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	<title>Julien PRÉGARDIEN - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Julien PRÉGARDIEN - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>Bach : Matthaüs-Passion par Raphaël Pichon et Pygmalion</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 15 Apr 2022 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Il y a quelques jours Yvan Beuvard rappelait ici-même que 300 enregistrements de la Saint-Matthieu ont été recensés en un siècle…Voici la pierre que Pygmalion ajoute à l’édifice, pierre superbement ciselée. Et enregistrement longuement mûri. C’est en 2016 que Raphaël Pichon dirigea pour la première fois cette Passion, manière alors de célébrer les dix ans &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Il y a quelques jours Yvan Beuvard rappelait ici-même que 300 enregistrements de la Saint-Matthieu ont été recensés en un siècle…Voici la pierre que <strong>Pygmalion</strong> ajoute à l’édifice, pierre superbement ciselée. Et enregistrement longuement mûri. C’est en 2016 que <strong>Raphaël Pichon</strong> dirigea pour la première fois cette Passion, manière alors de célébrer les dix ans de son ensemble. Redonnée à plusieurs reprises, filmée avec la même équipe à la Chapelle royale de Versailles et en l’église de la Madeleine d&rsquo;Aix-en-Provence, la voici en version de studio.</p>
<p>La grande qualité de la lecture de Raphaël Pichon est sa clarté. Il y a quelque chose de pédagogique dans sa démarche, et d’ailleurs il a tenu à ce que le livret de cet enregistrement marque bien les différents épisodes de la <em>Passion selon Saint-Matthieu</em> : la préparation de la Passion, l’acte du jardin, l’acte des grands prêtres, l’acte de Pilate, l’acte de la Croix, l’Ensevelissement. L’emploi du mot acte est un peu trompeur, il pourrait faire croire qu’il s’agit d’un opéra. Or c’est d’une expérience spirituelle qu’il s’agit : d’éprouver, de revivre le chemin d’épreuves subi par le Christ, et de s’ouvrir à un espace autre, ineffable, hors du monde, hors du temps.</p>
<p><img fetchpriority="high" decoding="async" alt="" class="image-large" height="351" src="/sites/default/files/styles/large/public/612664395a40232133447d33247d383635303236.jpg?itok=ksKQLEzJ" title="St Thomas, Leipzig © D.R." width="468" /><br />
	St Thomas, Leipzig © D.R.</p>
<p><strong>Du sur-mesure pour Saint-Thomas</strong></p>
<p>On le sait, Bach, pour sa grande Passion à deux chœurs, avait mis à profit les deux orgues se faisant face à St-Thomas de Leipzig : un grand orgue sur la tribune ouest et, sur la clôture de l’arc triomphal séparant le chœur de la nef, un orgue plus petit, juché sur une tribune dite « en nid d’hirondelle ».<br />
	Sur chacune de ces tribunes, Bach avait placé un ensemble choral. Pour des raisons de place disponible, le chœur principal était deux fois plus important, semble-t-il, que le chœur secondaire. Les différents solistes intervenant dans le récit étaient des membres de chacun des deux ensembles. A l’exception de l’Evangéliste et peut-être du Christ. Sur la tribune principale étaient les continuistes puisque c’est de là qu’était proféré le récit. Mais il s’en trouvait sans doute aussi sur la tribune en « nid d’hirondelle ». Vingt-huit mètres séparaient ces deux tribunes, d’où de possibles décalages.<br />
	De tout cela, on peut déduire différentes choses : d’abord que les effectifs étaient sans doute peu nombreux, tant pour les choristes que les instrumentistes ; ensuite que les auditeurs, plutôt tournés vers la tribune principale, entendaient venir « dans leur dos » les interventions de la tribune secondaire, mais que pour les ensembles notamment les chorals, ils étaient immergés dans le son.</p>
<p><strong>Géographie sonore</strong></p>
<p>L’autre conséquence, au-delà de ces considérations historico-géographiques, c’est que Bach assigna des rôles différents à chacun des groupes de chanteurs et instrumentistes. Et il suffit de prendre pour exemple le chœur d’entrée, tellement complexe dans sa structure : après la noble introduction instrumentale venue des deux endroits, l’ensemble des choristes chante « Venez, mes filles, joignez-vous à mes plaintes, Voyez… ». « Qui ? », demande le chœur secondaire, « Le fiancé… comme un agneau », répond le chœur principal, et ainsi de suite…<br />
	A cela s’ajoute un chœur <em>di ripieno</em> (de complément), une quinzaine de voix féminines (parfois de jeunes garçons) qui ne sert qu’en deux moments de la partition, et qui entonne un choral « Ô innocent Agneau de Dieu, sacrifié sur le bois de la croix… », se terminant, chose inouïe sur un rayonnant accord de <em>mi </em>majeur.</p>
<p>Structure pas facile à expliquer (et pas facile non plus à rendre perceptible dans un enregistrement), mais qui montre le dessein en somme didactique de Bach : il s’agit de faire le récit de la Passion, en citant le Christ et certains des intervenants, comme le font les Evangiles ; d’y insérer la réaction humaine du peuple (« Lâchez-le ! Arrêtez ! Ne l’enchaînez pas ! ») ; et de laisser exploser (rôle des chorals) le bouleversement, la ferveur libératrice, des chrétiens.<br />
	Stratégie complexe qui pourrait faire croire qu’il s’agit d’une manière de théâtre sacré, ou d’une sorte de concert, mais c’est bien de transmission d’un message spirituel qu’il s’agit, en transportant l’auditeur à l’intérieur du déroulement de la Passion.</p>
<p><strong>La lumière de Julian Prégardien</strong></p>
<p>Outre sa clarté, cette Passion a la chance d’être portée par un merveilleux Evangéliste, <strong>Julian Prégardien</strong>. Il y a de la lumière dans cette voix, quelque chose comme de l’innocence, une transparence, ou une candeur. Que l’on écoute le récit de la Cène (les numéros 9, 10, 11), bouleversant agencement d’émotions : la tendresse que Prégardien met dans « Aber am ersten Tage der süssen Brot », la palpitation à fleur de lèvres qu’il apporte à « und huben an, ein jeglicher unter ihnen »… A cette fraîcheur presque juvénile, répond l’impavidité de Stéphane Degout, Jésus d’une solidité d’airain, son « Trinket alle daraus, das ist mein Blut – Buvez-en tous car ceci est mon sang », d’une noble expression, grave, sereine et tragique en même temps.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="237" src="/sites/default/files/styles/large/public/pregardien-une.jpg?itok=x0TeV_sV" title="Julian Pregardien © D.R." width="464" /><br />
	Julian Pregardien © D.R.</p>
<p>Ajoutons le poignant silence après le « Du sagest’s – Tu l’as dit », répondant au « Serait-ce moi, Rabbi [qui te trahirai] » de Judas, ajoutons la piété, la ferveur, l’émotion simple du choral « Ich bin’s, ich sollte büssen – C’est moi qui devrais expier », que chantent les disciples.<br />
	On a là un résumé de l’approche de Raphaël Pichon et des siens : aucun pathos, une grandeur simple, la précision des insertions chorales, l’expressivité des timbres. Une netteté de gravure à l’eau-forte.</p>
<p><strong>Délices vocales</strong></p>
<p>Juste après cette séquence saisissante viendra le récitatif et air de la soprano « Wiewohl mein Herz… Ich will dir mein Herze schenken – Je veux t’offrir mon cœur, Daigne y descendre, mon Sauveur », où sur un voluptueux tapis de hautbois et de basses allègres la voix de <strong>Sabine Devieilhe</strong> se lancera dans des guirlandes de vocalises et de trilles gazouillants, qui d’une part réjouiront l’oreille après tant de tensions, et d’autre part annonceront la certitude et la joie de la Résurrection.</p>
<p>Au chapitre des délices vocales, nous citerons la brève intervention d’<strong>Emiliano Gonzalez Toro</strong> dans la deuxième partie. C’est une particularité de la Saint-Matthieu que de faire appel à un deuxième ténor, placé sur la tribune n° 2 et qui ne chante que ce « Mein Jesu schweigt… Geduld, Geduld ! – Mon Jésus se tait devant la calomnie… Patience, patience ! », expression de la douleur d’un chrétien, et de son espoir aussi. Emiliano Gonzalez Toro chante ce passage teinté d’italianisme avec d’indicibles et voluptueuses langueurs, et ce timbre tellement sensuel, sur une légère dentelle sonore du continuo, orgue, violoncelle et théorbe.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="250" src="/sites/default/files/styles/large/public/pichon_400_250_c_piergab_0.jpg?itok=25DO45yx" title="Raphël Pichon © D.R." width="400" /><br />
	Raphël Pichon © D.R.</p>
<p><strong>La vocalité, plutôt que l’émotion</strong></p>
<p>Nous avouerons être moins touché par les interventions de <strong>Lucile Richardot</strong>, qui chante les airs d’alto. Dans la première partie, « Du lieber Heiland… Buss und Reu – Ô mon Sauveur bien-aimé… Contrit et repentant » nous semble chanté avec une certaine objectivité et nous n’y entendons guère la contrition et la repentance… On semble avoir fait ici le choix de la vocalité (évidemment captivante de la part d’une telle artiste) davantage que de l’émotion. Brillant accompagnement des flûtes pour un moment de bravoure qui nous semble un peu extérieur.<br />
	Dans la seconde partie, l’aria « Erbarme dich », l’un de ceux qu’on attend, confirme cette impression. C’est une déploration (« Aie pitié de moi, mon Dieu, au nom de mes larmes »), mais il est chanté ici avec une manière de distance. Si on admire la conduite de la ligne vocale, la musicalité, l’élégance de ces ondulations, la transparence de ce chant sans vibrato, on demeure quelque peu en mal d’émotion…</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="263" src="/sites/default/files/styles/large/public/3de5b5f1-phpfz0kes.jpg?itok=iEOdfnK0" title="A Versailles. En haut à gauche Stéphane Degout © D.R." width="468" /><br />
	A Versailles. En haut à gauche Stéphane Degout © D.R.</p>
<p><strong>Une dramatisation estompée</strong></p>
<p>Il y a là sans doute un choix d’interprétation de Raphaël Pichon, d’autant que l’intervention de la deuxième voix d’alto, <strong>Tim Mead</strong>, dans l’aria « Können Tränen meiner Wanger » (encore les larmes…), présente des aspects semblables : une vocalité assurée et virtuose, mais une dramatisation comme estompée, presque de l’indifférence, alors que le moment est terrible (Jésus vient d’être livré pour être jugé).<br />
	Ce choix de la vocalité, nous croyons l’entendre encore dans le récitatif et air « Er hat uns allen wohlgetan… Aus Liebe will mein Heiland sterben », admirablement chanté par Sabine Devieilhe, d’une voix limpide dialoguant avec de merveilleux bois, mais l’émotion comme mise à distance.</p>
<p>Parmi les petits rôles, auquel Bach n’accorde pas beaucoup de place pour s’épanouir, il faut bien le dire, on remarque le solide <strong>Christian Immler</strong>, seconde basse, <strong>Reinoud van Mechelen</strong>, ténor du chœur n° 2, aux vocalises claires et très expressives dans l’aria « Ich will bei meinem Jesu wachen », et <strong>Hana Blažicková</strong>, au timbre un peu acide, dans l’aria « Blute nur, du liebes Herz ».</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="263" src="/sites/default/files/styles/large/public/_methode_times_prod_web_bin_2c864b00-22e6-11e8-8ccc-a83211a65142.jpg?itok=u3HxjbG4" title="Stéphane Degout et Raphaël Pichon © D.R." width="468" /><br />
	Stéphane Degout et Raphaël Pichon © D.R.</p>
<p><strong>Prégardien et Degout en état de grâce</strong></p>
<p>On l’aura compris à lire nos réserves, Julian Prégardien n’en apparaît que d’autant plus émouvant, impliqué, sensible et vibrant, et, on le sait, une grande Passion, c’est d’abord un grand Evangéliste….</p>
<p>Quoi de plus bouleversant que la séquence de la Crucifixion. Les interventions de l’Evangéliste sont de plus en plus longues, et Julian Prégardien semble gravir tous les échelons de la douleur. Comment ne pas frémir à entendre le mélisme dont il orne « dass sie ihn kreuzigten » (n° 55), comment n&rsquo;être pas ému par l’aria en ré mineur « Komm, süsses Kreuz » (n°57) où, sur l’accompagnement de la viole de gambe et de l’orgue, Stéphane Degout, est d’une grandeur et d’une puissance et d’une pudeur imposantes.</p>
<p>On ne peut énumérer toutes les couleurs, toutes les nuances que Prégardien prête au long récit du sacrifice, tour à tour héroïque, désespéré, compatissant, éclatant. Par contrecoup la relative neutralité de l’alto dans le récitatif « Ach, Golgatha, unsel’ges Golgatha ! » et l’aria avec chœur « Sehet, Jesus hat die Hand » n’en est que plus déconcertante à ce moment du drame, si belles soient la réalisation par les bois, d’une incroyable richesse de tissu, et la netteté des interventions du chœur n° 2, celui des simples mortels stupéfaits.<br />
	D’autres beautés viendront encore, par Prégardien et Degout, décidément en état de grâce tous deux, le déchirant « Eli, Eli, lama sabachthani » du Christ, le violent récit du <em>terremoto</em> (n°63a), mais le plus extraordinaire, c’est sans doute, par Stéphane Degout, le récitatif « Am Abend da es kühle war », chanté à mi-voix, d’une vibrante intériorité, suivi de l’aria « Mache dir, mein Herzen rein », où sa voix (immense) se pare tour à tour de fierté, de piété, de douleur, de confiance, avec toute la noblesse, la sensibilité, l’austère intensité, qu’il sait transmettre.</p>
<p>Tout au long de cette Passion, les deux chœurs, parfois séparés, parfois rassemblés, sont impressionnants de précision, de vivacité, d’ampleur. Mais c’est sans doute dans les chorals qu’ils sont les plus émouvants, notamment dans le sublime « Wenn ich einmal soll scheiden », n° 62, suspendu, intime, délicat, fervent, et que dire du chœur final, à la fois humble et immense, illuminé par la touchante douceur des mots de Picander « Nous nous asseyons sur ta tombe en pleurant / Et sur ta tombe nous te disons : Repose en paix, repose en paix ! »</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="237" src="/sites/default/files/styles/large/public/bach_-_matthaus_passion_-_und_sie_wurden_sehr_betrubt.jpg?itok=cVBfRXn8" title="Récitatif &quot;Und sie wurden sehr betrübt&quot;, n° 9d" width="468" /><br />
	Récitatif « Und sie wurden sehr betrübt », n° 9d</p>
<p><strong>Moins de retenue, plus d’effusion…</strong><br />
	 <br />
	Chacun de nous, j’imagine, a été marqué un jour ou l’autre par une certaine <em>Saint</em> <em>Matthieu</em>, demeurée pour lui inoubliable. Pour le signataire de ces lignes, c’était à Verbier : Thomas Quasthoff dirigeait l’œuvre pour la première fois, vieux rêve pour lui, Mark Padmore était un Evangéliste bouleversant, malgré ou grâce à une voix un peu brisée, Bernarda Fink chantait les airs de mezzo, et on tremblait des pieds à la tête en l’écoutant. Il pleuvait fort sur la tente du Festival, et je crois même que l’orage redoubla au moment de la Crucifixion. On en sortit brisé.</p>
<p>La <em>Passion selon St-Matthieu</em> que propose Raphaël Pichon est très belle, les chœurs admirables, il y a un Evangéliste de rêve, un Jésus saisissant et des solistes parmi les meilleurs qu’on puisse imaginer. Mais, toujours selon le signataire de ces lignes, il lui manque un je ne sais quoi… J’allais écrire la ferveur, mais non, elle est là, dans les chorals notamment… Simplement un peu d’effusion peut-être…</p>
<p> </p>
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		<item>
		<title>Christoph et Julian Prégardien chantent Beethoven et Schubert   — Paris (Philharmonie)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/christoph-et-julian-pregardien-chantent-beethoven-et-schubert-paris-philharmonie-a-lunisson/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Brigitte Maroillat]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 Feb 2021 04:56:06 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après un disque lumineux à deux voix dédié au Lied, les Prégardien père et fils, se produisaient le 26 janvier dernier à la Philharmonie, dans un spectacle chorégraphié autour des lieder de Schubert, agrémentés de quelques Beethoven. Diffusé et enregistré en direct, ce concert est désormais disponible en streaming sur le site de la Philharmonie &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Après un <a href="https://www.forumopera.com/cd/father-and-son-christoph-julian-pregardien-michael-gees-a-la-facon-du-volkslied">disque lumineux à deux voix dédié au Lied</a>, les Prégardien père et fils, se produisaient le 26 janvier dernier à la Philharmonie, dans un spectacle chorégraphié autour des lieder de Schubert, agrémentés de quelques Beethoven. Diffusé et enregistré en direct, ce concert est désormais disponible en streaming sur le site de la Philharmonie tout comme d&rsquo;ailleurs sur celui d’Arte Concerts.</p>
<p>Dès les premiers accords des <em>Créatures de Prométhée</em>, dirigé avec vigueur et générosité par <strong>Lars Vogt</strong>, le ton est donné. Il ne s’agit pas ici d’un tête à tête en huis-clos entre les deux chanteurs mais d’un dialogue entre eux dans la parure d’un jeu chorégraphique, où deux danseurs évoluent à leur coté comme une projection d’eux-mêmes. Thierry Thieu Niang, également chorégraphe, et son filleul, le danseur Jonas Dô Hûu balaient l’espace de grands gestes circulaires et circonscrivent ainsi dans leur posture les cycles d’existence des Lieder qui vont être proposés. Dans l’ombre, les deux chanteurs attendent leur heure, celle de pénétrer dans l’antre de Schubert et d’entamer avec lui ce voyage au cœur de l’hiver, un répertoire qu’ils connaissent tous deux sur le bout des doigts.</p>
<p>Le concert nous est donné à voir à travers une théâtralisation assumée, et à cet égard, nous n’évoquons pas ici uniquement la prestation des deux danseurs (dont on se demande bien d’ailleurs ce qu’elle vient apporter de plus aux moments de grâce offerts par les voix) mais bien de l’interprétation des deux ténors qui, tout au long de leur carrière, ont si souvent préféré le récital à l’opéra, alors que leur incarnation du chant est tout aussi puissante que leur interprétation. Chaque Lied est présenté sur le ton de la confidence, dans une délicieuse intimité, sans effet inutile, avec une grande justesse. Les deux ténors occupent pleinement les textes, investissant chaque mot et en investissant chaque mots, ils rendent vivants tant les élans de joie que les désillusions d’un voyage dont ils font un drame quasi existentiel.</p>
<p>Individuellement, chacun exprime les qualités qui lui sont propres. <strong>Christoph Prégardien</strong> impose d’emblée son art consommé de la narration, par sa voix ronde aux graves nobles notamment dans « Greisengesang »<em> </em>et plus encore dans « vom Wolkenmädchen »<em>,</em> extrait d&rsquo;<em>Alfonso und Estrella, </em>un opéra si rarement présenté que c&rsquo;est un plaisir d&rsquo;en trouver trace dans ce programme. Quant à<strong> Julian Prégardien</strong>, son ténor léger, sa diction claire et limpide, sa haute musicalité propose une interprétation résolument juvénile qui sied à merveille tant à Prométheus qu&rsquo;au voyageur de l&rsquo;hiver du <em>Winterreise</em>.</p>
<p>Quand certains Lieder se doublent des voix des deux ténors, l’osmose est à ce point parfaite entre elles que  l’on ne sait plus qui du père ou du fils chante. On sent d&#8217;emblée que ce chant à l&rsquo;unisson est le fruit d’un travail de longue haleine, mais que ce splendide équilibre manque parfois d&rsquo;une certaine spontanéité. On peut également regretter que les Prégardien pèchent parfois, dans ces duos de circonstance, par une certaine réserve et retenue dans l’expression notamment dans « Der Vater mit dem Kind ». Mais ces quelques remarques sont vite balayées par la magnifique synergie des voix qui en dit long sur la complicité qui unit le père et le fils dans leur goût partagé de la musique de chambre et du Lied. </p>
<p>A la tête de l’<strong>Orchestre de chambre de Paris</strong>, Lars Vogt accompagne les deux ténors avec une grande ferveur, parfois un tantinet exubérante, en décalage avec l’interprétation plus mesurée, plus intériorisée des chanteurs. Mais lorsque le chef quitte le pupitre pour se mettre au piano, se produit alors le miracle du mariage parfait de la musique et des deux voix notamment dans le bouleversant « Nach und träume » et dans le final, «Im Abendrot »<em>. </em>Les deux artistes, réunis autour du chef, dans une délicieuse connivence piano-voix, nous font alors l&rsquo;offrande, <em>pianissimo</em>, d&rsquo;une parenthèse  de musicalité pure, au-delà même du chant et du théâtre. Un moment de grâce offert à l’unisson.</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p> </p>
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