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	<title>Marion JACQUEMET - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Marion JACQUEMET - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>ROSSINI, Il Turco in Italia &#8211; Lausanne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/rossini-il-turco-in-italia-lausanne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 09 Oct 2023 04:00:00 +0000</pubDate>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Elle est parfaite, la placette napolitaine de l’Opéra de Lausanne, et elle enchante le regard : le raide escalier à droite, le palais décrépi au lointain avec son <em>portone</em> orgueilleux, les pilastres envahis d’herbes folles, la petite marchande de légumes côté jardin qui tricote en attendant le client, le balcon où Fiorilla arrose ses géraniums, la fenêtre où apparait un costaud en maillot de corps, les façades qui s’effritent, et, merveille ! comme au Châtelet d’autrefois, un tramway, dont les pantographes font des étincelles, et qui passe au fond du décor. Une terrasse d’osteria des années 50. Des cyclistes pressés et l’indispensable Vespa, comme dans <em>Pain, amour et fantaisie</em>…</p>
<p>Saluons le décorateur de ce <em>Turco in Italia</em>, <strong>Daniel Bianco</strong>, par ailleurs directeur du Théâtre de la Zarzuela à Madrid, où il s’attache à préserver un patrimoine théâtral. On sait donc toujours jouer avec un savoir-faire né à l’âge baroque. Perspective accélérée, doubles points de fuite, praticables et châssis, épaisseurs, découvertes, tout un outillage de l’illusion, dont les pères fondateurs ont nom Palladio, Serlio ou Sabbatini et que les scènes latines n’ont jamais oublié. Qu’on pense à Ezio Frigerio, collaborant avec Strehler, ou d’ailleurs à Pedduzi, <em>alter ego</em> de Chéreau.</p>
<p>Ajoutons de très subtils éclairages d’<strong>Eduardo Bravo</strong> : d’abord un petit matin bleuté, la lanterne du <em>sottoportego</em>, la place qui s’anime, la montée vers le soleil éclatant de midi, puis la pente vers le déclin du jour, se parant de rose, la lumière chaude des appartements. Des costumes aux couleurs de berlingots (dessinés par feue <strong>Pepa Ojanguren</strong>) : robes évasées très 1955, imprimés fleuris, pantalons corsaires à rayures, tout cela très comédie musicale, les Bohémiens de fantaisie voulus par le livret ont le look des Portoricains de <em>West Side Story</em>.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="577" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Il-turco-in-Italia-OPL-c-Jean-Guy-Python-1-1-1024x577.jpg" alt="" class="wp-image-142857"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Jean-Guy Python</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>La polémique du moment</strong></h4>
<p>Un hasard farceur semble avoir voulu apporter une pièce de plus à la lassante polémique dite «&nbsp;du Regietheater&nbsp;» avec ce spectacle qui s’inscrit, et combien joliment, dans la plus traditionnelle des traditions.<br>D’ailleurs les images parlent mieux que ce long discours. Dans son genre, c’est une perfection et il n’est que de songer au <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/bizet-carmen-rouen/">récent <em>Carmen</em> de Rouen</a>, recréation de celui de 1875, pour constater que l’on sait encore faire aussi bien qu’à l’Opéra-Comique d’autrefois ou qu’à la Scala en 1814.</p>
<p>Et si on refusait de choisir son camp ? On peut être à la fois amateur de relectures (si elles sont pertinentes ou questionnantes) et d’une certaine imagerie théâtrale, qui fut celle de nos premiers bonheurs, si elle est comme ici revisitée avec amour. Au demeurant, on sent bien que cette querelle franco-française n’est pas dénuée d’arrières-pensées politiques…</p>
<p>Cela dit, tant de moyens pour seulement cinq représentations dans une salle de taille moyenne (idéale d’ailleurs), l’économie d’un tel système laisse songeur. Comme le fait que des fauteuils restèrent inoccupés le soir où nous vîmes un spectacle aussi séducteur. Mais laissons là ce débat envahissant et saluons seulement tout le personnel de l’ombre, ateliers de décors et de costumes, cintriers et maquilleuses, la liste serait longue.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Il-turco-in-Italia-OPL-c-Jean-Guy-Python-4-1-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-142860"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Salomé Jicia © Jean-Guy Python</sup></figcaption></figure>


<h4><strong>Mise en abîme et second degré</strong></h4>
<p>Les deux piliers de ce spectacle sont d’une part un vétéran, le metteur en scène espagnol <strong>Emilio Sagi</strong>, qui dirigea durant quelque vingt ans le Teatro de la Zarzuela puis fut directeur artistique du Teatro Real et du Teatro Arriaga de Bilbao et d’autre part <strong>Michele</strong> <strong>Spotti</strong>, le jeune chef d’orchestre (trente ans !), actuellement directeur musical de l’Opéra et de l’orchestre philharmonique de Marseille.</p>
<p>Le talent d’Emilio Sagi est ici de rassembler des talents qui se connaissent et se complètent, et de réaliser une mise en scène qui ne se voie pas, comme faisaient les régisseurs d’autrefois. De laisser aux acteurs-chanteurs, tous d’un métier sûr, la bride sur le cou. On joue «&nbsp;au public&nbsp;», on ne craint pas les clins d’œil, la connivence et la bonhomie font partie du genre.</p>
<p>Rossini (vingt ans à la création !) et Romani font du Poète, Prosdocimo, le meneur de jeu : en mal d’idées, ce garçon, carnet d’ethnologue en main, regarde vivre son petit monde napolitain pour en tirer la matière d’une pièce qu’on lui demande, un petit monde aimablement clichetonnant… Une coquette, un barbon, un amoureux transi et, pour la touche d’exotisme, un prince turc de passage et une troupe de Zingari, dont fait partie Zaïda, qui eut jadis une<em> love affair</em> avec ce Selim. <br>Théâtre en train de se faire, mise en abîme… Ou poncifs et second degré, à votre guise… Agitez le tout et multipliez les prétextes à airs, duos, trios, etc. Et débrouillez-vous pour vous en sortir à la fin.<br>On pourrait dire en somme la même chose de&nbsp;<em>Così</em> <em>fan tutte</em>, autre comédie napolitaine, et on a constamment le sentiment que les Rossini-Romani connaissent par cœur leur Mozart-Da Ponte.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Il-turco-in-Italia-OPL-c-Jean-Guy-Python-5-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-142855"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Mikhail Timoshenko, Salomé Jicia, Giulio Mastrototaro © Jean-Guy Python</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Tous un peu verts au début</strong></h4>
<p>L’<strong>Orchestre de Chambre de Lausanne</strong> fait des merveilles sous la baguette de Michele Spotti, qui travailla notamment avec Noseda, Gatti et Zedda, et ça s’entend. Beaucoup de piqué, de respiration, notamment dans l’ouverture, toute en changements de tempi, en accents nerveux, en soin apporté aux textures (basses ronflantes et tutti opulents), aux contrechants, en transitions respirantes, en liberté laissée aux solistes, et bien sûr en accélérations implacables… Bref en esprit rossinien, qu’on a ou qu’on n’a pas. Ici, on l’a.</p>
<p>Cela dit, passé le plaisir visuel de l’éveil de la petite place sur fond sonore d’ouverture pimpante, un moment d’incertitude s’installe quant à la distribution vocale. L’impression d’un certain flottement dans le casting (impression qui va évoluer, autant le dire tout de suite).</p>
<p>On excepte <strong>Mikhail Timoshenko</strong>, le Poète (en somme le Don Alfonso de l’aventure), dont le solide timbre de baryton et d’emblée une manière de désinvolture, la présence en scène et des récitatifs théâtralement justes convainquent. <br>Et le <strong>Chœur de l’Opéra de Lausanne</strong>, impeccable, preste et solide, mené pour l’occasion par <strong>Antonio Greco</strong>, grand spécialiste du répertoire rossino-donizettien.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="549" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Il-turco-in-Italia-OPL-c-Jean-Guy-Python-8-1024x549.jpg" alt="" class="wp-image-142863"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Salomé Jicia ©Jean-Guy Python</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Ramage vs. plumage</strong></h4>
<p>Mais la première impression demeure que le ramage n’est pas à la hauteur du plumage. Pour cela il faudra attendre parfois la deuxième partie du spectacle.</p>
<p>Ainsi <strong>Giulio Mastrototaro</strong> sera un excellent Don Geronio (le vieux mari). La voix cueillie encore à froid dans sa première cavatine « Vado in traccia d&rsquo;una zingara », on l’entendra gagner peu à peu en chaleur et en virtuosité, et le personnage s’étoffer en bonhomie. Non moins frisquette dans son premier air, « Non si dà follia maggiore », redoutable air d’entrée, la voix de Fiorilla, <strong>Salomé Jicia</strong>, semblera d’abord manquer de souplesse, les notes hautes un peu stridentes et les vocalises un peu rêches. Le meilleur sera vraiment pour plus tard.</p>
<p>Jolie entrée du bateau de Sélim, une réminiscence du bateau d’<em>Amarcord</em>, sous forme de maquette illuminée flottant sur une longue bannière bleue qui dévoilera un Selim à la silhouette digne de feu l’Aga Khan, <strong>Luis Cansino</strong>. « Qual bel Turco ! » s’exclamera Fiorilla, séduite sans doute par une voix de basse bouffe profonde, mais elle aussi un peu raide. <br>N’empêche, grâce au chef, qui les entrainera dans un train d’enfer, leur premier duetto «&nbsp;Serva! &#8211; Servo&nbsp;» sera vif et acéré, électrique et enlevé, quelqu’hirsutes demeurent leurs vocalises.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="698" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Il-turco-in-Italia-OPL-c-Jean-Guy-Python-3-1-1024x698.jpg" alt="" class="wp-image-142859"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Salomé Jicia, Luis Cansino © Jean-Guy Python</sub></figcaption></figure>


<p>Non moins rossinien, verveux, le trio « Un marito scimunito ! », où l’on aimerait pour le rôle de Narciso, le macho en chemise à fleurs cintrée, une voix plus légère que celle de <strong>Francisco Brito</strong>. Et c’est le chef et l’orchestre qui feront palpiter le quartetto « Siete Turchi, non vi credo » (épatants changements de rythme vif-argent), un de ces moments où la <em>vocalità</em> s’efface devant la <em>teatralità</em>…</p>
<h4><strong>L’esprit des choses</strong></h4>
<p>En revanche le duo Geronio-Fiorella, « Per piacere alla signora », sera le premier moment vraiment impeccable : le tissu frémissant des cordes, l’articulation parfaite du barbon, son emphase au second degré, les colorature <em>mezza voce</em>, précises et spirituelles, de la coquette, puis ses alanguissements élégants sur les notes piquées du baryton, avant un final agitato scintillant sur la battue serrée du chef, Rossini est là.</p>
<p>Le <em>finale primo</em> brillera à nouveau surtout par la précision du chef d’orchestre (et des vents de l’OCL), les voix cheminant parfois cahin-caha, mais la bonne humeur fera oublier certaines acidités.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="702" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Il-turco-in-Italia-OPL-c-Jean-Guy-Python-3-1024x702.jpg" alt="" class="wp-image-142853"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Pablo Plaza, Mikhail Timoshenko, Giulio Mastrototaro, Marion Jacquemet © Jean-Guy Python</sub></figcaption></figure>


<p>L’entracte aura été profitable, comme la mi-temps au football. Dès le duetto « D&rsquo;un bell&rsquo;uso di Turchia », la faconde de Luis Cansino supplée au manque de souplesse de sa voix et la précision de Giulio Mastrototaro emporte les dernières réticences (un <em>precipitato</em> étincelant emmené par Michele Spotti).<br>Autres jolies réussites, les roucoulades de Salomé Jicia dans sa cavatine «&nbsp;Se il zefiro si posa&nbsp;», en dialogue avec un chœur d’hommes très en place, et son duetto avec Selim «&nbsp;Credete alle femmine&nbsp;», même si certaines notes hautes sonnent un peu serrées, -et Luis Cansino peut y montrer son savoir-faire dans le chant orné, et donner une belle humanité à son Turc. <br>Et si la voix et le style de Francisco Brito ne nous convainc guère dans l’air de Narciso «&nbsp;Tu secondo il mio disegno&nbsp;», nous nous laisserons séduire par <strong>Pablo Plaza</strong>, ténor <em>di grazia</em> au timbre léger et à la belle ligne vocale élégante, dans l’ariette d’Albazar «&nbsp;Ah, sarebbe troppo dolce&nbsp;».</p>
<p>Côté mise en scène la turquerie va tourner quelque peu à la kitscherie avec guirlandes lumineuses, profusion de couleurs pétantes, et joyeusetés de patronage, en revanche musicalement on va monter d’un cran encore. Et si le difficile quintette a cappella «&nbsp;Oh, guardate che accidente !&nbsp;» semblera quelque peu erratique, voire vociférant, le <em>concertato</em> suivant remettra tout le monde à flot.</p>
<p>Décidément de mieux en mieux, Giulio Mastrototaro ne fait qu’une bouchée de son aria <em>di furore</em> «&nbsp;Se ho da dirla, avrei molto piacere&nbsp;», considérable et truculent, dont il adorne la cabalette d’un pas de danse enlevé. Air dont l’âpreté cachée derrière la bouffonnerie n’est pas sans faire penser à l’air de Figaro « Aprite un po&rsquo; quegli occhi&nbsp;» dans les <em>Noces</em>.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="739" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Il-turco-in-Italia-OPL-c-Jean-Guy-Python-4-1024x739.jpg" alt="" class="wp-image-142854"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Giulio Mastrototaro © Jean-Guy Python</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Mélancolies mozartiennes fugitives</strong></h4>
<p>D’ailleurs la silhouette de Mozart semble partout alors qu’approche la fin de la comédie. Et <strong>Marie-Cécile Bertheau</strong> au pianoforte va le souligner avec délicatesse en citant en catimini le «&nbsp;Vedrai carino&nbsp;» de Zerlina…</p>
<p>Hommage à Mozart aussi, le récitatif et air de Fiorilla «&nbsp;I vostri cenci vi rimando &#8211; Squallida veste e bruna&nbsp;», l’une des perles de la partition. Véhémente dans le récitatif, Salomé Jicia déploie dans l’aria une belle grande ligne lyrique, qu’elle décore de trilles impeccables et de notes filées, et surtout une mélancolie illustrant l’évolution du personnage qui délaissant la coquetterie revient à l’amour sincère de son vieux mari.</p>
<p>La cabalette (de belle venue) conduira au second final «&nbsp;Son la vite sul campo appassita&nbsp;». Sélim repart pour la Turquie avec Zaïde reconquise (<strong>Marion Jacquemet</strong>). On se réconcilie à la fin, et cela aussi, c’est très Mozart…<br>Pour les personnages, tout donc est bien qui finit bien, et vocalement, en somme, tout est bien qui finit mieux…</p>
<p>C’est l’un des charmes du spectacle vivant que rien n’y est fixé pour toujours et que, dans l’espace d’une représentation, tout soit changeant et notamment les impressions d&rsquo;un spectateur&#8230;</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="687" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Il-turco-in-Italia-OPL-c-Jean-Guy-Python-2-1024x687.jpg" alt="" class="wp-image-142852"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Jean-Guy Python</sup></figcaption></figure>
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		<title>JANACEK, Kát&#8217;a Kabanová &#8211; Nancy</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/katia-kabanova-nancy-vaincre-lordre-moral-ou-perir/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yannick Boussaert]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 28 Jan 2018 04:10:02 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>L’Opéra national de Lorraine frappe fort en cette rentrée 2018 avec une production virtuose et intelligente de Katia Kabanova, servie par une distribution irréprochable et une direction musicale acérée. Virtuose car le dispositif scénique imaginé par Philipp Himmelmann et David Hohmann donne le tournis. Pendant toute la durée de l’opéra, un corridor d’immeuble sur deux &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p id="docs-internal-guid-c74a2e73-4266-6676-08ed-cadb42f22c7c" dir="ltr">L’Opéra national de Lorraine frappe fort en cette rentrée 2018 avec une production virtuose et intelligente de <em>Katia Kabanova</em>, servie par une distribution irréprochable et une direction musicale acérée.</p>
<p>Virtuose car le dispositif scénique imaginé par <strong>Philipp Himmelmann</strong> et <strong>David Hohmann </strong>donne le tournis. Pendant toute la durée de l’opéra, un corridor d’immeuble sur deux étages défile de jardin à cour, inexorablement. Il laisse apparaître tour à tour des portes d’entrée d’appartements, des issues de secours, là une lance à incendie, là un compteur à plombs électrique et parfois d’autres objets incongrus, tel ce cactus phallique que brandit Varvara pendant les aveux de Katia du premier acte. Ce lent défilé du même décors, triste et carcéral, installe le spectateur dans l’univers d’enfermement mental que décrivent le livret et la musique de Janacek. En coulisses, une équipe technique d’une douzaine de machinistes s’affaire dans un silence parfait à ramener les panneaux, les modifier pour y incorporer les nouveaux éléments — comme cet aquarium géant pour poétiser les rencontres nocturnes entre les deux jeunes couples. Aux saluts, ils seront ovationnés à juste titre. Le papier peint aux motifs de nénuphars et les costumes trahissent un changement d’époque. Si l’on est encore à Kalinov, il semble que cela soit davantage dans les années 1950, où l&rsquo;ordre moral d’après guerre, personnifié par Dikoï et la Kabanikha, étouffe la jeunesse : Tikhon, castré par sa mère et qui ne pourra même pas pleurer sur la dépouille de sa femme, Varvara à la jupe beaucoup trop courte, Glacha et Fiekloucha dont les étreintes lesbiennes dans le dos de tous sont autant de déclaration de guerre à la pesanteur du lieu. Katia enfin, qui se laisse prendre au jeu dans un deuxième acte devenu nocturne&#8230; grâce à Koudriach qui a fait sauter les plombs, dans tous les sens du terme. Au milieu de ces bouffées de liberté qui unissent même Dikoï et la Kabanikha dans une triste et sordide étreinte, Katia toute seule se compromet et s’expose à la vindicte populaire, quand il était si simple de dynamiter le système de l’intérieur à l’image des autres.</p>
<pre style="text-align: center;"><img loading="lazy" decoding="async" class="image-large aligncenter" title="© Opera national de Lorraine" src="/sites/default/files/styles/large/public/katia_kabanovacopera_national_de_lorraine_9.jpg?itok=3DWDCvkP" alt="" width="468" height="312" />© Opera national de Lorraine</pre>
<p dir="ltr">La distribution réunie à Nancy frise la perfection à commencer par les petites rôles tenus avec panache, notamment <strong>Caroline MacPhie</strong> (Glacha) <strong>Marion Jacquemet </strong>(Fiekloucha) et <strong>David Ireland</strong> (Kouliguine). Le couple despotique trouve deux interprètes charismatiques tant par la présence que par la caractérisation vocale. <strong>Alexander Teliga</strong> puise dans la profondeur et la rondeur de sa voix pour noircir les traits de Dikoï. <strong>Leah-Marian Jones </strong>use de raucités et d’accents nasillards pour croquer une Kabanikah moins acariâtre décatie que belle-mère jalouse sentant ses traits se distendre. Le jeune ténor gallois <strong>Trystan LLyr Griffiths</strong>, <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/cd/le-duc-dalbe-inepuisable-donizetti">remarqué dans la récente intégrale du <em>Duc D’Albe</em></a>, convainc tout à fait en Koudriach, jeune amoureux au timbre doux et chaud dont le chant est mené avec poésie. Il forme avec <strong>Eléonore Pancrazi</strong> (Varvara) un couple ravissant. La jeune soprano brule les planches et s’impose vocalement même face à la Kabanikha. <strong>Peter Wedd</strong> (Boris) met toute la passion et l’urgence nécessaire à ses interventions. <strong>Helena Juntunen</strong>, <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/die-tote-stadt-nancy-chacun-son-monde">Marietta déjà à Nancy</a> et <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/salome-strasbourg-jai-baise-ton-christ-jochanaan">Salomé l’an passée à Strasbourg</a>, endosse avec une grande justesse une nouvelle figure majeure des héroïnes d’opéra du XXe siècle. La réserve dont elle dispose lui permet de passer l’orchestre dans les climax les plus tendus. La musicalité prend la suite et le chant se parsème de piano et demi-teintes du plus bel effet qui assemblent un portrait en clair-obscur d’une jeune fille débordée par son désir, effrayée d’elle-même et des autres.</p>
<p>Derniers artisans de cette réussite, un orchestre symphonique et lyrique de Nancy dense et coloré, conduit avec précision et emphase par <strong>Mark Shanahan</strong>. Dès l’ouverture l’on sent le travail réalisé en amont pupitre par pupitre, des cuivres mats aux violons acérés. D&rsquo;ailleurs, le solo de <strong>Laurent Causse</strong> brille au premier acte. Ce travail d’orfèvre individuel et collectif se réalise dans la conduite du drame qui avance aussi inexorablement que sur scène le mur défile. Seul le final, où choeur et orchestre partent décalés et ne parviennent pas à éteindre le fortissimo, vient faire tâche. Une broutille qui devrait se régler dès la deuxième représentation.</p>
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