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	<title>Adrianne PIECZONKA - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Adrianne PIECZONKA - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>Adrianne Pieczonka : « Je suis tombée amoureuse des Lieder de Clara Schumann »</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Clément Taillia]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 03 Feb 2022 05:37:48 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Depuis plus de trente ans, la canadienne Adrianne Pieczonka prêté sa voix aux grandes héroïnes wagnériennes et straussiennes à travers le monde. Mais c’est dans un répertoire plus intimiste qu’elle consacre son dernier enregistrement : quelques mélodies de Clara Schumann, au milieu d’un album mettant également en miroir des symphonies de Robert Schumann et Johannes Brahms &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Depuis plus de trente ans, la canadienne Adrianne Pieczonka prêté sa voix aux grandes héroïnes wagnériennes et straussiennes à travers le monde. Mais c’est dans un répertoire plus intimiste qu’elle consacre son dernier enregistrement : quelques mélodies de Clara Schumann, au milieu d’un album mettant également en miroir des symphonies de Robert Schumann et Johannes Brahms (<a href="https://www.analekta.com/albums/naco-echos-lyriques/">Analekta</a>) par le Canada&rsquo;s National Arts Centre Orchestra, sous la direction d&rsquo;Alexander Shelley.</strong></p>
<hr />
<p><strong>Comment avez-vous découvert les Lieder de Clara Schumann ?</strong></p>
<p>J’ai un peu honte de l’avouer mais je n’avais jusqu’alors jamais chanté Clara Schumann, de toute ma carrière ! Il a fallu le projet de ce disque pour que je travaille un certain nombre de Lieder, et je suis très heureuse d’avoir eu l’occasion de les apprendre. J’en suis tombée vraiment amoureuse, et depuis je me demande : pourquoi ne pas les avoir connus ni interprétés plus tôt ? Il faut dire que ces Lieder restent méconnus. Quelques artistes, comme Anne-Sofie von Otter, les ont enregistrés, et on peut parfois entendre « Liebst du um Schönheit » en récital, mais tout le reste demeure relativement ignoré. Depuis quelques temps, il y a un vrai mouvement pour redécouvrir certaines compositrices, qu’il s’agisse de Clara Schumann, d’Alma Mahler ou de Fanny Mendelssohn, et c’est important pour moi d’y contribuer, même si les hommes peuvent aussi (et doivent !) chanter des Lieder de Clara Schumann. Je chante professionnellement depuis 33 ans maintenant, et j’ai donné régulièrement des récitals où je chantais Schubert, Brahms, Strauss, Robert Schumann. Ajouter ces mélodies à mon répertoire est une grande chance.</p>
<p><strong>Dans les Lieder de Clara Schumann, on peut retrouver la trace de Robert Schumann, notamment des <em>Dichterliebe, </em>ainsi que des influences de Schubert. Quelles sont, selon vous, les spécificités des Lieder de Clara Schumann ?</strong></p>
<p>D’après mes recherches et ce que j’ai appris en préparant cet enregistrement, Clara Schumann, qui était une des pianistes les plus renommées de son temps et avait une grande carrière, s’est ensuite dévouée en grande partie à sa famille et aux huit enfants qu’elle a eus avec Robert. De plus, lui a eu de graves problèmes de santé mentale qui ont nécessité beaucoup d’attention. A partir de son mariage, les moments où Clara Schumann composaient ont donc été plus rares : tard le soir une fois les enfants endormis, ou aux premières heures du matin. Et je trouve que cela s’entend : la plupart de ses Lieder sont plutôt courts et forment un univers intimiste, onirique, plutôt facile d’accès même si certaines mélodies, comme <em>Lorelei</em>, font entendre un langage plus complexe, avec un accompagnement très élaboré, qui nous rappelle quelle virtuose était Clara Schumann. Mais ils sont tous magnifiques, il s’en dégage une grande tendresse et un amour si profond pour Robert Schumann, qui était lui-même parfaitement conscient des sacrifices que son mariage avait exigés de la part de son épouse.</p>
<p><strong>L’album sur lequel figurent les mélodies de Clara Schumann que vous avez enregistrées met également à l’honneur des symphonies de Brahms et Robert Schumann. On sait que les liens entre ces trois artistes ont été très forts. Pensez-vous qu’ils se sont influencés mutuellement sur un plan musical ?</strong></p>
<p>On parle parfois d’un triangle entre Robert Schumann, Clara Schumann et Johannes Brahms. On sait que ces deux derniers se seraient beaucoup rapprochés après l’internement de Robert Schumann, sans pouvoir affirmer avec certitude qu’ils ont eu une liaison. Mais il semble clair que Brahms était amoureux de Clara, malgré toute l’admiration qu’il pouvait avoir pour Robert. Ces trois artistes étaient profondément connectés, à la fois sur un plan affectif, intellectuel et musical. De façon plus pratique, Clara a aussi aidé Robert en tant que compositeur et a participé à la révision de certaines de ses pièces pour piano. Leurs œuvres sont donc étroitement liées les unes aux autres, leurs langages sont très proches.</p>
<p><strong>Cet enregistrement sort dans un contexte où l’on redécouvre le travail de certaines compositrices, jusqu’alors trop souvent oubliées. Y a-t-il d’autres compositrices que vous souhaiteriez défendre ?</strong></p>
<p>Absolument ! Pas seulement en tant que femme, mais aussi en tant que musicienne, je vois qu’il y a tout un pan du répertoire qui reste à redécouvrir. Depuis quelques années, je dirige le département de chant du Royal Conservatory of Music de Toronto, également appelé Glenn Gould School, et suis chargée de sélectionner deux opéras chaque année pour que ma classe s’y produise. En octobre dernier, j’ai choisi un opéra magnifique de la compositrice serbo-canadienne Ana Sokolovic, <em>Svadba</em>, écrit pour six voix de femme, qui raconte l’histoire d’une jeune fille serbe à la veille de son mariage. C’est une œuvre superbe, très puissante et exigeante techniquement. Mes étudiantes étaient ravies de la travailler. Récemment, ma jeune compatriote Emily d’Angelo a consacré son premier disque chez Deutsche Grammophon à des compositrices contemporaines, ce qui est un choix extrêmement audacieux. Je suis vraiment admirative de cette jeune génération qui ose aller explorer des répertoires méconnus. Quand j’étais une jeune chanteuse, on me disait qu’il fallait commencer par chanter Robert Schumann, Johannes Brahms, les grands opéras, donc cet éclectisme me plaît beaucoup.</p>
<p><strong>Des formats vocaux amples, puissants, à l’aise dans les grands opéras romantiques, semblent parfois éloignés de l’image que l’on se fait du <em>Liedersänger. </em>Comment vous êtes-vous préparée pour cet enregistrement ?</strong></p>
<p>Oui, ces Lieder en particulier sont très délicats, leur écriture n’a rien à voir avec ce que l’on peut trouver chez Strauss ou Wagner. Je devais donc trouver une vocalité, une couleur qui fasse transparaître toute cette intimité. D’autant plus que la voix est complètement à nu dans ces pages. L’accompagnement y est plutôt discret, il n’y a pas de grand orchestre pour faire écran entre votre voix et la musique. J’ai donc beaucoup travaillé avec la pianiste <strong>Liz Upchurch</strong>, une grande amie, pour trouver des couleurs chaleureuses et donner toute leur éloquence à la partition et aux mots.</p>
<p><strong>Comment s’est passé l’enregistrement, dans le contexte de la Covid ?</strong></p>
<p>Nous avions prévu d’enregistrer ces Lieder en juin dernier, au Koerner Hall, une salle de Toronto magnifique. Il a malheureusement fallu y renoncer à cause de la pandémie. Un autre théâtre était envisageable mais ne convenait pas tout à fait pour des questions d’acoustique. Nous avons trouvé finalement une très belle salle, à quelques kilomètres au nord de Toronto, le George Weston Hall, qui a été pendant longtemps un lieu prestigieux, où de grands musiciens venaient se produire. Bien sûr, lors des sessions d’enregistrement, le nombre de techniciens était limité, la pianiste était masquée… cette situation est de toute façon extrêmement difficile pour l’ensemble des projets artistiques, et particulièrement stressante pour tous les artistes qui apprennent régulièrement que leurs engagements sont annulés, et qui doivent en chercher d’autres le plus vite possible.</p>
<p><strong>Comment avez-vous continué à gérer votre carrière dans ce contexte ?</strong></p>
<p>Je ressens beaucoup de joie et de gratitude quand je pense à la carrière que j’ai pu mener au cours des trente dernières années. Mais les périodes les plus intenses et les plus chargées de cette carrière sont désormais derrière moi. Au fond, c’est une chance d’en arriver à ce stade-là aujourd’hui, quand vous pensez à des artistes de 30 ou 35 ans, qui ont fait suffisamment mûrir leur voix et leur technique, qui sont prêts à se lancer, mais qui ne peuvent pas voyager ou qui voient leurs projets être annulés les uns après les autres. Je connais des jeunes chanteurs qui ont dû se réorienter, d’autres qui sont passés par des phases de dépression. De mon côté, je m’estime chanceuse : je n’ai pas été entravée par cette pandémie, ma famille se porte bien.</p>
<p> </p>
<p><strong>Vous en parliez tout à l’heure, vous vous consacrez en partie à l’enseignement. Que transmettez-vous à vos étudiants ?</strong></p>
<p>Il y a à Toronto des profils d’étudiants très variés. Certains arrivent à 17 ans, et doivent apprendre le B.A-BA du chant. Mais nous avons aussi des chanteurs confirmés, qui cherchent des conseils sur les rôles à travailler, la maturation de la voix, la préparation à des concours internationaux, des auditions, etc. Ce travail avec la Glenn Gould School est vraiment arrivé au bon moment pour moi. Un an après mon arrivée, la pandémie se déclenchait et mes engagements étaient annulés. Et aujourd’hui, alors que j’approche de la soixantaine, je vais espacer mes apparitions sur scène. L’enseignement est pour moi une évolution naturelle.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>STRAUSS, Elektra — Aix-en-Provence</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/elektra-streaming-aix-en-provence-on-se-leve-tous-pour-electre-streaming/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 03 Aug 2020 03:56:06 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>  A l&#8217;occasion de la rediffusion en streaming de Elektra au Festival d&#8217;Aix-en-Provence (visible jusqu&#8217;au 5 août 2020), nous vous proposons de retrouver ci-après le compte rendu de la représentation du 13 juillet 2013.  C&#8217;est debout,comme le soir de la première, que le public salue la deuxième représentation d&#8217;Elektra au Festival d&#8217;Aix-en-Provence. Passée l&#8217;émotion, desserrée l&#8217;étreinte &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<table align="center" border="0" cellpadding="0" cellspacing="15" summary="">
<tbody>
<tr>
<td> </td>
<td>
<p><strong style="font-size: 14px;text-align: justify">A l&rsquo;occasion de la rediffusion en streaming de <em>Elektra</em> au Festival d&rsquo;Aix-en-Provence (<a href="https://www.arte.tv/fr/videos/049231-000-A/elektra-par-patrice-chereau/">visible jusqu&rsquo;au 5 août 2020</a>), nous vous proposons de retrouver ci-après le compte rendu de la représentation du 13 juillet 2013. </strong></p>
<hr />
<p>C&rsquo;est debout,comme le soir de la première, que le public salue la deuxième représentation d&rsquo;<em>Elektra </em>au Festival d&rsquo;Aix-en-Provence. Passée l&rsquo;émotion, desserrée l&rsquo;étreinte qui, le spectacle durant, prend à la gorge, demeure le souvenir d&rsquo;un de ces miracles d&rsquo;opéra où interprétation musicale, vocale et théâtrale se rencontrent puis se confondent au même niveau d&rsquo;accomplissement.</p>
<p>					On se doutait que la tragédie de Sophocle décapée au Kärcher psychanalytique par Hofmannsthal inspirerait<strong> Patrice Chéreau</strong>, lui dont le travail n&rsquo;aime rien tant qu&rsquo;exacerber la violence des sentiments. Sa mise en scène, illustrative, reste fidèle à l&rsquo;esprit du livret plus qu&rsquo;elle ne lui obéit. En phase avec notre époque éprise de paradoxe, elle se plaît à ne rien cacher tout en suscitant l&rsquo;interrogation. Les assassinats de Clytemnestre puis d&rsquo;Egisthe ont lieu sous nos yeux. A la fin de l&rsquo;opéra, Elektra ne meurt pas, ou du moins ne semble pas mourir, mais reste assise, les yeux grands ouvertes, comme pétrifiée. De joie ? D&rsquo;horreur ? De douleur ? Peu importe. Ces quelques libertés prises avec un synopsis qui laisse peu de place à l&rsquo;implicite relèvent de l&rsquo;anecdote. L&rsquo;essentiel est ailleurs, dans l&rsquo;étude du geste réglé sur les mots et la musique jusqu&rsquo;à ne former qu&rsquo;un, dans la sculpture du mouvement qui fait du drame lyrique de Richard Strauss un vaste ballet mortifère. La force de ce travail tient à la manière dont il est entrepris, non pas indépendamment des interprètes mais en intégrant leur personnalité à la composition afin que rien ne semble artificiel.</p>
<p> </p>
<p>					<img fetchpriority="high" decoding="async" alt="" class="image-large" height="301" src="/sites/default/files/styles/large/public/elek3.jpg?itok=vTpDfbch" title="© IPTC P. Victor" width="400" /><br />
					© IPTC P. Victor</p>
<p>					Aurait-on pu envisager Clytemnestre séduisante si elle avait été confiée à une autre que <strong>Waltraud Meier</strong> ? La mezzo-soprano allemande lui prête sa beauté froide, sa silhouette élégante sanglée dans une robe noire et une voix dont l&rsquo;aigu encore tranchant contraste avec le grave moins évident, utilisé pour insinuer plutôt qu&rsquo;asséner, à l’opposé de ces reines au masque d&rsquo;épouvante que l&rsquo;on a coutume de distribuer dans le rôle. Aurait-on pu faire d&rsquo;Elektra cette furie adolescente sans une soprano de l&rsquo;envergure d&rsquo;<strong>Evelyn Herlitzius</strong> ? Possédée, la soprano allemande ne se contente pas d&rsquo;incarner la princesse avec la longueur et la puissance vocales inhumaines que requiert la partition. Elle l&rsquo;habite avec l&rsquo;opiniâtreté et l&rsquo;énergie qui caractérisent le personnage tandis que le chant supporte sans flancher les coups de boutoir d&rsquo;une écriture meurtrière. Moins investie scéniquement parce qu&rsquo;il est impossible de faire autant, <strong>Adrianne Pieczonka</strong>, l&rsquo;aigu inépuisable, épouse de la même façon, sans faillir, tous les contours vocaux de Chrysothemis. Seul face à ces trois mégères non apprivoisées, <strong>Mikhail Petrenko</strong> en Oreste tempère d&rsquo;un timbre de bronze les excès de ses partenaires, faisant de son duo avec Elektra un moment de répit salvateur.<br />
					Les seconds rôles ne déparent pas les premiers, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse des cinq servantes, de l&rsquo;Egisthe de <strong>Tom Randle </strong>ou des glorieux vétérans que sont <strong>Donald McIntyre</strong> et <strong>Franz Mazura</strong>, déjà à l&rsquo;affiche du <em>Ring</em> légendaire mis en scène par Patrice Chéreau à Bayreuth, et dont les noms tracent entre le passé et le présent comme un arc de triomphe.</p>
<p>					A la tête d&rsquo;un Orchestre de Paris transcendé,<strong> Esa-Pekka Salonen</strong> est l&rsquo;autre triomphateur de la représentation. A l&rsquo;instar de la mise en scène et des chanteurs, sa direction prend aux tripes, équilibrée, précise et, alors que l&rsquo;on pense avoir atteint les limites du maelström sonore, capable de pousser l&rsquo;intensité un cran plus loin, jusqu&rsquo;à nous laisser, à la fin de l&rsquo;opéra, pantelant et debout.</p>
<p><a href="https://www.arte.tv/fr/videos/049231-000-A/elektra-par-patrice-chereau/">Voir la vidéo</a>
</td>
<td> </td>
</tr>
</tbody>
</table>
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			</item>
		<item>
		<title>STRAUSS, Elektra — New York</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/elektra-streaming-new-york-etrange-sensations-streaming/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yannick Boussaert]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 21 Apr 2020 10:11:51 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/spectacle/etrange-sensations-streaming/</guid>

					<description><![CDATA[<p>A l&#8217;occasion de la rediffusion en streaming d&#8217;Elektra au Metropolitan Opera (visible jusqu&#8217;au 21 avril, 23h30), nous vous proposons de relire ci-après le compte rendu de la représentation du 14 avril 2016.  A propos d&#8217;Elektra dans la mise en scène de Patrice Chéreau, lire aussi les comptes rendus de : la première à Aix-en-Provence en &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/elektra-streaming-new-york-etrange-sensations-streaming/"> <span class="screen-reader-text">STRAUSS, Elektra — New York</span> Lire la suite »</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>A l&rsquo;occasion de <a href="https://metoperafree.brightcove.services/?videoId=6150398610001">la rediffusion en streaming d&rsquo;<em>Elektra </em>au Metropolitan Opera</a> (visible jusqu&rsquo;au 21 avril, 23h30), nous vous proposons de relire ci-après le compte rendu de la représentation du 14 avril 2016. </p>
<p>A propos d&rsquo;<em>Elektra</em> dans la mise en scène de Patrice Chéreau, lire aussi les comptes rendus de :</p>
<ul>
<li><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/on-se-leve-tous-pour-electre">la première à Aix-en-Provence en juillet 2013</a></li>
<li><a href="https://www.forumopera.com/elektra-berlin-patrice-chereau-toujours-vivant">la retransmission sur grand écran en direct de New York en mai 2016</a></li>
<li>l<a href="https://www.forumopera.com/elektra-berlin-patrice-chereau-toujours-vivant">a reprise à Berlin en octobre 2016</a></li>
</ul>
<hr />
<p>Etranges sensations pour le spectateur européen venu à New York pour voir ou revoir cette production uppercut d’<em>Elektra</em> du Festival d’Aix-en-Provence (<a href="http://www.forumopera.com/spectacle/on-se-leve-tous-pour-electre">lire le compte-rendu de Christophe Rizoud</a>). Une production devenue depuis le testament de <strong>Patrice Chéreau</strong>, et que, dans la longue liste des théâtres associés, le Metropolitan Opera accueille parmi les derniers. Dès le départ, Peter Gelb avait voulu que le rôle titre soit interprété par <strong>Nina Stemme</strong>, trop longtemps éloignée de la scène du Lincoln Center. Revenue à l’occasion d’un cycle de <em>Turandot </em>de répertoire en janvier, la voici tête d’affiche d’une nouvelle production qui échoit à <strong>Vincent Huguet</strong>. Une collaboration préparée de longue date <a href="http://www.forumopera.com/actu/nina-stemme-je-peux-etre-coriace">comme la soprano suédoise nous l’expliquait en avril 2015</a>. Autour d’elle, une grande partie de l’équipe artistique d’Aix a fait le voyage, à commencer par <strong>Adrianne Pieczonka </strong>(Chrysotemis) et <strong>Waltraud Meier</strong> (Klytämnestra).</p>
<p>Etranges sensations : à l&rsquo;instar d’Elektra qui cherche la présence de son père dans chacun des recoins et chacune des pierres de cette cours de Mycènes, on cherche le souvenir du choc, la stupeur des scènes, les épiphanies inouïes de ces moments de justesse profonde. La scène de la reconnaissance où les vieux serviteurs s’étreignent avant même que le frère et la sœur n’aient compris, le moment de tendresse maternelle avant qu’Elektra n’explose… Ils sont bien là dans leur majorité, mais ce que <strong>Vincent Huguet</strong> change va finalement à l’encontre de l’harmonie générale et l’idée force qui irriguait la vision de Chéreau de bout en bout. Ce ne sont que des détails, des gestes qui ne sont plus les mêmes, mais toute la magie de Chéreau était dans cette adéquation parfaite entre un moment musical, un moment dramatique et un interprète. Ainsi Elektra ne retire plus les bandelettes de la hache avec frénésie pendant que les violons grésillent le leitmotiv d’Oreste ; elle ne s’écorche plus les mains sur ces pierres pendant qu’elle appelle son père ; elle ne s’effondre plus impuissante devant sa mère mais la saisira d’abord à la gorge. En somme, le metteur en scène réintroduit des monstres, là où Chereau les avait bazardés sans ménagement.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/elektra_2654-s.jpg?itok=C1nv6Om4" title="© Marty Sohl/Metropolitan Opera" width="468" /><br />
	© Marty Sohl/Metropolitan Opera</p>
<p>Etranges sensations d’un rôle titre incarné à l’opposé de la proposition initiale. Torche vive, Evelyn Herlitizus compensait quelques lacunes vocales par une expressivité débridée, une couleur et des accents déchirants. <strong>Nina Stemme</strong>, <a href="http://www.forumopera.com/elektra-vienne-staatsoper-nun-denn-allein">déjà impériale à Vienne pour ses débuts</a> dans le rôle n’a pas ce problème (à l’exception ce soir d’un ut qui est émis péniblement). Peu aidée en Autriche par la mise en scène, elle s’investit dans cette proposition avec ce qui fait son charisme : une ligne et un souffle souverain, une puissance vocale. Son Elektra vit et émeut par les notes avant que l’on considère la présence scénique. L’actrice est là aussi à l’opposé de sa devancière : intériorisée, moins mobile, paradoxalement encore plus fragile. Mais si la danse triomphale n’est plus hystérique, la prostration finale d’un personnage vidé de sa substance par l’accomplissement de la vengeance reste la même. <strong>Adrianne Pieczonka</strong> réitère sa belle prestation d’Aix-en-Provence, même si un vibrato plus prononcé chahute la ligne vocale. <strong>Waltraud Meier</strong>, royale (mais est-il encore besoin de l’écrire) habite sa Klytämnestra de toute l’intelligence de ses moyens : les graves lui manquent toujours et peut-être encore davantage dans l’immensité du Met, mais l’instinct félin de l’allemande stupéfie toujours autant. Ce sont les hommes qui ont été renouvelés. Plus de clin d’œil au deux chanteurs mythiques de Chéreau à Bayreuth, les américains relèvent le gant. <strong>Kevin Short</strong> aussi charismatique que Franz Mazura en précepteur d’Oreste. Dans le rôle du frère, <strong>Eric Owens</strong> module son beau timbre des sentences sombres et inquiétants de son entrée, à l’urgence et la tendresse du duo avec Elektra. Aegisth trouve en <strong>Burkhard Ulrich</strong> un ténor à la couleur requise, doublé d’un bon acteur.</p>
<p>	Etranges sensations. L’orchestre du Metropolitan Opera se désunit à plusieurs reprises, alors que les cuivres multiplient les petits accidents. A l’exception d’une belle scène lyrique entre Elektra et Orest et d’une mort de Klytämnestra glaçante tant elle est fouettée par les attaques des violoncelles, <strong>Esa-Pekka Salonen</strong>, dans un geste pourtant proche de celui d’Aix, ne parvient ni à imprimer puissance et tension, refuse les crescendos dramatiques bien souvent, et précipite le final.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>WAGNER, Die Walküre — Madrid</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/la-walkyrie-madrid-dans-le-texte/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dominique Joucken]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 20 Feb 2020 23:57:03 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Dans sa Walkyrie présentée actuellement au Teatro Real de Madrid, Robert Carsen opère un choix qui pourrait sembler évident a priori mais qui relève ces temps-ci d’une optique révolutionnaire : raconter l’histoire des Wälsungen, de Wotan et de Brünnhilde telle que Wagner l’avait pensée. Ni plus ni moins. Oh certes, il y a bien quelques concessions à l’air du temps, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Dans sa <em>Walkyrie</em> présentée actuellement au Teatro Real de Madrid, <strong>Robert Carsen</strong> opère un choix qui pourrait sembler évident a priori mais qui relève ces temps-ci d’une optique révolutionnaire : raconter l’histoire des Wälsungen, de Wotan et de Brünnhilde telle que Wagner l’avait pensée. Ni plus ni moins. Oh certes, il y a bien quelques concessions à l’air du temps, l’une ou l’autre transposition : les hommes en armes du 1<sup>er</sup> acte, qui pourraient être n’importe quel groupe de mercenaires d’aujourd’hui, le Walhalla transformé en salon bourgeois, la jeep qui accueille les jumeaux amoureux, les costumes des héros emportés par les Walkyries. Mais ce ne sont là que des détails. La trame reste très fidèle aux intentions de Wagner, jusque dans ses didascalies, et la seule vraie liberté prise avec le livret est celle de transformer la lance de Wotan en une canne. Une belle trouvaille, quand on dénombre toutes les fois où le roi des dieux va déplorer son impuissance.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="326" src="/sites/default/files/styles/large/public/walkure_1989.jpg?itok=WqiQo6Fo" width="468" /><br />
	© Teatro Real</p>
<p>Pour le reste, Carsen s’attelle à nous raconter une histoire qui le touche, et il le fait avec talent. La façon dont la hutte de Hunding se transforme, par le simple fait de l’éclairage (bravo <strong>Manfred Voss</strong>!), en un havre d’amour et de lumière est estomaquante. La scène entre Wotan et Fricka, même transposée, garde toute sa force de désarroi, et l’aliénation progressive de Wotan y est rendue avec une sobriété qui en rehausse la vraisemblance. Adroitement, Carsen introduit ici un feu de cheminée, symbole d’un bonheur bourgeois et faux, qui entre en résonance avec le brasero où Siegmund tente de se réchauffer au I, et qui annonce le fantastique brasier du III. Acte III justement, dont on se gardera de trop dévoiler le contenu visuel, tant il surprend par sa richesse, son émotion et la précision de sa direction d ‘acteurs.<em> La Walkyrie</em> est rendue par Carsen à sa force de drame humain, à son message d’émotion pure, et c’est sans doute le plus beau compliment que l’on puisse adresser à un metteur en scène aujourd’hui.</p>
<p>En matière de chant, le bilan est plus inégal. <strong>Stuart Skelton</strong> commence très bien. Son ‘Wess Herd dies auch sei » lancé à pleine voix, d’une santé de fer, avec un format vocal qui est très exactement celui d’un Heldentenor, présage de grands bonheurs pour la suite. Hélas, alors que la plupart des chanteurs se « chauffent » au fil d’une représentation, lui semble se refroidir. La voix paraît de moins en moins maniable, de moins en moins puissante au fur et à mesure des divers récits, et elle n’a plus de format héroïque pour le duo avec Sieglinde, qu’on est en droit d’exiger enflammé. Les choses s’aggravent au II, où Skelton devient de moins en moins audible, pour finir presque aphone. Quant à son jeu d’acteur, aborder le sujet force à dire un mot du gabarit des chanteurs. On sait le sujet délicat, et objet de beaucoup de polémiques. Mais ici, l’embonpoint de l’Australien lui porte doublement préjudice. D’abord il n’est pas crédible en jeune guerrier qui enflamme le cœur de sa sœur. Ensuite il est tellement gêné par son propre poids qu’il ne peut plus, tout simplement plus, suivre les indications du metteur en scène pour rendre l’âpreté du récit. On soupçonne d’ailleurs qu’il y ait un lien entre l’excès pondéral du ténor et sa difficulté à tenir le rôle sur la longueur, surtout que la situation s’est aggravée depuis le Tristan donné au Met en 2017.</p>
<p>Sa Sieglinde ne connaît pas ces difficultés. <strong>Adrianne Pieczonka </strong>livre une prestation de premier ordre. Les puristes et autres archivistes du chant wagnérien trouveront des Sieglinde plus emportées, plus folles d’amour (Jessye Norman, Leonie Rysanek), mais peu de titulaires actuelles affrontent le rôle avec davantage d’honnêteté, et il faut reconnaître que le spectacle de sa détresse est à fendre le cœur. Le Hunding de <strong>René Pape</strong> reste fidèle à ses standards de qualité. Une basse bien sonore, un allemand parfaitement prononcé, un jeu au cordeau. La Fricka de <strong>Daniela Sindram</strong> fait forte impression sur le public madrilène lors de son entrée en grande bourgeoise méprisante, et le duo confirmera le charisme de la chanteuse. On regrettera juste quelques notes aigües un peu courtes, probablement par souci de « faire réaliste ». Très attendu, le Wotan de <strong>Tomasz Konieczny </strong>ne déçoit pas. Après avoir enregistré le rôle pour Marek Janowski, le baryton-basse polonais avance encore d ‘un degré dans l’appropriation du personnage. Chaque mot reçoit son pesant de signification, de chagrin, de dignité. Il n’est pas facile d’habiter toutes les phrases du monologue de l’acte II, dont certaines ressemblent à du Schopenhauer mal digéré. Konieczny y parvient, tendant un arc qui ne se relâche jamais, maintenant une couleur de voix constamment belle, gardant des réserves de puissance qui culmineront dans des Adieux d’anthologie. Un grand Wotan a chanté ce soir à Madrid, et on espère qu’il aura l’occasion d’immortaliser ses progrès dans un deuxième enregistrement de la Tétralogie.</p>
<p>Si le roi des dieux est remarquable, la vraie triomphatrice de la soirée est sa fille. En Brünnhilde, <strong>Ricarda Merbeth</strong> remporte tous les suffrages, et le public lui réserve un triomphe. Souvent décrite comme une honnête routière des scènes wagnériennes, la soprano brise ce plafond de verre que d’aucuns avaient voulu lui construire et démontre que, non seulement sa voix est d’une plasticité, d’une égalité admirable dans tous les registres, mais qu’elle peut aussi irradier de présence, même quand elle est seule, dans l’obscurité, au fond d’une scène immense : son « war es so schmahlich » est audible jusqu’aux derniers balcons, et donne le frisson. Elle ne cède rien face à son ogre de père, et ses dernières notes sont lancées avec une bravoure qui vrille les tympans. Confirmera-t-elle ce changement d’envergure dans Siegfried ? On l’espère …</p>
<p><strong>Pablo Heras-Casado </strong>a réfléchi longuement sur son Wagner. On le sent, on l’entend. Il a déjà sa conception de la Tétralogie, une conception faite de lenteur mais aussi de clarté. La référence qui vient le plus vite à l’esprit en l’écoutant est Bernard Haitink, lui aussi adepte d’un Wagner sérieux mais qui évitait toute lourdeur. Une telle lecture demande une phalange capable d’habiter les longueurs imposées par un chef qui aime prendre son temps, et qui colore les longues lignes que l’Espagnol dessine à mains nues. Le compte n’y est pas tout-à-fait avec l’<strong>Orchestre du Teatro Real</strong>. Malgré des individualités remarquables (les cuivres, les harpes !), il manque encore la profondeur des plans, la conscience des différentes strates que contient la musique de Wagner, bref, la verticalité, que peuvent mieux offrir les ensembles qui pratiquent Wagner de façon régulière depuis de nombreuses années. Rien d’indigne cependant, et la qualité globale de la prestation orchestrale contribue à faire de cette soirée wagnérienne une très belle réussite.</p>
<p> </p>
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		<title>Dialogues des Carmélites en direct du Met : poignant</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/dialogues-des-carmelites-en-direct-du-met-poignant/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christian Peter]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 12 May 2019 04:00:28 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Pour sa dernière retransmission de la saison dans les cinémas, le Metropolitan Opera a choisi la reprise de Dialogues des Carmélites de Poulenc dans la production que John Dexter avait signée en 1977 à l’occasion de la création de l’ouvrage in loco. Reconstituée par David Kneuss, cette production, sobre et austère, n’a rien perdu de &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour sa dernière retransmission de la saison dans les cinémas, le Metropolitan Opera a choisi la reprise de <em>Dialogues des Carmélites</em> de Poulenc dans la production que John Dexter avait signée en 1977 à l’occasion de la création de l’ouvrage <em>in loco</em>. Reconstituée par <strong>David Kneuss</strong>, cette production, sobre et austère, n’a rien perdu de sa force ni de son impact dramatique comme en témoigne le silence recueilli des spectateurs tout au long de la soirée. Le rideau se lève sur une image saisissante, le plateau est nu, au sol la lumière éclaire une plateforme cruciforme qui semble délimiter les contours de la nef et du transept d’une église, au milieu de laquelle sont couchées les Carmélites, face contre terre et bras écartés. Plus tard cette plateforme deviendra prison puis lieu du martyre des religieuses. Quelques éléments de décor, les barres d’une porte en métal, un autel, un lit, viennent suggérer les divers lieux où se déroule l’action. Dans ce cadre minimaliste, la direction d’acteurs, intelligente et évocatrice, ne laisse à aucun moment les protagonistes livrés à eux-mêmes.</p>
<p>La distribution réunie pour la circonstance est d’une grande homogénéité tant sur le plan vocal que scénique. Tous ont à cœur de soigner leur prononciation avec plus ou moins de bonheur, et si les hommes s’en tirent mieux que les femmes, le texte dans l’ensemble est à peu près intelligible.</p>
<p><strong>Jean-François Lapointe</strong> campe avec beaucoup de retenue un Marquis de la Force las et démuni face aux événements, tandis que <strong>David Portillo</strong> doté d’une voix claire aux aigus aériens interprète avec délicatesse un Chevalier particulièrement émouvant. On notera également l’excellent aumônier de <strong>Tony Stevenson</strong> et le Javelino bien chantant de <strong>Paul Corona</strong>.</p>
<p><strong>Karen Cargill </strong>incarne une Mère Marie stricte au chant stable et à la voix homogène.<strong> Erin Morley</strong> et <strong>Isabel Leonard</strong> retrouvent les personnages qu’elles avaient déjà abordés sur cette scène en 2013. La première campe une sœur Constance au timbre lumineux, d’abord enjouée et insouciante puis touchante dans sa candeur. La seconde, dotée d’une voix plus sombre, propose une Blanche de la Force à la fois fragile et déterminée. Si la mezzo-soprano fait preuve d’un certain détachement en début de soirée son interprétation devient de plus en plus bouleversante à partir de la mort de la première Prieure jusqu’au dénouement. <strong>Karita Mattila</strong> trouve en Madame de Croissy un rôle à la mesure de son talent. Impressionnante d’autorité dès sa première apparition, son agonie terrifiante marquera longtemps les mémoires. Se tordant de douleur sur son lit, la soprano finlandaise émet des sons d’une raucité glaçante avant de rendre l’âme. A l’opposé, la nouvelle Prieure d’<strong>Adrianne Pieczonca</strong> se montre apaisante et attentionnée avec les sœurs, son chant, d’une irréprochable musicalité fait merveille dans la scène de la prison où son legato fluide  et la solidité de sa voix traduisent la force intérieure du personnage face à la mort. On lui pardonnera un ou deux aigus quelque peu stridents au dernier tableau.</p>
<p>Grand maître d’œuvre de la soirée,<strong> Yannick Nézet-Séguin</strong> propose une direction élégante et nuancée, ses tempi rapides font progresser de façon inexorable le drame jusqu’à son inéluctable dénouement. Au cinéma, la prise de son met en valeur la richesse et la puissance de l’orchestre au détriment parfois des voix.</p>
<p>Le 12 octobre prochain, c’est <em>Turandot</em> qui ouvrira <a href="https://www.forumopera.com/breve/le-met-vous-donne-toujours-rendez-vous-au-cinema-en-2019-20">la nouvelle saison des retransmissions du Metropolitan Opera</a> dans les cinémas du réseau Pathé Live.</p>
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		<title>VAN BEETHOVEN, Fidelio — Paris (TCE)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/fidelio-paris-tce-fidelio-a-lui-meme/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Taillia]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 06 Oct 2018 09:34:01 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>A Berlin, à Munich, à Hambourg, sans parler de Vienne, ville de sa création, Fidelio fait partie de ces oeuvres que les théâtres de répertoire se plaisent à programmer chaque saison, le plus souvent dans des productions qui ont connu Karl Böhm. A Paris, l&#8217;unique opéra de Beethoven n&#8217;a jamais connu le même succès, et doit se &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="rtejustify">A Berlin, à Munich, à Hambourg, sans parler de Vienne, ville de sa création, <em>Fidelio </em>fait partie de ces oeuvres que les théâtres de répertoire se plaisent à programmer chaque saison, le plus souvent dans des productions qui ont connu Karl Böhm. A Paris, l&rsquo;unique opéra de Beethoven n&rsquo;a jamais connu le même succès, et doit se contenter de versions de concert plus souvent que de spectacles mis en scène. Mais il peut compter, à la faveur de quelques tournées de passage, sur des interprétations revigorantes, même si elles ne sont pas toujours fondamentalement nouvelles. Quelques années après Jeremie Rhorer et son Cercle de l&rsquo;Harmonie, le Théâtre des Champs-Elysées a appelé, en ce début de saison, <strong>Giovanni Antonini</strong> et le Kammerorchester Basel pour une lecture tout ce qu&rsquo;il y a de plus orthodoxe dans la veine « historically informed » : une ouverture entamée tambour battant, des cordes à la rudesse encore soulignée par l&rsquo;acoustique à la pointe sèche des lieux, des accélérations rageuses et des pauses alanguies. L&rsquo;œuvre ne sort pas trop amochée de ce traitement. Sous cette baguette, les personnages, dans lesquels on trouve si souvent les prolégomènes des héros de Weber, voire de Wagner, chantent des airs que l&rsquo;on croirait issus d&rsquo;une partition cousine de <em>l&rsquo;Enlèvement au Sérail. </em>Pourquoi pas ? Seulement, les moyens manquent pour rendre tout ce travail pleinement convaincant. On guette l’équilibre, on cherche la cohésion, on attend, souvent en vain, un peu de respiration entre ces mesures qui s’entrechoquent avec l’arbitraire d’une poignée de cailloux jetés contre des vitres. On soupire aussi, en imaginant des tempi qui ne prendraient pas de court la Marzelline de Regula Mühlemann ou des cors naturels qui n’iraient pas gâcher son « Abscheulicher ! » à Adrianne Pieczonka.</p>
<p class="rtejustify">Car les chanteurs, non contents de ne pas démériter, réservent ce soir un lot de bonnes surprises. Ce sont des seconds rôles impeccables, pour chanter comme pour jouer, malgré l’absence de mise en scène. C’est un fameux Pizarro de jadis, <strong>Albert Dohmen</strong>, qui se coule avec naturel dans la peau de Rocco, sans rapetisser sa stature naturelle de Wotan, de Holländer. C’est, en Pizarro justement, un <strong>Sebastian Holecek </strong>idéal, hargneux sans perdre le la, terrifiant sans abdiquer la petite dose de ridicule qui annonce, au théâtre, les méchants destinés à l’échec. C’est une<strong> Regula Mühlemann</strong> dont le charme et la sensualité sortent Marzelline de l’ornière des seconds rôles. C’est, en Florestan, la prestation attendue de <strong>Michael Spyres</strong>, qui ne décevra pas : dès ses premières mesures, le ténor confirme qu’il peut tout chanter, y compris cet air réputé inchantable. La jeunesse insolente du timbre, la vigueur de l&rsquo;émission sont assurément d’un héros bien solide, et même étonnamment frais, étant entendu qu’il vient de passer deux ans accroupi au fond d’un cachot humide. Plus idoine de style est <strong>Adrianne Pieczonka</strong>, qui a assez chanté Leonore pour en connaître et en négocier toutes les chausse-trappes, quitte à écourter certain aigu. La chair inentamée de cette voix si chaleureuse, l’humanité qu’elle dégage, simple et résolue, l&rsquo;intelligence avec laquelle elle s&rsquo;appuie sur une merveilleuse diction, nous font cependant une héroïne bien peu routinière. Tout au contraire : ainsi chantée, Leonore est si rare !</p>
<p class="rtejustify">Rares aussi sont les instant que nous offrent les splendides <strong>Basler Madrigalisten</strong>. « O welche Lust » au I est un instant d’éternité, le final du II est bien ce prélude à l’Hymne à la joie qui donne des fourmis dans les jambes et achève d’enthousiasmer le public. Ce soir, de tels moments de grâce ont certes été comptés ; leur intermittence démontre la puissance de ce chef-d’œuvre absolu qu’est <em>Fidelio </em>– et en dépit de tout : son livret, ses dialogues parlés, ses incohérences, sa naïveté même. De quoi mériter un prochain retour sur scène à Paris ?  </p>
<p> </p>
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		<title>Une Tosca chasse l&#8217;autre au cinéma</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/une-tosca-chasse-lautre-au-cinema/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 07 Feb 2018 05:56:37 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Ce début d’année 2018 est décidément fertile en retransmissions pucciniennes puisque, à peine plus d’une semaine après la Tosca du Met diffusée fin janvier dans les cinémas, voici que le Royal Opera House y va de sa propre Tosca sur grand écran ce soir à 20h15, en direct dans toutes les salles obscures partenaires de &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Ce début d’année 2018 est décidément fertile en retransmissions pucciniennes puisque, à peine plus d’une semaine après la <em>Tosca</em> du Met <a href="https://www.forumopera.com/breve/tosca-a-new-york-une-production-traditionnelle-qui-en-jette">diffusée fin janvier dans les cinémas</a>, voici que le Royal Opera House y va de sa propre <em>Tosca</em> sur grand écran ce soir à 20h15, en direct dans toutes les salles obscures partenaires de l’opération. Si New York proposait <a href="/tosca-new-york-a-marquer-dans-les-annales">une nouvelle production</a>, signée David McVicar, et une prise de rôle (Sonya Yoncheva), Covent Garden se contente plus modestement de reprendre un spectacle créé il y a quelques années, d’aspect tout aussi classique et monumental, avec aussi une prise de rôle : <strong style="font-size: 14px">Gerald Finley</strong> chante son premier Scarpia à cette occasion. Le rôle-titre est tenu par la Canadienne <strong>Adrianne Pieczonka</strong>, qui l’a déjà interprété à Vienne et à Berlin notamment, tandis que le premier Cavaradossi de <strong>Joseph Calleja</strong> ne date que de l&rsquo;été dernier.</p>
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		<title>Paris, Barcelone, Vienne : encore des changements de distribution</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/paris-barcelone-vienne-encore-des-changements-de-distribution/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 27 Jan 2017 06:06:58 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>L’hiver continue de sévir, sur les scènes lyriques notamment. Certaines productions sont plus frappées que d’autres. Lohengrin à Paris, par exemple. Si Jonas Kaufmann tient bon pour le moment, ses partenaires sont moins vaillants. Wolfgang Koch cède une nouvelle fois sa place à Tomasz Konieczny pour les deux prochaines représentations (27 et 30 janvier). Déjà &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>L’hiver continue de sévir, sur les scènes lyriques notamment. Certaines productions sont plus frappées que d’autres. <em>Lohengrin</em> à Paris, par exemple. Si <strong>Jonas Kaufmann</strong> tient bon pour le moment, ses partenaires sont moins vaillants. <strong>Wolfgang Koch</strong> cède une nouvelle fois sa place à <strong>Tomasz Konieczny</strong> pour les deux prochaines représentations (27 et 30 janvier). Déjà souffrante le 24 janvier, <strong>Martina Serafin</strong> sera encore remplacée ce soir, 27 janvier, par <strong>Edith Haller</strong>. <em>Werther</em> à Barcelone a aussi joué de malchance. Après <strong>José Bros</strong> (auquel<strong> Arturo Chacón Cruz* </strong>s’est substitué les 17 et 19 janvier), c’est <strong>Nora Gubisch</strong> qui a déclaré forfait le 24 janvier, permettant à <strong>Carol Garcia</strong> de faire ses débuts au Liceu. Les prochaines représentations de <em>Tosca </em>à Vienne prévues avec <strong>Adrianne Pieczonka</strong> et <strong>Thomas Hampson</strong> se feront sans l’une et l’autre. Le baryton vient d’annoncer sur sa page Facebook qu’une bronchite persistante l’obligeait à renoncer à Scarpia et un communiqué de presse nous apprenait il y a deux jours que la chanteuse canadienne cédait le rôle de Tosca à <strong>Sae-Kyung Rim</strong>, découverte en 2015 par le Wiener Staastoper dans <em>Madama Butterfly</em>.</p>
<p>* Arturo Chacón Cruz a aussi remplacé<strong> Jean-François Borras</strong> dans <a href="/manon-monte-carlo-pleurez-manon"><em>Manon</em> à Monte-Carlo le 22 janvier dernier</a></p>
<blockquote class="twitter-tweet" data-lang="fr">
<p dir="ltr" lang="und" xml:lang="und"><a href="https://twitter.com/hashtag/Lohengrin?src=hash">#Lohengrin</a> <a href="https://twitter.com/hashtag/cast?src=hash">#cast</a> <a href="https://twitter.com/hashtag/Telramund?src=hash">#Telramund</a><br />
		Tomasz Konieczny remplacera Wolfgang Koch, souffrant, pour les représentations du 27 et 30 janvier 2017.</p>
<p>	— Opéra de Paris (@operadeparis) <a href="https://twitter.com/operadeparis/status/824651269902139394">26 janvier 2017</a></p>
</blockquote>
<blockquote class="twitter-tweet" data-lang="fr">
<p dir="ltr" lang="fr" xml:lang="fr"><a href="https://twitter.com/hashtag/Lohengrin?src=hash">#Lohengrin</a><br />
		Martina Serafin, souffrante, ne pourra assurer la représentation du 27 janv. : le rôle d’Elsa sera interprété par Edith Haller.</p>
<p>	— Opéra de Paris (@operadeparis) <a href="https://twitter.com/operadeparis/status/824642309899882496">26 janvier 2017</a></p>
</blockquote>
<blockquote class="twitter-tweet" data-lang="fr">
<p dir="ltr" lang="en" xml:lang="en">.<a href="https://twitter.com/cgarciamezzo">@cgarciamezzo</a> will sing the role of Charlotte in tonight&rsquo;s Werther performance at the Liceu replacing Nora Gubisch. <a href="https://twitter.com/hashtag/castchange?src=hash">#castchange</a> <a href="https://t.co/WJH6kZbzbC">pic.twitter.com/WJH6kZbzbC</a></p>
<p>	— Gran Teatre Liceu (@Liceu_cat) <a href="https://twitter.com/Liceu_cat/status/823928303505600512">24 janvier 2017</a></p>
</blockquote>
<blockquote class="twitter-tweet" data-lang="fr">
<p dir="ltr" lang="en" xml:lang="en">It is with true regret that I must cancel Tosca in Vienna next week. This bronchitis will not go away completely… <a href="https://t.co/us1a415MnO">https://t.co/us1a415MnO</a></p>
<p>	— Thomas Hampson (@thomashampson) <a href="https://twitter.com/thomashampson/status/824816367157248001">27 janvier 2017</a></p>
</blockquote>
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		<item>
		<title>STRAUSS, Elektra — Berlin</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/elektra-berlin-patrice-chereau-toujours-vivant/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Taillia]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 29 Oct 2016 09:23:37 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/spectacle/patrice-chreau-toujours-vivant/</guid>

					<description><![CDATA[<p>Aix-en-Provence il y a trois ans, Milan et New-York un peu plus tard, Berlin aujourd’hui, demain Barcelone : l’Elektra de Richard Strauss selon Patrice Chéreau tourne comme peu de spectacles le font. Yannick Boussaert avait dit, au printemps dernier, ce que l’immensité du Metropolitan Opera lui faisait perdre en puissance et en acuité. Mais le Schillertheater, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="rtejustify"><a href="http://www.forumopera.com/spectacle/on-se-leve-tous-pour-electre">Aix-en-Provence il y a trois ans</a>, Milan et New-York un peu plus tard, Berlin aujourd’hui, demain Barcelone : l’<em>Elektra </em>de Richard Strauss selon <strong>Patrice Chéreau</strong> tourne comme peu de spectacles le font. <a href="http://www.forumopera.com/elektra-new-york-etranges-sensations">Yannick Boussaert avait dit, au printemps dernier</a>, ce que l’immensité du Metropolitan Opera lui faisait perdre en puissance et en acuité. Mais le Schillertheater, où la Staatsoper de Berlin continuera de jouer ses productions encore un an, n’est pas immense : dix-sept rangs à l’orchestre, neuf au balcon, et presque que des fauteuils de face qui ne laissent rien passer de l’action. Et quelle action ! Rappeler que Chéreau a livré, avec ce qui fut sa dernière mise en scène, l’une de ses plus émouvantes réalisations ne surprendra plus personne. Ce qui surprend encore, c’est l’émotion intacte qui secoue invariablement la salle, face à des images qui appartiennent désormais à l’Histoire et inhiberont ou inspireront sans doute des générations de successeurs : comment pourra-t-on montrer les retrouvailles d’Electre et d’Oreste autrement qu’ainsi, avec en arrière-scène les longues accolades des servants qui se reconnaissent, la bouche bée ? Comment vouloir dorénavant d’une Chrysothemis ingénue et d’une Clytemnestre vociférante ? Comment, après cela, imaginer faire débuter la confrontation entre la mère et la fille sans ce long premier regard, plein de crainte et d’amertume ? Là est le secret de cette <em>Elektra </em>: s’imposer avec évidence par la fluidité des enchaînements, le naturel de la direction d’acteur, l’authenticité de personnages qui font résonner chaque mot de Hofmannsthal, la beauté un peu énigmatique du décor de <strong>Richard Peduzzi </strong>et des éclairages de <strong>Dominique Bruguière</strong>. Rien que le texte et la musique, et raconter une histoire.</p>
<p class="rtejustify">Cette histoire-là, personne ne peut sans doute l’incarner mieux qu’<strong>Evelyn Herlitzius</strong>. Sans minimiser le talent de la grande Nina Stemme, reconnaissons : l’Electre de Chéreau, c’est Herlitzius, ses trépignements d’adolescente grandie trop vite, ses danses extatiques, et jusqu’à sa voix, assez claire pour paraître juvénile encore, mais bien assez solide pour assumer sans trébucher la terrifiante partition de Richard Strauss, ses terrifiantes colères comme ses tendresses, son abandon (les retrouvailles avec Oreste), parfois sa presque <em>vis comica</em> (le bref duo avec Egisthe). Face à elle, <strong>Adrianne Pieczonka</strong>, on le sait, ne fait pas l’oie blanche : de son timbre sombre gorgé d’harmoniques, elle esquisse dès son entrée une Chrysothemis cherchant l’ivresse de la sensualité où sa sœur préfère les vertiges de la vengeance, une Chrysothemis déjà femme. Et <strong>Waltraud Meier</strong> est, elle, une Clytemnestre femme encore, plus qu’un vampire spasmophile, une femme digne et outragée qui émeut plus qu’elle terrifie ; on sait combien son art du phrasé, son éloquence distancée, sa technique aussi, qui lui permet d’apprivoiser une tessiture qui n’est plus naturellement sienne, renforcent cette conception, marquante assurément.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/elektrachereau3.jpg?itok=bdOK_MWW" title="© Bernd Uhlig" width="468" /><br />
	© Bernd Uhlig</p>
<p class="rtejustify">Face à un trio féminin aussi soudé qu’oppressant – pour le meilleur et pour le pire : une famille – il faut que les autres chanteurs soient solides pour n’être pas résiduels. C’est le cas, et de quelle manière, avec le splendide Oreste de <strong>Michael Volle</strong>, qui a tout à la fois l’expressivité d’un Liedersänger, la sensibilité d’un Hans Sachs, la résignation ombrageuse d’un <em>Hollandais volant…</em> C’est le cas encore avec <strong>Stephan Rügamer</strong>, Egisthe sans afféteries. C’est le cas enfin, avec une constellation de luxueux et bouleversants seconds rôles, figures bien connues qui ne sont certes pas étrangères aux résonnances familières du spectacle : <strong>Franz Mazura</strong>, immense, impérieux, <strong>Donald McIntyre</strong>, fragile et émouvant, un extraordinaire plateau de servantes et de suivantes, d’où émergent les voix d’<strong>Anna Samuil</strong> et de <strong>Marina Prudenskaya</strong>, la présence irremplaçable de <strong>Roberta Alexander</strong>, le timbre immédiatement reconnaissable de <strong>Cheryl Studer</strong>.</p>
<p class="rtejustify">Pour la première fois, Esa-Pekka Salonen n’est pas dans la fosse lors d’une représentation de l’<em>Elektra </em>de Chéreau. Sa direction, à la fois tendue et souple, rendait justice à Strauss qui voulait que l’œuvre fût jouée comme « de la musique de fée ». A la tête de l’opulente Staatskapelle de Berlin, <strong>Daniel Barenboïm</strong> ne craint pas de plonger avec délices dans l’exploration des moindres détails de la partition, mais ne s’éloigne pas pour autant du théâtre. La baguette de ce vieux complice de Patrice Chéreau agit, au contraire, comme le baromètre de ce qui se déroule sur scène, accentuant ou atténuant à l’envi un solo, modulant les rythmes, sculptant les phrases sans jamais cesser de prendre soin de ses chanteurs.</p>
<p class="rtejustify">Et à l’issue d’un moment de musique et de théâtre sans temps mort, sans compromis, sans fulgurances artificielles et sans facilité, d’un moment de musique et de théâtre dont pas une minute n’est volée à l’œuvre ni à ses auteurs, que le public, comme un seul homme, se lève et fait un triomphe aux artistes. Peut-être pour dire qu’il faut faire tourner pour longtemps encore l’<em>Elektra </em>de Patrice Chéreau. </p>
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		<title>Beethoven &#8211; Fidelio</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/beethoven-fidelio-cris-et-chuchotements/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Sonia Hossein-Pour]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 29 Jul 2016 21:55:06 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Habitué du festival de Salzbourg où il a déjà monté plusieurs spectacles tels que la trilogie Mozart/Da Ponte à la fin des années 2000, le metteur en scène allemand Claus Guth y est revenu en 2015 avec Fidelio, l’unique opéra maintes fois remanié de Beethoven. Cherchant à en percer les mystères à la manière d’une &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="rtejustify">Habitué du festival de Salzbourg où il a déjà monté plusieurs spectacles tels que la trilogie Mozart/Da Ponte à la fin des années 2000, le metteur en scène allemand <strong style="line-height: 1.5;">Claus Guth</strong> y est revenu en 2015 avec <em style="line-height: 1.5;">Fidelio</em>, l’unique opéra maintes fois remanié de Beethoven. Cherchant à en percer les mystères à la manière d’une exégèse psychanalytique, il montre une nouvelle fois que le théâtre et l’opéra sont pour lui des lieux de recherche, d’une inépuisable et nécessaire expérimentation. </p>
<p class="rtejustify">Toute l’action se produit ici dans un lieu unique, presque sans décor, si ce n’est ce grand bloc noir et lisse autour duquel gravitent les personnages de cette histoire d’amour singulière. Fidelio est ici accompagné(e) de son double féminin – selon un procédé déjà employé par le metteur en scène –, lequel s’exprime en langage des signes, quand les autres personnages voient leurs ombres projetées contre les murs blancs qui enceignent l’espace. Dans ce « Je est un autre » rimbaldien, Guth cherche à sonder et à exhiber la dualité intérieure des personnages : là où l’ambivalence est de prime abord sexuelle, il s’agit d’en révéler cette fois-ci la dimension psychologique. Pour la souligner, des bribes de sons et de chuchotements se font entendre entre deux scènes, simulant les méandres de l’inconscient. L’espace scénique est ainsi le lieu privilégié de leurs pérégrinations mentales, mais Guth ne cherche pas à en faire surgir une quelconque vérité. Ces bruits, cette langue des signes, rien ou presque n’en est intelligible ; simplement, il veut montrer que ce trouble intérieur existe. La fin de l’opéra, où, après de glorieuses retrouvailles, Florestan s’écroule (de fatigue ? de maladie ?) relate ici encore cette extrême ambivalence.</p>
<p class="rtejustify">Pour intéressante que soit cette proposition scénique, il n’en reste pas moins qu’elle montre ses limites d’un point de vue théâtral, et le risque demeure que ces intermèdes sonores réguliers disloquent l’œuvre au détriment de sa cohérence et de son unité. Malgré une direction d’acteurs satisfaisante, certains personnages donnent l’impression d’être livrés à eux-mêmes : ainsi du Florestan de <strong style="line-height: 1.5;">Jonas Kaufmann</strong> qui n’est pas loin de sur-jouer, dans ses hasardeux va-et-vient le long du <em style="line-height: 1.5;">proscenium</em>, au moment de son air d’entrée « Gott ! Welch’ dunkeln hier ». Et l’émotion s’en ressent, même si, vocalement, ce rôle maintes fois interprété par le ténor allemand est d’une incontestable maîtrise. Alors que Christa Ludwig trône sur l&rsquo;autel sacré de nos interprétations de prédilection, <strong style="line-height: 1.5;">Adrienne Pieczonka</strong> apparaît comme un Fidelio extrêmement charismatique, plein d’une vénérable dignité et souveraine dans la longueur de la tessiture. Sans doute est-elle trop hommasse toutefois, si bien que les deux entités du couple se marient fort peu, et le parti-pris de la mise en scène achève par ailleurs d’ôter tout sentimentalisme qui aurait donné un tant soit peu de chaleur entre eux, comme si l’on ne gardait de romantique que l’intention. Malgré la sobriété de la mise en scène, le duo Marzelline/Jaquino demeure subtilement dans le ton farcesque du <em style="line-height: 1.5;">singspiel</em>. <strong style="line-height: 1.5;">Olga Bezsmertna</strong> n’a pas le timbre ni le vibrato des plus séduisants mais elle fait une Marzelline tout à fait convaincante, et dans les yeux de qui luit sournoisement un brin de charme et de malice. Dans la même veine, Jaquino, son soupirant, est excellemment interprété par <strong style="line-height: 1.5;">Norbert Ernst</strong>. Belle profondeur de voix pour le Rocco de <strong style="line-height: 1.5;">Hans-Peter König</strong> ainsi que le Don Fernando de <strong style="line-height: 1.5;">Sebastien Holecek</strong>. Le Don Pizarro de <strong style="line-height: 1.5;">Tomasz Konieczny</strong> n’a enfin rien perdu ici de sa méchanceté originelle et consubstantielle, affublé comme l’un de ces hackers du <em style="line-height: 1.5;">Matrix</em> des frère et sœur Lachowski.</p>
<p class="rtejustify">Sous la direction de <strong style="font-size: 14px; line-height: 21px; text-align: justify;">Franz Welser-Möst</strong>, les <strong>Wiener Philharmoniker</strong> et <strong>Staatsopernchor</strong> feraient aisément oublier l’indigence orchestrale de la partition beethovénienne décriée par certains, tant leur sonorité symphonique, pléthorique, inonde l’espace avec faste, comblant d’un fabuleux décor sonore les vides persistants de la scénographie.</p>
<p class="rtejustify">On regrettera l’absence de bonus ainsi qu’un livret peu disert et sans aucune mise en perspective du projet  du metteur en scène. Mais on louera la réalisation de <strong>Michael Beyer</strong>, élégante, inventive, avec ce qu’il faut d’équilibre entre plans rapprochés et généraux, et qui fait pourtant défaut dans la plupart des captations.</p>
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