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	<title>Massimo GIORDANO - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<title>Massimo GIORDANO - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>SAINT, Samson et Dalila — Strasbourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/samson-et-dalila-strasbourg-contemporanise-mais-edulcore/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Antoine Brunetto]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 28 Oct 2020 04:56:06 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Assister à une représentation d’opéra ces derniers temps relève du miracle&#8230; et impose des compromis. La nouvelle production de Samson et Dalila à l’Opéra national du Rhin n’échappe pas à la règle, et les ajustements sont nombreux afin d’esquiver le fléau covidien : au-delà des tests nombreux et répétés de toutes les parties prenantes du spectacle, la partition, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Assister à une représentation d’opéra ces derniers temps relève du miracle&#8230; et impose des compromis. La nouvelle production de <em>Samson et Dalila</em> à l’Opéra national du Rhin n’échappe pas à la règle, et les ajustements sont nombreux afin d’esquiver le fléau covidien : au-delà des tests nombreux et répétés de toutes les parties prenantes du spectacle, la partition, l’orchestre et la mise en scène ont dû s’adapter.<br />
	Une des conséquences les plus immédiatement visibles est l’absence des artistes du Chœur de l’Opera national du Rhin sur scène : ses membres sont logés aux troisième et quatrième balcons, des panneaux de tissus limitant les projections sur les spectateurs installés à l’orchestre. Cette disposition inhabituelle ne nuit heureusement pas à la qualité du chœur, clarté et puissance sont au rendez-vous, et ce chant qui descend du ciel sur les spectateurs renforce le côté oratorio de l’œuvre, en particulier au premier acte.</p>
<p> Visuellement, cette difficulté est habilement esquivée par la présence de « manifestants » sur scène. La mise en scène de <strong>Marie-Eve Signeyrole</strong>, habituée aux relectures incisives, ne pouvait en effet pas se contenter d’une plate illustration du livret : on ne trouve donc évidemment pas ici de héros biblique à la force herculéenne, d’Hébreux ou de Phillistins, c’est une toute autre histoire qui nous est contée. Samson est le leader d’un mouvement contestataire populaire, les Insurgés, qui se bat contre le pouvoir conservateur, en pleine élection présidentielle. A la suite d’une bavure policière, il est resté handicapé, se déplaçant la plupart du temps en fauteuil et tient une partie de son pouvoir de son anonymat, protégé par son grimage de clown (celui du Joker, ennemi juré de Batman). Dalila est la directrice de campagne de Dagon, le leader des Conservateurs (qui sont des technocrates en costume cravate) candidat à la présidence, mais elle est également l’amante de Samson. Par un chantage amoureux, et pour servir son camp, elle obtiendra de Samson qu’il se démasque (ou littéralement se démaquille), et perde ainsi le respect des siens. </p>
<p><img fetchpriority="high" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/samsonpg_4794hdnweb.jpg?itok=wXHc1rUR" title="Massimo Giordano (Samson), Wojtek Smilek (Vieillard Hébreux)  © Klara Beck" width="468" /><br />
	Massimo Giordano (Samson), Wojtek Smilek (Vieillard Hébreux)  © Klara Beck</p>
<p>Quoiqu’on puisse penser de cette transposition, on ne peut qu’être admiratif devant l’intelligence et la qualité de sa réalisation. Les décors d’une grande sobriété montés sur une tournette permettent des évolutions fluides, et grâce aux caméramans omniprésents, on peut suivre sur un écran géant au-dessus du plateau ce qui se passe simultanément hors scène. La direction d’acteur, justement mise en évidence par les captations vidéo à fleur de visage est, elle, d’une grande finesse.  </p>
<p>Malheureusement cette virtuosité tourne parfois à vide, voire tombe à plat dans le final : Samson qui a été ridiculisé pendant le banquet des Conservateurs fêtant la victoire de Dagon à la présidentielle, est secouru par ses partisans et, devant les caméras, fait couvrir Dagon de goudron et de plumes. On est à mille lieues de l’horreur du massacre des Philistins dans l’effondrement de leur temple prévu par le livret.</p>
<p> Autre conséquence de la Covid, l’Orchestre Philharmonique de Mulhouse joue en formation réduite pour permettre de garder des distances suffisantes dans la fosse. D’ailleurs, la partition elle-même a subi un régime minceur (on joue pour cette série de représentations une version pour orchestre de chambre). Il ne faut pas y voir forcément ici uniquement les ravages d’un pangolin sur le marché de Wuhan mais aussi une adaptation aux moyens des titulaires des rôles-titres.</p>
<p>En effet, si <strong>Massimo Giordano</strong> réussit les points d’orgues de Samson, fidèle à son incarnation scénique d’homme faible, diminué, il ne peut prétendre à remplir complètement le costume du héros biblique, taillé par Saint-Saëns en fort ténor. Il a beau s’engager corps et âme, le medium manque d’éclat et tombe souvent dans la grisaille, quand le français se teinte d’accents exotiques. <strong>Katarina Bradić</strong> dompte de son côté la tessiture meurtrière de Dalila et ce dans un français parfaitement intelligible, ce qui est déjà un exploit. Mais est-ce suffisant ? Car Dalila doit captiver autant visuellement (et de ce point de vue la sculpturale mezzo serbe drapée de tops glamours et de tailleurs seyants ne peut laisser Samson indifférent), que vocalement. Sur ce dernier point, le contrat n’est pas totalement rempli, la faute à quelques duretés passagères, des graves parfois appuyés ou encore un timbre gracieux mais qui manque des charmes capiteux et des moirures des plus grandes titulaires du rôle. </p>
<p> Il faut dire que le sex appeal du duo de l’acte 2 peine également à sourdre de la fosse. Comme on avait pu le regretter dans <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/werther-strasbourg-il-ne-faut-pas-avoir-peur-du-romantisme">le Werther dans ces mêmes lieux en février 2018</a> (et avec déjà Massimo Giordano), la direction de <strong>Ariane Matiakh</strong> manque dans ce passage de poésie et d’abandon, vraisemblablement peu aidée il est vrai par l’orchestre réduit. Les mélismes orientaux y perdent de leurs attraits vaporeux.</p>
<p>Il serait pourtant dommage de rester sur une impression mitigée, au regard du reste de la distribution qui n’appelle que des louanges, que soit les Philistins parfaits des membres de l’Opéra Studio (Damian Arnold, Néstor Galván et Damien Gastl), <strong>Patrick Bolleire</strong>, qui ne fait qu’une bouchée d’Abimelech, ou encore <strong>Wojtek Smilek</strong> qui a les graves abyssaux du vieillard hébreux (ainsi que son large vibrato). Mais c’est surtout le Grand Prêtre (ici le conseiller en communication de Dagon) qui emporte définitivement l’adhésion. Diction limpide, style impeccable jusque dans les imprécations les plus fanatiques, intensité, malice et malveillance scénique, voilà que <strong>Jean-Sébastien Bou </strong>justifierait à lui seul notre venue.</p>
<p> </p>
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		<title>PUCCINI, Tosca — Lyon</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/tosca-lyon-la-diva-aux-deux-visages/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabrice Malkani]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 20 Jan 2020 21:03:32 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après l’accueil mitigé qui lui avait été réservé à Aix-en-Provence en juillet 2019 (voir le compte rendu de Christophe Rizoud), la Tosca de Christophe Honoré est donnée à l’Opéra de Lyon dont le public, ce soir de première, se montre enthousiaste. Il faut dire que l’entreprise, virtuose, subtile et émouvante, ne peut laisser indifférent. Il &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Après l’accueil mitigé qui lui avait été réservé à Aix-en-Provence en juillet 2019 (voir le <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/tosca-aix-en-provence-mort-et-naissance-dune-diva">compte rendu</a> de Christophe Rizoud), la <em>Tosca </em>de <strong>Christophe Honoré</strong> est donnée à l’Opéra de Lyon dont le public, ce soir de première, se montre enthousiaste. Il faut dire que l’entreprise, virtuose, subtile et émouvante, ne peut laisser indifférent.</p>
<p>Il y a bien sûr, pour qui l’a vue notamment dans la version filmée à Rome de 1992, une certaine fascination et une absolue nostalgie à revoir <strong>Catherine Malfitano</strong> dans le rôle de la Prima Donna que lui confie Christophe Honoré aux côtés d’Elena Guseva incarnant une jeune interprète de Tosca. L’entreprise opératique du cinéaste se situe exactement à l’opposé du film qui présentait Tosca à Rome aux heures et lieux du livret, reconstituant ainsi une sorte de réalité de l’action. À l’inverse, Honoré propose une mise en perspective de l’interprétation de l’œuvre, dédoublant sa facticité (Elena Guseva et Massimo Giordano jouent les rôles d’une soprano et d’un ténor qui jouent eux-mêmes les rôles de Tosca et de Mario), donnant à voir la construction artistique autant qu’artificielle d’un spectacle d’opéra.</p>
<p>Bien que la totalité de l’œuvre soit exécutée et chantée, les choix du metteur en scène, qui met en avant certains passages sous forme de répétition pendant les deux premiers actes avant une représentation en version de concert de l’acte trois, donnent l’impression d’entendre des fragments de l’opéra, entrecoupés de scènes de la vie ordinaire des chanteurs ou extraordinaire de la Prima Donna (entourée de ses robes et costumes, accessoires de scène, affiches, portraits, photos…).</p>
<p>Si l’amateur d’art lyrique peut être irrité par l’apparent primat du théâtre et du film (projection sur écran géant, et même sur deux écrans au deuxième acte, d’images d’archives mais aussi d’images filmées en direct sur la scène, démultipliant les vues et les perspectives), le volume et les timbres de l’orchestre et des voix, qui tranchent avec la dimension feutrée du décor, les dialogues parlés et l’éparpillement des personnages sur la scène, opposent la force de la musique aux faiblesses de la vie humaine. Se confrontent ainsi d’un côté la caducité de l’existence, la vanité de toute grandeur, la laideur des pulsions primaires non maîtrisées (scènes de débauche et de violence chez Scarpia mais aussi dans l’appartement de la Prima Donna et de son Majordome), de l’autre côté l’éclat somptueux d’une musique qui retentit comme pour la première fois, qu’accompagne la nouvelle naissance du chant lorsque l’interprète de Tosca prend le relais des notes initiales chantées par la Prima Donna.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/toscalyongrjeanlouisfernandez007.jpg?itok=0zTGdkek" title="Tosca, Lyon 2020 ©Jean-Louis Fernandez" width="468" /><br />
	 ©Jean-Louis Fernandez</p>
<p>Plus que les citations de Proust projetées à l’acte II, ce sont les images souvent poignantes des grandes interprètes du rôle, et de Catherine Malfitano elle-même dans le film de 1992, qui évoquent le mystère de la vie et de l’art, du temps et de la création, créant un sentiment d’intimité et de proximité qui concourt à l’émotion que suscite ce spectacle, même s’il se heurte à des limites. Ainsi, entre autres, l’apparition de Scarpia censé surgir à l’église Sant’Andrea della Valle, est ici dépourvue de tout effet et passe presque inaperçue ; la lutte entre Tosca et Scarpia perd de son acuité en quittant le cadre prévu par le livret, etc. L’intensité dramatique est davantage portée par la confrontation permanente de la vie et de la représentation : à la fin de l’acte II, la Prima Donna reprend à son compte (à la place de l’interprète de Tosca) la longue didascalie du livret mais s’allonge elle-même entre les deux chandeliers qu’elle plaçait autrefois, sur scène, de chaque côté du corps sans vie de Scarpia. Le passage de témoin a eu lieu, elle a remis à Tosca sa propre robe rouge, elle a porté à ses joues le faux sang de Scarpia et en a déposé aussi sur le visage de celle qui lui succède dans le rôle qu’elle incarnait jadis.</p>
<p>Lorsque le rideau se lève sur le IIIe acte, la présence inattendue de l’orchestre au complet sur scène s’accompagne d’images projetées en direct à partir d’une prise de vue de la maquette du Château Saint-Ange, disposée au parterre, et de la Prima Donna qui traverse les rangs des spectateurs, nous révélant ainsi d’autres artifices de création. Le paradoxe de ce troisième acte, qui donne toute la place à la musique et au chant, est d’être à la fois mise en scène et effacement de toute mise en scène de l’opéra lui-même. La Prima Donna, revenue sur le plateau, traverse l’orchestre en saluant les différents pupitres – ce sont ses adieux à la scène – et monte sur un parapet pour se trancher les veines, tandis que Tosca, en robe-fourreau lamée or, se tient rayonnante à côté des personnages masculins en smoking.</p>
<p>Son rôle est tenu par la jeune soprano russe <strong>Elena Guseva</strong> qui impressionne autant par ses talents d’actrice que par la puissance de sa voix, à la belle rondeur et à la projection efficace. Son « Vissi d’arte », chanté étendue à terre (comme le veut une certaine tradition reprise ici de manière démonstrative), est d’une intensité délicate. Le ténor italien <strong>Massimo Giordano</strong>, prometteur dans ses premières interventions, avec des inflexions juvéniles et de beaux aigus, semble parfois bridé – « E lucevan le stelle » manque un peu de souffle et d’inspiration. Le Scarpia du baryton russe <strong>Alexey Markov</strong>, d’une froideur effrayante, est efficace même s’il manque de nuances et de caractère. Au service de la musique, qui joue finalement le rôle principal de l’opéra, <strong>Daniele Rustioni</strong> dirige avec ferveur – et parfois des tempi infernaux – l’Orchestre de l’Opéra de Lyon au meilleur de sa forme, attentif à la moindre nuance, à l’expressivité des timbres, à la justesse des articulations. Les Chœurs et la Maîtrise contribuent avec bonheur au succès de la soirée.</p>
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		<item>
		<title>Le retour de la Tosca aixoise</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/le-retour-de-la-tosca-aixoise/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claire-Marie Caussin]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 20 Jan 2020 13:33:41 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Mise en scène choc du dernier festival d’Aix-en-Provence, la Tosca revue par Christophe Honoré sera à partir de ce soir à l’opéra de Lyon. L’occasion de découvrir, toujours sous la baguette de Daniele Rustioni, une distribution largement renouvelée : si Catherine Malfitano conserve son rôle muet, et si Alexey Markov reste Scarpia, à Angel Blue &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/tosca-aix-en-provence-mort-et-naissance-dune-diva">Mise en scène choc du dernier festival d’Aix-en-Provence</a>, la <em>Tosca</em> revue par <strong>Christophe Honoré</strong> sera à partir de ce soir à l’opéra de Lyon.</p>
<p>L’occasion de découvrir, toujours sous la baguette de <strong>Daniele Rustioni</strong>, une distribution largement renouvelée : si <strong>Catherine Malfitano </strong>conserve son rôle muet, et si <strong>Alexey Markov</strong> reste Scarpia, à Angel Blue et Joseph Calleja<strong> </strong>succéderont <strong>Elena Guseva </strong>et <strong>Massimo Giordano</strong>. L&rsquo;occasion aussi de voir si cette production lyonnaise reçoit les mêmes critiques véhémentes que lors de sa création aixoise…</p>
<p><iframe allow="accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture" allowfullscreen="" frameborder="0" height="315" src="https://www.youtube.com/embed/AoHet_JyEYs" width="560"></iframe></p>
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		<item>
		<title>VERDI, Nabucco — Lyon</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/nabucco-lyon-le-triomphe-danna-pirozzi/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabrice Malkani]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 05 Nov 2018 05:42:12 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C’est désormais une tradition : chaque automne depuis plusieurs années, l’Opéra de Lyon et le Théâtre des Champs-Élysées proposent en coproduction un opéra en version de concert. Après Attila l’année dernière, opéra peu connu du grand public, c’est à l’inverse, avec Nabucco, le plus célèbre des opéras de Verdi qui est au programme de cette année. &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est désormais une tradition : chaque automne depuis plusieurs années, l’Opéra de Lyon et le Théâtre des Champs-Élysées proposent en coproduction un opéra en version de concert. Après <em>Attila</em> l’année dernière, opéra peu connu du grand public, c’est à l’inverse, avec <em>Nabucco</em>, le plus célèbre des opéras de Verdi qui est au programme de cette année. Triomphe absolu lors de sa création, l’œuvre suscite régulièrement l’enthousiasme du public. La soirée de lundi ne déroge pas à la règle. Malgré la déception causée par la <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/breve/leo-nucci-renonce-a-nabucco">défection de Leo Nucci</a> pour raisons de santé, le public lyonnais savait que la soirée serait belle, ne serait-ce que dans la perspective d’entendre à nouveau dans ce répertoire l’<strong>Orchestre de l’Opéra de Lyon</strong> sous la baguette de son chef principal, <strong>Daniele Rustioni</strong>.</p>
<p>Comblé, le public l’est à plusieurs titres. D’abord par la direction brillante d’un chef qui s’est formé à Milan, et dont l’énergie communicative transmet aux musiciens et aux chœurs toute la fougue du jeune Verdi mais aussi la subtilité de ses nuances, sans gommer ce que certains passages peuvent avoir de clinquant. Spectacle à part entière, la direction de Rustioni est une prouesse physique que la version de concert rend visible.</p>
<p>On aura rarement entendu de manière aussi précise chaque instrument de l’orchestre, les ensemble de cuivres, les solos de flûte et de cor anglais, le magnifique ensemble de violoncelles pour la prière de Zacharie, au point que même le passage le plus populaire de l’opéra, le fameux chœur « Va pensiero », semble inséré dans une trame orchestrale aux sonorités nouvelles, imposant à l’oreille le son plaintif et répété des instruments. Autre signe de cette réussite musicale : le chœur des esclaves n’est pas pour autant un morceau à part, érigé en sommet de l’œuvre ou en « clou » du spectacle. Plus émouvant que brillant, il est à sa juste place, parmi les autres chœurs qui ponctuent l’opéra, dans une cohérence de lecture qui fait percevoir tout le génie dramatique de Verdi. Il faut saluer ici, une fois de plus, outre l’intelligence de la direction musicale, la perfection du travail des Chœurs de l’Opéra de Lyon.</p>
<p>Dans ce contexte visuel de la musique qui se substitue à la mise en scène, les chanteurs n’existent que par leur voix puisque leur apparence, leur âge, ne permettent pas l’illusion d’une incarnation des rôles qu’ils interprètent. Là encore, le public est comblé puisque le baryton <strong>Amartuvshin Enkhbat</strong>, très attendu en remplaçant de Leo Nucci, confirme par la précision de son chant tout autant que la qualité de sa diction et de sa projection, <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/rigoletto-palerme-traditionnel-mais-pas-ringard">l’impression laissée tout récemment </a>à notre confrère Yvan Beuvard dans <em>Rigoletto</em> à Palerme. Dans une émission toujours très contrôlée, le chanteur propose une interprétation sans faute que l’on pourrait trouver presque trop lisse dans ses premières interventions. La situation particulière de ce remplacement de dernière minute, pour un rôle chanté sans partition – ce qui ne va pas de soi en version de concert – fournit  évidemment une explication. Mais l’investissement affectif finit par transparaître dans la troisième partie, avec un très touchant « Oh, di qual’onta aggravasi », puis dans toute la quatrième partie.</p>
<p>La grande triomphatrice de la soirée est sans conteste <strong>Anna Pirozzi</strong>, flamboyante Abigaille, dont les moyens impressionnants font merveille, tant dans la puissance vocale qui lui permet de dominer l’orchestre sans effort apparent que dans l’art des vocalises, dans les nuances et dans la qualité des <em>pianissimi</em>. Prodigieuse dès son « Io t’amava », la voix ne faiblit à aucun moment, stupéfiante de ressources jusqu’à l’extraordinaire interprétation de la mort d’Abigaille qui laisse le public sidéré.</p>
<p>La basse<strong> Riccardo Zanellato</strong> campe un Zaccaria de belle facture, avec une grande homogénéité vocale, dans un rôle d’une exigence telle pour la sonorité des notes les plus graves que l’on ne saurait lui reprocher de ne pas toujours en assurer pleinement le volume ou la tenue. Sa Prière reste un beau moment de l’opéra. Le rôle de Fenena est interprété par la mezzo-soprano albanaise <strong>Enkelejda Shkoza</strong>, au timbre émouvant, mais dont le vibrato excessivement marqué nuit à l’intelligibilité du texte. On regrette enfin que le rôle d’Ismaele ne soit pas plus développé pour entendre davantage la voix, pleine d’une fougue juvénile, de <strong>Massimo Giordano</strong>, qui avait été en mars dernier un excellent Foresto dans <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/attila-lyon-verdi-davant-verdi"><em>Attila</em></a>.</p>
<p>Les rôles secondaires sont tenus avec talent par la basse <strong>Martin Hässler</strong> (grand-prêtre de Baal) et deux membres du Studio de l’Opéra de Lyon, le ténor <strong>Grégoire Mour</strong> (Abdallo) et la soprano <strong>Erika Baikoff</strong> (Anna).</p>
<p>Après cette remarquable soirée à l’Auditorium de Lyon, ce concert sera donné à nouveau ce mercredi 7 novembre dans le même lieu avant d’être accueilli par le Théâtre des Champs-Élysées vendredi 9 novembre, puis par l’Opéra de Vichy dimanche 11 novembre.</p>
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		<item>
		<title>VERDI, Attila — Lyon</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/attila-lyon-verdi-davant-verdi/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabrice Malkani]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 18 Mar 2018 01:01:51 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Avec Attila comme troisième volet de son festival 2018 – reprise de la version de concert donnée à l’automne dernier, mais avec une distribution en partie différente –, l’Opéra de Lyon propose un retour au Verdi première manière, ou plus exactement à cette période de transition qui précède immédiatement la composition de Macbeth. Il nous donne &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Avec <em>Attila</em> comme troisième volet de son festival 2018 – reprise de la <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/attila-paris-tce-attila-dans-tous-ses-eclats">version de concert donnée à l’automne dernier</a>, mais avec une distribution en partie différente –, l’Opéra de Lyon propose un retour au Verdi première manière, ou plus exactement à cette période de transition qui précède immédiatement la composition de <em>Macbeth.</em> Il nous donne ainsi un éclairage rétrospectif sur sa genèse et sur celle des opéras suivants.</p>
<p>L’argument est emprunté à une pièce allemande (1808) de Zacharias Werner, surtout connue en dehors de l’Allemagne par le résumé qu’en fait Madame de Staël dans <em>De l’Allemagne. </em>L&rsquo;intrigue oppose la jeune Odabella, fille du seigneur d’Aquilée, à Attila, ennemi de son peuple et meurtrier de son père. Fasciné par l’ardeur patriotique de la jeune fille, le roi des Huns lui offre son épée, avec laquelle elle le tuera à la fin de l’opéra. Entre-temps, Attila s’est épris d’elle et voudrait l’épouser mais Odabella est déjà fiancée à Foresto qu’elle aime. Elle ne voit en Attila qu’un Holopherne pour qui elle sera une nouvelle Judith. Le général romain Ezio propose à Attila de lui abandonner le monde à condition qu’il lui laisse l’Italie. Devant le refus d&rsquo;Attila, il s’allie à Foresto pour combattre le chef barbare, lui-même ébranlé par la réalisation d’un rêve prophétique dans lequel un vieillard – qui se révèle être saint Léon – lui interdit l’entrée de Rome, cité de Dieu. Quelques péripéties émaillent l’action.</p>
<p>Si l’on peut être surpris, après avoir entendu successivement <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/macbeth-lyon-la-mode-et-la-tendance"><em>Macbeth</em></a> et <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/don-carlos-lyon-drame-princier-representation-royale"><em>Don Carlos</em></a> les deux jours précédents, par le côté abrupt du Prélude, la sécheresse de la composition du chœur initial et la dimension ostentatoire du martèlement rythmique, la direction de <strong>Daniele Rustioni</strong> obtient de l’Orchestre de l’Opéra de Lyon de beaux moments lyriques comme l’introduction de l’acte I – suggérant la nuit et la lune qui se reflète dans le ruisseau –, et une interprétation réussie des figuralismes, notamment la tempête, puis l’éclat du soleil dans le Prologue.</p>
<p>Dans le rôle-titre, qu’il n’avait pu chanter à l’automne pour raisons de santé, <strong>Dmitri Oulianov</strong> est souverain, dans l’affrontement comme dans l’admiration amoureuse, grâce à une basse équilibrée et homogène, bien projetée et capable de subtiles inflexions. Quoique doté d’une voix moins sonore, <strong>Alexei Markov</strong> prête le timbre flatteur de son baryton au général romain Ezio, contribuant ainsi à de beaux duos (comme celui du partage du monde avec Attila) et au magnifique trio à l’acte III (« Te sol, te sol quest’anima ») montrant toute l’importance vocale de cette tessiture, alors que le personnage est par ailleurs sans grande consistance sur le plan dramatique.</p>
<p>La soprano russe <strong>Tatiana Serjan</strong>, Odabella d’une envergure et d’une énergie peu communes, révèle ses qualités de soprano dramatique colorature dans son interprétation des airs périlleux composés pour le rôle. En l’écoutant, on comprend à quel point Lady Macbeth, mais aussi Élisabeth dans <em>Don Carlos</em>, procèdent d’Odabella. Dans sa première intervention, « Santo di patria », la puissance et la précision de la voix impressionnent, tout autant que le contre-ut et la vertigineuse descente – de plus de deux octaves – dans les graves. Mais Tatiana Serjan excelle aussi dans les airs plus tendres, comme la romance de l’acte I.</p>
<p>Avec <strong>Massimo Giordano</strong>, le personnage de Foresto bénéficie d’une incarnation parfaitement réussie : voix souple de ténor lyrique, belle longueur de souffle, émission aisée dans les différents registres, parfaite maîtrise des difficultés techniques – qui le conduit d’ailleurs à plusieurs reprises à signaler au chef, d’un geste, le moment où la fin de ses notes tenues permettra à l’orchestre de reprendre.</p>
<p>Les Chœurs de l’Opéra de Lyon ponctuent l’action avec talent, dans ce troisième et dernier volet d’un festival Verdi qui permet de voyager à travers les différentes époques de création de son œuvre.</p>
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		<title>MASSENET, Werther — Strasbourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/werther-strasbourg-il-ne-faut-pas-avoir-peur-du-romantisme/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Antoine Brunetto]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 11 Feb 2018 02:14:33 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C’est dans un décor unique (de Klaus Grünberg), une salle tapissée intégralement de bois clair, que se déroule la représentation de Werther à l’Opéra de Rhin. Comme dans beaucoup de petites surfaces optimisées, la salle regorge de rangements pratiques, placards, tiroirs, d’où sortent parfois des personnages et des ouvertures s’y découpent pour laisser apercevoir la &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est dans un décor unique (de <strong>Klaus Grünberg</strong>), une salle tapissée intégralement de bois clair, que se déroule la représentation de <em>Werther</em> à l’Opéra de Rhin. Comme dans beaucoup de petites surfaces optimisées, la salle regorge de rangements pratiques, placards, tiroirs, d’où sortent parfois des personnages et des ouvertures s’y découpent pour laisser apercevoir la lune, la neige ou encore la Terre (!) dans la scène finale. Cet écrin illustre bien l’enfermement des personnages, dans leur névrose et leur destin, et les changements de lieu et d’heure sont subtilement illustrés par les éclairages.</p>
<p>La production de <strong>Tatjana Gürbaca</strong>, importée de Zürich, étonne parfois, sans toujours convaincre. On retient quelques bonnes idées, mais qui ne renouvèlent pas foncièrement la lecture, plutôt classique, de l’œuvre. Le monde où vit Charlotte est ainsi loin d’être accueillant : les femmes sont réduites aux tâches ménagères et les hommes sont, au mieux, comme Albert, confit dans ses certitudes et, au pire, plein de morgue comme les compères Schmidt et Johann. Habituellement représentés comme de sympathiques compagnons de beuverie, ces derniers ne sont pas ici d’inoffensifs soiffards, faisant les poches du Bailli et houspillant les enfants au premier acte, puis au, deuxième acte, torturant des petits vieux sans défense. Une autre bonne idée est la présence d’un couple de vieillards dans la scène finale, figurant ce qu’auraient pu devenir Werther et Charlotte si le destin n’avait contrarié leur passion. En revanche, on reste plus circonspects et interrogateurs sur le sens de la présence de saltimbanques dans la scène au clair de lune ou de ces fils tirés par les amants au travers de la scène au troisième acte. On note toutefois une attention certaine aux mouvements scéniques, même si on n’échappe pas totalement aux lieux communs : n’est-il pas possible d’illustrer le désespoir autrement qu’en massacrant des objets ? Ce sont ici d’innocentes boules de Noël qui en font les frais.</p>
<p>Les interprètes (très majoritairement francophones) font un effort louable de diction et c’est payant : sauf à quelques occasions pour le rôle-titre, il n’y aucun besoin des surtitres, le texte coule sans effort.</p>
<p>Les chanteurs ont visiblement été choisis en partie pour leur adéquation physique avec leur rôle. On oublie ainsi vite quelques notes fragiles pour profiter de la bonhomie parfaite de <strong>Kristian Paul</strong> (Le Bailli). De même rarement aura-t-on vu Sophie aussi juvénile que <strong>Jennifer Courcier</strong>. La jeune soprano française se fond parmi les autres enfants et pourrait presque avoir l’âge du rôle, soit 15 ans : la voix est à l’unisson, charmante, lumineuse, sans aucune astringence. Tout juste regrettera-t-on que ses dernières répliques disparaissent dans le final, perdues dans l’arrière scène. L’Albert de <strong>Régis Mengus</strong>, à l’émission quelque peu forcée, marque moins que le duo de caractère <strong>Loïc Félix</strong> (Schmidt) et <strong>Jean-Gabriel Saint-Martin</strong> (Johann). On souhaiterait d’ailleurs entendre l&rsquo;autorité et les tons ambrés de ce dernier dans un rôle plus consistant.</p>
<p>Le mezzo plutôt clair d’<strong>Anaïk Morel</strong> l’éloigne des interprètes plus matures régulièrement distribuées dans le rôle, au bénéfice de la fraicheur et de la crédibilité du personnage. On sent également un grand souci du texte et des nuances. Pourtant sa Charlotte n’emporte pas totalement. Ce n’est pas une question de moyens (la voix est bien projetée et égale sur toute la tessiture) mais plutôt un excès de retenue, comme si la chanteuse avait eu peur d’en faire trop et de tomber dans le mauvais goût. Nul doute qu’elle gagnera à fréquenter un rôle pour lequel elle a toutes les qualités.</p>
<p>La direction d’<strong>Ariane Matiakh</strong>, à la tête de l’Orchestre symphonique de Mulhouse, laisse un peu la même impression. Les pupitres sont parfaitement en place, les dynamiques sont bien dosées, mais la scène au clair de lune manque de poésie et, peut-être par pudeur, il manque une urgence désespérée, du pathos dans cette lecture un peu sage.</p>
<p>Pour retrouver le « Sturm und Drang », c’est vers le Werther de <strong>Massimo Giordano</strong> qu’il faut se tourner. Pourtant sa première scène « Je ne sais si je veille… Ô nature » le cueille à froid : la voix sonne engorgée, les aigus sont tirés, et on craint l’accident qui ne survient pourtant pas. La voix se chauffant, les aigus se libèrent, émis toutefois en force. C’est surtout l&rsquo;interprétation qui surprend et séduit : nous n’avions pas le souvenir d’une telle probité du style, d&rsquo;un tel soin de la ligne chez le ténor italien. Les<em> mezza voce</em> sont d’une douceur caressante, contrastant avec l’engagement scénique brûlant. On pourra regretter parfois une pointe d’accent ou une diction moins précise que ses partenaires, mais au final c’est bien lui qui dans « Pourquoi me réveiller » ou dans une mort quasi murmurée fait vibrer le romantisme de l’œuvre.</p>
<p>Un mot enfin pour les enfants, membres de la Maîtrise de l’Opéra National de Strasbourg, facétieux et très bien chantants, ils sont le parfait contrepoint lumineux au drame des amants maudits.</p>
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		<title>VERDI, Attila — Paris (TCE)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/attila-paris-tce-attila-dans-tous-ses-eclats/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christian Peter]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 15 Nov 2017 07:37:54 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Comme chaque année à la même époque, le Théâtre des Champs-Élysée propose, en coproduction avec l’Opéra de Lyon, un ouvrage lyrique en version de concert, choisi en général dans le répertoire italien de la première moitié du XIXe siècle. Donizetti, Bellini et surtout Rossini ont été maintes fois mis à l’honneur. Cette année le choix &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Comme chaque année à la même époque, le Théâtre des Champs-Élysée propose, en coproduction avec l’Opéra de Lyon, un ouvrage lyrique en version de concert, choisi en général dans le répertoire italien de la première moitié du XIXe siècle. Donizetti, Bellini et surtout Rossini ont été maintes fois mis à l’honneur. Cette année le choix s’est porté sur un opéra du jeune Verdi, <em>Attila</em>, qui réclame également des interprètes rompus au style belcantiste. En dépit de plusieurs défections par rapport à la distribution initialement prévue, les chanteurs se montrent à la hauteur de la tâche qui leur est confiée, galvanisés sans doute par la baguette électrisante de <strong>Daniele Rustoni</strong>, le nouveau chef permanent de l’Opéra de Lyon, qui adopte dès le prélude des tempos vifs, jouant sur les contrastes d’une partition rutilante, sans tomber dans le piège de la musique de fanfare. L’air d’Odabella « Liberamente or piangi » qui ouvre le premier acte est dirigé avec délicatesse, Celui d’Ezio au début du deux, « Dagli immortali vertici » est accompagné avec une extrême sobriété tandis que les cabalettes et les fins d’actes sont menées tambour battant avec une intensité sonore torrentielle. Notons à ce propos que les cabalettes sont doublées et que le chef parvient à varier les coloris d’un couplet à l’autre en parfaite symbiose avec son bel orchestre.</p>
<p>La distribution est dominée par le superbe Attila d’<strong>Erwin Schrott</strong> dont la beauté du timbre et l’ampleur de la voix captent l’attention dès son entrée en scène. On oubliera quelques petits soucis de justesse en début de soirée pour ne retenir que son incarnation magistrale soutenue par des graves opulents et un aigu des plus aisés. Son roi des Huns, est davantage un fin stratège qu&rsquo;une brute épaisse. Il parvient même à être touchant en amoureux trahi à la fin de l’ouvrage.</p>
<p>Le principal mérite d’<strong>Alexey Markov </strong>est de parvenir à exister face au charisme de son partenaire, grâce à une voix solide et une technique sans faille. Sa grande scène du deux lui vaut une belle ovation de la part du public.</p>
<p><strong>Tatiana Serjan</strong> se mesure au rôle redoutable d’Odabella, véritable soprano dramatique d’agilité, avec des moyens idoines. Elle se sert des raucités de son timbre sur certaines notes pour mieux incarner cette vierge guerrière assoiffée de vengeance. La soprano russe affronte crânement les vocalises meurtrières de « Santo di patria » attaqué à froid au début du prologue et parvient à nuancer son air du premier acte avec dans la voix une émotion contenue. En dépit d’une diction qui manque de netteté, on ne peut que rendre les armes devant cette remarquable prestation.</p>
<p>Le Foresto de <strong>Massimo Giordano</strong> n’est pas en reste. Le ténor propose un chant dépouillé dans son air « Ella in poter del barbaro » et fait preuve d’une grande maîtrise dans la cabalette qui suit. Le timbre est clair, la voix solide et le style irréprochable. Dans la deuxième partie, il se hisse sans peine au niveau de ses partenaire dans l’ensemble qui conclut l’ouvrage.</p>
<p>Belles interventions du jeune ténor <strong>Grégoire Mour</strong>, membre du Studio de l’Opéra de Lyon, dans le rôle épisodique d’Uldino.</p>
<p>Aussi convaincants en guerriers qu’en ermites, les chœurs se montrent irréprochable de bout en bout.    </p>
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		<title>CILEA, Adriana Lecouvreur — Karlsruhe</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/adriana-lecouvreur-karlsruhe-et-pourquoi-pas/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 06 May 2017 07:35:01 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Œuvre phare de Francesco Cilea, Adriana Lecouvreur est rarement représentée en dehors des scènes lyriques les plus prestigieuses – New-York, Londres, Milan, Paris enfin en 2015. Seule une soprano de renom dans un théâtre renommé serait-elle en mesure d&#8217;assumer les exigences du rôle-titre ? Maison de troupe sans star du box-office, Karlsruhe relève le défi &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Œuvre phare de Francesco Cilea, <em>Adriana Lecouvreur</em> est rarement représentée en dehors des scènes lyriques les plus prestigieuses – New-York, Londres, Milan, <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="http://www.forumopera.com/adriana-lecouvreur-paris-bastille-cadeau-empoisonne">Paris enfin en 2015</a>. Seule une soprano de renom dans un théâtre renommé serait-elle en mesure d&rsquo;assumer les exigences du rôle-titre ? Maison de troupe sans star du box-office, Karlsruhe relève le défi en inscrivant l&rsquo;ouvrage à son répertoire, mais le temps d&rsquo;une soirée de gala place en haut de l&rsquo;affiche deux grands noms de la scène internationale. Les tarifs pour l&rsquo;occasion ont été plus que doublés, de 25 à 110€, contre 10 à 40€ ordinairement sans pour autant que la billetterie ait été prise d&rsquo;assaut. Le parterre, clairsemé, accuse le coup.  </p>
<p>Comme souvent, les absents auront eu tort. <strong>Barbara Frittoli</strong> fait partie de ces chanteuses italiennes dont Adriana marque l&rsquo;aboutissement d&rsquo;une carrière. <em>Lirico</em> désormais <em>spinto</em>, la voix se déploie dans l&rsquo;aigu, ample, puissante, avec une projection suffisante dans les registres inférieurs pour rendre intelligible chaque mot de ce qui s&rsquo;apparente à une conversation en musique. Grande dame par l&rsquo;accent, la présence et la maîtrise qu&rsquo;assure seule l&rsquo;expérience, celle qui fut à New York il n&rsquo;y a pas si longtemps Elisabetta dans <em>Don Carlo</em> et Mimi dans <em>La Bohème </em>sait doser les effets, user des nuances pour capter l&rsquo;attention, baisser le volume pour donner l&rsquo;impression de la confidence, ne pas trop le hausser pour limiter un dangereux vibrato et garder le contrôle du souffle d&rsquo;un bout à l&rsquo;autre de la représentation, ou presque. Une respiration manquée lors  de « l&rsquo;umile ancella » rappelle combien fragile est cet équilibre auquel parvient ensuite Barbara Frittoli : le chant, la parole, le geste confondus en une interprétation où l&rsquo;interprète, compte tenu du rôle, n&rsquo;a pas d&rsquo;autre choix qu&rsquo;être sublime.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="187" src="/sites/default/files/styles/large/public/adriana2.jpg?itok=KzMVbo2l" title=" ©  Falk von Traubenberg" width="468" /><br />
	 ©  Falk von Traubenberg</p>
<p><strong>Massimo Giordano </strong>porte beau Maurizio, non sans un certain machisme qui va de pair avec une séduction toute latine. Le ténor, en proie à un marketing prématuré il y a quelques années, semble avoir repris les marques d&rsquo;un chant égal dont le timbre n&rsquo;est désormais plus le seul atout. En trois airs et deux duos, le personnage est brossé, inévitablement falot mais sans à-coup, sans hoquet, sans abus de décibels ou toute autre forme d&rsquo;histrionisme.</p>
<p>À leurs côtés, si l&rsquo;on excepte <strong>Fredrika Brillembourg </strong>dont l&rsquo;ampleur dramatique de la Princesse de Bouillon dépasse les moyens actuels (et vraisemblablement futurs), la distribution réunie semble un plaidoyer en faveur du système des troupes, aboli en France depuis plusieurs dizaine d&rsquo;années. De l&rsquo;abbé poisseux de <strong>Klaus Schneider</strong> aux comédiens du Français, chacun entre exactement dans son costume vocal et scénique avec une mention particulière au baryton coréen <strong>Seung-Gi Jung</strong>. Voilà un Michonnet d&rsquo;une jeunesse insolente, dont les talents d&rsquo;acteur n’ont pas à pallier les insuffisances de la voix, saine et vigoureuse, sachant cependant ne pas franchir les frontières d&rsquo;un rôle que l’histoire veut secondaire. </p>
<p>Confiée à <strong>Johannes Willig</strong>, la direction musicale privilégie le raffinement au lyrisme fougueux qui souvent prévaut dans ce répertoire. À défaut d&rsquo;impact émotionnel, la musique de Cilea avoue ses multiples références, wagnériennes mais pas seulement, avec au dernier acte, un tissus instrumental dont la transparence témoigne de la qualité tant du chef que de l’orchestre.</p>
<p>La mise en scène enfin de <strong>Katharina Thoma</strong> est de celle qui irritera les partisans de la tradition. On ne peut cependant lui reprocher de manquer d&rsquo;esthétisme, d&rsquo;habilité et d&rsquo;intelligence. Transposée à notre époque sous prétexte que la musique ne cède jamais à la tentation du rococo, elle prend ses distances avec le livret au dernier acte. Auparavant, le décor en perspective placé sur une tournette favorise les changements de tableaux à vue, avec passage de la scène à la coulisse au premier acte et, au deuxième, du cabinet au salon du Pavillon de la Duclos. Pour rendre moins monstrueuse la Princesse de Bouillon et, par voie de conséquence, plus plausible la rivalité entre les deux femmes, Adriana ne meurt pas empoisonnée par son bouquet de violette mais, devenue vieille se suicide accablée par le poids des souvenirs, son ultime duo avec Maurizio, alors vêtu de blanc comme un ange, prenant la forme d&rsquo;une transfiguration. A cette entorse à la lettre, on appliquera la chute d’« Une fourmi de dix-huit mètres », un poème de Robert Desnos appris enfant à l&rsquo;école : « Et pourquoi pas ? ».</p></p>
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		<title>Silvester-Gala Angel Blue, Massimo Giordano, Erwin Schrott — Baden-Baden</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/silvester-gala-angel-blue-massimo-giordano-erwin-schrott-baden-baden-reveillon-italo-latino/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 31 Dec 2015 07:50:08 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Ildebrando d’Arcangelo était annoncé depuis des mois pour le traditionnel Gala de la Saint-Sylvestre à Baden-Baden, mais c’est finalement Erwin Schrott qui le remplace pour ce rendez-vous aimé du public du Festspielhaus. Le programme est en principe très festif, léger et les artistes se laissent aller à toutes sortes de facéties quelquefois mémorables, comme Anna &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Ildebrando d’Arcangelo était annoncé depuis des mois pour le traditionnel Gala de la Saint-Sylvestre à Baden-Baden, mais c’est finalement <strong>Erwin Schrott </strong>qui le remplace pour ce rendez-vous aimé du public du Festspielhaus. Le programme est en principe très festif, léger et les artistes se laissent aller à toutes sortes de facéties quelquefois mémorables, comme <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.youtube.com/watch?v=GQosLmaS43g">Anna Netrebko</a>, par exemple, qui envoyait valdinguer ses escarpins avant de danser pieds nus sur la scène (quoique, pour l’exemple précité, c’était le Gala de clôture de saison à la mi-juillet, pas celui de la fin de l’année)… S’il est la guest star parachutée en dernière minute, le choix est tout de même parfaitement heureux tant le baryton sait y faire : Erwin Schrott fait une entrée de rock star et salue ingénument le public de la main ainsi que, comme il nous l’expliquera plus tard avant les bis, toute sa famille venue le soutenir (et sans doute apprécier les eaux thermales, comme on les comprend !). Il est accompagné d’un factotum chargé de plusieurs caisses en plastique contenant des piles de photos, pour un air du Catalogue où il déploie tout son savoir-faire d’amuseur public. C’est un Leporello séducteur en diable qui conquiert d’emblée la salle, aux graves très sûrs et à la voix caressante et chaude, n’hésitant pas à glousser ou ronronner, s’appropriant l’air avec décontraction et quelques libertés, mais avec un charme ravageur. Notre baryton en fait des tonnes, bombe le torse et se sait sûr de son pouvoir de fascination… et cela fonctionne à plein. Il enchaîne ensuite avec un « Et toi, Palerme », curieusement donné en français, pas toujours très distinctement prononcé, mais frémissant et puissamment émouvant. Pour finir, il concurrence Julio Iglesias et Nat King Cole réunis avec un « Besame Mucho » bienvenu, où l’on s’aperçoit qu’il possède également des aigus percutants. Il est soutenu par un remarquable joueur de bandonéon, <strong>Claudio Constantini</strong>, dont on aurait aimé pouvoir profiter davantage de l’étendue des talents mais qui se limite ici avec bonne humeur au rôle de faire-valoir. On apprécie aussi les solistes percussionnistes de l’orchestre de Baden-Baden enfin décontracté et festif. Il faut dire en effet que les musiciens font une assez triste figure et que la direction de <strong>Gérard Korsten </strong>manque un peu de punch, quitte à être poussive dans l’ouverture d’<em>Otello </em>de Rossini ou celle du <em>Don Pasquale</em>. On découvre également une curiosité, <em>El Salón México</em> de Copland, entre Nino Rota et Ennio Morricone, teintée de folklore mexicain. Le programme, émaillé d’airs amoureux en tous genres, est cependant curieusement heurté et un peu artificiel.</p>
<p>Les autres interprètes sont un peu moins brillants que le baryton uruguayen, mais les airs choisis leur permettent tout de même de tirer les marrons du feu. <strong>Angel Blue </strong>sait se souvenir qu’elle a été Miss Hollywood : elle est jolie comme un cœur et irradie, quoique son « I Could Have Danced All Night » manque de fougue vocale et ne pétille pas autant qu’on l’aurait souhaité, franchissant à peine la rampe. Cela dit, elle a eu le courage de commencer avec Bellini, ce qui est périlleux (en passant à proximité de l’entrée des artistes, d’ailleurs, les vocalises d’échauffement qui arrivaient de sa loge étaient proprement terrifiantes)&#8230; « Qui la voce » lui convient et elle impressionne vivement dans la première partie de l’air où l’on se retrouve au bord des larmes. Quant à Mimi, voilà un rôle qui lui va comme un gant, bien mieux que celui d’Adina dans <em>L’Elisir d’amore</em>. <strong>Massimo Giordano</strong>, pour sa part, semble en très petite forme, forçant les aigus, les traits tirés et le visage plutôt fermé. Pourquoi tant de sérieux alors que le public est quasi conquis d’avance ? Même son « E lucevan le stelle » confère une sensation de fragilité embarrassante, loin de la belle prestation qu’il avait assurée ici-même dans <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="http://www.forumopera.com/spectacle/prives-de-desert"><em>Manon Lescaut</em></a>. Cela dit, Puccini lui va très bien au teint : il est un Rodolfo idéal pour la délicate Mimi d’un soir.</p>
<p>Le trio nous offre en rappel un incontournable Brindisi, flûte et bouteille de champagne à la main, les deux chanteurs mimant une dispute autour de la belle, avec avantage, évidemment, à Erwin Schrott, qui se souvient qu’il <em>est</em> un véritable <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="http://www.forumopera.com/don-giovanni-monte-carlo-la-revelation-schrott">Don Giovanni</a>. Il est aussi merveilleusement crooner, habile à chauffer la salle et à lui faire chanter « Quizás » avec ferveur, se montrant parfait en monsieur Loyal chef de chœurs. Le tout s’achève avec <em>Non ti scordar di me</em> à trois voix, dont les paroles invitent à ne jamais oublier : cela tombe bien, des caméras étaient là pour une retransmission et probablement un DVD qui se regardera sans doute sans déplaisir.</p>
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		<title>PUCCINI, Tosca — Paris (Bastille)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/puccini-tosca-opera-de-paris-3e-distribution-paris-bastille-grande-tosca-la-petite-uria/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Brigitte Cormier]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 15 Nov 2014 06:17:07 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Deux critiques assez contradictoires ont déjà ici abondamment décrit et commenté la nouvelle production de Pierre Audi (voir le compte rendu de la première distribution par Yannick Boussaert et de la deuxième par Christian Peter). Sans entrer dans les détails d’implantation de décors, de direction d’acteurs, ou  encore de choix esthétiques souvent judicieux voire audacieux, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Deux critiques assez contradictoires ont déjà ici abondamment décrit et commenté la nouvelle production de <strong>Pierre Audi</strong> (voir le <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="http://www.forumopera.com/tosca-paris-bastille-croix-de-bois-croix-de-fer-si-on-ment">compte rendu de la première distribution par Yannick Boussaert</a> et de <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="http://www.forumopera.com/tosca-paris-bastille-plein-les-oreilles">la deuxième par Christian Peter</a>).</p>
<p>Sans entrer dans les détails d’implantation de décors, de direction d’acteurs, ou  encore de choix esthétiques souvent judicieux voire audacieux, il s’agit selon nous d’un  travail théâtral qui sans trahir l’œuvre, sans heurter la vue — et surtout, sans importuner le chant — sort des sentiers battus. Précédemment, la direction de Daniel Oren avait quasiment fait l’unanimité contre elle. <strong>Evelino Pidò </strong>vient de reprendre la baguette jusqu’à la fin de la série. Attentif aux chanteurs, le chef  italien,  souvent taxé de précipitation et de manque de rigueur, s’applique à mettre en valeur toute la force narrative de la partition de Puccini avec ses subtilités, ses contrastes, ses tensions. Sous sa direction enthousiaste et amoureuse de cette musique, l’excellent Orchestre  de l’Opéra national de Paris déploie ses beautés instrumentales avec un plaisir évident.</p>
<p>Cette troisième distribution est presque entièrement nouvelle. Le ténor français <strong>Eric Huchet </strong>est parfaitement à l’aise dans Spoletta et la remarquable basse italienne <strong>Carlo Cigni</strong> donne tout son poids dramatique au rôle furtif d’Angelotti. Sans doute desservi par une voix au volume sonore trop petit pour le grand vaisseau de Bastille, la basse bouffe belcantiste <strong>Luciano di Pasquale</strong> rend inexistant le rôle du sacristain vif et malin qui se doit d’animer le premier acte par petites touches. Dommage.</p>
<p>Le physique de jeune premier de <strong>Massimo Giordano </strong>rend Caravadossi suffisamment séduisant pour crédibiliser la passion jalouse de Floria Tosca. Cependant son timbre demeure  assez fade dans le medium et les aigus manquent de punch. Dans ces conditions, « Recondita armonia » peine à emporter le cœur des spectateurs. Heureusement, le ténor se rattrape in extremis avec un « E lucevan le stelle » délicatement interprété.</p>
<p class="rtejustify">Traître de service et expert en cynisme, <strong>Sergey Murzaev</strong>, baryton russe aux amples moyen vocaux, n’en est pas à son premier Scarpia <em>in loco</em>. Bien servi par une mise en scène qui le présente de manière assez subtile, il joue finement et chante sa partie abjecte avec sobriété. Son autorité naturelle, rendue ici plus humaine que d’habitude, fait de lui le partenaire idéal de la Tosca déchirante que nous offre<strong> Béatrice Uria-Monzon </strong> à partir du deuxième acte. Si<strong> </strong>la mezzo-soprano française est loin de s’imposer d’emblée durant la première partie où on la sent trop frêle pour une diva et un peu en retrait pour une passionaria, elle s’affirme  ensuite jusqu’au poignant dénouement, la plus ardente, la plus aimante, la plus déterminée des femmes. Si petite soit-elle par sa taille, grâce à la voix émouvante qui est la sienne, son « Vissi d’arte » vibrant, chanté sans aucun artifice, est digne de figurer au panthéon des grandes Tosca.</p>
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