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	<title>Felicity LOTT - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Felicity LOTT - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<item>
		<title>Dame Felicity Lott – Paris (Athénée)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/dame-felicity-lott-paris-athenee/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Guillaume Picard]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 05 Mar 2025 04:59:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Quelle étrange magie fait naître outre-Manche de si fascinantes interprètes et actrices, qui, parvenues à un âge où il ne se dit plus, savent allier comme personne talent, élégance et frivolité&#160;? À l’Athénée ce lundi soir, Dame Felicity Lott brillait par son charme inaltéré et par des dons de musicalité et de diction qui laissent &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Quelle étrange magie fait naître outre-Manche de si fascinantes interprètes et actrices, qui, parvenues à un âge où il ne se dit plus, savent allier comme personne talent, élégance et frivolité&nbsp;? À l’Athénée ce lundi soir, <strong>Dame Felicity Lott</strong> brillait par son charme inaltéré et par des dons de musicalité et de diction qui laissent rêveur.</p>
<p>Les Lundis musicaux fêtaient les dix ans de leur renaissance sous l’impulsion de Patrice Martinet, qui en a confié la direction artistique à Alphonse Cemin. La plus francophile des sopranos britanniques était une invitée parfaite pour l’occasion : comme Alphonse Cemin le rappelle au début du récital, elle a chanté à quatre reprises lors des Lundis à l’époque de Pierre Bergé et était revenue déjà en 2020. Pour sa sixième soirée, Felicity Lott est accueillie sur scène par une longue ovation de la salle, véritablement bondée, pour l’occasion, d’admirateurs émus.</p>
<p>Son programme fait la part belle aux compositeurs de mélodie française qu’elle a si bien servis, Poulenc et Auric mais aussi Hahn. À cela s’ajoutent des chansons proches de l’opérette ou du cabaret, surtout en anglais (Richard Rodgers, Cole Porter) mais pas uniquement, grâce au délicieux « Yes ! » de Maurice Yvain et à deux bis qui sont comme une signature, « J’ai deux amants » de Messager et un extrait de <em>Belle Lurette</em> d’Offenbach, « Adieu, les amis, adieu, bonsoir » – les plus fervents amateurs auront remarqué que ce récital reprend plusieurs des titres <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/les-lundis-musicaux-dame-felicity-lott-paris-athenee-le-statut-de-la-commandeur/">proposés en 2020</a>.</p>
<p>Après quelques minutes d’une fébrilité compréhensible, la voix prend de l’aisance et le corps avec. <em>La Dame de Monte-Carlo</em> est un premier sommet de la soirée qui illustre les affinités de Felicity Lott avec le répertoire français ; elle confie d&rsquo;ailleurs au cours du récital qu&rsquo;elle est fascinée par les échanges artistiques entre musiciens et écrivains en France à l&rsquo;époque de Poulenc et de Cocteau. La voix, certes marquée par l’âge, a gardé de magnifiques aigus, filés à l’envi. Surtout, c’est l’art de la diction de la soprano qui impressionne : tout en legato, elle fait entendre avec une clarté stupéfiante les textes et leurs histoires. Les équipes des Lundis musicaux ont d&rsquo;ailleurs renoncé (hormis pour les traductions) aux surtitres, qui auraient été superflus.</p>
<p>Les trois mélodies d’Auric, « Pas d’âge pour l’amour », « Bonjour Tristesse » et « It’s April Again » sont un grand moment où l’actrice s’impose encore plus que la chanteuse, avec une finesse et une humilité touchantes. Felicity Lott a ingénieusement choisi des pièces où son âge est un atout qui renforce la lutinerie ou l’émotion en entrant en résonance avec les histoires racontées. Richard Rodgers lui va magnifiquement : « To keep my love alive » lui offre une occasion de régaler la salle de son humour. Elle joue aussi de son bilinguisme : Kosma et Prévert sont interprétés en anglais (« Les Feuilles mortes » devenant « Autumn Leaves ») pour faire pendant à l&rsquo;« Automne » de Hahn. « Yes ! », qui s&rsquo;amuse d&rsquo;une improbable série de malentendus (plus ou moins sincères) dus à la langue de Shakespeare, s&rsquo;achève sur un bond déjanté avant qu&rsquo;une splendide version des « Chemins de l&rsquo;amour » ne rende un discret hommage à Yvonne Printemps, qui n&rsquo;a visiblement jamais cessé d&rsquo;inspirer Felicity Lott.</p>
<p>Le tout est émaillé de commentaires et d’anecdotes pleins d’auto-dérision (en français s’il vous plaît), par lesquels Felicity Lott tient la salle sous son charme : elle rappelle ainsi qu’elle fit ses débuts français en 1979 à Nancy, pour une <em>Louise</em> de Charpentier (« Depuis le jour&#8230;! » ajoute-t-elle, avec un air entendu).</p>
<p>N’oublions pas l’excellent <strong>Jason Carr</strong>, compositeur et pianiste doté d’un art consommé de la musique de scène et incidentale. Outre un <em>Slaughter on 10th Avenue</em> particulièrement revigorant, il offre un tour de chant malicieux avec « Useless Useful Phrases ». Il semble surtout être le soutien précieux de sa partenaire dans un exercice aussi difficile qu&rsquo;émouvant, pour le plus grand plaisir du public. Car, même quand la voix faiblit et qu&rsquo;il faut chanter en avant-scène, le rideau de fer baissé permettant de réduire l&rsquo;espace, il reste à une aussi grande artiste son charme et son mystère, d&rsquo;autant plus frappants.</p>
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		<title>L&#8217;Opéra de Vienne rend hommage à Otto Schenk</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/lopera-de-vienne-rend-hommage-a-otto-schenk/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 23 Jan 2025 16:16:06 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Nous l’annoncions dans nos colonnes, le metteur en scène viennois Otto Schenk est décédé le 9 janvier dernier à l’âge de 94 ans. Le Wiener Staatsoper, où il a tant été présent, a décidé de lui rendre hommage en mettant en avant quelques-unes de ses plus marquantes mises en scène. C&#8217;est pourquoi le site internet &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Nous l’annoncions <a href="https://www.forumopera.com/breve/deces-dotto-schenk/">dans nos colonnes</a>, le metteur en scène viennois Otto Schenk est décédé le 9 janvier dernier à l’âge de 94 ans. Le Wiener Staatsoper, où il a tant été présent, a décidé de lui rendre hommage en mettant en avant quelques-unes de ses plus marquantes mises en scène. C&rsquo;est pourquoi le <a href="https://play.wiener-staatsoper.at/">site internet</a> de l&rsquo;Opéra d&rsquo;Etat met en accès libre le streaming de captations prestigieuses. Ainsi <em>L’Elisir d’amore</em> (<strong>Nazarova</strong>, <strong>Volkov</strong>),  <em>Der Rosenkavalier</em> (<strong>Kleiber</strong> / <strong>Lott</strong>, <strong>Moll</strong>, <strong>von</strong> <strong>Otter</strong>, <strong>Hornik</strong>, <strong>Bonney</strong>), <em>Ariadne auf Naxos</em> (<strong>Lindsey</strong>, <strong>Davidsen</strong>, <strong>Spyres</strong>), <em>Die Fledermaus</em> (<strong>de</strong> <strong>Billy</strong>, <strong>Nigl</strong>, <strong>Sabirova</strong>), <em>Andrea Chénier</em> (<strong>Harteros</strong>, <strong>Kaufmann</strong>), <em>Die Meistersinger von Nürnberg</em> (<strong>Thielemann</strong> / <strong>Anger</strong>, <strong>Kaimbacher</strong>, <strong>Pelz</strong>), <em>Fidelio</em> (<strong>Vogt</strong>, <strong>Kampe</strong>) sont-ils à consommer sans modération jusqu’au 31 janvier 2025.</p>
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		<title>DONIZETTI, La Fille du Régiment &#8211; Paris (Bastille)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/donizetti-la-fille-du-regiment-paris-bastille/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Taillia]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 21 Oct 2024 04:02:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Il est des spectacles dont la longévité surprend – pas à cause d’un manque de qualité, mais précisément parce que ces qualités nous semblaient trop spécifiques, trop reliées aux équipes en place lors des premières représentations, pour passer sans dommage l’épreuve du temps. Ainsi cette Fille du Régiment mise en scène par Laurent Pelly. Le &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Il est des spectacles dont la longévité surprend – pas à cause d’un manque de qualité, mais précisément parce que ces qualités nous semblaient trop spécifiques, trop reliées aux équipes en place lors des premières représentations, pour passer sans dommage l’épreuve du temps. Ainsi cette <em>Fille du Régiment </em>mise en scène par <strong>Laurent Pelly.</strong> Le triomphe de la création londonienne en 2007, puis les reprises à Vienne et à New-York au cours des mois suivants, ont installé aux quatre coins du monde lyrique ce Donizetti habillé en Offenbach, burlesque et exubérant. Mais il semblait difficile d’extraire de cette production son couple star, l’élégance un peu réservée de Juan Diego Flórez trouvant en une Natalie Dessay aux faux airs de Fifi Brindacier une réplique parfaitement complémentaire. Ajoutez à cela quelques <em>guests</em> prestigieux (Montserrat Caballé, Kiri Te Kanawa ou l’humoriste Dawn French se succédant en Duchesse de Crakentorp), et vous obteniez des équipes de rêve, difficiles à remplacer.</p>
<p>Pourtant, alors que ce spectacle fêtera bientôt ses vingt ans, il tourne toujours : Vienne l’a rejoué lors de la saison 2022-2023, la Scala de Milan le reprendra dans un an, et Paris programme, ces jours-ci, une série de représentations dont la première s’est conclue sous les bravos d’une salle enthousiaste. Les gags imaginés par Laurent Pelly n’ont pas tous bien vieilli, et certains coups de jeune donnés aux dialogues parlés ont un peu pris la poussière. Mais, miracle, après toutes ces années, cette <em>Fille du Régiment </em>garde son rythme, dans ce décor de cartes d’état-major qui laisse assez d’espace pour une direction d’acteurs au cordeau, prompte à transformer chaque air de bravoure en morceau de comédie musicale, avec chorégraphie obligée.</p>
<p>Si cela fonctionne toujours autant, c’est aussi grâce à un renouvellement judicieux des distributions, qui a vu les remplaçants devenir, progressivement, de nouveaux titulaires. <strong>Julie Fuchs</strong> comme <strong>Lawrence Brownlee</strong> connaissent tous deux très bien le spectacle. Elle, magnifique de présence scénique, se montre à l’aise en grande fille volontaire, dont l’exubérance cache mal la sensibilité à fleur de peau. Si le vibrato, ce soir, sonne un peu large, la ductilité du timbre et la facilité des aigus emportent la mise dans le « show » de « Salut à la France ! » comme dans l’émotion contenue d’« Il faut partir ». Lui, attachant en bon garçon naïf, franchit, comme on pouvait s’y attendre, l’épreuve des neuf contre-uts de « Pour mon âme… » en technicien et en styliste, rompu aux subtilités du bel canto. Mais dans un espace comme l’Opéra Bastille, ces subtilités ont du mal à passer la rampe, et contraignent le ténor américain à une sorte de <em>mezzo-forte </em>permanent, où nuances et couleurs deviennent secondaires. A côté de l’excellent Sulpice de <strong>Lionel Lhote</strong>, on retrouve avec plaisir de hautes et familières silhouettes&nbsp;: celle de <strong>Susan Graham</strong>, percutante et sensible Marquise de Berkenfield, celle de <strong>Felicity Lott</strong> (pour les amateurs d’archives, notez que ses débuts à l’Opéra de Paris datent de 1981&nbsp;!), toujours irrésistible sur scène, même quand son apparition se résume à quelques dialogues, amputés du «&nbsp;‘g Schätzli&nbsp;» suisse qu’elle chantait <em>in loco </em>en 2012.</p>
<p>Les chœurs, en grande forme ce soir, et l’orchestre, sensiblement plus nonchalant, ne peuvent éviter quelques décalages ; il faut dire que la battue d’<strong>Evelino Pido</strong>, souvent mécanique, n’était pas de nature à leur inspirer grand-chose. Au fil des représentations, l’énergie qui se déploie sur scène contaminera peut-être la fosse.</p>
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		<item>
		<title>20 regards sur James Bowman</title>
		<link>https://www.forumopera.com/20-regards-sur-james-bowman/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La Rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 14 Feb 2024 05:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
		<category><![CDATA[James BOWMAN]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La place d&#8217;un « talent révolutionnaire », pour reprendre la formule de Rupert Christiansen dans les colonnes du&#160;Daily Telegraph (2019). Découvrez le témoignage d’une vingtaines de personnalités – artistes, producteurs, amis, admirateurs ou émules – qui s&#8217;expriment sur le musicien, mais également sur l&#8217;homme, un homme extraordinairement attachant.&#160; 1. Paul-Antoine Bénos-Djian, contre-ténor &#160;Le nom de &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>La place d&rsquo;un « talent révolutionnaire », pour reprendre la formule de Rupert Christiansen dans les colonnes du<em>&nbsp;Daily</em> <em>Telegraph </em>(2019). Découvrez le témoignage d’une vingtaines de personnalités – artistes, producteurs, amis, admirateurs ou émules – qui s&rsquo;expriment sur le musicien, mais également sur l&rsquo;homme, un homme extraordinairement attachant.&nbsp;</p>


<figure class="wp-block-image size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Paul-Antoine-Benos-Djian-Credit-Edouard-Brane-22-copie-1-1024x683.png" alt="" class="wp-image-135122"/></figure>


<p><strong>1. Paul-Antoine Bénos-Djian, contre-ténor</strong></p>
<p style="font-weight: 400;"><strong><em>&nbsp;</em></strong>Le nom de James Bowman résonne depuis le début de mon apprentissage. Je pense, sans vouloir trop m’avancer, qu’il est une personnalité incontournable pour tout contre-ténor, jeune ou moins jeune, et plus largement pour tout amateur de cette voix et du répertoire baroque en général.&nbsp;</p>
<p style="font-weight: 400;">Il fait incontestablement partie de ces artistes pionniers du mouvement baroque renaissant des années 70/80!&nbsp; Il a permis de faire entendre, par son timbre d’une rondeur rare, ce que pouvait être une magnifique voix d’alto masculin qui faisait merveille chez Bach comme chez Haendel.</p>
<p style="font-weight: 400;">C’est émouvant de se rendre compte qu’il a pu côtoyer Benjamin Britten par exemple. C’est une référence!&nbsp;</p>
<p style="font-weight: 400;">Si je n’ai eu ni la chance d’entendre sa voix sur scène, ni celle de le rencontrer personnellement, j’ai pu, en revanche, côtoyer des chanteurs et metteurs en scène qui ont travaillé avec lui.&nbsp;Tous m’ont décrit une personnalité à la fois attachante, élégante, très charismatique, et dont la voix avait une projection insolente. J’aurais rêvé l’entendre en <em>live</em> !&nbsp;</p>
<p style="font-weight: 400;">J’ai eu récemment l’immense honneur de chanter le rôle d’Oberon du <em>Songe d’une Nuit d’été </em>de Britten, dans la mise en scène iconique de Robert Carsen que James Bowman a créée en 1991 au Festival d’Aix! Robert Carsen et Emmanuelle Bestet, son assistante, me disaient combien il avait pu marquer ce rôle de son empreinte grâce à une incarnation, une personnalité et une voix uniques!</p>


<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Catherine-Bott-1024x576.jpg" alt="" class="wp-image-132725"/></figure>


<p><strong>2. Catherine Bott, soprano et productrice de radio</strong></p>
<p>James Bowman a changé la perception de la voix de contre-ténor et a permis, presque à lui seul, à de futures générations de falsettistes masculins d&rsquo;être prises au sérieux et de le suivre dans des carrières internationales de concert et d&rsquo;opéra.</p>
<p>Son chant était corsé, ouvert et viril, exquisément sensible aux mots et à la musique et soutenu par une technique discrète qui faisait que tout semblait naturel et facile, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse d&rsquo;une suite interminable de notes dans un air de Bach ou d&rsquo;un jeu de mots impertinent dans un duo de Purcell.</p>
<p>C&rsquo;était toujours un plaisir de chanter avec James, qui était aussi un ami loyal et attentionné : il aimait les trains miniatures, le feuilleton télévisé de longue durée <em>Coronation Street</em> et les commérages au téléphone. L&rsquo;un des moments forts de ma carrière de chanteuse a été le programme de récitals en duo que nous avons élaboré ensemble, avec un répertoire allant de Monteverdi à Noel Coward : lorsque nous nous sommes produits dans mon ancienne école, j&rsquo;ai eu le plaisir de lui montrer la salle de musique où j&rsquo;avais entendu sa voix pour la première fois sur un disque &#8211; un moment qui a influencé toute ma vie dans la musique.</p>


<figure class="wp-block-image size-full"><img decoding="async" width="650" height="366" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/robert-carsen-april-2012-650pxl1-1-edited.jpg" alt="Robert Carsen © DR" class="wp-image-136919"/></figure>


<p><strong>3. Robert Carsen, metteur en scène</strong></p>
<p>Pour moi l’art de James Bowman est irrévocablement lié à sa personnalité. Quand j’ai rencontré James en 1991, au début des répétitions du <em>Songe d’une Nuit d’Été</em> à Aix-en-Provence, je pensais connaitre l’artiste car non seulement j’avais plusieurs de ses enregistrements, mais je l’avais aussi vu dans quelques productions de Haendel en Angleterre et aux États-Unis. Mais rien au monde ne pouvait me préparer au tourbillon d’intelligence, d&rsquo;humour, d&rsquo;esprit et d&rsquo;inventivité qui tournait autour de lui. Les répétitions étaient hilarantes car il se moquait de tout et de tout le monde &#8211; mais surtout de lui-même. Il nous faisait tous rire à un tel point qu’à plusieurs reprises on devait arrêter la répétition. Il disait souvent qu’il n’était pas de tout comédien, mais ce n’était pas vrai. Il avait un contrôle magistral de son grand physique et il savait bouger avec l’efficacité d&rsquo;un panthère quand il voulait. Une fois que les filages ont commencé, il avait une concentration inouïe qui lui permettait de créer un lien entre musique et texte que j’ai rarement rencontré depuis. Il incarnait dangereusement le coté maléfique d’Oberon, qu’il savait aussi adoucir avec une langueur et un érotisme unique à lui. Il pouvait utiliser et contrôler sa voix, ô combien puissante, comme il le voulait, et ne faisait jamais exactement la même chose d’une représentation à une autre. Quel artiste!! Quel homme!! Merci James&#8230;</p>


<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="574" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Laurence-Dale-1024x574.jpeg" alt="" class="wp-image-126514"/></figure>


<p><strong>4. Laurence Dale, ténor</strong></p>
<p>Rares sont les artistes qui définissent aussi complètement un rôle&#8230; mais c&rsquo;est exactement ce qu&rsquo;a fait James Bowman en Oberon dans <em>Le Songe</em> <em>d&rsquo;une nuit d&rsquo;été</em> de Britten. C&rsquo;est un défi d&rsquo;entendre ce rôle chanté sans que ses tons célestes et sa sensibilité ne vous parviennent à l&rsquo;oreille. En effet, grâce à lui, le statut des contre-ténors sur la scène de l&rsquo;opéra est redevenu viable après avoir été si longtemps négligé. Britten a donc trouvé une voix éthérée capable de réaliser cet aspect charismatique, &nbsp;mystique et obsédant que sa musique a si souvent et que James a personnifié. Sa personnalité charmante en faisait un artiste de scène irrésistible. D&rsquo;après mon expérience personnelle, peu de personnes peuvent chanter avec une beauté éthérée « Son morto » dans Ariodante, et réduire aussi efficacement et impitoyablement ses collègues à des épaves tremblantes (moi y compris) essayant désespérément d&rsquo;étouffer des larmes de rire, alors qu&rsquo;il descend lentement et angéliquement à genoux. Son humour sophistiqué l&rsquo;a amené à réciter tous les noms des stations de RER entre Paris et l&rsquo;aéroport CDG. La prononciation était si précise que Villepinte prenait des proportions hilarantes. En le revoyant récemment dans son église paroissiale de Redhill pour un concert de compositions de Paul Carr, James semblait, malgré son âge, être un éternel jeune diplômé, ses cheveux bouclés, ses lèvres pincées et son humour contagieux n&rsquo;ayant pas changé. Cet homme était unique. Un talent majeur qui a rétabli la voix de contre-ténor et changé le cours de la musique et en particulier de l&rsquo;opéra au 20ème siècle.</p>


<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="640" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/ChristopheDumaux-1024x640.jpg" alt="" class="wp-image-135323"/></figure>


<p style="font-weight: 400;"><strong>5. Christophe Dumaux, contre-ténor</strong></p>
<p style="font-weight: 400;">Sur le conseil de ma professeure de chant, nous avions enregistré une cassette que nous avions remise à un ami violoniste dans l’orchestre de Jean-Claude Malgoire et il l’avait fait parvenir à James Bowman. Quelque temps plus tard, nous avons reçu une gentille lettre, plutôt positive. Nous sommes allés l’écouter avec mes parents dans le cadre des concerts du dimanche matin au TCE. Nous avons brièvement discuté avec lui, il donnait des <em>master classes</em> et j’en ai suivi une à Dieppe. Ce devait être vers 1996. Il m’avait aussi donné le nom de Noelle Barker, avec qui j’ai également suivi une <em>master class</em>. &nbsp;</p>
<p style="font-weight: 400;">Il m’avait expliqué que le plus important dans une voix de contre-ténor, ce ne sont pas les aigus, mais le passage et la voix de poitrine. Nous avions d’ailleurs fait des exercices sur le passage, il y mettait un point d’honneur. C’est assez étrange quand j’y repense, car l’école anglaise n’est pas vraiment réputée pour les graves en poitrine, registre où les contre-ténors s’aventurent très peu. J’ai toujours essayé de suivre ses conseils et de mixer correctement, ce que beaucoup de contre-ténors et de sopranistes également oublient.</p>
<p style="font-weight: 400;">Tout le monde connaît le personnage, d’une extrême gentillesse, fort drôle aussi. J’avais seize ou dix-sept ans à l’époque&nbsp;: c’était vraiment travailler avec un maître, une grande star à l’époque. La voix m’avait impressionné par sa puissance, que je n’avais pas nécessairement remarquée au TCE. Elle remplissait la salle avec si peu d’efforts. Il avait un timbre inimitable&nbsp;: on entend une note et on le reconnaît directement, on est frappé par sa rondeur, sa richesse. La générosité de son chant reflète aussi celle de l’homme&nbsp;: généreux, blagueur et adorable. Ce n’était pas du tout une voix blanche comme beaucoup de contre-ténors à l’époque, raison pour laquelle souvent les gens ne les aimaient pas. Il a réussi, avec quelques autres comme Jacobs, à lui donner du corps. Si je réécoute Deller, par exemple, il y a un <em>gap </em>énorme, sur le plan technique. Bowman a été véritablement un point de bascule pour que les contre-ténors s’imposent à l’opéra. Il a contribué à changer leur perception. On a longtemps dit que ce n’était pas une voix, qu’il n’y avait pas de technique, que ce n’était pas naturel, on a entendu tout et n’importe quoi. Il a réussi à démocratiser le contre-ténor à l’opéra. C’était également un superbe musicien. Il n’avait pas peur d’élargir son répertoire et pouvait se permettre des rôles très différents, chez Haendel notamment. C’était un couteau suisse, il pouvait faire à peu près ce qu’il voulait. C’est une grande perte pour les contre-ténors, de ma génération du moins. Je ne l’ai malheureusement pas recroisé. J’ai interrogé Harry Bickett, qui me dirige dans <em>Ariodante</em>, et apparemment, il serait mort de sa belle mort, il n’était pas malade.</p>


<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="580" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/1200x680_jeanpaulfouchecourt_04-1024x580.jpg" alt="" class="wp-image-135123"/></figure>


<p style="font-weight: 400;"><strong>6. Jean-Paul Fouchécourt, haute-contre</strong></p>
<p style="font-weight: 400;">Il y a des rencontres, même furtives, que l’on n’oublie pas. Celle de James date de 1997, lors d’une tournée avec La Petite Bande dans la <em>Messe en si</em> de Bach qui se termine à Salamanca après un interminable voyage. Imperturbable, malgré la fatigue, James nous donne durant ce concert une leçon de professionnalisme et une démonstration de son « savoir-faire », servant toujours la musique avec pureté et humilité.</p>
<p style="font-weight: 400;">Je n’ai eu le bonheur de le recroiser qu’en novembre 2012, Salle Gaveau. A ma grande surprise, il me demande de rejoindre la brochette de contre-ténors parmi les plus réputés qu’il a réunie autour de lui pour ses adieux parisiens. Profondément touché par cette invitation inattendue, j’accepte sans hésitation, impatient de retrouver cet homme croisé quelques années plus tôt et dont je n’ai oublié ni l’humour ni la drôlerie.</p>
<p style="font-weight: 400;">Souvent amené à expliquer la différence entre un haute-contre et un contre-ténor, je suis heureux d’annoncer au public que, pour la première fois, je possède la voix la plus grave de la soirée !</p>


<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="444" height="250" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/jaroussky_0-1-edited.jpg" alt="" class="wp-image-138625"/></figure>


<p><strong>7. Philippe Jaroussky, contre-ténor</strong></p>
<p>La première étape, en ce qui me concerne, ce fut les disques. La seconde étape fut notre rencontre, à La Folle Journée de Nantes, il y a quasiment vingt ans. Il y donnait un récital avec Kenneth Weiss au clavecin. On s’est croisés et il a été adorable : il a même demandé si je venais au concert car la perspective l’intimidait (rires). J’ai trouvé ça charmant. Il a chanté “Mi palpita il cor” de Haendel avec des vocalises légèrement savonnées, regardant le public d’un air mutin et désolé. Ensuite, je me suis pris une claque en écoutant la deuxième partie, consacrée à Purcell, inimitable et magnifique. C’était très émouvant de voir dans le public des gens qui le suivaient depuis une trentaine d’année, de ville en ville, pour chaque concert. Plus tard, dans un article, il a dit de moi que j’étais “l’enfant que Bach aurait aimé avoir” (pas comme fils, mais comme vocaliste, naturellement). Cela aussi, c’était adorable. Troisième étape : ses adieux, salle Gaveau, auxquels j’ai eu le privilège de participer aux côtés de quelques collègues contre-ténors. J’ai chanté l’<em>Alto Giove</em> de Porpora. James était assis à même la scène. C’était, sous son flegme britannique, une célébration nostalgique. Mettre, formellement, une date sur ses adieux. Et nommer ce retrait. Ce n’est pas une décision anodine. Nous y sommes tous confrontés, avec la mélancolie et l’angoisse qu’on devine.</p>


<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/les-theatres-robert-king-c-keith-saunders-robert-king-rehe-action-reduced-photo-keith-saunders-3147-1920x1080jpg-1024x576.jpg" alt="" class="wp-image-135128"/></figure>


<p><strong>8. Robert King, directeur du Kings&rsquo; Consort</strong></p>
<p style="font-weight: 400;">C’est un honneur pour moi de pouvoir écrire à propos de mon merveilleux et cher ami James Bowman. Je suis désolé de ne pas faire court, mais c’est difficile de résumer en quelques mots 18 ans de travail avec l’un des plus grands chanteurs de tous les temps. Mes cinquante enregistrements et les centaines de concerts avec lui comptent parmi les expériences les plus inoubliables de ma vie.</p>
<p style="font-weight: 400;">James Bowman fut un des plus grands chanteurs de la seconde moitié du vingtième siècle&nbsp;: une voix unique qui était immédiatement reconnaissable, un <em>legato </em>fabuleux, une approche du texte qui a fait de nombreux émules mais que peu ont égalé et, par-dessus tout, une musicalité innée et absolue. Mais James, en tant qu’individu, était encore bien plus grand. C’était une des personnes les plus délicieuses, charmantes, authentiques et en même temps espiègles, aimables et généreuses que l’on puisse espérer rencontrer. Il avait une mémoire incroyable, ce qui était un vrai bonheur étant donné qu’il avait travaillé avec les plus grands et les histoires qu’il racontait étaient extraordinaires. Comme conteur, il n’avait pas d’égal, et son timing était parfait. Et il était si gentil et d’un soutien incroyable avec ses amis et ses collègues. Le monde est tellement plus pauvre sans James, mais infiniment plus riche de part tout ce qu’il a accompli. Requiescat in pace.</p>


<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="658" height="370" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Photo-Guillemette-Laurens-edited.jpg" alt="" class="wp-image-136912"/></figure>


<p><strong>9. Guillemette Laurens, mezzo-soprano</strong></p>
<p style="font-weight: 400;">Malgoire&nbsp;avait réuni pour son enregistrement de ce chef-d&rsquo;œuvre haendélien la merveilleuse&nbsp;Lynn Dawson en Cléopâtre et James Bowman en César.&nbsp;</p>
<p style="font-weight: 400;">Évidemment,&nbsp;j&rsquo;avais entendu James auparavant, notamment dans son enregistrement mythique du&nbsp;<em>Nisi Dominus</em> de Vivaldi. Étant, dès mon plus jeune âge, une fervente admiratrice d&rsquo; Alfred Deller, j&rsquo;ai entendu chez&nbsp;James&nbsp;la continuité&nbsp;naturelle&nbsp;de la démarche intrépide&nbsp;et Ô combien visionnaire d&rsquo;Alfred.&nbsp;&nbsp;</p>
<p style="font-weight: 400;">Ma rencontre avec James se fit donc quand il était à l&rsquo;apogée de&nbsp; sa carrière.</p>
<p style="font-weight: 400;">Tout d&rsquo;abord, au premier abord, James impressionnait par sa haute et généreuse stature et le sourire quasi permanent qu’il adressait à tous, sa force tranquille, son charisme serein.</p>
<p style="font-weight: 400;">La puissance et la rondeur de sa voix&nbsp; étaient étonnantes.&nbsp;Sa belle ligne de chant,&nbsp;son souffle&nbsp;égal et contrôlé, la fluidité&nbsp;de son phrasé, l&rsquo;aisance vocale dans toute sa tessiture, la justesse du son&nbsp; et la&nbsp;chaleur&nbsp;du&nbsp;timbre, la précision des <em>abbellimenti</em>, toujours émis sans heurts, tout dans son art vocal contribuait à&nbsp; l&rsquo;impression d&rsquo;être enveloppé d&rsquo;une bienveillante douceur. Il communiquait aussi une grande joie de chanter et son geste musical, ample et&nbsp;généreux, était, &nbsp;à mon avis, assez unique.</p>
<p style="font-weight: 400;">James Bowman est un artiste inoubliable, qui influença&nbsp; toute une génération de contre-ténors,&nbsp; peut-être même plus que Deller, qui reste néanmoins pour moi inégalable dans la maîtrise de la rhétorique et dans la richesse de l&rsquo;expression verbale.&nbsp;</p>
<p style="font-weight: 400;">James&nbsp;a&nbsp;tracé&nbsp;un chemin&nbsp;lumineux et&nbsp;lisse qui a éclairé les musiciens qui l&rsquo;ont rencontré et aimé.&nbsp;C&rsquo;est cela je crois que James&nbsp;savait si bien exprimer à travers son chant&nbsp;: l&rsquo;amour,&nbsp;le partage,&nbsp;la bonté humaine. En ces moments de culture de la&nbsp;discorde, réécoutons-le et suivons ses pas &#8230; Son chant s&rsquo;élève encore comme une prière.</p>


<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/JeromeLejeune-1024x576.jpg" alt="" class="wp-image-135324"/></figure>


<p><strong>10. Jérôme Lejeune, musicologue, producteur et directeur du label <em>Ricercar</em></strong></p>
<p style="font-weight: 400;">En 1988, souffrant des premiers symptômes de la maladie qui allait l’emporter peu après, Henri Ledroit, contre-ténor français avec lequel Ricercar avait déjà réalisé plusieurs enregistrements mémorables ne pouvait participer à celui de l’intégrale des cantates de Nicolaus Bruhns. Suite à divers encouragements, c’est vers James Bowman que nous nous sommes tournés. Pour le petit label qu’était Ricercar à cette époque, nous adresser à ce chanteur dont la renommée état déjà considérable relevait d’une grande audace. Et, à cette époque, cela se faisait encore par l’envoi d’un courrier par voie postale. La réponse fut rapide et enthousiaste, et à la délicate question financière, James nous laissait proposer ce que nous pouvions, heureux qu’il était avant tout de participer à cette belle découverte. C’est ainsi que s’est établie une collaboration régulière avec les musiciens du Ricercar Consort&nbsp;et au sein d’un quatuor vocal devenu presque légendaire (Greta De Reyghere, Guy de Mey, Max van Egmond) qui ont réalisé très nombreux enregistrements. Et James était toujours là, avec tant de simplicité, de passion, d’intérêt pour ces belles découvertes.</p>
<p style="font-weight: 400;">L’un des plus beaux souvenirs des enregistrements avec James Bowman fut celui du programme William Byrd avec consort de violes, où il voulut chanter assis au milieu des instruments, à l’image de sa modestie, là où il ne voulait pas être un soliste « accompagné » mais bien l’un des instruments de la polyphonie. En 2018, à l’occasion de la sortie de rééditions d’anciennes références dont son merveilleux récital de musique viennoise et vénitienne du XVIIIe siècle, James nous avait fait le plaisir de passer quelques moments en Belgique pour la présentation à la presse de cette nouvelle collection. Ses souvenirs de toutes ces années d’enregistrement étaient intacts et il chantait encore de mémoire certains passages de cantates de Bruhns ou de Weckman. En mars dernier, je l’avais encore contacté pour obtenir copie de la partition des délicieux airs sacrés de G. M. Monn qu’il avait enregistrés pour Ricercar. Lui renvoyant les partitions originales qu’il m’avait transmises, je lui ai joint l’un des derniers disques de Ricercar, le « O Jesulein » de Clematis. Il me répondait aussitôt : « répertoire très intéressant (très Lejeune !!) Deux excellents sopranos, quoique me manque la belle voix de Greta. Elle reste inoubliable pour moi » &#8230; Pour nous tous, James nous restera toujours, lui aussi, inoubliable !</p>


<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="700" height="500" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/felicity-lott2-4.jpg" alt="DR" class="wp-image-98661"/></figure>


<p><strong>11. Felicity Lott, soprano</strong></p>
<p>J&rsquo;ai eu le grand plaisir de chanter avec James Bowman à de nombreuses reprises, à l&rsquo;opéra et en concert. James avait une voix et une présence si fortes, et un son si noble. Peu après la fin de mes études, nous avons chanté ensemble César et Cléopâtre dans une version anglaise de&nbsp;<em>Giulio Cesare</em>&nbsp;et son interprétation du grand air avec cor obligé était inoubliable. Ensuite, à Glyndebourne en 1981, j&rsquo;ai fait partie de la distribution du&nbsp;<em>Songe d&rsquo;une nuit d&rsquo;été</em>, où James était un fabuleux Oberon, le rôle que Britten avait réécrit pour lui. Outre son chant glorieux, il avait un sens de l&rsquo;humour irrépressible et une haine de la pompe, ainsi que la capacité de garder la tête froide tout en étant très malicieux. Il a beaucoup contribué à populariser la voix de contre-ténor et a fait écrire de très belles musiques pour lui. Tout le monde aimait James et il nous manque beaucoup.</p>


<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1667" height="938" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/IMG_0629-edited.jpg" alt="" class="wp-image-136918"/></figure>


<p style="font-weight: 400;"><strong>12. Renaud Machart, journaliste, écrivain et producteur</strong></p>
<p><span style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3); background-color: var(--ast-global-color-5);">J&rsquo;ai connu James Bowman alors que je dirigeais le Festival estival de Paris (1989-1992), où je l&rsquo;avais invité deux ou trois fois. Il connaissait les papiers que j&rsquo;avais écrits sur lui et il avait demandé que ce soit moi qui l&rsquo;interroge pour le numéro de </span><em style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);">L&rsquo;Avant-Scène Opéra</em><span style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3); background-color: var(--ast-global-color-5);">&nbsp;de mai-juin 1991 sur&nbsp;</span><em style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);">Le Songe d&rsquo;une nuit d&rsquo;été</em><span style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3); background-color: var(--ast-global-color-5);"> de Britten, sur son travail avec le compositeur. J&rsquo;adorais cette voix que j&rsquo;avais beaucoup entendue au disque, moins sur scène et au concert ; l&rsquo;homme, dont j&rsquo;ai été l&rsquo;ami sans être un de ses proches, était d&rsquo;une extraordinaire drôlerie et d&rsquo;une excentricité assez typiquement britannique. </span><span style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3); background-color: var(--ast-global-color-5);">Je me souviendrai toujours qu&rsquo;assis devant l&rsquo;orchestre lors d&rsquo;un concert de la&nbsp;&nbsp;</span><em style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3);">Passion selon saint Jean</em><span style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3); background-color: var(--ast-global-color-5);">, de Haendel (sic!), à l&rsquo;église Saint-Germain-des-Prés, en 1992, il me faisait des grimaces et des mines en se cachant à peine alors que je me trouvais devant lui au premier rang. Un instant après, ce colosse se levait, dans le plus grand sérieux, ouvrait la bouche d&rsquo;où sortait un son d&rsquo;une incroyable plénitude et d&rsquo;un calibre qui dépassait largement celui de la plupart des contre-ténors de l&rsquo;époque.</span></p>
<p style="font-weight: 400;">La voix de James était, pour dire les choses simplement,&nbsp;<em>masculine</em>, très différente de celles de nombreux chanteurs qui allaient progressivement se rapprocher du son, de la technique et du <em>vibrato</em> des mezzo-sopranos, ce qu&rsquo;il considérait lui-même comme étant un autre monde sonore et interprétatif. Il a continué de chanter jusqu&rsquo;à un âge avancé en gardant ce timbre reconnaissable parmi tous, notamment en France où il avait un public fidèle et parfois frénétique (en particulier chez les dames). Il disait que chanter avec piano était comme&nbsp;<em>«&nbsp;associer un rebec et une guitare&nbsp;»</em>, mais il a pourtant fait ce bel album avec Kenneth Weiss&nbsp;:&nbsp;<em>Songs for Ariel</em>, paru en 2006 (qu&rsquo;il a gravé à l&rsquo;âge de 65 ans) où on l&rsquo;entend dans des pages assez rares avec piano. Demeurent parmi mes préférés les enregistrements mythiques des&nbsp;<em>Stabat Mater</em>&nbsp;et&nbsp;<em>Nisi Dominus</em>&nbsp;de Vivaldi, ses versions de «&nbsp;Eternal&nbsp;Source of&nbsp;Light Divine&nbsp;» qui ouvre l&rsquo;<em>Ode for the Birthday of Queen Anne&nbsp;</em>et un magnifique disque de&nbsp;<em>songs</em>&nbsp;de Purcell chez Hyperion,&nbsp;<em>Mr Henry Purcell&rsquo;s Most Admirable Composures</em>. Sans oublier, bien sûr, son exceptionnel Apollon dans&nbsp;<em>Death in Venice</em>, écrit sur mesure pour lui par Benjamin Britten&#8230;</p>
<p style="font-weight: 400;">La dernière fois que j&rsquo;ai vu James, à Paris, chez notre amie commune Pascale Bernheim, nous avions évoqué la possibilité de faire un livre d&rsquo;entretiens ensemble. Il se réjouissait qu&rsquo;on se voie régulièrement et que cela paraisse en France, un pays où il a toujours été particulièrement apprécié. (Il s&rsquo;étonnait un peu cependant qu&rsquo;aucun livre n&rsquo;ait été en projet dans son pays natal&#8230;) Mais l&rsquo;éditeur à qui je l&rsquo;ai alors proposé n&rsquo;était guère intéressé par la chose et j&rsquo;étais moi-même en retard dans la rédaction de deux autres livres que je devais rendre impérativement avant de me mettre à cet éventuel troisième&#8230; Les années ont passé, le Covid est passé par là&#8230; Je regrette de n&rsquo;avoir pas pris le temps d&rsquo;aller le voir et de parler avec lui de cette longue, belle et riche carrière qui fut la sienne.</p>


<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="575" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/132fefbc5bd813159802b380edbdf3c2-1441963712-1024x575.jpg" alt="" class="wp-image-135126"/></figure>


<p><strong>13. Philippe Pierlot, gambiste et directeur du Ricercar consort</strong></p>
<p style="font-weight: 400;">J’ai été très touché d’apprendre la mort de James Bowman, un musicien avec lequel j’ai eu le privilège de partager des moments qui ont marqué pour toujours mon cheminement musical.</p>
<p style="font-weight: 400;">J’ai été surpris aussi, car, pour moi, James était une véritable force de la nature, ce qui se ressentait dans sa voix à la fois puissante et raffinée, et je ne l’imaginais pas vieillir.</p>
<p style="font-weight: 400;">Quand je pense à lui, il me revient immédiatement un son, une image, une attitude&nbsp;: c’était lors de notre première rencontre pour l’enregistrement de la magnifique passacaille de Bruhns de la cantate «&nbsp;Hemmt eure Tränenflut&nbsp;». Je revis ce moment comme si c’était hier, et c’est là le propre d’un grand chanteur, être capable de vous imprimer des émotions d’une façon si profonde et si personnelle.</p>
<p style="font-weight: 400;">Beaucoup de souvenirs refont surface, en particulier sa manière amusante de parler notre langue et, bien sûr, cet humour pince-sans-rire qu’on aime tant. Enfin, une anecdote de concert&nbsp;: il s’était trompé dans une entrée et leva les bras aux cieux en disant au public&nbsp;: «&nbsp;My fault&nbsp;», la grande classe&nbsp;!</p>


<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="580" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/1200x680_pressefoto_sabata_b-1024x580.jpg" alt="" class="wp-image-132095"/></figure>


<p><strong>14. Xavier Sabata, contre-ténor</strong></p>
<p>Cher James,<br>Mon petit hommage et ma profonde gratitude pour l&rsquo;impact que vous avez eu sur ma vie.<br>C&rsquo;est pendant mes études d&rsquo;art dramatique que je vous ai découvert et votre enregistrement de <em>Cesare</em> a touché une corde sensible en moi. Je n&rsquo;étais pas encore chanteur (je n&rsquo;avais même pas le projet de le devenir). En vous écoutant, je n&rsquo;ai pu m&#8217;empêcher de réaliser que ce que vous faisiez était quelque chose qui, à l&rsquo;état brut, se trouvait aussi en moi. Une graine a été plantée et ma passion pour la musique baroque et pour la voix de contre-ténor ont germé.<br>Je n&rsquo;oublierai jamais ce concert où un téléphone a interrompu brutalement la représentation. Vous, le chanteur toujours plein d&rsquo;esprit, vous avez arrêté le claveciniste et vous êtes adressé à la personne au bout du fil pour lui faire savoir que vous n&rsquo;étiez pas disponible à ce moment-là. Votre rapidité d&rsquo;esprit et votre sens de l&rsquo;humour témoignaient de votre nature charismatique.<br>Votre héritage résonnera à jamais dans le cœur des musiciens et des mélomanes du monde entier. Merci d&rsquo;avoir partagé votre talent extraordinaire, d&rsquo;avoir inspiré d&rsquo;innombrables artistes et d&rsquo;avoir laissé derrière vous un héritage musical qui résistera à l&rsquo;épreuve du temps.<br>Reposez en paix, cher James. Votre voix continuera à résonner dans nos âmes.<br>Avec une admiration sans bornes.</p>


<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="750" height="422" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/IMG_2236-edited.jpeg" alt="" class="wp-image-139769"/></figure>


<p><strong>15. Jennifer Smith, soprano</strong></p>
<p style="font-weight: 400;">Mon fils de 10 ans fut tellement impressionné par la voix de James, son ‘premier’ <em>countertenor</em>, qu’il le surnomma tout de suite de ‘<em>counter<strong>twenty</strong>or’</em>. Et vraiment il avait raison de l’appeler ainsi, car James Bowman était un contre-ténor multiplié par deux, ou même plus, par sa voix si expressive, sa façon de chanter sa langue natale, son phrasé si immédiatement reconnaissable. D’ailleurs une personne superlative dans tous les sens. C’était un ‘gentleman’, bon, beau, doux, courtois, discret, et son humour est légendaire. &nbsp;J’ai eu aussi l’expérience de sa grande générosité, quand il a proposé de me prêter £20.000, somme qui à l’époque n’était pas négligeable, lorsque je lui confessai avoir d’énormes soucis financiers. Inoubliable geste d’amitié…c’était pendant les répétitions d’<em>Ottone</em>, où il me surprit en larmes; je vois encore son visage…</p>
<p style="font-weight: 400;">Nous avons chanté ensemble donc dans <em>Ottone </em>de Handel, que nous avons enregistré, avec une tournée au Japon. Collègue d’une incomparable gentillesse, aussi. Et il a chanté une ou deux fois avec l&rsquo;Amaryllis Consort, fondé par un de ses collègues contre-ténors, Charles Brett. Ils s’admiraient et se respectaient énormément.</p>
<p style="font-weight: 400;">Je ne fus pas du tout surprise de savoir qu’il avait choisi de chanter dans la Chapel Royal, quand il prit sa retraite. C’est très caractéristique de sa part, montrant son humilité, et sa joie de chanter cette musique si merveilleuse du répertoire choral anglican, et aussi de participer à toutes les grandes cérémonies royales! J’en suis un peu jalouse!</p>
<p style="font-weight: 400;">Quand je pense à James, je souris. Et j’écoute, enchantée, en mon for intérieur, les yeux fermés. Avec une grande reconnaissance d’avoir été contemporaine, voire collègue, et même un peu l’amie, de cet artiste unique, qui nous manque beaucoup. C’est une [petite] consolation d’avoir quelques-uns de ses enregistrements.</p>


<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="738" height="418" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/1200x680_dominiquevisse-cantonella_spaccini-edited.jpg" alt="" class="wp-image-135318"/></figure>


<p><strong>16. Dominique Visse, contre-ténor</strong></p>
<p>Mes premières rencontres avec James furent auditives, tout d’abord au côté de René Jacobs, par un disque que j’ai beaucoup écouté, <em>L’ode sur la mort de Purcell</em> de John Blow. Ce disque m’a donné encore plus la certitude que la voix de contre-ténor était ma voie.</p>
<p>J’ai aussi beaucoup écouté le disque Vivaldi de James, avec ce magnifique enregistrement du <em>Stabat mater</em> et du <em>Nisi Dominus</em>.</p>
<p>J’ai chanté la première fois avec James grâce à Jean-Claude Malgoire, lors d’un concert de la <em>Passion selon Saint Matthieu</em> de Bach à la basilique Saint-Denis.</p>
<p>Puis lors d’une production d’<em>Ottone</em> de Haendel dirigée pat Robert King à Londres et Tokyo, j’ai eu le privilège de passer beaucoup de temps auprès de lui. J’en garde le souvenir d’une personne très dynamique, joyeuse, empathique avec tous ceux qui l’entouraient, avide de plaisanteries et tout à la fois très sérieux et rapide dans le travail.</p>
<p>J’adorais chanter près de lui, sa voix ronde et très riche en harmoniques parlait directement au cœur, en même temps que son regard gardait toujours une pointe de malice même dans les scènes dramatiques, bref un Anglais pur jus…</p>
<p>Lors de cette production d’<em>Ottone</em> au Japon où il tenait le rôle principal, il était malade, une belle bronchite, et malgré sa voix quelque peu altérée, pas une seule fois sa joie de chanter, de jouer, de blaguer, de partager, d’être à l’écoute des autres ne fut amoindrie. Ce fut pour moi une grande leçon d’humilité, et une grande leçon de musique et d’humanité.</p>


<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="1000" height="667" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/carlo_vistoli_portrait.jpg" alt="VIGNETTE" class="wp-image-62096"/></figure>


<p style="font-weight: 400;"><strong>17. Carlo Vistoli, contre-ténor</strong></p>
<p style="font-weight: 400;">Commençons par dire que nous qui chantons aujourd’hui comme contre-ténors, nous devrions lui être reconnaissants pour ce qu’il a fait à une période où réinventer cette voix signifiait prendre le risque, au mieux, de ne pas être compris. Le mérite des pionniers est précisément d’ouvrir une voie que d’autres ont du mal à imaginer, ce James Bowman a peut-être mieux fait que quiconque.</p>
<p style="font-weight: 400;">S’il est vrai que d’autres, avant lui, avaient déjà contribué à la naissance – ou mieux à la renaissance – de cette voix (je pense à l’Anglais Alfred Deller, mais aussi à l’Américain Russell Oberlin) –, personne n’avait encore utilisé de manière systématique cet instrument, jugé par plusieurs fragile et inadéquat (surtout quand on le compare aux instruments féminins) au répertoire de l’opéra qui fut, en son temps, le domaine des&nbsp;<em>evirati cantori</em>. En d’autres termes, Bowman a opéré une transformation qui, des décennies plus tard, pourrait être qualifiée non seulement de gagnante, mais même considérée comme «&nbsp;historique » en faisant de cette voix d’église ou de chambre, une voix authentiquement théâtrale. Je pense qu’il représente en ce sens l’alpha du contre-ténor lyrique, un modèle dont on a peut-être dû s’éloigner, mais qu’on ne cesse de regarder comme le sillon tracé par les précurseurs.</p>
<p style="font-weight: 400;">James Bowman a exploré un répertoire fort vaste, de la musique du Moyen-Âge et de la Renaissance au répertoire contemporain, et, si je devais choisir un enregistrement, je proposerais peut-être sa touchante version des « Chichester Psalms » de Leonard Bernstein, pour souligner également l&rsquo;importance que cette vocalité a eu et conserve dans la musique d’aujourd’hui.</p>
<p><img decoding="async" class="aligncenter" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Hugh-Cutting-601x600.jpg"></p>
<p><strong>18. Hugh Cutting, contre-ténor</strong></p>
<p style="font-weight: 400;">La plupart des souvenirs semblent se concentrer sur deux choses : sa carrière de chanteur, révolutionnaire, et un sens de l’humour excessivement drôle. Je pense que cette double évocation en dit beaucoup sur ce que nous devons savoir de James Bowman.</p>
<p style="font-weight: 400;">D’une part, nous connaissons l’importance historique de sa voix et cette personnalité effrontée qui l’a fait se présenter et chanter devant Britten en réussissant à le convaincre qu’un contre-ténor pouvait incarner sur scène un personnage d’opéra crédible et consistant.</p>
<p style="font-weight: 400;">D’autre part, je pense que son caractère &#8211; et en particulier sa volonté de rire de lui-même et de mettre ses collègues à l’aise – révélait à la fois son intégrité et sa confiance en soi. En même temps il ne s’est jamais trop pris au sérieux. Mon père, un des nombreux trompettistes qui ont interprété «&nbsp;Eternal Source of Light Divine&nbsp;» avec James, se rappelle qu’un jour, après un trou de mémoire particulièrement long dans les dernières mesures du mouvement, James lui déclara d’une voix tonitruante&nbsp;: «&nbsp;Franchement, je suis bien meilleur pour manger un chili con carne que pour chanter Haendel&nbsp;!&nbsp;». Évidemment, cela ne voulait pas du tout dire qu’il ne prenait pas au sérieux le pouvoir et la portée de la musique.</p>
<p style="font-weight: 400;">De nos jours, on court de plus en plus le risque que les performances des falsettistes se focalisent davantage sur elles-mêmes que sur ce que les airs sont censés raconter. C’est vraiment un équilibre difficile à trouver pour n’importe quel chanteur &#8211; et je parle d’expérience quand je dis être sûr que nous sommes tous, à un moment donné ou à un autre, tombé dans ce travers -, mais je pense que lorsque toute votre identité vocale est perçue par beaucoup comme intrinsèquement « différente », il est tentant de simplement miser sur l’altérité vocale, celle d’un homme chantant dans un registre de femme. « Tu dois faire attention à ce que cela ne devienne pas du cirque » tel est le conseil dont Iestyn Davies se souvient. Si les chanteurs cherchent avant tout à donner un électrochoc au public, au détriment de tout le reste, n’est-ce pas une perte à la fois pour l’interprète et pour l’auditoire ?</p>
<p style="font-weight: 400;">Bien qu’il fût un artiste accompli, James ne serait jamais considéré lui-même comme plus important que ce qu’il chantait. Il était obsédé par la musique pour elle-même et pour la joie de chanter avec d’autres&nbsp;; le fait qu’il n’ait jamais cessé d’aimer le <em>choral evensong </em>le démontre. Plutôt que de se vendre lui-même, il exprimait l’émotion portée par la musique, avec un mélange de créativité, de plaisir et d’empathie bien à lui.</p>
<p style="font-weight: 400;">N’importe quel contre-ténor aujourd’hui lui est probablement plus redevable qu’il ne le réalise. Le legs de James Bowman au monde des chanteurs et de la musique classique est incommensurable. Et sa voix &#8211; comme ses blagues &#8211; durera longtemps encore.</p>
<p><strong>19. Bernard Schreuders, journaliste</strong></p>
<p style="font-weight: 400;">«&nbsp;Oh king, your favours with delight&nbsp;» : ces mots me hantent depuis trente-six ans&nbsp;! Je suis sur le point de quitter les bancs du lycée pour ceux de la faculté lorsque je découvre le <em>Saul </em>de Haendel enregistré en <em>live</em> à Leeds sous la conduite de Charles Mackerras (1972, ARCHIV). L’entrée de David s’y apparente à une irrésistible ascension vers l’aigu et révèle la prodigieuse lumière d’une voix à nulle autre pareille dont les accents me prendront aussi à la gorge dans la déploration finale (« O fatal day ! »). Après ce choc, je n’ai plus qu’une idée en tête&nbsp;: voir James Bowman en <em>live</em>, précisément ; le voir pour mieux l’entendre et pour y croire. Environ deux ans plus tard, le <em>Stabat </em><em>Mater </em>de Pergolesi, qu’il vient de graver avec l’Academy of Ancient Music, fait l’objet d’une tournée promotionnelle. Stupeur et nouvel éblouissement. En première partie, le chanteur s&#8217;empare avec un aplomb renversant du très théâtral motet « Longe mala, umbrae, terrores » de Vivaldi qui sollicite un large ambitus (Si bémol &#8211; Fa) et toutes les ressources d&rsquo;un virtuose de premier plan. Me glissant à l’entracte dans la sacristie de l’église Saint Séverin (Paris), je découvre James Bowman sautillant et riant aux éclats devant le regard amusé d’Emma Kirkby, tel un adolescent blagueur qui aurait enfilé un smoking. Cette image, je l’ignore alors, résume à merveille aussi bien l’homme que l’artiste.</p>
<p style="font-weight: 400;">Vingt ans plus tard, mû par la nostalgie et un indéfectible attachement, je prends un billet pour son récital au Studio Flagey (Bruxelles), le seul programmé cette année-là hors du Royaume-Uni. Le contre-ténor fêtera bientôt ses soixante-huit printemps : la formule pourtant usée s’impose d’elle-même et retrouve même une nouvelle fraîcheur en célébrant l’intégrité du timbre et la qualité de la projection, miraculeuse. Cependant, l’interprète me surprend davantage encore par son ardente présence au texte (Dowland, Purcell) et un engagement viscéral que je ne lui connaissais pas et que je n&rsquo;ai&nbsp;jamais entendu dans ce répertoire. &nbsp;&nbsp;</p>


<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Antoine-Palloc-1.jpg" alt="" class="wp-image-156555"/></figure>


<p><strong>20. Antoine Palloc, pianiste et maître de chant</strong></p>
<p>Je me souviens très bien de la première fois où j’ai entendu la voix de James Bowman. Tout jeune, j’avais faim de découverte, et cette voix, pleine avec sa générosité, m’a tout de suite touché. Je ne connaissais rien à rien, mais je n’ai jamais oublié cette émotion.</p>
<p>La vie ne ma pas donné l’occasion de le côtoyer ou de travailler avec lui, mais j’aurais rêvé partager des aventures avec lui sur les Britten.<br>Travailler avec un artiste vecteur de la musique d’un compositeur est toujours une chance folle, une transmission. Il tenait à transmettre, créer, construire, faire découvrir des ouvrages, tous siècles confondus.</p>
<p>Amoureux de la musique, il ne s’en est jamais servi, mais l’a toujours servie.</p>
<p>Sa voix reste une empreinte unique car elle est identifiable instantanément.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/20-regards-sur-james-bowman/">20 regards sur James Bowman</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>DONIZETTI, La Fille du régiment &#8211; Paris (TCE)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/donizetti-la-fille-du-regiment-paris-tce/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 04 Apr 2023 06:41:33 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Proposer en version de concert La Fille du régiment est un choix a priori surprenant. Le premier ouvrage lyrique en langue française de Donizetti relève du genre opéra-comique. L&#8217;alternance de textes chantés et parlés semble peu compatible avec l’absence de mise en scène. Son succès, jamais démenti, le classe parmi les fleurons de sa catégorie &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Proposer en version de concert <em>La Fille du régiment</em> est un choix a priori surprenant. Le premier ouvrage lyrique en langue française de Donizetti relève du genre opéra-comique. L&rsquo;alternance de textes chantés et parlés semble peu compatible avec l’absence de mise en scène. Son succès, jamais démenti, le classe parmi les fleurons de sa catégorie quand l’option concertante est le plus souvent réservée aux ouvrages rarement joués.</p>
<p>Confier un ouvrage patriotique à l’Orchestre de la Garde Républicaine s’inscrit en revanche dans une logique imparable. Sous la baguette narquoise d’Hervé Niquet, les cuivres semblent prendre un malin plaisir à rutiler et les timbales à rouler. Non exempt de pesanteur, l’excès d’entrain nuit parfois à la mesure et dans la première partie à la balance entre voix et instruments. La représentation suivante, ce mercredi 5 avril, devrait résoudre les quelques écarts de mise en place. Formidable d’unité, le chœur de l’Armée française s’épanouit avec le naturel joyeux que l’on peut attendre d’un ensemble à vocation militaire dont la vingtaine de membres interprètent autant de soldats.</p>
<p>Côté chanteurs, il s’agit de donner vie aux personnages sans le soutien du théâtre et de ses apparats – costumes, décors… Avoir chanté <em><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/la-fille-du-regiment-liege-ah-mes-amis-quel-jour-de-fete/">La Fille du régiment </a></em><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/la-fille-du-regiment-liege-ah-mes-amis-quel-jour-de-fete/">sur scène à Liège</a> aide <strong>Jodie Devos</strong> à endosser le rôle de la vivandière. L’aisance avec laquelle elle coiffe la charlotte donizettienne n’en est pas moins admirable. La légèreté de la voix accentue la jeunesse de Marie. L’agilité prend le pas sur la sensibilité, la virtuosité de « Aux bruits de la guerre » sur la mélancolie de « il faut partir ». Mais le charme se dispute à l’humour notamment au deuxième acte lors d’une leçon de chant allègrement massacrée. La justesse du ton et l’évidence de la diction ne sont pas les moindres atouts d’une interprétation ovationnée par le public.</p>
<p>Fraîcheur et sincérité caractérisent aussi la manière dont <strong>Sahy Ratia</strong> aborde Tonio. Même légèreté, même musicalité : les deux amoureux sont en symbiose, condition indispensable à l’équilibre de la représentation. Étaient évidemment attendus les neuf contre-ut de « Pour mon âme » ; ils répondent à l’appel, crânement envoyés d’une voix claire et égale. « Pour me rapprocher de Marie » souffre d’un défaut de couleurs mais non de style. Voilà un ténor dont le sens du phrasé devrait trouver matière à s’épanouir dans le répertoire de la Salle Favart.</p>
<p>Les autres rôles veulent des interprètes comédiens autant que chanteurs. Là encore, rien à redire, de <strong>Marc Labonnette</strong>, Sulpice bonhomme, loin de toute outrance, à la Marquise drolatique de <strong>Doris Lamprecht</strong>, grande dame perchée aux faux airs de Valérie Lemercier, sans oublier – <em>last but not least </em>– <strong>Felicity Lott</strong> qui en peu de répliques impose une Crakentorp au chic incomparable.</p>
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		<title>Felicity Lott, Lambert Wilson, Jacqueline Bourgès-Maunoury — Dinard</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/felicity-lott-lambert-wilson-jacqueline-bourges-maunoury-dinard-entente-very-cordiale/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Tania Bracq]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 06 Aug 2022 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après une première édition acrobatique liée au Covid ainsi qu&#8217;au Brexit – et à la difficulté de faire traverser la Manche aux artistes –, Dinard Opening débute avec une soirée emblématique de l&#8217;esprit d&#8217;ouverture du festival franco-britannique. Lambert Wilson, parrain de cette saison 2022, y compose avec Felicity Lott un impeccable couple de music-hall qui décline &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Après une première édition acrobatique liée au Covid ainsi qu&rsquo;au Brexit – et à la difficulté de faire traverser la Manche aux artistes –, Dinard Opening débute avec une soirée emblématique de l&rsquo;esprit d&rsquo;ouverture du festival franco-britannique.</p>
<p><strong>Lambert Wilson</strong>, parrain de cette saison 2022, y compose avec <strong>Felicity Lott</strong> un impeccable couple de music-hall qui décline en bilingue l&rsquo;éventail des possibles amoureux de la mélodie jusqu&rsquo;à la comédie musicale avec de sérieuses limites techniques mais un abattage qui n&rsquo;a d&rsquo;égal que leur complicité.</p>
<p>Ce programme inédit, créé pour l&rsquo;occasion, s&rsquo;appuie sur le piano remarquablement attentif et sans afféterie de <strong>Jacqueline Bourgès-Maunoury</strong>. La musicienne connaît bien les deux artistes qu&rsquo;elle a déjà accompagnés pour plusieurs spectacles au croisement de la musique et de la littérature.</p>
<p>Les trois acolytes déambulent en une trentaine de numéros sur la carte du Tendre de la musique légère sans se préoccuper d&rsquo;un fil narratif ou d&rsquo;une chronologie sentimentale.</p>
<p>Le duo d&rsquo;entrée, « Darling, je vous aime beaucoup » d&rsquo;Anna Sosenko, donne immédiatement le ton délicieusement « franglish » de la soirée avant un superbe extrait de <em>Gigi</em>, « I remember it well », qui souligne à quel point ces deux-là ne se prennent pas au sérieux. Ils y interprètent un « colloque sentimental » de fantaisie où deux vieux amants n&rsquo;ont plus du tout les même souvenirs de leur rencontre, au point que l&rsquo;on s&rsquo;interroge : ce sont-ils jamais rencontrés ? Les deux chanteurs sont tout aussi crédibles et charmants en jeunes premiers pour le Duo de l&rsquo;âne de <em>Véronique</em> ou «  All I ask of you », extrait de <em>The Phantom of the Opera</em>.</p>
<p>Par la suite, Lambert Wilson s&rsquo;expose à plusieurs reprises bien au-delà de ses moyens vocaux, notamment dans les mélodies de Vaughan Williams dont il aurait pourtant aisément pu faire l&rsquo;économie, tant le programme est déjà (trop) roboratif. Les aigus sont vacillants, le corps peu impliqué vocalement, la justesse problématique. Le comédien heureusement sauve le chanteur ; Il est si drôle en adolescent emprunté dans les chants traditionnels adaptés par Benjamin Britten !</p>
<p>Dame Felicity Lott lui donne la réplique avec la générosité qu&rsquo;on lui connaît, y compris lorsqu&rsquo;elle reste silencieuse – comme dans «  Don’t put your daughter on the stage, Mrs. Worthington » de Noël Coward – rendant parfaitement crédible leur couple, qu&rsquo;ils interprètent comme des personnages de leur génération ou deux gamins qui aiment décidément bien dindons et moutons (<em>la Mascotte, </em>Audran).</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/c_candide_camera_3292.jpg?itok=kb5LclTk" title=" © Candide Camera" width="468" /><br />
	 © Candide Camera</p>
<p>La chanteuse ne violente jamais sa voix, travaille ses faiblesses avec délicatesse, accentuant l&rsquo;expression, les couleurs , les nuances dont de très beaux piani. L&rsquo;élégance vocale autant que scénique est une vraie leçon, que ce soit dans le si drôle «  Never say no to a man », extrait de <em>State Fair</em> de Richard Rodgers, le fripon «  A Bar on the Piccola Marina » de Noël Coward ou encore le mutin «  Ça fait peur aux oiseaux » de Paul Bernard.</p>
<p>La parfaite maîtrise des styles musicaux ainsi que le merveilleux talent d&rsquo;acteur de ces deux conteurs trouvent leur apogée dans de beaux moments d&rsquo;émotion comme «  If Love were all » de Noël Coward ou enfin «  How could I ever know ? » , tiré du S<em>ecret Garden</em> de Lucy Simon.</p>
<p>Dinard accueille encore d&rsquo;éclectiques et tentantes propositions jusqu&rsquo;au 12 août comme les King&rsquo;s singers le 7, Keyvan Chemirani le 8 ou encore Stacey Kent pour la clôture du festival.</p>
<p>
	 </p>
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		<title>Nouveaux hommages à Pauline Viardot</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/nouveaux-hommages-a-pauline-viardot/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La Rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 22 Sep 2021 14:30:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Les hommages à Pauline Viardot se succèdent en cette année de célébration du bicentenaire de sa naissance. Le mercredi 6 octobre, le Centre Européen de Musique et l’Opéra-Comique proposent Salle Favart à Paris une journée spéciale avec, au programme, un colloque également diffusé en streaming, une masterclasse animée par Dame Felicity Lott et un grand concert &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Les hommages à <strong>Pauline Viardot </strong>se succèdent en cette année de célébration du bicentenaire de sa naissance. Le mercredi 6 octobre, le Centre Européen de Musique et l’Opéra-Comique proposent Salle Favart à Paris une journée spéciale avec, au programme, un colloque également diffusé en streaming, une masterclasse animée par Dame <strong>Felicity Lott </strong>et un grand concert conclusif (<a href="https://cemusique.org/journee-pauline-viardot-opera-comique/">réservation et information</a>).</p>
<p>De son côté, <strong>Stéphanie d&rsquo;Oustrac</strong> accompagnée au piano par <strong>Françoise Tillard</strong> a enregistré pour le label Le Chant de Linos un bouquet de dix-huit mélodies composées par celle que le poète Léon Durocher présentait comme « l&rsquo;intelligence de la musique » (lire à ce propos <a href="https://www.forumopera.com/actu/le-fabuleux-destin-de-pauline-viardot-ou-lintelligence-de-la-musique">le fabuleux destin de Pauline Viardot</a> raconté par Cédric Manuel). Sortie annoncée le vendredi 8 octobre.</p>
<p>Enfin, dimanche 10 octobre à 17h au Centre National des Armées (8 place Saint-Augustin, 75008 Paris),  c&rsquo;est entourée de <strong>Tiphaine Chevallier</strong>, <strong>Louise Leterme</strong> (sopranos), <strong>Marion Gomar</strong> (mezzo), <strong>Enguerrand de Hys</strong> (ténor) et <strong>Renaud Boutin</strong> (baryton) que Françoise Tillard ressuscitera le salon de musique de Pauline Viardot sur un de ses derniers pianos Erard (réservation au 06 71 19 60 21 ou en écrivant à <a href="mailto:parole.et.musique@neuf.fr">parole.et.musique@neuf.fr</a>). </p>
<p><iframe allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture" allowfullscreen="" frameborder="0" height="315" src="https://www.youtube.com/embed/ZYp8Pgsvx4Y" title="YouTube video player" width="560"></iframe></p>
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		<title>Les lundis musicaux : Dame Felicity Lott — Paris (Athénée)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/les-lundis-musicaux-dame-felicity-lott-paris-athenee-le-statut-de-la-commandeur/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 24 Feb 2020 22:01:24 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>N’allez pas croire que ce titre renvoie à la manière dont Jane Birkin appellerait l’apparition vengeresse qui vient châtier Don Giovanni. Point de solécisme ici, même s’il va s’agir de la plus française des Anglaises : Felicity Lott, vivant argument contre le Brexit, gratifiée en 1996 du titre de Dame Commandeur de l’Empire britannique. La commandeur, &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>N’allez pas croire que ce titre renvoie à la manière dont Jane Birkin appellerait l’apparition vengeresse qui vient châtier Don Giovanni. Point de solécisme ici, même s’il va s’agir de la plus française des Anglaises : <strong>Felicity Lott</strong>, vivant argument contre le Brexit, gratifiée en 1996 du titre de Dame Commandeur de l’Empire britannique. La commandeur, donc, jouit dans le cœur des mélomanes français d’un statut bien particulier, parce que c’est en France que sa vocation s’est véritablement décidée, parce qu’elle a notamment eu à cœur de défendre notre musique alors que nous la négligions, et parce qu’enfin elle a su au tout début de ce siècle délicieusement s’encanailler en devenant un très belle Hélène et une grande Duchesse de Gérolstein.</p>
<p>Pour son retour aux Lundis musicaux où elle s’était produite trois fois dans les années 1980, Dame Felicity a décidé d’offrir un parcours musical reflétant ses quarante-cinq années de carrière, avec une première partie qu’on ose à peine qualifier de plus sérieuse, et une deuxième qui emprunte à un répertoire plus léger. Après quelques minutes d’attente, la soprano fait son entrée en scène avec cette distinction naturelle qui faisait tout le prix de sa Maréchale, vêtue d’une robe fuchsia à jupe ample et d’un boléro de dentelle noire.</p>
<p>Bien sûr, on mentirait en prétendant que la voix est encore telle qu’au premier jour, mais la musicalité de l’artiste est intacte, ses aigus pianissimo laissent rêveurs, et l’interprète est comme toujours souveraine. Preuve en est ce troisième des <em>Quatre Derniers Lieder</em>, qui mobilise toutes les ressources de la soprano, et pour lequel son accompagnateur <strong>Sebastian Wybrew </strong>déploie lui aussi tout son art même si les qualités de la réduction pour piano n’ont que peu en commun avec les sortilèges de la version pour orchestre. « We really know our worth, the sun and I », déclare Yum-Yum dans l’air du <em>Mikado</em> qui ouvre le programme, mais si « Flott » connaît sa valeur autant que le soleil, elle n’en joue pas moins les modestes avec une coquetterie délectable, déclarant qu’elle n’est plus très sûre des paroles, qu’elle ne sait plus ce qu’elle doit chanter ensuite, ou annonçant qu’elle a décidé de nous proposer tout ce qu’elle donne habituellement en bis, ce qui nous dispensera de devoir l’applaudir à la fin.</p>
<p>Transfiguré par l’élégance de l’interprète, « Parlez-moi d’amour » semble appartenir à l’univers de la mélodie française de salon, et sert de seuil au-delà duquel le programme entre dans la coquinerie, dès l’irrésistible extrait de <em>Passionnément</em>, qui figurait dans le disque <em>Felicity Lott s’amuse</em>, comme plusieurs autres airs chantés ce soir. « Dis-moi, Vénus » est un très grand moment : si elle n’a jamais eu exactement la voix du rôle, même il y a quinze ans, Felicity Lott en a totalement l’esprit, et nous fait rire comme si nous n’avions jamais entendu le texte de Meilhac et Halévy. Après tant de grivoiseries gauloises, petit détour par le monde anglo-saxon qui n’est pas en reste : la France découvrira-t-elle un jour Noel Coward, sorte de réponse britannique à Sacha Guitry, mais qui composait en outre la musique de ses propres chansons ? Même pour les auditeurs non-anglophones qui n’auront pas saisi l’entrelacs de jeux de mot dont le texte est truffé – le concert n’est pas surtitré –, le jeu de citations de <em>Funiculi, funicula </em>dans « A Bar on the Piccola Marina » suffirait à éveiller l’attention. « Les Chemins de l’amour » rendent hommage à Yvonne Printemps, mais certaines intonations font aussi songer à Mireille, et l’on ne saurait trouver meilleur modèle pour la diction du français et l’espièglerie du ton.</p>
<p>Face aux acclamations qui la saluent, Felicity Lott concédera deux bis : « J’ai deux amants », qui marche à tout les coups, et un extrait de <em>Belle Lurette</em> qui indique clairement au public que la soirée se termine et qu’il ne faudra pas en espérer davantage. Pourtant, on aurait bien volontiers continué à s’écorcher les mains à force d’applaudir.</p>
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		<title>Felicity Lott, elle cause plus, elle chante</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/felicity-lott-elle-cause-plus-elle-chante/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 04 Jan 2020 06:58:28 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Pour elle aussi, la retraite est encore loin. Si vous pensiez que Dame Felicity Lott allait désormais se contenter de donner des master-classes, comme elle a pu le faire au Musée d&#8217;Orsay en 2017, ou d&#8217;accorder des interviews publiques, comme elle le fera ce 8 janvier au Wigmore Hall de Londres, pour évoquer « A Life &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour elle aussi, la retraite est encore loin. Si vous pensiez que <strong>Dame Felicity Lott</strong> allait désormais se contenter de donner des master-classes, comme elle a pu le faire au Musée d&rsquo;Orsay en 2017, ou d&rsquo;accorder des interviews publiques, comme elle le fera ce 8 janvier au Wigmore Hall de Londres, pour évoquer « <em>A Life in French Song</em> », autrement dit une carrière (en partie seulement) consacrée à la mélodie française, vous serez bientôt détrompé puisque « Flott » chantera bien à Paris le 25 janvier. Dans le cadre intime du salon de musique du Musée Jacquemart-André, celle qui fut inoubliable en Belle Hélène ou en Grande-Duchesse donnera un concert Offenbach, pour prolonger encore un peu les joyeusetés liées au bicentenaire du compositeur. A partir du <a href="https://www.forumopera.com/livre/m-offenbach-nous-ecrit-lettres-au-figaro-et-autres-propos-le-jo-de-jacques-o">livre de Jean-Claude Yon</a>, <em>Monsieur Offenbach nous écrit </em>(arrivé en deuxième position dans la <a href="https://www.forumopera.com/actu/trophees-2019-le-palmares">catégorie Livres de nos Trophées</a>) la soirée inclura aussi une lecture de textes d&rsquo;Offenbach par le comédien Alain Carré, l&rsquo;accompagnement musical étant assuré par Jacqueline Bourges-Maunoury. Plus d&rsquo;informations sur le <a href="http://www.autourdupiano.fr/products-page/musee-jacquemart-andre/musee-jacquemart-andreoffenbachsamedi-25-janvier-2020-a-19h00">site du Musée Jacquemart-André</a>. Et elle sera de retour dans la capitale le 24 février, dans le cadre des <a href="https://www.athenee-theatre.com/saison/spectacle/les_lundis_musicaux.htm">lundis musicaux de l&rsquo;Athénée</a>.</p>
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		<title>Le lyrique à l’assaut du Musical</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/le-lyrique-a-lassaut-du-musical/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 13 May 2019 10:43:27 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Les chanteurs d’opéra ont longtemps boudé la comédie musicale, sinon au disque. Ezio Pinza fut un pionnier sans lendemain. Après plus de 30 ans de carrière lyrique (dont 850 représentations au Met), la basse italienne, un peu déclinante, assura la création de South Pacific sur Broadway (1925 représentations !). En une soirée, déclara-t-il, il gagna &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Les chanteurs d’opéra ont longtemps boudé la comédie musicale, sinon au disque. <strong>Ezio Pinza</strong> fut un pionnier sans lendemain. Après plus de 30 ans de carrière lyrique (dont 850 représentations au Met), la basse italienne, un peu déclinante, assura la création de <em>South Pacific </em>sur Broadway (1925 représentations !). En une soirée, déclara-t-il, il gagna une renommée sans commune mesure avec celle qu’il devait à sa première carrière.</p>
<p>Depuis quelques années toutefois, les artistes lyriques sont de plus en plus nombreux à franchir le pas. <strong>Bryn Terfel</strong> a ainsi interprété <em>Fiddler on the Roof</em> puis <em>Sweeney Todd</em> (mais dans des salles d’opéra). <strong>Renée Fleming </strong>nous a offert <i>Carousel</i>. Mais en ce moment à Londres, ce ne sont pas moins de quatre chanteuses lyriques qui sont à l’affiche. <strong>Felicity Lott </strong>et <strong>Josephine Barstow</strong> alternent dans <em>Follies</em> au National Theater (à ne pas manquer !). <strong>Danielle de Niese</strong> est Dulcinea dans <em>Man of la Mancha </em>à l’English National Opera. Enfin, comme <a href="/breve/renee-fleming-retourne-au-classique">annoncé ce matin</a>, Renée Fleming interprète Margaret, la mère d’une jeune fille mentalement retardée dont un bel italien est tombé amoureux, dans <em style="quot;quot;,verdana,arial,sans-serif;font-size: 14px;font-style: italic;font-variant: normal;font-weight: 400;letter-spacing: normal;text-align: left;text-decoration: none;text-indent: 0px;text-transform: none">The Light in the Piazza</em>, au Southbank Centre.</p>
<p>Il faut dire que beaucoup de chanteurs lyriques d’aujourd’hui savent tout faire : chanter, mais aussi jouer, dire un texte et se mouvoir sur scène. Félicitons-nous de cette richesse, tout en souhaitant quand même que l’inverse ne se produise pas. A part Bourvil dans les quatre valets des <em>Contes d’Hoffmann </em>(et encore), les chanteurs de<em> musicals</em> ne sont pas de taille à affronter un opéra !</p>
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