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	<title>Philippe ESTEPHE - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<title>Philippe ESTEPHE - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>Récital French Touch &#8211; Venise</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/recital-french-touch-venise/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Guillaume Saintagne]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 05 Oct 2025 05:15:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>En ouverture de son festival « Parigi Romantica Pop », le Palazetto Bru Zane propose un récital à quatre voix – Jennifer Courcier, Éléonore Pancrazi, Enguerrand de Hys, Philippe Estèphe – autour d’ensembles pour la plupart totalement oubliés, composés isolément ou tirés d’opéras-bouffes du XIXe siècle français, oscillant entre raffinement et gaudriole. Saluons une fois &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>En ouverture de son festival « Parigi Romantica Pop », le Palazetto Bru Zane propose un récital à quatre voix – <strong>Jennifer Courcier, Éléonore Pancrazi, Enguerrand de Hys, Philippe Estèphe</strong> – autour d’ensembles pour la plupart totalement oubliés, composés isolément ou tirés d’opéras-bouffes du XIXe siècle français, oscillant entre raffinement et gaudriole. Saluons une fois encore le passionnant travail de recherche qui nous permet d’entendre du Louis Varney, du Jean-Baptiste Croze, du Robert Planquette, du Victor Roger et de l’Etienne Rey pour les inconnus au bataillon, à coté de pièces redécouvertes d’Hervé et Delibes (étonnantes et superbes harmonies de <em>Monsieur Griffard</em>) ou rarement données de Messager et Offenbach. L’intérêt de ces ensembles réside dans leur vivacité dramatique autant que dans leur brio contrapuntique où chaque voix doit pouvoir se distinguer. On a particulièrement apprécié les pièces qui tournent en dérision les chanteurs eux-mêmes et celles dont l&rsquo;action est assez dense pour vivre dans un simple extrait, et à ce jeu là, Offenbach est imbattable. Si l’on regrette évidemment de ne pas disposer d’un orchestre pour les récréations, ne boudons pas notre plaisir de pouvoir les entendre, d’autant qu’<strong>Emmanuel Christien</strong> au piano apporte tout le soutien et le brio nécessaire permettant aux chanteurs de se donner pleinement à leur petites mises en scène. En effet, chaque morceau n’est pas seulement bien réglé musicalement, mais empli d’esprit et de théâtre par des interprètes attachés à faire vivre cette musique au-delà du cadre imposé par le récital. Danse endiablée pour clore l’entrée des Espagnols dans <em>Les Brigands</em>, air gêné voir honteux du chœur quand la soprano déclame une aussi niaise que libidineuse Chanson des Canards, ou expressionisme de film muet pour la scène de <em>Barbe-Bleue</em>. Il faut dire que ces quatre là s’entendent tellement qu’ils font quatuor depuis 2022 (Opale).</p>
<p>Le premier air de Louis Varney est le moins réussi : à froid dans l’acoustique réverbérée de la Scuola Grande di San Giovanni Evangelista, le texte se perd mais les éclats de rire vocalisés annoncent le ton de la soirée. Le <em>Ténor sans engagement</em> de Croze permet à <strong>Philippe Estèphe</strong> d’imposer immédiatement un personnage crédible sans excès, quitte à se mettre au piano lui-même. Renversement de situation, pour le Trio du baryton de Roger où il sonne avec robustesse et élégance jusqu’à un aigu volontairement raté. Il reste néanmoins le plus timide du groupe et aurait gagné à plus de lâcher-prise.</p>
<p>Hilarant <strong>Enguerrand de Hys</strong> qui après avoir présenté un ténor dès plus élégants chez Croze pour les moments qui auraient dû être parlés, entonne sa romance avec la voix la plus nasillarde qui soit ou vous claque un aigu antimusical et sonore avec éclat chez Rey après avoir fait assaut de virtuosité. Preuve une fois encore que chanter faux demande une technique solide !</p>
<p>Chez Hervé, <strong>Eléonore Pancrazi</strong> n’est pas avare de gouaille parisienne (« oui oui c’est ça envole-toi ! » pour commenter les vocalises de sa collègue dans <em>Alice de Nevers</em>) mais toujours à propos, sans que ces éclats ne l’autorisent à une moindre attention ailleurs : solidité du medium, tenue du souffle et clarté du texte malgré les nombreuses élisions de syllabes, jeux d’accents (Mistress dans <em>La Romance de la Rose</em>) et mots désuets.</p>
<p>Avec son faux air de Sandrine Piau, <strong>Jennifer Courcier</strong> ne ménage pas son énergie non plus, que ce soit dans les trilles infinis et les joutes cabotines du Colimaçon ou les bourdonnements amoureux d’Eurydice. Elle réussit même à chanter Hervé avec une gaminerie bourgeoise qui ferait presque oublier les facilités de l’écriture. Davantage que les suraigus, c&rsquo;est surtout la classe et la légereté de l&rsquo;interprête qui attirent immédiatement la sympathie.</p>
<p>Bien que personne n’en doute à ce niveau de qualité, notre quatuor a tout de même tenu à prouver qu’il savait aussi chanter de la musique sérieuse en donnant en second bis le <em>Madrigal</em> de Fauré : s’il tranche avec le reste du programme, il souligne que c’est le même esprit français empli de délicatesse qui sous-tend ces partitions.</p>
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		<title>OFFENBACH, La Vie parisienne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/offenbach-la-vie-parisienne-pbz/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 04 Oct 2024 16:31:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La version inédite de La Vie parisienne établie en 2021 par Sébastien Troester et l’équipe scientifique du Palazzetto Bru Zane avait suscité de vives discussions. Trahison ? Supercherie ? Ou retour salutaire au texte original avant que la censure et les limites de la troupe du Théâtre du Palais Royal n’obligent Offenbach et ses librettistes &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La version inédite de <em>La Vie parisienne</em> établie en 2021 par Sébastien Troester et l’équipe scientifique du Palazzetto Bru Zane avait suscité de <a href="https://www.forumopera.com/breve/la-vie-parisienne-le-debat-continue/">vives discussions</a>. Trahison ? Supercherie ? Ou retour salutaire au texte original avant que la censure et les limites de la troupe du Théâtre du Palais Royal n’obligent Offenbach et ses librettistes à adapter leur œuvre ? La publication d’un enregistrement de cette nouvelle version, sous la forme d’un livre-disque – le 41e de la collection « Opéra français » – ne mettra pas un terme à la polémique. Sous la supervision d’Alexandre Dratwicki, deux textes d&rsquo;accompagnement continuent d’expliquer et justifier sources, démarche et choix. Le mélomane ordinaire se gardera de trancher, lui qui dans la querelle a l’avantage de disposer désormais de deux œuvres au lieu d’une, tant les différences sont multiples. Plutôt que s’épancher en d’inutiles regrets sur la disparition de tel et tel couplet qui lui étaient chers, ou sur l’ajout de ce quatrième acte si bavard que l’on comprend qu’il ait été coupé, réjouissons-nous de la découverte d’un grand nombre de numéros jamais publiés* et parions dans les temps à venir sur un compromis entre les deux partitions, comme l’usage prévaut pour les deux versions d’<em>Orphée aux Enfers.</em></p>
<p>Le retour au livret original a imposé l’enregistrement des répliques parlées, contrairement à <em><a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/passionnement-un-peu-beaucoup/">Passionnément</a> </em>et <em><a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/o-mon-bel-inconnu-ce-quil-faut-pour-etre-heureux/">Ô mon bel inconnu</a></em> dans la même collection. Ces dialogues sont le banc de sable théâtral sur lequel achoppent la plupart des artistes, tous chanteurs avant d’être comédiens – ce qui n’était pas le cas des interprètes de la création, exception faite de Zulma Bouffar en Gabrielle.</p>
<p>Surnage la partition, conduite avec brio par <strong>Romain Dumas</strong>, ex-assistant de Marc Minkowski dont il a hérité la verve primesautière, une énergie oublieuse parfois du sentiment qu’exsude la musique – la <a href="https://www.forumopera.com/actu/offenbach-et-la-melancolie-ou-la-joie-detre-triste">mélancolie</a> est une part non négligeable de l’art d’Offenbach. L’Orchestre national du Capitole de Toulouse s’ébat avec délice dans un répertoire qui, depuis l’ère Plasson, figure parmi les premières lignes de son curriculum vitae, et le chœur, également dans son élément, reste intelligible en dépit de la vivacité des <em>tempi</em>.</p>
<p>« La distribution vocale est éblouissante et sans réelle faiblesse », constatait notre confrère Thierry Verger, présent à la Halle aux grains lors de la séance publique d’enregistrement (voir son <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/la-vie-parisienne-toulouse-ambiance-a-la-fete/">compte rendu</a>). Pour ne pas le paraphraser, on se contentera de rappeler la qualité de diction des chanteurs tous francophones, ce qui chez Offenbach est une condition non négociable. On redira aussi combien cette version privilégie Gabrielle au détriment de Métella – <strong>Véronique Gens</strong>, toujours grande dame en dépit d’un rôle réduit à ses deux rondeaux – et on se réjouira de disposer d’une gantière aussi vive qu’<strong>Anne-Catherine Gillet</strong>, soprano léger, espiègle et agile comme un torrent d’eau fraîche. On s’amusera de la manière dont <strong>Jérôme Boutillier</strong> fait craquer – dans le dos – l’habit de Gondremarck, d’une voix surdimensionnée pour le rôle, et à l’inverse de la sobriété de <strong>Marc Mauillon</strong>, évitant d’user de l’ambivalence de son timbre pour surjouer Bobinet.  On relèvera l’importance donnée à des rôles plus que secondaires dans la version usuelle : Urbain, par exemple, tiré de l’ombre au troisième acte par l’Air du chapeau puis par le Trio diplomatique. <strong>Philippe Estèphe</strong> lui prête la saine vigueur de son baryton. D’après Alexandre Dratwicki, ces deux numéros auraient été supprimés avant la création en raison de la mésentente entre Offenbach et le premier interprète d’Urbain, Lassouche (1828-1915), lequel dans ses mémoires oublie – volontairement sans doute – de mentionner l’œuvre et le rôle qu’il y joua. Ironie du sort : si l&rsquo;on continue de parler de lui, c’est grâce à cette autre<em> Vie parisienne</em>.</p>
<pre>* Triolet de Gardefeu ; final du I avec vapeur et sifflets ; final du II avec Marseillais et Allemands ; air d’Urbain ; trio diplomatique ; quintette en mazurka ; chanson de la balayeuse ; pastourelle ; galop final du III dans sa première mouture ; entracte du V dans son orchestration complète ; récit de l’air de Metella ; 2 pantomimes sur Don Giovanni ; charivari pour 4 pianos et 3 chœurs ; amorce du choeur final</pre>
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		<title>RAMEAU, Les Boréades</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/rameau-les-boreades/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 15 Sep 2024 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Rien avant 50 ans. Ou presque. Si Rameau, né en 1683, était mort avant 1733, que retiendrions de lui ? Ses théories de l’harmonie à coup sûr, quelques motets et cantates sans doute, et ses pièces de clavecin. Mais cela aurait-il suffi à lui assurer la postérité ? Et l’enthousiasme que son nom suscite aujourd’hui &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Rien avant 50 ans. Ou presque.<br />
Si Rameau, né en 1683, était mort avant 1733, que retiendrions de lui ? Ses théories de l’harmonie à coup sûr, quelques motets et cantates sans doute, et ses pièces de clavecin. Mais cela aurait-il suffi à lui assurer la postérité ? Et l’enthousiasme que son nom suscite aujourd’hui encore ? Sans doute pas. C’est que ses plus grandes œuvres sont lyriques et qu’il ne s’approchera de l’opéra, coup d’essai, coup de maître, qu’en 1733 avec ce qui reste pour beaucoup le chef-d’œuvre entre tous du Dijonnais : <em>Hyppolite et Aricie</em>. Après ce succès, l’Académie Royale de musique va lui commander d’autres tragédies lyriques ou opéras-ballets&nbsp;: <em>Les Indes Galantes</em> (1735), <em>Castor et Pollux</em> (1737), et <em>Dardanus</em> (1739) vont s’enchaîner à un rythme échevelé.<br />
Ensuite musicien de la Cour, il laisse de côté l’opéra et n’y reviendra que dans les dernières années de sa vie&nbsp;: <em>Les Paladins</em> date de 1757 et, enfin, <em>Les Boréades</em>, mises en répétition au printemps 1763, mais abandonné avant la première. Rameau tombe malade (on a parlé de fièvre putride) et meurt le 12 septembre 1763. L’œuvre n&rsquo;est ni représentée ni éditée de son vivant. La première représentation intégrale (version de concert) a lieu à Londres en 1975, sous la direction de John Eliot Gardiner qui dirigera également la première représentation théâtrale lors du Festival d’Aix- en-Provence, le 21 juillet 1982, dans une mise en scène de Jean-Louis Martinoty. Gardiner captera l’œuvre en 1982 avec Jennifer Smith (Aphise), John Aller (Calisis), Philipp Langridge (Abaris), Jean-Philippe Lafont (Borée) et François Leroux (Adamas). A noter aussi l’enregistrement de 2003 par William Christie (Bonney, Agnew, Panzarella, Naouri, Degout).<br />
L’enregistrement auquel nous nous intéressons a été réalisé du 18 au 21 septembre 2023 à Budapest. Il s’inscrit dans un vaste chantier thématique que le Centre de musique baroque de Versailles (CMBV) a entamé dix ans plus tôt, en 2013, à l’occasion de la préparation de l’année anniversaire des 250 ans de la mort de Jean-Philippe Rameau (1764-2014). En partenariat avec la Société Jean-Philippe Rameau, qui se dédie à l’édition complète des œuvres du compositeur sous la direction scientifique de Sylvie Bouissou (<em>Rameau Opera Omnia</em>), le CMBV s’était alors donné un double objectif&nbsp;: d’une part, celui de recréer et d’enregistrer tous les derniers opéras inédits de cet auteur, ainsi que plusieurs versions alternatives imaginées par Rameau à l’occasion de reprises et qui n’avaient pas encore été rejouées aux XX<sup>e</sup> et XXI<sup>e</sup> siècles&nbsp;; d’autre part, de réinterroger les pratiques d’interprétation, en proposant de nouvelles lectures – historiquement informées et profitant des derniers fruits de la recherche musicologique – de certains des titres les plus célèbres.<br />
C’est ainsi qu’ont déjà vu le jour les productions discographiques des <em>Fêtes de l’Hymen et de l’Amour</em>, du <em>Temple de la Gloire</em>, des <em>Fêtes de Polymnie</em>, de <em>Zaïs</em>, de <em>La Lyre enchantée</em>, puis successivement de <em>Naïs</em>&nbsp;, des <em>Indes galantes</em>, de <em>Dardanus</em>, des <em>Fêtes d’Hébé</em>, d’<em>Achante et Céphise</em>, du <em>Retour d’Astrée</em>&nbsp;et de <em>Zoroastre</em>.<br />
L’œuvre a été enregistrée sur la toute nouvelle édition réalisée par Sylvie Bouissou dans le cadre de <em>Rameau Opera Omnia</em>. Plusieurs aspects musicologiques ont été pris en compte dans le traitement orchestral&nbsp;: l’absence de clavecin dans les danses et la présence d’une contrebasse dans le continuo (comme le stipulent les sources), ainsi que l’usage de hautbois et non de clarinettes (la note de Rameau les mentionnant dans l’ouverture faisant penser à un projet d’insertion non abouti). Par ailleurs, la distribution tente de rendre compte de la voix des chanteurs pour qui l’œuvre avait sans doute été pensée à l’origine, et en premier lieu Marie Fel dans le rôle d’Alphise (une soprano légère et brillante, au timbre cristallin et profondément touchant à en croire les chroniqueurs du temps) ainsi que Pierre Jéliote dans celui d’Abaris (une haute-contre ductile capable d’expressivité aussi bien que de vaillance). L’ornementation vocale (et notamment son usage non pas stylistique mais destiné à caractériser les emplois), les respirations et phrasés, les tempi et les enchaînements de sections sont également issus d’une étude méticuleuse des matériels vocaux et instrumentaux de l’époque encore conservés aujourd’hui à la Bibliothèque nationale de France.<br />
L’<strong>Orfeo orchestra</strong> et le <strong>Purcell Choir</strong> (le chœur «&nbsp;Ciel, quels accords harmonieux&nbsp;!&nbsp;» est de toute beauté et la prononciation du français impeccable pour toutes les interventions chorales) dirigés par <strong>György Vashegyi</strong> bénéficie d’une prise de son particulièrement limpide qui met en valeur les pupitres et notamment de somptueux cuivres. Il faudra écouter l’extraordinaire rendu de l’orage conclusif du III (de loin le plus dramatique des cinq actes) qui enchaîne directement avec la suite des vents au IV. Le quatrième acte avec les nombreuses danses ainsi que les intermèdes musicaux met bien en valeur la phalange hongroise.<br />
<strong>Sabine Devieilhe</strong> domine la distribution et émerveille à nouveau par toutes les qualités qui semblent ne faire que s’épanouir au fil de ses apparitions sur scène et de ses enregistrements. On ne sait s’il faut d’abord louer, dans les airs ou les récits accompagnés, la souplesse, l’étendue de la gamme, les aigus filés, la légèreté (« Un horizon serein ») ou l’expressivité (« … il amène l’orage et soulève les mers » dans l’air « Un horizon serein »&nbsp; où l’auditeur est comme témoin de la tempête.) C’est peut-être dans le magnifique air introductif du III (« Songe affreux ») que toutes ces qualités sont concentrées.<br />
<strong>Reinoud Van Mechelen</strong> (Abaris) intervient au deuxième acte qu’il fait débuter par l’air «&nbsp;Charmes trop dangereux&nbsp;» avec toutes les nuances attendues et notamment un vibrato parfait qu’il sait retarder <em>ad libitum</em>. Qualité et finesse des ornements ; on les retrouve dans l’air du IV «&nbsp;Lieux désolés&nbsp;» où le désespoir s’inscrit dans la ligne de chant ou encore dans le mélancolique «&nbsp;Je vole, Amour, où tu m’appelles&nbsp;» qui conclut le quatrième acte.<br />
<strong>Gwendoline Blondeel</strong> est une bien belle découverte. La soprano belge, <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/haendel-rinaldo-beaune/">très appréciée à Beaune cet été</a>, s’empare de quatre petits rôles féminins&nbsp;: Sémire, la Nymphe, l’Amour et Polymnie. La complémentarité de sa voix avec Alphise est évidente et particulièrement bienvenue. On apprécie la technique irréprochable et la légèreté qui met en valeur une vraie personnalité («&nbsp;Comme un zéphir&nbsp;»).<br />
L’Islandais <strong>Benedikt Kristiánsson</strong> (Calisis) a le ténor clair et expressif («&nbsp;Ecoutez l’amour qui vous presse&nbsp;») même si la prononciation («&nbsp;Eh&nbsp;! pourquoi se défendre&nbsp;») peut laisser à désirer. La maîtrise technique d’un air aussi redoutable que «&nbsp;Jouissons de nos beaux ans&nbsp;» est particulièrement flagrante.<br />
Il faut citer aussi <strong>Tassis Chirtoyannis</strong> (Adamas/Apollon) au baryton clair et énergique, <strong>Philippe Estèphe</strong> en Borilée. Lui aussi baryton, sa prestation est toute d’autorité, de dynamisme et de clarté avec toute l’agilité nécessaire.<br />
Voici à coup sûr un enregistrement qui s’inscrit déjà dans la discographie indispensable de l’ultime chef-d’œuvre ramiste.</p>
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		<item>
		<title>ROSSINI, La Cenerentola (cast B) &#8211; Toulouse</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/rossini-la-cenerentola-toulouse-cast-b/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 06 Apr 2024 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Rythme plus que soutenu de représentations de Cenerentola au Théâtre du Capitole de Toulouse (nous avions rendu compte de la première ici), puisque pas moins de huit représentations sont données en seulement dix jours, de quoi en épuiser plus d’un. Il est vrai que quatre des sept rôles principaux proposent une distribution en alternance – &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Rythme plus que soutenu de représentations de <em>Cenerentola</em> au Théâtre du Capitole de Toulouse (nous avions rendu compte de la première <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/rossini-la-cenerentola-toulouse/">ici</a>), puisque pas moins de huit représentations sont données en seulement dix jours, de quoi en épuiser plus d’un. Il est vrai que quatre des sept rôles principaux proposent une distribution en alternance – ce devait être cinq puisqu’initialement Nicola Alaimo était prévu comme premier Don Magnifico ; ayant fait défection, <strong>Vincenzo Taormina</strong> assure les huit représentations, ce qui, en soi, constitue une performance à saluer. Taormina est toujours aussi truculent et son entrée est cette fois d’excellente facture. Toujours aussi admirable son «&nbsp;Sia qualunque delle figlie&nbsp;», terminé sur les chapeaux de roue, avec des changements de registre désopilants et surtout une longueur de souffle qui vous tient en haleine. Si les huit représentations sont du même acabit, alors chapeau l’artiste&nbsp;!</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/MIR0938-Migliorato-NR-1294x600.jpg" alt="">
© Mirco Magliocca</pre>
<p>Les sœurettes <strong>Céline Laborie</strong> (Clorinda) et <strong>Julie Pasturaud</strong> (Tisbe) confirment qu’elles sont décidément irrésistibles en mégères qu’on ne voudrait surtout pas apprivoiser. Les deux voix se complètent bien, insufflant ce qu’il faut d’acide et de fiel tout au long de l’ouvrage. <strong>Floriane Hasler</strong> est une belle découverte en Angelina. La voix est bien posée, la technique déjà solide. Elle gère bien la longue partition du rôle-titre en évitant de s’aventurer sur des chemins risqués, préférant une conduite prudente, ce qui lui permet d’aborder le « Non più mesta accanto » final avec les réserves nécessaires. Autre belle découverte, la basse solide et chantante d’<strong>Adolfo Corrado</strong> en Alidoro et un «&nbsp;La del ciel nell&rsquo;arcano profondo&nbsp;» revigorant<strong>. Michele Angelini</strong> est Don Ramiro à la voix étroite dans les aigus mais solide dans le milieu de la gamme. Pas de chance ce soir-là pour <strong>Philippe Estèphe</strong> qui n’a pu proposer qu’un acte en Dandini, la voix lui ayant fait défaut pour le second, ce qui nous a valu une réapparition de Florian Sempey.<br />
Orchestre toujours irréprochable sous la conduite d’un <strong>Michele Spotti</strong> décidément très inspiré dans ce répertoire.</p>
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		<item>
		<title>LULLY &#8211; Thésée</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/lully-thesee/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 18 Oct 2023 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Christophe Rousset et ses amis, après avoir donné ce Thésée en version de concert au début de cette année à Vienne, Bruxelles et au TCE, nous en offrent l’enregistrement intégral, poursuivant leur exploration de la tragédie lullyste, amorcée il y a plus de vingt ans. L’ouvrage, dont on ne connaissait que quelques extraits avant 1998, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Christophe Rousset</strong> et ses amis, après avoir donné ce <em>Thésée</em> en <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/lully-thesee-paris-tce/">version de concert au début de cette année à Vienne, Bruxelles et au TCE</a>, nous en offrent l’enregistrement intégral, poursuivant leur exploration de la tragédie lullyste, amorcée il y a plus de vingt ans. L’ouvrage, dont on ne connaissait que quelques extraits avant 1998, fut alors découvert par William Christie, avec la révélation de Stéphanie d’Oustrac en Médée. Tout <em>Thésée</em>, avec ravissement, même sans bonus. Cette réalisation n’a pas été détrônée par celle, ennuyeuse, de Paul O’Dette et Stephen Stubbs (CPO 2006). A la scène, Emmanuelle Haïm l’avait monté avec Jean-Louis Martinoty à Lille et au TCE, en 2008. C’est dire si cet enregistrement est bienvenu.</p>
<p>Le livret, exemplaire dans ses vertus dramatiques comme dans sa langue, fut le plus célèbre de Quinault, et sa descendance nombreuse (1). Tout juste peut-on s’interroger sur le titre car la figure de Médée, la plus grande magicienne de l’héritage grec, domine la tragédie. Les puissants (Médée, Enée, Thésée, Aeglé) sont en miroir avec leurs suivants (Dorine, Arcas, Cléone) auxquels les passages légers sont confiés, pour une intrigue héroïque, galante, assortie des sortilèges de Médée.</p>
<p>Thésée, fils caché du roi Egée, vient libérer Athènes où, après le meurtre de son frère, de ses propres enfants puis l’abandon de Jason, Médée doit épouser le roi Egée. Or, elle aime Thésée, et jalouse donc Aéglé, dont il est épris. La magicienne, pour triompher de sa rivale, convainc Egée d’empoisonner Thésée. La reconnaissance du fils perdu du roi va précipiter l’action. L’apparition de Minerve, qui met un terme à l’incendie du palais et à l’apparition des monstres, précède le triomphe de Thésée et les réjouissances finales. Ajoutez Arcas, confident du roi, partagé entre Cléone, sa dernière conquête et la confidente de Médée, Dorine, qu’il a délaissée, et vous avez les principaux ingrédients de l’action, conduite par le continuo.</p>
<p>L’ample prologue (2) – pas loin d’une demi-heure – salue les victoires militaires du roi dans les Flandres : Vénus invite au retour des plaisirs puis Mars annonce le repos du guerrier. Le premier acte, à dominante martiale, offre la belle parenthèse contrastée à souhait du chœur des prêtresses. Du deuxième ou retiendra la plainte de Médée (« Doux repos… ») et son monologue « Dépit mortel, transport jaloux », mais aussi les nombreuses interventions des personnages secondaires (Dorine tout particulièrement). L’acte infernal, le troisième, après le trio léger (Arcas, Cléone et Aeglé) nous offre la scène essentielle, forte, de l’invocation et des sortilèges de Médée. Ceux-ci se poursuivent au suivant, aux dépens d’Aeglé et de Thésée. Les deux amants se retrouvent sur une île enchantée, superbe page d’un divertissement pastoral où l’amour est chanté. Le dernier, après l’ultime monologue de Médée, sera de la  plus grande force dramatique, le plus spectaculaire aussi, avant les réjouissances.</p>
<p>La distribution, exemplaire, est homogène et réunit la fine fleur du chant baroque français.<strong> Karine Deshayes</strong>, exceptionnelle, est Médée, prodigieuse dans son incarnation exaltée. Elle traduit à merveille la personnalité sulfureuse de l’héroïque : femme autant que magicienne, attachante et détestable, passionnée, calculatrice et vengeresse, il fallait une grande tragédienne pour l’incarner. C’est chose faite. La voix est connue. Ici, impérieuse, mais aussi séductrice et insinuante, elle se délecte du mot, qu’elle colore et déclame avec une conviction qui force l’admiration. Pour écrasant que soit le rôle, notre Médée, y compris dans les airs les plus exigeants, nous offre un modèle de conduite du chant. On regrette que Thésée, ici <strong>Mathias Vidal</strong>, intervienne si peu. Il a la vaillance, l’ardeur du jeune héros, qu’il sert de son timbre clair et d’une diction exemplaire. Le style et la vérité d’expression.</p>
<p><strong>Deborah Cachet</strong> nous vaut une Aeglé fraîche, courageuse et sensible. Son chant nous touche, coloré, à la douceur caressante des aigus émouvants comme la résolution farouche lors de son affrontement avec la magicienne. Egée, monarque vieillissant, aussi amoureux que calculateur, est confié à <strong>Philippe Estèphe</strong>. Peut-être l’émission claire, virile ne porte-t-elle pas assez la marque de l’âge du roi, mais on était vieux de bonne heure au Grand siècle. <strong>Guillaume Worms</strong> est à la fois ce Mars impressionnant d’ampleur et d’autorité, au prologue, puis le trop humain Arcas, amant soumis. Chacun de ces deux personnages si dissemblables est servi avec bonheur. Vénus, puis Dorine, insouciante puis jalouse de Cléone, <strong>Thaïs Raï-Westphal</strong> nous ravit de son chant, souple déclamation, dont les reprises sont ornées avec délicatesse. La voix de <strong>Marie Lys</strong> (Cléone et de petits rôles) radieuse, épanouie, nous réjouit tout autant. Minerve, la Grande-prêtresse, une divinité, sont confiées à <strong>Bénédicte Tauran</strong>, qui leur donne l’autorité et la noblesse attendues. <strong>Robert Getchell</strong> et <strong>Fabien Hyon</strong> vont intervenir fréquemment pour des figures épisodiques. Qu’il s’agisse d’incarner des divinités, de deux Plaisirs ou les deux vieillards, ils excellent dans la caractérisation des airs.</p>
<p>Cet enregistrement, la nouvelle référence, se signale bien sûr par sa fidélité au texte comme à l’esprit de la tragédie, dont le texte est primordial, avec un sens théâtral constant. La narration, son débit, ses accents participent à l’intensité de la musique. Le continuo, permanent, varié et inventif, soutient la dynamique de l’action. Le démiurge-dramaturge est Christophe Rousset, et on sait combien il n’a pas son pareil pour galvaniser ses troupes comme obtenir d’elles les nuances les plus ténues, les textures et les couleurs les plus réjouissantes. La direction, exigeante sans être jamais outrancière, donne vie à chacun. Grandeur, profondeur et élégance en sont la marque. Ses <em>Talens lyriques</em> sont un modèle de style et d’engagement et chacun devrait être cité tant les qualités en sont éminentes. Les nombreuses pages instrumentales sont illustrées avec bonheur, les danses, d’un élan jamais outré.</p>
<p>Le Chœur de chambre de Namur, très sollicité, se montre à l’égal de lui-même, parfait, dans ce répertoire dont il est familier. <strong>Thibaut Lenaerts</strong> lui imprime ce sens constant de l’intelligibilité et de l’expression. Les pages chorales du premier acte, puissantes, riches et complexes sont un premier régal. Omniprésent, sous toutes ses facettes (guerriers, prêtresses, le peuple, les habitants des enfers…jusqu’à celui d’épouvante à la destruction du palais de Médée) il participe à pleinement à l’action et au caractère de chaque acte.</p>
<p>Il faut saluer les qualités exceptionnelles de cet enregistrement, auxquelles il faut ajouter celle du livre qui accompagne les trois CD. Ainsi l’article où Pascal Denécheau (dont <em>Thésée</em> fut le sujet de thèse) explicite l’ouvrage. Evidemment le livret, l’iconographie, les biographies, tout est là. Un sommet de l’art lyrique, grandiose, dramatique et spectaculaire, <em>Thésée</em> est servi à merveille.</p>
<ul>
<li>
<pre>(1) Haendel (<em>Teseo</em>), Mondonville, Gossec, Nasolini, Spontini, etc.
(2) "Cirage de pompes louis-quatorzième" écrivait à son propos Jean-Louis Martinoty lorsqu’il le mettait en scène pour la production lilloise.</pre>
</li>
</ul>
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		<title>MASSENET &#8211; Ariane</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/massenet-ariane/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 12 Sep 2023 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>En 2007, Laurent Campellone, alors en poste à Saint-Etienne, regrettait qu’Ariane qu’il venait de diriger ne donne pas lieu à un enregistrement commercial. Tout vient à point… Le 18e des 25 opéras de Jules Massenet capté à Munich en début d’année fait aujourd’hui l’objet d’un de ces livres CD auquel le label Bru Zane nous &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>En 2007, <strong>Laurent Campellone</strong>, alors en poste à Saint-Etienne, regrettait qu’<em>Ariane</em> qu’il venait de diriger ne donne pas lieu à un enregistrement commercial. Tout vient à point… Le 18<sup>e</sup> des 25 opéras de Jules Massenet capté <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/ariane-munich-cetait-si-beau/">à Munich en début d’année</a> fait aujourd’hui l’objet d’un de ces livres CD auquel le label Bru Zane nous a accoutumés (<em>Thérèse</em> et <em>Le Mage</em>, deux autres opéras rarement joués du même compositeur figurent aussi dans la collection).</p>
<p>De l’intérêt – disons plus, de la beauté – de la partition, il n’est plus nécessaire de nous convaincre. Et quand bien même on en douterait, la direction musicale rappelle quel maître était Jules Massenet et comme il savait adapter sa musique à chaque nouveau sujet. S’agissant d’Ariane, héroïne mythologique, l’art déclamatoire de Gluck est souvent évoqué. Wagner aussi, évidemment. Dès le prélude, les Sirènes se posent en transfuges des Filles du Rhin ; l’écho cuivré de la chevauchée des Walkyries envahit le retour à Naxos au cinquième acte. Cette somme d’influence engendre cependant une partition personnelle, et ambitieuse car voulue comme une réponse française au wagnérisme triomphant. Dirigées par Laurent Campellone qui connaît son Massenet sur le bout de la baguette, les forces chorales et instrumentales bavaroises en magnifient les reflets changeants. Ni kitch, ni platitude, ni pompes inutiles et vains bavardages … Malgré quelques faiblesses dramaturgiques relevées dès la création, <em>Ariane</em> renaît, rendue à sa splendeur originelle.</p>
<p>Pourquoi l’œuvre, en dépit de son succès lors de sa création au Palais Garnier en 1906 a-t-elle quitté si vite la scène pour n’en retrouver le chemin qu’à de rares occasions (1937 à Paris, avec Georges Thill en Thésée) ? Massenet de son vivant incrimina André Messager. Selon Alexandre Dratwicki dans son avant-propos, la raison aujourd’hui en incombe à la débauche de moyens exigés par un opéra qu’il qualifie de « péplum cinématographique avant l’heure ». Le livret dépeint rien moins qu’une tempête en pleine mer et au quatrième un royaume des Enfers où trône Perséphone « longue, fière et fine, pâle, hiératique, levant un lys noir dans sa main droite » – indiquent, disertes, les didascalies. Le chœur – sirènes, vierges, matelots, vieillards… –, la présence d’un court ballet participent à l’exigence de décorum. Surtout – et cet enregistrement en témoigne – il faut des chanteurs émérites pour surmonter les ambitions d’une écriture post-wagnérienne : un fort ténor, un baryton héroïque, trois <em>prime donne</em> – Phèdre, soprano dramatique n’ayant que peu à envier au rôle-titre, tandis que l’acte des enfers réclame en Perséphone un contralto digne d’Erda.</p>
<p>Le disque a des prétentions que la scène n’impose pas. Le « sans faute » vocal décerné lors du concert munichois semble moins patent sous les fourches caudines des micros. Ce n’est pas tant côté masculin que l’écart se creuse. <strong>Jean-Sébastien Bou</strong> ne souffre d’aucune faiblesse. Voix solide, apte à tracer son chemin droit dans le brasier orchestral ; déclamation souveraine ; prestance qui n’est pas seulement posture mais aussi noblesse et autorité : Pirithöus s’inscrit dans la grande tradition du baryton français. Le récit du 3<sup>e</sup> acte « Victoire des vaincus » est de ceux que l’on s’empresse de ranger dans la playlist « Titres likés » de son site de streaming musical.</p>
<p>Faut-il Thésée, façonné par Massenet dans l’airain du légendaire <a href="https://www.forumopera.com/lucien-muratore-le-tenorissimo-marseillais/">Lucien Muratore</a>, pour rappeler quel ténor est <strong>Jean-François Borras</strong> ? Vaillance et douceur sont conciliées d’un timbre à la séduction évidente. Le chant exclut tout rupture et tout passage en force. A la caresse voluptueuse du tendre arioso « Ariane, ô bouche fleurie » répondent les élans conquérants de « Ô vierge guerrière » pour figurer l’entière réplique du héros de l’Attique, amant infidèle et guerrier conquérant.</p>
<p>Ariane n’est jamais aussi convaincante que lorsque <strong>Amina Edris</strong> nuance son propos et affine les contours d’une voix pulpeuse. La langoureuse supplique « Tu lui parleras », la souplesse de « chère Cypris » que l’on croirait empruntée à Thaïs, ou la désolation finale « C’était si beau » tracée à la pointe fine rachètent une articulation souvent pâteuse, quelques duretés dans l’éclat et une tendance à la placidité.</p>
<p>Le vibrato très prononcé, les teintes violacées de <strong>Kate Aldrich</strong> ravalent Phèdre au rang de virago quand la sœur et rivale d’Ariane se doit aussi d’être princesse.</p>
<p>Apparition fantomatique dans le seul acte des Enfers, à la manière d’Ulrica dans le <em>Ballo</em> verdien, <strong>Julia Robard-Gendre</strong> surprend par la profondeur d’un mezzo-soprano qui assume sans effort apparent la tessiture abyssale de Perséphone, et parvient à triompher de l’épreuve du mélodrame – procédé cher à Massenet à une époque où les tragédiennes, à l’exemple Sarah Bernhardt, étiraient l’emphase jusqu’au sublime.</p>
<p>Au second plan, s’affirment les interventions martiales de <strong>Yoann Dubruque </strong>et de <strong>Philippe Estèphe</strong>, les harangues de<strong> Judith van Wanroij</strong> – Cypris émule de Junon plus que de Vénus – et l’aubade d’Eunoé, « Pourquoi pleurez-vous », à laquelle <strong>Marianne Croux </strong>prête le fruit rouge d’un soprano qui un jour pourrait prétendre à Ariane – ce que l’on souhaite, ne serait-ce que pour voir cet opéra injustement négligé de Massenet revenir au répertoire.  </p>


<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="MASSENET Jules, Ariane - &#039;Opéra français&#039; CD-Book" width="1200" height="675" src="https://www.youtube.com/embed/Z1JcfccSQ1A?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" allowfullscreen></iframe></div>
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		<title>RAMEAU, Les Paladins &#8211; Versailles</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/rameau-les-paladins-versailles/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Mariage]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 30 Jun 2023 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>À Versailles, la tradition veut que la plupart des concerts soient enregistrés pour une parution discographique ultérieure. Mais samedi dernier, pour Les Paladins de Rameau dirigé par Valentin Tournet, nul micro visible devant les chanteurs ou parmi les pupitres de l’orchestre. C’est que l’œuvre a déjà été enregistrée par le jeune chef et son ensemble &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="font-weight: 400">À Versailles, la tradition veut que la plupart des concerts soient enregistrés pour une parution discographique ultérieure. Mais samedi dernier, pour <em>Les Paladins</em> de Rameau dirigé par <strong>Valentin Tournet</strong>, nul micro visible devant les chanteurs ou parmi les pupitres de l’orchestre. C’est que l’œuvre a déjà été enregistrée par le jeune chef et son ensemble <strong>La Chapelle Harmonique</strong> pour le label Château de Versailles Spectacles en décembre 2020, alors que nous vivions le deuxième confinement et que le concert prévu avait été annulé.</p>
<p style="font-weight: 400">Après plusieurs reports, voici enfin ces <em>Paladins</em> arrivés à bon port, dans une distribution quelque peu différente de celle initialement prévue en 2020, puisque les emplois du temps des chanteurs ont changé ! Et on retrouve en salle l’enthousiasme vécu à la découverte de l’enregistrement, qui venait combler un manque flagrant, puisqu’il n’existait jusqu’à présent, outre le DVD des représentations du Châtelet en 2004 dirigées par William Christie, qu’une version tronquée (Malgoire) et une version dans un français très approximatif (Junghänel).</p>
<p style="font-weight: 400"><em>Les Paladins</em> est le dernier opéra que Rameau a pu présenter de son vivant, puisqu’il est mort avant que son ultime chef-d’œuvre, <em>Les Boréades, </em>soit porté à la scène. Ce n’est pas une tragédie lyrique, comme la plupart des ouvrages les plus connus du compositeur mais, comme <em>Platée</em>, une comédie. L’action et la musique mêlent, de manière beaucoup plus flagrante que dans <em>Platée</em>, inspirations italiennes et traditions françaises. Restée peu de temps à l’affiche, on dit souvent que c’est le livret qui constitue la faiblesse principale de l’ouvrage, mais il est au contraire assez original, même s’il n’est peut-être pas d’une plume toujours inspirée. Dans un Moyen Âge de convention, Argie, jeune femme accompagnée de sa suivante Nérine, est retenues par Orcan, qui répond aux ordres d’Anselme, vieil homme qui souhaite épouser Argie. Mais cette dernière est plutôt éprise du jeune paladin Atis et celui-ci le lui rend bien…</p>
<p style="font-weight: 400">Pourtant, Rameau fait de cette matière a priori plutôt conventionnelle – que la présence singulière de faux pèlerins et de faux démons, d’un palais chinois ou d’une fée travestie en maure vient colorer étrangement – un terrain de jeu d’où jaillissent sa facétie et son inventivité musicale. L’œuvre s’ouvre sur une ouverture brillante, à laquelle succède un air plaintif très inspiré, dans la même veine que le « Tristes apprêts » de <em>Castor et Pollux</em> ; très vite, la <em>vis comica </em>du compositeur s’affiche dans des figuralismes, des répétitions drolatiques (« est-il beau, beau, beau » ou « bon, bon, bon… bon à prendre ») et des duos très rythmés, jusqu’à un ensemble à la fin du premier acte qui annonce presque les concertatos rossinien… Au cœur du deuxième acte, le monologue d’Orcan est une parodie de celui d’Armide dans l’opéra de Lully : il exprime ses hésitations à utiliser un poignard qu’il a entre les mains dans un récitatif heurté. Le personnage de la Fée Mato, au troisième acte, est attribué à un haute-contre et le style très brillant de sa partie convoque un imaginaire rattaché à la virtuosité transalpine. Comment ne pas entendre aussi dans l’air « Pour voltiger dans le bocage » une forme d’auto-parodie amusée ? Tout cela est soutenu par une science de l’orchestration exceptionnelle : une musette résonne au premier acte, les cors ont une partie singulièrement virtuose et les hautbois et les bassons rivalisent de coquinerie.</p>
<p style="font-weight: 400">Les artistes réunis pour cette version de concert transmettent leur amour de cette musique foisonnante avec une passion rare. <strong>Anne-Catherine Gillet</strong>, déjà présente dans l’enregistrement, est particulièrement dans son élément en Nérine. Le grelot de la voix, la délicatesse de la ligne, l’énergie mutine qu’elle dégage, tout fait de son incarnation un modèle de charme, où se mêlent la grâce et l’espièglerie. Autre interprète présent dans la distribution originellement prévue et immortalisée sur le CD, <strong>Mathias Vidal</strong> est un Atis idéal, vaillant et gredin. Le texte est délivré avec une gourmandise manifeste et sa fréquentation des rôles ramistes, aussi bien sérieux que comiques, lui permet d’avancer avec assurance sur un fil tendu entre le premier degré (l’incarnation du jeune premier) et sa parodie.</p>
<p style="font-weight: 400">C’est à <strong>Judith van Wanroij</strong> que revient le rôle d’Argie, dont elle interprète les plaintes avec un engagement qui met en avant la beauté de la ligne musicale. Son timbre moelleux enchante et l’on ne peut rester insensible au charme de ses <em>R</em> roulés. On voit également qu’elle s’amuse à endosser la dimension comique du personnage, en présentant au public des moues ou des postures qui ne manquent pas de faire sourire. <strong>Philippe Estèphe</strong> est aussi très convainquant et drôle dans la manière dont il assume le rôle de l’amoureux fâcheux, mais la voix manque parfois un peu de couleur et de puissance pour rendre justice à la partition. Ce sont les mêmes défauts que l’on retrouve chez <strong>Frédéric Caton</strong>, Anselme un peu fatigué, qui convainc plus dans la plainte et dans ses réactions savoureuses aux avances de la Fée Mato, que dans la colère, faute d’autorité vocale ce soir-là.</p>
<p style="font-weight: 400">Quant à <strong>David Tricou</strong>, il ne surgit dans ce rôle de la Fée Mato qu’au troisième acte, mais il sait comment rendre son apparition inoubliable : ganté, arborant un nœud papillon rose et des lunettes de soleil, il se lance dans un numéro particulièrement extravagant qui révèle toute la dimension crypto-gay de cette scène de séduction entre la fée et Anselme. L’engagement vocal et scénique cède parfois le pas à la précision du texte, mais on ne peut que rendre les armes devant tant de séduction musicale et théâtrale.</p>
<p style="font-weight: 400">À la tête de son ensemble <strong>La Chapelle Harmonique</strong>, le jeune chef <strong>Valentin Tournet</strong> révèle toute la vigueur et l’originalité d’une partition composée par un homme de 77 ans, qu’on accusait bien à tort de radotage ! Mentionnons d’abord la vaillance et l’engagement exceptionnels des deux cornistes, qui doivent assurer une partie invraisemblable de complexité. Le timbre savoureux des autres pupitres de vent – bassons, hautbois et traversos au dernier acte – colore avec art l’accompagnement orchestral, débordant d&rsquo;expressivité, auquel on ne pourrait reprocher par endroits que des tournures assez sèches, trop carrées dans certaines danses, et les sonorités de corde plutôt malingres par moments (ce qu’on ne retrouve d’ailleurs pas du tout au disque – y avait-il alors un effectif orchestral plus étoffé ?). Le continuo est cependant d’une vivacité tout à fait adéquate et juste.</p>
<p style="font-weight: 400">Le chœur de La Chapelle Harmonique soigne ses interventions avec beaucoup d’éloquence et de richesse sonore. Le pupitre de haute-contre est particulièrement rayonnant dans le chœur des démons à la fin du deuxième acte et le charisme de la brève intervention de <strong>Constantin Goubet</strong>, qui sort du rang pour interpréter le court rôle d’un paladin, témoigne de la qualité de cet ensemble vocal.</p>
<p style="font-weight: 400">Un concert dont on sort le sourire aux lèvres et des airs plein la tête.</p>
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		<title>LULLY, Thésée &#8211; Paris (TCE)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/lully-thesee-paris-tce/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Tancrède Lahary]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 24 Mar 2023 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Alors que Thésée était considéré du temps de Lully et au siècle suivant comme son œuvre la plus aboutie et réussie, l’opus occupe une place moins privilégiée aujourd’hui. Il est vrai que son livret, qui paraissait alors très équilibré, fait démarrer l’action assez tardivement, le nœud du problème, soit l’amour de Thésée pour Aeglé, au &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Alors que <em>Thésée</em> était considéré du temps de Lully et au siècle suivant comme son œuvre la plus aboutie et réussie, l’opus occupe une place moins privilégiée aujourd’hui. Il est vrai que son livret, qui paraissait alors très équilibré, fait démarrer l’action assez tardivement, le nœud du problème, soit l’amour de Thésée pour Aeglé, au détriment de Médée, ne se déclarant qu’à la fin de l’acte II. Thésée, héros éponyme, n’apparaît qu’à l’acte II et n’a finalement qu’un rôle très limité. Musicalement, on notera quelques airs de Médée et duos entre Thésée et Aeglé, mais rien de la trempe du divertissement d&rsquo;<em>Atys</em>, c&rsquo;est certain.</p>
<p>Malgré ces quelques défauts intrinsèques à l&rsquo;œuvre, la production de ce soir est une réussite totale. <strong>Christophe Rousset</strong> propose une approche aussi précise qu’incisive, aussi nerveuse que délicate. Nous retiendrons une maîtrise particulièrement subtile des contrastes, comme durant l’acte I où le feu d’Athènes assiégée côtoie alternativement l’intimité du temple de Minerve. L’orchestre des <strong>Talens Lyriques</strong> sait restituer chaque nuance imprimée par le chef, maniant tour à tour les registres épique, dramatique et pathétique. Le <strong>Chœur de chambre de Namur</strong>, dirigé par <strong>Thibault Lenaerts</strong> impressionne par sa rigueur, son sens de la finesse allié à une projection ciselée de bout en bout.</p>
<p>Le plateau vocal est un sans-faute. C’est la Médée de <strong>Karine Deshayes</strong> qui fascine le plus ce soir. Au lieu de rechercher un équilibre entre malveillance et humanité, certes présent, mais peut-être un peu convenu, la mezzo-soprano prend au sérieux le personnage qui lui est donné, qui a tout de même tué son compagnon Jason et démembré ses enfants. C’est ainsi une Médée particulièrement perfide que la cantatrice propose, et surtout, presque toujours ironique, voire sardonique, et sans limite. La voix sert magnifiquement le personnage, de par son volume, son agilité et l’ingéniosité de certaines ornementations très bienvenues. En Thésée, <strong>Mathias Vidal</strong> est presque un luxe : le ténor ne figure malheureusement que peu sur scène, pour notre plus grand malheur car chacune de ses apparitions est toujours un bonheur. La finesse de l’émission, l’attention portée à chaque détail et toujours cette diction si caractéristique font de lui un héros baroque indépassable. En face, <strong>Déborah Cachet </strong>propose une Aeglé d’excellente facture : la cantatrice campe un personnage à la fois fragile et courageux. Ses aigus sont d’une douceur remarquable et il est évident que sa voix fréquente le répertoire baroque régulièrement.</p>
<p>Les personnages secondaires sont tout aussi réussis. <strong>Philippe Estèphe</strong> donne à son Egée tout la profondeur régalienne escomptée, tandis que les graves de la voix de <strong>Guilhem Worms</strong> (Aracas et Mars) sont toujours aussi magnifiques à l&rsquo;oreille. Les voix de <strong>Marie Lys</strong>, <strong>Bénédicte Tauran</strong> et <strong>Thaïs Raï-Westphal</strong>, se combinent favorablement entre elles lors d’airs partagés tandis que leur Cléone, Minerve et Dorine méritent d’être saluées. Enfin, <strong>Robert Gretchell</strong> et <strong>Fabien Hyon</strong> complètent très efficacement cette impeccable distribution.</p>
<p><em>Thésée</em> est créée en janvier 1675, soit un an avant <em>Atys</em> : on retrouve quelques signes précurseurs qui montrent que le compositeur est sur la voie du chef-d’œuvre, mais sans encore l’avoir véritablement trouvé. En janvier 1676, avec <em>Atys</em>, on retrouvera un quatuor amoureux, mais bien plus déchirant, axé autour d’un héros plus acteur de son destin, même trop, et mis en musique de manière encore plus virtuose. Et voilà qui tombe bien, le Théâtre des Champs-Elysées, qui a annoncé sa nouvelle saison hier, donnera <em>Atys</em> en mars 2024 avec Mathias Vidal dans le rôle-titre et Déborah Cachet en Sangaride.</p>
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		<title>LULLY, Thésée &#8211; Bruxelles (Bozar)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/lully-thesee-bruxelles-bozar/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jottrand]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 15 Mar 2023 05:00:00 +0000</pubDate>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour quelle raison ce grand opéra de Lully est-il si rare en concert, et à peine mieux servi en enregistrement&nbsp;? Il a pourtant tout pour plaire, à commencer par un livret particulièrement réussi&nbsp;; certes Quinault n’est pas Racine, mais il livre là un texte riche en intensité dramatique, en formules qui font mouche, en personnages hauts en couleurs, et Lully une partition musicale de la meilleure veine. Pas de temps mort, des ensembles de solistes de toute beauté, des chœurs percutants et subtilement répartis tout au long de l’œuvre, une partie instrumentale diablement efficace, avec ses effets de trompettes et timbales, tout est réuni pour faire de ce Thésée un grand opéra. Il a d’ailleurs connu un grand succès aux XVIIe et XVIIIe siècles, fait l’objet de nombreuses reprises à l’Opéra de Paris avant la Révolution.</p>
<p>Depuis lors, mises à part une production de William Christie à Ambronay en 1998 (Forum Opéra n’était pas né…) et une autre d’Emmanuelle Haïm aux Champs-Elysées et à Lille en 2008 (Forum Opéra n’y était pas…), l’œuvre semblait glisser lentement vers le purgatoire. Remercions donc Christophe Rousset et ses troupes de l’avoir remise à l’avant-plan par cette série de concerts qui précèdent une parution au disque.</p>
<p>Est-ce que le prologue est moins intéressant que le reste, ou qu’il aurait rendu le spectacle trop long ? Toujours est-il qu’il a été supprimé et que le concert commence par le chœur du premier acte dans Athènes assiégée. Cette mutilation de taille est un peu étonnante de la part de musiciens qui dispensent depuis de nombreuses années leurs meilleurs efforts pour restituer les œuvres dans leur état d’origine, ne ménagent pas leur peine pour retrouver les couleurs instrumentales et vocales de l’époque et cherchent la vérité par la précision de leur démarche. C’est aussi oublier le sens particulier que pouvaient avoir les prologues d’opéra, qui faisaient le lien entre la situation politique du moment (ici en l’occurrence les guerres de Louis XIV contre la Flandre) et le récit mythologique développé dans l’opéra lui-même. Et on se prend à penser qu’il aurait été intéressant, justement dans une production du Klara Festival, l’événement majeur de la radio de service public flamande, de développer un peu ce thème-là ! Même en version de concert, l’opéra a quelque chose à nous dire de notre époque et voilà donc une opportunité manquée.</p>
<p>La conception globale présentée par <strong>Christophe Rousset</strong> semble privilégier l’action, au risque d&rsquo;une certaine nervosité, le déroulement du récit et le maintien de la tension dramatique sans trop consentir de répit à ses troupes. Il choisit des tempi très vifs, enchaîne les numéros les uns aux autres sans discontinuer, avec une grande efficacité, beaucoup d’énergie et un enthousiasme très communicatif. Les Talens Lyriques répondent à leur chef avec le même entrain et une qualité instrumentale sans faille : un continuo sans cesse sur le qui-vive, des cordes très précises, des vents pleins de couleurs, des trompettes guerrières et une timbalière (la désormais légendaire <strong>Marie-Ange Petit</strong>) pleine d’humour. Dans une grande homogénéité, tout ce petit monde concourt à une réussite musicale quasi parfaite.</p>
<p>Une des grandes forces de Christophe Rousset est aussi de réunir des distributions homogènes et de grande qualité. C’est le cas encore une fois ici, avec des chanteurs de très haut niveau pour chaque rôle important. Dominant ce casting de rêve, <strong>Karine Deshayes</strong> donne au très riche personnage de Médée, la maléfique figure centrale du livret, énormément de présence et de caractère&nbsp;; avec une voix puissante, souveraine, abordant tous les registres émotionnels, elle se joue de toutes les difficultés du rôle et impose sa présence comme une évidence. Pour lui donner la réplique, le Thésée de <strong>Mathias Vidal</strong> n’est pas en reste&nbsp;; déployant autant d’énergie vocale que corporelle, vocalement très solide avec une diction parfaite et un timbre très riche, il assume le rôle avec éclat et bravoure.</p>
<p>Troisième grande figure de la distribution, <strong>Deborah Cachet</strong>, qui chante le beau rôle d’Eglé ne démérite pas. Très émouvante dans son approche du personnage, subtile musicienne, elle dégage aussi beaucoup de sincérité. La voix est fort agréable, homogène dans tous les registres, avec un magnifique sens de la phrase musicale en parfaite adéquation avec le texte. <strong>Guilhem Worms</strong> qui chante Arcas possède lui aussi une voix magnifique, chaude et sensuelle, pleine de charme, même si le musicien est moins aguerri. Il livre une prestation convaincante, avec une pointe d’humour comme si il ne parvenait pas à prendre le livret tout à fait au sérieux. <strong>Marie Lys</strong> (Cléone) fait preuve d’une belle agilité vocale, de beaucoup de présence. Les autres protagonistes, <strong>Bénédicte Tauran</strong> en Minerve, <strong>Philipe Estèphe</strong> en Egée, <strong>Robert Gretchell</strong> en Bacchus ou <strong>Thaïs Raï</strong> en Dorine complètent la distribution avec honneur.</p>
<p>Enfin, il faut décerner une mention toute spéciale au <strong>Chœur de chambre de</strong> <strong>Namur</strong>, phalange tout à fait spécialisée dans ce type de répertoire, qui enchaîne les succès et séduit le public par le mordant de ses interventions, la flexibilité et la diversité de son discours, l’engagement de chacun de ses membres et le plaisir très communicatif qu’il prend à chanter cette superbe partition.</p>


<figure class="wp-block-image size-full is-resized"><img fetchpriority="high" decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/karine_deshayes_1.jpg" alt="Karine Deshayes (Elisabetta au ROF en 2021) © DR" class="wp-image-61865" width="904" height="1356" /><figcaption class="wp-element-caption">Karine Deshaye, Médée</figcaption></figure>
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