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	<title>Giulia BOLCATO - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Giulia BOLCATO - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>RAMEAU, Castor et Pollux &#8211; Namur</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/rameau-castor-et-pollux-namur/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jottrand]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 12 Apr 2026 06:00:00 +0000</pubDate>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est la version originale, celle de 1737, que <strong>Leonardo</strong> <strong>García</strong> <strong>Alarcón</strong> a choisi de monter pour une tournée qui emmène les musiciens d’abord à Genève, ici à Namur et dès ce dimanche à Versailles. L’œuvre a été considérablement remaniée par Rameau en 1754, et c’est habituellement cette version-là, considérée comme définitive, qu’on entend. Dans cette proposition, qui est aussi une version de concert, pas de prologue. Dès après l’ouverture, roulez tambour, on plonge directement dans le drame avec le magnifique chœur <em>Que tout gémisse, que tout s’unisse,</em> ce qui donne à l’œuvre un tout autre caractère, beaucoup plus condensé, plus direct, plus intense. En grand connaisseur de l’esthétique baroque, le chef choisit d’exacerber les affects, d’exagérer les nombreuses ruptures abruptes de la partition, mettant un accent particulier sur sa théâtralité, accentuant les contrastes, variant sans cesse les tempi, les intentions, les couleurs, avec un grand souci du détail. Il use aussi abondamment, et de façon très démonstrative, des ralentis en fin de phrase. Les musiciens répondent plus ou moins fidèlement à toutes ces injonctions, mais pas toujours avec grande précision. Certaines attaques du chœur sont un peu approximatives, les tempi extrêmement rapides des passages purement orchestraux sont aussi causes de quelques désordres, qui seront rapidement rattrapés. L’ensemble, somptueusement coloré, très engagé, donne néanmoins une impression de très grande richesse sonore, mais pas toujours de grande précision. Ce souci du détail, dont le chef fait preuve à maintes reprises, frise le maniérisme ou l’affectation, parfois au détriment d’une sereine grandeur ou de l’unité de l’œuvre. On retiendra tout de même – et à titre d’exemple – la somptueuse intervention des quatre bassons dans le grand air de Télaïre (<em>Tristes</em> <em>apprêts</em>, <em>pâles</em> <em>flambeaux</em>) créant un effet dramatique intense, les solos de flûte ou de trompette, et les efforts d’imagination du percussionniste pour déclencher les tempêtes ou les entrées fracassantes des dieux, tentant de compenser par ses effets de surprise tout ce qu’une version de concert peut avoir de frustrant sur le plan visuel.</p>
<p>La distribution vocale est globalement de très grande qualité. Les deux rôles titres sont tout simplement somptueux : <strong>Thomas</strong> <strong>Dolié</strong> prête sa voix sombre et puissante, aux harmoniques particulièrement riches à Pollux, et parvient à rendre toute la subtilité des traits du personnage avec beaucoup de crédibilité. <strong>Reinoud</strong> <strong>Van</strong> <strong>Mechelen</strong> est un Castor parfait, émouvant, rayonnant, à la voix magnifiquement timbrée, impressionnante de volume et de couleurs, créant à chacune de ses interventions de puissantes émotions musicales. Son premier grand air au début de l’acte IV, <em>Séjour</em> <em>de</em> <em>l’éternelle</em> <em>paix</em>, qui ici ouvre la deuxième partie du spectacle, fait très grande impression ; ce rôle, c’est évident, semble écrit pour lui. Cet artiste exceptionnel confirme d’années en années ses qualités vocales rares, sa parfaite diction française, mais aussi son engagement sans faille au service du répertoire le plus exigeant.</p>
<p>A l’inverse, <strong>Judith</strong> <strong>van</strong> <strong>Wanroij </strong>(Télaïre), le nez dans la partition alors que tous les autres chantent de mémoire, semble nettement moins préparée que ses compagnons, de sorte qu’on se demande ce qui se passe, chez une chanteuse qu’on connait bien par ailleurs et dont on apprécie habituellement le timbre magnifique et les véritables qualités de musicienne. On apprendra plus tard qu’elle a rejoint la production en toute dernière minute en remplacement d’une collègue malade, ce qui explique tout, mais pourquoi ne pas l’avoir annoncé ? Il n’empêche, le déséquilibre avec le reste de la troupe est flagrant, la prononciation française laisse à désirer et la communication avec le public fait largement défaut. Les deux autres solistes féminies, <strong>Victoire</strong> <strong>Bunel</strong> en Phébé, et <strong>Giulia</strong> <strong>Bolcato</strong>, voix fraîche et charmante, donnent pleine satisfaction.</p>
<p><strong>Olivier</strong> <strong>Gourdy</strong> (Jupiter) possède beaucoup de qualités vocales, mais manque de charisme pour incarner le roi des dieux dont l’impact symbolique requiert une personnalité forte. <strong>Clément</strong> <strong>Debieuvre</strong>, dans les différents petits rôles qu’il incarne, fait preuve d’une fort belle vaillance, et d’une voix particulièrement brillante dans l’aigu, sans difficulté apparente malgré la tessiture.</p>
<p>Le chœur aussi a du préparer ce spectacle en peu de temps, encore occupé il y a deux jours par la <em>Création</em> de Haydn au TCE. Cela explique sans doute les quelques imprécisions, dues sans doute aussi aux déplacements inutiles entre les bords de la salle, le fond de scène ou au contraire l’avant-scène, ce qui ne facilite guère le contact visuel avec le chef. En dépit de ces quelques réserves, la soirée fut de grande tenue, au service d’une partition exceptionnelle à bien des égards et d’un livret d’une belle richesse morale et émotionnelle, tout cela largement salué par les applaudissements très enthousiastes d’un public ravi.</p>
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		<title>RAMEAU, Castor et Pollux – Genève</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/rameau-castor-et-pollux-geneve/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 21 Mar 2026 05:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>On ne verra plus jamais les caddie d’hypermarché du même regard. On ignorait qu’il y avait en eux une telle force poétique (ou mortifère d’ailleurs)… C’est par l’impact des images qu’elle crée et leur puissance obsédante que la mise en scène d’Edward Clug s’impose. Décidément la tragédie lyrique s’accommode très bien des visions de chorégraphes &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>On ne verra plus jamais les caddie d’hypermarché du même regard. On ignorait qu’il y avait en eux une telle force poétique (ou mortifère d’ailleurs)…</p>
<p>C’est par l’impact des images qu’elle crée et leur puissance obsédante que la mise en scène d’<strong>Edward Clug</strong> s’impose. Décidément la tragédie lyrique s’accommode très bien des visions de chorégraphes contemporains et, puisque c’est <strong>Leonardo García Alarcón</strong> qui dirige, on est tenté de se remémorer deux autres de ses spectacles eux aussi très chorégraphiés : le hip-hop des <em>Indes galantes</em> (avec Clément Cogitore et Bintou Dembélé) ou les murailles mycéniennes et les guerriers grecs d’<em>Atys</em> (avec Angelin Preljocaj), autant de visions qui restent gravées.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="819" height="1024" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Castor-et-Pollux--819x1024.jpg" alt="" class="wp-image-210323"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Reinoud Van Mechelen et Andreas Wolf © Gregory Batardon</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Le deuil impossible</strong></h4>
<p>De ce <em>Castor et Pollux,</em> on se rappellera Pollux traînant le cadavre de Castor sur un manteau noir évoquant un body bag (première image), ou le même Pollux rapportant dans un sac poubelle noir la tête de Lyncée qu’il vient de trucider pour venger Castor ; on se rappellera les crânes blancs et les soutanes noires du chœur sur fond de nuages d’orages (tout le spectacle se déroule sous la menace en vidéo de cieux désespérants), on n’oubliera pas la détresse de Télaïre assise sur une chaise de cantine, si fragile dans sa petite chasuble blanche, ni les parapluies noirs des gardiens des enfers qui l’engloutiront.<br />On n’oubliera pas Pollux portant dans son dos un double de Castor, image d’un deuil impossible, aussi émouvante que celle des deux demi-frères se tenant la main ou, plus fort encore, ce moment aux Enfers où Pollux pose doucement sa tête sur les genoux de Castor, toutes images célébrant la fraternité. Ou cette Amitié dont Pollux deviendrait le Dieu (c’est le destin que Télaïre lui propose, à lui qui se meurt d’amour pour elle).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="683" height="1024" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2026a050_castor_pollux_pg_20260316_gtg_magali_dougados_q3a3533_high-683x1024.jpeg" alt="" class="wp-image-210310"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Pollux portant le double de Castor © Magali Dougados</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Polypropylène</strong></h4>
<p>On se souviendra de certaines incongruités cocasses : le chœur affligé se couvrant le visage non pas de cendres mais de sacs en polypropylène, ou les mêmes buvant un lait nourricier dans des bouteilles en plastique, ou bien sûr, autre image issue de la société de consommation que le metteur en scène semble abhorrer, les fameux caddie, promus char funèbre de Castor : c’est gisant là que Pollux le découvrira. Des caddie (qui n’apparaissent qu’aux Enfers) auxquels six danseurs et danseuses formidables donneront vie (mention particulière à celui qui, revêtant un masque de chien à paillettes, deviendra Cerbère et fera virevolter son chariot avec une aérienne liberté).</p>
<p>Le plateau est nu, seulement meublé de podiums à tout faire, oblongs et mobiles, les costumes sont vaguement d’aujourd’hui, hormis les « soutanes » qu’on a dites, ou les aubes blanches des âmes heureuses des Champs Elysée (porteuses d’ailleurs de déconcertantes auréoles blanches… vision quelque peu préraphaélite, à moins qu&rsquo;elle ne soit reprise de<em> Fellini Roma</em>). L’ambiance est nocturne, les nuées pesantes.</p>
<p>On le sait, il y a peu d’action dans cette version initiale de l’opéra, celle de 1737, et c’est bien pour répondre aux critiques que Rameau le refondit en 1754. Tout s’appuie sur le texte, d’ailleurs très noble, de Pierre-Joseph Bernard, et sur la grandeur des sentiments. Et si l’amitié et l’amour rivalisent, c’est bien sous le regard de la mort, obsessionnellement présente.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2026A050_Castor_Pollux_G_20260317_GTG-Gregory_Batardon_19-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-210307"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Sophie Junker (Télaïre) © Magali Dougados</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Sophie Junker en état de grâce</strong></h4>
<p>À peine passée la preste ouverture, très acérée et articulée, sous la direction pétaradante d’énergie de Leonardo García Alarcón, mais sans jamais de sécheresse (il y a de la sensualité dans sa palette, des grondements de basses, des contre-chants de bois toujours savoureux), c’est par une déploration funèbre (et sublime) que commence l’opéra, le majestueux « Que tout gémisse » en fa mineur des Spartiates, chanté par un <strong>chœur du GTG</strong> superbe de plénitude sur de telluriques roulements de timbales. <br />Avec quoi contrastera tout de suite la souplesse du dialogue en récitatif entre Phébé et Télaïre : les continuistes de <strong>Cappella Mediterranea</strong> laissent toute liberté aux chanteuses d’incarner, de dire le texte, selon leur respiration, et d’ailleurs on aura le même sentiment lors du premier air, non moins superbe et fameux, le « Tristes apprêts, pâles flambeaux » de Télaïre, lui aussi d’une étonnante flexibilité : Leonardo García Alarcón suit <strong>Sophie Junker</strong> dans tous ses changements de tempo, ses ralentissements, son rubato très personnel (la voix est superbe d’assurance, de lumière, de legato).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2026a050_castor_pollux_pg_20260316_gtg_magali_dougados_q3a3690_high-2-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-210312"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Les seaux d&rsquo;eau © Magali Dougados</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Gravité et grandeur paradoxales</strong></h4>
<p>Et donc, à l’image de ce début, ce qui convainc c’est la gravité de ton de ce spectacle, qui tient de la célébration ou de la cérémonie, et qui trouve le moyen de fondre toutes les fantaisies parfois drôles qu’il s’autorise dans une atmosphère souvent solennelle ; ainsi Jupiter peut bien apparaitre vêtu d’une fantasque jupe faite de ces plateaux en carton mâché qui servent à stocker les œufs, ou répandre sa force de vie par une ingénieuse chenille de bouteilles en PVC, c’est bien la funèbre grandeur d’un spectacle qui se déroule sous le regard de la mort qui touche profondément.</p>
<p>On est par exemple à la fois épaté et oppressé par le plus spectaculaire des épisodes dansés : apparaissent les six danseurs à peine vêtus de petits slips couleurs chair, sur lesquels les noirs choristes vont jeter des seaux d’eau (pas trop froide on espère), et dès lors sur la pellicule d’eau restant au sol ce sera un ballet de corps glissant d’un bout à l’autre du plateau, virevoltant, tournant en toupie (parfois c’est Pollux qui saisit l’un ou l’autre pour lui donner un mouvement de manège) dans un ballet à la fois gracieux, un peu sexy, fluide et fascinant autant qu’inquiétant : ces corps soumis et ballotés par des mouvements hasardeux suscitent des idées d’oppression, de destin aveugle, de souffrance, d’inexorable. Mais de sensualité aussi !</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2026a050_castor_pollux_pg_20260316_gtg_magali_dougados_q3a3636_high-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-210311"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Jupiter (Alexandre Duhamel) et l’élixir de vie © Magali Dougados</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Magnifique Andreas Wolf</strong></h4>
<p>D’autres passages chorégraphiques relèvent d’un vocabulaire disons gymnique plus convenu, notamment l’entrée des Athlètes accompagnant le triomphe de Pollux victorieux de Lyncée et le duo « Éclatez fières trompettes » de <strong>Sahy Ratia</strong> et <strong>Alexandre Duhamel</strong>, un peu désordonné, qui amènera la première intervention (il y a en aura beaucoup, le rôle est lourd) de l’excellent <strong>Andreas Wolf</strong>. <br />Ce complice fréquent de García Alarcón aura ici tout loisir de donner à entendre un timbre superbe, une voix très longue, un vibrato délectable et une diction admirable : avec son français impeccable il peut distiller le texte altier de Pierre-Joseph Bernard, suivi pas à pas par le continuo dans ses moindres inflexions. <br />Amoureux en secret de Télaïre, c’est sur un somptueux tapis orchestral de violons et de bassons qu’il chante son monologue « Nature, Amour, qui partagez mon cœur », où l’on admire la ligne de chant, l’éclat solaire des notes hautes, un chagrin s’exhalant avec noblesse (« À d’éternels malheurs mes jours sont condamnés »). Et sa supplique à son père Jupiter, « Ma voix, puissant maître du monde », sera un autre moment d’émotion contenue : le <em>rallentando</em> sur « Ô mon père, écoute mes vœux » est superbe et la reprise <em>mezza voce</em> encore davantage, de même que ses allègements dans sa plaidoirie (sur « Mais l’amour de Léda »).</p>


<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2026a050_castor_pollux_pg_20260316_gtg-gregory_batardon_83_high-2-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-210321"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Magali Dougados</sub></figcaption></figure>


<p>Si le Grand-Prêtre de Sahy Ratia convainc assez peu, le Jupiter d’Alexandre Duhamel est de belle prestance, même si on pourrait rêver de graves aussi profonds qu’est clair le registre supérieur. C’est lui, le père de Pollux, qui voudra lui montrer à quoi il renoncerait s’il descendait aux Enfers se substituer à Castor, prétexte à un nouveau divertissement, la scène d’Hébé et de ses suivantes où apparaissent les bouteilles de plastique qu’on a évoquées, et la chenille transportant un nectar de vie. Jolie intervention de <strong>Giulia Bolcato</strong> incarnant une suivante d’Hébé.</p>
<h4><strong>Les parapluies, ça marche toujours</strong></h4>
<p>Rien de plus efficace que des parapluies noirs sur une scène. Effet garanti à peu de frais. On va voir Phébé en apporter une brassée aux Spartiates pour les armer et empêcher Pollux de descendre aux Enfers : Phébé aime Pollux, mais n’en est pas aimée, d’où un caractère vindicatif, en tout cas douloureux. <strong>Eve-Maud Hubeaux</strong>, toute de noir vêtue telle une antithèse de Télaïre, choisit un chant expressionniste, souvent excessif, parfois un peu hirsute, qui met l’accent sur le courroux du personnage davantage que sa douleur. Le contraste avec le chant toujours rayonnant de Télaïre (que Phébé veut convaincre d’immobiliser Pollux elle aussi) n’en est que plus désarçonnant. Néanmoins, quoi de plus édénien que le bref trio qui surgit alors, l’une des plus belles choses que Rameau ait écrites : « Ô douceur, ô douleur, ô supplice extrême ! » chantent-ils, chacun dans son propre sentiment.</p>
<p>Nouvelle démonstration de virtuosité chorale, le chœur des Démons, « Brisons tous nos fers », du 3e acte par un chœur du GTG déchainé (à grands renfort de timbales tempétueuses) et impressionnante performance de Cappella Mediterranea dans la grande éruption du « deuxième air des Démons » mené par LGA à un tempo d’enfer (évidemment). Faute de grande bataille de Monstres et de Spectres (et d’apparition de Mercure), c’est dans la fosse que se déchaînent les foudres et c’est d’un brio formidable !</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2026a050_castor_pollux_pg_20260316_gtg-gregory_batardon_62_high-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-210318"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>L&rsquo;apparition de Castor (Reinoud Van Mechelen) © Magali Dougados</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Un duo de frères idéal</strong></h4>
<p>Voici enfin Castor (<strong>Reinoud Van Mechelen</strong>) qui apparaît au fond du plateau, poussant une batterie de caddie. Sur un suave tapis de cordes et sur un tempo assez lent, son air « Séjour de l’éternelle paix » est un délice de legato, de clarté vocale, de cantabile. La deuxième strophe, « Que ce murmure est doux », est encore plus lumineuse avant la reprise qui se décore d’ornements légers, tandis que l’orchestre se fait plus dense, et tandis que va commencer un gracieux (mais oui !) ballet de caddie, à bord desquels les danseurs se livreront à quelques figures acrobatiques, et qu’apparaîtront les Ombres heureuses, vêtues de blanc et couronnées d’auréoles.</p>
<p>Au pupitre, LGA sculpte le son, dirigeant très fermement ces séquences de ballet, donnant le départ aux choristes et aux chanteurs. Jolies interventions des deux ombres, <strong>Charlotte Bozzi</strong> et Giulia Bolcato.</p>
<h4><strong>Un récitatif à deux et en liberté</strong></h4>
<p>Pollux va découvrir Castor couché au fond d’un caddie comme on le serait dans un sarcophage. <br />Alors commence la scène la plus longue de l’opéra, tout entière en récitatif, emblématique de ce qu’est devenue la tragédie lyrique sous la plume de Rameau.  D’infimes et incessantes inflexions selon les affects du texte, des modulations, des changements de tempo, c’est un dialogue sensible, où les deux interprètes s’accordent à merveille, comme leurs voix, les chaudes couleurs de Van Mechelen s’alliant aux beaux graves et au vibrato de Wolf, notamment dans un superbe unisson sur « Ô moments les plus doux ! Ô mon frère est-ce vous ? » <br />Tout cela crée un moment suspendu, accompagné par un continuo aussi mobile et changeant que leurs états d’âme. Non sans passion. Ainsi Pollux s’animant pour décrire l’affliction de Télaïre, ou hésitant à confier à son frère qu’un autre a soupiré pour elle, et que c’est lui-même… Ou Castor refusant que Pollux prenne sa place aux Enfers.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2026a050_castor_pollux_pg_20260316_gtg-gregory_batardon_75_high-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-210319"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Un caddie-sarcophage © Magali Dougados</sub></figcaption></figure>


<p>Le dialogue s’échauffe, monte de ton. Admirable chaleur de Pollux sur « Hâte-toi, va ! Le ciel t’ordonne d’être heureux ». Et admirable effusion de Castor promettant de redescendre aussitôt qu’il aura embrassé Télaïre. Ici, Mercure devrait apparaitre et emporter Castor, mais on se bornera à un chœur splendide, « Revenez, revenez sur les rivages sombres », avec un ravissant commentaire des flûtes.</p>
<h4><strong>La fête de l’Univers</strong></h4>
<p>Au cinquième acte, l’ultime air de Phébé, « Castor revoit le jour, Mercure le ramène », sera nous semble-t-il un peu trop marqué d’aigreur et de rancœur, mais il est vrai que la gigantesque vocalise finale, du haut en bas de la tessiture, n’incite guère à tempérer la violence.</p>
<p>Il faudrait dire encore les retrouvailles entre Castor et Télaïre, Sophie Junker magnifique d’effusion, de lyrisme (et de beauté vocale) dans son « À vous pleurer encore mes sens sont condamnés », ou le « Vivez, vivez, et laissez-moi mourir », si vibrant, si sincère, de Reinoud Van Mechelen, ou le « Ton frère est ton rival », que Télaïre avoue avec peine. Réponse de Castor : « Dissipez cet effroi, je connais ses vertus. » On est dans le sublime !</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2026a050_castor_pollux_pg_20260316_gtg-gregory_batardon_80_high-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-210320"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Télaïre et Castor © Magali Dougados</sub></figcaption></figure>


<p>Tout cela se résoudra, après un grand tintamarre de timbales déchainées, par l’apparition de Jupiter, d<em>eus ex machina</em>, et de Pollux, flûtes à l’appui : « Dieux ! je retrouve ensemble / Tous les objets de mon amour ! » chantera superbement Andreas Wolf avant son merveilleux « Sois heureux ! Je ne suis immortel qu’à ce prix ! »</p>
<h4><strong>Une ronde et des lumignons</strong></h4>
<p>Une fois que Jupiter (Alexandre Duhamel, débonnaire et sonore) aura accordé aux deux frères l’immortalité, commencera le ballet cosmogonique, qui est une des difficultés de cet opéra. Et qu’Edward Clug réussira, aidé de son costumier <strong>Leo Kulaš</strong>. Apparaîtra d’abord une planète vêtue de bleu (Charlotte Bozzi) pour une gigue, et Jupiter remettra à chacun des deux frères un sac en plastique (encore !) empli de lumignons genre guirlande de Noël, signe de leur nouvel état d’astres, puis sur une immense chaconne, (une dizaine de minutes) commencera un gigantesque mouvement tournant emportant la foule des choristes et une ronde de planètes : huit danseurs et danseuses en robes d’un bleu superbe qui tourneront elles aussi juchées, sur quoi ? Mais sur des caddies bien sûr !</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/castor_pollux_trailer_1920x1080_01-1024x576.jpeg" alt="" class="wp-image-210325"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Les planètes © Magali Dougados</sub></figcaption></figure>


<p>Puis à chacun des choristes sera remis son petit sac de lumignons, et c’est donc l’univers entier qui tournera sur le plateau, sur les infinies variations, dont beaucoup chantées, que Rameau aura inventées pour sa chaconne. Tout se terminera par un « C’est la fête de l’univers », envoyé à tue-tête par Jupiter et par le chœur. En tout cas, la fête de Rameau.</p>
<p>Fin grandiose et drôle à la fois, avec une touche de merveilleux, d’un spectacle très réussi, illuminé par des interprètes inspirés, – et conduit superbement par Leonardo García Alarcón, avec un dosage très sûr de poigne et de lâcher prise.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/rameau-castor-et-pollux-geneve/">RAMEAU, Castor et Pollux – Genève</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>MOZART, Grande Messe en ut mineur &#8211; Paris (Philharmonie)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-grande-messe-en-ut-mineur-paris-philharmonie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yves Jauneau]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 13 Feb 2025 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La fameuse Grande Messe en ut mineur K. 427 de Mozart est régulièrement programmée à la Philharmonie. On se souvient notamment de versions mémorables dirigées ici même par John Eliot Gardiner en 2016 ou encore par Marc Minkowski en 2018. Profondément influencée par Bach et Haendel, cette œuvre est, on le sait, restée inachevée. Pour &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p data-start="101" data-end="708">La fameuse <i>Grande Messe en ut mineur</i> K. 427 de Mozart est régulièrement programmée à la Philharmonie. On se souvient notamment de versions mémorables dirigées ici même par John Eliot Gardiner en 2016 ou encore par Marc Minkowski en 2018. Profondément influencée par Bach et Haendel, cette œuvre est, on le sait, restée inachevée. Pour le concert de ce soir, <b>Jordi Savall</b> en propose une version reconstituée par <b>Luca Guglielmi</b>, qui assure également ce soir la partie d&rsquo;orgue. Pour l&rsquo;occasion, l&rsquo;artiste italien, comme il l&rsquo;explique dans <a href="https://deneb.philharmoniedeparis.fr/uploads/documents/NPGS-10-02-25-20-h-Mozart-Savall.pdf">le programme de salle</a> a enrichi les sections laissées inachevées (Credo, Sanctus et Agnus Dei) en s&rsquo;efforçant de « minimiser les nouvelles compositions et d’utiliser autant que possible la musique originale de Mozart ». Guglielmi a ainsi puisé dans d&rsquo;autres œuvres du compositeur (cantate <i>Davide penitente</i> K 469 et <i>Messe en ut majeur</i> K 337 par exemple), et en écrivant certains accompagnements laissés incomplets dans le manuscrit original. Si la reconstitution est habile, il est toujours difficile d&rsquo;y adhérer complètement lors d&rsquo;une première écoute, les ajouts sonnant toujours un peu bizarrement à l&rsquo;écoute d&rsquo;une œuvre si connue.</p>
<p data-start="101" data-end="708">Au-delà de la brièveté frustrante du concert – une heure de musique à peine, c&rsquo;est décidément trop peu –, c&rsquo;est surtout la direction de Jordi Savall qui suscite des réserves. Trop empressée et rigide, elle prive l’œuvre de la respiration nécessaire à son déploiement. Plus d’une fois, les solistes se retrouvent en difficulté dans leurs vocalises, faute d’un soutien suffisamment souple, et surtout, jamais ne s’installe ce sentiment de recueillement qui devrait habiter cette Messe. Tout se passe comme si l’artiste espagnol, au lieu de laisser la musique s’épanouir, poursuivait un métronome implacable.</p>
<p data-start="101" data-end="708">Les choristes de <strong>La Capella Nacional de Catalunya</strong> et les instrumentistes du <strong>Concert des Nations</strong>, malgré leur engagement, ne parviennent pas totalement à compenser cette raideur. Les premiers, toujours investis, manquent parfois de précision, notamment dans les passages à double chœur et les fugues, où l’équilibre et la netteté des lignes laissent à désirer. Les seconds offrent certes de belles couleurs instrumentales – avec notamment des cuivres expressifs et un trio de solistes remarquable dans le « Et incarnatus est » –, mais souffrent d’un manque de cohésion et de puissance.</p>
<p data-start="101" data-end="708">Heureusement, l&rsquo;équipe de solistes vient quelque peu sauver cette soirée en demi-teinte. Là encore, on aurait toutefois aimé que la direction leur laisse plus d’espace pour s’épanouir pleinement. Les sopranos <strong>Giulia Bolcato</strong> et <strong>Elionor Martínez</strong>, aux timbres d’une belle pureté, surmontent avec brio les exigences techniques de leurs arias, tandis que la mezzo <strong>Marianne Beate Kielland</strong> impose une présence affirmée dans le « Laudamus te ». Moins sollicités par la partition, le ténor <strong>David Fischer</strong>, impeccable dans les vocalises du « Quoniam », et la basse M<strong>atthias Winckhler</strong> complètent avec élégance ce quintette vocal.</p>
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		<title>STRAUSS, Der Rosenkavalier &#8211; Genève</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/strauss-der-rosenkavalier-geneve/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 15 Dec 2023 05:30:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C’est un opéra qu’on aime tendrement, qu’on se réjouissait de revoir et réentendre, et on sort de la salle un peu déçu et maugréant, après avoir passé trois heures à donner (intérieurement) des indications aux acteurs, des « Lève-toi et marche », des « Regarde-nous », des « Approche-toi de lui, ou d’elle, vos personnages &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est un opéra qu’on aime tendrement, qu’on se réjouissait de revoir et réentendre, et on sort de la salle un peu déçu et maugréant, après avoir passé trois heures à donner (intérieurement) des indications aux acteurs, des « Lève-toi et marche », des « Regarde-nous », des « Approche-toi de lui, ou d’elle, vos personnages sont censés être amoureux à la folie »…</p>
<p>La mise en scène est de <strong>Christoph Waltz</strong>, un acteur pourtant. Il semble s’ingénier à compliquer la tâche des chanteurs. La Maréchale est toujours assise. Non pas pour trôner en majesté, mais posée là, comme emprisonnée par sa robe d’intérieur du premier acte ou ses falbalas violets du troisième. Octavian et Sophie se déclarent leur flamme, elle coincée sur son canapé Louis XV, lui sur la bergère assortie. Les trois personnages principaux, tels des monades, poursuivent chacun son chemin solitaire. D’effusion physique si peu. Triste désincarnation.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2324_CHEVALIER_ROSE_GP_GTG_c_DOUGADOS_MAGALI_E8A5524-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-152636"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Maria Bengtsson © Magali Dougados</sup></figcaption></figure>


<h4><strong>Minimalisme et pâleur</strong></h4>
<p>Le décor est à l’avenant, non moins réfrigéré. De pâles lambris, un non-lieu pour une non-mise en scène. Un plafond translucide diffusant une lumière de laboratoire domine un espace vide sans autre meuble qu’utilitaire. Un lit (mais à baldaquin), une coiffeuse, une chaise et un fauteuil (et une table roulante de type room service) au premier acte. Au deuxième acte, qui se passe, rappelons-le, chez un parvenu, le sieur Faninal, faraud de sa réussite, rien sinon les deux sièges déjà nommés, au troisième une petite table volante et un canapé recouvert d’une volée de tissu, et donc rien qui suggère l’auberge des faubourgs. En revanche, toujours les assommantes boiseries sans couleur.</p>
<p>Des didascalies d’Hofmannsthal, d’une précision quasi maniaque, il ne reste rien, ça va sans dire. On a vu des dizaines de mises en scène transposées ou prenant le contre-pied d‘un opéra pour en proposer une lecture parfois pertinente, parfois non. Ici, le parti pris de neutralité ou d’absence, de non-théâtralité, va à rebours d’un opéra qui n’est que jeu avec la tradition, que second degré, que sur-théâtralité pour mieux faire surgir, comme en contrebande, les sentiments les plus tendres, les plus inattendus, les plus impalpables. Exemple, le troisième acte, colossale bouffonnerie, que l’apparition incongrue et lumineuse de la Maréchale transfigure en apothéose du renoncement, de l’amour sublimé et de la mélancolie. Ici, la farce est grise et le sublime pâle.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2324_CHEVALIER_ROSE_GP_GTG_c_DOUGADOS_MAGALI_E8A5698_retouche-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-152620"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Magali Dougados</sup></figcaption></figure>


<p>Qu’on veuille éviter la viennoiserie de convention, le côté <em>Schlagobers</em>, c’est tout à fait défendable, et l’on se souvient de la lecture voluptueuse, fantasmagorique et grinçante de Barrie Kosky à l’Opéra de Munich il y a deux ans. Très loin du puritanisme de la mise en scène de Christopher Waltz, d’ailleurs créée à Anvers il y a une dizaine d’années et reprise au Grand Théâtre de Genève.</p>
<p>Paradoxalement, comme la soirée de première est patronnée par un célèbre joailler de la place, il y a des diamants (authentiques) partout, au bras de Sophie, à la cravate de Faninal, au doigt du baron, au cou et au bras de la Maréchale, et ça jette des éclairs, hors contexte malheureusement.</p>
<h4><strong>Un léger déficit de griserie</strong></h4>
<p>Heureusement demeure la si belle musique de Strauss. <strong>Jonathan Nott</strong> dirige un <strong>Orchestre de la Suisse Romande</strong>, dont une fois de plus on remarque la virtuosité notamment des vents, mais qui semble (influencé peut-être par ce qui se passe, ou pas, sur scène) un peu circonspect.</p>
<p>C’est aux détails d’une partition scintillante entre toutes que le chef britannique s’attache surtout. Au détriment peut-être d’un certain élan. On pense ici à la valse du baron à la fin du deuxième acte, le célèbre « Ohne mich », très en déficit de rubato, de volupté, de griserie…, plus bavarois que viennois. On ne s’attardera pas trop ici sur le prélude du premier acte, quelque peu bousculé, voire un peu pâteux, le soir de la première, mais plutôt sur une direction scrupuleuse, prudente, certes un peu trop carrée, mais du moins attentive aux chanteurs, trouvant au fil de la représentation une juste balance acoustique (l’orchestre sonnant très fort au premier acte).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2324_CHEVALIER_ROSE_PG_GTG_c_DOUGADOS_MAGALI_PRESSE_E8A6569-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-152626"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Michèle Losier et Maria Bengtsson © Magali Dougados</sub></figcaption></figure>


<p>Pour être franc, ce premier acte met un temps infini à démarrer. <br>Peu audibles, les deux amants sous leur baldaquin, et peu sensuels leurs premiers échanges. L’élégante <strong>Maria Bengtsson</strong>, qui retrouve le rôle qu’elle chantait à Anvers, trouve peu à peu ses marques, mais il faut attendre le «&nbsp;Du bist mein Bub&nbsp;» pour qu’enfin la voix acquière davantage de projection. Avec de beaux aigus, d’élégants phrasés, mais un peu confidentiels, elle dessine une Maréchale introvertie, bridée par l’inaction que lui impose le metteur en scène, et le chant en pâtit. Le monologue «&nbsp;Da geht er hin&nbsp;», qu’elle chante à son miroir, est fait de ravissants détails (et l’accompagnement chambriste des bois, le hautbois notamment, est lui aussi d’une grande délicatesse), mais on n’y sent guère encore le trouble du personnage.</p>
<h4><strong>L’acte de la Maréchale</strong></h4>
<p>Le premier acte, c’est l’acte de la Maréchale, c’est là que la douleur de l’impitoyable passage du temps devrait bouleverser, et, si l’on prend plaisir à de très jolies choses (le « und in der wie »), certaines des plus belles phrases (le « Wie macht denn das der liebe Gott ») aimeraient un medium et des graves plus fermes pour mieux s’envoler. <br>L’émotion vraie ne viendra qu’à partir de «&nbsp;Die Zeit die ist ein sonderbar’ Ding&nbsp;», avec cette impression magique que le temps, justement, un instant suspend son vol.<br>Les phrasés de <strong>Michèle Losier</strong> se seront, eux aussi, apaisés. Sa voix puissante aura retrouvé son legato. Familière du rôle d’Octavian, on la sent ici contenue dans ses élans par la mise en scène. Mais elle n’aura aucun mal à s’envoler sur les sommets de passion et de puissance de « Nicht heut ! Nicht Morgen ». Là enfin, la conversation en musique, alternant élans effusifs et brusques retraits, prendra sa vraie respiration, et Jonathan Nott respirera à l’unisson, jusqu’au dernier et bouleversant monologue où Maria Bengtsson, disant à son amant « Cet après-midi j’irai au Prater, si le cœur t’en dit viens m’y rejoindre », atteindra à l’émotion la plus vraie.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2324_CHEVALIER_ROSE_PG_GTG_c_DOUGADOS_MAGALI_PRESSE_E8A6624-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-152639"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Michèle Losier et Maria Bengtsson © Magali Dougados</sup></figcaption></figure>


<p>Maladroit à diriger deux ou trois personnages, Christoph Waltz l’est encore davantage quand il s’agit de gérer la foule de silhouettes amusantes qui envahissent la chambre de la comtesse, orphelines nobles, marchande de mode, coiffeur maniéré, montreur de chien, notaire filiforme et couple d’intrigants (<strong>Thomas Blondelle</strong> et <strong>Ezgi Kutlu</strong> tirent leur épingle du jeu en Valzacchi et Anina)… Les costumes sont assez réussis et notamment celui à la Farinelli du chanteur italien (joli timbre de <strong>Omar Mancini</strong>), chacun fait son petit tour, mais le tourbillon ne tourbillonne pas beaucoup.</p>
<p>Entre temps, le baron Ochs aura fait son entrée. <strong>Matthew Rose</strong> y a d’emblée la désinvolture et l’aisance envahissante du personnage. Peut-être pas la réjouissante énormité, l’extravagance (ni les graves de catacombe) qu’on lui connaît parfois, ni la théâtralité surjouée, le second degré dont a besoin la comédie pour que le pathétique de la Comtesse n’en apparaisse que plus déchirant.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2324_CHEVALIER_ROSE_GP_GTG_c_DOUGADOS_MAGALI_E8A5465-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-152619"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup> Maria Bengtsson et Omar Mancini © Magali Dougados</sup></figcaption></figure>


<h4><strong>Une rose désargentée</strong></h4>
<p>On glissera charitablement sur le deuxième acte, celui de la présentation de la Rose d’argent. Hofmannsthal et Strauss l’avaient conçu somptueux, avec débauche de valetaille, de hussards hongrois, de robes à panier et de brochés. Rien de tel ici. Un salon vide et tristounet où la présentation se réduit à un petit coffret (du même joaillier) que le jeune comte remet entre deux portes à la gentille Sophie, la domesticité restant tapie derrière les lambris. C’est plutôt chiche.<br>Est-ce pour compenser cette conception bon marché que l’orchestre à grands renforts de trompettes assourdissantes se fait ici tonitruant ? <br>Aux larges phrasés de Michèle Losier, répondent les lumineuses arabesques de Sophie (<strong>Mélissa Petit</strong>), sur les sommets de sa très jolie voix de soprano léger, claire et lumineuse, d’emblée d’une belle projection, avec les notes hautes aisées et la musicalité sensible qu’il faut. « Wo war ich schon einmal &#8211; Ai-je déjà connu un tel ravissement ? », chantent les deux jeunes gens. Tout le luxe de ce moment, radieux, se réfugie dans les sonorités dorées d’un orchestre dont Jonathan Nott distille les finesses et dans la fusion des deux timbres, et Michèle Losier y rayonne elle aussi.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2324_CHEVALIER_ROSE_PG_GTG_c_DOUGADOS_MAGALI_PRESSE_E8A7074-1024x576.jpeg" alt="" class="wp-image-152640"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Mélissa Petit et Michèle Losier © Magali Dougados</sup></figcaption></figure>


<p>Non moins idéal vocalement, leur duo fusionnel, «&nbsp;Ich möchte mich bei ihm verstecken&nbsp;», où Sophie chante qu’elle n’a peur de rien quand elle est ainsi entre les bras d’Octavian… alors que la mise en scène les met à deux ou trois mètres l’un de l’autre, mais peu importe, c’est musicalement qu’ils sont en effet embrassés, sur le riche tissu de cordes de flûtes et de cors que l’orchestre dessine en arrière-plan</p>
<p>Ce coup de foudre va être interrompu par l’intrusion de Faninal (plaisir de retrouver <strong>Bo Skovhus</strong>, qui n’a rien perdu de sa prestance, ni de son grand métier, sinon d’un certain velours), et du Baron qui se fait frôleur et graveleux.<br>Ici, le mieux serait de fermer les yeux, tant ce qui se passe sur scène est en dessous de ce qui se passe à l’orchestre. Jonathan Nott conduit avec flamme le crescendo que Strauss a placé là, l’un de ces changements de tempo dont il a convaincu Hofmannsthal qu’ils étaient nécessaires.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2324_CHEVALIER_ROSE_GP_GTG_c_DOUGADOS_MAGALI_E8A5389-1024x576.jpeg" alt="" class="wp-image-152635"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Michèle Losier, Matthew Rose, Maria Bengtsson © Magali Dougados</sup></figcaption></figure>


<h4><strong>Une valse trop résistible</strong></h4>
<p>La confusion devenant générale, Octavian tire (en principe) l’épée contre le Baron, qui brame qu’il va mourir et se vider de son sang. L’orchestre se déchaîne avec éclat, tous trombones dehors. Ici pas d’épée, la mise en scène croit pouvoir s’en dispenser, et les cris d’orfraie du Baron n’en semblent que plus incongrus. Brillante mise en place des voix, Sophie désespérée, Octavian vindicatif, les cuivres rugissent jusqu’à ce que le Baron plonge dans l’abattement et que commence, sur les traits sardoniques des bois et des cuivres jusqu’au tuba, son monologue « Da lieg’ich &#8211; Que n’arrive-t-il pas à un gentilhomme dans le ville de Vienne ? », une rumination à la Falstaff, que commentent ses valets (un peu mauvais genre) et qu’on souhaiterait distillée encore davantage. On aimerait que Nott ici, et Matthew Rose, s’alanguissent à plaisir jusqu’au retour du voluptueux « Ohne mich », que, décidément, on voudrait plus valsant, plus sensuel, plus insinuant, plus irrésistible.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2324_CHEVALIER_ROSE_GP_GTG_c_DOUGADOS_MAGALI_E8A5945-1024x576.jpeg" alt="" class="wp-image-152638"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Matthew Rose © Magali Dougados</sup></figcaption></figure>


<p>On sera à nouveau charitable avec le début du troisième acte. La scène de l’auberge où la folie doit être à son comble sera bien plate. Rien de convaincant, ni le désolant déguisement d’Octavian (mais il l’est toujours), ni les apparitions derrière des tulles censées effrayer Ochs et pas impressionnantes pour un gulden, ni l’invasion par la foule plus pagailleuse qu’effervescente, ni la grande robe violette de la Maréchale, un peu <em>too much</em> dans ce contexte… Mais les piaillements des enfants comme toujours seront charmants, et très applaudis. Toute la fantaisie du canular organisé pour berner le baron se réfugiera dans un prélude orchestral particulièrement périlleux (flûtes acrobatiques et beaux violons estompés). <br>La farce est toujours un peu longuette, ce «&nbsp;qui-pro-quo&nbsp;» que comprendra enfin le Baron, et que la Maréchale appellera «&nbsp;eine wienerische Maskerad’ und weiter nichts&nbsp;»…</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="1024" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2324_CHEVALIER_ROSE_PG_GTG_c_DOUGADOS_MAGALI_PRESSE_E8A7550-1024x1024.jpeg" alt="" class="wp-image-152641"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Michèle Losier et Maria Bengtsson © Magali Dougados</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Comme à l’église</strong></h4>
<p>Peu importe, ce qui compte et ce qu’on attend, c’est la fin, après l’ultime sortie d’Ochs sur fond de valse, entouré de ses faux enfants criant Papa, papa ! et poursuivi par l’aubergiste brandissant sa note. <br>Commence alors le finale, complexe architecture musicale. Si le premier trio semblera un peu titubant, mais il est écrit ainsi, les phrases tournant court, les personnages ne sachant plus trop où ils en sont (et cette incertitude s’augmente ici du fait qu’ils sont éloignés les uns des autres), bien vite l’équilibre impalpable entre les trois voix s’établira, la plénitude de Michèle Losier lançant ses «&nbsp;Marie Thérèse&nbsp;» de son plus beau grave, toutes trois voix fusionnant sur «&nbsp;Hab’ mir’s gelobt&nbsp;», moment d’enchantement bien sûr (c’est l’endroit où Sophie dit «&nbsp;Je me sens comme à l’église&nbsp;»), dominée par une Maria Bengtsson, dont la voix nous avait semblé un peu fragile au début de l’opéra, rayonnant là de ligne et de timbre.</p>
<p>Non moins lumineux l’accord des voix de Michèle Losier et de Mélissa Petit dans leur ultime « Ist ein Traum », sur des flûtes peut-être un peu trop présentes, mais c’est un détail. Comme la saynète finale des employés de l’auberge se bousculant pour récupérer le mouchoir que Sophie avait laissé tomber…</p>
<p>À l’opéra, les voix sauvent tout, mais on le savait déjà.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2324_CHEVALIER_ROSE_PG_GTG_c_DOUGADOS_MAGALI_PRESSE_E8A7643-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-152642"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Michèle Losier et Mélissa Petit © Magali Dougados</sup></figcaption></figure>
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		<title>VERDI, Don Carlos &#8211; Genève</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-don-carlos-geneve-en-cours/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 23 Sep 2023 04:37:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=spectacle&#038;p=141091</guid>

					<description><![CDATA[<p>Les murs de l’Escurial ont des oreilles. Ce n’est pas nouveau. L’atmosphère de la cour du roi d’Espagne a toujours été délétère. Mais Lydia Steier dans la nouvelle production genevoise de Don Carlos – en Français donc – se plaît à en rajouter. Faire dans la dentelle n’est pas son genre. Nul n’a oublié le traitement réservé à Salome sur la &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-don-carlos-geneve-en-cours/"> <span class="screen-reader-text">VERDI, Don Carlos &#8211; Genève</span> Lire la suite »</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Les murs de l’Escurial ont des oreilles. Ce n’est pas nouveau. L’atmosphère de la cour du roi d’Espagne a toujours été délétère. Mais <strong>Lydia Steier</strong> dans la nouvelle production genevoise de <em>Don Carlos</em> – en Français donc – se plaît à en rajouter. Faire dans la dentelle n’est pas son genre. Nul n’a oublié le traitement réservé à <em><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/salome-paris-bastille-du-sang-du-sexe-et-une-grande-salome/">Salome sur la scène de la Bastille</a></em> la saison dernière. Par comparaison, le chef d’œuvre de Verdi, qui n’avait pas été joué à Genève depuis la réouverture du Grand Théâtre en 1962, semble avoir été épargné. Les vicissitudes des Habsbourg stimuleraient-elles moins l’imagination ? Le manque patent d’idées caractérise une approche scénique qui cherche à se démarquer du livret sans y parvenir. « Nous avons beaucoup travaillé pour construire une situation analogue à celle de l’Espagne des années 1560 », explique la metteure en scène dans le programme. Pourquoi tant d’efforts ? Pourquoi d’ailleurs transposer ? <a href="https://www.forumopera.com/breve/quand-lopera-doit-reapprendre-le-respect-le-coup-de-semonce-demiliano-gonzalez-toro/">Remise sur la table par Emiliano Gonzalez Toro</a>, la question est d’actualité.</p>
<p>Montrer Elisabeth enceinte s’avère la seule extrapolation notable d’une lecture fastidieuse inspirée notamment par <em>La vie des autres</em>, le film de Florian Henckel von Donnersmarck narrant l’espionnage par la Stasi d’un dramaturge est-allemand. Au passage, Dieu a été mis au placard. Les moines sont défroqués ; la Voix du ciel descendue des cintres ; l’apparition surnaturelle de Charles Quint tolérée car imposée par la partition mais non montrée. Jugés coupables, Elisabeth et Carlos sont pendus, sous l’œil indifférent de Philippe II trop occupé à faire des gazous gazous au nouveau-né pour se soucier du sort de sa famille. Avant d’arriver à cette extrémité fatale, il aura fallu subir dans une lumière uniformément grise le mouvement incessant d’une tournette qui pallie l’absence de danseurs lors du ballet en accélérant sa vitesse de rotation. A bailler d’ennui, si Don Carlos n’était œuvre suffisamment exaltante pour surmonter toute entreprise de déconstruction.</p>
<pre style="text-align: center;"><strong><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/DON-CARLOS_Geneve_5-1294x600.jpg" /></strong>Don Carlos (Genève) © Magali Dougados</pre>
<p>Le parti pris n’est pas sans incidence sur l’interprétation musicale lorsque la scénographie met en péril le chant et que le cri se substitue à la note. Il ne faudrait pas que la voix d’<strong>Eve-Maud Hubeaux</strong>, flamboyante Eboli, soit sacrifiée sur l’autel du <em>regietheater</em>. La chanson du voile expose la souplesse acquise sur les bancs du bel canto quand, à l’inverse, le dramatisme des tableaux suivants la pousse à des excès expressionnistes et des éructations contraires aux règles du beau chant. On craint que son mezzo-soprano à terme n’en sorte pas indemne. Sans se plier à de telles extrémités, veillant au contraire à préserver l’égalité de son émission, <strong>Charles Castronovo</strong> est aussi mis à rude épreuve par l’écriture inconfortable de Carlos. Sur une ligne dont on perçoit les tensions et les limites, subsistent la sombre beauté du timbre et, dans les moments d’élégie, une douceur conforme à la fragilité de l’Infant. Grand Inquisiteur moins charbonneux que ne le veut la coutume, <strong>Liang Li</strong> s’incline face à la puissance de <strong>Dmitry Ulyanov</strong>, bien que ce dernier soit annoncé souffrant. De l’Escurial au Kremlin, il y a peu. C’est moins l’orgueil blessé de Philippe que l’âpre cruauté de Boris qui s’exprime au travers de ce chant taillé à la faucille et au marteau, dont les défauts d’intonation sont mis sur le compte de l’indisposition. Sans (encore) posséder l’exacte dimension du falcon voulu par Elisabeth, <strong>Rachel Willis Sørensen</strong> dépose aux pieds de la Reine l’étoffe d’un soprano lyrique incandescent, aux aigus vainqueurs, qu’ils soient dessinés à la pointe fine, dans l’adieu à la Comtesse d’Aremberg par exemple, ou lancés fièrement à larges traits lorsque la souveraine outragée prend le pas sur la femme sacrifiée. « Toi qui sus le néant des grandeurs de ce monde », son grand air du cinquième acte, est un des deux moments forts de la soirée, l’autre étant la mort de Posa. De tous, <strong>Stéphane Degout</strong> reste le seul à répondre aux impératifs de diction et de déclamation imposés par le choix de la version française. Le mélodiste transparaît derrière l’attention portée au mot tandis que la maîtrise du legato donne l’impression que chaque phrase est tracée d’une seule ligne, nette, claire, égale. C’est magnifique. Les membres du Jeune Ensemble – <strong>Ena Pongrac </strong>(Thibault), <strong>William Meimert</strong> (Un moine), <strong>Giulia Bolcato</strong> (La voix céleste) – semblent encore trop inexpérimentés pour des seconds rôles qui, en dépit de leur brièveté, demandent des chanteurs de premier plan.</p>
<p><strong>Marc Minkowski</strong> enfin inscrit sa direction dans la généalogie du grand opéra français, dont il est devenu un des premiers spécialistes. Mais Verdi avec <em>Don Carlos</em> ne veut-il pas se démarquer d’un modèle en voie en perdition pour opérer une espèce de syncrétisme – français par la forme, allemand par l’orchestre, italien par le chant ? D’où l’impression de ne pas trouver entièrement son compte dans cette lecture attentive aux chanteurs mais en mal de lyrisme et de contraste chez un chef qui nous a habitué à plus de théâtralité. Effet pervers de la mise en scène, des choix ne manquent pas d’interroger, telles l’insertion d’un numéro de ballet avant le 4e acte et la suppression dans une version voulue intégrale de la déploration sur la dépouille de Posa. Cette perplexité est renforcée par une certaine confusion chorale, notamment dans la scène monumentale de l’autodafé.</p>
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		<title>VERDI, Nabucco &#8211; Genève</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-nabucco-geneve/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maurice Salles]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 14 Jun 2023 03:59:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Vox populi vox dei ? A en juger ainsi, l’enthousiasme qui a salué samedi soir la mise en scène du Nabucco confié par le Grand Théâtre de Genève à Christiane Jatahy prouve que c’est une réussite indiscutable. Pourtant on peut s’interroger sur la proposition. Pour cette artiste brésilienne qui se définit comme auteure, metteuse en &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Vox populi vox dei</em> ? A en juger ainsi, l’enthousiasme qui a salué samedi soir la mise en scène du <em>Nabucco </em>confié par le Grand Théâtre de Genève à <strong>Christiane Jatahy</strong> prouve que c’est une réussite indiscutable. Pourtant on peut s’interroger sur la proposition. Pour cette artiste brésilienne qui se définit comme auteure, metteuse en scène et cinéaste cet opéra –&nbsp;le deuxième qu’elle met en scène –&nbsp;est une occasion de plus d’interroger, comme elle le fait depuis près de vingt ans la notion de frontière entre les arts et de traiter un thème récurrent dans son œuvre, celui des populations déplacées. Quel lieu plus indiqué que la ville où siège le Haut-Commissariat pour les réfugiés ? Mais quel rapport précis avec le <em>Nabucco </em>de Verdi et Solera ?</p>
<p>Dans cette œuvre, conformément à l’essence du théâtre, le spectacle des vicissitudes vécues par les personnages sert à l’édification du spectateur, qui les voit affronter des épreuves dont il est bien aise d’être épargné mais dont il sait qu’elles existent, &nbsp;ce qui l’amène à réfléchir sur ces situations et sur lui-même. Mais il peut se sentir aussi concerné par les sentiments collectifs qu’expriment les chœurs –&nbsp;qui n’a pas envie de chanter, avec les Suisses de <em>Guillaume Tell, «&nbsp;</em>Liberté, redescends des cieux »&nbsp;?&nbsp; Jadis cantonnés au rôle de commentateurs des aventures des héros, ils s’affirment désormais en tant que groupe et c’est ce que font les Hébreux en particulier dans le célébrissime « Va pensiero ».</p>
<p>D’où l’idée de Christiane Jatahy de placer au sein du public des interprètes, peut-être dans l’espoir que les spectateurs seront transformés par ce voisinage. Elle appelle à une révolution intérieure, comme dans ces réunions évangéliques où les curieux, stimulés par la foi démonstrative des fidèles, sont appelés à se convertir. Et plus il y aura de conversions et plus la force collective grandira, et plus elle pourra influencer la société indépendamment des élites qui manipulent le peuple pour accaparer le pouvoir. Verra-t-on, à la fin du cycle –&nbsp;dernière le 29 juin – des Bastilles tomber à Genève ? Force nous est d’avouer que le vibrato prononcé de la choriste proche nous a surtout embarrassé, et peut-être en a-t-il été de même pour les spectateurs qui, ayant dû se lever pour permettre aux choristes disséminées de rejoindre leur groupe, se sont placidement rassis.</p>
<p>A deux reprises les chœurs s&rsquo;aligneront le long des murs du parterre, en particulier à la fin voulue par Christiane Jatahy, qui a imaginé de leur faire rechanter le « Va pensiero »&nbsp;après la mort de la repentie Abigaille. Pour faire la soudure entre le final et cette reprise, <strong>Antonino Fogliani,</strong> qui dirige les représentations, a accepté d’écrire un intermezzo, ce qui n’a pas dû tourmenter ce compositeur contrarié. En deux minutes il instille une palette sonore qui a éveillé en nous des échos de Hindemith et de Webern, quand l’auteur nous suggère Sciarrino. Quoi qu’il en soit ce déplacement vers un univers sonore différent est fait assez habilement pour ne pas traumatiser l’auditeur et il permet à la metteuse en scène de refaire entendre ce chœur dont les lecteurs savent qu’il est une plainte nostalgique. Si encore il s’agissait d’un manifeste incitant à l’action&#8230; Avouons-le, le pourquoi de cette reprise nous échappe.<img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/22-23_GTG_Nabucco_GP_20230605%E2%94%AC%C2%AECaroleParodi_HD-coul-6517-1294x600.jpg" alt=""></p>
<pre style="text-align: center">© Carole Parodi</pre>
<p>Le spectacle lui-même ne laisse pas d’interroger. A scène ouverte, des miroirs qui reflètent la salle à la vaste traîne qui sera parure et entrave d’Abigaille, du plan d’eau où les solistes pataugent &nbsp;à la fonction dramatique mystérieuse d’une pluie diluvienne, <strong>Thomas Walgrave </strong>et <strong>Marcello Lipiani </strong>créent des images auxquelles vont s’ajouter les projections coordonnées par <strong>Batman Zavareze, </strong>et les prises de vue de <strong>Paolo Camacho</strong>. Les caméras, instruments « de surveillance »&nbsp;comme quand Zaccaria les utilise pour manipuler les Hébreux, peuvent être des instruments de lutte, selon la metteuse en scène. Et le spectateur est bombardé d’images, dont beaucoup de gros plans. Mais comme ces images ne sont pas celles fictivement reprises par les caméras visibles sur scène mais le montage d’images enregistrées auparavant, on peut constater des décalages entre l’image du chanteur et ce que l’on entend, et ainsi est créée l’impression fâcheuse d’un play-back. Et l’on en revient à se demander si ce mélange est productif : par essence, le théâtre met à distance, pour permettre d’y voir clair. Ces tourbillons d’images, y aident-ils ?</p>
<p>Pas d’exotisme orientalisant dans les costumes d’<strong>An d’Huys </strong>: des vêtements contemporains sans recherche particulière, complet bleu pour Nabucco et son armée, pantalon pour Abigaille dont la volonté de pouvoir est perçue par Christiane Jatahy comme « masculine ». Mais une trouvaille singulière : Zaccaria impose à Fenena une robe que nous avons d’abord associée à la tenue des prêtresses du candomblé avant de lire dans le programme qu’il s’agit d’une « robe de mariée façon burka de Balenciaga Haute Couture ». Par la suite un groupe de cinq – ou six ? –&nbsp;portant la même toilette qui dénie une identité à celles qu’elle recouvre passera en procession, probablement symbole de l’oppression féminine, et deux d’entre elles s’écrouleront.</p>
<p>Nous sera-t-il permis de regretter, devant l&rsquo;ampleur des moyens mis à disposition des réalisateurs, ne serait-ce qu’en choristes et figurants – pas loin de cent personnes sur scène, sans compter les solistes – le traitement des épisodes merveilleux ?&nbsp; L’intervention divine qui terrasse Nabucco impressionne peu, comme inachevée, et la destruction de l’idole de Baal est purement et simplement escamotée. Le spectacle semble s’adresser au public qui a déjà vu cinq ou six <em>Nabucco</em>. Rappelons une fois encore que la survie de l’opéra dépend de ceux qui y vont pour la première fois et auront envie d’y retourner !</p>
<p>Il est temps d’en venir à ce qui, pour nous, constitue le véritable évènement et justifie amplement qu’on courre à ce spectacle. L’orchestre de la Suisse Romande brille de tous ses feux et délivre une exécution pleine de raffinements, tous pupitres réunis. Les musiciens épousent la conception d’Antonino Fogliani pour qui cet opéra est le coup de dé qui décidera du destin de Verdi musicien. Avec ferveur il modèle les phrases, soutient l’énergie, colore les contrastes, révèle le lyrisme séducteur ou péremptoire d’une écriture où circulent déjà les prémices d’idées musicales qui nourriront &nbsp;<em>Macbeth </em>et <em>Rigoletto. </em>Purgé de tout accent vériste, ce <em>Nabucco </em>qui tient encore au bel canto redevient le maillon entre le passé proche et l’avenir qu’il annonce. C’est délectable en soi et cela l’est d’autant plus dans cette interprétation amoureuse.</p>
<p><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/22-23_GTG_Nabucco_G_20230609_CaroleParodi_HD-1700.jpg" alt=""></p>
<pre style="text-align: center">© Carole Parodi</pre>
<p>Ce bonheur monté de la fosse, le plateau ne l’altère pas. Dans les courts rôles de Fenena, d’Abdallo et du Gran Sacerdote de Baal, trois membres du Jeune Ensemble du Grand Théâtre, cette mini-troupe constituée de jeunes chanteurs à l’orée de leur carrière. Pour chacun d’eux il s’agit d’une prise de rôle, et c’est une joie de constater leurs qualités et leur engagement. Les notes aigües de la &nbsp;mezzosoprano <strong>Ena Pongrac</strong> semblent encore un peu vertes, mais elle phrase bien le cantabile de son adieu à la vie. Le ténor <strong>Omar Mancini</strong> campe le fidèle de Nabucco d’une voix bien sonore et celle de <strong>William Meinert</strong> a la profondeur requise pour l’homologue assyrien de Zaccaria. <strong>Giulia Bolcato</strong>, membre elle aussi du Jeune ensemble, s’efforce de combler par sa présence scénique le rôle encore plus effacé d’Anna, la sœur de Zaccaria.</p>
<p><strong>Davide Giusti,</strong> d’une voix vigoureuse, donne un relief notable à Ismaele, le neveu du roi d’Israël qui par amour protège la fille du souverain ennemi, et il restitue la complexité d’un personnage parfois dédaigné. De Zaccaria,&nbsp;<strong>Riccardo Zanellato</strong> a la noblesse&nbsp;; mais dans cette production, le personnage est un manipulateur et sa noblesse n’est qu’une affectation destinée à tromper la crédulité du peuple qui se détournera de lui. L’acteur parvient avec finesse à rendre sensible cette duplicité. Le chant est policé, racé, mais on ne peut se défendre de souhaiter un peu plus de volume à son entrée, alors que rien dans le décor ne vient renvoyer la voix.</p>
<p>Il faut dire qu’entre sa pseudo-fille et Nabucco il affaire à de fortes pointures. <strong>Saioa Hernandez</strong> obtiendra un triomphe mérité par la bravoure avec laquelle elle affronte et domine le rôle d’Abigaille. Il y a bien quelques aigus métalliques, mais cela s’oublie vite quand les suivants ne le sont pas et que la voix cavalcade des cimes aux tréfonds, incisive, percutante, voire brutale, avant de s’alanguir dans l’évocation de l&rsquo;amour qui aurait pu, qui pourrait être, brossant ainsi un portrait tout en nuances de la mal-aimée. Dans le rôle-titre <strong>Nicola Alaimo</strong> semble tout à son aise alors qu’il essuie lui aussi son baptême du feu. C’est une jouissance d’être gratifiés de la maîtrise d’une voix qui semble avoir retrouvé toute sa plénitude et d’une interprétation qui ne laisse rien à désirer sur le plan vocal ou scénique. On s’abandonne au plaisir et à la joie de penser que la lumière vocale est le reflet d’une paix reconquise. Triomphe pour lui aussi, évidemment, pour Antonino Fogliani, et, nous l’avons dit, aucune dissension perceptible pour la proposition scénique. On aura compris qu’elle ne nous a pas convaincu de sa pertinence, mais les bonheurs musicaux et vocaux sont tels qu’elle ne peut les amoindrir&nbsp;!</p>
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