, charnu, avec une bonne projection et un bel abattage scénique. <strong>Rodion Pogossov</strong> (l&rsquo;amant d&rsquo;Anaide) offre une voix de baryton chaude et sonore. <strong>Lorenzo Martelli</strong> est un Felice (le domestique de Fadinard) au timbre percutant. <strong>Blagoj Nacoski</strong> incarne avec humour et une grande aisance scénique le double rôle du noceur Achille et d&rsquo;un garde enrhumé. Encore moins développés, les rôles du Zio Vézinet (<strong>Didier</strong> <strong>Pieri</strong>) et du caporal des gardes (<strong>Marc Tissons</strong>) sont ici bien campés, ainsi que les chœurs dont les différents artistes sont bien caractérisés.</p>
<p>La production de <strong>Damiano Michieletto</strong> s&rsquo;articule autour d&rsquo;un plateau tournant qui permet des changements de décors rapides. Le metteur en scène italien surajoute de nombreux effets mais ce surplus d&rsquo;idées nuit à la simplicité et à l&rsquo;immédiateté de l&rsquo;ouvrage. Le rythme reste insuffisant, avec un jeu d&rsquo;acteur qui pourrait être nettement plus fouillé, plus endiablé, plus original. Les éclairages, blanc bloc opératoire ou vert salade, manquent de chaleur. La transposition (a priori dans les années 50) n&rsquo;apporte pas d&rsquo;éclairage particulier mais permet une belle variété de costumes. On passe à côté de la <em>farce</em> <em>musicale</em>. Ce soir, le rythme est imprimé dans la fosse. À la tête d&rsquo;un orchestre de l&rsquo;Opéra Royal de Wallonie-Liège en pleine forme, <strong>Leonardo Sini</strong> sait faire ressortir la (gentille) folie de cette musique, soulignant certains détails d&rsquo;une partition plus complexe qu&rsquo;on ne le sent au premier abord, tout en réglant parfaitement le plateau vocal. En dépit d&rsquo;une orchestration qui met en avant les instruments à vent (!), le chef sait équilibrer les différents pupitres. Au final, le plaisir du public est évident, faisant un triomphe cette ouvrage sympathique et revigorant qui a  l&rsquo;immense avantage de nous mettre de bonne humeur.</p>
<p>(1) Un exemple de dialogue de la pièce originale :<br />
— Vous me dites : « Attends-moi, je vais chercher un parapluie. » J’attends, et vous revenez au bout de six mois&#8230; sans parapluie !<br />
— Tu exagères ! d’abord il n’y a que cinq mois et demi&#8230; quant au parapluie, c’est un oubli&#8230; je vais le chercher&#8230;</p>
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		<title>ROSSINI, Il Barbiere di Siviglia &#8211; Paris (Bastille)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/rossini-il-barbiere-di-siviglia-paris-bastille/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Louise Momal]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 12 Jun 2025 04:03:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Pour l’amateur d’art lyrique, assister à une représentation du Barbiere, comme à une de Carmen ou de La Traviata, c’est revenir à l’essentiel, c’est se voir rappeler, en quelques trois heures à peine, tout ce qu’est l’opéra dans son expression la plus pure. Même dans une soirée de répertoire comme celle à laquelle nous avons &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour l’amateur d’art lyrique, assister à une représentation du <em>Barbiere</em>, comme à une de <em>Carmen</em> ou de <em>La Traviata</em>, c’est revenir à l’essentiel, c’est se voir rappeler, en quelques trois heures à peine, tout ce qu’est l’opéra dans son expression la plus pure. Même dans une soirée de répertoire comme celle à laquelle nous avons assisté hier, le génie irrésistible de la partition du <em>Barbiere</em> ne peut manquer son effet.</p>
<p>Le spectateur parisien est désormais familier de la production de <strong>Damiano Michieletto</strong>, créée à Genève en 2010, entrée au répertoire de Bastille en 2014. Malgré son âge, elle n’a rien perdu de son charme et de son efficacité. Figurant l’action dans une rue de Séville, dont les façades jaunes aux volets verts si méditerranéens dépaysent immédiatement, les décors permettent, en tournant la façade de la maison centrale, de découvrir l’intérieur de la demeure de Bartolo, sorte de maison de poupées grandeur nature sur trois étages où les personnages vont et viennent d’une pièce à l’autre, dévalent et remontent les escaliers à toute vitesse. Tout cela marche comme une horloge suisse, et les ensembles sont particulièrement réussis, ce qui est, selon nous, l’essentiel pour le <em>Barbiere</em>. Le final de l’acte I, où Almaviva s’introduit chez Bartolo déguisé en soldat ivre, fonctionne particulièrement bien avec son enchaînement de gags (parfois simultanés)&nbsp;: Rosina, Bartolo, Almaviva et Berta se trouvent coincés dans un <em>mexican stand-</em><em>off</em> autour de la table basse du salon, armés chacun d’un cactus ; plus tard Figaro sépare Almaviva et Bartolo en brisant le quatrième mur et en passant sa main d’un étage à l’autre ; Bartolo tient tout ce petit monde en joue autour de sa table de cuisine en formica, puis lui et Almaviva se lancent dans un duel à coup d’armes culinaires improvisées. L’entrée de Basilio au deuxième acte, affublé d’un tuba porté en bandoulière ne manque également jamais son petit effet. Fourmillante de détails, mais sans pour autant distraire au point de gêner une écoute attentive, cette production fonctionne donc toujours aussi bien. Avouons cependant souhaiter que l’on change un jour les costumes de Rosina qui, s’ils ont jamais pu paraître seyants dans les années 2010, sont désormais aussi démodés que peu grâcieux.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/il-barbiere-bastille-2025-agathe-poupeneysekgapane-leonard.webp" alt="">© Agathe Poupenay</pre>
<p>Côté voix, la distribution est assez hétérogène, mêlant grands habitués de l’œuvre et presque nouveaux venus. Déjà Berta à Bastille en 2016, <strong>Anaïs Constans</strong> ne chantait que cette première représentation, laissant la place à Margarita Polonskaya, membre de la troupe, pour la suite de la reprise. Avec son joli timbre fruité, elle offre à son air «&nbsp;Il vecchiotto cerca moglie&nbsp;» plus de jeunesse et de fraîcheur que n’en sous-entend le livret. Mais qu’importe ce décalage quand l’artiste est si agréable à entendre, faisant de ce personnage d’arrière-plan un des meilleurs aspects de la soirée. L’inénarrable <strong>Luca Pisaroni</strong>, dont on connaît bien la verve comique, campe ce soir Don Basilio, pour la seconde production seulement dans sa carrière. Son interprétation du personnage, moins grotesque que sournois et naïf, est excellente, évoquant par sa grande taille et sa minceur un Buster Keaton qui se serait perdu sous le soleil d’Espagne. Il prend visiblement un plaisir communicatif à distiller le texte de l’air de la calomnie, étirant le [s] de « sibillando », savourant les sonorités du mot « meschino ». Tout l’art consommé du chanteur ne parvient pas entièrement à faire oublier que le rôle appelle peut-être une voix plus large dans le registre grave, surtout pour les explosions de canon à la fin de son air. Mais sans doute c&rsquo;est là faire la fine bouche, et nous nous inclinons devant l’intelligence de l’artiste. À ses côtés, son complice et patron, Bartolo, revêt les traits de <strong>Carlo Lepore</strong>, basse bouffe italienne dont on ne vantera jamais assez les mérites. Grand habitué du rôle, grand rossinien, il se jette à corps perdu dans ce Bartolo hautement comique, mais aussi inquiétant, lubrique, un brin huileux. Le timbre, très distinctif, pincé, un peu corsé – que le lecteur courre l’écouter s’il ne le connaît pas déjà, car il est indescriptible – convient à merveille au personnage et à la manière dont Lepore cisèle chaque mot. Dès sa première apparition au balcon de Rosina, on goûte son art du récitatif, presque naturaliste. Toute la palette de la basse bouffe est impeccable, depuis un chant syllabique absolument magistral, renversant dans « A un dottore della mia sorte », jusqu’à une voix de tête à en faire pâmer d’envie un contre-ténor de métier, dont il fait un usage généreux, aussi bien pour imiter Rosina que pour imiter le légendaire Caffariello bien aimé de Bartolo. C’est une performance impeccable, une leçon de chant rossinien.</p>
<p>Le trio de tête est un peu en-deçà, avouons-le. Le Figaro de <strong>Mattia Olivieri</strong> a du bagout, de l’aplomb, un beau baryton solaire et sonore, de l’<em>italianità</em> à revendre. Mais les passages les plus rapides sont quelque peu laborieux, et l’interprétation reste trop générique. L’air d’entrée notamment, quoique bien exécuté, manque de contraste et de jeu. Mais peut-être est-ce l’effet de la première et Olivieri gagnera-t-il en assurance, et donc en audace, au fil des représentations. <strong>Levy Segkapane</strong> offre à Almaviva des suraigus en voix mixtes sauves, une vocalisation imperturbable et sûre, une énergie qui va crescendo au cours de la soirée. Mais là aussi, trac de la première peut-être, il nous manque quelque chose, le ténor étant très en retrait dans les ensembles au premier acte, avant de se laisser entraîner et de finir la soirée par un «&nbsp;Cessa di più resistere&nbsp;» assez brillant. La mezzo américaine <strong>Isabel Leonard</strong> complète le trio. C’est pour elle sa dix-septième production du <em>Barbiere</em>, et sa grande connaissance du rôle se sent. Elle confère à sa Rosina un beau timbre de mezzo, chaud, rond, avec quelques aspérités bienvenues dans le grave. Et cette Rosina ne s’en laisse pas conter : des Bartolo, des Figaro, des Almaviva, elle en a vu. Si son « Una voce poco fa » manque un peu de solidité dans la vocalise – le trac, sans aucun doute –, son « Contro un cor » est impeccable de fougue, d’autodérision et de maîtrise vocale. Déjouant toutes les chausse-trappes du rôle, elle le maîtrise au point de détourner des vocalises vers des trépignements, des cris, des soupirs d’exaspération, puis de les reprendre en plein vol. Et l’artiste, visiblement, s’amuse beaucoup, cabotinant sans réserve, dessinant une Rosina assurée et convaincante.</p>
<p>Si, sur scène, le chœur d’hommes de l’Opéra de Paris est un peu en retrait, l’orchestre est également un peu routinier, ne paraissant pas vraiment emporté par la fièvre rossinienne du <em>Barbiere</em>. La faute peut-être à la direction très efficace, attentive au chanteur de<strong> Diego Matheuz</strong>, mais manquant un peu d’inventivité et d’intensité. Son <em>Barbiere</em> est tout à fait honorable, mais il pourrait avoir plus d’éclat et de verve, à l’instar de son ouverture qui, malgré de très beaux contrastes chez les cordes, reste assez commune.</p>
<p>C’est donc un joli spectacle de répertoire que nous offre l’Opéra de Paris pour cette fin de saison, rehaussé par la présence du Bartolo superlatif de Lepore et d’une distribution somme toute fort solide.</p>
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		<title>RASKATOV, Animal farm &#8211; Helsinki</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/raskatov-animal-farm-helsinki/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Tania Bracq]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 09 May 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Alexander Raskatov est un compositeur russe qui vit à Paris. Pour sa vingtième création lyrique, il a bénéficié d&#8217;une commande de Sophie de Lint pour l’opéra d&#8217;Amsterdam ainsi que d&#8217;une ambitieuse coproduction internationale qui emmena cet Animal Farm du Wiener Staatsoper au Teatro Massimo de Palerme. Ce spectacle qui a remporté le prix de la &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Alexander Raskatov</strong> est un compositeur russe qui vit à Paris. Pour sa vingtième création lyrique, il a bénéficié d&rsquo;une commande de Sophie de Lint pour l’opéra d&rsquo;Amsterdam ainsi que d&rsquo;une ambitieuse coproduction internationale qui emmena cet <em>Animal Farm</em> du Wiener Staatsoper au Teatro Massimo de Palerme. Ce spectacle qui a remporté le prix de la création – World Première – aux International Opera Awards en 2023 achève son parcours à l&rsquo;Opéra National de Finlande en apothéose, avec une proposition à couper le souffle.<br />La cohérence de l&rsquo;ensemble, la pertinence de tous les choix artistiques au service d&rsquo;une fable limpide force l&rsquo;admiration.<br />Forumopera avait rendu compte de la création de <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/germania-lyon-scenes-dallemagne-fragments-dun-memorial/"><em>GerMANIA</em></a> à l&rsquo;Opera de Lyon en 2018.</p>
<p><em>Animal Farm</em> en constitue comme le pendant imaginaire : avec <em>GerMANIA</em>, l&rsquo;adresse était directe : les dictateurs du XXe siècle étaient sur scène ; le message adopte ici une dimension plus métaphorique, mais pas moins brutale. La continuité est plus frappante encore du fait de la présence de plusieurs artistes dans les deux productions. C&rsquo;est le cas de <strong>Michael Gniffke</strong> (Snowball), <strong>James Kryshak</strong> (Squealer), <strong>Karl Laquit</strong> (Benjamin et Pigetta) et <strong>Johanna Rusanen</strong> (Mrs. Jones). Ce compagnonnage avec un univers esthétique et musical permet à chacun d&rsquo;atteindre une expressivité bouleversante.<br />Tous font montre d&rsquo;une technique sans faille, d&rsquo;une remarquable intelligence musicale, tout comme l&rsquo;ensemble de la distribution au premier rang desquelles la formidable Mollie de <strong>Holly Flack</strong>. La jeune américaine enfile les contre-notes comme d&rsquo;autres les perles avec une gestique animale de pouliche-bimbo étonnement convaincante.</p>
<p>L&rsquo;émission claire à la colorimétrie flamboyante de <strong>James Kryshak</strong> contraste idéalement avec l&rsquo;obscure et hypnotique prestance du Napoléon de <strong>Roman Ialcic</strong> tandis qu&rsquo;<strong>Elena Vassilieva</strong> complète le trio des animalistes de sa voix large au timbre opulent.<br /><strong>Karl Laquit</strong>, comme il l&rsquo;indique lui même dans sa biographie est «  tantôt haute-contre, tantôt contre-ténor sopraniste ». En tout état de cause l&rsquo;ambitus, la souplesse, la fluidité, impressionnent tout comme sa palette expressive en Benjamin ou en Pigetta.</p>
<p><em>Sprechgesang</em>, sons grasseyés, engorgés, sirènes, stridences, glissando, chevrotements&#8230; Raskatov exige beaucoup de ses chanteurs, tout en les mettant en valeur avec une ligne musicale expressionniste au plus près de la nature et de la vie intérieure de leur personnages. <br />Présent ce soir, il salue sous l&rsquo;ovation conjointe de la salle et des musiciens.<br />Le compositeur installe en quelques mesures des univers émotionnels parfaitement clairs, intenses, prenants. La narration va droit au but avec une brutalité en totale adéquation avec le propos. Assez classique dans la forme, il joue d&rsquo;un vaste instrumentarium avec un goût pour les cuivres, les percussions et quelques sons électroniques ou circassiens, il distille également des citations des répertoires militaires ou populaires comme autant de contrepoints ironiques. C&rsquo;est ainsi que les animaux aspirant à la liberté entonnent un gospel « Beast of farmland » qui sera interdit, remplacé finalement par un « Requiem aeternam » &#8230; à leur liberté. C&rsquo;est ainsi que <strong>Luke Terence</strong> <strong>Scott</strong> &#8211; Mr. Pilkington &#8211; se fait crooner pour séduire Mollie ou que Pigetta est sacrifiée en « Casta Diva ». Souvent l&rsquo;oreille est surprise de se trouver en terrain familier&#8230; pour mieux perdre ses repères aussi vite, dans un constant inconfort accentué par les rythmes et les contre-temps au diapason d&rsquo;un argument terriblement pessimiste.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2025_03_19_SKOB_Elainten_vallankumous_Press_19-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-188555"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© SKOB &#8211; Finnish National Opera</sup></figcaption></figure>


<p> </p>
<p>Extrêmement rythmique, d&rsquo;une précision millimétrique, <strong>Bassem Akiki</strong> trouve dans l&rsquo;<strong>orchestre</strong> et le <strong>chœur de l&rsquo;Opéra National de</strong> <strong>Finlande</strong> deux excellentes phalanges, nerveuses à souhait qui répondent parfaitement aux moindres inflexions de la partition, jouant avec talent des textures, des volumes. Ils sont secondés avec brio par le chœur de voix hautes de l&rsquo;académie Sibelius dont les jeunes chanteurs ne montrent aucune faiblesse en dépit d&rsquo;exigences très élevées. Ils composent la basse-cour de la ferme, idée délicieuse. Là encore, comme pour l&rsquo;ensemble du plateau, la justesse est parfaite, la diction impeccable.</p>
<p>Ce spectacle dense, mené tambour battant doit également beaucoup à l&rsquo;exigence de <strong>Damiano Michieletto</strong>, dont <strong>Meisje Barbara</strong> <strong>Hummel</strong> a adapté la mise en scène. Dérangeante, puissante, sa vision amplifie l&rsquo;évidente actualité du sujet. Daniel Arasse aimait à parler de « peinture qui pense » ; l&rsquo;opéra pense aussi.</p>
<p>Le scénographe <strong>Paolo Fantin</strong> place la ferme dans une immense boite de marbre blanc, qui évoque le néoclassicisme des autocrates des années trente mais également, étrangement, le Finlandia de Alvar Aalto tout proche. Ainsi instaure-t&rsquo;il immédiatement l&rsquo;espace métaphorique voulu par Luc Joosten, en charge de la dramaturgie, tandis qu&rsquo;une accumulation de cages, un croc de boucher, une carcasse et jusqu&rsquo;à une scène d&rsquo;anthropophagie porcine nous ramènent bien au trivial du lieu.<br />Sur ces murs luxueux mais aseptisés comme ceux d&rsquo;un abattoir, les animaux écrivent d&rsquo;abord leurs sept commandements en rose – couleur du parti – avant qu&rsquo;ils ne soient ensuite pervertis, amendés en noir et enfin effacés par les apparatchiks qui confisquent la révolution au peuple.</p>
<p><strong>Klaus Bruns</strong> fait merveille avec des masques animaux superbes – qui impliquent une sonorisation sans que cela soit problématique. Comme dans une version inversée du Rhinocéros de Ionesco, Les protagonistes s&rsquo;en débarrassent peu à peu, chaque fois que l&rsquo;un d&rsquo;eux succombe à la terreur institutionnalisée. Les costumes intelligents évoquent l&rsquo;animalité par touches et clins d’œils de matières avant de céder la place, alors, à des oripeaux criards.</p>
<p>Enfin, les lumières d&rsquo;<strong>Alessandro Carletti</strong> dramatisent l&rsquo;action avec beaucoup d&rsquo;élégance jouant notamment des ombres projetées des masques sur les murs, comme un écho glaçant à la caverne de Platon.</p>
<p>Un spectacle sombre, ambitieux et pleinement abouti, respectueux de l&rsquo;esprit de l’œuvre originale qui mériterait amplement une reprise.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/raskatov-animal-farm-helsinki/">RASKATOV, Animal farm &#8211; Helsinki</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<item>
		<title>HAENDEL, Giulio Cesare in Egitto &#8211; Toulouse</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/haendel-giulio-cesare-in-egitto-toulouse/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 22 Feb 2025 10:52:01 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Etonnamment, Giulio Cesare in Egitto manquait au répertoire de l’Opéra National du Capitole de Toulouse ; il vient d’y faire une entrée réussie grâce à une combinaison gagnante plateau-orchestre-mise en scène chaleureusement saluée au baisser de rideau. Le public toulousain n’a pas réservé à la co-production due à Damiano Michieletto le même sort que celui &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Etonnamment, <em>Giulio Cesare in Egitto</em> manquait au répertoire de l’Opéra National du Capitole de Toulouse ; il vient d’y faire une entrée réussie grâce à une combinaison gagnante plateau-orchestre-mise en scène chaleureusement saluée au baisser de rideau. Le public toulousain n’a pas réservé à la co-production due à <strong>Damiano Michieletto</strong> le même sort que celui du <a href="https://www.forumopera.com/?s=Giulio+cesare+michieletto">TCE en son temps</a> (2022), public parisien qui n’avait guère goûté la transposition du metteur en scène vénitien. Et pourtant, il ne sera certainement pas dit que tout, dans cette proposition, est limpide et nécessaire, mais la réflexion de Michieletto sur le personnage de Jules César demeure, tout au long de l’ouvrage, cohérente, intéressante, parfois même passionnante.<br />
Ici, César termine son parcours, la mort le hante, la mort le guette ; de fait, à peine deux ans après les évènements historiques narrés par le librettiste Niccolò Francesco Haym (nous sommes en -46), César sera assassiné. Or les Brutus sont déjà là, ils sont sur scène, en toge et armés de poignards pour qu’on ne s’y méprenne pas. Mais ce n’est pas tout, du début à la fin, c’est la mort qui rôde, c’est la mort la figure centrale, magnifiquement incarnée par le fantôme de Pompée. La mort c’est tout d’abord ce personnage mystérieux qui apparaît en fond de scène pendant l’ouverture, ce fond de scène qui figurera au long de l’ouvrage le royaume des Parques. L’homme est entravé de fils rouges, il vient de cet univers interlope, il reviendra, tentant d’attirer à lui César sans y parvenir encore. L’au-delà ce sont aussi les trois Parques, quasi omniprésentes et qui tirent ou coupent les fils rouge sang. Tantôt, elles se contentent d’être en fond de scène et accueillent Pompée, puis Achilla et Ptolémée lorsque ceux-ci sont tués, tantôt elles s’invitent dans la vie d’ici-bas et s’approchent des personnages. Tantôt encore, ce sont les personnages vivants qui s’aventurent dans leur jardin, signifiant ainsi la fragilité des existences.<br />
Et puis il y a Pompée, dont on apporte la tête, non pas sur un plateau comme l’exigerait le livret mais dans une boîte de bois laissant dégouliner le sang. Ce sang qui sent la mort va obnubiler les personnages les uns après les autres, et César en premier. Pompée, ou plutôt son fantôme – c’est l’une des belles trouvailles de Michieletto – va s’inviter les trois actes durant, se tournant vers les Parques pour peser dans la balance qui jauge les vies, vers le fils Sextus, qui ne rêve que de vengeance, vers l’épouse Cornélie qui pourrait bien céder aux avances de Ptolémée, prix à payer pour obtenir sa propre libération et celle de son fils.<br />
Tout cela est rendu par des décors signés <strong>Paolo Fantin</strong> qui, à trop vouloir ne pas représenter quelque époque que ce soit et universaliser le propos, ne représentent plus rien. Tout le premier acte se passe dans une pièce nue aux murs blancs, n’était le sombre royaume des Parques en fond de scène. La chambre de Lydie-Cléopâtre est un espace immense, vide, nu et noir, tout sauf propice aux épanchements. Nul doute qu’on aurait pu habiter davantage l’espace. Idée bienvenue en revanche de vêtir (les costumes sont signés <strong>Agostino Cavalca</strong>) les protagonistes sans les figer dans une époque.</p>
<pre style="text-align: center;"><img loading="lazy" decoding="async" class="" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/MIR6440-Migliorato-NR2.jpg" alt="" width="607" height="341" />
© Mirco Magliocca</pre>
<p>Les Talens lyriques de <strong>Christophe Rousset</strong> sont dans leur élément dans ce Haendel virevoltant. Les cordes sont magnifiques de précision et d’élégance, les pupitres irréprochables (le cor obligé est soigné, le violon solo précis). C’est toutefois dans la conduite d’ensemble qu’il nous manque quelque chose, une conduite cohérente des <em>tempi</em> qu’on ne perçoit pas. Certes, on aura bien compris l’attention portée aux solistes et la nécessaire adaptation aux capacités de chacun sur scène ; ainsi le « Presti omai » est-il pris en retrait. Mais pourquoi alors hâter le pas dans le « Va tacito » du même César ? Il semble que Christophe Rousset laisse l’orchestre en retrait, nous privant d’un mordant, d’une <em>allegria</em> pourtant coutumière. Et enfin nous devrons nous passer des chœurs, pas de « Viva viva ! » en entrée.<br />
L’élaboration du casting n’a pas été une partie de plaisir. La contralto québécoise <strong>Rose Naggar-Tremblay </strong>devait être Cornelia. Toutefois, suite au retrait d’Elizabeth De Shong, initialement prévue, c’est elle qui reprend le rôle-titre sept jours avant le début des répétitions. Grâce lui soit rendue. En ce soir de première, tout n’est pas encore parfaitement calé, l’air d’entrée notamment se fait en mode économique. Mais la soirée va voir s’épanouir le chant et nous offrir un timbre d’une si belle élégance, un timbre de velours avec certains accents enivrants. Cléopâtre, sans doute le rôle le plus ardu de la pièce, est tenu par une <strong>Claudia Pavone</strong> tellement agile et à l’ambitus impressionnant ; il reste à parfaire la stabilité et, ici et là, la justesse. Mais quelle endurance et quel engagement ! Pour remplacer Rose Naggar-Tremblay glissant sur le rôle de César, c’est la mezzo géorgienne <strong>Irina Sherazadishvili</strong> qui reprend Cornélia. On ne perd pas au change, le mezzo est d’une chaleur incandescente et le jeu de scène percutant. Le Sextus de <strong>Key’mon Murrah</strong> remporte un triomphe mérité, qu’il doit à l’extraordinaire amplitude de la voix, capable d’habiter les graves et de franchir les plus hauts sommets, le tout avec ce qui ressemble à une insolente facilité. Nous retiendrons sans doute le plus beau moment musical de la soirée, le duo Sextus-Cornélie en clôture du I (« Son nata a lagrimar ») où les deux voix s’allient pour un moment d’éternité. Le contre-ténor américain, vainqueur en 2022 du 40e International Hans Gabor Belvedere Singing Competition à Jurmana (Lettonie) mérite qu’on le suive de près dans ses prochaines prises de rôles. Le Ptolémée de <strong>Nils Wanderer</strong> est un parfait salaud : monstre maniéré, efféminé, sans retenue, il est de ces anti-héros qu’on adore détester. Wanderer met une voix fortement projetée au service de ce jeu. Sachons gré au baryton barcelonais <strong>Joan Martín-Royo</strong> d’avoir remplacé au pied levé Edwan Fardini et d’avoir proposé un Achilla plus que crédible. <strong>William Shelton</strong> (Nireno) n’a qu’un <em>aria da capo</em> à chanter mais il s’en acquitte fort bien, de même que <strong>Adrien Fournaison</strong> est un Curio tout ce qu’il y a de crédible.</p>
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		<title>OFFENBACH, Les Contes d&#8217;Hoffmann &#8211;  Londres (RBO)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/offenbach-les-contes-dhoffmann-londres-rbo/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 13 Nov 2024 05:01:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=spectacle&#038;p=176292</guid>

					<description><![CDATA[<p>Après deux belles réussites londoniennes, le doublé Cavalleria rusticana / Pagliacci et Carmen, Damiano Michieletto s&#8217;est vu confiée la lourde tache de remplacer la magnifique production des Contes d&#8217;Hoffmann de John Schlesinger créée en décembre 1980 et régulièrement reprise avec succès jusqu&#8217;en décembre 2016. La compagnie londonienne n&#8217;a pas lésiné sur les moyens, et cette &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Après deux belles réussites londoniennes, le doublé <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/cavalleria-rusticana-i-pagliacci-londres-roh-contre-vents-et-marees/"><em>Cavalleria rusticana / Pagliacci</em></a> et <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/bizet-carmen-londres/"><em>Carmen</em></a>, <strong>Damiano Michieletto</strong> s&rsquo;est vu confiée la lourde tache de remplacer la magnifique production des <em>Contes d&rsquo;Hoffmann</em> de John Schlesinger créée en décembre 1980 et régulièrement <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/les-contes-dhoffmann-londres-roh-derniers-feux-dune-production-legendaire/">reprise avec succès jusqu&rsquo;en décembre 2016</a>. La compagnie londonienne n&rsquo;a pas lésiné sur les moyens, et cette nouvelle production est particulièrement spectaculaire, propre à enchanter un nouveau public. Elle n&rsquo;est toutefois pas non dépourvue d&rsquo;incongruités à l&rsquo;occasion. Le prologue s&rsquo;ouvre classiquement dans l&rsquo;auberge de Luther sous des éclairages verdâtres. La Muse est, elle aussi, habillée en vert, allusion à la « Fée verte », surnom que l&rsquo;on donnait autre fois à l&rsquo;absinthe. Nicklausse est interprété par une artiste différente de la Muse, ce qui constitue un retour en arrière par rapport aux versions récentes. Il est étonnamment habillé en perroquet (les paroles et sous-titres sont modifiées pour l&rsquo;occasion : « Du fidèle Nicklausse empruntons le visage, changeons la Muse en <em>perroquet</em> (au lieu d&rsquo;<em>écolier</em>) <span style="font-size: revert;">»</span>). Il s&rsquo;agit peut-être d&rsquo;une allusion au conte, <em>Le Vase d&rsquo;or </em>(un peu plus tard, on verra des danseurs grimés en souris, allusion cette fois à <em>Casse-Noisette et le Roi des souris</em>, autre célèbre conte d&rsquo;Hoffmann). Lindorf offre un tour de magie en faisant disparaitre Stella pour la remplacer par un danseur. Cette saison, <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/offenbach-les-brigands-paris-garnier/">les cabarets transformistes sont à la mode</a>&nbsp;et l&rsquo;animation de l&rsquo;auberge semble avoir été confiées &nbsp;à des danseurs masculins et féminins « dégenrés ». Les mouvements sur le plateau sont particulièrement tapageurs : chœurs qui tapent des pieds, chaises lourdement baladées, danseurs qui retombent lourdement&#8230; beaucoup de bruits parasites viennent ainsi brouiller l&rsquo;écoute.&nbsp;</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/TalesOfHoffmann_ROH_6414-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-176570"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© 2024 Camilla Greenwell </sub></figcaption></figure>


<p>Puis la production s&rsquo;articule autour de trois âges de la vie du poète, les actes étant donnés dans leur ordre logique. Hoffmann, en culottes courtes (comme dans la production de Richard Jones pour Munich), n&rsquo;est qu&rsquo;un des nombreux élèves de Spalanzani. Sa jeunesse inexpérimentée doit nous faire rendre plus crédible son amour pour une simple poupée. Passons sur les contradictions mineures avec le texte (par exemple : « Allons Messieurs, la main aux dames, le souper nous attend » adressé aux écoliers par Spalanzani). La très attendue scène de la poupée tombe ensuite un peu à plat. Elle chante ici ses deux couplets sans pause, alors que traditionnellement elle tombe en panne au milieu de l&rsquo;air et qu&rsquo;il est nécessaire de remonter son ressort à grands bruits. Ici, Michieletto a choisi de remplacer les gags habituels, qui fonctionnent, par les siens propres, qui sont moins convaincants. Ainsi, sur le tableau noir de la salle de classe, les données d&rsquo;une équation s&rsquo;animent avec les vocalises d&rsquo;Olympia ; des chiffres géants dansent au plafond avant de retomber sur le sol, là encore avec beaucoup de bruit&#8230; Pas de banqueroute : Coppélius, habituellement plus méfiant, s&rsquo;est fait refilé une mallette remplie de chiffons de papier. Pas de valse venant étourdir Hoffmann. Pas de lunettes magiques pendant ses duos avec la poupée alors que le texte est clair à ce sujet (« Est-il mort ? Non, en somme, son lorgnon seul est en débris »). Au final, l&rsquo;acte manque un peu de son brio habituel par une recherche d&rsquo;originalité qui ne convainc pas totalement.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/TalesOfHoffmann_ROH_7388-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-176557"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© 2024 Camilla Greenwell </sub></figcaption></figure>


<p>L&rsquo;acte d&rsquo;Antonia évoque cette foi un amour d&rsquo;adolescent. Une fois encore, Michieletto ne cherche pas à respecter à la lettre le livret. Nous ne sommes pas dans le monde lyrique, mais dans celui du ballet (pourquoi pas, mais aussi : pourquoi ?). Frantz est un maître de danse tourmenté par des petits rats indisciplinés (rires, cris, claquements de pieds&#8230;) qui ont par ailleurs le mérite d&rsquo;attendrir le public. La mère d&rsquo;Antonio n&rsquo;est pas une cantatrice mais une danseuse dont la fille a une jambe déformée. Même si certains surtitres sont modifiés (« Ta mère t&rsquo;a laissé son talent » plutôt que « sa voix »), le décalage entre le texte et la proposition du metteur en scène est gênant : Antonia n&rsquo;a aucune raison de mourir en essayant de danser, et d&rsquo;ailleurs elle s&rsquo;effondrera en forçant sa voix (ce qui est plus logique quand on la sait phtisique). Au positif, l&rsquo;acte est visuellement splendide et spectaculaire, à défaut d&rsquo;être vraiment émouvant, notamment quand les petits rats et les danseurs (de vrais professionnels du ballet) viennent se produire devant Antonia. Tout ceci fait toutefois encore beaucoup de bruit (béquilles, jambe qui traine, chutes&#8230;), l&rsquo;apogée étant atteint quand le Docteur Miracle brise sur le sol un violoncelle en plâtre.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/TalesOfHoffmann_ROH_8066-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-176558"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© 2024 Camilla Greenwell</sub></figcaption></figure>


<p>L&rsquo;acte de Venise nous présente un Hoffmann plus cynique, dans un décor relativement conventionnel de casino vénitien. La fin de l&rsquo;acte est étrangement modifiée : Hoffmann se retrouve prisonnier derrière le miroir et n&rsquo;aura donc pas l&rsquo;occasion de se battre en duel, ni de tuer Pitichinaccio avant de s&rsquo;enfuir avec Nicklausse. Toutes les répliques correspondantes sont supprimées. Ultime surprise à l&rsquo;épilogue : Lindorf a pris les habits de Stella. Pour ce dernier acte, la mise en scène gagne en simplicité et l&rsquo;intervention finale de la Muse sera peut-être le seul moment vraiment poignant de la soirée, plus bruyante que brillante.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/TalesOfHoffmann_ROH_8241-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-176563"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© 2024 Camilla Greenwell</sub></figcaption></figure>


<p>Alors que la précédente production utilisait la version Choudens traditionnelle, le choix s&rsquo;est porté ici sur une version mixte et nous invitons les lecteurs que ces détails n&rsquo;intéresseraient pas à sauter carrément ces paragraphes.</p>
<p>Commençons par quelques généralités &nbsp;: il existe plusieurs versions des <em>Contes d&rsquo;Hoffmann, </em>Offenbach étant mort quelques mois avant la première. La première version était écrite pour un baryton dans le rôle-titre mais la faillite de la<span style="font-size: revert;"> Gaîté Lyrique annula la création de l&rsquo;ouvrage. Les années suivantes virent d&rsquo;incessantes modifications (ajouts, suppressions, déplacements, modifications de tessitures). L&rsquo;ouvrage rentra en répétitions en septembre 1880 mais Offenbach </span>mourra<span style="font-size: revert;">&nbsp;quelques semaines plus tard sans avoir achevé la totalité de l&rsquo;orchestration qui sera terminée par </span>Ernest<span style="font-size: revert;">&nbsp;</span>Guiraud<span style="font-size: revert;">. L&rsquo;ouvrage fut modifié au cours des répétitions, le plus important changement étant la suppression de l&rsquo;acte de Giulietta dont une partie de la musique fut réutilisée ailleurs ! Tout ceci donna lieu à l&rsquo;édition d&rsquo;une première version chez Choudens. En 1904, Raoul Gunsbourg, directeur de l’Opéra de Monte-Carlo, conçut une nouvelle version à partir de manuscrits </span>d&rsquo;Offenbach, <span style="font-size: revert;">version trafiquée par ses soins et qui inclut le célébrissime « Scintille diamant » pour Dapertutto à l&rsquo;acte de Giulietta, </span><span style="font-size: revert;">la musique de la page originale étant recyclée dans </span>l&rsquo;acte<span style="font-size: revert;"> d&rsquo;Olympia pour l&rsquo;air « J&rsquo;ai des </span>yeux » de Coppélius, lequel remplace le trio original. Rappelons que la <span style="font-size: revert;">musique de « Scintille diamant » peut être entendue dans l&rsquo;ouverture du <em>Voyage dans la Lune</em>, mais aussi d&rsquo;un</span><span style="font-size: revert;"> ballet antérieur, <em>Le Royaume de Neptune</em> (comme Rossini, Offenbach n&rsquo;hésitait pas à recycler ses compositions). Gunsbourg ajouta enfin un septuor de son cru dans l&rsquo;acte de Venise, ensemble destiné à devenir l&rsquo;un des moments les plus excitants de la partition : Gunsbourg avait le nez creux. La version Choudens évolua en fonction de ces modifications. Dans les années 70, Fritz Oeser proposa une révision complète réutilisant sans trop de complexes des passages des <em>Filles du Rhin</em> qu&rsquo;Offenbach n&rsquo;avait pas déjà recyclés (une version plus <em>osée</em> que Oeser, donc). Après la redécouverte de manuscrits ayant appartenu à Gunsbourg, Michael Kaye établit une nouvelle édition critique dans les années 80. Enfin Jean-Christophe Keck offrira une nouvelle édition suite à la découverte du final de l&rsquo;acte de </span>Giulietta puis des partitions d’orchestre du prologue et de l’acte d’Olympia ! <a href="https://www.forumopera.com/v1/opera-n18/hoffmann.htm">On trouvera ici un article détaillé sur les différentes versions</a>.</p>
<p>Passons à l&rsquo;édition proposée à Covent Garden. Vu la complexité du sujet, nous nous contenterons ici de lister les modifications majeures par rapport à la version Choudens traditionnelle&#8230; en espérant ne pas nous être trop trompés. <span style="font-size: revert;">Peu de choses au prologue, si ce n&rsquo;est que quelques pages sont un peu plus longues que d&rsquo;habitude : le choeur « Glou ! Glou ! », une réaction des </span>étudiants<span style="font-size: revert;"> suite à l&rsquo;allusion aux </span>cornes : « Ne les raillons pas, nous serons un jour dans le même cas <span style="font-size: revert;">»&#8230;</span><span style="font-size: revert;">. </span></p>
<p><span style="font-size: revert;">À l&rsquo;acte d&rsquo;Olympia, toute la première scène entre Hoffmann et Spalanzani (« Là, dors en paix&#8230; La </span>physique<span style="font-size: revert;"> est tout mon cher : Olympia vaut très cher. ») et la suite est coupée. Plus tard dans </span>l&rsquo;opéra<span style="font-size: revert;">, Spalanzani fera une allusion désormais incompréhensible au dialogue disparu ( « Ah ! La physique ! »). Après </span>l&rsquo;introduction orchestrale, l<span style="font-size: revert;">&lsquo;acte démarre </span>directement<span style="font-size: revert;"> par « Allons, courage et confiance, je deviens un puits de science ». L&rsquo;air de Nicklausse de la </span>version<span style="font-size: revert;"> Choudens / Kaye « Une poupée aux yeux d&rsquo;émail » est conservé (on lui substitue parfois « Voyez-la sous son éventail » de la version Oeser). Le court air d&rsquo;Hoffmann « Ah ! Vivre deux ! N’avoir qu’une même </span>espérance <span style="font-size: revert;">»</span><span style="font-size: revert;"> est donné vers la fin de l&rsquo;acte, après le dialogue d&rsquo;Hoffmann avec Olympia (et non au début, après « C&rsquo;est elle ! Elle sommeille ! » &nbsp;et le second couplet comprend quelques légères </span>variations<span style="font-size: revert;"> (et un si naturel final). Le trio original (rétabli chez Oeser) remplace l&rsquo;air traditionnel « J&rsquo;ai des yeux » déjà évoqué. « Ange du Ciel, est-ce bien toi » est rétabli. La scène entre Coppélius et Spalanzani qui consacre leur arrangement financier sur la propriété des yeux est </span>intégralement<span style="font-size: revert;"> coupée (on </span>imagine<span style="font-size: revert;"> qu&rsquo;il s&rsquo;agit </span>d&rsquo;éviter<span style="font-size: revert;"> des accusations </span>d&rsquo;antisémitisme<span style="font-size: revert;"> au sujet du Juif Elias). Le duo Nicklausse / Hoffmann « Malheureux fous, suivez la belle » est coupé. Le final de l&rsquo;acte n&rsquo;est pas écourté comme souvent. </span></p>
<p><span style="font-size: revert;">À l&rsquo;acte d&rsquo;Antonia, une reprise orchestrale est (mal) insérée entre le récitatif de Frantz et son air (il s&rsquo;agit de la même musique que celle qui sépare peu après les deux couplets)</span><span style="font-size: revert;">. Le</span><span style="font-size: revert;"> savoureux dialogue de sourds entre Hoffmann et Frantz puis celui entre Hoffmann et Nicklausse sont coupés. On passe donc directement de l&rsquo;air bouffe de Frantz au duo entre Hoffmann et Antonia, mais introduit par l&rsquo;air de Nicklausse « Vois, sous l’archet frémissant » (Oeser). Niklausse agit dès lors comme une sorte de Cupidon, </span>alors<span style="font-size: revert;"> que dans le livret il </span>fait tout pour dissuader Hoffmann à chacune de ses nouvelles amours. L&rsquo;acte offre une version longue du trio Hoffmann / Crespel / Miracle. Le dialogue qui suit, entre Hoffmann et Antonia, est en revanche coupé, et on enchaine directement avec la scène « Tu ne chanteras plus ».</p>
<p>L&rsquo;acte de Venise est encore plus charcuté. Les micro-coupures se multiplient (« Vivat ! Au Pharaon » par exemple). Le « Scintille diamant » introduit par Gunsbourg est remplacé par le « Tourne, tourne, miroir » original (Oeser). « L&rsquo;Amour dit à la belle » est restauré. Il est immédiatement suivi du septuor apocryphe de Gunsbourg (Choudens) qui devrait s&rsquo;insérer après la perte du reflet d&rsquo;Hoffmann et non pas avant comme ici. Hoffmann chante ensuite <span style="font-size: revert;">«</span>&nbsp;Ô Dieu! de quelle ivresse <span style="font-size: revert;"> »</span><span style="font-size: revert;"> couronné d&rsquo;un si bémol. Giulietta a droit à son air « L&rsquo;amour lui dit : la belle » (Kaye). Après son duo avec Giulietta, Hoffmann perd son reflet et reste condamné à peu près au silence : les intentions parlées de Pitichinaccio, Schlemil, Nicklausse et Dappertutto sont aussi coupées. </span></p>
<p><span style="font-size: revert;">L&rsquo;épilogue est relativement épargné : quelques mesures des chœurs sont coupées et c&rsquo;est Hermann et non Lindorf qui s&rsquo;exclame « À moi la Stella »&#8230; « Oublie ton rêve de joie et d&rsquo;amour » est confié à la Muse et non à Nicklausse (les deux interprètes sont différents dans cette production). La Muse conclut avec le sublime « Des cendres de ton cœur » (Oeser).</span></p>
<p>Au-delà des problèmes de sens induites par ces coupures (et qui affectent certainement moins un public novice non francophone), il faut surtout regretter que les enchainements des différents morceaux s&rsquo;en ressentent, manquant de fluidité et de naturel. Les altérations sont généralement mieux réussies quand elles sont faites par des musicologues professionnels.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/TalesOfHoffmann_ROH_6218-1024x683.jpg" alt="©2024 Camilla Greenwell
" class="wp-image-176573"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© 2024 Camilla Greenwell</sub></figcaption></figure>


<p><strong>Juan Diego Flórez</strong> avait fait <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/les-contes-dhoffmann-monte-carlo-charme-et-elegance/">sa prise de rôle à l&rsquo;opéra de Monte-Carlo</a> en 2018. Quelques années plus tard, l&rsquo;interprétation du ténor péruvien n&rsquo;a pas beaucoup changé. La voix manque toujours de la largeur attendue pour ce rôle et on attendra en vain des élans dramatiques semi véristes à la Shicoff. Flórez offre en revanche un Hoffmann racé, à la Kraus, sans les moyens de ce dernier, mais avec la même exigence vocale. Il est d&rsquo;ailleurs assez incroyable qu&rsquo;une voix ait si peu évolué au fil des années, pour le meilleur davantage que pour le pire, d&rsquo;ailleurs. Ces limitations mises de côté (on ne va pas reprocher à Flórez d&rsquo;avoir la voix de Flórez), le ténor péruvien offre un Hoffmann de grande tenue, d&rsquo;une belle retenue aristocratique. Dans l&rsquo;acoustique favorable aux voix de Covent Garden, le chanteur n&rsquo;a aucun problème pour se faire entendre, y compris dans les nuances les plus fines (plutôt que de rénover Bastille, pourquoi ne pas la raser pour reconstruire une salle à l&rsquo;identique de celle de l&rsquo;institution londonienne ?). Les aigus, sonores, sont délivrés avec générosité et le chanteur multiplie les extrapolations dans l&rsquo;aigu (à celles que nous avons signalées plus haut, ajoutons un contre-ut à la fin de la chanson de Kleinzach et un si bémol concluant<b> « </b>Ô Dieu, de quelle ivresse »). Cerise sur le gâteau, la prononciation du français est parfaitement intelligible, teintée d&rsquo;un délicieux accent latin. L&rsquo;acteur reste mesuré, mais finalement touchant et en cohérence avec l&rsquo;interprétation vocale.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/TalesOfHoffmann_ROH_5776-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-176564"/><figcaption class="wp-element-caption">© 2024 Camilla Greenwell</figcaption></figure>


<p><strong>Alex Esposito</strong> est moins diable que diablotin. Ricanements, cris gutturaux, notes graves exagérément écrasées&#8230; alors que le chanteur semblerait en capacité de chanter sobrement le rôle, ne serait-ce qu&rsquo;en raison d&rsquo;une certaine expérience belcantiste, pourquoi se livrer à des excès histrioniques de mauvais goût ? On pense parfois à un mauvais Mefistofele de Boïto, quand d&rsquo;autres passages mettent au contraire en valeur les qualités du chanteur : un timbre plaisant, une émission franche. Il faut dire que la mise en scène ne l&rsquo;aide pas : Michieletto en fait davantage un satyre vulgaire, violent et impulsif qu&rsquo;un démon complexe et froid. Déjà une magnifique Giulietta en 2016, <strong>Christine Rice</strong> est ici une Muse exceptionnelle, au français impeccable, pleine de charme et d&rsquo;une grande musicalité. <strong>Julie Boulianne&nbsp;</strong>est un Nicklausse d&rsquo;un certain charme, à la voix charnue mais manquant de mordant : la chanteuse québécoise semble souvent chanter dans sa barbe sans vraiment chercher à remplir la salle. Elle n&rsquo;est pas non plus gâtée par la mise en scène qui en fait un gamin déguisé en perroquet jouant avec un autre perroquet, empaillé cette fois. <strong>Olga Pudova</strong> souffre également d&rsquo;une mise en scène qui refuse d&rsquo;en faire une poupée comique. La voix est d&rsquo;une belle largeur, bien plus corsée que celle des coloratures légères auxquelles nous sommes habitués, mais aussi sans le côté mécanique de celles-ci (tant musicalement que théâtralement). C&rsquo;est d&rsquo;autant plus dommage que l&rsquo;ambitus du soprano russe est assez époustouflant, les contre-notes se succédant quasiment sans effort jusqu&rsquo;au contre-sol dièse. L&rsquo;Antonia d&rsquo;<strong>Ermonela Jaho</strong> est bien connue. Avec les années, le vibrato, court, s&rsquo;est accentué. Les aigus n&rsquo;ont plus l&rsquo;aisance d&rsquo;autrefois : le contre ré en coulisse est plutôt raté, le contre-ut dièse final plus réussi. Il n&rsquo;en demeure pas moins que les exceptionnelles capacités du soprano albanais à émouvoir restent intactes, en dépit d&rsquo;une mise en scène qui tend détourner l&rsquo;attention de son personnage avec des agitations annexes. Cataloguée <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/carmen-paris-bastille-somptueuse-anita-rachvelishvili/">soprano</a>, <strong>Marina Costa-Jackson</strong> ferait presque songer à un alto par la profondeur de son timbre et des graves somptueux, tandis que la voix est au contraire tendue dans l&rsquo;aigu. Il arrive parfois qu&rsquo;une voix qui chante ponctuellement dans une tessiture trop grave éprouve alors des difficultés nouvelles dans l&rsquo;aigu : serait-ce le cas ici ? Les <em>comprimari</em> sont de qualité. <strong>Christophe Mortagne</strong> incarne superbement ses quatre rôles, dans un français superlatif, mais avec un aigu de poitrine parfois tendu. <strong>Vincent Ordonneau</strong> est un Spalanzani efficace pour ce qui lui reste à chanter. Malgré une voix désormais un peu usée, <strong>Alastair Miles</strong> est un Crespel émouvant. <strong>Jeremy White</strong> est un Luther truculent. Dans leurs petits rôles respectifs, <strong>Ryan</strong> <strong>Vaughan Davies</strong> et <strong>Siphe</strong> <strong>Kwani</strong> (excellent remplaçant de dernière minute de Grisha Martirosyan) savent également se faire remarquer.</p>
<p>La direction d&rsquo;<strong>Antonello Manacorda</strong> est efficace à défaut d&rsquo;être subtile, attentive aux chanteurs, plus professionnelle qu&rsquo;inspirée. Les chœurs sont excellents.&nbsp;</p>
<p>Si ces <em>Contes d&rsquo;Hoffmann</em> ne sont pas, pour nous, le coup de <span style="font-size: revert;">cœur</span> espéré, ils reçoivent un accueil chaleureux du public : il sera intéressant de voir comment cette production évolue au fil des reprises, notamment en ce qui concerne les bruits qui parasitent la musique !</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/offenbach-les-contes-dhoffmann-londres-rbo/">OFFENBACH, Les Contes d&rsquo;Hoffmann &#8211;  Londres (RBO)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>BERLIOZ, Béatrice et Bénédict – Lyon</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/berlioz-beatrice-et-benedict-lyon/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabrice Malkani]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 21 May 2024 05:18:23 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Transposition allégée de Beaucoup de bruit pour rien (Much Ado About Nothing) de Shakespeare, Béatrice et Bénédict est une œuvre plaisante, plus musicale que théâtrale, riche surtout d’enchantements orchestraux et de finesse instrumentale. Berlioz n’a pas choisi sans raison une pièce qui se termine sur les mots « En avant les flûtes ! » (Bénédict) et qui est la &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Transposition allégée de <em>Beaucoup de bruit pour rien</em> (<em>Much Ado About Nothing</em>) de Shakespeare, <em>Béatrice et Bénédict</em> est une œuvre plaisante, plus musicale que théâtrale, riche surtout d’enchantements orchestraux et de finesse instrumentale. Berlioz n’a pas choisi sans raison une pièce qui se termine sur les mots « En avant les flûtes ! » (Bénédict) et qui est la seule dans le théâtre de Shakespeare à se clore sur une danse générale. Rien de véritablement dramatique, et donc, serait-on tenté d’ajouter, rien d’opératique dans ce livret qui élimine ce qui faisait l’enjeu essentiel de la pièce de Shakespeare – une réflexion sur l’usage du verbe et sur les conventions sociales, sur l’amour, la mort, l’engagement, l’amitié aussi. Le primat est ici donné à la musique, par moments parodique mais la plupart du temps raffinée, souvent onirique, qui donne de la profondeur à un texte apparaissant principalement comme un aimable badinage, un marivaudage qui peine parfois à susciter l’intérêt.</p>
<p>La représentation lyonnaise de ce mois de mai ne fait pas exception à la règle. Mais elle bénéficie d’une distribution vocale équilibrée, convaincante par la fraîcheur, le dynamisme et la juvénilité de ses interprètes principaux.</p>
<p>La mezzo-soprano italienne <strong>Cecilia Molinari</strong> donne à Béatrice les accents moqueurs exigés par le rôle avant de révéler toute la souplesse de sa voix dans les moments intimes et les confidences (en particulier, outre le <em>Nocturne</em>, l’air « Dieu ! que viens-je d’entendre ? »), tandis que le ténor gallois <strong>Robert Lewis</strong> campe un Benedict bravache, brillant (air « Ah ! je vais l’aimer »), émouvant dans le duo final. À la soprano <strong>Giulia Scopelliti</strong> revient le mérite de rendre attachant et crédible le personnage de Héro, dès son premier air (« Je vais le voir ») où elle se joue des difficultés de la partition, avec une belle projection. Ursule est incarnée par la mezzo-soprano <strong>Thandiswa Mpongwana</strong>, à la voix ronde et au timbre chaleureux. On ne peut dire que du bien du baryton <strong>Pawel Trojak</strong> (Claudio), de la basse-baryton <strong>Pete Thanapat</strong> (Don Pedro) et du baryton <strong>Ivan Thirion</strong> (Somarone). Il restera pour la plupart d’entre eux à améliorer encore la prononciation et la diction du français, qui sont toutefois parfaitement acceptables. Une bonne part de ces artistes appartient au Lyon Opera Studio, dont il faut redire ici l’excellence, terme qui vaut aussi pour les <strong>Chœurs de l’Opéra de Lyon</strong>, préparés par <strong>Benedict Kearns</strong>.</p>
<p>La direction du chef allemand <strong>Johannes Debus</strong> fait ressortir avec éclat les contrastes entre le comique bruyant des pastiches divers (ces « charges musicales » évoquées par Berlioz dans sa correspondance) – que ce soit dans les inflexions martiales du chœur initial (« Le More est en fuite !) ou dans l’« Épithalame grotesque » –, et la dimension allègre et bondissante du début de l’ouverture, dont l’inspiration se situe du côté du <em>Songe d’une nuit d’été</em> et qui se poursuit comme un poème symphonique, ou les accents lyriques et solennels de la Sicilienne. L’<strong>Orchestre de l’Opéra National de Lyon</strong> fait une belle démonstration de la richesse de ses timbres, culminant dans le <em>Nocturne</em> qui, bien que situé à la fin de l’acte I, est ici déplacé après l’entracte (sans que la raison de ce redécoupage n’apparaisse clairement). Ce qui a pour résultat de faire s’enchaîner le duo de la scène 16 (« Vous soupirez, madame ! »), la Sicilienne et la chanson à boire (« Le vin de Syracuse accuse… ») qui lorgne du côté d’Offenbach, avec ses trompettes et guitares.</p>
<p>La mise en scène de <strong>Damiano Michieletto</strong>, préparée en 2020 et qui avait été donnée alors à huis clos en raison de la pandémie, propose une alternance entre deux décors (de <strong>Paolo Fantin)</strong> : &#8211; une salle uniformément blanche peuplée de micros, dans laquelle le chœur, coiffé de casques audio, se soumet aux injonctions de Somarone (ce personnage caricatural de maître de chapelle inventé par Berlioz), devenu ici l’ordonnateur – bruyant et gesticulant – d’une machination consistant à épier et à enregistrer, sur des bandes magnétiques, les propos de Béatrice et Bénédict ; – et une jungle luxuriante dans laquelle évoluent, à la fin du I et au début du II, aux côtés d’un chimpanzé déjà apparu plus tôt dans le studio d’enregistrement (et dont la présence énigmatique renvoie peut-être à la mascarade et à la farce voulues par Berlioz), une femme et un homme nus. Ces derniers illustrent de manière démonstrative l’innocence première des êtres de nature – par opposition à la corruption des courtisans – et la thématique de la virginité (si importante dans la pièce de Shakespeare, mais complètement absente du livret de Berlioz). Des effets plus ou moins spectaculaires s’y ajoutent : entre autres, dans l’acte I un lit vertical donnant l’illusion d’une vue en plongée sur les amoureux faussement ennemis, une faille s’ouvrant plus tard, après la découpe du lit en deux parties, au milieu du plateau ; dans l’acte II le basculement du plateau abritant la jungle, se transformant en grille emprisonnant les êtres de nature, des traits lumineux à l’avant-plan révélant progressivement des lettres capitales qui donneront à lire, à la fin, « Bénédict, l’homme marié ».</p>
<p>Les images sont souvent belles, quoique en partie déconnectées de l’intrigue, comme sont visuellement réussis les effets de lumière (<strong>Alessandro Carletti</strong>) et l’apparition des éléments descendant des cintres (la robe de mariée) ou présentés à l’avant-scène (les papillons, puis leurs cages – symboles appuyés que redouble l’ascension finale de deux caissons de verre dans lesquels réapparaissent à la fin, enfermés, les Adam et Ève désormais contraints dans des vêtements de cérémonie). On en retire l’impression d’une mise en scène disparate, parfois sensible, parfois tapageuse, peut-être à l’image d’une œuvre qui assemble des éléments à première vue contradictoires : le cynisme et le romantisme, la farce et la finesse, le bruit et l’harmonie.</p>
<p>Si la présence sonore et visuelle de Somarone est excessivement soulignée, notamment par des modifications apportées au texte et destinées peut-être à rendre justice au titre de la source (« Beaucoup de bruit pour rien »), la dimension intimiste des duos est respectée. Les dialogues parlés, amplifiés par des micros ostensiblement utilisés, ont pour fonction de rompre toute illusion dramatique et de rappeler que tout n’est ici que mise en scène. L’intention parodique est évidente, même si elle laisse <em>in fine</em> un goût amer, et se fonde sur une accumulation de clichés et de poncifs divers affichés comme tels. Des simagrées du chimpanzé à celles des personnages, en passant par les effets spéciaux et l’agitation qui peuple le plateau, tout concourt à faire de l’œuvre le spectacle d’un cirque.</p>
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		<title>VERDI, Aida &#8211; Munich</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-aida-munich-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Tania Bracq]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 30 Apr 2024 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La somptueuse salle rose et grise du Bayerische Staatsoper reprend la production d&#8217;Aïda créée la saison dernière avec un cast de haute volée dans une vision profondément sombre, en écho à l&#8217;actualité. Bien loin de tout faste pharaonique, Damiano Michieletto soutenu par non pas un mais deux dramaturges, plante son décor dans un gymnase sinistré &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La somptueuse salle rose et grise du Bayerische Staatsoper reprend la production d&rsquo;Aïda créée la <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-aida-munich/">saison dernière</a> avec un cast de haute volée dans une vision profondément sombre, en écho à l&rsquo;actualité.</p>
<p>Bien loin de tout faste pharaonique, <strong>Damiano Michieletto</strong> soutenu par non pas un mais deux dramaturges, plante son décor dans un gymnase sinistré au plafond crevé par les obus. Aïda est la bonne fée de ce camp de réfugiés, distribuant eau potable en bidons et couvertures défraîchies. Les costumes de <strong>Carla Teti</strong> sont à l&rsquo;avenant de cet univers désolé dans des tons bleu gris. Sans être vraiment laid, tout ici est triste, abandonné.</p>
<p>En contraste, les quatre actes sont rythmés par les apparitions aux couleurs fraîches des protagonistes du temps de l&rsquo;insouciance de l&rsquo;héroïne – son enfance. Le gymnase reprend alors ses couleurs et sa fonction première : le père soutient sa petite fille qui marche sur la poutre ; cerceau, ruban se font « portauloin » vers le passé. Dans une scène finale assez improbable mais non dénuée d&rsquo;efficacité, c&rsquo;est un cortège en fête qui accompagne au ralenti les amants emmurés vers un monde meilleur – comme on voit défiler sa vie avant de mourir.</p>
<p>Le présent, lui, est celui d&rsquo;un conflit sans vainqueur : scories charbonneuses remplissant les chaussures des soldats puis se déversant du plafond éventré jusqu&rsquo;à recouvrir toute une partie de la scène dans un triangle qui dessinera plus tard la tombe des amants maudits. Des vidéos soulignent de manière quelque peu superfétatoire la métaphore de ces vies réduites en cendres. D&rsquo;ailleurs même le départ au combat – superbement interprétés par l&rsquo;excellent <strong>Chœur du Bayerische Staatsoper</strong> – semble dépouillé, emprunt de gravité.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/AIDA_2023_E._Stikhina_c_W.Hoesl_-1-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-161560"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Wilfried Hösl</sup></figcaption></figure>


<p>C&rsquo;est l&rsquo;un des reproches que l&rsquo;on peut adresser à cette mise en scène : marteler son idée à coup d&rsquo;images redondantes et de lumières inutilement laides, brutales, au dépend parfois de la direction d&rsquo;acteurs.</p>
<p>De ce point de vue, <strong>Elena Guseva</strong> ne manque pas de mérite car elle donne à son Aïda pureté, humilité et pourtant une grande densité de présence d&rsquo;autant plus remarquable que sa tenue comme ses activités lui ôtent tout charisme. Pourtant, figure de compassion angélique déchirée entre devoir et sentiment, elle semble profondément vivante. Conduisant ses phrases avec beaucoup d&rsquo;intelligence, elle bénéficie d&rsquo;un timbre splendide aux aigus ductiles et soyeux doublés d&rsquo;une expressivité proverbiale.<br />Face à elle, le legato, les sons filés comme les aigus puissants de <strong>Jonas Kaufmann</strong> régalent l&rsquo;oreille mais sa prestation est plus en demi-teinte, car il semble comme extérieur au drame par moments, jouant parfois même assez faux alors qu&rsquo;il s&rsquo;avère très touchant à d&rsquo;autres.<br />Leurs duos sont naturellement somptueux, tout particulièrement le final, presque murmuré de tendresse. Les trios sont à l&rsquo;avenant, tant <strong>Raehann Bryce-Davis</strong> – appelée en renfort en remplacement d&rsquo;Eve-Maud Hubeaux ce dimanche, et reprenant le rôle qui lui était dévolu la saison passée – impose son formidable timbre corsé aux graves splendidement poitrinés. Tout comme sa rivale, elle interprète son personnage avec une sincérité bouleversante, tour à tour impérieuse ou implorante, ravagée par les affres de la passion avant d&rsquo;être sacrifiée à la raison d&rsquo;état.</p>
<p>Ce trio de choix est avantageusement complété par <strong>Vitalij Kowaljow</strong>, roi d&rsquo;une suprême autorité à la projection magnifiquement percutante ; <strong>Alexandros Stavrakakis</strong> Ramfis plein d&rsquo;aplomb sans oublier un Amonasro de rêve en la personne de <strong>George Petean</strong>.</p>
<p>Dans la fosse,<strong> Marco Armiliato</strong> donne une belle visibilité à chaque pupitre, joue des nuances avec précision et tire le meilleur de l&rsquo;<strong>Orchestre du Bayerische Staatsoper</strong> tour à tour transparent et rugissant – au point parfois malheureusement d&rsquo;en couvrir les chanteurs.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-aida-munich-2/">VERDI, Aida &#8211; Munich</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>BIZET, Carmen – Londres</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/bizet-carmen-londres/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 11 Apr 2024 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>À seulement 27 ans et lauréate du prestigieux&#160;Concours du Belvédère en 2017,&#160;Aigul Akhmetshina&#160;a déjà derrière elle une belle carrière internationale (on pourra l&#8217;entendre à l&#8217;Opéra-Bastille en Rosina du&#160;Barbiere di Siviglia&#160;en 2025, un rôle qu&#8217;elle y a déjà interprété en 2022) et notamment au Royal Opera où elle fit ses débuts en 2018 dans&#160;Carmen&#8230;&#160;mais dans le &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>À seulement 27 ans et lauréate du prestigieux&nbsp;<a href="https://www.forumopera.com/breve/belvedere-2017-aigul-akhmetshina-cree-la-surprise">Concours du Belvédère en 2017,</a>&nbsp;<strong>Aigul Akhmetshina&nbsp;</strong>a déjà derrière elle une belle carrière internationale (on pourra l&rsquo;entendre à l&rsquo;Opéra-Bastille en Rosina du&nbsp;<em>Barbiere di Siviglia</em>&nbsp;en 2025, un rôle qu&rsquo;elle y a déjà interprété en 2022) et notamment au Royal Opera où elle fit ses débuts en 2018 dans&nbsp;<em>Carmen&#8230;&nbsp;</em>mais dans le rôle de Mercédès ! La jeune artiste était d&rsquo;ailleurs membre du programme J<em>ette Parker Young Artists</em>&nbsp;qui vise à développer de jeunes talents au sein de l&rsquo;institution londonienne. Le mezzo russe a pour lui une voix ample et particulièrement bien projetée, très homogène sur toute la tessiture, et à l&rsquo;occasion capable d&rsquo;envolées impressionnantes qui laissent présager des emplois plus lourds à des échéances plus ou moins lointaines (Eboli, Léonor de&nbsp;<em>La Favorite</em>&#8230; à conditions de ne pas bruler les étapes). Le timbre est sombre et chaud, assez personnel. La prononciation est plus que correcte, mais l&rsquo;articulation est en revanche perfectible : si on sait par cœur les paroles, on les reconnait sans problème, sinon, c&rsquo;est un peu plus difficile. Le chant peut parfois sembler un brin monotone : il manque encore à cette Carmen très « internationale » le travail avec un coach vocal francophone à même de lui inculquer une interprétation plus idiomatique, plus personnelle aussi, comme le faisait Janine Reiss autrefois. L&rsquo;actrice brule les planches et son interprétation est un bon compromis entre les Carmen « aux joyaux sous les haillons » et celles qui jouent la carte de la vulgarité assumée. A ce stade de sa carrière, Aigul Akhmetshina est déjà clairement l&rsquo;une des meilleures Carmen actuelles. A ses côtés, <strong>Piotr Beczala </strong>campe un Don José au timbre lumineux et à la projection insolente. Probablement suite à la fréquentation de Wagner, la voix a un peu perdu en souplesse, mais elle a aussi gagné en volume : la fin de l&rsquo;acte III est particulièrement impressionnante, les décibels venant en appui dramatique à interprétation déchaînée. À 57 ans, une telle insolence vocale est remarquable. Ces moyens n&#8217;empêchent pas un chant raffiné quand il le faut, le ténor polonais déployant de magnifiques aigus <em>piani</em> à l&rsquo;occasion, comme par exemple à la fin de « l&rsquo;air de la Fleur ». Enfin, <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/bizet-carmen-new-york-streaming/">Beczala et Akhmetshina ayant déjà chanté l&rsquo;ouvrage à la scène</a>, l&rsquo;alchimie est parfaite entre les deux artistes. La Micaela d&rsquo;<strong>Olga Kulchynska</strong>&nbsp;est également une belle surprise. Cette fois, prononciation et articulation du français sont réunies,&nbsp;<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/gounod-romeo-et-juliette-rouen/">qualités que l&rsquo;on avait déjà pu apprécier dans ce répertoire</a>. La voix est un peu sombre, raisonnablement puissante. Si le legato est parfois en défaut ou l&rsquo;aigu un peu écourté, gageons que la fréquentation du rôle lui permettra de perfectionner une interprétation déjà de haut niveau. Le soprano ukrainien n&rsquo;est pas nécessairement gâté par la mise en scène qui fait de Micaela une jeune femme peu séduisante, mal dans sa peau, un peu nunuche et mal fagotée, sauf à l&rsquo;acte III où elle retrouve des ressorts d&rsquo;énergie. Néanmoins, la chanteuse sait défendre cette vision sans faille et témoigne d&rsquo;excellents talents dramatiques.&nbsp;<strong>Kostas Smoriginas</strong>, également ancien membre du <em>Jette Parker Young Artists Programme</em>, reste un peu en retrait par rapport à ce splendide trio. La voix du baryton lituanien est un peu sourde, sauf dans un aigu libéré, globalement sans beaucoup de séduction. Les graves sont plus délicats et certains sont d&rsquo;ailleurs habilement contournés dans son air. Le chant est peu châtié et, à l&rsquo;image du personnage exigée par la mise en scène, l&rsquo;interprétation manque de la classe attendue d&rsquo;un torero (et que l&rsquo;on retrouve chez les figurants !). La Frasquita de&nbsp;<strong>Sarah Dufresne</strong>&nbsp;et la Mercédès de&nbsp;<strong>Gabrielė Kupšytė</strong>&nbsp;sont de belles promesses. Les excellents&nbsp;<strong>Vincent Ordonneau </strong>(le Remendado) et&nbsp;<strong>Pierre Doyen</strong>&nbsp;(le Dancaïre) démontrent l&rsquo;importance d&rsquo;une parfaite maîtrise de la langue française dans cet ouvrage. Le quatuor est aussi à l&rsquo;aise scéniquement que musicalement.&nbsp;<strong>Blaise Malaba</strong>&nbsp;est un Zuniga à la belle prestance. Enfin, il faudra suivre la carrière du jeune baryton&nbsp;<strong>Grisha Martirosyan</strong>&nbsp;(autre ancien du <em>Jette Parker Young Artists Programme</em>) d&rsquo;ailleurs lauréat en 2022 des premier prix, prix du public et prix Joan Sutherland de la <em>Veronica Dunne International Singing Competition</em> et, en 2019, premier prix de la <em>Gohar Gasparian Armenian National Singing Competition</em>.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="684" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Carmen-AIGUL-AKHMETSHINA-Zuniga-BLAISE-MALABA-ROH-Carmen-©2024-Camilla-Greenwell_3252-1024x684.jpg" alt="" class="wp-image-160072"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>©2024 Camilla Greenwell</sup></figcaption></figure>


<p>Succédant à la proposition de Barrie Kosky qui n&rsquo;avait pas vraiment trouvé son public (elle avait été créée en 2018 et représentée 30 fois), cette nouvelle production n&rsquo;aura vraisemblablement pas de problème à s&rsquo;inscrire dans la durée au vu de l&rsquo;accueil unanimement enthousiaste au rideau final. Esthétiquement, cette <em>Carmen</em> rappelle beaucoup celle de Calixto Bieito, vue et revue de Bastille à Barcelone, en passant par Londres (English National Opera), Boston, et même Oslo. Au delà de cet univers visuel (qu&rsquo;on retrouve dans plusieurs productions de ces dernières années et jusqu&rsquo;à <em>L&rsquo;Elisir d&rsquo;amore</em> vu par Laurent Pelly), l&rsquo;approche de <strong>Damiano Michieletto</strong> est très différente et, paradoxalement, plus proche de l&rsquo;esprit de l&rsquo;opéra-comique français. La mise en scène de Bieito, violente et très sexualisée, nous projetait quelque part entre <em>Pagliacci</em> et <em>Wozzeck</em>. Avec Michieletto, on retrouve cette légèreté à fleur de drame, cette façon de danser sur un volcan, qui fut la caractéristique de l&rsquo;esprit français au XIXe siècle, et qui disparut définitivement en 1914. A l&rsquo;instar des <em>Huguenots</em>, de <em>Robert le Diable</em>, de <em>Roméo</em> <em>et Juliette</em>, de la <em>Manon Lescaut</em> d&rsquo;Auber ou de son <em>Gustave III</em> (dont le livret est repris tel quel pour <em>Un Ballo in maschera)</em>, ou encore de <em>Lakmé</em>, <em>Carmen</em> affecte  la légèreté le plus longtemps possible avant de basculer carrément dans le drame : c&rsquo;est donc un contresens stylistique d&rsquo;en faire un ouvrage uniformément sombre. La mise en scène de Michieletto au contraire sait alterner les différents aspects de l&rsquo;ouvrage, et renoue avec cet esprit tout en le mettant au goût du jour. Par ailleurs, la production fourmille de détails, pour la plupart heureux et qu&rsquo;il est impossible de mentionner intégralement, dans une approche quasi cinématographique. Par exemple, Don José et Micaela ne chantent pas vraiment en duo lors de leur scène du premier acte : le soldat s&rsquo;isole dans le poste de garde pour exprimer, dans une solitude physique et mentale « Ma mère, je la vois ». On voit également qu&rsquo;il n&rsquo;éprouve aucun amour pour la jeune femme. A la fin de l&rsquo;acte, Carmen s&rsquo;évade en menaçant les soldats d&rsquo;une arme à feu : c&rsquo;est ce que fera en miroir Micaela quand elle sera découverte par les contrebandiers au IIIe acte. A l&rsquo;acte II, Carmen « s&rsquo;offre » la fameuse bague qu&rsquo;elle rendra à Don José au dernier acte, en l&rsquo;arrachant des doigts de celui-ci, qui s&rsquo;amuse de cette appropriation désinvolte. Capturé par les contrebandiers à la fin de l&rsquo;acte II, Zuniga est échangé contre une rançon à l&rsquo;acte III. Micaela chante « Vous me protégerez Seigneur » en étreignant discrètement la croix qu&rsquo;elle porte en pendentif. Etc. Michieletto introduit également un personnage muet, celui de la Mère / Mort qui tire les cartes du tarot. Même si elles ravissent visiblement le public, on sera plus réservé sur les interventions des enfants entre les actes, ceux-ci portant des lettres géantes devant le rideau pour figurer « Un mois plus tard » avant l&rsquo;acte II puis, « Le lendemain soir » avant l&rsquo;acte III : en effet, si  les amours de Carmen « ne durent pas 6 mois », il lui faut quand même quelque temps pour se lasser de José et pour s&rsquo;amouracher d&rsquo;Escamillo. Enfin, un dernier panneau (genre « astat detdfg ev jhbk » car les lettres sont d&rsquo;abord dans le désordre) vaut au poétique <em>Entracte</em> d&rsquo;être pollué par des rires. Certains choix de tordre le texte sont inutiles et un brin irritants (pour les quelques spectateurs qui s&rsquo;en aperçoivent) puisqu&rsquo;ils n&rsquo;apportent aucun éclairage supplémentaire. Par exemple, à l&rsquo;acte III, Carmen agit comme si elle ne souhaitait pas le départ de José (alors qu&rsquo;elle avait rendez-vous avec Escamillo et qu&rsquo;elle a lancé a son ancien amant « Vas-t-en notre métier ne te vaut rien ») et le soldat lance « Soit contente, je pars » à Micaela et non à Carmen. N&rsquo;y a-t-il pas aussi une sorte de potacherie à faire dire, au dernier acte, « Voulez-vous des lorgnettes ? » non plus au marchand de lorgnettes mais à un de ses clients s&rsquo;adressant à la demoiselle qui l&rsquo;accompagne ? Bizarre aussi (pour un francophone du moins) de voir des quadrilles limitées à un unique torero. Au positif, chaque artiste du chœur semble avoir été coaché individuellement, avec des attitudes diverses et non stéréotypés, ce qui contribue à donner l&rsquo;impression d&rsquo;une authentique foule de badauds. Curieuse idée en revanche de faire Carmen étranglée par Don José, quand le coup de poignard (explicitement prévu dans les didascalies) est un écho terrifiant de la mort du taureau&#8230; Ces minimes réserves un peu longuement exposées ne doivent toutefois pas faire perdre de vue que cette production est une vraie réussite, fourmillant de détails justes et impossibles à apprécier en une seule soirée.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Frasquita-SARAH-DUFRESNE-Mercedes-GABRIELE-KUPSYTE-ROH-Carmen-©2024-Camilla-Greenwell-_4417-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-160076"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>©2024 Camilla Greenwell</sup></figcaption></figure>


<p>L&rsquo;édition retenue pour cette série reprend à peu près la totalité de la musique de Bizet, y compris des passages rarement donnés (par exemple, une intervention des chœurs d&rsquo;une quinzaine de secondes au moment où l&rsquo;on annonce l&rsquo;Alcade à l&rsquo;acte IV). Seule entorse remarquable, le duo du duel entre José et Escamillo est réduit à un couplet (dans le livret, Escamillo épargne d&rsquo;abord José, mais la seconde fois celui-ci manque de le tuer : d&rsquo;où sa réplique «nous sommes manche à manche et nous joueront la belle (avec le double sens que l&rsquo;on imagine) le jour où tu voudras »). Le texte est raccourci et modernisé, mais sans outrance : pourquoi ne pas utiliser plutôt les excellents récitatifs de Guiraud ? On doit également regretter la coupure du marivaudage entre Escamillo et Carmen, échange qui introduit la venue du torero à l&rsquo;acte III.</p>
<p>Les chœurs sont absolument excellents. Leur français est quasi parfait et avec des inflexions qu&rsquo;on n&rsquo;entend pas nécessairement dans des formations francophones : ainsi pour la phrase « Sur la place, chacun passe, chacun vient, chacun va », &nbsp;les « chacun va »&nbsp;sont chantés un peu bas et ralentis, exprimant ainsi la langueur de la troupe des soldats sous le soleil sévillan. Le chœur d&rsquo;enfants est lui aussi irréprochable et incroyablement à l&rsquo;aise sur scène.</p>
<p>La direction d&rsquo;<strong>Antonello Manacorda</strong> est l&rsquo;un des grands atouts de cette soirée. Par le biais d&rsquo;une battue souvent posée, le chef italien met en avant la profonde sensualité de l&rsquo;ouvrage, que des directions uniformément rapides ont tendance à laisser de côté. Manacorda sait également faire ressortir les contrechants, révélant les richesses de la partition, sans ostentation toutefois. Le travail sur le rythme est fouillé (et fera froncer le sourcil aux ayatollahs du « Com&rsquo;è scritto »&nbsp;ou aux ennemis du rubato). Par exemple, la <em>Chanson bohème</em> est démarrée avec un tempo assez lent, presque lascif, qui s&rsquo;accélère progressivement au point de devenir frénétique. Les passages les plus dramatiques sont également parfaitement rendus, avec un orchestre nerveux (et d&rsquo;autant plus par contraste), sans que les chanteurs ne soient aucunement couverts. Au global, une très belle réalisation qui permet de découvrir cette riche partition sous un jour nouveau.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/bizet-carmen-londres/">BIZET, Carmen – Londres</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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