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	<title>Mathieu HERZOG - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<title>Mathieu HERZOG - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>Karine Deshayes/Neïma Naouri – Saint-Rémy-de-Provence</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/karine-deshayes-neima-naouri-saint-remy-de-provence/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Julian Lembke]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 23 Jul 2025 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le Festival de Glanum, qui investit tous les ans le site archéologique éponyme à Saint-Rémy-de-Provence, fête ses dix ans. Il s’agit en même temps de la première édition que Mathieu Herzog signe en tant que nouveau directeur artistique. Les enjeux qu’il a précisés l’année dernière commencent à prendre forme. «&#160;La nouvelle marque de Glanum, c’est &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le Festival de Glanum, qui investit tous les ans le site archéologique éponyme à Saint-Rémy-de-Provence, fête ses dix ans. Il s’agit en même temps de la première édition que <strong>Mathieu Herzog</strong> signe en tant que nouveau directeur artistique. <a href="https://www.forumopera.com/mathieu-herzog-il-y-a-pour-la-musique-classique-un-grand-interet-a-croiser-des-chemins/">Les enjeux qu’il a précisés l’année dernière</a> commencent à prendre forme. «&nbsp;La nouvelle marque de Glanum, c’est l’idée d’avoir systématiquement un concert symphonique, une soirée avec du chant ainsi qu’une soirée <i>cross-over</i>, en restant pourtant tout près de la musique classique&nbsp;», explique Herzog, « cette année, nous affichons complet trois jours de suite, et je rêve d’imaginer qu’on puisse faire un quatrième jour, par exemple. J’ai aussi l’intention de reprendre “Glanum off”, un format plus expérimental que nous avons malheureusement dû sacrifier cette fois-ci pour des raisons de budget.&nbsp;» Herzog dit vouloir relever le défi qui consiste à rester à l’écoute du public, sans pour autant perdre de vue ses aspirations créatives. «&nbsp;Je souhaite que ma programmation soit “intelligente” dans le sens où je tiens à réfléchir à ce que veut le public, tout en gardant mon exigence, mon esthétique, et tout cela dans une enveloppe financière – tout ces paramètres entrent en ligne de compte pour que le nom de Glanum puisse grandir petit à petit.&nbsp;»</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="683" height="1024" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/DSC3425-683x1024.jpg" alt="" class="wp-image-195333"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Mathieu Herzog, Neïma Naouri © David Richalet, Festival de Glanum</sup></figcaption></figure>


<p>L’édition 2025 propose d’abord un spectacle consacré à Tchaïkovski, avec le violoniste Maxime Vengerov, l’Orchestre national Avignon-Provence sous la baguette de Débora Waldman, et – autre signe d’un «&nbsp;esprit de Glanum&nbsp;» – une chorégraphie pour deux danseurs conçue par Alice Psaroudaki. Le deuxième concert, intitulé <i>De Broadway à Hollywood</i>, aborde les plus grands succès de plusieurs types de comédie musicale, allant d’exemples modernes (<i>Porgy and Bess</i>), plus hybrides (<i>West Side Story</i>), plus ouvertement <i>jazzy</i> (<i>All that jazz</i>), jusqu’à nos jours (<i>Cats</i>, <i>Miss Saigon</i>). L’Orchestre Appassionato rejoint un effectif de jazz, et les arrangements très colorés, signés Jérémy Bruyère et Mathieu Herzog, se plaisent à faire alterner des moments davantage classiques, avec des éruptions propres au jazz pur. La chanteuse <strong>Neïma Naouri</strong> fait preuve d’une grande versatilité ainsi que d’une intuition scénique certaine. Dotée d’un inépuisable répertoire de couleurs, sa voix réserve des surprises et convainc aussi lors d’improvisations vocales sans paroles (<i>scat</i>). Son partenaire sur scène, Bastien Jacquemart, passe habilement du <i>crooner</i> au jeune premier, ajoutant un autre aspect à ce programme entre tradition et modernité.</p>
<p>Enfin, la troisième soirée présente un «&nbsp;monochrome&nbsp;» Mozart, faisant dialoguer deux éléments de l’œuvre du compositeur : le mezzo-soprano lyrique et la clarinette.<strong> Karine Deshayes</strong> maîtrise à merveille ce répertoire entre <i>Don Giovanni</i>, <i>Così fan tutte </i>et <i>La Clémence de Titus</i>. Sa voix est à la fois puissante et souple. En laissant naître, par les seuls moyens de son timbre, des moments de «&nbsp;mise en scène&nbsp;», elle rend aux œuvres leur caractère dramatique dans un cadre concertant. Sous la direction de <strong>Débora</strong> <strong>Waldmann</strong>, l’orchestre développe un son particulier, délicat et très juste, ni trop exubérant ni trop discret. La prestation du clarinettiste Pierre Génisson – entre effervescence et notes aériennes et éthérées – se marie parfaitement à cette conception sonore. S’il braconne sur les terres de Karine Deshayes, interprétant quelques airs à la clarinette et soulignant ainsi la «&nbsp;vocalité&nbsp;» de son instrument, les deux musiciens se retrouvent finalement lors des deux deniers airs. Dans «&nbsp;<i>Parto, ma tu ben mio…</i>&nbsp;», Mozart lui-même crée un duo intime entre la voix et la clarinette.</p>
<p>Pour l’année prochaine, Mathieu Herzog annonce déjà un temps fort vocal ainsi qu’une excursion dans le domaine du baroque. «&nbsp;J’explore des pistes.&nbsp;» Si l’idée de consacrer une édition du festival aux relations diplomatiques entre la France et les États-Unis – enjeu fort actuel –, vues à travers le prisme de la musique, n’a pas été retenue, ces considérations font partie des réflexions qui l’animent.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/karine-deshayes-neima-naouri-saint-remy-de-provence/">Karine Deshayes/Neïma Naouri – Saint-Rémy-de-Provence</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>Festival de Glanum – Saint-Rémy-de-Provence</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/festival-de-glanum-saint-remy-de-provence/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Julian Lembke]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 25 Jul 2024 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>S’il n’y avait pas eu le hiatus de 2020, le Festival de Glanum aurait célébré cette année sa dixième édition. Fondé par l’homme d’affaires Dominique Oger, qui avait l’indéniable don de rassembler des gens de talent et de passion, « Les Antiques de Glanum » (nom original de l’événement) n’étaient au début qu’une rencontre amicale &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>S’il n’y avait pas eu le hiatus de 2020, le Festival de Glanum aurait célébré cette année sa dixième édition. Fondé par l’homme d’affaires Dominique Oger, qui avait l’indéniable don de rassembler des gens de talent et de passion, « Les Antiques de Glanum » (nom original de l’événement) n’étaient au début qu’une rencontre amicale entre musiciens et mélomanes. Un seul concert était alors au programme, faisant toutefois appel à des artistes de premier plan : le compositeur et pianiste Karol Beffa ainsi que la mezzo-soprano Karine Deshayes ont fait partie de la distribution.</p>
<p>Depuis, le festival n’a cessé de prendre de l’ampleur. Aujourd’hui, il accueille jusqu’à huit cents personnes sur le merveilleux site romain de Glanum à Saint-Rémy-de-Provence. Pendant trois jours – suivis de deux jours de <i>Glanum Off </i>– des vedettes internationales et des jeunes musiciens prometteurs se donnent rendez-vous dans les Alpilles. Après la démission d’Henri Demarquette en décembre dernier, le chef d’orchestre et altiste Mathieu Herzog vient seulement de prendre ses fonctions. Dans <a href="https://www.forumopera.com/mathieu-herzog-il-y-a-pour-la-musique-classique-un-grand-interet-a-croiser-des-chemins/">un entretien accordé à Forumopera</a>, il s’est confié sur sa vision et ses préoccupations artistiques, qui comprennent le renouvellement du répertoire et le mélange des genres.</p>
<p>Un projet de danse consacré à <i>Carmen </i>inaugure l’édition 2024. La musique de Bizet, vue à travers le prisme de celle de Rodion Shchedrin et du jeune compositeur Ivan Julliard, épouse une chorégraphie éclectique de Julien Lestel, qui s’associe à la jeune soprano Lise Nougier. Si des propositions interdisciplinaires, traversant les genres, s’invitent régulièrement à Glanum, c’est la musique du monde qui est à l’honneur cet été. L’ensemble Tsuzamen, sous la direction de Michel Piquemal, conçoit un concert pluriculturel, qui fait dialoguer la musique juive, arménienne et tzigane.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="682" height="1024" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Festival-Glanum-Pretty-Yende-David-Richalet-140-682x1024.jpg" alt="" class="wp-image-169333"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Pretty Yende (c)David Richalet</sup></figcaption></figure>


<p>Un temps fort de la programmation est sans aucun doute le récital de la soprano sud-africaine Pretty Yende, qui fait revivre les plus belles pages du <i>Bel Canto</i>. Entre Donizetti, Bellini, Rossini, Gounod – et une escapade particulièrement charmante dans la <i>Veuve joyeuse</i> – le public émerveillé acclame une chanteuse très émue. L’année dernière, elle a été obligée de reporter le spectacle suite au décès de sa mère. Au gré des airs, elle module sa voix claire et souple. Avec beaucoup de virtuosité, elle lui confère tantôt plus de poids, tantôt de la légèreté, quel que soit le registre. Cela lui permet de rendre effervescentes les notes les plus aiguës, alors que le grave reste riche et texturé. Parfois, la mélodie semble flotter sur un souffle. Grâce à ses qualités de comédienne, un seul extrait d’opéra suffit à évoquer toute l’œuvre.</p>
<p>L’orchestre Appassionato, sous la baguette de Mathieu Herzog, fait preuve d’une grande transparence, qui se marie parfaitement au timbre de la soliste. Les moindres détails et astuces d’orchestration sont perceptibles. L’élégance et la précision distinguent la direction. Parfois, les gestes nets d’Herzog s’effacent devant son orchestre auquel il fait confiance, avant de réinjecter juste ce qu’il faut d’énergie, et de reprendre l’initiative. La soirée est rythmée par quelques interventions orchestrales, dont un <i>Intermezzo</i> aérien de <i>Cavalleria Rusticana</i>, qui appartient aux œuvres que le chef emporterait sur une île déserte, comme il l’avoue aux spectateurs. Cette expérience musicale dans un site protégé est rendue possible entre autres par <i>Soundscape</i>, un ingénieux système de sonorisation qui permet de créer des salles de concert virtuelles en plein air.</p>
<p>Le lendemain, <i>Glanum Off </i>investit la chapelle Saint-Paul de Mausole. Lise Nougier est de retour et présente le spectacle « Ma première lettre d’amour » aux côtés du pianiste Ramon Theobald. Un prétendu chagrin d’amour incite la chanteuse, ancienne membre de l’Académie de l’Opéra de Paris, à relire les lettres de son amant, en créant un récit musical à travers des œuvres lyriques qui répondent à cette situation : <i>Werther</i>, <i>Eugène Onéguine</i>, <i>La Traviata</i>, mais aussi les opérettes de Jacques Offenbach ainsi que des chansons de Barbara et d’Anne Sylvestre. La <i>Lettre à Élise</i>, parfois caricaturée, sert de fil rouge. La voix ample et puissante de Nougier se prête particulièrement bien au répertoire dramatique de Gounod ou Tchaïkovsky, tout en épousant – avec un malin plaisir – la chanson française. Soudain, des nuances plus tendres apparaissent. Ce goût du caprice, au service d’une grande musicalité, s’observe aussi dans les escarmouches gentilles entre elle et son pianiste.<span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<p>Le festival se clôt par un concert de l’<em>Almere Youth Symphony Orchestra</em>, en partenariat avec le Festival International des Orchestres de Jeunes en Provence. La transmission et le soutien de jeunes artistes sont deux aspects que Mathieu Herzog souhaite développer dans les années à venir. Glanum connaîtra par ailleurs une suite hors festival et proposera quelques concerts au centre de Saint-Rémy en début d’année prochaine. L’édition 2024 s’est soldée par plusieurs soirées complètes. Cela est de bon augure pour l’avenir d’un événement qui réserve d’ores et déjà quelques surprises au public.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/festival-de-glanum-saint-remy-de-provence/">Festival de Glanum – Saint-Rémy-de-Provence</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>Mathieu Herzog : « Il y a pour la musique classique un grand intérêt à croiser des chemins. »</title>
		<link>https://www.forumopera.com/mathieu-herzog-il-y-a-pour-la-musique-classique-un-grand-interet-a-croiser-des-chemins/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Julian Lembke]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 23 Jul 2024 06:17:18 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Mathieu Herzog, vous venez d’être nommé directeur artistique du Festival de Glanum à Saint-Rémy-de-Provence. Ce festival existe depuis 2015, ces dernières années le jazz s’y invitait de plus en plus souvent, et en 2024 la musique du monde est à l’honneur. Dans quelle mesure avez-vous participé à la conception de l’édition actuelle et comptez-vous continuer &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Mathieu Herzog, vous venez d’être nommé directeur artistique du Festival de Glanum à Saint-Rémy-de-Provence. Ce festival existe depuis 2015, ces dernières années le jazz s’y invitait de plus en plus souvent, et en 2024 la musique du monde est à l’honneur. Dans quelle mesure avez-vous participé à la conception de l’édition actuelle et comptez-vous continuer dans cette voie entre projets classiques et d’autres plus populaires ?</strong></p>
<p>Mon prédécesseur Henri Demarquette avait plus ou moins fini la programmation de l’édition 2024. Le festival et Henri avaient invité mon orchestre, Appassionato, à jouer, et moi-même à diriger. Évidemment, j’ai été impliqué dans quelques décisions d’ordre du programme et autres. En ce qui concerne le concert de ce soir, le récital de Pretty Yende, il faut savoir qu’elle voulait venir l’année dernière, mais sa mère est décédée et elle s’est retirée du projet, tout en promettant de revenir avec le même programme. Tout cela était donc sur les rails.</p>
<p>Pour ce qui est de la deuxième question : oui, je vais continuer dans cette direction. Je suis directeur artistique, mais j’ai un conseil d’administration qui est décisionnaire. C’est-à-dire que je propose des choses, je donne mon avis, mais si le conseil estime que cela ne convient pas, je m’incline, je cherche d’autres solutions. C’est le désir du conseil et je pense que c’est adapté à Glanum. Si, par exemple, nous voulions faire un programme Beethoven-Mozart, on en a toute la saison à Paris, à Aix, à Lyon, à Toulouse. L’été c’est pour faire quelque chose de différent, mélanger la danse, la musique populaire, le théâtre. Malheureusement, nous ne pouvons pas faire de la vidéo, ce dont je suis très friand. J’aime ce mélange des genres et je pense qu’il y a pour la musique classique un grand intérêt à croiser des chemins. C’est sans doute pour cela que le conseil d’administration m’a fait confiance. J’aime beaucoup l’idée de libéraliser la musique classique. Je trouve parfois le moment du concert un peu poussiéreux et enfermé dans des codes, qui sont des faux codes sans aucune valeur historique, et qui se sont installés doucement. Depuis un siècle, on a l’impression qu’un concert doit être un moment presque religieux : on rentre, on est dans le noir, on se tait, il y a un Monsieur qui arrive, qui nous tourne le dos. Je pense que c’est une erreur. Dans notre époque, on se doit de communiquer avec notre public, de s’adresser à lui par exemple en mélangeant les genres. Il y a deux jours, nous avons fait un concert chorégraphié autour de <i>Carmen </i>avec une troupe de danse contemporaine qui s’inspirait de classique, de hip-hop, de contemporain, de jazz. C’est absolument merveilleux parce que c’est cela le monde moderne.</p>
<p><strong>Avec votre orchestre Appassionato, vous avez enregistré des œuvres de Jean Cras ou Florence Price – de véritables trouvailles – mais aussi de Philip Glass. Envisagez-vous de donner une place à la musique contemporaine dans le cadre du festival ?</strong></p>
<p>Je suis totalement pour la création contemporaine, à deux cents pour-cent. Et aussi pour aller chercher des œuvres moins connues, ce qui est toujours notre démarche avec Appassionato. Nous avons une série à la Seine Musicale, qui s’appelle « Vous trouvez ça classique ? », où je commente des œuvres de répertoire. Un de mes grands désirs c’est de commander une pièce de quelques minutes à un compositeur ou une compositrice différent à chaque fois, pour offrir au public une pièce qu’ils n’auront jamais pu entendre. Cependant, cela pose de nombreux problèmes : l’argent, le temps, la construction, la qualité. Même Mozart, Beethoven, Schubert ont fait des ratés. Je me concentre donc un peu plus sur des œuvres déjà écrites. Car une autre des grandes questions qui me concernent est le non-renouvellement du répertoire. Nous sommes enfermés dans un certain nombre de compositeurs, qui eux-mêmes sont prisonniers d’un certain nombre d’œuvres. On en arrive finalement à quelque chose d’assez restreint. Il y a des symphonies de Mahler, de Tchaïkovski, de Chostakovitch qui ne sont jamais jouées, alors que d’autres le sont tout le temps, parfois pour des raisons étranges. L’Adagietto de Mahler par exemple ; il n’y aurait pas eu <i>La Mort à Venise</i>, aujourd’hui Mahler ne serait pas vu de la même façon. Il faut le reconnaître. Le cinéma et le théâtre peuvent aider. Même quelqu’un comme Wolfgang Korngold ne rentre dans la conscience du public que depuis une quinzaine d’années. Vous programmez le <i>Concerto pour violon</i> de Mendelssohn, tout le monde accourt, cela ne vaut pas pour celui de Korngold. Mais ça va venir. Si vous proposez par exemple un programme consacré uniquement à Dutilleux, vous êtes quasiment sûr d’avoir une salle vide. Peut-être pas à Paris, peut-être pas à Berlin, et encore. C’est un grand problème qui est notre responsabilité à tous. Compositeurs, interprètes, programmateurs, nous avons à un moment perdu le public pour la création. Mêmes les compositeurs les plus célèbres – je pense à Thomas Adès ou Jörg Widmann – en souffrent. Si demain Kurtág écrivait une nouvelle symphonie, je ne suis pas sûr que tout le monde irait l’écouter, alors que c’est un des grands génies des XX<sup>e</sup> et XXI<sup>e</sup> siècles. Je pense que la redécouverte d’un répertoire déjà écrit, permettant un certain recul sur la musique, est déjà un chemin vers l’idée qu’il n’y pas que les tubes, il y a aussi autre chose. En ce qui me concerne, je fais allègrement un mélange de tubes, d’œuvres inconnues et de créations. Dans le projet <i>Carmen</i> à Glanum, il y a une version de Rodion Shchedrin qui associe la pure composition à l’arrangement. C’est un excellent chemin pour un néophyte, pour un public qui n’en a pas l’habitude. L’art contemporain ne se porte pas si mal ; la danse contemporaine, le théâtre et le cinéma existent, mais la musique contemporaine a du mal à trouver son public. Cela me préoccupe et j’essaye d’y remédier.<span class="Apple-converted-space"> </span></p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="684" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/vosges-2-4-1024x684.jpg" alt="" class="wp-image-169026"/><figcaption class="wp-element-caption">Mathieu Herzog © Cyril Duret, Adagp</figcaption></figure>


<p><strong>Vous êtes chef d’orchestre, altiste, professeur. Vous animez « Vous trouvez ça classique ? » à la Seine Musicale. Le profil du Festival de Glanum répond-il à vos préoccupations artistiques ou est-ce aussi l’occasion de se réinventer ?</strong></p>
<p>Les deux. Si cela ne tenait qu’à moi et à mes propres goûts, j’irais peut-être vers des choses un peu plus techniques. Je vous donne un exemple. Une œuvre que j’aime énormément est le ballet <i>Blanche-Neige</i> de Preljocaj sur la musique de Gustav Mahler. Prendre un conte pour enfants, associé à Walt Disney, et la musique de Mahler qui, malgré sa popularité, n’est pas simple, pour les réunir au sein d’un ballet contemporain, c’est merveilleux. J’aimerais réaliser ce type de projet à Glanum. Je ne sais pas si je le pourrai. Car, bien que ce soit un endroit de rêve, ce n’est pas un théâtre. Nous sommes en plein air, nous construisons tout – la scène, les gradins – et nous devons veiller à préserver ce patrimoine qui est surveillé par le Centre des Monuments Nationaux. Le lieu a une âme extraordinaire, mais on ne peut pas en faire qu’à sa tête.</p>
<p>Pour ce qui est de mes préoccupations artistiques, je suis très concerné par la « starification ». À l’instar du répertoire, il y a certains artistes qui remplissent les salles, et les autres non. C’est aussi un problème. Il faut trouver des solutions pour ne pas être obligé à se retrouver forcément avec une immense star sur scène pour remplir son théâtre. C’est l’idée de « Vous trouvez ça classique ? ». On<span class="Apple-converted-space">  </span>réussit à attirer le public avec une œuvre, ce qui me permet de choisir les interprètes avec qui je souhaite travailler, de faire connaître de jeunes artistes.</p>
<p>J’ai aussi envie de programmer des opéras. Gounod en a écrit un à Saint-Rémy-de-Provence, qui s’appelle <i>Mireille</i>, dont il n’existe qu’un fragment. Il serait magnifique de représenter une œuvre qui a été composée à quelques mètres de Glanum.</p>
<p><strong>Dans le cadre de <em>Glanum Off</em> – le festival bis – il y aura un concert en partenariat avec le Festival International des Orchestres de Jeunes en Provence. Ce soutien porté à une nouvelle génération est-il susceptible d’évoluer dans les années à venir ?</strong></p>
<p>Oui. À titre personnel – et c’est aussi le désir du conseil d’administration – la transmission me tient à cœur. Je suis aussi professeur de direction d’orchestre dans un conservatoire à Paris, j’enseigne encore le quatuor à cordes, puisque j’étais membre du Quatuor Ébène pendant très longtemps. En général, la transmission de la culture aux jeunes est absolument primordiale.<span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<p><strong>Hormis la qualité de la programmation, un des attraits du Festival de Glanum est le lieu, ce merveilleux site romain, qu’il convient pourtant d’apprêter. Quelles sont les particularités acoustiques et technologiques mises en œuvre pour les spectacles ?</strong></p>
<p>Tout d’abord, il y a la scène et les gradins qui n’existent pas en temps normal. Mais l’élément le plus extraordinaire est ce système de sonorisation appelé <i>Soundscape</i>, qui a été développé par l’entreprise allemande d&amp;b. Je dirige un autre festival autour de la musique et du cinéma en Suisse [Ciné concerts à Verbier], où j’utilise le même système. À l’aide de petits haut-parleurs installés tout autour du site, qui diffusent le son selon un procédé technologique, les ingénieurs créent non seulement une ambiance acoustique, mais aussi une vraie réverbération qui n’est pas artificielle, modelée sur celle des grandes salles internationales telles que le KKL de Lucerne, le Concertgebouw d’Amsterdam ou la Philharmonie de Berlin. L’attrait le plus fabuleux de tout cela est que dans n’importe quel endroit de nos gradins vous entendez de la même façon, à droite et à gauche, puisqu’il y a un effet de spatialisation. C’est une scène virtuelle. Je pense que c’est l’avenir des concerts en plein air et des concerts d’été. Je l’ai découvert ici même l’année dernière et, alors que normalement sonorisation égale déprime, le son est très beau et transmet de l’émotion. Cela permet d’avoir accès à la musique comme dans une salle. On oublie le dispositif. L’ingénieur allemand qui a inventé ce système en avait assez de se faire mal aux oreilles et cherchait une autre solution. Je l’utilise pour le jazz aussi, mais c’est beaucoup plus marquant dans le cas d’un orchestre classique.</p>
<p><strong>Cette année, pour la première fois, le festival principal est prolongé par deux jours de <em>Glanum Off</em>. Quelle est l’idée derrière ce festival bis ?</strong></p>
<p>Glanum est un festival assez jeune, qui existe depuis à peine dix ans – avec un an en moins à cause du Covid. Au début, c’était la réunion d’une bande de copains autour du fondateur Domique Oger qui invitait ses amis. Ils jouaient par terre devant cent personnes, puis deux cents personnes. C’était une atmosphère sympathique. Ensuite, quelques artistes ont eu beaucoup de succès et tout prenait de l’envergure. Aujourd’hui, nous avons une jauge de huit cents places. L’année dernière, nous affichions complet pendant trois jours de suite. Cette année, c’est pareil et le développement du <i>Off </i>va de paire avec cela. Petit à petit, nous nous sommes dits que cela pourrait être intéressant de faire un Glanum pendant toute l’année. Il y a une certaine logique, pendant le festival autant qu’après. Nous allons par exemple organiser trois concerts de musique de chambre à Saint-Rémy-de-Provence dans une autre salle. C’est une démarche que nous allons essayer de développer, pas uniquement sur le site mais aussi ailleurs.<span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<p><strong>Vous êtes également associé au Blaricum Music Festival aux Pays-Bas. Fonctionne-t-il selon le même principe ?</strong></p>
<p>Non. C’est un projet du chef d’orchestre et réalisateur Peter Santa. Il voulait créer un petit festival de musique classique avec un orchestre de jeunes attitré, à l’image d’Aspen [Aspen Music Festival and School]. Blaricum est la banlieue chic d’Amsterdam, où vivait par exemple Bernard Haitink. C’est un modèle de musique classique totalement logique, auquel j’intègre des œuvres inconnues ou des créations, mais je suis uniquement directeur de l’orchestre. En général, les concerts suivent une forme simple, par exemple Ouverture – Concerto – Symphonie. Il n’y a pas le mélange des genres autant qu’à Glanum.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/mathieu-herzog-il-y-a-pour-la-musique-classique-un-grand-interet-a-croiser-des-chemins/">Mathieu Herzog : « Il y a pour la musique classique un grand intérêt à croiser des chemins. »</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>Demandez le programme des festivals d’été ! #16 – Glanum</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/demandez-le-programme-des-festivals-dete-16-glanum/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Julian Lembke]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 01 Jul 2024 04:31:49 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Pour sa neuvième édition du 18 au 22 juillet, le Festival de Glanum continue d’accueillir le public sur le site archéologique du même nom à Saint-Rémy-de-Provence. Cette ambiance poétique aux vestiges romains, grecs et celtes fournit le cadre à une programmation qui ne cesse de se renouveler, mélangeant les cultures et les genres musicaux. L’esprit &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour sa neuvième édition du 18 au 22 juillet, le Festival de Glanum continue d’accueillir le public sur le site archéologique du même nom à Saint-Rémy-de-Provence. Cette ambiance poétique aux vestiges romains, grecs et celtes fournit le cadre à une programmation qui ne cesse de se renouveler, mélangeant les cultures et les genres musicaux. L’esprit des musiques du monde s’empare alors des Bouches-du-Rhône. Ainsi, l’année dernière, le pianiste <strong>Thomas Enhco</strong> brouillait les limites entre jazz et musique classique lors d’un hommage à George Gershwin.</p>
<p>Avec <strong>Mathieu Herzog</strong>, le festival vient tout juste de nommer un nouveau directeur, qui sera à la hauteur de ces enjeux. Le chef d’orchestre de renommée internationale est également altiste et un orchestrateur accompli.<span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span></p>
<p>Au cours de cinq concerts, le public découvrira entre autres un projet de danse consacré à <i>Carmen</i>. La musique de Bizet, vue à travers le prisme de celle de <strong>Rodion Shchedrin</strong> et du jeune compositeur <strong>Ivan Julliard</strong>, viendra épouser une chorégraphie de Julien Lestel. L’ensemble Tsuzamen, sous la direction de <strong>Michel Piquemal</strong>, proposera un concert pluriculturel, faisant dialoguer la musique juive, arménienne et tzigane – un geste politique bienvenu par les temps qui courent. La soprano sud-africaine <strong>Pretty Yende</strong> donnera un nouveau souffle au plus beaux airs de Donizetti et Bellini, avant que le récital de la soprano <strong>Lise Nougier</strong> n’évoque « Ma première lettre d’amour ». L’événement se terminera par un spectacle gratuit en partenariat avec le Festival International des Orchestres de Jeunes en Provence, associé au Almere Youth Symphony Orchestra qui comprend non moins de quatre-vingt-dix jeunes musiciens néerlandais.</p>
<p>Plus d’informations <a href="https://www.festivaldeglanum.com">ici</a>.</p>
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		<title>Questionnaire de Proust : Mathieu Herzog « Il ne faut jamais dire jamais mais si je pouvais éviter de rediriger le Concerto Madrigal pour deux guitares de Joaquin Rodrigo je n’en serai pas malheureux. »</title>
		<link>https://www.forumopera.com/questionnaire-de-proust-mathieu-herzog-il-ne-faut-jamais-dire-jamais-mais-si-je-pouvais-eviter-de-rediriger-le-concerto-madrigal-pour-deux-guitares-de-joaquin-rodrigo-je-nen-serai-pas-mal/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Camille De Rijck]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 18 Dec 2023 12:41:58 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
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					<description><![CDATA[<p> Il s&#8217;agit d&#8217;un disque important pour l&#8217;ensemble car il est le premier du  du label Appassionato. Mon meilleur souvenir dans une salle d’opéra ? En tant que spectateur, le meilleur souvenir a été Ariane à Naxos à l’opéra Bastille il y a un bon nombre d’années et le choc était principalement musical, avec un opéra &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/questionnaire-de-proust-mathieu-herzog-il-ne-faut-jamais-dire-jamais-mais-si-je-pouvais-eviter-de-rediriger-le-concerto-madrigal-pour-deux-guitares-de-joaquin-rodrigo-je-nen-serai-pas-mal/"> <span class="screen-reader-text">Questionnaire de Proust : Mathieu Herzog « Il ne faut jamais dire jamais mais si je pouvais éviter de rediriger le Concerto Madrigal pour deux guitares de Joaquin Rodrigo je n’en serai pas malheureux. »</span> Lire la suite »</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<div>
<p class="Corps"><span class="Aucun"><span lang="FR"> Il s&rsquo;agit d&rsquo;un disque important pour l&rsquo;ensemble car il est le premier du  du label Appassionato.</span></span></p>
<p class="Corps"><span class="Aucun"><b><span lang="FR">Mon meilleur souvenir dans une salle d</span></b></span><span class="Aucun"><b><span dir="RTL" lang="AR-SA">’</span></b></span><span class="Aucun"><b><span lang="FR">opéra</span></b></span><span lang="ZH-TW"> ?<br />
</span><span lang="FR" style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);">En tant que spectateur, le meilleur souvenir a été <em>Ariane à Naxos</em> à l’opéra Bastille il y a un bon nombre d’années et le choc était principalement musical, avec un opéra que je ne connaissais, à l’époque, pas du tout . C</span><span lang="EN-US" style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);">e</span><span lang="FR" style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);"> fut un coup de foudre colossal. Un autre me revient en mémoire encore de Strauss : <em>Capriccio</em>, mais cette fois-ci au Metropolitan opéra de New York avec Renée Fleming dans le rôle principal. Cette fois je pense que le choc était lié à la qualité incroyable du plateau accompagné par un orchestre merveilleux.</span></p>
<p class="Corps"><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);"><span lang="FR">Mon pire souvenir dans une salle d</span></b><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);"><span dir="RTL" lang="AR-SA">’</span></b><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);"><span lang="EN-US">op</span></b><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);"><span lang="FR">é</span></b><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);"><span lang="EN-US">ra (ou </span></b><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);"><span lang="FR">« dans une fosse d</span></b><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);"><span dir="RTL" lang="AR-SA">’</span></b><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);"><span lang="EN-US">op</span></b><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);"><span lang="FR">é</span></b><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);"><span lang="EN-US">ra </span></b><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);"><span lang="IT">»</span></b><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);"><span lang="FR">) ?<br />
</span></b><span style="color: var(--ast-global-color-3); font-size: revert; background-color: var(--ast-global-color-5);">Dans la fosse c’est une <em>Tosca</em> en Roumanie avec un orchestre plus que moyen, un plateau très inégal et certains chanteurs qui faisaient erreur sur erreur. J’ai même cru que nous n’arriverions pas au bout. J’étais encore un très jeune chef, pas aidé par tout ce qui m’entourait sans même parler d’une mise en scène absurde. Des années après, Simon Rattle, l’un de mes mentors, me disait : « je vais diriger <em>Tosca</em> pour la première fois et je trouve la partition très difficile, tu l’as dirigée je crois, qu’en penses-tu ? » j’ai été obligé de lui répondre que je n’avais jamais rien fait d’aussi difficile mais que je n’étais sûrement pas objectif car je n’avais comme souvenir que cette horrible production. Et pourtant, quelle musique fabuleuse. J’espère le refaire dans de meilleures conditions.</span></p>
</div>
<div>
<p class="Corps"><b><span lang="FR">Le livre (/film) qui a changé ma vie ?<br />
</span></b><span style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3); background-color: var(--ast-global-color-5);">Un livre c’est très facile, L’Étranger de Camus. L’un des plus grands choc artistique de mon existence. </span><span style="color: var(--ast-global-color-3); font-size: revert; background-color: var(--ast-global-color-5);">Un film, très clairement, et il n’y a pas si longtemps : <em>Green book</em>, avec Vigo Mortensen et Mahershala Ali. J’ai trouvé ce film remarquable car il est tout ce que j’aime. Parler d’un sujet dur, difficile à aborder mais avec beauté et hauteur ! Je n’aime pas qu’on me fasse la morale mais j’adore qu’on m’oblige à réfléchir autrement.</span></p>
</div>
<div>
<p class="Corps"><b><span lang="FR">Le chanteur du passé </span></b><b><span lang="PT">que j</span></b><b><span dir="RTL" lang="AR-SA">’</span></b><b><span lang="FR">aurais aimé </span></b><b><span lang="EN-US">diriger.<br />
</span></b><span lang="FR" style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);">Alors là, c’est une liste, que je vais essayer de réduire : Mirella Freni, </span><span lang="IT" style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);">Ileana Cotruba</span><span lang="EN-US" style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);">ș</span><span lang="FR" style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);">, Christa Ludwig, Hermann Prey, Sherill Milnes, Mario del Monaco et peut être celui que, sous la torture, j’aurais gardé seul : Fritz Wunderlich.</span></p>
</div>
<div>
<p class="Corps"><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);"><span lang="FR">Mon plus grand moment de gr</span></b><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);"><span lang="EN-US">âce face à </span></b><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);"><span lang="FR">une œuvre d</span></b><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);"><span dir="RTL" lang="AR-SA">’</span></b><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);"><span lang="EN-US">art.<br />
</span></b><span style="color: var(--ast-global-color-3); font-size: revert; background-color: var(--ast-global-color-5);">Cela dépend vraiment des périodes de ma vie, par conséquent encore une fois je dois utiliser plusieurs réponses. <em>La Joconde</em> lorsque j’avais 13 ans, je suis resté devant elle pendant 3 heures alors que mes parents pensaient que j’étais au collège. Vers 20 ans, <em>les Nymphéas</em> de Monet qui sont au Musée de L’Orangerie. Pareil, je pouvais rester assis devant pendant de très longs moments. Ensuite une merveille architecturale totalement différente : Pétra, en Jordanie. Face à cette façade incroyable taillée dans la pierre, je suis resté bouche bée. Et pour finir, il y a seulement 3 semaines, dans La Chapelle Sixtine. J’ai emmené ma fille de 12 ans, qui étudie le latin, à Rome et nous n’avons pas pu ne pas aller voir cette merveille que je n’avais jamais eu le temps de visiter malgré mes nombreux voyages romains. Même si c’est un peu cliché, je n’en reviens toujours pas.</span></p>
</div>
<div>
<p class="Corps"><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);"><span lang="FR">La ville o</span></b><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);"><span lang="IT">ù </span></b><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);"><span lang="FR">je me sens chez moi ?<br />
</span></b><span style="color: var(--ast-global-color-3); font-size: revert; background-color: var(--ast-global-color-5);">Paris</span></p>
</div>
<div>
<p class="Corps"><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);"><span lang="FR">La ville qui m</span></b><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);"><span dir="RTL" lang="AR-SA">’</span></b><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);"><span lang="FR">angoisse ?<br />
</span></b><span style="color: var(--ast-global-color-3); font-size: revert; background-color: var(--ast-global-color-5);">Paris 🙂</span></p>
<p class="Corps"><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);"><span lang="FR">Ce qui, dans mon pays, me rend le plus fier ?<br />
</span></b><span style="color: var(--ast-global-color-3); font-size: revert; background-color: var(--ast-global-color-5);">Aujourd’hui malheureusement pas grand chose mais le système des intermittents est une chose magnifique et unique au monde. Et l’épicurien que je suis ne peut pas oublier la gastronomie, sans parler du vin de Bourgogne.</span></p>
<p class="Corps"><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);"><span lang="FR">Le metteur-en-sc</span></b><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);"><span lang="IT">è</span></b><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);"><span lang="FR">ne dont je me sens le plus proche ?<br />
</span></b><span style="color: var(--ast-global-color-3); font-size: revert; background-color: var(--ast-global-color-5);">Je ne suis pas sûr de pouvoir répondre à cette question mais je peux y répondre pour un chef d’orchestre : Semyon Bychkov.</span></p>
<p class="Corps"><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);"><span lang="FR">Mon pire souvenir avec un.e chanteur.euse ? (il n</span></b><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);"><span dir="RTL" lang="AR-SA">’</span></b><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);"><span lang="FR">est pas obligatoire de nommer la personne)<br />
</span></b><span style="color: var(--ast-global-color-3); font-size: revert; background-color: var(--ast-global-color-5);">Pas besoin de la nommer en effet mais c’est une chanteuse italienne célèbre qui faisait tant d’erreurs que j’étais forcé de regarder constamment la partition pour pouvoir la rattraper comme je pouvais. Par conséquent, il n’y avait plus de musique mais de l’acrobatie. Le pire dans tout ça c’est qu’elle est venue se plaindre par l’intermédiaire de son agent que je ne la regardais pas assez. Quelle horreur…</span></p>
</div>
<div>
<p class="Corps"><b><span lang="FR">Le chef ou la cheffe qui m</span></b><b><span dir="RTL" lang="AR-SA">’</span></b><b><span lang="FR">a le plus appris en l</span></b><b><span dir="RTL" lang="AR-SA">’</span></b><b><span lang="FR">observant ?<br />
</span></b><span style="color: var(--ast-global-color-3); font-size: revert; background-color: var(--ast-global-color-5);">Alors plusieurs mais quand même, que je n’ai jamais vu en live c’est clairement Carlos Kleiber et en réel ce sont Semyon Bychkov et Simon Rattle. </span></p>
<p class="Corps"><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);"><span lang="FR">L’œuvre la plus complexe qu’il m’ait été donné de diriger ?<br />
</span></b><span style="color: var(--ast-global-color-3); font-size: revert; background-color: var(--ast-global-color-5);">À apprendre tout d’abord c’est clairement la 9ème symphonie de Mahler et à diriger il y a deux œuvres : la première il s’agit très bizarrement de la 3eme symphonie de Brahms qui peut sembler simple peut-être mais qui est redoutable. Et je n’ai jamais eu satisfaction alors que j’aime cette œuvre énormément, c’est peut-être pour ça. Et même constat pour <em>Carmen</em> que j’aime énormément et que j’ai dirigé dans de mauvaises conditions.</span></p>
<p class="Corps"><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);"><span lang="FR">Si je pouvais apprendre un instrument du jour au lendemain, lequel serait-il ?<br />
</span></b><span style="color: var(--ast-global-color-3); font-size: revert; background-color: var(--ast-global-color-5);">Pas vraiment de réponse, si peut-être la Harpe.</span></p>
<p class="Corps"><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);"><span lang="IT">Un op</span></b><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);"><span lang="FR">éra dont j</span></b><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);"><span dir="RTL" lang="AR-SA">’</span></b><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);"><span lang="FR">aurais voulu </span></b><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);"><span lang="EN-US">ê</span></b><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);"><span lang="FR">tre le créateur </span></b><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);"><span lang="ZH-TW">?<br />
</span></b><span style="color: var(--ast-global-color-3); font-size: revert; background-color: var(--ast-global-color-5);">Tellement d’opéras, impossible d’en choisir un, je ne peux pas… il y a trop de merveilles que j’aurais voulu pouvoir composer,</span></p>
</div>
<div>
<p class="Corps"><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);"><span lang="FR">Le chanteur du passé dont l’écoute m</span></b><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);"><span dir="RTL" lang="AR-SA">’</span></b><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);"><span lang="FR">a le plus appris ?<br />
</span></b><span style="color: var(--ast-global-color-3); font-size: revert; background-color: var(--ast-global-color-5);">Wunderlich à nouveau</span></p>
<p class="Corps"><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);"><span lang="FR">Le chanteur du présent que je trouve d</span></b><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);"><span dir="RTL" lang="AR-SA">’</span></b><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);"><span lang="FR">une gé</span></b><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);"><span lang="EN-US">n</span></b><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);"><span lang="FR">é</span></b><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);"><span lang="IT">rosit</span></b><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);"><span lang="FR">é rare ?<br />
</span></b><span style="color: var(--ast-global-color-3); font-size: revert; background-color: var(--ast-global-color-5);">Sans hésitation Ludovic Tezier.</span></p>
<p class="Corps"><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);"><span lang="FR">Mon plus grand moment d</span></b><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);"><span dir="RTL" lang="AR-SA">’</span></b><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);"><span lang="FR">embarras ?<br />
</span></b><span style="color: var(--ast-global-color-3); font-size: revert; background-color: var(--ast-global-color-5);">Lorsque j’ai confondu un très grand violoniste en le présentant à un ami comme un très grand pianiste….</span></p>
<p class="Corps"><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);"><span lang="FR">Si j’étais un personnage de Disney ?<br />
</span></b><span style="color: var(--ast-global-color-3); font-size: revert; background-color: var(--ast-global-color-5);">Pourquoi pas Mickey, il est sympa.</span></p>
<p class="Corps"><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);"><span lang="FR">Le compositeur auquel j</span></b><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);"><span dir="RTL" lang="AR-SA">’</span></b><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);"><span lang="FR">ai envie de dire </span></b><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);"><span dir="RTL" lang="AR-SA">“</span></b><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);"><span lang="FR">mon cher, ta musique n</span></b><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);"><span dir="RTL" lang="AR-SA">’</span></b><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);"><span lang="FR">est pas pour moi</span></b><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);"><span lang="EN-US">” </span></b><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);"><span lang="ZH-TW">?<br />
</span></b><span style="color: var(--ast-global-color-3); font-size: revert; background-color: var(--ast-global-color-5);">Je ne vais pas me faire que des amis mais Pierre Boulez</span></p>
</div>
<div>
<p class="Corps"><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);"><span lang="FR">Ma personnalité historique pré</span></b><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);"><span lang="EN-US">f</span></b><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);"><span lang="FR">é</span></b><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);"><span lang="EN-US">r</span></b><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);"><span lang="FR">é</span></b><b style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);"><span lang="IT">e.<br />
</span></b><span style="color: var(--ast-global-color-3); font-size: revert; background-color: var(--ast-global-color-5);">Là non plus je ne vais pas me faire que des amis je crois mais Napoleon. Je n’admire pas le guerrier mais l’homme qui a créé le code civil, les lycées, la numérotation des rues l’université le bac etc… cette puissance de travail reste exceptionnelle.</span></p>
</div>
<div>
<p class="Corps"><b><span lang="FR">Si l’étais un Lied ou une Mé</span></b><b><span lang="EN-US">lodie.<br />
</span></b><span style="color: var(--ast-global-color-3); font-size: revert; background-color: var(--ast-global-color-5);">J’aimerais être les Dichterliebe de Schumann</span></p>
</div>
<div>
<p class="Corps"><b><span lang="FR">Mon pire souvenir historique des 40 derni</span></b><b><span lang="IT">è</span></b><b><span lang="FR">res anné</span></b><b><span lang="PT">es.<br />
</span></b><span style="color: var(--ast-global-color-3); font-size: revert; background-color: var(--ast-global-color-5);">L’élection de Donald Trump même si bien sûr il y a eu des horreurs bien plus graves et justement très récemment et je ne veux manquer de respect à personne. Cependant qu’un être aussi abject, vulgaire et imbécile soit élu démocratiquement me rend très triste et pessimiste.</span></p>
</div>
<div>
<p class="Corps"><b><span lang="EN-US">L</span></b><b><span lang="FR">’œuvre que je ne dirigerai plus jamais.<br />
</span></b><span style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3); background-color: var(--ast-global-color-5);">Il ne faut jamais dire jamais mais si je pouvais éviter de rediriger le Concerto Madrigal pour deux guitares de Joaquin Rodrigo je n’en serai pas malheureux.</span></p>
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<div>
<p class="Corps"><b><span lang="IT">Ma devise<br />
</span></b><span style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3); background-color: var(--ast-global-color-5);">Tendre la main à tous les publics !</span></p>
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		<title>Grande soirée opéra : Lise Davidsen  — Paris (Gaveau)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/grande-soiree-opera-lise-davidsen-paris-gaveau-singuliere-beaute/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Brigitte Maroillat]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 12 Oct 2022 00:27:06 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/spectacle/singulire-beaut/</guid>

					<description><![CDATA[<p>Son seul nom évoque à ceux qui ont déjà eu le privilège de l’entendre, une voix opulente, riche en harmoniques, au timbre d’une grande beauté, un médium solide, des aigus lumineux, un suave phrasé, et des graves profonds aux multiples couleurs. Et pourtant,  le concert de ce soir n&#8217;a pas fait salle comble même si Lise &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Son seul nom évoque à ceux qui ont déjà eu le privilège de l’entendre, une voix opulente, riche en harmoniques, au timbre d’une grande beauté, un médium solide, des aigus lumineux, un suave phrasé, et des graves profonds aux multiples couleurs. Et pourtant,  le concert de ce soir n&rsquo;a pas fait salle comble même si <strong>Lise Davidsen</strong> s’est produite devant un parterre d’admirateurs enthousiastes qui savent, à juste titre, apprécier ce talent hors norme et lui ont réservé une ovation. L’artiste ne semble toutefois pas retenir ici autant l’attention qu’à l’étranger, ce dont on peut s’étonner. Elle est en effet largement absente des grandes scènes françaises. Est-ce le choix d’un répertoire exigeant qui, pour son jeune âge, la fait déjà apparaître comme une « chanteuse pour connaisseurs »  et la tient ainsi hors du giron des artistes les plus en vue ? Sa voix plus imposante la rend-t-elle moins attractive que celles de certaines sopranos plus lyriques qui ont dominé au cours des dernières décennies  le même répertoire ? La singularité des talents hors norme trouvent parfois difficilement son chemin, même si elle gagne le cœur du public.</p>
<p>Et pourtant, la richesse vocale, l’intégralité et la sobriété de ses interprétations, doublées d’un naturel désarmant qui la tient loin des écueils de la posture de la diva, confèrent aux  prestations de Lise Davidsen une grande profondeur. Son art la rapproche d’ailleurs d’une Kirsten Flagstad dans Wagner dont elle marche sur les traces, après des premiers pas dans Elisabeth à Bayreuth triomphaux et suit de très près  celles de Nina Stemme, autre artiste rare, que l’on ne voit guère dans nos contrées. Et hier soir à la Salle Gaveau (très inspirée de l’avoir conviée), Lisa Davidsen a une fois de plus montré la plénitude de son talent. La chanteuse dispose d’une voix grandiose qu’elle manie avec une musicalité prudente et une technique sans faille. L’auditoire est resté, au cours de cette soirée, bien souvent bouche bée, collé à son siège, saisi par cette voix gigantesque qui aurait mérité une plus grande salle pour en apprécier davantage toute la dimension.</p>
<p>D’emblée, Lise Davidsen place la barre très haut dans le répertoire verdien. Elle en impose et illumine de son timbre l’air « Tu che le vanità » de <em>Don Carlo</em> et « Ma dall&rsquo;arido stelo divulsa » de <em>Un Ballo in Maschera. </em>Elle montre ici un goût  évident pour le répertoire italien (même si sa diction reste à parfaire) au point d’ailleurs de gratifier le public d’un bis inattendu avec un « Vissi d’Arte » sorti de nulle part et qui a fait chavirer le public (projette-t-elle <em>Tosca</em> dans un avenir proche ?) Elle n’est pourtant pas aidée par la direction de <strong>Mathieu Herzog, </strong>à la tête de<strong> l’Orchestre Appassionato, </strong>qui ne cesse de s’illustrer dans une débauche de son sur mode à la fois <em>troppo fortissimo</em> et <em>troppo veloce</em> peinant à trouver un juste équilibre dans le verbe verdien, certes endiablé, mais néanmoins contrebalancé par un soyeux drapé lyrique. On aurait ici souhaité musicalement plus de nuances, ce que Lise Davidsen a su quant à elle parfaitement insuffler à son chant charnu et opulent.</p>
<p>Les extraits d&rsquo;opéra de Verdi forment d’ailleurs une première partie judicieuse allant des tourments de l’âme d’Elisabetta et d’Amelia à l’infinie douceur de Desdemone. Un decrescendo des émotions négocié à la perfection par Lise Davidsen. On l’attendait dans l’« Ave Maria »<em> </em>d’<em>Otello</em>, qui requiert plus de nuances que de puissance, et à cet égard l’artiste nous a éblouie.  Le timbre a une beauté froide mais elle sait le teinter de chaleur pour remplir magnifiquement une phrase. Sa Desdemone  a conscience de vivre ses derniers instants, mais assume ici un destin qu’elle sait fatal avec une béatitude lumineuse. Ses <em>pianissimi</em> d’une clarté absolue cloueront le bec à ses détracteurs. Et oui, on peut être doté d’une voix <em>bigger than life</em> et chanter avec subtilité. Ce don va ici de pair avec la maturité, l&rsquo;honnêteté et l&rsquo;intégrité de l&rsquo;approche de l’artiste.</p>
<p>Mais Lisa Davidsen est encore meilleure dans la seconde partie du concert dédiée au répertoire allemand : <em>Der Freischütz</em> de Weber dont elle domine le « Leise, leise » et Wagner, dans le répertoire duquel elle est incontestablement dans son jardin. Dans <em>Die Walküre</em>, on s&rsquo;émerveille de la voix, de sa grandeur, de sa concentration et de son assurance. Inutile de savoir gérer son énergie quand on semble en être une source inépuisable. A l’aise dans l’intime comme dans l’éclat, la chanteuse joue dans l&rsquo;émotion d’abord impérieuse, puis tendre, de ses aigus d’acier. Dans « Dich, teure Halle » de <em>Tannhäuser</em>, elle s’illustre par une maîtrise souveraine des demi-teintes, une projection de voix emplissant une palette de couleurs d’exception. Elle est ici  secondée plus efficacement par la direction de Mathieu Herzog, qui cale ses <em>tempi </em>dans le sillage vocal de cette artiste hors norme. La Norvégienne n’a que 35 ans et semble déjà porter très haut l’avenir du chant wagnérien. On sent poindre en elle une Isolde de stature mythique. N’en déplaise à certains, la singularité est une force&#8230; et une inextinguible flamme.</p>
<p> </p>
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		<title>BIZET, Carmen — Boulogne-Billancourt</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/carmen-vous-trouvez-ca-classique-boulogne-billancourt-trouvez-vous-carmen-classique/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Audrey Bouctot]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 24 Mar 2022 05:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Animé de la volonté de « casser les codes avec des concerts pédagogiques pour les grands », le chef Mathieu Herzog a lancé depuis 2021 à la Seine Musicale une série de concerts sur mesure « Vous trouvez ça classique ». Au cours de ces représentations supposées durer 1h15, le chef alterne des extraits de l’œuvre avec des explications sur la &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Animé de la volonté de « casser les codes avec des concerts pédagogiques pour les grands », le chef <strong>Mathieu Herzog</strong> a lancé depuis 2021 à la Seine Musicale une série de concerts sur mesure « Vous trouvez ça classique ». Au cours de ces représentations supposées durer 1h15, le chef alterne des extraits de l’œuvre avec des explications sur la partition ou la vie du compositeur afin que le public néophyte s’en imprègne plus aisément, sans rien céder à l’exigence artistique d’un concert classique. Samedi dernier, ce fut au tour de <em>Carmen</em> d’être ainsi décortiquée, pour la plus grande joie des grands mais aussi des enfants qui étaient nombreux à être venus découvrir la célèbre Bohémienne, même si le spectacle dura presque 2h. Et Mathieu Herzog ne dérogea pas à la règle de l’excellence, tant du point de vue de sa direction que par la performance vocale du plateau d’une très grande homogénéité, très grande qualité, servi par la génération des étoiles montantes de l’art lyrique.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="377" src="/sites/default/files/styles/large/public/img_4232.jpg?itok=47H-dO-w" width="468" /><br />
	© DR</p>
<p>La direction du chef impressionne par la fougue qu’il insuffle dès l’ouverture à son ensemble <strong>Appassionnato</strong> qui sonne merveilleusement dans la salle de l’auditorium, révélant la grande complicité qui les lie. Très attentif à l’équilibre sonore avec les chanteurs, il ralentit ensuite les tempi, ciselant avec délicatesse les <em>ppp</em> de la partition. Mathieu Herzog a tenu magistralement la tension et l’attention des spectateurs tout au long de la représentation jonchée d’explications limpides sur les thèmes principaux, la définition d’un tremolo et d’une seconde diminuée illustrée par l’orchestre, ou encore sur la vie de <strong>Georges Bizet</strong> et surtout sur la personnalité des différents protagonistes qu’il prenait soin de présenter avant leur entrée.</p>
<p>Disons-le d’emblée, <strong>Adèle Charvet</strong> est née pour être Carmen. Son port altier, sa démarche, son regard précédèrent la beauté de son timbre cuivré sensuel et chaud qui se déploya avec grâce dans la « Habanera ». Vêtue d’une robe rouge éclatante, elle ne fit qu’une bouchée de Don José près des remparts de Séville où la jeune mezzo-soprano fit preuve d’une belle homogénéité de registres avec ses graves colorés, envoûtants sans être poitrinés. C’est avec le même charme, la même élégance et toujours la même justesse qu’elle déploiera toute sa musicalité dans l’acte II, aussi bien dans les « Tringles des Cistres tintaient » que dans le quintette. Si l’extrême tessiture du dernier acte ne lui permet pas encore d’y déployer pleinement la puissance démontrée précédemment (elle n’a que 28 ans et toute la vie devant elle pour que ce soit le cas), son engagement scénique, son incarnation et son interprétation font du duo final l’un des grands moments de la soirée. Elle sera dans un proche avenir l’une des plus grandes interprètes du rôle. Le brigadier était interprété par le jeune ténor chilien de tout juste 29 ans, <strong>Diego Godoy,</strong> qui apprenait le rôle depuis seulement…10 jours. Indépendamment de cette prouesse, on ne peut qu’être sous le charme de cette voix déjà puissante et colorée, capable de beaucoup de nuances. Diego Godoy eut même la délicatesse de respecter le <em>ppp</em> à la fin de l’Air de la fleur. Son autre prétendante n’eut rien à envier à sa rivale. <strong>Jeanne Gérard</strong> est une somptueuse Micaela. Dans le duo « Parle-moi de ma mère » de l’acte I, la pureté de son timbre délicieux régala l’audience d’aigus aériens. Puis elle se métamorphosa pour son grand air, où une colère puissante l’emporta sur la peur avec une grande détermination qui se traduisit par des aigus puissants et glaçants.</p>
<p>A noter aussi l’excellente performance <strong>d’Eleonore Pancrazi</strong> et <strong>d’Amélie Raison</strong>, respectivement Mercédès et Frasquita. Le grand air du Toréador ne fut pas présenté pendant le spectacle en lui-même mais entonné vaillamment par <strong>Sergio Villegas-Galvain</strong> (qui interprétait aussi le Dancaïre face au tout aussi vaillant Remendado <strong>d’Arnaud Rostin-Magnin</strong>) et repris en chœur par la salle pour clôturer en beauté cette belle représentation.</p>
<p> </p>
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		<title>Nadine Sierra, Make our planet great — Paris (Gaveau)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/nadine-sierra-make-our-planet-great-paris-gaveau-sur-les-cimes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Brigitte Maroillat]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 20 Feb 2022 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>L’année 2021 a été son millésime, avec une Gilda bouleversante à la Bastille, des débuts électrisants en Traviata à Florence et en Lucia à Barcelone. Avec sa technique souveraine, son aisance déconcertante, Nadine Sierra a tutoyé les cimes et fait chavirer le cœur des lyricomanes. C’est donc auréolée de ses récents succès que sous l’œil &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>L’année 2021 a été son millésime, avec une Gilda bouleversante à la Bastille, des débuts électrisants en Traviata à Florence et en Lucia à Barcelone. Avec sa technique souveraine, son aisance déconcertante, <strong>Nadine Sierra</strong> a tutoyé les cimes et fait chavirer le cœur des lyricomanes. C’est donc auréolée de ses récents succès que sous l’œil des caméras de TF1 et de Medici tv, la jeune soprano s’est donnée toute entière, ce vendredi soir à Gaveau, soulevant l’enthousiasme du public dans un programme idéal pour cette voix qui ne cesse de nous séduire. Le tout dans le même écrin de lumières que les autres récitals labellisés « Be Classical », des tubes LED entourant la scène, ouvrage des Maîtres artisans de la scénographie lyonnaise de la Fête des Lumières.</p>
<p>Rayonnante dans une robe lamée or, Nadine Sierra se jette, sans se poser de questions, dans les flammes de son art et ose d’emblée tout, déployant une énergie virtuose, un aigu et un suraigu impériaux, un souffle long qui soutient un <em>legato</em> parfait. Toutes ces qualités dont elle fait une démonstration éclatante, en ouverture du programme, dans la valse d’entrée de Juliette « Ah, je veux vivre »<em> </em>de <em>Roméo et Juliette</em>. De même, dans le « è strano…sempre libera » de <em>La Traviata, </em>le succès paraît assuré avant même que la soprano ait émis une seule note. En action, elle enchaîne trilles et vocalises avec une agilité confondante. Le registre aigu est électrisant. Nadine Sierra brille tout autant dans la caractérisation du personnage dont elle épouse avec subtilité la complexité. Elle donne libre court à la frivolité de la courtisane dans l’éclat des salons et des bulles festives du champagne, tout en laissant entrevoir déjà, par ses accents et couleurs, les affres et les douleurs de l&rsquo;héroïne déchue. Elle sait désormais donner essence humaine à un personnage au-delà de sa parure de perles vocales.</p>
<p>Malgré ses évidentes qualités belcantistes, Nadine Sierra démontre qu’elle est aussi une soprano lyrique qui sait doser ses effets, loin de la pyrotechnie vocale. En Mimi, elle compose, par toute une palette de variations et de nuances, un portrait remarquable qui anticipe déjà toute l’évolution du personnage dans son chemin de croix vers une déchéance annoncée. Mais au sein de ce chant brillant à la technique souveraine, l’auditoire perçoit aussi les palpitations du cœur, les afflictions et les espoirs, qui faisaient parfois défaut jadis à la chanteuse tant le chant apparaissait souvent esthétiquement beau, mais dépourvu de fibre humaine. Cette texture de chair et de sang, on l’entend également désormais, non seulement dans l’air de Mimi, mais aussi dans « O mio  babbino caro » dont elle gratifiera le public en bis, avec « Depuis le jour » de <em>Louise</em> de Charpentier avec lesquels elle fera de nouveau chavirer le public.</p>
<p>Dans la seconde partie de programme, après un Mozart en demi-teinte, « Ruhe sanft » où l‘on aurait attendu davantage de finesse dans une langue qui lui semble encore étrangère, l’artiste nous amène hors des sentiers battus de l’opéra, en offrant une somptueuse relecture du « Somewhere » de <em>West Side Story</em>, mettant en lumière un registre grave qui ne manque pas de séduction. Elle poursuit sa route avec la Zarzuela de Geronimo Giménez, <em>El barbero de Sevilla</em> qui se nourrit des fièvres voluptueuses de l’Espagne. Tour à tour mutine, séductrice en diable, Nadine Sierra se glisse dans les habits de Carmen sans en avoir la tessiture, mais incontestablement le charisme et l’abattage. Prenant ensuite la parole, la chanteuse a remercié le public de sa présence rappelant que sans soutien, l’artiste n’est rien et que pour faire de notre planète un monde meilleur (« Make our planet great » le thème du concert) il faut se rassembler autour du language universel de la musique. Rendant ensuite hommage à sa maman et à ses origines latines, l’artiste enchaine avec « la melodia sentimentale » de <em>Floresta do Amazonas </em>de Villa-Lobos. Dans le répertoire espagnol, Nadine Sierra est incontestablement dans son jardin, usant une fois de plus à dessein de la séduction de son registre aigu étincelant pour nous mettre à genoux. Insatiable, la jeune artiste ne quittera la scène qu’à 23 heures après deux heures et demi d’un <em>one woman show</em> éblouissant où, en maitresse de cérémonie, elle a dispensé une leçon de chant et conduit le public vers les sommets.</p>
<p>Si le velours de la voix a ravi l&rsquo;auditoire, la parure revêtue par l’évènement, laisse davantage interrogatif. Le ballet des éclairages installés sur scène, abordant ici le thème de l’écologie et la préservation de la planète, a envahi l&rsquo;espace et le champ de vision du spectateur, effets superfétatoires qui n’apportent rien au feu d’artifice vocal, seule attraction évidente de la soirée.</p>
<p>La direction de <strong>Mathieu Herzog</strong>, à la gestuelle singulière avec une main gauche en figures libres, manque parfois de subtilité et de nuances, dès qu’on s’éloigne des rives verdiennes survoltées. Les musiciens de l&rsquo;<strong>Ensemble Appassionato</strong> ne déméritent pas.<strong> </strong>Cette petite formation, qui sonne comme une grande, se met pleinement au service de la chanteuse et le plaisir de se produire ensemble relève alors de l’évidence. Une soirée mémorable qui s’est achevée sur une standing ovation amplement méritée.</p>
<p> </p>
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		<title>VERDI, I due Foscari — Paris (Gaveau)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/i-due-foscari-paris-gaveau-verdi-survolte/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 16 Feb 2022 05:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>I Due Foscari connaissent depuis quelque temps un regain de popularité. Il faut dire que l’on dispose enfin de chanteurs ayant l’âge adéquat. En effet, le vrai Francesco Foscari (dont le livret s’inspire avec certaines libertés historiques) renonça au dogat, en octobre 1457, à l’âge de 84 ans, avant de mourir le 1er novembre suivant. &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>I Due Foscari</em> connaissent depuis quelque temps un regain de popularité. Il faut dire que l’on dispose enfin de chanteurs ayant l’âge adéquat. En effet, le vrai Francesco Foscari (dont le livret s’inspire avec certaines libertés historiques) renonça au dogat, en octobre 1457, à l’âge de 84 ans, avant de mourir le 1<sup>er </sup>novembre suivant. Après Leo Nucci (un jeunot de 79 printemps) <a href="/i-due-foscari-aix-en-provence-lopera-ou-la-defaite-des-mises-en-scene">au Festival d’Aix en Provence</a>, <strong>Plácido&nbsp;Domingo</strong> (81 ans) incarnait pour Paris le rôle du Doge, 10 ans après sa prise de rôle au Los Angeles Opera et 2 ans après l’annulation impromptue de la représentation qui devait être donnée <a href="/breve/existe-t-il-un-placidovirus">à la Philharmonie de Paris</a>. Bien sûr, on était venu pour entendre une légende du chant dont on savait que les moyens n’étaient plus ceux d’autrefois, et une grande partie du public était conquis d’avance. Mais, objectivement, le chanteur espagnol nous a une fois de plus offert une soirée exceptionnelle : les vraies légendes ne se comparent qu’à elles-mêmes. On a dit et répété mille fois que Placido Domingo n’était pas un baryton : rien n’est plus vrai. En Boccanegra comme en Foscari, en Miller comme en Germont, les couleurs de la voix, ce timbre unique, sont bien ceux d’un ténor. Dans une partition écrite pour un vrai baryton, la tension dans l’aigu vient par exemple souligner des point culminants au niveau dramatique, ce qui n’est pas le cas quand un ténor émet les mêmes notes.&nbsp; Le chanteur fait une entrée en scène précautionneuse, grimpant lentement les marches, un peu vouté.&nbsp;Le temps a bien sûr passé : le souffle est parfois pris en défaut, quelques notes graves ont un peu de mal à sortir, la projection n’est plus celle d’autrefois, le suraigu n’est plus là (à Aix, Nucci tentait un la bémol dans son air final), mais le vibrato est étonnamment bien maîtrisé.&nbsp;Ces quelques réserves formulées, au global, la prestation offerte par Domingo ne peut que nous séduire. Dès que la musique commence, c’est un autre homme qui retrouve une partie de sa jeunesse : phrasé verdien (devenu bien rare dans les jeunes générations), art de la coloration, science du mot, émotion sans histrionisme et puis ce timbre unique reconnaissable instantanément. Il était pourtant annoncé enrhumé ! Sa scène finale est proprement grandiose, tant lui colle à la peau le personnage de ce Doge qui ne veut pas se retirer malgré les avanies qui le frappent. Du grand art qui vaudra au vieux lion une ovation bien méritée.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="351" src="/sites/default/files/styles/large/public/concert_placido_domingo_12_02_2022_2.jpg?itok=mU8bo-sI" style="font-size: 14px" title="© Salle Gaveau" width="468"><br />
© Salle Gaveau</p>
<p>Le rôle de Lucrezia Contarini fait partie des rôles inchantables composés par le jeune Verdi, parmi lesquels on pourrait citer l’Odabella d’A<em>ttila</em>, Lady Macbeth et bien sûr l’Abigaille de <em>Nabucco </em>: une sorte de <em>soprano drammatico isterico di agilità</em>. <strong>Anna Pirozzi</strong> y trouve un de ses meilleurs emplois. La voix, puissante, dispose de la largeur nécessaire, tout en gardant la souplesse indispensable aux nombreuses vocalises. L’ambitus est impressionnant, avec des graves profonds et des aigus dardés en voix pleine ou distillés pianissimo. La chanteuse italienne maîtrise à merveille l’art du souffle, alternant avec bonheur les passages de force et ceux requérant un beau legato. Dramatiquement, Pirozzi sait également exprimer ses émotions autant par la coloration de son chant que par l’expressivité de sa déclamation. Lauréat d’Operalia en 2005, <strong>Arturo Chacón Cruz</strong> continue à progresser, avec une voix devenue un peu plus large et homogène, et de grisants aigus spinto. Le timbre n’est pas très caractérisé mais l’engagement sans faille du ténor achève de nous séduire. <strong>Emanuele Cordaro</strong> est un Loredano bien chantant auquel manque un peu de la noirceur sadique de ce personnage détestable. On peut aujourd‘hui entendre&nbsp;<strong>Diego Godoy </strong>dans Mozart ou Rossini, voire en ce moment dans le Duc de Mantoue au Théâtre des Champs-Elysées. Le rôle de Barbarigo est court mais le jeune ténor chilien (il n’a pas la trentaine) sait s’y faire remarquer. Sa voix nous semble destinée à des emplois plus lourds dans l’avenir, à condition qu’il continue à la laisser posément mûrir (en attendant Godoy&#8230;). En Pisana, la jeune <strong>Arianna Giuffrida </strong>complète avec charme la distribution. Réunis pour l’occasion et très bien préparés par <strong>Adam Vicović</strong> et <strong>Arlinda Roux-Majollari</strong>, les chœurs sont un peu verts, mais d’une belle musicalité et expressivité. Malheureusement, l’espace scénique réduit de la salle les conduit à être relégués en fond de scène pour les femmes et sur le côté sous le balcon court pour les hommes, ce qui n’aide pas à la perception des voix.&nbsp;</p>
<p>Les Verdi de jeunesse sont des opéras difficiles à diriger : il y faut de la verve, de l’urgence, de la flamboyance, sans pour autant mettre en difficulté des chanteurs. Cette maîtrise du rythme et de la tension verdienne nous est offerte par un <strong>Matthieu Herzog</strong> incisif et précis, à la tête d’une jeune formation d’une motivation sans faille et qui pourrait en remettre à bien des orchestres plus expérimentés.&nbsp; Constitué de musiciens de chambre (un noyau dur et des artistes régulièrement invités en fonction des effectifs nécessaires), l’<strong>Ensemble Appassionato</strong> sait garder sa souplesse et sa cohésion naturelle en passant au format symphonique, tout en offrant un vrai son d’orchestre philharmonique. La formation est toujours en symbiose avec son chef, par exemple dans les rubati, toujours à bon escient, qui viennent mettre en valeur des détails d’instrumentation tout en collant parfaitement au discours dramatique.</p>
<p>Avec une telle distribution musicale, on retrouvait ainsi Salle Gaveau l’excitation que nous offraient les&nbsp; théâtres des provinces italiennes au temps de leur splendeur.&nbsp;</p>
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		<title>Be Classical &#8211; Roberto Alagna – « Du théâtre à l’opéra » —</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/be-classical-roberto-alagna-du-theatre-a-lopera-un-concert-eblouissant/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christian Peter]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 12 Dec 2021 22:16:40 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après Ludovic Tézier, c’est au tour de Roberto Alagna de se produire salle Gaveau sous l’étiquette « Be Classical » avec le même orchestre et le même dispositif électrique imaginé par le Studio Epatant et le collectif Scale, en l’occurrence une série de tubes en LED qui encadrent les musiciens et le chanteur, dont les couleurs varient &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Après <a href="https://www.forumopera.com/be-classical-ludovic-tezier-paris-gaveau-music-and-light">Ludovic Tézier</a>, c’est au tour de <strong>Roberto Alagna</strong> de se produire salle Gaveau sous l’étiquette « Be Classical » avec le même orchestre et le même dispositif électrique imaginé par le Studio Epatant et le collectif Scale, en l’occurrence une série de tubes en LED qui encadrent les musiciens et le chanteur, dont les couleurs varient au gré des airs, sauf que cette fois les changements de teintes ont été plus discrets, laissant le spectateur se concentrer sur la musique, et quelle musique !</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="351" src="/sites/default/files/styles/large/public/roberto_alagna.samuel_cohen._img-20211211-wa0004.jpg?itok=W2-RwDh-" title="Roberto Alagna © Samuel Cohen" width="468" /></p>
<p>Comme l’indique le titre du concert « Du Théâtre à l’Opéra », notre ténor national avait choisi de rendre hommage aux grands auteurs dramatiques, d’Euripide à Edmond Rostand, en passant par Shakespeare, Corneille, Schiller, et d’autres, à travers un programme original d’airs d’opéras français et italiens. Un programme comme on les aime, qui aligne des morceaux connus mais peu souvent donnés en concert, et des raretés absolues, un programme qui tient sans cesse notre curiosité en éveil, surtout lorsqu’il est interprété avec autant de conviction. Roberto Alagna possède en effet cette faculté de se glisser avec aisance dans la peau du personnage qu’il interprète, même en concert, au point de devenir sous nos yeux ce personnage le temps d’un air.</p>
<p>Le récital s’ouvre avec le prologue de <em>Pagliacc</em>i qui évoque comme chacun sait la vie des théâtreux, un choix audacieux puisqu’il s’agit d’un air de baryton dans lequel notre ténor, très élégant dans un magnifique smoking noir, fait entendre un medium ample et solide, délicatement ambré. Suivent trois pages d’opéras français de styles contrastés, « Je jette avec grâce mon feutre » extrait du <em>Cyrano de</em> <em>Bergerac</em> d’Alfano que le ténor a chanté à maintes reprises depuis sa prise de rôle à Montpellier en 2003 et dont il livre une interprétation teintée d’une ironie caustique, « Unis dès la plus tendre enfance » de Gluck, qui lui permet de camper un Pylade touchant avec une grande retenue et une maîtrise parfaite de la déclamation lyrique, enfin un air du <em>Polyeucte</em> de Gounod, « Source délicieuse »,  sobre et émouvant.</p>
<p>La seconde partie du concert, entièrement dédiée à l’opéra italien commence avec <em>Luisa Miller</em>. Après un récitatif poignant, le ténor interprète « Quando le sere al placido » avec un legato impeccable orné de fines nuances et une émotion contenue mais palpable. Puis il nous propose deux pages d’une grande intensité dramatique, tout d’abord un extrait de la <em>Fedora</em> de Giordano dont il chante, non pas l’habituel « Amor ti vieta » mais tout le final de l’acte deux, constitué de trois airs qui se succèdent, entrecoupés par des répliques de la soprano, ici supprimées. Cette longue scène tragique qui réclame un investissement théâtral et vocal important constitue sans nul doute l’un des temps forts de la soirée. Roberto Alagna, qui abordera le rôle entier à la Scala à l&rsquo;automne 2022, s’y montre pleinement convaincant. Puis il nous fait découvrir une rareté absolue, <em>Giulietta e Romeo</em> de Zandonai dont il propose un extrait de la scène du tombeau. Alors nous avons soudain l’impression de revoir le Roméo qu’il était voici une trentaine d&rsquo;années, avec sa silhouette juvénile, exprimer son désespoir. Sans transition surgit ensuite sous nos yeux le Maure de Venise dans une page tendue de l’Otello de Verdi, « ora e per sempre » qu’il chante avec un aplomb et une autorité incroyables.</p>
<p>Après un programme aussi chargé on aurait pu penser que Roberto Alagna allait nous proposer quelques pages légères en bis. Que nenni ! Il nous offre pour commencer une interprétation spectaculaire de l&rsquo;air du <em>Cid</em> « O souverain, O juge » sans qu’une once de fatigue ne soit perceptible dans sa voix, puis un « E lucevan le stelle » vibrant, dans lequel il multiplie les diminuendi et les piani tenus, et enfin toute la scène finale d’Otello « Niun mi tema ». Quel autre ténor aujourd’hui alignerait en bis, <em>Le Cid</em>, <em>Tosca</em> et <em>Otello</em> avec une telle insolence vocale ?  Mais le public en délire en réclame toujours plus, alors il rechante le prologue de <em>Pagliacci</em> après avoir expliqué avec malice qu’il n’était pas pleinement satisfait de sa première interprétation. Il conclut enfin la soirée avec une berceuse corse a capella et s’en va heureux sous les acclamations, presque à regret de quitter la scène.</p>
<p>A la tête de son ensemble Appassionato, <strong>Mathieu Herzog</strong> propose un accompagnement efficace, souvent inspiré avec de belles sonorités. Parmi les pages orchestrales proposées on aura apprécié la direction énergique de l’ouverture de <em>Luisa Miller</em> et le choix astucieux de la musique du film <em>Cyrano de Bergerac</em> de Jean-Paul Rappeneau (signée Jean-Claude Petit) en préambule à l’air de l’opéra éponyme.  </p>
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