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	<title>Dietrich VOLLE - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<title>Dietrich VOLLE - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>WAGNER, Siegfried &#8211; Bayreuth</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-siegfried-bayreuth-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 09 Aug 2026 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Les choses évoluent sur la colline verte. Après un prélude et une première journée du deuxième des trois cycles, marqués par le statisme d’abord total puis relatif des personnages sur scène, la deuxième journée de cette Tétralogie du jubilé voit les énergies – enfin – se libérer. Certes modestement, nous le verrons, mais cela ressemble &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Les choses évoluent sur la colline verte. Après un prélude et une première journée du deuxième des trois cycles, marqués par le statisme d’abord <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-das-rheingold-bayreuth-2/">total</a> puis <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-die-walkure-bayreuth-2/">relatif</a> des personnages sur scène, la deuxième journée de cette Tétralogie du jubilé voit les énergies – enfin – se libérer. Certes modestement, nous le verrons, mais cela ressemble tout de même bien à un cheminement à rebours des intentions de <strong>Marcus Lobbe</strong>, en charge de la réalisation de la mise en scène dictée par l’intelligence artificielle. Celui-ci avait <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/breve/bayreuth-du-nouveau-sur-la-mise-en-scene-du-ring-par-lia/">expliqué <em>urbi et orbi</em></a>, et très clairement dans le livret d’accompagnement de ce Ring, combien il était important que les personnages demeurent immobiles en toute circonstances (il leur demande « une présence sereine, presque sculpturale. Leurs corps deviennent un point d’ancrage dans un cosmos visuellement bouillonnant, fait de lumière, de textures, d’histoire et d’associations au milieu de projections qui éclatent, se déplacent sans cesse, se fondent les unes dans les autres. Ces projections sont bien plus qu’un simple décor : elles constituent le miroir d’un discours vieux de 150 ans ». « Présence sculpturale », on ne peut être plus clair, seules les images devant donner le mouvement à la scène. Cela n’est évidemment pas tenable sur quinze heures de musique (comment pouvait-on même imaginer cela possible ?) et n’a guère de sens, nous ne l’avons déjà que trop dit.<br />
Pour <em>Siegfried</em> donc, c’en est fini de ce statuaire macabre. Les personnages vont et viennent, les regards (toujours invisibles pour le public à cause des masques et des images envahissantes) se croisent enfin, des gestes significatifs apparaissent : Siegfried s’agenouille au « Ich bin so allein » du II, Siegfried et Brünnhilde s’étreignent furtivement à la conclusion de leur duo au III, bref la scène s’anime et c’est très bien ainsi.<br />
Mais du coup la vacuité du plateau n’en apparaît que davantage. Les personnages se meuvent certes, mais dans le vide : pas d’enclume, pas de marteau, pas d’épée, pas de dragon. Même pas d’oiseau des bois : <strong>Victoria Randem</strong>, habituée du rôle, chante exclusivement des coulisses c’est bien dommage, mais on l’aura tout de même revêtue du costume gris commun à tous les personnages uniquement pour venir saluer !<br />
Pas de lance non plus et bien entendu pas de rocher ni de cercle de feu ! Les images projetées sont conformes à ce qu’elles sont depuis le début du cycle. La première image a valeur historique : aujourd’hui la grotte de Mime telle que conçue par Wagner pour la version de 1876 et puis l’interminable défilé de projections où beaucoup de questions sont posées et peu de réponses apportées : pourquoi Hitler devant la Tour Eiffel, pourquoi de Gaulle et Adenauer, pourquoi Brecht, pourquoi Willy Brandt, pourquoi le Mount Rushmore à de multiples reprises, pourquoi l’emblème de la <em>Rote Armee Fraktion</em>, etc… Et surtout et enfin pourquoi cette ultime image de dessin animé, en conclusion du duo Brünnhilde-Siegfried, représentant un ciel rose bonbon du plus vilain effet où apparaissent deux personnages de Walt Disney (Aladin et Jasmine ?). Voilà qui a eu le don de bien mettre en colère bon nombre de spectateurs manifestant bruyamment leur exaspération au rideau final. Comme on les comprend !</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" class="aligncenter" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Si_TOT_190726_049_cEnricoNawrath_press-1294x600.jpg" />© Enrico Newrath</pre>
<p>Pour le reste, les journées se suivent et se ressemblent. La perfection est à rechercher dans les voix et dans la fosse, et avouons que c’est une belle consolation. Au risque de nous répéter, redisons le parcours magique de l’orchestre du Festival dirigé par <strong>Christian Thielemann</strong>. Nous retiendrons trois moments particulièrement  : le prélude du I qui nous plonge d’emblée dans l’ambiance étrange de la grotte, celui du II avec une épaisseur des cuivres qui impressionne, et surtout la transition vers le dernier tableau du III ; un orchestre lumineux, rayonnant, généreux. Ce soir pas la moindre imprécision, c’est décidément très beau.<br />
Un plateau vocal des grands soirs sans aucune faiblesse. L’Erda de <strong>Christa Mayer</strong> qui ne nous avait pas convaincu dans <em>Rheingold</em>, délivre cette fois une belle partie avec des graves plus homogènes et quelques notes aigues réussies. Le Fafner de <strong>Peter Rose</strong> dévore les graves profonds avec gourmandise et c’est spectaculaire.<br />
<strong>Jochen Schmeckenbecher</strong> confirme qu’il est aujourd’hui un Alberich de référence.</p>
<p>Mime connaît avec <em>Siegfried</em> son moment de gloire ; terrible rôle, essentiellement au premier acte où une excellente technique de chant est requise pour faire justice à tout ce qu’exige la partition. <strong>Gerhard</strong> <strong>Siegel</strong> sait être successivement malin, méfiant, fourbe et démoniaque en toute crédibilité.<br />
<strong>Michael Volle</strong> termine là son Ring II de Bayreuth 2026. Cette tétralogie restera pour nous une référence (à comparer avec deux immenses réussites, à <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/siegfried-berlin-staatsoper-plateau-vocal-hors-norme/">Berlin</a> en 2022 et à <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-siegfried-milan-scala/">Milan</a> plus récemment). Ce soir encore tout y est : la puissance, la force de conviction portées par une ligne de chant toujours nuancée.</p>
<p><strong>Camilla Nylund</strong> est Brünnhilde dans ce Ring. Terrible rôle dans ce <em>Siegfried</em> car elle n’apparait que dans la dernière demi-heure et doit livrer bataille avec une partition où les <em>fff</em> abondent. Technique phénoménale qui lui donne l’assurance que rien ne peut lui arriver. Les aigus sont chauds, les suraigus bien présents et sans l’ombre d’une anicroche.</p>
<p>Enfin <strong>Klaus-Florian Vogt</strong> campe maintenant depuis sa prise de rôle à <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-siegfried-zurich/">Zürich en 2023</a> un Siegfried plein de sève, de fougue et de jeunesse (n’oublions pas que Siegfried est censé avoir une petite vingtaine d’années dans cet épisode). Au deuxième acte, après le départ de Mime, son long monologue aux couleurs chambristes est captivant. Et puis bien sûr ce duo final avec Nylund où les voix s’alignent magnifiquement.<br />
Reste pour ces deux-là à venir à bout des pièges et de la longueur de <em>Götterdämmerung</em>.<br />
Nous ne sommes pas inquiets.</p>
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		<title>FORTNER, Bluthochzeit (Noces de sang) – Francfort</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/fortner-bluthochzeit-noces-de-sang-francfort/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Julian Lembke]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 16 May 2026 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>En 1931, le poète espagnol Federico García Lorca s’inspire d’un fait divers pour écrire l’une de ses pièces de théâtre les plus célèbres : Noces de sang. Les événements avaient eu lieu trois ans plus tôt : le Fiancé apprend à sa Mère qu’il a l’intention de se marier. Seulement, la Fiancée avait auparavant eu &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>En 1931, le poète espagnol Federico García Lorca s’inspire d’un fait divers pour écrire l’une de ses pièces de théâtre les plus célèbres : <em>Noces de sang</em>. Les événements avaient eu lieu trois ans plus tôt : le Fiancé apprend à sa Mère qu’il a l’intention de se marier. Seulement, la Fiancée avait auparavant eu une relation avec Leonardo Felix, cadet d’une famille dont les membres ont assassiné le père et le frère du Fiancé. Celui-ci ne se laisse pas détourner de son objectif, malgré les réticences de la Mère que les spectres de son mari et de son fils ne quittent jamais. Cependant, le jour du mariage, la Fiancée et Leonardo s’enfuient ensemble dans la forêt. Le Fiancé se lance à leur poursuite ; lui et son adversaire finissent par s’entretuer, la Mère voit ses craintes se confirmer.<br />Vingt-cinq ans plus tard, le compositeur allemand Wolfgang Fortner (1907-1987) transforme la pièce en opéra. Il est alors l’un des représentants les plus importants de ce que l’on appelle à tort et à travers « opéra littéraire ». Non que les livrets soient entre les mains d’écrivains, mais les compositeurs s’emparent de plus en plus souvent d’œuvres littéraires préexistantes. <em>Bluthochzeit</em> (<em>Noces de sang</em>) connaît un grand succès et vingt-deux productions jusqu’à la mort de Fortner en 1987. Après<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/fortner-in-seinem-garten-liebt-don-perlimplin-belisa-francfort/"><em> In seinem Garten liebt Don Perlimplín Belisa</em></a> (<em>Les Amours de Don Perlimplín avec Belise en son jardin</em>) en 2024, l’Opéra de Francfort en propose actuellement une nouvelle production, intégrant à son répertoire les deux œuvres lyriques que Fortner consacra à Lorca.<br />Avec <em>Yerma</em> et <em>La Maison de Bernarda Alba</em> – tous les deux mis en musique par d’autres compositeurs –, <em>Noces de sang</em> fait partie d’une trilogie rurale qui constitue un élément essentiel de la littérature espagnole du XXe siècle, tout comme Lorca en est une figure majeure, assassiné par ses compatriotes lors de la guerre d’Espagne. Est-ce pour cela que la mise en scène d’<strong>Àlex Ollé</strong> paraît quelque peu sage, comme mue par trop de respect ? Cofondateur du collectif théâtral catalan La Fura dels Baus, son travail est associé à des approches autrement plus osées et iconoclastes.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/6114_01bluthochzeitoperfrankfurtohp198_gross-1294x600.jpg" />Magdalena Hinterdobler, Claudia Mahnke, Karolina Bengtsson © Xiomara Bender, Opéra de Francfort</pre>
<p>En l’occurence, Ollé, secondé par A<strong>lfons Flores</strong> (décors) et <strong>Lluc Castells</strong> (costumes), crée des images typiques de l’Espagne tragique, auxquelles il confère parfois un aspect plus irréel. Un jeu de rideaux transparents ou à l’aspect de pierre engendre différents espaces scéniques qui alternent entre salles sombres et intérieurs de grotte, avant de se volatiliser. Toutefois, lors des scènes de forêt, où Lorca conçoit un lieu troublant, sans repères spatio-temporels, ces images n’évoluent guère. Les costumes y répondent davantage, en reprenant des éléments traditionnels, dentelle noire et habits andalous, avant de devenir oniriques. La Lune, la Mort et trois Bûcherons ressemblent alors à d’étranges oiseaux ou bien à des géants cauchemardesques. La bataille entre les deux hommes – derrière un rideau teinté de rouge – est cependant montrée au grand jour, scène qui n’est prévue ni par l’auteur ni par Fortner.<br />Le point fort du spectacle est sans nul doute la direction d’acteur.<strong> Christian Clauß</strong> campe un Fiancé (rôle parlé) naïf mais enthousiaste, submergé par sa propre réaction au moment de la catastrophe. Le timbre soyeux et texturé de <strong>Zanda Švēde</strong> souligne le désespoir de la femme de Leonardo, désemparée et sans moyens d’intervenir. De l’autre côté, la Fiancée et Leonardo sont de véritables foyers de rébellion. <strong>Magdalena Hinterdobler</strong> interprète son personnage de manière têtue et hardie, ce qui transpire aussi dans sa voix puissante et souple. <strong>Mikołaj Trąbka</strong> semble être aux prises avec une colère qu’il peine à contenir, jouant habilement avec la dimension expressionniste de ses lignes vocales. Avec son bref mais impressionnant solo de soprano colorature, <strong>Karolina Makuła</strong> convainc dans le rôle de la servante de Leonardo. Le ténor clair aux registres très distincts d’<strong>AJ Glueckert</strong> est paradoxal vu la stature de géant de sa Lune. À côté de celle-ci, <strong>Daniela Ziegler</strong>, actrice et égérie de la comédie musicale, représente une Mort tout aussi contradictoire, à la fois émerveillée et sournoise. Lors des scènes de chœur, Ollé se montre une fois de plus très inventif en orchestrant une chorégraphie faite de sorties, entrées, croisements et subdivisions. <strong>Claudia Mahnke</strong>, dans le rôle de la Mère, habitée par de funestes prémonitions, est le plus à même d’alterner adroitement chant, <em>Sprechgesang</em> et texte parlé, variations que la partition de Fortner demande en continu. La forte présence de dialogues récités accentue d’ailleurs les maladresses de la traduction que Fortner fut obligé d’utiliser. Le traducteur Enrique Beck ayant détenu le monopole des traductions allemandes de toute l’œuvre de Lorca pendant plusieurs décennies, cela était incontournable. Mais le texte est truffé de fautes de transposition et d’expressions peu idiomatiques, ce qui devient problématique lorsque cela amuse le public germanophone.<br />Au fil de sa carrière, Wolfgang Fortner adopta des stylistiques très différentes les unes des autres. D’abord proche du régime national-socialiste, défendant une écriture néo-classique, il se tourne progressivement vers le dodécaphonisme qu’il s’approprie cependant à sa manière. Dans <em>Noces de sang</em>, celui-ci se conjugue à des chants traditionnels andalous, des couleurs d’accords parfaits et d’autres phénomènes hybrides. À la fin de sa vie, Fortner travaillait également avec des procédés rythmiques modérément aléatoires. Sous la baguette de <strong>Duncan Ward</strong>, le brillant orchestre de l’Opéra de Francfort met en valeur les passages mouvementés et le caractère double de la partition, qui superpose des moment expressifs et complexes à des structures répétitives de danse. Vers la fin de l’œuvre, lorsque les éléments principaux de l’intrigue sont connus, le chant prend le dessus, la perception du temps change. C’est sous l’impression de ces dernières mesures – la complainte de la Mère – que le public enthousiaste quitte la salle.</p>
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		<item>
		<title>OFFENBACH : Die Banditen (Les Brigands) &#8211; Francfort</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/offenbach-die-banditen-les-brigands-francfort/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 17 Nov 2025 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Die Banditen ce sont Les Brigands, cet opéra-bouffe que Jacques Offenbach compose en trois mois, à 50 ans, en 1869, dans la foulée de ses plus beaux succès (La Belle Hélène en 1864, Barbe-Bleue et La Vie parisienne en 1866 et La Périchole en 1868). Il y aura encore dix années d’opéras-bouffes ou d’opéras comiques &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Die Banditen</em> ce sont <em>Les Brigands</em>, cet opéra-bouffe que Jacques Offenbach compose en trois mois, à 50 ans, en 1869, dans la foulée de ses plus beaux succès (<em>La Belle Hélène</em> en 1864, <em>Barbe-Bleue</em> et <em>La Vie parisienne</em> en 1866 et <em>La Périchole</em> en 1868). Il y aura encore dix années d’opéras-bouffes ou d’opéras comiques (dont <em>La Fille du tambour-major</em>) avant les ultimes <em>Contes d’Hoffmann</em>. L’œuvre est créée au Théâtre des  Variétés et très vite, comme de coutume, une traduction et une adaptation en allemand est entreprise, à destination du public germanophone, très friand d’opérettes françaises. La traduction la plus connue du livret de Meilhac et Halévy, pour la première diffusion allemande, est de Karl Treumann, acteur, metteur en scène et traducteur qui a adapté de nombreuses opérettes d’Offenbach pour la scène viennoise : on lui devait déjà de gros succès de traductions avec <em>Orpheus in der Unterwelt</em>, <em>Die</em> <em>schöne</em> <em>Helena</em> ou encore <em>Pariser</em> <em>Leben</em>. <em>Die Banditen</em> eurent le même écho en Allemagne du Sud et en Autriche que <em>Les Brigands</em> en France.<br />
Francfort s’est attaché à remettre au goût du jour la version allemande des <em>Brigands</em> (l’action et les personnages sont pratiquement identiques dans <em>Die Banditen</em>), mais la metteuse en scène allemande <strong>Katharina</strong> <strong>Thoma</strong> (qui avait déjà proposé <em>in loco</em> sa vision de <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/tristan-und-isolde-francfort-la-croisiere-ne-samuse-plus/"><em>Tristan und Isolde</em></a>) a fait le choix d’une nouvelle et complète adaptation de l’œuvre. Nous assistons à la onzième représentation depuis la première de la nouvelle production en janvier 2024.<br />
L’esprit de l’opérette ou de l’opéra-bouffe « à la française » comme disent les Allemands est pleinement conservé dans cette version. La place est laissée libre à la farce et aux situations comiques, les clins d’œil à l’actualité se mutliplient (on affiche le drapeau européen à la frontière entre l’Italie et…l’Espagne, tout se monnaie en euro, les carabiniers sont munis de smartphones, l’auberge est renommée « restoroute » et Falsacappa ne veut pas marier sa fille à un éleveur bio !), mais beaucoup moins à l’improvisation dans les dialogues parlés, nous allons y venir.<br />
Le public est souvent le meilleur juge dans ce genre de pièce et les innombrables fous rires entendus dans les rangs plaident pour le travail et la conduite d’acteur de Katharina Thoma. Elle a surtout voulu retrouver la légèreté, le dynamisme et la folie qui traverse la scène autour de la musique d’Offenbach. Tous les acteurs sont mis à contribution et miment, dansent et s’agitent dans tous les sens autant qu’ils chantent. Le rythme est soutenu, nul temps mort et il faut rendre hommage au travail de chorégraphie auquel se soumet sans broncher l’ensemble de la troupe, solistes compris.<br />
On ne reprendra pas l’éternel refrain d’une langue allemande bien moins fluide et qui est donc moins bien adaptée à l’esprit offenbachien que la langue française. C’est un fait mais, curieusement, ce n’est pas là que réside le point faible de cette production.<br />
Il consiste plutôt dans l’absence de fluidité de la langue…allemande par les chanteurs venus de tous les horizons. Qu’on en juge : Falsacappa est chanté par un Américain (<strong>Michael Porter</strong>), Pietro par un Belge (<strong>Yves Saelens</strong>), Carmagnola par un Néo-Zélandais (<strong>Jonathan Abernethy</strong>), Barbavano par un Norvégien (<strong>Aleksander Myrling</strong>) et Pipo par un Casaque (<strong>Kudaibergen Abildin</strong>) ; côté féminin, <strong>Elizabeth Reiter</strong> qui chante Fiorella est américaine et <strong>Karolina Makula</strong> est une Fragoletto polonaise. Malgré les efforts très louables de tous ces chanteurs, l’aisance dans la langue de Goethe n’est pas suffisante pour qu’ils se permettent la moindre improvisation qui devrait faire le sel d’une représentation d’opéra-bouffe. L’exception qui confirme la règle c’est le – petit – rôle d’Antonio tenu par <strong>Matthias Schenke</strong> qui nous a octroyé un numéro de comédien hors pair avec une improvisation au III, prodiguée dans un allemand parfait teinté de dialecte de Hesse, ce qui, à Francfort, n’a pu qu’être chaudement apprécié. Il nous délivre quasiment un seul-en-scène de plusieurs minutes auquel il a visiblement pris autant de plaisir que le public.<br />
Mis à part cette réserve d’importance, il  n’y a pas grand-chose à redire à l’engagement vocal de cette troupe hétéroclite. Les moyens du Falsacappa de Michael Porter, d’Elizabeth Reiter en Fiorella et de Karolina Makula en Fragoletto, rendent justice à une partition portée par la direction alerte de <strong>Karsten Januschke</strong>, qui fait de son mieux pour dispenser à son orchestre à la fois tout le sérieux et toute la légèreté d’une musique champagne.</p>
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		<title>REIMANN, Melusine – Francfort</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/reimann-melusine-francfort/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Julian Lembke]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 10 Jun 2025 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après L’Invisible en début d’année, c’est la deuxième fois en l’espace de quelques mois que l’Opéra de Francfort propose un opéra d’Aribert Reimann : Mélusine. Si L’Invisible est le dernier projet lyrique du compositeur, créé en 2017 au Deutsche Oper de Berlin, Mélusine est une œuvre de jeunesse, donnée pour la première fois en 1971 &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Après <i>L’Invisible</i> en début d’année, c’est la deuxième fois en l’espace de quelques mois que l’Opéra de Francfort propose un opéra d’<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/hommage-au-compositeur-aribert-reimann/">Aribert Reimann</a> : <i>Mélusine</i>. Si <i>L’Invisible</i> est le dernier projet lyrique du compositeur, créé en 2017 au Deutsche Oper de Berlin, <i>Mélusine</i> est une œuvre de jeunesse, donnée pour la première fois en 1971 au célèbre Festival de Schwetzingen.</p>
<p>L’argument recourt à la légende de Mélusine, créature mi-femme mi-fée aquatique, revisitée par l’écrivain polyglotte Yvan Goll dont une partie de l’œuvre peut être associée au surréalisme. Dans le livret de Claus H. Henneberg – également librettiste de <i>Lear </i>–, Mélusine est une jeune femme récemment mariée, aux prises avec l’atmosphère étouffante et indifférente de son milieu social. Elle se réfugie régulièrement dans un parc où règne sa tante adoptive Pythia, autre fée de la nature. Lorsque le terrain est vendu au Comte de Lusignan, qui souhaite y édifier un château, Mélusine se décide à l’en empêcher, promettant par là même de ne jamais tomber amoureuse. Non seulement la construction du château est achevée en temps et en heure, Mélusine tombe aussi sous l’emprise du Comte, et Pythia fait vœu de vengeance. Elle incendie le parc ; le couple meurt ensemble.</p>
<p>Dans son deuxième opéra, Reimann se montre très sensible à l’air du temps des années 1970, avant l’avènement des premiers mouvements écologistes et antinucléaires. L’œuvre a tour à tour été lue comme une alerte écologique, un commentaire sur l’abus sexuel ou encore une vision forte de la psychologie relationnelle. La metteuse en scène <strong>Aileen Schneider</strong> déplace l’histoire dans un futur post-écologique, où l’on porte des combinaisons de protection chimique et des vêtements anti-radiation ; tout contact normal entre les hommes est devenu impossible dans un monde où les êtres vivants ressemblent à des machines. Seuls les personnages principaux s’y distinguent par leur aspect plus élégant ou bien biomorphe. Si cette esthétique paraît éloignée du contexte littéraire original, elle se justifie par la nature de la musique. L’œuvre vient d’une période de changement dans la production de Reimann. Depuis son premier opéra, son écriture rythmique s’était libérée, il avait découvert le timbre comme paramètre à part entière. La musique contient de nombreux éléments qui sont modelés sur la nature – enveloppes sonores, passages spectraux avant la lettre – quand ils n’imitent pas des sons électroniques avec les moyens de l’orchestre. Sous la baguette de <strong>Karsten Januschke</strong>, ces textures hybrides remarquablement équilibrées prennent toute leur ampleur.</p>
<p>La scénographie de <strong>Christoph Fischer</strong> situe tout cela dans une sorte de soucoupe volante au centre de laquelle subsiste un dernier oasis vert enseveli dans du tulle. En émerge Mélusine, véritable nymphe farouche, coquette et têtue, paradoxalement vêtue d’une robe de mariée surdimensionnée, avant que Pythia ne la pourvoie d’une queue de poisson – en échange de sa promesse de dédaigner l’amour – qui lui servira d’arme de séduction dans sa tentative de détourner les ouvriers du château de leur travail. <strong>Anna Nekhames</strong> l’interprète comme une fille à la fois triste et surexcitée, fragile et énergique. Sa voix ne manque pas de puissance à côté de ses impressionnantes coloratures volatiles, qui sont aussi bien une arme qu’un moyen de défense. Sa mère, Madame Lapérouse (<strong>Cecilia Hall</strong>), est plus autoritaire, au timbre volumineux, donnant davantage de contraste à la différence entre chant et texte parlé. Quant à <strong>Zanda Švēde</strong>, elle campe une Pythia tellurienne et implacable. La mezzosoprano est très à l’aise dans le registre grave de sa partie, initialement conçue comme un rôle de contralto – rapprochement que l’on observe souvent dans les œuvres de Reimann.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/5723_melusine04-1_gross-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-192065"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Anna Nekhames, Jaeil Kim, Morgan-Andrew King © Barbara Aumüller</sup></figcaption></figure>


<p>La caractérisation musicale des personnages est très détaillée, et la mise en scène y réagit à sa manière. Ainsi, tous les hommes, bien que plus faibles et grotesques que les femmes, disposent d’un profil qui leur est propre. Oleander, malheureux mari de Mélusine, est sujet aux troubles obsessionnels compulsifs, tracassé par l’aspect de ses bras que son épouse trouve trop poilus. <strong>Jaeil Kim</strong> lui confère une force sombre, malgré quelques sorties bouffonnes dans ses lignes vocales. Le Géomètre, que <strong>Dietrich Volle</strong> joue avec une voix ferme aux inflexions émues, est d’abord distrait, puis ébloui lorsque Mélusine lui prend son casque, geste qui est répété auprès d’autres personnages. Il ressemble au Maçon de <strong>Frederic Jost</strong>, au timbre rond et soyeux, qui passe d’un comportement fanfaron à des réactions plus sincères et enthousiastes. En ce qui concerne l’Architecte, c’est un des rôles les plus étonnants, dont Reimann remet en question l’identité de genre. Passionné par Mélusine, il adopte progressivement les coloratures de celle-ci et, par conséquent, une allure davantage féminine. Si la partition prévoit un ténor hystérique et effervescent, <strong>Andrew Kim</strong> l’interprète avec beaucoup de verve, mais non dépourvu d’une certaine lourdeur romantique. Enfin, l’Ogre, vieux confrère de Pythia, dont la fonction dramaturgique reste floue – il insinue être le vrai père de Mélusine –, est à la fois remonté contre le sort réservé au parc, et résigné, aspect que la basse <strong>Morgan-Andrew King</strong> met en valeur avec une prestation physique sciemment désarticulée.</p>
<p>Dans la seconde partie de l’opéra, l’atmosphère prend une tournure radicale, comme si l’on changeait de concept de mise en scène. L’esthétique futuriste et antiseptique cède la place à une interprétation davantage religieuse et ritualisée, motivée par l’exclamation de Pythia « Comme s’ils en avaient assez des dieux ! » L’oasis centrale est remplacée par une construction rappelant un autel en bois et fer, sur lequel Mélusine et le Comte seront littéralement sacrifiés à la fin de l’œuvre. Ce dernier irradie de dignité et de gravité, frappé de stupeur lorsqu’il découvre la femme qu’il semble avoir attendu toute sa vie. Le baryton <strong>Liviu Holender</strong> donne corps à cette attitude avec une voix très lyrique est agréablement texturée. Le père du chanteur, l’ancien directeur de l’Opéra de Vienne, Ioan Holender, est d’ailleurs le commanditaire d’un autre opéra de Reimann, <i>Médée</i> (2010), dont la création allemande a également eu lieu à Francfort. Au fur et à mesure, les deux personnages cèdent à la tentation d’une vie plus humaine, d’un désir charnel. Mélusine perd son existence initiale, mais reçoit une âme, à l’image de la<i> Petite Sirène</i>, une des déclinaisons de la même légende.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/5728_melusine09_gross-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-192066"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Andrew Kim, Anna Nekhames © Barbara Aumüller</sup></figcaption></figure>


<p>Un élément important de la dramaturgie musicale est la perte progressive des moyens vocaux que subit Mélusine, la musique devenant de plus en plus verticale alors que les structures associées au Comte reprennent quelques mouvements mélodiques de la protagoniste. Cette idée d’une grande efficacité scénique se traduit par un haut degré de stylisation de la production de Francfort, qui s’appuie moins sur l’aspect psychologique de l’histoire que sur les images que celui-ci suscite. Cependant, ces dernières ne l’emportent jamais sur la musique, en elle-même très évocatrice et plastique. Au moment de l’incendie final – symbole hautement charnel –, la structure de la soucoupe volante dégage une fumée grise, se faisant l’écho direct de deux motifs récurrents dans l’œuvre de Reimann, motivés par ses expériences pendant la Seconde Guerre mondiale : le château et le feu.</p>
<p>Le public accueille avec beaucoup d’enthousiasme cette nouvelle version de <i>Mélusine</i> d’Aribert Reimann, qui est le troisième opéra le plus joué du compositeur, après <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/reimann-lear-madrid/"><i>Lear</i></a> et <i>La Sonate des spectres</i>. Bien que ce projet ait été entériné de son vivant, l’Opéra de Francfort lui rend hommage en soulignant le lien étroit qu’il entretenait avec la maison.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/reimann-melusine-francfort/">REIMANN, Melusine – Francfort</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>WAGNER, Die Walküre — Berlin (Staatsoper)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/die-walkure-berlin-staatsoper-emotions-questions-et-regrets/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 31 Oct 2022 10:30:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Beaucoup d’émotions au sortir de la première journée du Ring des Nibelungen version berlinoise de Tcherniakov/Thielemann. Des émotions, mais aussi des questions et quelques regrets. Mais commençons par le meilleur et, du coup, par la fin. Lorsque le couple Wotan-Brünnhilde vient saluer, quelques secondes après le baisser de rideau, l’émotion ne submerge pas seulement une &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Beaucoup d’émotions au sortir de la première journée du <em>Ring des Nibelungen</em> version berlinoise de <strong>Tcherniakov</strong>/<strong>Thielemann</strong>. Des émotions, mais aussi des questions et quelques regrets.<br />
	Mais commençons par le meilleur et, du coup, par la fin. Lorsque le couple Wotan-Brünnhilde vient saluer, quelques secondes après le baisser de rideau, l’émotion ne submerge pas seulement une salle qui s’est levée comme un seul homme, mais aussi les deux protagonistes, <strong>Michael Volle</strong> et <strong>Anja Kampe</strong> qui tombent dans les bras l’un de l’autre de longues secondes durant et se présentent à nous, exténués de leur effort et comme tétanisés par le flot de <em>bravi</em> qui leur parvient.</p>
<p>Il faut dire qu’à ce moment, nous sortons d’un troisième acte musicalement d’anthologie, avec d’abord et avant tout un Volle marchant sur l’eau, qui attire sur lui tous les regards et captive comme un aimant. La métamorphose entre le père colérique à son arrivée au milieu de ses Walkyries, renversant tout sur son passage et, une heure et quart plus tard, le père adorateur de sa fille qui quitte celle-ci après un ultime et interminable baiser, est confondante.</p>
<p><img decoding="async" alt="" height="303" src="https://www.forumopera.com/sites/default/files/styles/large/public/https_www.staatsoper-berlin.de_downloads-b_de_media_43753_f6c0eaed81bba67abd9c516e18b8922c_walkuere_b_110.jpg?itok=Hua6oyeQ" width="468" /><br />
	© Monika Rittershaus</p>
<p>Comment, au terme d’une telle prestation (le rôle de Wotan dans <em>Walkyrie</em> est redoutable de longueur et de difficultés) arriver encore à insuffler autant de nuances, à dire les mots avec une telle précision, à préserver la beauté, la chaleur, l’ampleur de la voix, sans l’ombre d’un fléchissement ? Cette question est partie pour nous hanter longtemps.</p>
<p>Dès le début du II, le Wotan de ce soir n’avait rien à voir avec celui d’<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/das-rheingold-berlin-staatsoper-lor-resume-a-lanneau">hier</a>. Tout était déjà en place et son monologue (« Was keinem in Worten ich künde »), qui, pour certains, passe pour une des rares faiblesses de la partition, par sa longueur notamment, est déjà tellement habité qu’il nous oblige à suivre pas à pas l’histoire, sa propre histoire, qui nous est dite. Y a-t-il aujourd’hui meilleur titulaire du Wotan (<em>Die Walkyre</em>) ?</p>
<p>La même question se pose pour la Brünnhilde de Anja Kampe. Là encore son duo du III avec Wotan atteint les sommets et les pleurs qui sont les siens au moment où, acceptant de plein gré la terrible sentence du père, elle va pour le quitter sans pouvoir y parvenir seule, semblent si authentiques qu’ils nous transpercent nous aussi. Mais il y a surtout le chant, la conduite impeccable de la voix, sans aucun relâchement, sans l’ombre d’une faiblesse notamment dans le premier duo avec Wotan au II. Et puis son entrée fracassante au I, l’une des plus difficiles du répertoire, dont elle se joue avec une apparente aisance. Ces deux-là ont formé, l’espace d’une soirée, un couple dont on se souviendra.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" height="306" src="https://www.forumopera.com/sites/default/files/styles/large/public/https_www.staatsoper-berlin.de_downloads-b_de_media_43751_c471b75779a07fcf98eb940569f60a7e_walkuere_b_029.jpg?itok=Wz3yl9IS" width="468" /><br />
	© Monika Rittershaus</p>
<p>Il serait injuste de ne pas associer deux autres protagonistes dans ces éloges superlatifs. D’abord la Sieglinde de <strong>Vida Miknevičiûtè</strong>. Et louer son jeu d’actrice, troublant de sincérité. Et puis la voix que nous découvrons ce soir ; elle sait allier la douceur quasi mélodieuse dans son étreinte avec Siegmund et la force brutale quand elle se rend compte qu’elle ne pourra suivre son frère/amant. Tout cela avec un naturel ! Enfin la Fricka de <strong>Claudia Mahnke</strong>, déjà remarquée dans <em>Rheingold</em>, assoit son autorité sur Wotan grâce au tranchant de la voix. Rôle court, dense et déterminant pour la crédibilité de la scène.</p>
<p>Voilà donc pour les émotions, qui seront certainement, une fois le tamis du temps passé sur les aspérités, ce qui nous restera de ce spectacle. Et c’est en soi tellement précieux. Mais il y  a aussi quelques ombres au tableau, questions et regrets.</p>
<p>La mise en scène de Tcherniakov tient-elle toujours la route, au terme de ce deuxième opus du cycle ? Poser la question c’est y répondre un peu. Les sifflets entendus à la fin du II disent les incohérences qui affleurent, et interrogent les libertés prises (inutilement ?) avec la trame originelle. Ainsi, pourquoi Hunding (l&rsquo;excellent <strong>Mika Kares</strong> qui était Fasolt dans <em>Rheingold</em>) ne tue-t-il pas Siegmund (celui-ci, un dangereux évadé, est finalement tabassé et exfiltré par les forces de l’ordre) ? Et pourquoi, toujours à la fin du II, Wotan laisse-t-il repartir Hunding sans le tuer ?</p>
<p>Des incohérences apparaissent aussi : l’épée, censément fichée dans le frêne, apparaît bizarrement plantée dans le mur mitoyen de l’appartement de Hunding et Sieglinde. Voir Siegmund s’en emparer, alors qu’il aurait plutôt, en tant que criminel en fuite, besoin d’être armé lourdement pour fuir la police (Hunding est un policier lui-même armé jusqu’aux dents), prête à sourire et interroge la cohérence du propos.</p>
<p>Autre exemple : la représentation du rocher entouré du feu qui protègera le sommeil de Brünnhilde est proche du ridicule. Nous sommes dans un amphithéâtre : Wotan et sa fille mettent en cercle des chaises et, pour simuler les flammes, Brünnhilde s’empare d’un gros feutre orange et dessine des flammèches sur toutes les chaises ; tout cela est bien pauvre.</p>
<p>En revanche, Tcherniakov maintient son idée exposée au prologue et, du coup, l’unité de lieu. L’action se passe entièrement dans l’entreprise E.S.C.H.E., entre le bureau de Wotan et le logement attenant, occupé par Hunding et Sieglinde. Quand Sieglinde et Siegmund veulent s’enfuir pour échapper à Hunding, ils vont se perdre dans les labyrinthes du sous-sol, là-même où sont entreposées les cages à lapin. Et toujours de bonnes idées dans la conduite de l’action comme ce contrat que Fricka oblige Wotan à signer comme engagement à ne plus rien faire pour sauver Siegmund du danger.</p>
<p>Au nombre des regrets il faudra citer le premier acte manqué du Siegmund de <strong>Robert Watson</strong>. Il n’aura tenu le rôle dans de bonnes conditions qu’une dizaine de minutes, puis ce fut un long chemin de croix pour parvenir à la fin du I. Voix prise en défaut (malgré un « Wälse ! » tenu plusieurs secondes), prononciation du coup hasardeuse. Heureusement, l’entracte de quarante minutes et la difficulté moindre du rôle au II lui auront permis de terminer très correctement la soirée.</p>
<p>Et puis redisons nos réserves sur l’orchestre de la Staatskapelle. Comme la veille, ce n’est pas la vision, magistrale, de <strong>Christian Thielemann</strong> qui est en cause, mais son exécution. Trop de notes approximatives, trop de décalages, qui donnent un sentiment d’inachevé.</p>
<p>Mais qui ne nous feront pas oublier l’inoubliable de la soirée.</p>
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		<title>SCHREKER, Der ferne Klang — Francfort</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/der-ferne-klang-francfort-rendre-le-son-visible/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 31 Mar 2019 04:37:29 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>L’avantage d’une œuvre au livret complexe, c’est que les metteurs en scène ne devraient pas avoir besoin de se faire des nœuds au cerveau pour trouver matière à un déploiement de leur savoir-faire. Pour le retour de Der ferne Klang dans la ville, mais pas dans la salle qui l’a vu naître (l’Alte Oper de &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>L’avantage d’une œuvre au livret complexe, c’est que les metteurs en scène ne devraient pas avoir besoin de se faire des nœuds au cerveau pour trouver matière à un déploiement de leur savoir-faire. Pour le retour de <em>Der ferne Klang</em> dans la ville, mais pas dans la salle qui l’a vu naître (l’Alte Oper de Francfort, largement détruit par les bombardements, et rouvert en 1981 seulement, ne sert plus que de salle de concert), <strong>Damiano Michieletto</strong> a quand même réussi à ajouter sa marque à l’intrigue imaginée par Scherker lui-même. Selon les didascalies, les actes I et II sont séparés par dix ans, le II et le III par « plusieurs années ». Il n’en fallait pas plus pour transporter cette histoire dans le lieu désormais préféré des metteurs en scène d’opéra : un hospice. Heureusement, le procédé est cette fois employé de manière bien moins lourde, bien moins insistante que cela a pu être le cas ailleurs, entre les mains d’autres personnalités. Le <em>Sigismondo</em> monté par Damiano Michieletto en 2010, à Pesaro, se situait déjà dans un hôpital (plutôt psychiatrique, il est vrai). Son <em>Falstaff </em>de 2013, à Salzbourg, nous emmenait à la Casa Verdi, maison de retraite pour artistes lyriques, mais la mayonnaise ne prenait pas vraiment. Avec <em>Der ferne Klang</em>, le fait que le héros Fritz apparaisse finalement vieilli et malade justifie que toute l’action soit revécue en souvenir par les deux protagonistes, non seulement Fritz mais aussi Grete. Deux acteurs miment ces deux personnages âgés, que le premier acte donne à voir en leur « printemps », comme le précise un message projeté sur le rideau. Après l’été (acte II), l’acte III réunit automne et hiver, cette ultime saison étant celle où les deux amants sont enfin réunis mais comme deux vieillards, Grete-Isolde arrivant trop tard pour sauver son Fritz-Tristan.</p>
<p>Réunion d’emblée annoncée comme impossible, car la scène est divisée en trois zones, l’une derrière l’autre, séparées par de grands rideaux translucides, qui servent notamment à matérialiser l’abîme qui éloigne les deux jeunes gens malgré leur amour : obsédé par sa quête du « son lointain », Fritz n’appartiendra jamais au même monde. Ces rideaux permettent aussi de montrer plusieurs actions simultanément, procédé dont l’efficacité s’impose au dernier acte, où l’opéra composé par Fritz est donné en fond de scène, et où l’on croit revoir en raccourci tout l’acte I. Transposée dans les années 1950 à 1970, l’action s’enrichit d’un feuilletage de couches temporelles, même à l’acte II, pourtant déjà assez riches en rebondissements.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/der_ferne_klang_barbara_aumueller11.jpg?itok=X8BQbn8y" title="© Barbara Aumueller" width="468" /><br />
	© Barbara Aumueller</p>
<p>A entendre la représentation donnée à Francfort, on s’étonne que l’œuvre de Schreker ait mis tant de temps à revenir dans les théâtres, et que la France n’ait encore connu qu’une seule production de <em>Der ferne Klang</em>, à l’Opéra du Rhin en 2012. Mais on l’a dit, c’est à Francfort que le compositeur vit créer plusieurs de ses opéras, y compris <em>Die Gezeichneten</em> en 1918, et <strong>Sebastian Weigle</strong>, directeur musical depuis 2008, a une tendresse particulière pour ce répertoire. Le chef dirige admirablement cette partition, dont il fait ressortir l’originalité du chatoiement irisé employé pour évoquer le fameux « son lointain », mais sans chercher à effacer les moments beaucoup moins hardis ou moins personnels. Grâce aux dimensions généreuses de la scène et de la fosse, la musique résonne comme il se doit, grâce aussi à la brillante prestation du chœur maison, sur lequel repose en grande partie le deuxième acte.</p>
<p>Côté solistes, la distribution n’est pas avare de bonnes surprises. On se souvenait de <strong>Jennifer Holloway</strong> mezzo, il y a une dizaine d’années, et l’emploi dans lequel on l’avait récemment retrouvée – Hermosa dans <em>Le Tribut de Zamora</em> à Munich – ne démentait pas cette identité. Mais les ressources de cette artiste l’autorisent à aborder des rôles de soprano dramatique : elle est désormais Salomé, Chrysothémis ou Sieglinde. Elle confrère à Grete une autorité vocale presque inattendue au premier acte, mais la netteté de l’articulation et le jeu de l’actrice rend tout à fait acceptable le léger décalage avec le personnage d’ingénue qu’elle doit d’abord tenir. L’Américain <strong>Ian Koziara </strong>a jusqu’ici incarné quelques silhouettes au Met, mais c’est la première fois qu’il se produit dans un grand rôle. Dans son cas, on peut aussi s’interroger sur la vraie nature de sa voix : après notamment chanté en 2015 Yamadori, personnage habituellement confié à des barytons, voici qu’il se lance dans des rôles de ténor héroïque : au Wolf Trap Opera, en Virginie, où il a ses habitues, il sera cet été Bacchus d’<em>Ariane à Naxos</em>, mais après avoir été sur la même scène… Torquemada de <em>L’Heure espagnole</em>, rôle de trial ! De fait, son Fritz révèle de beaux moyens, mais la voix a tendance à perdre beaucoup de sa largeur dans l’aigu. On attend donc de voir quelle évolution connaîtra son organe. Autre parcours intéressant, mais dans un rôle très court : grand soprano wagnérien et straussien dans les années 1990, <strong>Nadine Secunde </strong>poursuit sa carrière avec des personnages de caractère, la Vieille Femme étant censément destinée à une mezzo. Parmi la pléiade de figures secondaires qui entourent le couple central, on distinguera le Chevalier de <strong>Theo Lebow </strong>et le Comte de <strong>Gordon Bintner</strong>, le Comédien de <strong>Iurii Samoilov</strong> et le Vigelius de <strong>Dietrich Volle</strong>.</p>
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