<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?><rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
	xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/"
	>

<channel>
	<title>Anna GORYACHOVA - Artiste - Forum Opéra</title>
	<atom:link href="https://www.forumopera.com/artiste/goryachova-anna/feed/" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link>https://www.forumopera.com/artiste/goryachova-anna/</link>
	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
	<lastBuildDate>Mon, 20 Jan 2025 22:43:57 +0000</lastBuildDate>
	<language>fr-FR</language>
	<sy:updatePeriod>
	hourly	</sy:updatePeriod>
	<sy:updateFrequency>
	1	</sy:updateFrequency>
	<generator>https://wordpress.org/?v=6.9.4</generator>

<image>
	<url>https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/cropped-Favicon-32x32.png</url>
	<title>Anna GORYACHOVA - Artiste - Forum Opéra</title>
	<link>https://www.forumopera.com/artiste/goryachova-anna/</link>
	<width>32</width>
	<height>32</height>
</image> 
	<item>
		<title>VERDI, Requiem &#8211; Marseille</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-requiem-marseille/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maurice Salles]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 21 Jan 2025 05:00:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=spectacle&#038;p=181147</guid>

					<description><![CDATA[<p>Succès d’affluence pour ce Requiem de Verdi qui n’avait pas été donné à l’Opéra de Marseille depuis 2009. Les habitués, certes, mais aussi des néophytes qui se donnaient rendez-vous à l’entracte, tous ont mêlé leurs applaudissements et leurs ovations aux saluts, après avoir observé un silence profond durant l’exécution. La genèse de la création de &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-requiem-marseille/"> <span class="screen-reader-text">VERDI, Requiem &#8211; Marseille</span> Lire la suite »</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-requiem-marseille/">VERDI, Requiem &#8211; Marseille</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Succès d’affluence pour ce <em>Requiem </em>de Verdi qui n’avait pas été donné à l’Opéra de Marseille depuis 2009. Les habitués, certes, mais aussi des néophytes qui se donnaient rendez-vous à l’entracte, tous ont mêlé leurs applaudissements et leurs ovations aux saluts, après avoir observé un silence profond durant l’exécution.</p>
<p>La genèse de la création de l’œuvre est bien connue : la mort de l’écrivain Alessandro Manzoni, en mai 1873, affecte profondément Verdi, qui voyait en lui un phare de la culture italienne, et c’est pour lui rendre un hommage solennel qu’il décide de lui élever ce tombeau musical. La composition s’étendra sur plusieurs mois et la création aura lieu en l’église San Marco de Milan le 22 mai 1874, anniversaire du décès de l’écrivain, précédée de longues tractations avec la hiérarchie catholique pour qu’elle consente à la présence d’un chœur féminin. Trois jours plus tard le <em>Requiem </em>sera à l’affiche de La Scala avant d’être donné triomphalement à travers l’Europe.</p>
<p>C’est parce que Manzoni était un chrétien fervent que Verdi a choisi la forme d’une messe de Requiem, dont la liturgie a été codifiée lors du Concile de Trente au XVIe siècle, même si à Milan le rite a ses spécificités prétendument héritées de l’évêque Ambroise, le saint patron de la ville. Mais le compositeur étant au moins agnostique et probablement athée, pouvait-il mettre en musique l’expression des affres d’un croyant à l’heure de comparaître devant son créateur ? Question peut-être inutile : est-il nécessaire de croire à l’existence d’un juge suprême pour faire un examen de conscience ? Quel être humain n’a rien à se reprocher ?</p>
<p>C’est donc en tant que tel, être fini et faillible, que Verdi s’empare des paroles qui exhalent la terreur et implorent la miséricorde, et qu’il imagine la musique susceptible de les exprimer. Il avait à disposition, outre un quatuor de solistes, plus de deux cents musiciens et choristes, de quoi édifier l’œuvre monumentale correspondant à sa vision du grand homme auquel il rend hommage. Il ne prétend pas, quoi qu’en disent certains, faire entendre une voix divine : les tumultes qui convulsent la partition ne sont pas l’image d’une puissance écrasante mais l’écho de la violence, de l’angoisse et du tourment que cette conviction d’un Juge implacable éveille chez le croyant.</p>
<p>Dans leur variété et leur complémentarité, les solistes représentent les différents types d’individus et des approches personnelles de l’événement redouté. Dans leur nombre et leur genre, les choristes représentent les sentiments communs aux croyants qui composent l’humanité. Devant l’échéance terrible du <em>Dies irae</em> la soumission est la règle, il ne reste que la prière, et les paroles de la liturgie semblent indiquer la stratégie. D’abord prier pour les défunts (donne leur le repos), puis pour soi (qui prendra ma défense ?), avouer qu’on est coupable (j’en rougis), argumenter (tu as absous Marie-Madeleine et le voleur), montrer son repentir (prostré et contrit) et se fondre dans la masse (épargne le coupable, donne-leur le repos).</p>
<p>Ainsi alternent les prières pour les autres et le plaidoyer pro domo, l’expression individuelle et collective qui va de la terreur  suppliante à l’espoir de la miséricorde qui délivrera de la souffrance. Au rituel de la messe succède alors la dernière prière – Libère-moi, Seigneur ! – dont l’intensité initiale deviendra un souffle sur lequel l’œuvre s’achèvera, le son mourant avec celui qui l’exhale.</p>
<p>Il y a dans ce parcours toute la science de la dramaturgie que Verdi a conquise en trente-cinq ans de composition d’opéra. Il tire du texte tous les effets musicaux utiles à son projet qu’il complète avec ce <em>Libera me Domine </em>qu’il avait composé pour l’hommage avorté à Rossini en 1869. Le résultat a fait discuter : ce <em>Requiem </em>relève-t-il de la musique religieuse ou du théâtre ? Est-ce si important ? La composition existe, et dans un contexte social où la pratique religieuse a beaucoup reculé par rapport à l’époque de la création, elle a un pouvoir sur les auditeurs qui ne se dément pas. Et comme on ne peut pas imaginer que seuls des croyants fervents assistaient à ce concert, il faut bien que l’enthousiasme final ait d’autre causes qu’une adhésion collective à la spiritualité de l’œuvre.</p>
<p><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/P1720581-%C2%A9-photo-Christian-DRESSE-2025-scaled-e1737383073563.jpg" /></p>
<p>Le constat qui s’impose, que les auditeurs de Radio Classique devraient pouvoir vérifier le 9 février à 20 heures et plus tard en replay, est la qualité de l’exécution, qui rend justice à l’œuvre en provoquant chez les spectateurs des émotions peut-être d’ordre spirituel mais sûrement d’abord sensuelles. L’oreille est comblée par l’homogénéité et les nuances des chœurs, la subtilité des cordes, le brillant des cuivres, l’efficacité des percussions, le brio des flûtes, la pertinence des tempi et des contrastes sonores, et la qualité du quatuor vocal réuni. Sans doute pourrait-on souhaiter çà et là un équilibre plus subtil entre la houle de l’orchestre et la voix des solistes, en particulier pour <strong>Angélique Boudeville</strong> et <strong>Anna Goryachova</strong>, dont la projection semble parfois trop confidentielle. Peut-être a-t-on manqué de temps pour des ajustements nécessaires ? Peut-être la disposition de l’orchestre, jusqu’en bord de scène, a-t-elle empêché les solistes de s’installer à la rampe. De notre siège, le corps du chef d’orchestre, installé sur un pupitre surélevé au milieu de la rampe, faisait souvent écran à la mezzo. Ces perceptions imparfaites liées à une position dans la salle ne devraient pas exister à l’enregistrement.</p>
<p>D’autant qu’un autre facteur doit être pris en compte, celui des intentions interprétatives. Verdi y insistait, on le sait par sa correspondance. Ainsi l’impression de moindre poids vocal d’Anna Goryachova pourrait-elle naître de l’intention de la chanteuse de soumettre sa voix d’opéra à l’ascèse d’une prière ? Quoi qu’il en soit, sa prestation vocale, comme celles du ténor <strong>Iván Ayón-Rivas</strong>, de la basse <strong>Simon Lim</strong> et d’ <strong>Angélique Boudeville</strong>, ont eu l’expressivité et la virtuosité nécessaires pour rendre justice à cette musique hybride.</p>
<p>Grand ordonnateur de l’ensemble, avec le chef de chœur <strong>Florent Mayet</strong>, <strong>Michele Spotti</strong> est le grand gagnant de l’épreuve : il dirigeait son premier <em>Requiem </em>de Verdi et il donne une nouvelle preuve de sa capacité à fédérer les équipes au service d’une œuvre dont il maîtrise déjà toute la dynamique. Sans le moindre fléchissement il la conduit à son terme avec une fermeté exempte de brutalité mais gorgée d’une énergie constamment sous contrôle et richement nuancée. Alors il la laisse mourir dans le murmure du dernier appel : <em>Libera me</em>, et le silence qui n’en finit pas, avant que n’éclatent les acclamations, est l’indubitable hommage que le public rend à cette interprétation.</p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-requiem-marseille/">VERDI, Requiem &#8211; Marseille</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>ROSSINI, Tancredi &#8211; Bregenz</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/rossini-tancredi-bregenz/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Marcel Humbert]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 23 Jul 2024 04:00:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=spectacle&#038;p=168899</guid>

					<description><![CDATA[<p>« Candeur Virginale » écrivait Stendhal à propos de Tancredi. Sans doute serait-il surpris de la version proposée ce soir. Après Agathe qui en pinçait hier soir pour Ännchen (Der Freischütz), c’est ce soir un autre couple lesbien qui tient la tête d’affiche. La question sexuelle du travesti a depuis longtemps taraudé les metteurs en scène : &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/rossini-tancredi-bregenz/"> <span class="screen-reader-text">ROSSINI, Tancredi &#8211; Bregenz</span> Lire la suite »</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/rossini-tancredi-bregenz/">ROSSINI, Tancredi &#8211; Bregenz</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>« Candeur Virginale » écrivait Stendhal à propos de <em>Tancredi</em>. Sans doute serait-il surpris de la version proposée ce soir. Après Agathe qui en pinçait hier soir pour Ännchen (<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/weber-der-freischutz-bregenz/"><em>Der Freischütz</em></a>), c’est ce soir un autre couple lesbien qui tient la tête d’affiche. La question sexuelle du travesti a depuis longtemps taraudé les metteurs en scène : ah, deux femmes ensemble, quelle jouissance. Mais, comme dirait l’autre, personne n’est parfait.</p>
<p>Car la vraie question, c’est : <em>Tancredi</em> est-il un opéra de chef, de chanteurs ou de metteur en scène ? Il semble que ce soir ce soit la première acception qui prévale. Car devant un auditoire peu habitué au répertoire rossinien, le brio de l’orchestre mené par <strong>Yi-Chen Lin</strong>, ainsi que le foisonnement de la mise en scène l’emportent nettement sur les côtés poétiques et sentimentaux développés sur scène par les personnages principaux. La cheffe taïwanaise n’est certes pas une spécialiste de Rossini, mais l’orchestre auquel elle insuffle un grand allant sonne avec brio, et les cadences, si elles font plus penser à <em>Cenerentola</em> qu’à l’<em>opera seria</em>, galvanisent autant les chanteurs que les spectateurs. Tout au plus les finesses instrumentales aux cordes et aux vents sont-elles parfois un peu gommées. Mais le relais est pris par la mise en scène, qui sait, comme le meilleur prestidigitateur, détourner l’attention.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large is-resized"><img fetchpriority="high" decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/1-9573-342-corr-1-1024x475.jpg" alt="" class="wp-image-168912" width="861" height="399"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Festival de Bregenz &#8211; Karl Foster</sub></figcaption></figure>


<p>Sur une immense tournette, un beau décor très italien de <strong>Ben Baur</strong> évoque un palais un peu <em>destroy</em> où a été installé un appartement des années 70. C’est là que s’active toute une mafia que Tancrède s’efforce de détruire. Tout cela sera prétexte à ce qui est devenu notre lot quotidien dans tous les opéras du monde : passages à tabac, hommes armés de mitraillettes et de revolvers tirant sur tout ce qui bouge, suspect attaché à une chaise, un sac noir sur la tête, tortures diverses, giclées de sang sur les murs, corps sanguinolents, bref on n’est guère dépaysés, au point que le rêve, quand on va au théâtre, serait quand même d’être débarrassés de tout ce fatras. Mais au total, si l’on admet ce parti pris, c’est plutôt bien fait, la mise en scène de <strong>Jan Philipp Gloger</strong> est efficace et tout s’écoule quasiment sans temps morts.</p>
<p><strong>Anna Goryachova</strong>, qui avait été ici même en 2019 la Dulcinée du <em>Don Quichotte</em> de Massenet, a plusieurs fois chanté le rôle de Tancrède, notamment à Beaune en 2022, concert à propos duquel Fabrice Malkani notait : « Son beau timbre peine à se faire entendre avec toute la plénitude voulue ». Paradoxalement, cette voix qui semble opulente reste souvent confidentielle – c’est le cas notamment dans le fameux air « Di tanti palpiti » –, manquant de projection et comme entravée par un important vibrato. Elle n’en restitue pas moins la douleur touchante de Tancredi, et parvient à convaincre dans l’air « Perche turbar la calma ». Fort curieusement, ce commentaire correspond toujours parfaitement à la prestation de ce soir. Ici, pas de virtuosité gratuite, simplement le respect de la partition et du texte, avec quelques prudentes vocalises, et bien sûr sans variations. Donc par rapport à de prestigieuses titulaires du rôle, on ne peut que rester sur sa faim. Le « O ! Patria » ne réveille ce soir, chez la cantatrice et chez les spectateurs, ni sens patriotique, ni ardeurs belliqueuses&#8230; Car le personnage manque de vigueur réelle, de tempérament, de fougue. Il est plutôt bien joué, mais il n’est ni habité ni réellement vécu, et l’émotion paraît quelque peu factice. Donc, ni vraiment guerrier agressif, ni vraiment amant malheureux, il ne reste qu’un personnage qui se laisse un peu balloter au gré des événements.</p>
<p>À ses côtés, <strong>Mélissa Petit</strong> (Amenaide) est au contraire toute de spontanéité et de légèreté, apanages de la jeunesse vocale. On apprécie la fraîcheur d’une voix égale sur toute la tessiture, aussi à l’aise dans l’aigu que dans les vocalises. Elle brille aussi par son aisance en scène et sa solide implication dans le rôle. L’humour n’est jamais loin non plus, et elle nous gratifie aux saluts finaux d’une somptueuse révérence en jean troué. <strong>Antonino Siragusa</strong> retrouve le rôle d’Argirio, qu’il a beaucoup chanté, notamment à Pesaro en 2012. Sa voix stridente est restée techniquement la même, et s’il accroche en force toutes les notes, même les plus périlleuses, on ne peut pas dire qu’il génère un grand plaisir auditif, même si l’adéquation avec le personnage paraît bonne. Orbazzano est interprété de manière très classique par <strong>Andreas Wolf</strong>, et Isaura par <strong>Laura Polverelli</strong>. Les chœurs se sortent plutôt bien de l’exercice, avec vigueur et clarté, mais dans un style qui pencherait plus vers le germanisme que vers l’italianisme…</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/rossini-tancredi-bregenz/">ROSSINI, Tancredi &#8211; Bregenz</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>MOZART, La Clemenza di Tito &#8211; Anvers</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-la-clemenza-di-tito-anvers/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maxime de Brogniez]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 21 Sep 2023 13:34:08 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=spectacle&#038;p=141718</guid>

					<description><![CDATA[<p>L’opéra nous parle de nous. C’est une évidence, peut-être même une banalité. La Clémence de Titus ne déroge pas à la règle : amour, pouvoir, amitié, trahison, concorde et réconciliation, mort. Les thèmes abordés sont universels et les interprétations, dès lors, infinies. Mais La Clémence de Titus est aussi un opéra éminemment situé : composé à l’occasion &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-la-clemenza-di-tito-anvers/"> <span class="screen-reader-text">MOZART, La Clemenza di Tito &#8211; Anvers</span> Lire la suite »</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-la-clemenza-di-tito-anvers/">MOZART, La Clemenza di Tito &#8211; Anvers</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>L’opéra nous parle de nous. C’est une évidence, peut-être même une banalité. <em>La Clémence de Titus</em> ne déroge pas à la règle : amour, pouvoir, amitié, trahison, concorde et réconciliation, mort. Les thèmes abordés sont universels et les interprétations, dès lors, infinies. Mais<em> La Clémence de Titus</em> est aussi un opéra éminemment situé : composé à l’occasion des fêtes du couronnement de Léopold II, roi de Bohême, en septembre 1791 à Prague, l’œuvre condense à la fois les ambitions politiques de ses commanditaires et les thématiques chères au compositeur. Ce n’est assurément pas par goût que le couple impérial et Antonio Salieri, compositeur officiel de la cour, ont demandé à Mozart de composer un opéra fondé sur le livret que Métastase avait écrit en 1734 pour Caldara. On connaît en effet l’aversion déclarée de l’Empereur pour l’œuvre de Mozart et le célèbre mot de l’Impératrice Marie-Louise d’Espagne qui ne vit dans <em>La Clémence de Titus </em>qu’une <em>porcheria tedesca</em> (une cochonnerie allemande). Les Praguois, en revanche, vouaient un amour fervent à la musique de Mozart. La commande de cette œuvre était, en réalité, une manière de raffermir les liens entre les souverains et le peuple dans un contexte politiquement très instable. Le livret de 1734 avait en effet été écrit dans le cadre de la crise de la succession polonaise qui déboucha sur quatre ans de guerre. Dans le contexte révolutionnaire de la fin du XVIII<sup>e </sup>siècle, il était nécessaire que les souverains offrent au peuple une œuvre qui ravive leur attachement à un monarque d’une droiture exemplaire, tout entier dévoué à ses sujets. <em>La Clemenza</em> semble offrir l’image d’un État idéal au fondement duquel se trouvent l’amour du souverain pour les sujets et des sujets pour le souverain, la clémence et l’art qui, dans le contexte précis de l’avant-dernier opéra de Mozart, opère comme lien entre le peuple et les élites.</p>
<p>C’est précisément la nature de l’art et de son utilisation par les élites dans un contexte révolutionnaire que <strong>Milo Rau</strong> entend interroger. Titus n’est plus seulement un empereur romain, il est aussi artiste. Manière de montrer que la perpétuation du pouvoir des élites passe toujours par une certaine esthétisation du réel, esthétisation nécessaire à une certaine écriture de l’Histoire et de ses mythes. L’image – image organisée et contrôlée, en d’autres termes, l’image du pouvoir – est partout : camera-live, photographies, tableaux vivants… On reconnaît aisément <em>Le Radeau de la méduse</em>, <em>La Liberté guidant le peuple</em> ou encore <em>La Mort</em> <em>de Marat</em>, autant de tableaux indissociables du <em>mythe </em>révolutionnaire. Autant de tableaux inscrits dans un récit collectif où l’Histoire est faite de flux orientés, d’hommes providentiels, d’événements apparemment cohérents. Autant de tableaux qui semblent aller dans « le sens de l’Histoire ». Mais, on le sait, rien n’est pur. L’histoire de l’humanité, c’est en réalité celle des femmes et des hommes. Celle de milliers de singularités.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/a5cP600000031ZCIAY_1740x1218-1294x600.jpg?&amp;cacheBreak=1695244294364" alt="" data-name="image" />© Annemie Augustijns</pre>
<p>La démarche du metteur en scène – documentaire et biographique – vise précisément à rendre à ces singularités une voix propre au sein de ce qu’on appelle souvent une « œuvre d’art totale ». À l’occasion des longs moments d’introspection auxquels se livrent les personnages – soit des moments consacrés à l’exaltation d’une individualité –, les interprètes racontent leur histoire, leur vraie histoire. Milo Rau évite ainsi de rejouer dans le processus de mise en scène l’instrumentalisation de l’art et des personnes qu’il entend dénoncer. Plus fondamentalement, il souligne très sensiblement la tension art-réel qui est au fondement de l’opéra ou encore la tension unité (toujours artificielle)-diversité (constituant la vie réelle) constitutive de toute <em>histoire figée</em>. Dina Al Jamal interprète une chamane. Elle a étudié le chant et le violon, a vécu à Alep et est arrivée en Belgique en 2019 pour vivre dans un monde normal. Un monde sans guerre. Alireza Sadrnejad incarne un soldat. Il a étudié le cinéma en Iran. En Belgique, il est libre mais seul. Sarah Yang, qui chante Servilia, vient de Corée du Sud. Elle a vécu et étudié en Allemagne. Maria Warenberg est russo-néerlandaise. Ses parents ont quitté Leningrad pour les Pays-Bas dans les années 1970. Elle se reconnaît dans le rôle d’Annio qu’elle interprète. Etc.</p>
<p>L’opéra s’achève par une évocation de <em>La Chute d’Icare</em>, de Brueghel l’Ancien. Dans ce tableau, l’attention est spontanément portée vers un paysan qui laboure, alors que l’élément qui devrait être central est relégué à un coin, flou, presqu’invisible. Manière de montrer que l’important est souvent ailleurs. Manière de s’interroger sur la glorification <em>du</em> peuple – sur son esthétisation – par les fascismes modernes.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" class="cptCroppingImage aligncenter" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/a5cP600000031Z6IAI_1740x1218-768x538.jpg" />© Annemie Augustijns</pre>
<p>Après avoir sacrifié le dernier Anversois (volonté de rompre avec une certaine tradition lyrique ou de couper les <em>racines</em> ?), après avoir glorifié une première fois la clémence de l’empereur (manière de montrer que la glorification des puissants est inéluctable ?), l’ouverture retentit. <strong>Alejo Pérez</strong> offre une interprétation vive, le tempo est allant, parfois nerveux, la lecture est claire, voire analytique. Dans la suite, l’orchestre ne lâchera jamais cette tension, sans toutefois hystériser l’œuvre. Les moments doux ou plus dramatiques sont interprétés comme tels. Pérez parvient à conférer à une formation large le son et l’énergie qu’offrent généralement des ensembles plus restreints.</p>
<p><strong>Jeremy Ovenden </strong>campe un Tito au timbre clair mais à la projection limitée. Si la mise en scène peut sembler laisser de côté la question de la sincérité du personnage, l’acteur dépeint à merveille les doutes, tourments et colères par lesquels il passe. Le Sesto d’<strong>Anna Goryachova </strong>est remarquable. Le voix est ample, le timbre chaud. La projection est large et puissante. Elle impose une présence pleine et offre des vocalises où l’articulation précise ne sacrifie pas la rondeur du son. La Vitellia d’<strong>Anna Malesza-Kutny </strong>offre un premier air très touchant. Elle parvient à rendre la musique directement signifiante, alors que les surtitres sont remplacés par un premier récit biographique ajouté. Son duo avec Sesto, en ouverture du premier acte, révèle deux musiciennes attentives et met en évidence de très beaux contrastes de timbres (Sesto a la rondeur et l’épaisseur du velours, alors que Vitellia a la douceur et la fluidité de la soie). <strong>Maria Warenberg</strong> offre une largeur vocale qui confère à Annio une personnalité d’emblée affirmée, à certains égards presque virile. <strong>Sarah Yang </strong>est une Servilia aux aigus éclatants et lumineux. Le couple Servilia-Annio s’avère ainsi particulièrement intéressant sur le plan vocal. Enfin, le Publio d’<strong>Eugene Richards III </strong>allie rondeur et puissance, en gardant à tout moment la mesure imposée par une partition qui place la virtuosité du côté de l’agilité vocale et non de la force d’émission.</p>
<p>Proposition philosophique musicalement exemplaire, la production de Milo Rau n’est peut-être pas idéale pour aborder une première fois l’œuvre de Mozart. Elle l’est en revanche pour transformer nos rapports au monde. N’est-ce pas le rôle premier de l’opéra ?</p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-la-clemenza-di-tito-anvers/">MOZART, La Clemenza di Tito &#8211; Anvers</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Musiques en Fête &#8211; Orange</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/musiques-en-fete-2023/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Brigitte Maroillat]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 23 Jun 2023 04:00:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=spectacle&#038;p=134308</guid>

					<description><![CDATA[<p>Musiques en Fête, incontournable levé de rideau des Chorégies, donne chaque année un avant-gout de la parure revêtue par le festival. Cette année, la volonté affichée par Jean-Louis Grinda est de placer les Chorégies sous le signe du renouveau et cela se remarque dès cette parenthèse introductive, grande fête populaire de l’art lyrique. Outre les &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/musiques-en-fete-2023/"> <span class="screen-reader-text">Musiques en Fête &#8211; Orange</span> Lire la suite »</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/musiques-en-fete-2023/">Musiques en Fête &#8211; Orange</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Musiques en Fête</em>, incontournable levé de rideau des Chorégies, donne chaque année un avant-gout de la parure revêtue par le festival. Cette année, la volonté affichée par <strong>Jean-Louis Grinda</strong> est de placer les Chorégies sous le signe du renouveau et cela se remarque dès cette parenthèse introductive, grande fête populaire de l’art lyrique. Outre les nombreux nouveaux talents mis sur le devant de la scène du Théâtre antique, le programme traditionnellement pluriel, a été recentré sur la voix et l’opéra avec des solos, duos, trios, quatuors et même un hilarant  septuor, allant du <em>Bel Canto</em> au répertoire dramatique, en passant par le Baroque. « Cette année, j’ai voulu renouveler les distributions avec de nouvelles voix que je suis allé chercher un peu partout et qui participent de l’espoir que l’opéra perdure en dépit de tous les Cassandre ! Et puis j’ai voulu en même temps renouveler le répertoire avec des œuvres que pour la plupart nous n’avons pas encore entendues à Musiques en Fête »<em>,</em> nous a confié <strong>Alain Duault, </strong>concepteur historique du programme.</p>
<p>Lundi soir, <em>Musiques en fêtes</em>, s’est donc décliné sur un air nouveau. La famille s’est enrichie de jeunes visages, et parmi ceux-ci, l’heureuse surprise de ce florilège vocal, la soprano d’origine éthiopienne <strong>Mariam Battistelli</strong>. Débordant d’énergie, facétieuse, elle reprend ici avec brio le rôle de Musetta qu&rsquo;elle avait déjà interprété à Monte Carlo en 2020. On peut aujourd&rsquo;hui mesurer tout le chemin parcouru par la jeune chanteuse depuis sa prestation monégasque. Son passage par l’Ecole de perfectionnement du Palais des Arts de la Reine Sofia, lui a été manifestement bénéfique.  Elle interprète Musette avec une facilité et une décontraction qui montre déjà tout du potentiel de la jeune soprano. Autre attraction vocale de la soirée, la mezzo-soprano <strong>Anna Goryachova</strong>, qui a fait sensation l&rsquo;année dernière en Roméo dans <em>I Capuletti et I Montecchi, </em>se lance ici dans le répertoire baroque avec « Venti, turbini, prestate » du <em>Rinaldo</em> de Haendel avec des moyens vocaux exceptionnels servis par un timbre à la fois sombre et moiré conférant à son interprétation profondeur couleurs, et expressivité. Elle cultive la virtuosité et un art consommé de l’ornementation qui révèlent une artiste de fière et belle allure. Autres nouvelles venues : <strong>Aurélie Jarjaye</strong> à la voix émouvante dotée d’un léger vibrato, touche au cœur dans « Memories » de <em>Cats</em> et <strong>Sandra Hammoui</strong>, au chant soigné et au timbre clair, mais qui ne possède pas tout à fait la légèreté et la dimension aérienne requises pour le « Ah non credea mirarti » de <em>La Somnambula</em>.</p>
<p>Coté masculin, le ténor <strong>Julien Henric </strong>a suscité le frisson dans l’air de Roméo « Lève-toi Soleil » servi par un timbre superbe, une voix homogène et assurée, un aigu percutant, avec une projection et une diction impeccables. Le ténor <strong>Diego Godoy</strong> impressionne par l’ampleur de ses moyens et son engagement dans « Di quella pira » de <em>Il Trovatore</em>. L’artiste ne manque pas d’ardeur et d’héroïsme, même si on s’attendrait toutefois, avec une telle puissance, à plus de nuances et davantage d’amplitude et de virtuosité. Il s’est en revanche montré beaucoup plus à son aise en  Duc de Mantoue, dont il a la brillance et l’assurance, motivé sans doute par sa partenaire (que de baisers dans ce duo !) <strong>Emy Gazeilles</strong>, Gilda au timbre clair et à luminosité  juvénile. Les ténors étaient d’ailleurs fort bien représentés dans cette soirée, puisqu’outre Julien Henric et Diego Godoy, <em>Musiques en fête </em>accueillait également <strong>Kaëlig Boché</strong> en Don José. Il n’a guère été aisé au jeune chanteur de trouver ses marques face à la Carmen stratosphérique de <strong>Marina Viotti</strong> dans le duo final de l’acte 1. Dans <em>La Fleur que tu m&rsquo;avais jetée</em>, au-delà de qualités évidentes de timbre et de ligne de chant, il a toutefois manqué puissance et charisme au jeune ténor pour être pleinement convaincant. Le rôle de Don José n&rsquo;est donc pas (encore) pour lui. En revanche, à ce stade, il ferait merveille dans Ferrando de<em> Cosi</em> <em>Fan tutte</em> dont il possède le phrasé, le timbre et les nuances piano. La basse <strong>Adrien Mathonat</strong> confère à l’air « O wie will ich triumphieren » de somptueuses couleurs vocales.  Sa descente vers les tréfonds abyssaux de sa tessiture pourrait toutefois être moins tendue et davantage audible, mais la voix convoque à l&rsquo;évidence l’émotion. Aucune basse française ne possède actuellement comme celle-ci une telle densité de timbre si caractéristique des chanteurs de l’Europe de l’Est.</p>
<p>Parmi les artistes davantage familiers de l’évènement, Le baryton-basse argentin <strong>Nahuel di Pierro</strong> s’est quant à lui distingué par la noblesse du grain profond d’une voix chaude, mais aussi une diction impeccable qui rendent son interprétation de « Vi ravviso, o luoghi ameni » de <em>La Somnambula</em> magistrale.</p>
<p>Outre les nouveaux visages, certaines voix de la grande famille de <em>Musiques en Fête</em> ont répondu présent, tel <strong>Florian Sempey</strong> superbe d’autorité et de présence dans « Estuans Interius », du <em>Carmina Burana</em> de Orff, <strong>Jerôme Boutillier</strong> égal à lui-même dans le Toast d’Escamillo qu’il habite comme à son habitude avec maestria, Côté féminin, les stars de la soirée, ont incontestablement été Marina Viotti et <strong>Catherine Hunold</strong>, venue en <em>invitée </em>de dernière minute. Sa participation à <em>Musiques en Fêtes</em> a permis de faire découvrir au public qu’elle n’est pas seulement wagnérienne, mais également une grande interprète dramatique capable de s’emparer avec brio de Macbeth ou Norma, dans laquelle elle a d&rsquo;ailleurs brillé en duo avec une Marina Viotti, superlative. Cette dernière a montré qu’elle était en effet capable d’épouser tous les répertoires avec une aisance déconcertante : de Bellini à Bizet en passant par une « Historia de un amor » d’Almaran, où elle se fond à la perfection dans le style andalou jouant de son timbre rond et corsé pour livrer une lecture éminemment sensuelle. Pour rester dans l’exceptionnel et le spectaculaire, il convient de mentionner le moment de bravoure et la pyrotechnie vocale de la soprano Catalane <strong>Sarah Blanch Freixes</strong> dans l’exubérant « Glitter and be gay » tiré de <em>Candide</em> de Berstein. La colorature virtuose est aussi une comédienne hors paire qui tient la scène en véritable show-woman, obligeant d&rsquo;ailleurs le caméraman à épouser son ballet de contorsions scéniques pour pouvoir la suivre ! Dans la même veine de l&rsquo;<em>entertainment</em> de haute volée, et complétant ce florilège vocal, la chanteuse <strong>Isabelle Georges</strong> s’est illustrée avec brio dans  « My heart belongs to Daddy » de Cole Porter. Portant haut la tradition du Music-Hall combinée à la maestria et l&rsquo;éclectisme de l&rsquo;entertainer à l&rsquo;Américaine, elle nous livre un numéro pétillant et plein d&rsquo;allant.</p>
<p>Pour accompagner ce parterre d’artistes, l’Orchestre national de Montpellier, le Chœur de Parme et le Chœur de l’Opéra de Monte-Carlo, avec la maîtrise de l’Opéra d’Avignon dirigés par les chefs <strong>Luciano Acoccella</strong> et <strong>Didier Benetti</strong> qui ont été rejoints cette années par la jeune cheffe <strong>Chloé Dufresne</strong> Révélations « chef d&rsquo;orchestre » aux Victoires de la musique et assistante de <strong>Gustavo Dudamel</strong> la direction musicale du Los Angeles Philharmonic. Mentionnons également le chœur d&rsquo;enfants de <em>Pop the Opera</em> dans un émouvant medley Disney.</p>
<p>Musiques en Fête nous a offert lundi soir une belle soirée lyrique, qui ne se perd pas sur des chemins de traverse. Renouant ainsi avec l’esprit de ses années fondatrices, cette treizième édition conçue comme une ode à la voix (et aussi à la joie) a su, sans nul doute,  capturer le regard et l&rsquo;intérêt tant du grand public que de l’amateur éclairé.</p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/musiques-en-fete-2023/">Musiques en Fête &#8211; Orange</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>BELLINI, I Capuleti e i Montecchi — Paris (Bastille)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/i-capuleti-e-i-montecchi-paris-bastille-repertoire-nest-pas-un-gros-mot/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Antoine Brunetto]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 23 Sep 2022 04:00:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/spectacle/rpertoire-n-est-pas-un-gros-mot/</guid>

					<description><![CDATA[<p>L’Opéra national de Paris fait preuve de prudence pour sa rentrée : plutôt que de miser sur des nouvelles productions, il puise dans son répertoire. Après La Cenerentola et Tosca, Alexander Neef célèbre ainsi Robert Carsen en reprogrammant La Flute enchantée et ce soir I Capuleti e i Montecchi. Cette dernière production fait partie de l’histoire &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/i-capuleti-e-i-montecchi-paris-bastille-repertoire-nest-pas-un-gros-mot/"> <span class="screen-reader-text">BELLINI, I Capuleti e i Montecchi — Paris (Bastille)</span> Lire la suite »</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/i-capuleti-e-i-montecchi-paris-bastille-repertoire-nest-pas-un-gros-mot/">BELLINI, I Capuleti e i Montecchi — Paris (Bastille)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>L’Opéra national de Paris fait preuve de prudence pour sa rentrée : plutôt que de miser sur des nouvelles productions, il puise dans son répertoire. Après <em>La Cenerentola</em> et <a href="https://www.forumopera.com/tosca-paris-bastille-ovation-debout-pour-gustavo-dudamel-et-son-equipe"><em>Tosca</em></a>, Alexander Neef célèbre ainsi <strong>Robert Carsen</strong> en reprogrammant <em>La Flute enchantée</em> et ce soir <em>I Capuleti e i Montecchi</em>.</p>
<p>Cette dernière production fait partie de l’histoire de l’Opéra Bastille : créée en 1996, elle a été reprise en 1998, 2004, 2008 (avec Joyce DiDonato et Anna Netrebko), et enfin 2014 !</p>
<p>Le classicisme du spectacle, imaginé par Robert Carsen pour la mise en scène et <strong>Michael Levine</strong> pour les décors et les costumes, défie plutôt bien le passage des années. L’opposition du rouge des Capulet et du noir des Montaigu, l’omniprésence du rouge sang dans les panneaux délimitant un univers toujours clos et oppressant, tout rappelle qu’il y aura une tragédie au bout du compte. Pris en étau ici non seulement par les haines familiales mais aussi, dans le livret signé Felice Romani, par les conflits ancestraux entre les Guelfes et les Gibelins, les amours de Romeo et Giulietta sont condamnées.</p>
<p>Si le visuel est toujours aussi esthétique, magnifié par les éclairages de <strong>Davy Cunningham</strong>, on pourra regretter (<a href="https://www.forumopera.com/i-capuleti-e-i-montecchi-paris-bastille-romeo-et-eurydice">comme nous le faisions déjà en 2014</a>) une direction d’acteurs manquant parfois de souffle, en particulier le final de l’acte 1, très statique. Les scènes intimes fonctionnent mieux sans que l’on sache si on le doit d’abord au metteur en scène ou à la grâce des interprètes.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/i_capuleti_e_i_montecchi_22-23_c_emilie_brouchon_-_onp_2.jpg?itok=nDLgDn3e" title="Julie Fuchs (Giulietta) © Emilie Brouchon / Opéra de Paris" width="468" /><br />
	Julie Fuchs (Giulietta) © Emilie Brouchon / Opéra de Paris</p>
<p>La nouveauté est ce soir à rechercher du côté de la fosse, avec les débuts de <strong>Speranza Scappucci</strong> à l’Opéra de Paris. L’ouverture au tempo très vif pourrait faire croire à une conduite pétaradante <em>alla</em> Evelino Pidò (qui dirigeait la série de 2008). Mais il n&rsquo;en est rien et on est très vite rassuré par l’équilibre de cette direction, très attentive aux chanteurs, dont on pourra simplement regretter quelques alanguissements intempestifs. L’Orchestre de l’Opéra national de Paris, un peu bousculé au départ, retrouve très vite ses marques, faisant montre de belles sonorités, et distillant avec élégance les soli instrumentaux dont le compositeur a parsemé la partition.</p>
<p>Les Chœurs masculins de l’Opéra national de Paris, très sollicités tout au long de l’ouvrage, font preuve d’une grande rigueur : on admire la plasticité et l’homogénéité du chant, jusque dans l’émouvant chœur final dans le tombeau.</p>
<p>La distribution réunie ce soir fait honneur au chant bellinien, le couple amoureux trouvant en <strong>Julie Fuchs</strong> et <strong>Anna Goryachova</strong> un duo d’une belle alchimie.</p>
<p>La Giulietta gracile de Julie Fuchs touche dès son entrée. Cette voix d’essence légère possède une pulpe et un frémissement qui captivent chez l’héroïne mélancolique. Il n’est nulle question ici de tranchant ou d’héroïsme mais de délicatesse, avec une technique belcantiste (avec <em>messa di voce</em> et quelques beaux trilles) au service de l’émotion. Surtout l’interprète rayonne, passant dans la scène du tombeau en un clin d’œil d’une parfaite ingénuité (« Ebben, che importa ? ») au désespoir total quand elle comprend que son amant agonise dans ses bras.</p>
<p>Silhouette androgyne, voix longue sombre mais sans lourdeur (et sans poitrinage excessif), le Romeo de la mezzo russe séduit par son chant très modelé dans la cantilène. Les passages plus guerriers à l’acte 1 (« La tremenda ultrice spada ») la trouvent un peu à court d’arrogance et on y rêverait plus d’aspérités. Pourtant on s’incline devant la probité de ce chant qui gagne en ampleur et en puissance au fur et à mesure de la soirée.</p>
<p>La séduction n’est pas l’atout principal de son rival Tebaldo. <strong>Francesco Demuro</strong> délivre une prestation irréprochable, osant variations dans les reprises et suraigus, et l’acteur est arrogant à souhait. Pourtant, cela ne peut faire totalement oublier un timbre dont les nasalités ne trouvent pas grâce à nos oreilles.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="223" src="/sites/default/files/styles/large/public/web_capture_22-9-2022_05133_.jpeg?itok=ywzqxImk" title="Anna Goryachova (Romeo) et Jean Teitgen (Capellio) © Emilie Brouchon / Opéra de Paris" width="468" /><br />
	Anna Goryachova (Romeo) et Jean Teitgen (Capellio) © Emilie Brouchon / Opéra de Paris</p>
<p>Les basses sont elles luxueuses. En particulier, le Capellio de <strong>Jean Teitgen</strong> impressionne : autorité, mordant, puissance, il fait du père de Giulietta un homme frustre et glaçant. <strong>Krzysztof Bączyk</strong>, plus clair de timbre, ne rivalise pas en terme de volume mais instille une belle humanité à son personnage.</p>
<p>On vous le dit : le répertoire n’est pas un gros mot, surtout quand il est défendu comme ce soir.</p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/i-capuleti-e-i-montecchi-paris-bastille-repertoire-nest-pas-un-gros-mot/">BELLINI, I Capuleti e i Montecchi — Paris (Bastille)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>ROSSINI, L&#039;italiana in Algeri — Beaune</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/litaliana-in-algeri-beaune-litalienne-a-beaune/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Mariage]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 31 Jul 2022 04:00:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/spectacle/l-italienne-beaune/</guid>

					<description><![CDATA[<p>Cela fait plusieurs année maintenant que Jean-Christophe Spinosi et son Ensemble Matheus parcourent l’Europe avec leur Italienne à Alger dans leurs bagages. Partis de Salzbourg en 2018, dans une production qui consacrait les débuts de Cecilia Bartoli dans le rôle d’Isabella, ils font une première escale à Beaune en 2019, avant de poursuivre leur route vers le &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/litaliana-in-algeri-beaune-litalienne-a-beaune/"> <span class="screen-reader-text">ROSSINI, L&#039;italiana in Algeri — Beaune</span> Lire la suite »</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/litaliana-in-algeri-beaune-litalienne-a-beaune/">ROSSINI, L&#039;italiana in Algeri — Beaune</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Cela fait plusieurs année maintenant que<strong> Jean-Christophe Spinosi</strong> et son <strong>Ensemble Matheus</strong> parcourent l’Europe avec leur <em>Italienne à Alger </em>dans leurs bagages. Partis de Salzbourg en 2018, dans une production qui consacrait les débuts de Cecilia Bartoli dans le rôle d’Isabella, ils font une première escale à Beaune en 2019, avant de poursuivre leur route vers le Théâtre des Champs-Élysées en 2020, chaque fois avec une distribution vocale différente. Cette année, ils revenaient s’amarrer au Festival de Beaune, qui se nomme désormais depuis quelques années « Festival d’opéra baroque <em>et romantique</em> » et propose donc des interprétations historiquement informées d’œuvres du début du XIX<sup>e </sup>siècle, héritières du premier <em>bel canto</em> italien. </p>
<p>Une semaine plus tôt, le Festival de Beaune programmait <a href="https://www.forumopera.com/tancredi-beaune-intelligence-de-la-virtuosite"><em>Tancredi</em></a>, opéra <em>seria</em> créé avec succès le 6 février 1813 à la Fenice de Venise. Commandé par le directeur d’un autre directeur de théâtre vénitien la même année, soucieux de sauver une saison mal engagée, et composé en à peine un mois sur un livret déjà existant, <em>L’Italienne à Alger</em> est le premier opéra <em>buffa</em> d’envergure de Rossini. Jean-Christophe Spinosi et son ensemble Matheus révèlent la frénésie et l’inventivité qui ruissellent sous la plume alerte d’un compositeur qui n’a alors que 21 ans. Les tempos vifs, les couleurs acidulées et boisées des instruments à vents, l’aspérité de l&rsquo;attaque des cordes, notamment des violoncelles et des contrebasses, font crépiter cette partition avec vivacité et éclat.</p>
<p>Il convient cependant d’emblée de faire une remarque sur l’acoustique de la Basilique Notre-Dame, où le concert a été déplacé depuis la cour des Hospices, à cause d’un trop fort taux d’humidité qui aurait pu faire souffrir les instruments d’époque. Au-delà de l’incongruité cocasse qui consiste à jouer un opéra <em>buffa</em> de Rossini sous la croisée du transept d’une église, devant le grand autel, son impressionnant tabernacle et son crucifix doré, l’acoustique très réverbérée du lieu pénalise grandement le rendu sonore de l’orchestre et des voix des chanteurs. On devine parfois plus à l’œil qu’à l’oreille le tranchant de telle attaque ou la netteté de telle vocalise, car ce qui nous parvient est parfois bien flou. Les instruments à vent s’en sortent mieux que les cordes, en timbrant solidement leurs interventions. Si le chef n’avait pas redoublé d’attention dans la précision de ces indications, l’ensemble aurait pu paraître confus. </p>
<p>Justement, on sent que Jean-Christophe Spinosi tient à rendre justice au chahut très organisé que Rossini dispense tout au long de son œuvre. On aura rarement entendu à quel point la partition de <em>L’Italienne à Alger</em> est d’une inventivité débridée, qui tire son efficacité du règlement millimétré de son exécution. La musique porte constamment le langage vers une quasi abstraction, par la vélocité avec laquelle certains passages doivent être chantés ou par de délirants ensembles, comme ce fameux concert d’onomatopées dans le finale du premier acte. Et Spinosi a parfaitement compris que c’est dans la mesure et la précision que la réalisation musicale rend compte de la démesure et de la confusion des situations et des propos des personnages. Notons également que la partie de continuo au clavecin est assuré par <strong>Stéphane Fuget</strong>, chef apprécié la veille dans un extraordinaire <em>Orfeo</em>, qui déploie son art du tempo théâtral et de l’ornementation expressive avec le même talent que dans Monteverdi.</p>
<p>Fort du succès public du concert donné en 2019, le Festival de Beaune à réinvité avec Jean-Christophe Spinosi trois chanteurs qui faisaient alors déjà partie de l’aventure. <strong>Luigi De Donato</strong>, qu’on a également vu la veille dans le rôle de Caronte dans <em>L’Orfeo</em> de Monteverdi, incarne Mustafà avec un charisme ravageur. On sent qu’il est un habitué du rôle et qu’il est chez Rossini en terrain connu. La voix est celle d’une basse bouffe, mais comme le créateur du rôle, qui était connu pour ses rôles dans les opéras <em>seria</em>, il donne de l’autorité à certains passages, conduisant son phrasé et sa vocalisation avec beaucoup d’élégance. Il est, sur le plan de l’incarnation, d’un engagement à tout épreuve, changeant de t-shirt avant l’arrivée d’Isabella pour l’accueillir d’un « hey » inscrit sur son torse et jouant avec une ivresse visible les poses du séducteur ridicule. </p>
<p>On se souvient encore de l&rsquo;inoubliable <a href="https://www.forumopera.com/le-comte-ory-paris-opera-comique-tu-ne-hueras-point">Comte Ory</a> que <strong>Philippe Talbot</strong> avait incarné à l’Opéra Comique il y a quelques années. Le rôle de Lindoro le met d’abord un peu à l’épreuve : le registre aigu, très sollicité dans sa première cavatine, est tendu et le chant syllabique véloce dans son duo avec Mustafà ne le présente pas sous son meilleur jour (mais c&rsquo;est une épreuve ardue pour presque tout non-italianophone de naissance&#8230;). Cependant, les colorations variées de la voix, le charme d’un timbre d’une grande tendresse et sa musicalité racée rattrapent vite ces premières inquiétudes et on le voit déployer son art le plus élevé dans sa cavatine du deuxième acte, en dialogue avec un hautbois enjôleur. </p>
<p><strong>Riccardo Novaro</strong> est de toute la distribution celui qui possède la voix la plus gorgée d’<em>italianità</em>. Son Taddeo est impeccable et passe avec aisance de vocalises soignées en accents bouffes avec une haute maîtrise de son instrument. Il fait de son personnage l’un des plus sympathiques de l’ouvrage, tour à tour trompeur et trompé, mais toujours d’une sincérité touchante. </p>
<p>La technique vocale qu’<strong>Anna Goryachova </strong>n’est pas toujours très orthodoxe, mais ce serait mentir que de dire qu’elle n’est pas une Isabella qui séduit malgré tout. La voix est un peu artificiellement assombrie et son émission en arrière ne lui permet pas une diction italienne très expressive. De bruyantes respirations intempestives, qui semblent être là plus pour amplifier une certaine contenance dramatique, comme dans la première partie de « Cruda sorte » ou dans « Per lui che adoro », que pour subvenir à ses besoins en oxygène, sont assez gênantes et hachent le phrasé. Mais ce timbre aux sonorités « creusées » évoque aussi un feu qui couve et l’interprète sait parer son chant de couleurs ensorcelantes, qui chargent certains passages d’une grande intensité, surtout que la vocalisation est incisive et que chacune de ses interventions revêt un aspect acéré qui saisit immanquablement. De plus, on perçoit qu’elle aussi est une habituée du rôle : son Isabella est une femme assurée, qui sait comment s&rsquo;imposer au milieu de tous ces hommes, qu’elle mène par le bout du nez avant tout par sa finesse d’esprit. </p>
<p>Trois jeunes chanteurs prometteurs assurent les rôles secondaires d’Elvira, Zulma et Haly. <strong>Gwendoline Blondeel</strong>, qui chantait Euridice et la Musica la veille dans <em>L’Orfeo</em>, est une Elvira convaincante, même si ce n’est pas le type de voix – peu vibrée, à l’émission très franche – que l’on a l’habitude d’entendre dans ce répertoire. Son vibrato très serré lui permet dans les ensembles de lancer des aigus dardés qui font sur le public un effet certain. Sa suivante Zulma est incarnée par la jeune contralo <strong>Margherita Maria Sala</strong>, à l’aisance scénique certaine et aux graves d’une ample densité. Enfin, le rôle d’Haly, à qui échoit un air qui d’après le manuscrit autographe n’est pas de la main de Rossini (cela s’entend, on croirait presque un air de Mozart) revient à <strong>José Coca Loza</strong>. Sa voix de basse est déjà d&rsquo;une grande maturité et se démarque par un mordant bienvenu.</p>
<p><em>L&rsquo;Italienne à Alger</em> a pour particularité de convoquer un chœur exclusivement masculin. Ce sont les hommes du <strong>Chœur de chambre de Namur</strong> qui complètent avec bonheur cette belle distribution par une sonorité d’ensemble homogène et une diction très nette, aussi bien dans les passages où ils se moquent de Mustafà que dans ceux où ils admirent Isabella.</p>
<p>Ce concert réjouissant est disponible à la réécoute sur <a href="https://www.radiofrance.fr/francemusique/podcasts/le-concert-du-soir/l-italienne-a-alger-de-rossini-au-festival-de-beaune-7759330">France Musique</a>.</p>
<p> </p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/litaliana-in-algeri-beaune-litalienne-a-beaune/">ROSSINI, L&#039;italiana in Algeri — Beaune</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>ROSSINI, Tancredi — Beaune</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/tancredi-beaune-intelligence-de-la-virtuosite/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabrice Malkani]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 19 Jul 2022 16:56:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/spectacle/intelligence-de-la-virtuosit/</guid>

					<description><![CDATA[<p>Le festival de Beaune, associé principalement au répertoire lyrique baroque qu’il a largement contribué à faire redécouvrir, est depuis un certain temps festival de musique baroque et romantique. Ainsi Tancredi de Rossini succède-t-il ce soir à Partenope de Haendel donné la veille. C’est là un choix qui illustre une forme de continuité en dépit des &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/tancredi-beaune-intelligence-de-la-virtuosite/"> <span class="screen-reader-text">ROSSINI, Tancredi — Beaune</span> Lire la suite »</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/tancredi-beaune-intelligence-de-la-virtuosite/">ROSSINI, Tancredi — Beaune</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Le festival de Beaune, associé principalement au répertoire lyrique baroque qu’il a largement contribué à faire redécouvrir, est depuis un certain temps festival de musique baroque et romantique. Ainsi <em>Tancredi</em> de Rossini succède-t-il ce soir à <em>Partenope</em> de Haendel donné la veille. C’est là un choix qui illustre une forme de continuité en dépit des ruptures dans la dénomination des époques et des styles, la poursuite avec d’autres moyens d’un art de la composition et du chant, qui fait que l’on peut réunir sous le terme générique d’opéra un <em>dramma per musica</em> et un <em>melodramma eroico</em>. Tout un pan de l’histoire de l’opéra comme lieu d’expression du beau chant semble s’esquisser dans ce passage des airs ciselés de Haendel à ceux, non moins ornés, de Rossini, à travers deux œuvres qui ne font pas partie des plus connues du grand public. Le <strong>Cercle de l’Harmonie</strong> jouant sur des instruments d’époque, comme le fait de son côté l’ensemble des Arts Florissants pour la musique baroque, on peut percevoir avec clarté, en comparant cette soirée avec la précédente, les différences de sonorité, la recherche singulière d’un climat musical propre à chaque œuvre, une autre façon aussi de concevoir l’expression des affects.</p>
<p>Ce que donne à entendre la représentation de ce soir, c’est que les nuances subtiles du chant et de la musique prennent leur source dans un texte, celui du livret – ici conçu d’après la pièce <em>Tancrède</em> de Voltaire. La direction de <strong>Jérémie Rhorer</strong> fait entendre l’intelligence musicale de ce texte, portée par les timbres des vents et le grain des cordes, l’éclat des cuivres et des percussions, tout autant que par le chant des personnages et du chœur. L’arrivée de Tancrède (acte I, scène 5) en est un exemple parfait, mettant en valeur l’inventivité de Rossini dans la transcription musicale du voyage maritime, ou encore le prélude musical de la grande scène de Tancrède à l’acte II, qui exprime le parallèle entre le paysage tragique (ou la tragédie romantique du paysage) et l’état d’âme du héros, ou bien l’extraordinaire finale du premier acte. Tout au long de la représentation, la richesse des nuances et la précision des tempi dans leur alternance et leurs contrastes sont un enchantement perpétuel.</p>
<p>Dans ce contexte, les voix s’épanouissent, leurs inflexions et leurs ornementations prennent sens, répondent à la nécessité tragique du destin, de l’injustice et de la méprise ou aux passions fondamentales – amour et haine – sans être purement décoratives. Au premier rang figure Argirio, le père d’Aménaide, qui, dans la pièce de Voltaire, se lamente en ces termes : « je suis né malheureux / Jamais aucun succès n’a couronné mes vœux ». Il en va bien autrement du ténor <strong>Michele Angelini</strong>, remplaçant au pied levé Matthew Newlin qui, prévu pour ce rôle, a contracté le Covid. Alors que la veille encore il chantait Rinaldo dans <em>Armida</em> de Rossini à Bad Wilbad, Michele Angelini déploie une énergie considérable dans les nombreux airs d’Argirio, avec une aisance confondante, dans la diction, la projection, les coloratures et les aigus, qui sont d’une clarté et d’une sonorité exceptionnelles. Doué d’une présence impressionnante, il illustre cette dimension proprement dramatique du chant rossinien, qui rend pleinement légitime une version de concert comme celle de ce soir.</p>
<p>La soprano <strong>Sarah Traubel</strong> est une Amenaide touchante, convaincante et vocalement très solide : son agilité vocale et la justesse des aigus n’a d’égale que la qualité de l’émission et la précision du phrasé. Elle excelle dans les épanchements lyriques, comme dans la superbe scène 4 du II, « Di mia vita infelice » à la suite du très beau passage qui succède à l’introduction orchestrale avec solo de cor anglais, puis dans le très attendu « No, che il morir non è », applaudi comme un certain nombre d’autres airs.</p>
<p>Le rôle d’Orbazzano nécessite une voix puissante dans les graves, profonde et sombre, afin d’exprimer le contraste souhaité – autre effet théâtral – avec Argirio d’une part, avec Tancrède d’autre part. C’est la basse <strong>Andreas Wolf</strong> qui donne toutes ces qualités au personnage, avec une articulation parfaite, une expressivité dramatique et une projection qui lui permettent de s’imposer en illustrant avec talent les turpitudes et l’autorité d’Orbazzano.</p>
<p>Avec des voix pareilles dans les premières scènes du premier acte, on attendait beaucoup du rôle-titre, Tancredi, qu’interprète la mezzo-soprano <strong>Anna Goryachova</strong>, apparemment très concentrée sur la partition et dont le beau timbre peine à se faire entendre avec toute la plénitude voulue. Paradoxalement, cette voix qui semble opulente reste souvent confidentielle – c’est le cas notamment dans le fameux air « Di tanti palpiti » –, manquant de projection et comme entravée par un important vibrato. Elle n’en restitue pas moins la douleur touchante de Tancredi, et parvient à convaincre dans l’air « Perche turbar la calma ».</p>
<p>La mezzo-soprano <strong>Deniz Uzun</strong> chante le rôle d’Isaura, l’amie d’Amenaide, avec une voix homogène, souple et sonore, puissante, et toute l’assurance nécessaire pour qui chante les premières paroles de l’opéra immédiatement après la première intervention du chœur. Elle affirme magistralement sa personnalité dès la scène 4 (« Amenaide sventurata ! », illustrant notamment son aisance dans les graves) puis dans l’acte II (son dialogue avec Orbazzano, et ses reproches : « Trionfa, esulta, barbaro ! ») Roggiero ne bénéficie que d’un tout petit rôle, mais il est confié au jeune ténor <strong>Valentin Thill</strong> (artiste de la promotion <a href="https://www.forumopera.com/breve/generation-opera-la-promotion-2022-en-son-et-en-images">Génération Opéra 2022</a>) qui s’acquitte de cette tâche avec bonheur, et même avec éclat dans son air « S’avverassero pure i detti suoi ! ».</p>
<p>Dans la dramaturgie musicale et vocale de l’œuvre, à côté des solistes et de l’ensemble des instrumentistes, le troisième élément, revêtant lui aussi plusieurs identités, est le chœur – chevaliers et écuyers du palais d’Argirio, nobles ou guerriers ou encore Sarrasins dans le lointain – autant d’ensembles pour lesquels le <strong>Chœur de Chambre de Namur</strong> intervient avec une merveilleuse palette de nuances et un sens dramatique certain (par exemple dans le dialogue avec Amenaide à l’acte II).</p>
<p>Conformément au choix premier de Rossini lui-même, Jérémie Rhorer a opté pour la version pourvue d’une fin heureuse, le <em>lieto fine</em> de la création vénitienne de 1813, qui conserve à l’œuvre toute sa fraîcheur de premier opéra « sérieux » du compositeur, et non pour la version dite de Ferrare, créée quelques semaines plus tard dans cette autre ville pour répondre à la suggestion de Luigi Lechi (ami de l’écrivain et poète Foscolo) de reprendre la fin tragique de la pièce de Voltaire. Cette dernière version est celle qui est généralement donnée depuis la redécouverte, il y a une petite cinquantaine d’années, de la partition dont Marilyn Horne fut l’une des plus ferventes ambassadrices. Ce soir, le festival de Beaune a permis de redécouvrir la version originale d’un opéra que Stendhal considérait comme le chef-d’œuvre du compositeur, et qui mérite elle aussi de retrouver les faveurs de la scène.</p>
<p> </p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/tancredi-beaune-intelligence-de-la-virtuosite/">ROSSINI, Tancredi — Beaune</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>MOZART, La clemenza di Tito — Genève</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/la-clemenza-di-tito-streaming-geneve-traitement-de-choc-streaming/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 23 Feb 2021 04:56:06 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/spectacle/traitement-de-choc-streaming/</guid>

					<description><![CDATA[<p>La première et unique représentation, donnée sans public, avait été précédée d’une vague d’interviews, de mises en condition, de making of, etc. D’un mode d’emploi, en somme. Milo Rau, présenté comme un mélange d’enfant prodige facétieux, de nouvelle référence du théâtre européen et de madré spécialiste de l’agit-prop, y expliquait que tout est politique, notamment &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/la-clemenza-di-tito-streaming-geneve-traitement-de-choc-streaming/"> <span class="screen-reader-text">MOZART, La clemenza di Tito — Genève</span> Lire la suite »</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/la-clemenza-di-tito-streaming-geneve-traitement-de-choc-streaming/">MOZART, La clemenza di Tito — Genève</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>La première et unique représentation, donnée sans public, avait été précédée d’une vague d’interviews, de mises en condition, de <em>making of</em>, etc. D’un mode d’emploi, en somme. Milo Rau, présenté comme un mélange d’enfant prodige facétieux, de nouvelle référence du théâtre européen et de madré spécialiste de l’agit-prop, y expliquait que tout est politique, notamment <em>La Clémence de Titus</em>, qu’on y voyait la bourgeoisie récupérer le pouvoir tombé des mains de l’aristocratie et dépouiller le peuple des fruits de la révolution. Discours qui nous rajeunissait de quelques décennies, ce qui n’est pas de refus. N’empêche, on pouvait craindre un pensum. Or le spectacle est beau, il est émouvant, et même si le livret est pas mal bousculé, on y entend l’opéra de Mozart, –&nbsp;et servi par de très beaux interprètes.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="263" src="/sites/default/files/styles/large/public/la_clemence_de_titus_c_caroleparodi_01.jpg?itok=FDgte-Et" title="©GTG Carole Parodi" width="468"><br />
©GTG Carole Parodi</p>
<p><strong>La misère absolue</strong></p>
<p>Le début déconcerte. C’est fait pour. La scène est encombrée de tout un fatras de tentes, de caravanes, de vieilles chaises en plastique, de sacs de couchage, bref c’est Calais ou Lesbos, c’est un camp de migrants, c’est le spectacle (que nous ne voulons pas voir) de la misère absolue. Seulement voilà : bien éclairé, sur la scène d’un opéra, c’est assez beau… Et ce sera toute l’ambiguïté du concept : Milo Rau veut dénoncer la perversion des élites bourgeoises (vous et moi) qui transforment en œuvres d’art le désespoir du monde, la souffrance des laissés-pour-compte. Or ce qui va se passer, dans ce beau grand théâtre d’une des villes les plus riches de la planète, non loin du quartier des banques, ce sera justement la création d’une œuvre d’art…</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/la_clemence_de_titus_c_caroleparodi_05.jpg?itok=qE_kyQnh" title="©GTG Carole Parodi" width="468"><br />
©GTG Carole Parodi</p>
<p><strong>La parole des sans-voix</strong></p>
<p>Mais bref, le spectacle (puisque ç’en est un) commence par la fin, par le récitatif <em>Tutto oblio</em>, où Titus accorde son pardon aux conjurés. Dans le fond, en une sorte de tableau vivant, un groupe de figurants mime une scène à mi-chemin du <em>Radeau de la Méduse</em> et de <em>la Liberté guidant le peuple</em>. Puis un des figurants, manifestement en surpoids, se plante au milieu de la scène, et nous dit qu’il est Genevois, qu’il a 49 ans, qu’il a posé il y a quelques années la moquette rouge qui embellit la salle, qu’il fait souvent de la figuration, qu’il fut notamment ici Bacchus, qu’il était tout nu ou presque, et le voilà qui se déshabille derechef, jusqu’au caleçon. Entre alors une figurante, qui aussitôt lui arrache le cœur, dans un flot de sang très grand-guignolesque, et le laisse pour mort. Là-dessus, l’orchestre attaque l’ouverture, sur un tempo frémissant, presque précipité. Une banderole-écran tombe du ciel, proclamant <em>Kunst ist Macht</em> : l’Art est Pouvoir. Titus apparaît, il porte sous son costume Prince-de-Galles tirebouchonnant un tee-shirt à l’effigie de Thomas Sankara et des pantoufles doublées fourrure.</p>
<p><strong>La bonne vieille distanciation</strong></p>
<p>La musique, pour le moment, on ne l’écoute pas trop… Il y a mille choses à regarder, et d’abord les visages des figurants, venus à l’évidence d’un peu partout, des «&nbsp;vrais gens&nbsp;», chacun avec son parcours chahuté, ses drames, les accidents de sa vie (tous nous seront présentés par de petites vidéos projetées sur l’écran au cours de la seconde partie).<br />
Pour l’heure, ce sont les chanteurs qui, dans une démarche vaguement brechtienne, vont nous être un peu dévoilés : nous saurons qu’<strong>Anna Goryachova</strong> (Sesto) avait une mère femme-de-ménage à Leningrad, que <strong>Serena Farnocchia</strong> (Vitellia) aime beaucoup le film <em>Sunset Boulevard</em> et se sent proche de Jean-Nicolas (l’un des figurants), que <strong>Marie Lys</strong> (Servilia) lit en ce moment un livre de Vincent Cespedes qui explique comment le capitalisme nous enferme dans des relations possessives, que <strong>Cecilia Molinari</strong> (Annio) a grandi dans une famille de mélomanes très engagés politiquement et qu’elle a fait des études de médecine, que <strong>Bernard Richter</strong> (Titus) est issu d’une famille protestante, que son père est mort à côté de lui lors d’un match de football, que <strong>Justin Hopkins</strong> (Publio), né à Philadelphie, trouve toujours étrange de jouer pour un public élitiste sans en faire partie.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="263" src="/sites/default/files/styles/large/public/la_clemence_de_titus_c_caroleparodi_06.jpg?itok=F8uUWCUP" title="©GTG Carole Parodi" width="468"><br />
©GTG Carole Parodi</p>
<p>Pendant ce temps, Vitellia chante son premier air «&nbsp;Deh se piacer mi vuoi&nbsp;», plutôt bien semble-t-il, mais à vrai dire on est occupé à lire tout cela, et on ne lui prête qu’une oreille distraite. J’exagère, la beauté de la ligne, l’éclat du timbre, la maîtrise des vocalises et des trilles, des ornements, mais surtout l’ardeur passionnée de Serena Farnocchia, pour qui c’est une (brillante) prise de rôle, convainquent d’emblée.</p>
<p><strong>D’un<em> opera seria</em> faire «&nbsp;una vera opera&nbsp;»</strong></p>
<p>Un des paradoxes de cet opéra, fruit d’une commande pour le couronnement de Leopold II d’Autriche, prince éclairé (du moins au début), c’est que Mozart se voit imposer une forme archaïque, l’<em>opera seria</em>, alors qu’il a déjà ré-inventé l’opéra avec ses trois chefs-d’œuvre en collaboration avec Da Ponte. Il lui faut se plier à de pesantes contraintes : ainsi il conçoit d’abord le rôle de Sesto pour un ténor, au nom de sa recherche de la vérité dramatique. Mais on lui impose un castrat (Domenico Bedini). Et comme le second personnage masculin, Annio, sera interprété en travesti par une chanteuse (Carolina Perini), Mozart doit s’accommoder d’une prévalence des voix aigües.</p>
<p>Il n’empêche, il va s’en satisfaire et, en dix-huit jours, composer cet opéra, aidé par son élève Süssmayer, auteur sans doute des récitatifs. Il va s’employer à humaniser ces éternels airs <em>da capo</em>, à subvertir leur formalisme et à se jouer du livret usé jusqu’à la trame de Metastase, à peine rebadigeonné par Mazzolà. La formule qu’il inscrit dans son catalogue est révélatrice : «&nbsp;opera seria ridotta a vera opera dal S. Mazzolà&nbsp;». On voit que sa préoccupation reste d’abord la vérité dramatique. Autre préoccupation : le message humaniste, disons maçonnique, que porte le pardon de Titus.</p>
<p>Ce que propose Milo Rau, dont c’est le premier travail à l’opéra, lui qui dirige le NTGent, le théâtre de Gand, n’est pas en somme très différent : la vérité humaine, dans sa mise en scène, s’exprimera grâce à une direction d’acteurs très attentive, toute en finesse (et très «&nbsp;cinématographique&nbsp;» –&nbsp;le spectacle a été dès le départ pensé pour la captation vidéo) et grâce au poids charnel d’humanité des dix-huit figurants. Quant au message politique, il infléchit sans doute celui de Mozart, il le «&nbsp;contemporanéise&nbsp;», certains diront qu’il le biaise, mais il lui est fidèle en esprit.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/la_clemence_de_titus_c_caroleparodi_08.jpg?itok=G-jolHIg" title="©GTG Carole Parodi" width="468"><br />
©GTG Carole Parodi</p>
<p><strong>Social-démocrate ou populiste ?</strong></p>
<p>L’ouverture se terminait sur une image arrêtée : Sesto, ami du Prince, prenant une photo, flatteuse, du groupe des migrants, comme le ferait un communicant d’aujourd’hui pour <em>Paris-Match</em>. A côté de lui, Titus organise le tableau, comme un dirigeant soignant son image (suivez mon regard). Sur l’écran, au fond, est projeté le célèbre tableau de Giuseppe Pellizza Volpedo, <em>Il Quarto Stato</em>, représentant une manifestation d’ouvriers en 1901, autre image de récupération artistico-politicienne. Sous l’image, cette mention : «&nbsp;Ouverture : L’insurrection qui vient&nbsp;».</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="279" src="/sites/default/files/styles/large/public/capture_decran_2021-02-21_a_08.27.41.png?itok=ADMu2E6q" title="Capture d'écran" width="468"><br />
Capture d&rsquo;écran</p>
<p>C’est ainsi que nous sera présenté Titus : un homme politique se piquant de modernité et d’humanité, et d’autant plus pernicieux. Il ne comprend pas ce qui se passe, explique Milo Rau. Le peuple (le chœur, installé dans la salle) l’applaudit, mais ce n’est pas le peuple, c’est la bourgeoisie, plutôt la petite, si on juge par ses vêtements.<br />
Autour du prince, le petit jeu de la cour. Vitellia, mue par le ressentiment, pousse le jeune Sesto, qui l’aime, à assassiner l’Empereur. Mais on va apprendre que Titus veut épouser Servilia, la sœur de Sesto. Dès lors, comment passer à l’acte ? Quant à Servilia, elle est amoureuse d’Annio, l’ami de Sesto. L’un des charmes, purement opératique, de cet imbroglio étant que Sesto et Annio sont chantés par des voix féminines, donc quand Sesto embrasse Annio (sur les lèvres), est-ce que ce sont deux garçons ou deux filles qui s’embrassent ? Autre ambiguïté, assez charmante.</p>
<p><strong>Le poids de chair</strong></p>
<p>L’une des forces de cette mise en scène, assurément très politique, très lutte-des-classes, c’est qu’elle évite le piège du caricatural en assumant son ambiguïté aussi. Ainsi Titus, présenté certes comme un peu fat, pas très malin, garde toute son humanité, et Bernard Richter, dès le premier de ses trois airs, «&nbsp;Dal piu sublime soglio&nbsp;», pris sur un tempo très lent, lui donne tout son poids de chair, dans un chant lyrique, fragile par instant, d’autant plus émouvant. Son deuxième air «&nbsp;Ah se fosse intorno al trono »&nbsp;lui donnera peu après l’occasion de mettre en valeur tout le brillant de sa voix très claire.</p>
<p>L’émotion sera constamment servie par un cast féminin impeccablement mozartien. Le couple d’amoureux n°2 Annio-Servilia (amoureuses, en l’occurrence) est incarné par les voix, fines et délicates, de Cecilia Molinari et Marie Lys, dont la musicalité ne fléchit pas une seconde alors qu’elle simulent ou fantasment un assassinat à la Caravage, sur le corps de Titus ! Très beau duetto «&nbsp;Ah perdona al primo affetto&nbsp;», qu’accompagne tout en douceur et en attention <strong>Maxim Emelyanychev</strong>.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/la_clemence_de_titus_gp_c_caroleparodi-2394.jpg?itok=v3S6CNXw" title="©GTG Carole Parodi" width="468"><br />
©GTG Carole Parodi</p>
<p><strong>Mozart résiste !</strong></p>
<p>L’un des plus beaux moments de cette partition, c’est bien sûr l’aria «&nbsp;Parto, ma tu ben mio&nbsp;», où Sesto comprend qu’il est manipulé par Vitellia, mais se résout quand même à accomplir sa vengeance. Anna Goryachova, dont on se souvient qu’elle fut récemment ici une magnifique <a href="https://www.forumopera.com/la-cenerentola-geneve-lironie-et-le-merveilleux">Cenerentola</a>, peut mettre en valeur les couleurs naturellement dramatiques de sa voix. Bel canto parfaitement en situation, expressif et pathétique. Vocalises et coloratures impeccablement chargées de sens autant que de musique, en dialogue avec une très belle clarinette, celle de Michel Westphal.</p>
<p>Cet air marque le début du final du premier acte, suite d’ensembles vocaux, sur un tempo palpitant emmené par le jeune chef Maxim Emelyaychev (l’Orchestre de la Suisse Romande constamment attentif et précis). L’un des figurants (Jean-Nicolas Dafflon, sur un siège de paralytique rescapé de <a href="https://www.forumopera.com/die-entfuhrung-aus-dem-serail-streaming-geneve-la-greffe-na-pas-pris-streaming"><em>l’Enlèvement au Sérail</em></a> de la saison dernière) a marqué les conjurés d’un signe rouge sur le front. On déchire la grande bannière <em>Everybody counts</em> (allusion à <em>Black lives Matter </em>?) et on l’arrose d’essence avant d’y mettre le feu avec force débris. Le Capitole est incendié. Et dans une scène pleine de bruit et de fureur, Titus est poignardé par Sesto. Le meurtre est filmé en gros plan et retransmis sur l’écran, comme par les chaines d’info en continu. Lumières d’orage, silence de mort, on n’entend plus que les flammes qui crépitent. Sesto dépouille Titus de ses vêtements et le laisse quasi nu sur le sol.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/la_clemence_de_titus_c_caroleparodi_02.jpg?itok=dpEk6o_g" title="©GTG Carole Parodi" width="468"><br />
©GTG Carole Parodi</p>
<p><strong>Une Pietà</strong></p>
<p>Le tableau final sera d’une angoissante puissance tragique, sur le grand ensemble avec chœur écrit par Mozart. Incertitude de lendemains qui ne chanteront peut-être pas, symbolisée par une Pietà : le corps nu de Titus gisant dans les bras accablés de son ami le sénateur Publius. Les dernières fumées se dissolvent dans la pénombre.</p>
<p>La seconde partie commencera, comme la première, par l’intervention d’un des figurants : «&nbsp;Je m’appelle Gor Sultanayan, je suis Arménien et je joue l’un des policiers. Quand nous avons commencé à répéter, le metteur en scène m’a demandé si toute cette violence, cette souffrance et cette pauvreté ne me choquaient pas, moi et mon fils Areg. J’ai répondu que je suis descendant d’un survivant du génocide de 1915, et que pendant 44 jours j’ai suivi l’invasion de l’Azerbaïdjan…&nbsp;» et sa voix se brise quand il évoque son fils qu’il doit faire mine de tuer à la fin du premier acte de cette production, mais il est fier du talent d’Areg.<br />
Après quoi, il va entrer à nouveau dans son rôle et procéder à la pendaison de deux des conjurés, ceux qui avaient mis le feu au Capitole. Que dire de l’image de ce petit garçon, qui s’approche de l’un des pendus, son père, puis erre sur la scène pendant qu’Annio, dans un des airs les plus tendres de la partition («&nbsp;Torna di Tito a lato&nbsp;») presse Sesto de revenir dans les bonnes grâces de Titus. C’est l’un des (nombreux) moments où Mozart subvertit le formalisme de l’<em>opera seria</em> et Cecilia Molinari irise son chant de délicates demi-teintes touchantes.</p>
<p><strong>Une couverture de survie</strong></p>
<p>Car Titus n’est pas mort. Une caméra indiscrète pénétrant dans l’une des caravanes nous montrera les soins que lui prodiguent (sur fond de chants africains) deux dames Congolaises, oignant le malheureux empereur de magiques onguents qui le feront revenir du royaume des morts, pas bien fringant, recouvert d’une affreuse couverture militaire, le visage couvert de bubons bizarres, mais vivant (notons que le beau Bernard Richter aura été assez malmené dans cette production…). Tandis que d’un pas hésitant il retrouve son palais-musée (autre décor, revers de la médaille), on entend Publius, noblement incarné par Justin Hopkins, chanter d’un très beau timbre de basse le seul air –&nbsp;et trop court –&nbsp;que lui accorde la partition.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/la_clemence_de_titus_c_caroleparodi_07.jpg?itok=ZBDQW2Sw" title="©GTG Carole Parodi" width="468"><br />
©GTG Carole Parodi</p>
<p><strong>L’émotion pure du beau chant</strong></p>
<p>Moins riche en action, ce deuxième acte offre l’occasion d’entendre de façon peut-être plus sereine la musique et les voix. Génialement mozartiens, le trio «&nbsp;Se al volto mai ti senti&nbsp;»<em>,</em> qui confronte trois états d’âme, le désespoir de Sesto, le remords de Vitellia, la compassion de Sextus, ou le grand récitaif accompagné par l’orchestre, «&nbsp;Che orror ! Che tradimento ! »&nbsp;où Titus prend conscience de la trahison de Sesto, veut se venger de lui avec cruauté, et enfin plonge dans la mélancolie, comparant le sort toujours incertain des puissants à celui du «&nbsp;rustique mendiant&nbsp;» qui a peu de désirs et dort d’un sommeil paisible (discours assez incongru dans le contexte de cette mise en scène)…<br />
Un bouleversant dialogue entre Titus et Sesto introduira l’Aria de Sesto «&nbsp;Deh per questo istante solo&nbsp;», («&nbsp;Complainte de l’homme ordinaire&nbsp;», affichera l’écran) qui donne à Anna Goryachova occasion de faire entendre à nouveau les couleurs profondément mélancoliques de sa voix.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="468" src="/sites/default/files/styles/large/public/la_clemence_de_titus_c_caroleparodi_03.jpg?itok=InSD50qc" title="©GTG Carole Parodi" width="468"><br />
©GTG Carole Parodi</p>
<p>Puis viendra l’autre grand moment lyrique de <em>La Clemenza di Tito</em>, la grande scène de Vitellia, d’abord le récitatif accompagné «&nbsp;Ecco il punto, ô Vitellia&nbsp;», puis l’aria «&nbsp;Non piu di fiori&nbsp;», grand morceau de bravoure de neuf minutes. La passionaria vengeresse brise le masque et se résout à se prosterner aux pieds de Titus en disculpant Sesto. Tout est admirable dans le chant de Serena Farnocchia : l’homogénéité de la voix sur toute la tessiture, la noblesse, l’héroïsme, la passion, l’intelligence des ornements, la ligne musicale, l’aisance des aigus, non pas seulement brillants, mais expressifs de l’âme du personnage. De grands moyens de soprano dramatique parfaitement en situation et un très beau dialogue avec le cor de basset de Benoît Willmann.</p>
<p><strong>Destins fracassés</strong></p>
<p>Pendant ce temps, les figurants-réfugiés seront revenus en scène et, dans une autre séquence que par facilité nous dirons brechtienne, nous aurons fait connaissance, par écran interposé,&nbsp; avec Cem Özgün, né à Istanbul, traducteur en turc de nombreux livres dont <em>La Peste</em> de Camus, qui put s’exiler en Suisse après avoir été arrêté comme opposant ; avec Gisèle Kileba, une chrétienne évangélique venue du Congo que son mari abandonna car elle ne pouvait avoir d’enfants ; avec Ginette Mazamay, Congolaise aussi, abandonnée par des parents trop jeunes, recueillie par une grand-mère, maintes fois violée par des hommes de passage, devenue clocharde, mais retrouvée finalement par son père, et arrivée en Suisse ; avec l’Argentine Luz Andreani Macri et le Breton Alexandre le Gouallec, un couple d’artistes de cirque (les deux pendus de tout-à-l’heure) ; avec Rita Ndubisi, née à Kinshasa, qui dit que <em>La Clémence de Titus</em> la fait penser aux politiciens de son pays : les personnages ne pensent qu’à eux-mêmes… Et ainsi de suite (nous avons cessé de lire les autres portraits pour écouter la musique…)</p>
<p><strong>Et tout s’achève dans l’ambiguïté</strong></p>
<p>Dernière image : le plateau tournant fait réapparaître le palais de Titus. Les réfugiés y entrent à pas lents. Sur les murs, les moments les plus dramatiques de l’opéra sont devenus œuvres de musée. Titus accorde son pardon, et tout se termine par un sextuor de la réconciliation, où Mozart exprime à la fois son aspiration la plus profonde, et celle des Lumières.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/la_clemence_de_titus_c_caroleparodi_04.jpg?itok=dRPCIgVF" title="©GTG Carole Parodi" width="468"><br />
©GTG Carole Parodi</p>
<p>Sur le mur, alors que le tableau vivant du Radeau de la Méduse se reconstitue, Milo Rau fait projeter une ultime sentence de son cru : «&nbsp;La glorification des classes inférieures, de leurs souffrances et de leurs idéaux vise à leur empêcher tout accès au pouvoir véritable.&nbsp;»</p>
<p>Le concept de départ était, rappelons-le, de dénoncer cette perversion bourgeoise consistant à transformer en œuvre d’art la misère du monde. C’est bien en somme ce à quoi, assez ironiquement, nous aurons assisté au cours de ce spectacle. Car ce n’était qu’un spectacle, –&nbsp;mais (opinion personnelle) abouti et réussi. Et d’une noire et paradoxale beauté.</p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/la-clemenza-di-tito-streaming-geneve-traitement-de-choc-streaming/">MOZART, La clemenza di Tito — Genève</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>ROSSINI, La Cenerentola — Genève</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/la-cenerentola-geneve-lironie-et-le-merveilleux/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 18 Sep 2020 03:13:15 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/spectacle/l-ironie-et-le-merveilleux/</guid>

					<description><![CDATA[<p>Ah ! Le joli spectacle ! Evidemment plein de verve et d’esprit avec toutes les accélérations rossiniennes qu’on peut désirer, et les bouffonneries qu’on attend, mais discrètement mélancolique. Elle est belle, et drolatique, cette première image : la pauvre Cendrillon, avec son seau et son balai lave-pont. Toute seule au milieu  de la scène (immense) &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/la-cenerentola-geneve-lironie-et-le-merveilleux/"> <span class="screen-reader-text">ROSSINI, La Cenerentola — Genève</span> Lire la suite »</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/la-cenerentola-geneve-lironie-et-le-merveilleux/">ROSSINI, La Cenerentola — Genève</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Ah ! Le joli spectacle ! Evidemment plein de verve et d’esprit avec toutes les accélérations rossiniennes qu’on peut désirer, et les bouffonneries qu’on attend, mais discrètement mélancolique. Elle est belle, et drolatique, cette première image : la pauvre Cendrillon, avec son seau et son balai lave-pont. Toute seule au milieu  de la scène (immense) et vide. Derrière elle, un papier-peint grisâtre à motif de lambrequins. Elle nous regarde de derrière ses lunettes de chaisière, avec son tablier de ménagère, un peu douteux, et ses cheveux plats. On rit un peu, comme si on était gêné. Déjà, l’ouverture, sans flons-flons, a laissé l’auditeur dans un curieux entre-deux, dirigée par <strong>Antonino Fogliani </strong>dans un lavis de demi-teintes (de très beaux bois).</p>
<p>Aussitôt première rupture. Car la soirée sera du pur <strong>Laurent Pelly</strong>, second degré et vif-argent, clins d’œil et amour des acteurs. Surgissent des coulisses deux praticables à roulettes (il y en aura beaucoup, en mouvements incessants). Nous sommes chez Don Magnifico et le baron est dans la panade. Son intérieur ressemble à un vide-grenier et on pourrait en faire l’inventaire : une baignoire, des radiateurs en fonte, un frigo, une table en Formica et les chaises assorties, une buanderie complète avec bassins de métal et machines à laver à tambour, canapé à franges, fauteuil à la mode de 1958, cendrier sur pied, buffet basco-béarnais, etc… Tout un bric à brac décrépi, qui rappelle celui d’un <em>Comte Ory</em> lyonnais, du même tandem <strong>Laurent Pelly-Chantal Thomas</strong> (sa fidèle complice, et on les imagine assez bien tous les deux s’amusant de leurs trouvailles).<br />
	Partout, l’obsédant papier peint minable, dans la salle à manger du baron-barbon comme dans la chambre des deux pécores, Clorinde et Tisbé (deux nunuches à couettes, d’abord en nuisettes de gamines, puis dans d’hallucinantes robes-tutus orange fluo pour l’une et vert pomme pour l’autre, quand elle voudront aguicher le faux-prince, lui-même en habit Louis XV de satin rose).</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/lacenerentola_gp_c_caroleparodi_02.jpg?itok=dqbgc4dI" title="© GTG Carole Parodi" width="468" /><br />
	© GTG Carole Parodi</p>
<p><strong>Mélancolie secrète</strong></p>
<p>Evidemment que la mise en scène jouera le contraste entre l’univers bouffon du bonhomme Magnifico et de ses deux chipies (<strong>Marie Lys</strong> et <strong>Elena Guseva</strong>, parfaitement pimbêches toutes deux dès leur duetto d’entrée), et le monde imaginaire de la rêveuse Angelina, surnommée Cendrillon, que Rossini suggère d’emblée par sa très belle et très triste chanson « Una volta c’era un re » : elle rêve d’un prince qui, parmi trois prétendantes, « dédaignant le faste et la beauté, jeta finalement son dévolu sur l&rsquo;innocence et la bonté. »  <br />
	Et d’emblée la voix d’<strong>Anna Goryachova</strong>, par la vertu de ses couleurs naturellement dramatiques, construit un personnage sincère, touchant, fragile et ardent. Le paradoxe de ce rôle, c’est qu’il faudra attendre l’ultime tableau, juste avant le rideau final, pour qu’on entende son grand air « Nacqui all’affanno », où la mezzo-soprano russe brillera de toute sa virtuosité, de ses ornements impeccables, et toujours expressifs. Magnifique construction d’un personnage, en sachant jouer des teintes, un peu pastels, de sa voix.</p>
<p>Il y a un côté moralisateur dans cette adaptation du conte de Perrault. L’opéra fut créé à Rome (par un Rossini de 25 ans déjà auteur de 19 opéras et qui le composa en vingt-cinq jours…) Dans la ville des papes, pas question de montrer un pied nu pour chausser une pantoufle de vair, on se rabattra ici sur un chaste bracelet. La fable fait l’éloge de la bonté, du désintéressement, de la modestie. « Mon luxe est la vertu et l’amour ma fortune », chante l’héroïne. L’intrigue est bâtie sur un quiproquo à la Marivaux. Le prince Ramiro et son valet Dandini échangent leurs costumes, et évidemment que la pauvrette, brimée et affamée par son odieux beau-père, tombera amoureuse du « scudiero », de l’écuyer. A la fin, tout bien sûr rentrera dans l’ordre.</p>
<p><strong>La vie en rose</strong></p>
<p>Le monde dont rêve Cendrillon, c’est la vie en rose. Laurent Pelly, avec le dessein avoué d’estomper le côté bien-pensant de cet opéra romain, joue la carte du merveilleux, tel que l’imagine la malheureuse. D’où une pluie de rose. Tout devient rose, les costumes, les meubles, les éclairages (très réussis, de <strong>Duane Schuler</strong>). Les seize gentilshommes de la suite du prince (formidables voix masculines du chœur du Grand Théâtre de Genève, qui de surcroît bougent comme des danseurs) sont vêtus d’extravagants habits de cour dix-huitième, dans une palette rose-fuchsia-violine. Et descend des cintres un autre magasin d’antiquités, sous forme de panneaux transparents roses, fauteuils cannés, cadres rocaille, et bien sûr carrosse de princesse.<br />
	Tout cela est aimablement fou. « Nous sommes tous bons à enfermer », chante Angelina</p>
<p>Dans le rôle du philosophe Alidoro, substitut ici de la bonne marraine traditionnelle, le baryton <strong>Simone Alberghini</strong> brille notamment dans son grand air, particulièrement virtuose, « La del ciel nell&rsquo;arcano profondo ». Laurent Pelly (à qui on doit les costumes, d’une délectable drôlerie) lui fait porter un frac de chef d’orchestre, à queue interminable, « probablement pour signifier le pouvoir transformateur de la musique, qui rend la magie possible », dit-il.</p>
<p>Le rôle de Don Magnifico a tous les attributs des basses-bouffes du maître de Pesaro. Il est à la fois dérisoire et considérable, cynique, mesquin, grotesque. Un régal d’acteur, et une composition réjouissante pour <strong>Carlo Lepore</strong>, coutumier du rôle, tour à tour en vieux peignoir défraîchi et en rose costume et perruque pyramidale. Voix profonde et truculence. Jeu au second degré assumé.</p>
<p>Le baryton <strong>Simone del Savio</strong> brille lui aussi dans le rôle du valet déguisé en prince, où sa faconde peut se laisser libre cours.</p>
<p>Et l’Urugayen <strong>Edgardo Rocha</strong> a fait du rôle du prince, aux aigus redoutables, un de ses chevaux de bataille. Rossini lui offre un air de bravoure avec choeur « Si, ritrovarla io giuro », où il peut mettre en valeur son agilité.</p>
<p><strong>Une robe couleur de nuit et de rêve</strong></p>
<p><em>La Cenerentola</em>, malgré son titre, est un opéra d’hommes (il n’y a pas de chœur féminin, et la part des deux donzelles est assez congrue), Mais c’est surtout un irrésistible (et virtuose) enchainement d’ensembles, du duetto au sextuor, où le texte se démantibule en onomatopées, dans une élaboration quasi chambriste de haute précision. C’est un des plaisirs rossiniens que ces géométries sonores acrobatiques où chaque voix se fond avec les autres tout en restant reconnaissable. Le sextuor de la révélation « Siete voi ? Questo e un nodo avviluppado » avec ses R rrroulés est par exemple un délicieux moment de folie musicale, démonstration du travail d’ensemble accompli avec le maestro Fogliani. Grand rossinien (il a dirigé vingt-deux œuvres diverses du compositeur), il est à la fois le maître d’œuvre des ensembles et le très attentif partenaire des arias. Finesse et élégance, en lien parfait avec l’Orchestre de la Suisse Romande.</p>
<p>Une distribution de choix, et une joie visible à chanter, à retrouver les planches, après une si longue interruption (malgré le désagrément qu’on imagine de chanter devant un parterre clairsemé, prudence sanitaire oblige).</p>
<p>Mais la palme revient à la magnifique et émouvante <strong>Anna Goryachova</strong>. Nous avons dit les couleurs de sa voix, et la mélancolie profonde qu’elle suggère. Il faudrait dire sa suffocante apparition au bal du prince, belle comme Vivien Leigh dans une robe de conte de fée, des kilomètres de tissu aérien, d’une couleur indécise et changeante, violine, grise, allez savoir. Sa dernière sortie, ondulante, aérienne (avant son ultime retour en tablier de pauvresse) est pure féérie, cette féerie dont Rossini voulait se débarrasser, et qui revient sur les ailes de sa musique.</p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/la-cenerentola-geneve-lironie-et-le-merveilleux/">ROSSINI, La Cenerentola — Genève</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>PROKOFIEV, Les Fiançailles au couvent — Berlin (Staatsoper)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/les-fiancailles-au-couvent-berlin-staatsoper-des-fiancailles-mais-pas-de-couvent/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 02 Jan 2020 15:58:37 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/spectacle/des-fianailles-mais-pas-de-couvent/</guid>

					<description><![CDATA[<p>Chaque année en Russie, que ce soit à Moscou au Stanislavsky ou au Mariinsky de Saint-Pétersbourg, on trouve une petite place dans la programmation pour Les Fiançailles au couvent. En dehors des frontières russes, en revanche, c’est on ne peut plus rare. On se souvient qu’en 2011 puis en 2015, le Capitole de Toulouse avait &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/les-fiancailles-au-couvent-berlin-staatsoper-des-fiancailles-mais-pas-de-couvent/"> <span class="screen-reader-text">PROKOFIEV, Les Fiançailles au couvent — Berlin (Staatsoper)</span> Lire la suite »</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/les-fiancailles-au-couvent-berlin-staatsoper-des-fiancailles-mais-pas-de-couvent/">PROKOFIEV, Les Fiançailles au couvent — Berlin (Staatsoper)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Chaque année en Russie, que ce soit à Moscou au Stanislavsky ou au Mariinsky de Saint-Pétersbourg, on trouve une petite place dans la programmation pour <em>Les Fiançailles au couvent</em>. En dehors des frontières russes, en revanche, c’est on ne peut plus rare. On se souvient qu’en 2011 puis en 2015, le <a href="https://www.forumopera.com/les-fiancailles-au-couvent-toulouse-frais-le-poisson">Capitole de Toulouse</a> avait programmé avec succès ce Prokofiev au demeurant confidentiel. La production du Staatsoper Unter den Linden, une première depuis 1958, a été créée en avril 2019 sous la direction du maître de céans, Daniel Barenboïm, et fut saluée à sa juste mesure, rendant justice à une pièce que d’aucuns ont qualifié de <em>Falstaff</em> russe et qui possède d’indéniables qualités musicales et même dramatiques.</p>
<p>Comme il l’avait fait pour <em>Le joueur</em> (Dostoïevski), <em>L’amour des trois oranges</em> (Gozzi), ou <em>Guerre et Paix</em> (Tolstoï), Prokofiev va chercher le matériau brut chez les classiques. Cette fois-ci, c’est <em>The Duenna</em>, comédie mineure du poète irlandais du XVIIIe Sheridan, qui fournira à Prokofiev et Mira Mendelssohn, sa seconde épouse, la trame d’un livret qui demeure toutefois au mieux brouillon, au pire inintelligible. On n’entrera pas dans le détail d’un synopsis à vous étourdir et on dira seulement que Prokofiev s’inscrit pleinement dans la veine bouffe et burlesque en mettant en scène deux couples qui voient leurs projets amoureux contrariés, projets qui finiront par trouver une fin heureuse (des fiançailles dans un couvent) grâce à l’entremise d’une duègne aussi espiègle qu’inventive. Bref, une intrigue qui, dans sa littéralité, ne pouvait, on l’imagine bien, pleinement satisfaire <strong>Dmitri Tcherniakov</strong>, qui prend ici le pari dont il est coutumier : s’extraire autant qu’il le peut du texte d’origine pour plaquer sur celui-ci une intrigue nouvelle (on se souvient de ce qu’il avait fait dans le même genre à <a href="https://www.forumopera.com/carmen-aix-en-provence-drole-de-jeu-de-role">Aix</a> avec <em>Carmen</em>). Il est notable que Tcherniakov signe lui-même le synopsis de l’œuvre dans le livret d’accompagnement fourni au spectateur et qu’il précise qu’il s’agit du résumé de l’action « telle qu’on la trouve dans le livret » ce qui sous-entend qu’on ne va pas forcément tout retrouver sur le plateau… C’est le moins qu’on puisse dire.</p>
<p>L’action est entièrement transposée dans une salle des sous-sols du… Staatsoper Unter den Linden à Berlin (grand vestiaire aux murs blancs, meublé d’un tableau de salle de classe et des mêmes sièges que l’on trouve à l’orchestre et aux balcons de l’opéra !). Tous les protagonistes de l’action sont présents sur scène et y resteront jusqu’à la fin ; ils sont en effet les membres de l’association « Opera-Addicts Anonymous », dont on apprendra pendant l’ouverture et par le biais de mini bios vidéo-projetées qu’il s’agit d’amateurs lyriques comme vous et moi (une danseuse, un blogueur, une chanteuse, il y a même un critique d’art lyrique ! ) qui vont tenter de se désintoxiquer de cette affreuse addiction que constitue l’opéra. Rien de mieux pour ce faire, ainsi que leur explique leur coach, qu’une bonne thérapie de groupe qui consistera à créer… un opéra (et ce sera <em>Les Fiançailles au couvent</em> ). Un principe de mise en abyme mille fois vue et que Tcherniakov, on lui reconnaîtra ce mérite, réussit à mener jusqu’au bout des quatre actes, au prix toutefois, et la réserve est de taille, d’une omission quasi complète et bien sûr assumée de l’histoire originale. On ne verra donc pas de marchand de poissons, on n’assistera pas à des entrées et sorties dignes des meilleurs vaudevilles, pas de quiproquos, l’action ne se déroulera pas dans un monastère ni dans un couvent, pas de beuverie de moines etc.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="392" src="/sites/default/files/styles/large/public/https_www.staatsoper-berlin.de_downloads-b_de_media_19498_4e9a2ff0af279e91723c2573193ff5b4_verlobung209.jpg?itok=nLzHFokr" title="© Ruth und Martin Walz" width="468" /><br />
	© Ruth und Martin Walz</p>
<p>On l’imagine, cette vision fait polémique et les quelques huées entendues au baisser de rideau s’adressent davantage au metteur en scène qu’au plateau. Sur ce point notre avis est partagé : on peut d’un côté savoir gré à Tcherniakov d’avoir pris ses distances avec un livret d’un autre temps (mais comment diable Prokofiev est-il allé, à la fin des années 1930, dénicher cette histoire à dormir debout ? ) mais on peut tout autant regretter qu’il ait procédé à ce qui s’apparente à plus qu’un dépoussiérage d’une œuvre que la poussière n’avait pas encore recouverte. Qui en effet, parmi le grand public connaît aujourd’hui <em>Les Fiançailles au couvent  </em>et les magnifiques productions du <a href="https://www.youtube.com/watch?v=14xyUwGn0ro&amp;t=4827s">Mariinsky</a> ? Même les Berlinois, qui pendant plus de 60 ans n’ont pas eu l’occasion de voir la pièce, n’auront du coup pas d’occasion d’être confrontés à la version « originale », pour critiquable qu’en soit le synopsis.</p>
<p>Les quelques huées que nous évoquions ont très vite fait place à l’enthousiasme du public pour ce qui est de la production musicale. Daniel Barenboïm avait pour l’occasion cédé la place à <strong>Alexander Vitlin</strong>, traditionnellement chef en second du Staatsoper pour ce qui est des opéras russes. Vitlin dirige la Staatskapelle avec la précision et la légèreté appropriées. Un salut tout particulier aux pupitres des vents sans cesse sollicités et qui rendent une copie très appréciée. Idem pour les chœurs même s’ils sont invisibles et relégués dans la fosse ou les loges pour les besoins de l’histoire revisitée.</p>
<p><strong>Stephan Rügamer</strong>, membre de la troupe depuis plus de vingt ans, est un Don Jérôme magnifique, au ténor clair, viril, vaillant, une prononciation juste autant que nous puissions en juger et surtout une capacité à tout faire en même temps, chanter, danser, jouer de la trompette (et juste !) et du xylophone. Une mention particulière aussi pour la Duègne de <strong>Violeta Urmana</strong> dont nous retrouvons le mezzo ensoleillé et qui nous réchauffe. La Clara de <strong>Anna Goryachova</strong> possède sans doute toutes les qualités techniques mais nous semble desservie par un timbre bien ingrat et pour tout dire cassant. Un mot enfin du quatuor d’amoureux constitué de <strong>Andrey Zhilikhovsky</strong>, <strong>Bogdan Volkov</strong>, <strong>Nina Minasyan</strong> et <strong>Lauri Vasar</strong> : ils sont, tout comme le Mendoza de <strong>Goran Juric</strong>, tous épatants de facilité, d’aisance même à se faufiler dans le dédale d’une partition foisonnante (le parallèle avec <em>Falstaff</em> est de ce point de vue très pertinent) et d’une mise en scène exigeante.</p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/les-fiancailles-au-couvent-berlin-staatsoper-des-fiancailles-mais-pas-de-couvent/">PROKOFIEV, Les Fiançailles au couvent — Berlin (Staatsoper)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
	</channel>
</rss>
