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	<title>Thibaud MERCIER - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Thibaud MERCIER - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>OFFENBACH, M. Choufleuri restera chez lui le&#8230; &#8211; Paris</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/offenbach-m-choufleuri-restera-chez-lui-le-paris/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 23 Apr 2026 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Dans le Paris du Second Empire, où l’apparat le dispute à l’ironie, il arrive que les hommes de pouvoir s’essaient aux lettres. Ainsi le Duc de Morny, demi-frère de Napoléon III, ministre influent et esprit mondain prêta sa plume entre deux dossiers d’État à une opérette-bouffe de Jacques Offenbach. Cette fantaisie n’est pas sans évoquer, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Dans le Paris du Second Empire, où l’apparat le dispute à l’ironie, il arrive que les hommes de pouvoir s’essaient aux lettres. Ainsi le Duc de Morny, demi-frère de Napoléon III, ministre influent et esprit mondain prêta sa plume entre deux dossiers d’État à une opérette-bouffe de Jacques Offenbach. Cette fantaisie n’est pas sans évoquer, toutes proportions gardées, certains de nos responsables politiques qui aujourd’hui écrivent des romans – preuve que l’ambition littéraire ne connaît pas de frontières ministérielles et temporelles.</p>
<p>Créée en mai 1861 lors d’une soirée musicale privée au Palais Bourbon puis repris quelques mois plus tard avec succès aux Bouffes Parisiens, <em>M. Choufleuri restera chez lui</em> s’amuse des travers d’une bourgeoisie parvenue, prête à toutes les impostures pour briller en société. L’argument est d’une délicieuse absurdité : Choufleuri, un nouveau riche, organise une grande soirée musicale pour impressionner le tout Paris. Las, les trois chanteurs annoncés – rien moins que la Sontag, Rubini et Tamburini* – se désistent au dernier moment. Pour sauver la soirée, Ernestine, la fille de Choufleuri, et son amant Chrysodule Babylas les remplacent, l’un et l’autre déguisés, entraînant Choufleuri lui-même dans la mascarade. Leur faux trio italien fait sensation auprès des invités, dupés par la supercherie. Babylas obtient finalement la main d’Ernestine dotée de cinquante mille francs en échange de son silence.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/WhatsApp-Image-2026-04-20-at-23.14.17-9-1294x600.jpeg" />© Antoine Montulé</pre>
<p>Mis en verve par le sujet, Offenbach déploie une musique pétillante. Chaque numéro est de ceux que l’on continue de fredonner sous la douche longtemps après l’avoir entendu – s’ôter de la tête « Pedro possède une guitare », le boléro d’Ernestine et Babylas relève de l’exploit ! Clou de la partition, le pastiche d’opéra italien, avec ses vocalises outrancières et ses élans tragiques tournés en dérision, brasse à cœur joie tous les poncifs du genre. Voilà Rossini, Bellini et consort gaiement chahutés !</p>
<p>C’est cette mécanique comique irrésistible qu’après <em><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/offenbach-lile-de-tulipatan-paris-salle-rossini/">L’Ile de Tulipatan</a>, </em>met sur le métier la Compagnie Les Bavards, une troupe lyrique amateur qui a choisi de faire vivre l’opérette auprès de publics peu familiers du genre.</p>
<p>On ne peut qu’encourager l’initiative et constater une nouvelle fois combien l’esprit d’Offenbach résiste à l’épreuve du temps lorsqu’il est comme ici traité avec la considération qu’il mérite. Amateur ne veut pas dire brouillon et l’on sent, l’on voit et l’on entend qu’en dépit des raideurs inhérentes à un soir de première, rien n’a été laissé au hasard, que les centaines d’heures de répétition mentionnées par Thierry Mallet en début de représentation ne sont pas fanfaronnade destinée à conquérir davantage un public venu nombreux.</p>
<p>Avec une poignée d’accessoires, <strong>Maxime Petit</strong> réussit à évoquer le confort bourgeois des appartements de Choufleuri. L’exiguïté du plateau, encombré des huit musiciens de l’orchestre – qui jouent aussi les invités –, n’entrave pas l&rsquo;à-propos du mouvement. La veine comique circule librement, avivée par les costumes d’<strong>Hélène Silvie</strong> dans un parti pris Belle Epoque plus que Second-Empire – M. Choufleuri n’a pas d’âge, il pourrait recevoir tous les soirs que l’on ne s’ennuierait pas un seul instant.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/WhatsApp-Image-2026-04-20-at-23.14.17-7-1294x600.jpeg" />© Antoine Montulé</pre>
<p>Si la pièce n’est pas représentée plus souvent, c’est parce qu’elle a ses exigences vocales. Le trio italien, pour faire son effet, doit être confié à des chanteurs aguerris. Tel est le cas d’<strong>Audrey Maignan</strong>, délicieuse Ernestine au soprano fruité, souple et délié, apte aux coloratures et aux aigus limpides. La partition n’est pas moins intraitable avec Babylas auquel <strong>Thierry Mallet</strong> apporte l’élégance de son ténor léger. <strong>Paul Le Calvé</strong> compose un Choufleuri que l’on se réjouit de voir berné tant il est stupide. Le snobisme de Mme Balandard s’incarne en <strong>Solenne de Carné</strong> – jeu de mots involontaire – tandis que <strong>Thibaud Mercier</strong> brille dans les couplets de Petermann, le domestique belge contraint de se déguiser en majordome anglais – comment ne pas songer à John Styx dans <em>Orphée aux Enfers</em> ! Tous, aussi bons acteurs que chanteurs, ont de surcroît une excellente diction – condition impérative dans ce répertoire.</p>
<p>L’accompagnement musical bénéficie du renfort de sept instrumentistes, en plus de<strong> Laurent Amourette – </strong>« meinherr Régulusman », le pianiste que Choufleuri paye pour accompagner les chanteurs (rôle vraisemblablement tenu par Offenbach lui-même lors de la création au Palais Bourbon).</p>
<p>Prochaines représentations : mardi 5 mai 2026 à 20h (Théâtre St Léon, 11 Pl. du Cardinal Amette, 75015 Paris) et mardi 12 mai 2026 à 20h (Espace Reuilly, 1 Rue Riesener, 75012 Paris). Participation libre. Réservation et informations sur <a href="https://www.lesbavards.net/">lesbavards.net</a></p>
<pre>* Henriette Sontag (1806–1854), Giovanni Battista Rubini (1794–1854), Antonio Tamburini (1800–1876), trois chanteurs légendaires de l’époque romantique.</pre>
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		<title>OFFENBACH, Orphée aux enfers &#8211; Asnières</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/offenbach-orphee-aux-enfers-asnieres/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Marcel Humbert]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 24 Mar 2025 06:37:21 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Créé en 1858, Orphée aux Enfers est la première grande œuvre d’Offenbach, qui peut-être ne maîtrise pas encore toutes les ficelles qui lui permettront par la suite de jongler avec des éléments opposés qui, réunis, créeront des ensembles cohérents. C’est peut-être pour cette raison que le début semble un peu vide et plat. Les plus &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Créé en 1858, <em>Orphée aux Enfers</em> est la première grande œuvre d’Offenbach, qui peut-être ne maîtrise pas encore toutes les ficelles qui lui permettront par la suite de jongler avec des éléments opposés qui, réunis, créeront des ensembles cohérents. C’est peut-être pour cette raison que le début semble un peu vide et plat. Les plus grands s’y sont heurtés, et ce soir ne fait pas exception. Après un prologue un peu laborieux entre Orphée et Eurydice en plusieurs épisodes mimés devant le rideau pendant l’ouverture, racontant leur coup de foudre et la lente dégradation de leur relation, le couple se retrouve dans un décor contemporain fait de tables de mixage, caisses de branchement et magnétophones. Orphée, compositeur, se désespère tandis qu’Eurydice s’ennuie. Nous aussi, et on a envie que l’action avance. Mais tout va s’arranger, les chanteurs et les chœurs vont vite trouver leurs marques en ce soir de première un peu tendu, et on assite à une rapide et fort réjouissante montée en puissance.</p>
<p>Globalement, cette production dirigée par des professionnels mais réunissant sur scène essentiellement des amateurs (à quelques exceptions près), est au plus haut niveau. La troupe <strong>Oya Kephale</strong> qui existe depuis 30 ans est, avec Les Tréteaux Lyriques, la plus importante troupe française de ce type. Elle monte tous les ans un opéra-bouffe d’Offenbach, et c’est la deuxième fois qu’elle se frotte à <em>Orphée aux Enfers</em>. Une mention particulière doit tout de suite concerner les chœurs, tout à fait remarquables, aussi bien vocalement que scéniquement. Les moutons d’Aristée sont irrésistibles, mais aussi les grands ensembles attendus, le menuet de Jupin, et bien sûr le galop infernal. Mais il y a aussi des figures marquantes, difficiles à trouver aujourd’hui chez les professionnels, qui portent la représentation vers les haut.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full is-resized"><img fetchpriority="high" decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/7-OyaOrphee-Preroll©OlivierLdp-22-corr-texte.jpg" alt="" class="wp-image-185632" width="910" height="542"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Le duo de la Mouche © Photo Olivier LdP / Oya Kephale</sup></figcaption></figure>


<p>C’est le cas pour la figure très particulière de l’Opinion publique. Des Opinions publiques, on en a vu des dizaines en tous genres, de celle handicapée en fauteuil roulant à l’inénarrable dame-pipi de la production historique d’Herbert Wernicke à La Monnaie de Bruxelles en 1997. L’opinion publique de ce soir n’a rien à envier à ses illustres devancières : <strong>Ruben Bissoli</strong>, qui s’est donné l’apparence de Max Schreck dans le film Nosferatu le vampire de Murnau, campe un personnage étonnant, longue et effrayante figure noire filiforme aux longs doigts crochus. Sa voix de haute-contre surprend de prime abord dans ce rôle créé par la mezzo Marguerite Macé-Montrouge, mais elle donne au personnage un côté plus inquiétant encore, d’autant qu’elle est fort bien menée. Son texte d’entrée de même que l’air célèbre de la fin du premier acte sont parfaitement en situation.</p>
<p>C’est le cas aussi pour le rôle habituellement secondaire de Junon, que <strong>Laetitia Beau</strong> campe d’une manière vraiment extraordinaire, entre Zouc et Marie Berto (Arlette Carmouille des Petits Meurtres). Sans jamais forcer le trait, elle est irrésistible de retenue et de mimiques, bref c’est le genre d’actrice-chanteuse qui sait capter l’attention, on adore. Et c’est le cas enfin de <strong>Théo Le Masson</strong>, farfadet malicieux et virevoltant, épatant John Styx qui joue de tous ses atouts, une voix claire et précise, une tenue en scène irréprochable et un sens parfait de la danse.</p>
<p>Aristée/Pluton et Jupiter étaient créés en 1858 respectivement par Léonce et Désiré, deux des acteurs fétiches de la troupe d’Offenbach. Ce soir, on retrouve dans le rôle du berger et gardien des « sombres bords » <strong>Thierry Mallet</strong> (<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/offenbach-lile-de-tulipatan-paris-salle-rossini/">récent Hermosa de <em>L’Île de Tulipatan</em> avec la compagnie Les Bavards</a>), qui pratique en même temps la fumette de manière irrésistible (exemple bien sûr à ne pas suivre). L’acteur a un jeu sûr et un sens musical parfait, joints à une voix de ténor joliment adaptée à ce type de répertoire. Le personnage est particulièrement bien équilibré avec celui de Jupiter, chanté par <strong>Franz Lavrut</strong> d’une fort agréable voix barytonnante, et avec une bonne autorité mise à mal, comme il se doit, par une révolte de palais. Et il est fort drôle dans le duo de la mouche. Le Mercure amusant de <strong>Pierre-Guy Plamondon</strong> distribue le courrier à toute une administration, <strong>Cécile Dargein</strong> chante une jolie Diane, et <strong>Béatrice Beaupère</strong> interprète un Cupidon plein d’allant.</p>
<p>Orphée est chanté par <strong>Thibaud Mercier</strong>, avec autant d’allant que le rôle peut le lui permettre, face à l’Eurydice d’<strong>Alice Marzuola</strong>. Celle-ci, loin de certaines de ses consœurs souvent nymphomanes et hystériques, serait presque trop sage, malgré une allure générale et des gestes qui ne sont pas sans rappeler Camille Cottin. Mais il y a quand même un petit clin d’œil dans le duo de la mouche où les vocalises prennent, comme c’est maintenant devenu de règle, une connotation sexuelle affirmée. La voix, qui s’affirme tout au long de la représentation, est légère, jolie, et bien dans le style.</p>
<p>La mise en scène d’<strong>Emmanuel Ménard</strong>, qui signe également une adaptation plutôt respectueuse de l’esprit sinon de la lettre, transpose l’ensemble dans notre monde contemporain. L’enfer est ainsi le monde du SM cuir (d’autres diront que c’est le paradis…), et les moutons hilares paissent dans les vapeurs de hash. Le fond de scène est occupé par la porte d’un ascenseur dont la flèche à l’américaine montre les divers étages et leur destination. Tout cela est plutôt amusant, et fonctionne assez bien. Côté orchestre, <strong>Pierre Boudeville</strong> dirige avec esprit un orchestre qui manque un peu du liant. Surtout, il conviendrait qu’il allège un ouverture un peu lourde, mais aussi le moment où certains solistes, moins aguerris et à découvert, sont écrasés par la masse orchestrale. À noter un surtitrage français-anglais des parties chantées.</p>
<p>Courrez applaudir cette belle production, prochaines représentations les 27, 28 et 29 mars 2025. Les bénéfices sont reversés à deux associations caritatives.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/offenbach-orphee-aux-enfers-asnieres/">OFFENBACH, Orphée aux enfers &#8211; Asnières</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>OFFENBACH, L&#8217;Île de Tulipatan &#8211; Paris (salle Rossini)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/offenbach-lile-de-tulipatan-paris-salle-rossini/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Marcel Humbert]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 14 Feb 2025 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>« La scène se passe dans l’île de Tulipatan, à 25.000 kilomètres de Nanterre, 473 ans avant l’invention des crachoirs hygiéniques ». Offenbach composait, en règle générale, pour faire rire… et en particulier avec cette Île de Tulipatan. Et grâce à la troupe des Bavards, on se trouve miraculeusement transportés au soir de la première &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>« La scène se passe dans l’île de Tulipatan, à 25.000 kilomètres de Nanterre, 473 ans avant l’invention des crachoirs hygiéniques ». <a href="https://www.forumopera.com/le-rire-chez-offenbach-ou-letrange-entreprise-qui-consiste-a-faire-rire-les-honnetes-gens/">Offenbach composait, en règle générale, pour faire rire…</a> et en particulier avec cette Île de Tulipatan. Et grâce à la troupe des Bavards, on se trouve miraculeusement transportés au soir de la première en 1868, dont la presse unanime a souligné la drôlerie en décrivant des spectateurs tordus convulsivement de rire dans leurs fauteuils, pris de fous rires inextinguibles. Le plus étonnant, c’est que cette extraordinaire machine à rire a gardé intacte toute sa force, à condition bien sûr d’être défendue comme ce soir par des valeurs sûres. Car tous les ingrédients sont remarquablement dosés pour que le spectacle soit un délicieux divertissement au premier degré, d’une totale réussite. C’est donc pari gagné.</p>
<p>De fait, L’Île de Tulipatan est une œuvre étonnante à plus d’un titre. « Œuvrette » diront certains du fait de sa durée (une heure) et de ses cinq personnages, elle prend place en 1868 entre Le Château à Toto (6 mai) et La Périchole (6 octobre), en un moment où Offenbach est au sommet de son art mais ne dédaigne pas de continuer à composer des œuvres courtes. C’est qu’il y avait là des choses à dire – les relations hommes-femmes (une fois de plus), et les relations de genre qui font pleurer de rire les enfants (quoi de plus drôle qu’un garçon habillé en fille, l’inverse un peu moins) et rire un peu jaune les adultes.</p>
<p>Il faut convenir que l’histoire, fort déjantée, se prête à tous les délires scéniques. Romboïdal a eu un fils, mais son épouse Théodorine, craignant qu’on ne l’envoie à la guerre quand il sera grand, l’a déclaré comme Hermosa. La « jeune fille », en grandissant, ne rêve que de plaies et bosses, et joue avec fusils et pistolets au lieu de s’adonner à la couture, bref, elle est un « garçon manqué ». De son côté, l’entourage du souverain Cacatois XXII, voulant lui épargner la nouvelle de la naissance d’une énième fille, lui annonce la naissance d’Alexis. Le « jeune homme » passe son temps à rêver et à humer les fleurs comme Ferdinand, le taureau manqué de Walt Disney : à son entrée, il pleure toutes les larmes de son corps car son petit oiseau s’est sauvé de sa cage (allusion freudienne avant la lettre ?) ; bref, il est une « fille manquée ». Or les deux se rencontrent, et tombent amoureux : panique à bord, on leur dit à chacun séparément la vérité afin d’empêcher tout mariage. Mais les jeunes gens, pas si simplets qu’ils n’en ont l’air, prennent les choses en main, si j’ose dire…</p>
<p>L’œuvre est jouée régulièrement à travers le monde, y compris en Allemagne où elle est souvent inutilement gonflée avec des ajouts de chœurs et de figuration, et même aux États-Unis notamment au <a href="https://www.youtube.com/watch?v=oXmQZ9XYUtI">festival de Crested Butte</a> (Colorado) dans un grand respect de la partition et de la langue française. En France, on retiendra entre 1981 et 1988 les nombreuses représentations données avec un immense succès par la troupe des Musi-comédiens de Maurice Jacquemont, sur une orchestration de Louis Dunoyer de Segonzac, qui contribuèrent à sortir l’œuvre de l’oubli. Celle-ci revient en force au début du XXIe siècle, avec des représentations en 2009 par l’Opéra de Barie, puis avec deux intéressantes productions mettant en scène <a href="https://www.youtube.com/watch?v=a48CJc1Vk6w">Flannan Obé en Hermosa</a> (<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/tulipatan-cest-epatant/">à l’Opéra de Rouen en 2010</a> et <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/gai-gai-marions-les/">avec la compagnie Les Brigands à Paris en 2012</a>), et enfin <a href="https://www.forumopera.com/breve/lile-de-tulipatan-a-etretat-on-nvoit-pas-ca-a-la-tele/">celle d’Yves Coudray (créée en 2013 à Étretat, toujours en tournée aujourd’hui)</a>. Si l’on ajoute les petites compagnies qui se sont également intéressées à l’œuvre, on se rend compte que cette île mystérieuse continue de faire le bonheur des spectateurs – et de ses interprètes.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="475" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/6-DSC_0910-corr-1024x475.jpg" alt="" class="wp-image-183095"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Photos Antoine Montulé / Les Bavards</sup></figcaption></figure>


<p>On n’est donc pas surpris de voir la troupe <strong>Les Bavards</strong> s’y intéresser à son tour. Cette jeune troupe lyrique de chambre, fondée en 2023, est composée de treize musiciens amateurs (chanteurs et huit instrumentistes) et d’un metteur en scène, qui se sont donné pour objectif de faire vivre la musique lyrique auprès d’un public non-initié, pour leur faire découvrir, ou redécouvrir, des opérettes en un acte du XIXe siècle. Après <em>Le Financier et le Savetier</em> d’Offenbach l’année dernière, ils présentent donc ce soir leur second spectacle, avec tout l’enthousiasme de la jeunesse. Sous des dehors aimables, ce mini opéra-bouffe est en fait une œuvre difficile. Sa partition ne peut souffrir ni défaut de rythme ni déséquilibre, et l’interprétation scénique, basée sur un texte parlé important, doit, elle aussi, être irréprochable. Et puis on y trouve des « tubes » que les connaisseurs attendent avec impatience : « Vive le tintamarre et le bruit », avec ses fameuses imitations d’instruments de musique, le quatuor du canard, l’ensemble des petites cuillères, etc.</p>
<p>Disons-le tout net, ce soir, nous sommes comblés. D’abord, première surprise, là où parfois on doit se contenter d’un piano, on a le plaisir de découvrir huit jeunes musiciens de talent, réunis en une petite formation de chambre faisant sonner avec humour la partition d’Offenbach, sans pour autant sacrifier à des tempi plus que soutenus, et tout cela sans la présence d’un chef traditionnel… Sur scène, le même soin est perceptible. La mise en scène de <strong>Maxime Petit</strong>, égayée par les amusants costumes d’<strong>Hélène Silvie</strong>, se contente d’un cadre minimaliste, un guéridon et deux fauteuils de jardin, qui permettent quelques temps de pause dans une action endiablée. Car tout l’effort est mis sur une excellente direction des acteurs-chanteurs qui sont donc en règle générale à l’avant-scène, ce qui leur permet un contact plus direct avec le public. Tous très habitués à la scène (<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/offenbach-les-brigands-asnieres/">la plupart viennent de la troupe Oya Kephale</a>), ils ont de fortes personnalités, parfaitement adaptées à chacun des rôles, et sont de plus tous d’excellents acteurs. Les textes sont donc dits avec une grande justesse, et parfaitement intelligibles : ici pas besoin de surtitrage !&nbsp;</p>
<p>Dans les pas de Félicia Thierret, la créatrice du rôle, qui faisait s’esclaffer la salle avant même que d’ouvrir la bouche, <strong>Solenne de Carné</strong> joue une Théodorine étonnante de justesse et de drôlerie, championne du non-sens et du pince-sans-rire, toute de non-dits et de velléités retenues culminant dans l’ensemble des petites cuillères (qui annonce le gril de Pomme d’Api). Aussi à l’aise en déclamation qu’en chant, elle distille son texte avec un art confondant de la mimique esquissée. Sa fille Hermosa, au contraire totalement extravertie, apparaît sous la haute stature de <strong>Thierry Mallet</strong> (qui fut chez Oya Kephale un excellent <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/offenbach-les-brigands-asnieres/">Falsacappa</a>). La voix est belle, la diction parfaite, il a totalement intégré ce rôle en or, avec ses moments irrésistibles. Bien sûr il ne fait qu’une bouchée des airs guerriers d’Hermosa, mais il y place des postures, des intonations, des intentions parfaitement en situation. Et il n’est que de citer ses irrésistibles « J’aime ça » lancés avec gourmandise vers le public pour comprendre qu’il n’a aucun mal à mettre la salle dans sa poche.&nbsp;</p>
<p>À leur côté, <strong>Paul Le Calvé</strong> est un Cacatois sonore et bien présent, perdu dans toute cette agitation où il essaie sans cesse de reprendre la main, jusqu’à son célèbre compte des enfants qui avait fait s’étouffer de rire les spectateurs du Second Empire. <strong>Thibaud Mercier</strong> est également un excellent Romboïdal, dominant sa femme d’une tête mais clairement dominé par elle. Enfin <strong>Audrey Maignan</strong> est un attachant prince Alexis, avec une voix qui se corse au fil des ans, ce qui la rend bien assortie à celle d’Hermosa. Il conviendrait toutefois de l’alléger au maximum pour son air d’entrée afin de mieux mettre en place le personnage.</p>
<p>Tout cela constitue un beau travail de troupe, avec un bel équilibre orchestre-plateau, bref, à déguster sans modération.</p>
<p>Prochaines représentations les 15, 18 et 21 février 2025 <a href="https://www.lesbavards.net/">Compagnie Les Bavards</a></p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/offenbach-lile-de-tulipatan-paris-salle-rossini/">OFFENBACH, L&rsquo;Île de Tulipatan &#8211; Paris (salle Rossini)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<item>
		<title>OFFENBACH, La Grande-duchesse de Gérolstein — Paris</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/la-grande-duchesse-de-gerolstein-paris-mary-poppins-joue-babes-in-toyland/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Marcel Humbert]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 14 Jan 2020 23:19:18 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Les Tréteaux Lyriques, troupe d’amateurs encadrée sur scène et musicalement par de solides professionnels, a été créée en 1968. Elle propose depuis lors, tous les deux ans, une œuvre d’Offenbach. Installée pour plusieurs semaines sous les ors fanés du théâtre du Gymnase, elle y apporte un vent de jeunesse et de folie qui doit faire &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Les Tréteaux Lyriques</strong>, troupe d’amateurs encadrée sur scène et musicalement par de solides professionnels, a été créée en 1968. Elle propose depuis lors, tous les deux ans, une œuvre d’Offenbach. Installée pour plusieurs semaines sous les ors fanés du théâtre du Gymnase, elle y apporte un vent de jeunesse et de folie qui doit faire tressaillir les mânes de Marie Bell.</p>
<p>	Quand une troupe de ce type s’attaque à une œuvre de la difficulté de <em>La Grande Duchesse</em>, il lui faut d’abord – financièrement parlant – se démarquer des superproductions comme celle de Laurent Pelly, qui continue de tourner autour du monde, ou d’autres plus récentes comme celle de Stefano Mazzonis di Pralafera à Liège qui se déroulait dans les cuisines d’un restaurant, ou encore celle plutôt trash de Renaud Doucet à Cologne. Ce soir, le postulat est astucieux : on se trouve dans une chambre d’enfant où un clone de Mary Poppins étale ses états d’âme ; pour la consoler, la petite fille (d’autres soirs c’est un petit garçon, ce qui doit mieux fonctionner, en dehors de toute considération de genre), lui propose de devenir la grande duchesse de ses jouets guerriers. <em>Star Wars</em> ne sera jamais loin, avec le casque noir de Dark Vador pour le général Boum, et le sabre laser pour « le sabre de mon père ». L’armée elle-même est composée de troupes en pyjama armées de parapluies et coiffées de pots de peinture. C’est plutôt drôle et cela passe bien dans la salle.</p>
<p>	En revanche, j’ai beaucoup moins aimé les tripatouillages de la partition. Que l’on coupe ici ou là, surtout dans le deuxième acte, passe encore (dommage quand même que « le carillon de ma grand-mère » soit passé à la trappe). Et je suis encore plus réservé sur les citations musicales contemporaines – courtes il est vrai, mais quand même… – qui  émaillent la soirée. Celles-ci commencent avant même l’ouverture, sur la musique de la chanson de Mary Poppins « Feed the birds, tuppence a bag ». Les références scéniques étaient-elles si obscures qu’il ait fallu les souligner aussi lourdement ? Bien sûr, Offenbach lui-même adorait pratiquer de telles citations, mais c’était dans le corps de sa composition, et non pas émietté à l’éparpille. Mais tout cela est plus une affaire de puristes, car les spectateurs, dont beaucoup voyaient l’œuvre pour la première fois, en étaient malgré tout ravis.</p>
<p><img decoding="async" alt="" height="312" src="https://www.forumopera.com/sites/default/files/styles/large/public/100748_ttl_la_grande_duchesse_de_gerolstein.jpg?itok=xGT6qjn7" width="468" /><br />
	Thibault Mercier (Fritz) et Françoise Saignes (La Grande Duchesse) © Photo Gilles Plagnol</p>
<p>L’autre difficulté est d’avoir une « vraie » Grande Duchesse, et elle est bien là ce soir grâce à <strong>Françoise Saignes</strong>, pince sans rire, aguicheuse prise à ses propres pièges, drôle et surtout pas du tout vulgaire, bref une très belle interprétation, à la fois dans l’esprit et dans le ton. Elle a tout à fait la voix du rôle, un mezzo chaud et plein sur toute la tessiture. Connaissant bien ce type de répertoire, qu’elle aime et sert avec humour, elle s’intègre parfaitement dans cette production. A ses côtés, des amateurs de talent défendent fort bien les autres rôles principaux, dont <strong>Jean-Philippe Alosi</strong>, général Boum sonore au jeu précis, et <strong>Thibaud Mercier</strong>, Fritz ténorisant très joliment et également très bon acteur.</p>
<p>	La mise en scène d’<strong>Adrien Jourdain </strong>est vive et bien en situation, même si la surface du plateau freine parfois les élans des masses chorales fort bien préparées par <strong>Jean Nouvel-Alaux</strong> qui, ce soir, a assuré brillamment le doublage vocal du rôle du Prince Paul joué par un acteur (Frédéric Ernst, victime en cette période de grève d’une chute de vélo avec bras cassé, doit reprendre son rôle incessamment). Les décors de <strong>Justine Mélisse</strong> sont un peu minimalistes, mais les beaux costumes, notamment féminins, de <strong>Joyce Besançon</strong> animent efficacement l’espace. La direction musicale de <strong>Laurent Goossaert</strong>, vive et enjouée, privilégie peut-être un peu trop les vents au détriment des cordes nettement moins sonores.<br />
	On passe une bonne soirée, on rit souvent, mais on regrette quand même une plus grande rigueur vis-à-vis de l’œuvre d’Offenbach.</p>
<p>	Prochaines représentations les 18, 29,30, 31 janvier et 1<sup>er</sup> et 2 février 2020.</p>
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