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	<title>Jasmine ROY - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<title>Jasmine ROY - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>SONDHEIM, Sweeney Todd &#8211; Strasbourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/sondheim-sweeney-todd-strasbourg/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 20 Jun 2025 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Commençons par exprimer notre gratitude à l’endroit d’Alain Perroux, directeur général de l’Opéra du Rhin, pour avoir programmé ce chef-d’œuvre (1). On ne présente plus Stephen Sondheim, l’enfant prodige de Broadway, disparu en 2021. Parolier renommé (West Side Story, Gypsy, entre autres), musicien chevronné, formé par Milton Babbit, puis Oscar Hammerstein II, on lui doit &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Commençons par exprimer notre gratitude à l’endroit d<a href="https://www.forumopera.com/alain-perroux-le-theatre-permet-de-nous-dessiller-les-yeux-pour-voir-les-verites-universelles/">’Alain Perroux</a>, directeur général de l’Opéra du Rhin, pour avoir programmé ce chef-d’œuvre (1). On ne présente plus Stephen Sondheim, l’enfant prodige de Broadway, disparu en 2021. Parolier renommé (<em>West Side Story</em>, <em>Gypsy</em>, entre autres), musicien chevronné, formé par Milton Babbit, puis Oscar Hammerstein II, on lui doit de nombreux ouvrages dont le succès ne se démentit pas avec le temps, promis à s’inscrire au répertoire. <em>Sweeney Todd</em> est une oeuvre singulière, unique en son genre, inclassable, tant par son sujet que par son traitement, ce thriller musical se situant au confluent du show à l’américaine, de l’opéra et du théâtre. D’une écriture puissante et raffinée, propre à séduire le plus humble comme le plus exigeant musicien, c’est un constant régal par son efficacité dramatique comme par son instrumentation. Les voix, dont l’intelligibilité est idéale, y sont magistralement traitées pour caractériser chacun des personnages. Un sommet. La comédie musicale dut attendre le film de Tim Burton, sombre et sanglant (2007) pour que nos scènes s’en emparent, au Châtelet (2011), suivi d’une version de chambre (Château d’Hardelot en 2014, puis Reims et Calais), enfin avec orchestre (Bruxelles 2016, puis Toulon, la même année, cette fois mise en scène d’Olivier Bénezech).</p>
<p>Sauvé en mer par un matelot, le barbier s’est échappé du bagne en Australie pour rentrer à Londres sous une nouvelle identité, afin de se venger du maléfique juge Turpin. Ce dernier a violé sa femme – devenue hystérique, réduite à la mendicité et à la prostitution – et convoite sa fille. Ayant retrouvé son salon et sa voisine, Sweeney Todd va saigner ses clients pour procurer ainsi la farce des tourtes qui vont sauver le commerce de Mrs. Lovett, qui devient sa complice&#8230; Autour de ce singulier duo vont graviter une demi-douzaine de personnalités fortes ou faibles, dont les liens complexes et l’histoire vont nous tenir en haleine.</p>
<p>Abolies les frontières entre le bien et le mal : le tueur en série et sa partenaire aimante nous émeuvent et l’empathie joue pleinement, le juge et son acolyte, abjects criminels en cols blancs, sont aussi des hommes malgré leur violence et leur perversité lubrique. Toujours corrosif, un humour noir (parfaitement traduit), aussi trivial que profond, nous interroge. L’horreur et le sourire font bon ménage.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/S.T.GP8961WEB-1294x600.jpg" alt="" />© DR</pre>
<p>La Londres de Dickens est bien sombre. Revisitée par <strong>Barrie Kosky</strong>, elle se pare de lumières renouvelées, très loin de l’hyper-réalisme du film de Tim Burton. A son habitude, au service exclusif de l’œuvre, une humilité qui se traduit par un dispositif central simple, mobile, explicite, des lumières efficaces qui focalisent l’attention sur les corps. Quelques déplacements de panneaux d’anciennes photos argentiques, habilement agencés (ainsi, la combinaison de deux façades en perspective pour la rencontre d’Anthony et Johanna), on va à l’essentiel. Les costumes participent pleinement à la réussite de ce drame joyeux. Livret et partition sont aussi savoureux qu’exigeants, l’un comme l’autre. Rappelons que la sonorisation de chaque chanteur est la règle du genre, la restitution fine du souffle, des soupirs, des cris est proprement cinématographique. Seuls d’authentiques comédiens chanteurs peuvent rendre pleinement justice à <em>Sweeney Todd</em>. C’est le cas ce soir, avec une distribution totalement renouvelée depuis sa création berlinoise. Si les spécialistes de la comédie musicale ont été mobilisés, on retrouve avec bonheur plusieurs de nos figures les plus attachantes, qui illustrent tous les genres avec un égal bonheur (2).</p>
<p>L’équipe qui va nous tenir en haleine durant pas loin de trois heures partage l’engagement, la vérité et l’évolution psychologique de chacun des personnages, ainsi que les qualités vocales, musicales et dramatiques, sollicitées. Un régal. <strong>Scott Hendricks </strong>était déjà Sweeney Todd à Bruxelles en 2016. Le rôle, écrasant, qui  appelle de grandes voix (telle celle de Bryn Terfel), lui va comme un gant. Ses moyens vocaux sont connus. Ce soir, sans jamais grossir le trait, il sera bouleversant de vérité, dès ce qui ressemble à son autobiographie (<em>The Barber and His Wife</em>). D’une profonde humanité, désespéré, chaleureux et terrifiant (<em>Epiphany</em>), rongé par la vengeance, il périra délibérément sous le couteau de Toby, le gamin, après le monstrueux crime de la mendiante, qu’il identifie comme la mère de Johanna, présumée disparue. L’émotion n’est pas moindre avec <strong>Natalie Dessay</strong>, Mrs. Lovett, qui brûle les planches. Elle habite le rôle, sa complexe personnalité, dont le rêve épanoui <em>By the Sea</em> nous touche particulièrement. Son évolution jusqu’à sa fin tragique est conduite avec maestria. Souvent imprévisible, roublarde, effrontée, la femme blessée qui croit se reconstruire à la faveur du retour de Sweeney Todd, est merveilleusement campée. Natalie Dessay rêvait de chanter ce rôle, que l’on croirait écrit pour elle. On admire tout : la voix, maintenant bien timbrée dans le grave et le medium, le débit qui laisse pantois, le jeu, exceptionnel. L’impayable duo anthropophage des deux complices (<em>A Little Priest</em>), à la folie grandissante, sur lequel s’achève le premier acte, est un morceau d’anthologie, et leur plaisir exalté à le chanter et à le jouer est communicatif. Leur dernière valse (elle lui a menti par amour) avant qu’il la jette au fournil renvoie à la même émotion que celle ressentie lorsque Wozzeck va tuer Marie.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/S.T.GP8655WEB-1294x600.jpg" alt="" />© DR</pre>
<p>C’en est une toute autre,<strong> Marie Oppert</strong> qui nous vaut une Johanna fraîche, candide et passionnée. <em>Green Finch and Linnet Bird</em>, que la pupille du juge chante à sa fenêtre, sur un accompagnement splendide, la présente mieux qu’un long discours. La romance, fût-elle parfois à l’eau de rose, lui va bien (le duo <em>Kiss Me</em>, avec Anthony). Ce dernier, le matelot, sauveur de Todd, est campé avec une fougue juvénile par <strong>Noah Harrison. </strong>Dès son <em>Johanna</em>, il montre sa résolution à libérer celle dont il s’est épris. Sa candeur et sa sincérité sont remarquablement illustrés tant par son jeu que par son chant. <strong>Jasmine Roy</strong>, un des piliers de la comédie musicale de notre pays, compose avec justesse une pathétique mendiante, dont la dérive est poignante. Le quatuor du II, où elle suspecte Mrs. Lovett, est digne des ensembles classiques les plus réussis. <em>Beggar Woman&rsquo;s Lullaby</em>, où elle croit reconnaître le salon de celui qui fut son mari est un moment fort, juste. Le jeune Toby, naïf et attachant, animé des meilleurs sentiments, est incarné par <strong>Cormac Diamond</strong>, beau ténor au timbre flatteur. Se croyant trahi par sa protectrice, lorsqu’après avoir tué Todd, il retourne au hachoir en ressassant les consignes de Mrs Lovett, sa folie nous étreint.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/S.T.GP9994WEB-1294x600.jpg" alt="" />© DR</pre>
<p>Le juge Turpin a de la prestance, toujours tiré à quatre épingles, représentant l’ordre politique et moral, tout en se montant libidineux et abject (<em>Johanna – Mea Culpa</em>). La belle voix de basse de<strong> Zachary Altman </strong>a tout pour séduire et tromper (le savoureux duo avec Todd, <em>Pretty Woman</em>). Beadle Bamford, l’inquiétant bedeau-huissier, inséparable complice servile et violent du juge, qu’il conseille <em>Ladies in Their Sensitivities</em>, est confié à <strong>Glen Cunningham</strong>, tout aussi haut en couleurs vocales et dramatiques. Adolfo Pirelli, le vaniteux barbier, charlatan patenté, maître-chanteur, est confié au jubilatoire <strong>Paul Curievici</strong>. La scène du concours de rasage est un de ces petits bonheurs qui émaillent la soirée. La voix, ses couleurs, la faconde donnent une vérité à ce personnage, faux italien plus vrai que nature.</p>
<p>Le chœur, d’où sont issus une dizaine de personnages secondaires, vaut d’abord par sa gestique. Sa première apparition, avec <em>The Ballad of Sweeney Todd</em> (dont le retour sera régulier) est un véritable choc, et aucune des suivantes ne laissera insensible. Sa cohésion tant vocale, dans les tessitures les plus tendues, que gestuelle force l’admiration. Qu’il soit commentateur, à l’égal du chœur antique, ou acteur (les folles libérées de l’asile après le meurtre de Fogg), la puissance expressive est au rendez-vous.</p>
<p>A l’égal de Bernstein, en d&rsquo;autres temps, son large répertoire couvre tous les genres, du lyrique le plus exigeant à la création contemporaine : c’est au chef libanais <strong>Bassem Akiki </strong>que l’on doit la pleine réussite musicale de la soirée. Fin connaisseur de l’ouvrage, qu’il a déjà conduit à La Monnaie, 2016 (3), il nous en offre une magistrale version, exemplaire dans la traduction des différentes atmosphères, d’une dynamique, d’une plasticité rares, avec une précision horlogère, où l’attention portée au chant comme à chaque instrumentiste est constante. Son intelligence du texte musical nous régale, notamment à la surprise de l’art du pastiche de Sondheim (4) : du chant italien à la tradition écossaise, aux rythmiques renouvelées. Combiné à l’usage de leitmotivs, ne dédaignant pas la romance un peu sirupeuse, toujours à propos, le bonheur est constant.</p>
<p>L’Orchestre philharmonique de Strasbourg nous restitue l’ouvrage dans toute sa puissance évocatrice, dramatique et sonore. La force tellurique de l’accord initial (avec orgue) fait place à de somptueuses textures, allégées pour ce qui relève des récitatifs. La lisibilité, la transparence sont toujours au rendez-vous. Un grand coup de chapeau.</p>
<p>Même si les ultimes scènes nous prennent à la gorge, on se délecte, c’est glauque, sanglant, immoral, réjouissant, festif comme grave. A ne pas manquer ! (5)</p>
<pre>(1) Qu’il connaît particulièrement bien pour en avoir signé l’adaptation française, donnée en 2008, en Suisse, qu’il rejoindra la saison prochaine, à Genève. 
(2) On se souvient que Natalie Dessay et Marie Oppert avaient chanté <em>Les parapluies de Cherbourg</em>, avec Michel Legrand, au Châtelet.
(3) <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/sweeney-todd-bruxelles-la-monnaie-genereuse-hemoglobine/">Claude Jottrand en avait rendu compte</a>, (le chef était en alternance). L’analyse claire et fouillée que signe Bassem Akiki dans le programme de salle s’avère particulièrement éclairante. L’Opéra du Rhin nous a habitués à des publications particulièrement riches et documentées. Celle de ce soir est exemplaire par la variété des éclairages qu’elle offre de l’ouvrage. Un document essentiel. 
(4) Plusieurs personnages renvoient le lyricophile à des scènes connues : Turpin en Bartolo, Pirelli en Dulcamara, Todd en Wozzeck, la mendiante en Innocent etc. Le miracle réside dans la forte unité de l’ouvrage, comme dans le naturel, la vérité de chacun, remarquablement caractérisés, qui ne doivent rien aux références signalées.
(5) En attendant <em>Follies</em>, que produit l'Opéra du Rhin en juin 26, mis en scène par Laurent Pelly, avec une distribution prestigieuse, où l'on retrouvera Natalie Dessay, Jasmine Roy, et marquée par le retour de Dame Felicity Lott.</pre>
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		<title>SONDHEIM, Company &#8211; Compiègne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/sondheim-company-compiegne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Marcel Humbert]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 17 Mar 2025 08:12:57 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Stephen Sondheim est joué de plus en plus souvent en France, à Paris comme en région. Entre A Funny Thing happened on the Way to the Forum (1962 – Lido 2, 2023), Sweeney Todd (1979 – Châtelet, 2011), Sunday in the Park with George (1983 – Châtelet, 2013), nous sommes invités ce soir à (re)découvrir Company, créé &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Stephen Sondheim est joué de plus en plus souvent en France, à Paris comme en région. Entre <em>A Funny Thing happened on the Way to the Forum</em> (1962 – Lido 2, 2023), <em>Sweeney Todd</em> (1979 – Châtelet, 2011), <em><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/sunday-in-the-park-with-george-paris-chatelet-pointillisme-en-pointille/">Sunday in the Park with George</a></em> (1983 – Châtelet, 2013), nous sommes invités ce soir à (re)découvrir <em>Company</em>, créé en 1970. Après l’humour PPPP (p’tites pépées potaches et péplum) façon Monty Python du premier, et avant l’horreur grand guignolesque du barbier diabolique du deuxième, nous sommes donc confrontés à cette comédie musicale au titre un peu court mais finalement explicite : il ne s’agit pas de bonne ou de mauvaise compagnie, on est ici tout simplement plongés dans la vie quotidienne new yorkaise des années 70, du moins dans celle d’une tranche de société à la fois assise, confortable et pétrie de contradictions dans un mal-être mal exprimé. En somme, du Woody Allen avant la lettre et ses rapports avec la société bobo de Manhattan.</p>
<p>Bobby, célibataire par vocation (?) fête son 35e anniversaire entouré de tous ses amis qui, eux, vivent à deux. Nous sommes donc plongés dans la vie de nombreux couples, ou du moins dans la vie souvent fade et insipide de tous ceux – amis, parents, voisins – que l’on côtoie tous les jours, avec leur gentillesse, leur mesquinerie, leurs problèmes de vie à deux, dont au total on n’a que faire. Comment alors se décider à entrer dans le moule, à « se marier » puisqu’en 1970 c’était encore la voie légale qui primait, et avec qui ? Ce sont toutes les questions que se pose Bobby qui n’a toujours pas sauté le pas. Alors, tous ses amis tentent de le pousser dans ses derniers retranchements, lui présentent des candidates, qu’il « essaie » les unes après les autres sans se décider pour aucune, s’inquiètent pour lui, et finalement le harcèlent. Et cela notamment à l’occasion de son anniversaire, qui est du genre <em>Un jour sans fin</em> (<em>Groundhog Day</em>, ou <em>Le Jour de la marmotte</em>). C’est-à-dire que cet anniversaire où il n’arrive pas à souffler d’un coup toutes les bougies – il y en a quand même 35 ! – va revenir comme un leitmotiv tout au long de la représentation, jusqu’à ce qu’il décide de rester enfin seul et où là, d’un coup, il arrivera enfin à toutes les souffler.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="475" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/6-Spectacle-COMPANY-©-JM-Molina-4-corr-2-1-1024x475.jpg" alt="" class="wp-image-185155"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Photos Jean Michel Molina</sup></figcaption></figure>


<p>Le thème du couple américain fait évidemment beaucoup penser à <em>Trouble in Tahiti</em> de Leonard Bernstein (1950). D’ailleurs la partition de Sondheim fait souvent penser à Bernstein, mais sans arriver à l’égaler : l’invention mélodique est bien présente sans être toujours aboutie, jusqu’à même tourner court. D’ailleurs, on ne sort pas de la représentation en fredonnant la moindre mélodie. Car autant on s’intéresse à Sam et Dinah, autant ici tout semble se diluer, et l’on finit par s’ennuyer un peu même s’il y a quand même des moments de bravoure fort drôles ou périlleux, dont la nuit avec April, l’hôtesse de l’air (sensationnelle <strong>Camille Nicolas</strong>), ou l’air d’Amy «&nbsp;Getting Married Today&nbsp;» (excellente <strong>Jeanne Jerosme</strong>) qui n’a rien à envier à celui du Major General des <em>Pirates de Penzance</em>.</p>
<p>Paradoxe, le spectacle est somptueux, d’une qualité et d’une finition impeccables, montrant qu’en France aussi on sait monter et jouer de grandes comédies musicales à l’américaine. Et second paradoxe, la représentation connaît un immense succès, une partie de la salle est debout aux saluts finaux, bref on se demande si tout le monde a vu le même spectacle. Un orchestre déchaîné bien en phase avec l’œuvre, une distribution bilingue sans faille (chant en anglais, parlé en français de bonne qualité manquant toutefois encore d’un peu de rythme), une mise en scène de <strong>James Bonas</strong> bien dans la tradition, une chorégraphie efficace d’<strong>Ewan Jones</strong>, que demander de plus ? Mais aussi une sono un peu trop tonitruante (les voix sont sonorisées, on ne sait pas trop pourquoi, empêchant de juger de la qualité vocale de chacun des interprètes, pourtant réelle) et mal spatialisée, et plusieurs voix traitées façon star-ac, voix de gorge hurlées, dont l’impossible Marta de <strong>Neïma Naouri</strong> que l’on avait pourtant particulièrement appréciée dans <em>A Funny Thing</em> : et pourtant c’est elle qui recueille le plus d’applaudissement, avec l’étonnante <strong>Jasmine Roy</strong> (Joanne). Querelle de style et de génération ?</p>
<p>Heureusement la présence, finalement rassurante et équilibrante, de l’excellent <strong>Gaétan Borg</strong> en Bobby, sert de liant à la production, lui donnant l’équilibre nécessaire. En effet, il se démarque nettement de l’ensemble, donnant un relief singulier et une personnalité affirmée à un personnage qui aurait pu paraître falot du fait de sa perpétuelle valse-hésitation. Il est drôle sans être délirant, effacé sans être absent et donc bien présent tout au long de l’œuvre.</p>
<p>Impression mitigée ? Non, c’est un fort beau spectacle, détonnant et même flamboyant, mais peut-être pas assez dérangeant, un peu trop dans le moule et sans un vrai délire scénique qui aurait pu le projeter dans notre époque au lieu de le cantonner dans une reprise très datée années 70. Bref, un vrai divertissement « historique » de grande qualité, mais sur une œuvre un peu inaboutie en termes de concept.</p>
<pre><strong>Ne manquez pas les étapes de la tournée de 2025 à 2027</strong> :<br>Opéra national de Bordeaux : 24, 25, 26 et 27 septembre 2025<br>Opéra de Rennes : 8, 10, 12 et 13 novembre 2025<br>Opéra Nice Côte d’Azur : 28, 29, 30 novembre 2025<br>Opéra Grand Avignon : 28, 30 et 31 décembre 2025<br>L’avant-scène Opéra à Neuchâtel : Printemps 2026<br>Opéra national de Lorraine : Juin 2026<br>Clermont Auvergne Opéra : Automne 2026 (date à préciser)<br>Opéra de Limoges : 8, 10 et 11 novembre 2026<br>Opéra Orchestre – Normandie Rouen : 17, 18, 19 décembre 2026<br>Théâtre du Châtelet : du 31 mars au 11 avril 2027 (dates à préciser)</pre><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/sondheim-company-compiegne/">SONDHEIM, Company &#8211; Compiègne</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>Classical Broadway &#8211; Toulon</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/classical-broadway-toulon/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 03 Jan 2025 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Comment ne pas adhérer sans réserve à ce programme que proposait Alain Perroux concluant son ouvrage sur la comédie musicale (1) ? Il y a longtemps déjà que l’opéra de Toulon s’est hissé parmi les meilleurs ambassadeurs du musical. Celui-ci, fils illégitime de l’opéra et du music-hall, souffre encore d’une forme d’ostracisme que l’on peine à &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Comment ne pas adhérer sans réserve à ce programme que proposait Alain Perroux concluant son ouvrage sur la comédie musicale (1) ? Il y a longtemps déjà que l’opéra de Toulon s’est hissé parmi les meilleurs ambassadeurs du <em>musical</em>. Celui-ci, fils illégitime de l’opéra et du music-hall, souffre encore d’une forme d’ostracisme que l’on peine à comprendre. Ce soir, l’un des chefs et orchestrateurs les plus réputés dans ce répertoire, à qui l’on devait ici même la création française de <em>Wonderful Town</em> (2018) et de <em>South Pacific</em> (2022), <strong>Larry Blank</strong> y revient pour cet ultime concert de 2024 (2). L’équipe s’enrichit, puisque nous retrouvons avec bonheur <strong>Jasmine Roy</strong> et <strong>Sinan Bertrand</strong>, auxquels sont maintenant associés <strong>Beate Mordal</strong> et <strong>Guillaume Andrieux</strong>.</p>
<p>L’Opéra de Toulon étant en travaux de rénovation complète, c’est un florilège d’airs empruntés pour la plupart à la comédie musicale qui nous est offert dans la salle Neptune du Palais des Congrès, comble pour la circonstance. Ecrites pour la scène comme pour l’écran, les dix-huit comédies musicales auxquelles sont empruntées les pièces vocales de ce soir couvrent plus de cinquante années de créations de Broadway, diffusées mondialement ensuite. Petit rappel, supposé satisfaire les amateurs d’opéra, deux emprunts au répertoire lyrique le plus classique : le <em>Largo al factotum</em> (du <em>Barbier de Séville</em>), suivi du non moins célèbre <em>Mi chiamano Mimi</em> (de <em>La Bohème</em>) sont proposés, aussitôt <em>Cabaret</em>, que chante remarquablement Jasmine Roy. Choix surprenant et risqué, tant ces airs sont connus. Quantité d’extraits célèbres d’opéra bouffes ou d’opérettes auraient moins juré que ces derniers. La règle de la comédie musicale est l’amplification des voix, certes, mais on regrette ce soir que cette dernière sur-expose le chant au détriment de l’orchestre. Cette balance déséquilibrée est particulièrement dommageable aux airs de Rossini, puis de Puccini. Si chacun les a en mémoire (et Guillaume Andrieux et Beate Mordal ne déméritent pas), l’amplification comme la projection, exagérées, ne sont pas de mise, particulièrement pour la frêle Mimi, dont il faut souligner l’égalité des registres, et les qualités de timbre. Ce sera la principale réserve de cette belle soirée, avec les applaudissements amplifiés dont la salle, acquise, aurait bien fait l’économie.</p>
<p>On n’imagine pas un récital de comédie musicale chanté à l’égal d’un cycle fauréen. Ce soir, chacun des interprètes, familier de ce répertoire, fait montre des qualités de présence, d’engagement physique requises et maîtrise les fondamentaux du genre : le chant, évidemment, mais aussi la tap-dance (claquettes) comme les chorégraphies esquissées dans le droit fil de Fred Astaire et de Gene Kelly.  On doit à Sinan Bertrand, notre ténor, dont l’expérience ne se limite pas à la voix<strong>,</strong> le réglage de la mise en espace, et l’harmonie des mouvements, qui participent au bonheur visuel et musical. Les variations de couleurs et de nuances, simplistes, s’oublient. Malgré l’économie de moyens, la bonne humeur, l’entrain, la légèreté, mais aussi la mélancolie et l’émotion feront oublier le temps d’une soirée ces temps de disette et d’incertitudes.</p>
<p>Le quatuor vocal, rassemblé ponctuellement (<em>Let’s Call The Whole Thing Off</em>, de <em>Shall we dance </em>; deux extraits de <em>Follies</em>..), autorise des combinaisons variées, qui renouvellent l’intérêt. Le trio de <em>The Boys From Syracuse</em> est un régal. Les voix, familières d’un travail collectif de plusieurs années, s’accordent idéalement, et toute la riche palette des situations et des émotions est déployée.</p>
<p>On connaissait l’aisance, la voix chaude, aux phrasés et à l’articulation exemplaires, les qualités de comédienne de Jasmine Roy. On la découvre ce soir en meneuse de revue, tenant le fil conducteur du programme et assurant les enchaînements avec simplicité et humour. On oublie Judy Garland et Lisa Minelli dans tel ou tel standard tant son émission respire le naturel. Son duo avec Sinan Bertrand (dans <em>Annie got your gun</em>) est un bijou, toutes ses interventions sont autant de bonheurs. On ne connaissait Beate Mordal qu’à travers Richard Strauss, Kaija Saariaho et George Benjamin. On la découvre tout aussi épanouie dans cet autre répertoire. L’ambitus est large et se prête bien au musical où la voix parlée et le chant se confondent souvent. Elle nous vaut une émouvante Dorothy (<em>Over the Rainbow</em>, du <em>Magicien d’Oz</em>) et son <em>Summertime</em> est un autre moment fort. De Sinan Bertrand on retiendra, outre sa direction d’acteurs, la qualité exemplaire de son émission et de son jeu, (<em>Taking A  Chance On Love</em> ; <em>Almost Like Being In Love ; I Am What I Am</em> &#8230;). Quant à Guillaume Andrieux, le baryton se montre d’une aisance constante, et l’on a peine à imaginer qu’il excelle tout autant dans la mélodie française. Remarquable dans l’extrait du <em>Fantôme de l’opéra</em>, puis dans <em>l’Homme de la Mancha</em>, dans la version française de Jacques Brel, qui font oublier Figaro, desservi par la sonorisation.</p>
<p>Brel sera de retour, avec son premier grand succès, <em>Quand on n’a que l’amour</em>, pour un bis émouvant réservé au public, ravi : fidèle au crescendo original, l’arrangement est introduit par le chant a cappella de nos quatre solistes, le piano apparaissant ensuite, puis l’orchestre pour arriver au troisième couplet, affirmation véhémente de la puissance de l’amour dans un monde qui en a plus besoin que jamais.</p>
<p>On oublie la vocation première – la fosse – de l’orchestre de l’Opéra de Toulon, tant le style est juste, avec ce qu’il faut de romance et de swing pour imaginer que l’on est en présence d’une authentique formation de music-hall : les vents, placés côté cour, avec la batterie, sont exemplaires de précision et de dynamique, les riffs dignes des grands big band du jazz classique. Les cordes sont évidemment en léger retrait, sauf dans les romances, jamais sirupeuses. La direction attentive et inspirée de Larry Blank insuffle la vie orchestrale attendue. Rythmique, accentuations et nuances, phrasés, souplesse du propos, sont bien là, avec des musiciens pleinement engagés et heureux. Une belle soirée d’où chacun sort réjoui.</p>
<pre>(1) L’ Avant-Scène Opéra publiait « La comédie musicale, mode d’emploi », incontournable référence française en la matière, en 2009. 
(2) <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wonderful-town-toulon-swinging-toulon/">https://www.forumopera.com/spectacle/wonderful-town-toulon-swinging-toulon/ https://www.forumopera.com/spectacle/south-pacific-toulon-dites-moi-pourquoi-la-vie-est-belle/</a></pre>
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		<title>ROGERS, South Pacific — Toulon</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/south-pacific-toulon-dites-moi-pourquoi-la-vie-est-belle/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 28 Mar 2022 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Connaissez-vous les Nouvelles Hébrides, maintenant le Vanuatu ? Cet archipel mélanésien, situé au nord de la Nouvelle-Calédonie, fut une base américaine destinée à contenir et combattre les Japonais durant la seconde guerre mondiale. On y parlait anglais et français, puisque le condominium était partagé par le Royaume Uni et la France. Deux des 83 îles vont &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Connaissez-vous les Nouvelles Hébrides, maintenant le Vanuatu ? Cet archipel mélanésien, situé au nord de la Nouvelle-Calédonie, fut une base américaine destinée à contenir et combattre les Japonais durant la seconde guerre mondiale. On y parlait anglais et français, puisque le condominium était partagé par le Royaume Uni et la France. Deux des 83 îles vont être le théâtre de <em>South Pacific</em>, <em>Musical play</em>, écrit quatre ans après la fin des hostilités, pour devenir l’un des plus grands succès de la comédie musicale (cumulant les récompenses, Tony Award, Prix Pulitzer). Etonnamment, si le film de 1958 fit connaître l’ouvrage en France, jamais l’œuvre originale n’y a été produite. L’Opéra de Toulon, exemplaire dans sa relation ouverte à tous les genres d’expression lyrique, a relevé le défi.</p>
<p>Le sujet n’emprunte pas un exotisme de pacotille propre à satisfaire les Américains à l’issue de la guerre : tiré de nouvelles fondées sur des témoignages directs, le livret, par-delà ses incontestables qualités dramatiques, est d’une rare finesse d’écriture. La psychologie de chacun est juste, fouillée, les relations sociales, le décor, les moindres accessoires sont d’une vérité que chaque spectateur ayant vécu dans le Pacifique sera friand de reconnaître. Oscar Hammerstein II écrit là une histoire parfaitement vraisemblable, et cette authenticité sous-tend la réussite musicale de Richard Rodgers, son complice favori.</p>
<p>« Dites-moi pourquoi la vie est belle » est une chanson française, essentielle à l’ouvrage. Ce sont deux enfants qui la chantent au début, puis à la fin, rejoints par leur père et leur mère adoptive. Emile de Becque, planteur français, veuf d’une Mélanésienne dont il a eu ces deux enfants, s’éprend d’une infirmière américaine, Nellie, dont les préjugés raciaux vont entraver leur amour. Simultanément, un agent de renseignement américain, le Lieutenant Cable aime Liat, fille de Bloody Mary, commerçante Tonkinoise. Mais, pour les mêmes « raisons », le brillant militaire refusera de l’épouser. Dans le cadre  d’une base militaire, dont le personnage le plus haut en couleurs est Seabee Luther Bilis, entre le camp, l’état-major, les fêtes, les réceptions, la recherche des femmes etc. , les intrigues se nouent, jusqu’à ce que la bataille se déclenche… Fin douce-amère, puisque si Emile et Nellie reconstruisent un couple heureux avec les enfants du premier, Cable périt au combat. « Dites-moi pourquoi la vie est belle… » Dans cet après-guerre où la ségrégation demeurait la règle dans le Sud des Etats-Unis, la prise de position des auteurs ne manquait pas de courage. Bernstein ira plus loin avec West Side Story, mais huit ans après, en 1957.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/imgl0034.jpg?itok=scOnuNSe" title="Jasmine Roy (Bloody Mary) et les Boys  © Frédéric Stéphan" width="468" /><br />
	Jasmine Roy (Bloody Mary) et les Boys  © Frédéric Stéphan</p>
<p><strong>Olivier Bénézech</strong> et <strong>Larry Blank</strong> maîtrisent idéalement tous les rouages du genre. La mise en scène n’appelle que des éloges par le cadre renouvelé, toujours juste, offert à l’action. On se souvient de <em>Wonderful Town</em>, donné ici même en 2018. On ne change pas une équipe qui gagne, et celle-ci s’est retrouvée pour cette nouvelle création programmée avant la pandémie et qui voit enfin le jour. Les décors et projections (le ciel tropical changeant), les costumes, que l’on ne compte pas, sont d’une fidélité et d’une richesse d’invention peu communes. Evidemment, la direction d’acteurs et les chorégraphies, directement inspirées par Broadway, sont étourdissantes de virtuosité, de précision et de justesse. La musique est sincère, datée certes – mais <em>Don Giovanni</em> ou <em>Carmen</em> ne sont-ils pas datés ? – avec une saveur rare, propre à évoquer une époque révolue. Parmi les mélodies, plusieurs deviendront des standards (<em>Some Enchanted Evening</em>, qui sera repris par Frank Sinatra, Bob Dylan et même Placido Domingo ; <em>Bali Ha’i </em>; <em>Younger than Springtime</em> ; <em>A Wonderful Guy</em>).</p>
<p>Le rythme qu’impose le livret, proche du scénario d’un film, suscite une attention constante à cette histoire palpitante, où le rire, le sourire le disputent à l’émotion. Car tous les artistes en scène forcent l’admiration : chanteurs, comédiens, danseurs, acrobates, la palette d’expression dramatique est la plus large, exceptionnelle. Les voix sont amplifiées, au bénéfice d’une intelligibilité constante du texte. Les formats vocaux, les styles sont appropriés à chaque personnage. Toutes les femmes sont des mezzos, tous les hommes des barytons ou barytons-basses, à l’exception du Lieutenant Cable, ténor. Cependant, la caractérisation de chacun, la diversité des timbres suffisent à les différencier.</p>
<p>De la distribution, exemplaire, animée par l’esprit de troupe, nous ne retiendrons que les principales figures. Pour Emile de Becque, <strong>William Michals</strong> reprend le rôle créé par Ezio Pinza, reconverti dans la comédie musicale après avoir chanté 52 rôles à l’opéra, particulièrement au MET. Le bonheur comme l’émotion sont au rendez-vous de ce challenge : la voix, chaleureuse, bien timbrée, puissante, le jeu superlatif, la plénitude de l’expression nous valent un planteur d’une justesse physique, psychologique, dramatique et vocale exceptionnelle. Son égale aisance dans les deux langues, sans la moindre trace d’accent contribue à cette vérité. Le jeune Lieutenant Cable (seul ténor de la distribution) est confié à <strong>Mike Schwitter</strong>. On retiendra particulièrement son <em>Younger than springtime</em>, juste, ne cherchant pas à imiter Sinatra. Sa crise de paludisme est plus vraie que nature. <strong>Thomas Boutillier</strong> est le Seabee Luther Billis (CB = <em>Construction Battalions</em> et aussi « abeille de mer »). Il a déjà le physique athlétique de l‘emploi, son élocution et sa prestance. Il brûle les planches, contribuant ponctuellement au caractère bouffe de l’ouvrage. Mais le comique troupier de <em>Thanksgiving</em>, travesti en jupe végétale et brassière de noix de coco, est aussi une grande gueule au grand cœur. Les gradés, <strong>Scott Emerson</strong> et <strong>Sinan Bertrand</strong>, sont de vrais officiers supérieurs. Côté féminin, la réussite n’est pas moins accomplie. <strong>Kelly Mathieson</strong>, campe avec justesse Nellie Forbush, cette jeune femme dépendante de sa mère et de ses préjugés, qui va s’épanouir en choisissant l’amour. La jeunesse, les talents vocaux, dramatiques, chorégraphiques sont au rendez-vous, et la sensibilité pathétique de l’héroïne fait mouche. <strong>Jasmine Roy</strong>, dont on apprécie toujours l’engagement et les compositions, nous vaut une<strong> </strong>Bloody Mary, habile commerçante qui<strong> </strong>n’a pas froid aux yeux. Le portrait est réaliste de cette asiatique sans complexe, autoritaire, habile et aimante. La voix de femme mûre est toujours aussi riche, et sa colère exemplaire. Tous les seconds rôles mériteraient d’être cités, sans oublier les deux enfants, Ngana, chanté par <strong>Léana Tui</strong>, et Jérôme (<strong>Léo Chamant-Lacroix</strong>) qui apportent leur fraîcheur et leur tendresse dans un monde qui en a bien besoin.</p>
<p>L’orchestre de l’opéra de Toulon, sous la direction experte et inspirée de Larry Blank, trouve la dynamique, les rythmes, les couleurs et l’élégance attendus. Quant aux artistes du chœur, individualisés dans leur jeu, mais formant des ensembles (Boys / Girls) proches de la perfection, ils n’appellent que des éloges. Encore un grand bravo à celles et à ceux qui ont dispensé tant de bonheur et d’émotion en cette soirée mémorable.</p>
<p> </p>
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		<title>BOCK, Fiddler on the Roof — Strasbourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/un-violon-sur-le-toit-strasbourg-tombe-la-neige/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 06 Dec 2019 22:05:24 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Pour son spectacle de fin d’année, l’Opéra national du Rhin propose la version française de Fiddler on the Roof, comédie musicale initialement produite à New York en 1964, puis adaptée au cinéma en 1971 par Norman Jewison. Un violon sur le toit est le résultat d’une collaboration avec le Komische Oper Berlin, où l&#8217;on avait &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour son spectacle de fin d’année, l’Opéra national du Rhin propose la version française de <em>Fiddler on the Roof</em>, comédie musicale initialement produite à New York en 1964, puis adaptée au cinéma en 1971 par Norman Jewison. <em>Un violon sur le toit</em> est le résultat d’une collaboration avec le Komische Oper Berlin, où l&rsquo;on avait pu découvrir <a href="https://www.forumopera.com/anatevka-berlin-komische-oper-quand-le-shtetl-sort-du-placard">ce beau spectacle</a> (en allemand) l’année passée. C’est donc en français et avec une autre distribution que le musical est repris à Strasbourg, l’occasion de se familiariser avec le petit monde du shtetl Anatevka, autour du laitier Tevye, dont on ne connaît souvent que le fameux air « Ah si j’étais riche ».</p>
<p>Puisqu’il s’agit avant tout d’un théâtre musical, c’est le décor de <strong>Rufus Didwiszus</strong> et la mise en scène de <strong>Barrie Kosky</strong> qui interpellent de prime abord. Et pour ces deux aspects, le spectacle est une réussite éclatante. Le travail sur le décor est particulièrement intéressant : Barrie Kosky ne souhaitait pas montrer un shtetl proche des visions de Chagall ou des scènes de village caricaturales du <em>Bal des vampires</em>, mais voulait quelque chose de plus intemporel qui résonne en tout un chacun. Et de fait, le décor consiste essentiellement en armoires empilées qui habillent l’espace et servent tour à tour de lits ou de maisons, les battants utilisés pour les entrées et les sorties. Le résultat est du plus bel effet mais ce qui pourrait tourner au vaudeville avec des portes qui claquent se teinte de nostalgie et de mélancolie pour ensuite tendre vers l’intemporel, notamment vers la fin où la neige tombe drue et sans discontinuer sur un plateau nu. Au rejet des traditions des filles de Tevye qui aiment selon leur cœur plutôt que de céder aux alliances imposées par la marieuse Yente, aux tensions entre la communauté juive et les goys russes, aux pogroms qui s’annoncent et contraignent nos héros à l’exil s’ajoutent des dialogues teintés d’ironie et d’humour noir qui masquent à peine le désespoir sous-jacent à l’intrigue. Le metteur en scène australien sait de quoi il parle, son grand-père ayant fui un shtetl en 1905. Et pourtant, le sens de la fête, la gaieté de la musique et la force de vie sont constamment présentes. Difficile de résister, en particulier, aux accents klezmer de la tradition musicale yiddish qui contribuent à énergiser ce spectacle de trois heures où l’on ne s’ennuie pas une seconde. Il faut notamment saluer le travail remarquable du chorégraphe <strong>Otto Pichler</strong> et des merveilleux danseurs qui ont rencontré un succès mérité au cours de la première.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/a_acte_2_violon_sur_le_toit_gp5852_photoklara_beck.jpg?itok=BFmV-bW1" title="© Klara Beck" width="468" /><br />
	© Klara Beck</p>
<p>Du côté des voix, il faut s’habituer à la sonorisation, quasi systématiquement de mise pour les comédies musicales, et surtout prendre en considération le fait que la pièce a été écrite pour des comédiens chanteurs et non l’inverse. Oublions donc momentanément le Tevye d’Ivan Rebroff ou encore celui de Bryn Terfel qui s’en donnait à cœur joie à <a href="https://www.forumopera.com/gala-2016-anja-harteros-ekaterina-gubanova-jonas-kaufmann-et-bryn-terfel-baden-baden-le-diable-a">Baden-Baden</a> dans un « If I were a Rich Man » d’anthologie pour écouter <strong>Olivier Breitman</strong>, magnifique comédien dont la voix bien timbrée met en valeur ses monologues ou plutôt ses conversations avec l’Éternel. Son épouse Golde, maîtresse femme dont la lassitude cache une force et un courage intacts est magistralement interprétée par <strong>Jasmine Roy</strong>. Les trois filles à marier se complètent avec grâce et <strong>Neïma Naouri</strong> (fille de Natalie Dessay) affiche une belle maturité fièrement acquise dans le rôle de Tzeitel, secondée par une vaillante Hodel (<strong>Marie Oppert</strong>) et une très touchante Chava (<strong>Anaïs Yvoz</strong>). Les maris tirent aussi leur épingle du jeu, en particulier le doux rêveur qu’est le tailleur Motel Kamzoil dont le rôle va comme un gant à <strong>Alexandre Faitrouni</strong>, sans oublier le volontaire voire exalté Perchik habité par <strong>Sinan Bertrand</strong>, ou encore le serein mais volontaire Lazar Wolf (<strong>Denis Mignien</strong>). Tous les autres soutiennent bravement les rôles principaux, avec une mention spéciale pour la formidable marieuse Yente (<strong>Cathy Bernecker</strong>). Les chœurs, quant à eux, sont à leur meilleur, très à l’aise également dans le jeu théâtral et l’occupation de l’espace, tout comme dans les chorégraphies. Ils savent décidément tout faire…</p>
<p>L’Orchestre symphonique de Mulhouse semble se régaler des sonorités d’Europe centrale et le plaisir de jouer qui émane de la fosse provoque de furieuses envies de gigoter chez les spectateurs. Nul doute que le chef <strong>Koen Schoots</strong> y ait également trouvé son compte.</p>
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		<title>SONDHEIM, Into the Woods — Toulon</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/into-the-woods-toulon-il-etait-une-fois/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 09 Nov 2019 14:48:41 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Malgré la réussite confirmée des entreprises de Jean-Luc Choplin en faveur de la comédie musicale (Funny Girl), on comprend mal la condescendance des responsables lyriques pour le genre. Osons l’écrire, il y a plus de richesse intellectuelle et musicale dans cette réalisation de Into the Woods que dans bien des opéras du répertoire, revisités par &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Malgré la réussite confirmée des entreprises de Jean-Luc Choplin en faveur de la comédie musicale (<a href="/funny-girl-paris-marigny-fanny-les-patins">Funny Girl</a>), on comprend mal la condescendance des responsables lyriques pour le genre. Osons l’écrire, il y a plus de richesse intellectuelle et musicale dans cette réalisation de <em>Into the Woods</em> que dans bien des opéras du répertoire, revisités par tel ou tel metteur en scène. Toulon est l’une des trop rares scènes françaises à accorder toute sa place au genre. On se souvient de <em>Wonderful Town</em>, de Bernstein, réalisé ici, puis diffusé en vidéo. Après <em>Follies</em> et <em>Sweeney Todd</em>, la capitale varoise nous offre ce troisième musical de Sondheim, déjà produit à Hardelot et Massy (<a href="/into-the-woods-massy-quand-la-feerie-tourne-a-la-psychanalyse">Quand la féérie tourne à la psychanalyse</a>).</p>
<p>Le vétéran de la comédie musicale  créait à Broadway, en 1987, une œuvre ambitieuse qui tranchait avec la production du temps : <em>Into the Woods</em>, conte pour enfants (et grands enfants), où se combinent les intrigues de plusieurs, écrits par Grimm (<em>Cendrillon</em>, <em>le Petit chaperon rouge</em>, <em>Raiponce</em>) et d’un anonyme anglais (<em>Jack et le haricot magique</em>). L’œuvre a été reprise plus de 800 fois, très régulièrement à Broadway, Londres et bien d’autres lieux. Tous ces contes ont en commun de se dérouler en forêt, où tous les personnages sont appelés à vivre ensemble. Un conflit de voisinage a amorcé l’action : la sorcière, lésée dans son jardin par les parents du boulanger, a jeté un sort : Mr et Mrs Baker ne pourront avoir d’enfant, à moins de réunir cinq objets appartenant à des personnages de contes différents… Ainsi les histoires vont s’entrecroiser, les personnages interagir, pour notre plus grand bonheur, et former une œuvre originale et forte, burlesque, loufoque et onirique, où la joie se teinte parfois d’amertume : les gentils, comme les méchants ne sont pas ceux que l’on croit, on le verra au second acte. Le premier, souvent donné seul (il a connu une version « scolaire », avec grand succès), se suffit à lui-même, et on en sort réjoui. Cependant, après le second, il apparaît comme une mise en bouche, ou en oreille. En effet, c’en est à la fois la continuation, le symétrique désenchanté – où les valeurs sont inversées – malgré son caractère onirique, et le couronnement, avec une fin aussi inattendue que bienvenue, chaleureuse, optimiste, morale. Il n’y a pas lieu de s’en plaindre.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="395" src="/sites/default/files/styles/large/public/into_the_woods_4.jpg?itok=hISW3HIr" title="Cendrillon, ses soeurs et sa mère © Frédéric Iovino" width="468" /><br />
	Cendrillon, ses soeurs et sa mère © Frédéric Iovino</p>
<p>Le librettiste a parlé d’un « fourre-tout symbolique ». Convenons qu’il est d’une richesse singulière. Grimm, Freud et Ionesco s’y retrouvent. La littérature psychanalytique relative aux contes de fées est riche. Deux ouvrages en français ont connu la plus large diffusion (Jack Zipes : <em>les contes de fées et l’art de la subversion</em>, 1986 ; Bruno Bettelheim : <em>Psychanalyse des contes de fées</em>, 1976, devenu un classique). On ajoutera une référence externe, inattendue. Malgré son immense culture, il est peu vraisemblable qu’Umberto Eco ait connu le musical de Sondheim. Cependant, le spectacle invite particulièrement à la relecture des <em>Six promenades dans les bois du roman et d’ailleurs</em>, où l’interaction entre la fiction et le réel sont analysés, du conte de fées jusqu’à l’élaboration du sinistre <em>Protocole des sages de Sion</em>.</p>
<p>Le premier acte s’ouvre sur un divan-méridienne, assorti de l’incontournable psychanalyste-narrateur, <strong>Scott Emerson</strong>, dont les talents de conteur, d’acteur et de chanteur sont indéniables, colorés d’un zeste savoureux d’accent anglais. L’immense drap immaculé qui tapisse le fond de scène tombera pour nous dévoiler un décor singulier. Des éléments rectangulaires mobiles, à usages multiples (fenêtres, vitrines-placards, sas) recomposent en permanence les images à la faveur d’éclairages virtuoses. Les costumes de <strong>Frédéric Olivier</strong>, très caractérisés, colorés à souhait, fidèles aux clichés (les Princes, le Loup, Cendrillon princesse, le Petit chaperon rouge…) ou décalés (les sœurs de Cendrillon, irrésistibles de drôlerie en drag-queens, perruques assorties aux tuniques jaune et pivoine, frappées de cécité dans la seconde partie,) sont un régal. <strong>Olivier Bénézech</strong>, auquel on est redevable de tant de mises en scène lyriques, a illustré fréquemment la comédie musicale (il signera <em>South Pacific</em>, de Rodgers et Hammerstein, en mars prochain, ici même). Il paraît impossible de mieux servir l’ouvrage, avec une réelle économie de moyens, sans paillettes. La direction d’acteur est millimétrée, comme les belles chorégraphies collectives qui rythment chaque acte. Cela pétille d’intelligence, de fantaisie et de sensibilité. Chacun y trouve son miel, de l’enfant, avide de merveilleux et de cocasserie, à l’adulte cultivé, qu’il interroge. Les vérités et le mensonge, la vie et la mort, le bien et le mal, la solitude, la propriété, la transmission, la responsabilité individuelle et la solidarité… on n’en finirait pas d’énumérer les thèmes abordés par ces paraboles, sans en avoir l’air, dans la légèreté, l’humour et la poésie. Toujours le propos est divertissant, mené tambour battant, avec fraîcheur.</p>
<p>Tout est chanté en anglais, avec certains dialogues en français (signés de <strong>Sinan Bertrand</strong>). L’intelligibilité est idéale et l’angliciste moyen pourrait se passer des sur-titrages. Une trentaine de musiciens, en fosse, suffisent à notre bonheur. La partition originale, inventive à souhait fait appel à tous les styles pour animer ou soutenir l’action. Le jazz, la ballade, le rock et la pop, mais aussi des traits ravéliens, sont unifiés, avec une bande son (les oiseaux, le géant). L’invention n’est pas moindre que chez Bernstein (Sondheim écrivit les textes des songs de <em>West Side Story</em>). La direction de <strong>Samuel Sené</strong>, efficace, toujours attentive à chacun et aux intentions des auteurs, excelle à créer ces atmosphères changeantes, en ciselant les détails, en valorisant les contrechants, en animant les éléments rythmiques. Même si certaines mélodies s’inscrivent dans la mémoire à la faveur de leur retour, on ne compte pas vraiment de standard.</p>
<p>Tous les chanteurs sont comédiens et danseurs, rompus aux exigences du genre. Aucun rôle dominant, la distribution permettant à chacun-e de participer aux dialogues comme au chant. Le genre l’impose, toutes les voix sont amplifiées. Derrière cette manipulation, aisément compréhensible, on en identifie certaines d’une rare qualité. Aucune faiblesse dans la distribution, tout est toujours juste, caractérisé à souhait. L’esprit de troupe, au meilleur sens, la complicité, sont manifestes. Unique changement par rapport à Massy, Mr Baker, est ici <strong>Jérôme Pardon</strong>. Voix saine et jeu convaincant, il nous réserve de fort beaux moments d’émotion, au second acte particulièrement. Le couple qu’il forme avec <strong>Jasmine Roy</strong> (Mrs Baker) est une absolue réussite. On se souvient de son chant et de son jeu dans <em>Les parapluies de Cherbourg</em> (<a href="/les-parapluies-de-cherbourg-metz-douceur-et-amertume">Douceur et amertume</a>). Les facettes inattendues qu’on lui découvre au fil de la narration sont autant d’occasions de déployer ses talents. Cendrillon, <strong>Dalia Constantin</strong>, parle la langue des oiseaux dont elle fera ses alliés pour vaincre le géant tyrannique. Sa fraîcheur d’émission s’accorde parfaitement au rôle. Un petit Chaperon rouge, qui n’a pas froid aux yeux, est chanté par <strong>Charlotte Ruby</strong>, également Raiponce (fille de la sorcière). Celle-ci (Meryl Streep dans le film produit par les studios de Disney) est chantée et jouée avec verve, truculence et sensibilité par <strong>Alyssa Landry</strong>. Son air « The last midnight, the last wish » est chargé d’émotion, comme le tendre chant dédié à sa fille recluse. Sinan Bertrand est aussi séduisant en Loup qu’en Prince de Cendrillon. Avec son frère, Prince de Raiponce, ils forment un duo extraordinaire (« Agony »). Jack, <strong>Grégory Garell</strong>, et Blanche-lait, sa vache que tous convoitent, ne sont pas moins attachants.</p>
<p>Tout concourt à la réussite d’un spectacle abouti, à l’humour déjanté, captivant, impertinent et profond, intelligent, sous son apparente légèreté. Le public est enthousiaste et applaudit chaleureusement cet hymne à la vie et à l’amour.</p>
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		<title>LEGRAND, Les Parapluies de Cherbourg — Metz</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/les-parapluies-de-cherbourg-metz-douceur-et-amertume/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 18 May 2019 05:14:45 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Rendre compte d’un tel spectacle lorsqu’on chausse les lunettes de critique lyrique, est un exercice délicat, malaisé. L’univers de la comédie musicale n’est pas celui de l’opéra. Les voix sont amplifiées, comme l’orchestre, et les exigences ne se recouvrent pas toujours. Rappelons succinctement le sujet. En 1964, Les Parapluies de Cherbourg de Jacques Demy et Michel Legrand &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Rendre compte d’un tel spectacle lorsqu’on chausse les lunettes de critique lyrique, est un exercice délicat, malaisé. L’univers de la comédie musicale n’est pas celui de l’opéra. Les voix sont amplifiées, comme l’orchestre, et les exigences ne se recouvrent pas toujours.</p>
<p>Rappelons succinctement le sujet. En 1964, <em>Les Parapluies de Cherbourg</em> de Jacques Demy et Michel Legrand triomphent en salle et obtiennent la Palme d&rsquo;Or au Festival de Cannes. L&rsquo;histoire se déroule à Cherbourg en 1957 : Madame Emery et sa fille Geneviève tiennent une boutique de parapluies. Cette dernière aime éperdument Guy, jeune mécanicien appelé à faire son service militaire en Algérie. Il vient annoncer son départ. Les deux jeunes gens se promettent un amour éternel, mais la vie va en décider autrement&#8230;</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/les_parapluies_de_cherbourg_c_gael_bros_9.jpg?itok=obfwvHir" title="Geneviève et Guy © Gaël Bros" width="468" /><br />
	© Gaël Bros</p>
<p>S’il a laissé nombre d’œuvres « classiques », Michel Legrand n’a jamais touché à l’opéra. Manque de confiance, de temps ? Comment ne pas le regretter à la sortie de cette transcription lyrique des <em>Parapluies de Cherbourg</em> ? La musique « classique » tout autant que le jazz infusent son écriture. Le prodigieux inventeur de mélodies – « enfant caché de Fauré et de Gershwin » (Eric-Emmanuel Schmitt) – le formidable arrangeur, orchestrateur (3 Oscars, jamais le moindre César) disparu récemment, nous lègue bien des trésors, succès impur des musiques écrites dans l’instant, pour certains.</p>
<p>Le film trouve ici sa traduction scénique fidèle, fruit de l’adaptation de <strong>Patrick Leterme</strong>, qui dirige ce soir son ensemble <em>Candide Orchestra</em>. La réalisation, belge, mobilise une équipe jeune dont les parcours individuels ressemblent étrangement aux voies empruntées par Michel Legrand. La musique « classique » s’y marie au jazz, à la chanson, à la comédie musicale, à la danse. Les polyvalences sont nombreuses et participent à l’esprit du spectacle : comme il se doit, les comédiens chantent, les chanteurs sont de bons comédiens, et se joignent parfois aux danseurs.</p>
<p>La mise en scène – modestement nommée « mise en espace » – ne vise rien d’autre que de servir l’histoire comme la musique, et de transmettre l’émotion, ce qu’elle réalise parfaitement. Un dispositif ingénieux, partageant l’espace scénique en quatre, ou en deux, dans des formats variés, avec l’illusion de gros plans lorsque le cadre se resserre, autorise des séquences brèves, à un rythme soutenu, procédés on ne peut plus cinématographiques. C’est une symphonie de couleurs, souvent crues, délibérément datées. L’usage qui en est fait participe à l’unité et au climat dramatique : rouge le temps de la passion, vert pour celui des tourments et de la trahison, bleu pour la nostalgie et la consolation, le blues. Les chorégraphies sont inventives et leur illustration est toujours un régal, des mécanos, collègues de Guy, aux ébats des filles à matelots. La scène du mariage, en blanc, de Geneviève enceinte jusqu’aux yeux, sur une musique qui parodie avec humour la pompe baroque française, est une réussite singulière. La lecture silencieuse des deux lettres (de Guy, puis de Roland) par Geneviève, le texte étant chanté par leurs auteurs, dont l’image apparaît derrière la jeune fille, n’est pas moins achevée. Ni pathos, ni mièvrerie, le sujet (la guerre d’Algérie et la vie des appelés du contingent) ne s’y prête pas. L’émotion, la tendresse, la pudeur sans pudibonderie, sont de rigueur.</p>
<p>La chanson de Geneviève est dans toutes les oreilles, fil conducteur de l’ouvrage, qui pare la mélodie d’habits renouvelés. Le finale, chanté en polyphonie par tous les acteurs, est repris avec bonheur par un public ému et conquis, et restera longtemps encore en mémoire. Seul petit regret, l’inégalité vocale des interprètes.<strong> Jasmine Roy</strong> (Madame Emery), <strong>Marie-Catherine Baclin</strong> (Tante Elise) sont d’authentiques chanteuses, voix timbrées, chaleureuses, articulation parfaite. Les voix d’hommes ne comportent aucune faiblesse. <strong>Gaétan Borg</strong>, ténor, campe un Guy parfaitement convaincant, excellent comédien de surcroît, tout comme les barytons <strong>Grégory Benchenafi</strong> (Roland Cassard) et <strong>Franck Vincent</strong> (Monsieur Dubourg). Geneviève, que chante <strong>Camille Nicolas</strong>, ne singe jamais Catherine Deneuve, mais n’a pas la voix de Danielle Licari, qui lui prêtait la sienne. Dès qu’elle force, elle se fait nasale, ingrate. Il en va de même pour Madeleine (<strong>Julie Wingens</strong>), jolie voix qui perd ses qualités de fraîcheur pour se faire acide, pointue dès qu’elle projette. Mais ne boudons pas notre bonheur : l’ensemble est réjouissant et l’on sort conquis. D’autant que l’orchestre de solistes se prête avec vigueur et souplesse à la direction inspirée et attentive de Patrick Leterme, à qui l’on doit les arrangements.</p>
<p>17 musiciens en fosse, tous solistes, autant de chanteurs-comédiens-danseurs en scène, voilà une réalisation exemplaire pour un budget modeste, à laquelle on souhaite la plus large diffusion.</p>
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		<title>SONDHEIM, Into the Woods — Massy</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/into-the-woods-massy-quand-la-feerie-tourne-a-la-psychanalyse/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Anne Heijboer]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 19 Jan 2019 05:02:21 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C’est en catimini que la soirée a commencé. Les retardataires ont pris place, les portes se sont fermées : le début de la représentation est imminent. Les conversations cessent et les spectateurs tournent les yeux vers la scène. Mais rien ne se passe et la salle est toujours illuminée. Après quelques minutes d’attente, des rumeurs de conversation &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est en catimini que la soirée a commencé. Les retardataires ont pris place, les portes se sont fermées : le début de la représentation est imminent. Les conversations cessent et les spectateurs tournent les yeux vers la scène. Mais rien ne se passe et la salle est toujours illuminée. Après quelques minutes d’attente, des rumeurs de conversation s’élèvent à nouveau. Attentons-nous d’autres spectateurs ? Y a-t-il un problème en coulisses ? Alors que chacun s’interroge, une femme habillée en domestique apparaît sur scène armée d’un chiffon et entreprend de dépoussiérer le magnifique divan blanc trônant au centre du plateau. Un rapide coup d’œil en direction de la fosse d’orchestre nous confirme que la soirée a bel et bien débuté : le chef d’orchestre <strong>Samuel Sené</strong>, devant son pupitre, fait signe aux musiciens de s’accorder. La domestique (qui ne peut être que Cendrillon) est rapidement rejointe par ses comparses. Ensemble, ils mettent en place sous nos yeux le décor d’une salle d’attente. Quand soudain retentit le fameux « il était une fois ». Les lumières s’éteignent brusquement, la musique s’élève, le show commence.</p>
<p>Pour ne pas tomber dans les travers d’une œuvre difficilement compréhensible (comme <em>Il Trovatore</em> de Verdi), <strong>Stephen Sondheim</strong> et <strong>James Lapine</strong> ont utilisé deux ressorts théâtraux efficaces. Le premier consiste à insérer un fil conducteur qui justifierait la réunion des quatre contes en un seul et même livret. Ils inventent alors l’histoire du voyage initiatique entrepris par le boulanger et sa femme pour lever la malédiction dont ils sont victimes et enfin devenir parents. Le second concerne l’insertion de la figure d’un narrateur à qui ils confient la mission de rappeler l’histoire des quatre contes racontés (Raiponce, Cendrillon, Jack et le haricot magique, le Petit Chaperon Rouge) et de mettre en exergue les liens entre les différentes aventures. Si le premier acte se termine comme un conte de fées, le deuxième acte nous plonge dans le drame et les méandres de la psychanalyse. En effet, comment peut-on par exemple croire une seule seconde que Raiponce, séquestrée par sa mère pendant quatorze années peut être saine d’esprit ? Lapine et Sondheim imaginent une nouvelle lecture des contes et de leur enseignement : les personnages les plus antipathiques, tels que la sorcière, martèlent des vérités dures à entendre et les « gentils » sont les moins honnêtes (« je suis Prince Charmant, pas Sincère », acte 2). Le sujet n’est plus l’éducation des enfants, mais plutôt la difficulté d’être parent et les drames de la vie.</p>
<p>En accentuant cette lecture psychanalytique (notamment par l’évocation du « divan »), <strong>Olivier Bénézech</strong> et <strong>Grégory Leteneur</strong> apportent à leur scénographie une vision plus contemporaine. A l’exception de Cendrillon, aucun personnage ne porte ses « véritables » habits de conte : la cape du Petit Chaperon Rouge est devenue un manteau, Raiponce porte une robe moderne… De plus, les clins d’œil à notre temps deviennent des rouages comiques à l’instar du selfie pris par les deux Princes après avoir chanté leur désespoir de ne pas avoir encore trouvé leur princesse (« Agony », acte 1).</p>
<p>Toujours dans l’optique de guider le public dans les méandres de l’histoire, Olivier Bénézech et Grégory Leteneur optent pour une collaboration très étroite entre la mise en scène et la scénographie. La lumière (<strong>Jean-Baptiste Cousin</strong>) ne participe pas seulement à l’ambiance générale (le vert évoquant la forêt, etc.), mais devient un moyen efficace de focaliser l’attention des spectateurs sur une partie des actions jouées sur scène. Quant à la direction des acteurs sur le plateau elle est entièrement dévouée à l’explicitation des cheminements intérieurs de chacun des personnages : les gestes, les mouvements, les déplacements ne sont jamais gratuits, toujours incarnés. Et si la carte de la comédie décalée prend régulièrement le dessus (Mr Baker qui chante en voix de tête après avoir pris un coup entre les deux jambes par le Petit Chaperon Rouge au premier acte), le désespoir des personnages alors que la mort frappe aveuglément est également très convaincant.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" height="310" src="https://www.forumopera.com/sites/default/files/styles/large/public/intothewoods9cfrederic_iovino.jpg?itok=mWSUw1W2" style="background-color: transparent;border-bottom-style: none;border-bottom-width: 0px;border-left-style: none;border-left-width: 0px;border-right-style: none;border-right-width: 0px;border-top-style: none;border-top-width: 0px;quot;quot;quot;quot;,sans-serif;font-size: 11.93px;font-style: normal;font-variant: normal;font-weight: 400;letter-spacing: normal;margin-bottom: 0px;margin-left: 0px;margin-right: 0px;margin-top: 0px;padding-bottom: 0px;padding-left: 0px;padding-right: 0px;padding-top: 0px;text-align: left;text-decoration: none;text-indent: 0px;text-transform: none;vertical-align: baseline" width="468" /><br />
	© Frédéric Iovino</p>
<p>Pour interpréter une comédie musicale, il ne suffit pas d’avoir de bons comédiens, il faut également de bons chanteurs. Sous la baguette d’un Samuel Sené efficace et toujours attentif et d’un orchestre de l’Opéra de Reims à la hauteur de la partition, les prestations des comédiens-chanteurs de cette production ont été très convaincantes. Armée de voix typées<em> musical</em> et le plus souvent d&rsquo;une impeccable diction, la joyeuse troupe a fait passer le public massicois des rires aux larmes avec une facilité déconcertante.</p>
<p>Les interprètes ont ainsi particulièrement brillamment révélé les états d&rsquo;âme de leurs personnages. <strong>Jasmine Roy</strong> (Mrs Baker) dévoile peu à peu les contours d’une femme facile, <strong>Dalia Constantin</strong> incarne une Cendrillon éternellement insatisfaite, quand <strong>Grégory Garell</strong> se glisse dans la peau d’un Jack rattrapé par la dureté de la vie.</p>
<p>Suivant les canons de la comédie musicale, les chanteurs modifient constamment le timbre de leur voix pour transmettre le plus efficacement possible l’émotion de leurs personnages. Ainsi <strong>Alyssa Landry</strong> (la Sorcière) n’hésite pas à glisser vers le slam quand son personnage s’emballe voire le rap quand elle s’énerve pour de bon (acte 1). <strong>Charlotte Ruby</strong> (le Petit Chaperon Rouge) pousse à l’extrême la caricature de son personnage en adoptant un timbre nasillard, même si cela signifie sacrifier la justesse de son exécution vocale. Le ténor <strong>Sinan Bertrand</strong> réussit quant à lui à travestir sa voix pour incarner différents personnages : timbre rock’n’roll sombre digne d’un baryton quand il incarne le Loup ; voix de fausset et minauderies insupportables quand il se glisse dans le personnage de Florinda ; et un timbre clair de jeune premier quand il endosse le rôle du prince Charmant.</p>
<p>Mais de tous, c’est <strong>Scott Emerson</strong> qui livre l’interprétation théâtrale et vocale la plus impressionnante. Passant sans aucune difficulté de sa voix parlée à sa voix chantée, il oscille avec une facilité étonnante entre un timbre lyrique (l’Homme Mystérieux) et un de variété (le Narrateur), mais aussi entre la voix parlée éraillée d’une vieille femme (la Mère de Jack) et celle très maniérée de la Marâtre. De plus, sa très bonne diction française et son séduisant groove lui permettent de véhiculer sur chacune de ses phrases une intention musicale convaincante.</p>
<p>Commencée sur la pointe des pieds, la soirée se termine en beauté dans les rires et les applaudissements. Bravo !</p>
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		<title>Wonderful Town</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/wonderful-town-dans-un-etat-proche-de-lohio/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 11 Jan 2019 06:20:09 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Ah, si les directeurs de salles faisaient preuve d’un peu plus d’originalité, peut-être échapperait-on à la énième reprise d’un West Side Story totalement muséifié, figé dans ses « chorégraphies originales » surveillées de près par les ayant-droits, ce qui empêche toute mise en scène nouvelle. Si l’on veut rendre hommage à Leonard Bernstein, il y a bien &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Ah, si les directeurs de salles faisaient preuve d’un peu plus d’originalité, peut-être échapperait-on à la énième reprise d’un <em>West Side Story</em> totalement muséifié, figé dans ses « chorégraphies originales » surveillées de près par les ayant-droits, ce qui empêche toute mise en scène nouvelle. Si l’on veut rendre hommage à Leonard Bernstein, il y a bien des titres qui mériteraient tout autant d’être (re-)proposés au public. En cette année de centenaire, Paris a eu droit à <em>Trouble in Tahiti</em> et à <em>Mass</em>, mais <a href="http://https://www.forumopera.com/wonderful-town-toulon-swinging-toulon">il fallait aller à Toulon</a> pour découvrir en création française le très savoureux <em>Wonderful Town</em>.</p>
<p>C’est en 1953 que fut créée cette comédie musicale, soit quatre ans avant <em>West Side Story</em> et neuf ans après <em>On the Town</em>. De ce premier grand succès, <em>Wonderful Town</em> reprend l’idée d’un éloge de New York, ville qui broie souvent les provinciaux ambitieux mais qui, cette fois, propulse vers la gloire deux jeunes filles venues de cet Ohio qu&rsquo;elles regrettent d&rsquo;abord d&rsquo;avoir quitté dans un duo fameux (« Why, oh why, oh why, oh&#8230;»). Inspiré de nouvelles publiées dans l’entre-deux-guerres, le livret situe explicitement l’action en 1935, et Bernstein profita de l’occasion pour rendre un discret hommage à Gershwin, au swing, à la conga, et même au plus ancien ragtime.</p>
<p>La production toulonnaise se dispense de ce feuilletage temporel et opte résolument pour l’actualisation : on le voit d’emblée, les téléphones sont portables, on trouve quelques références explicites à Donald Trump, et dès le premier numéro de la partition, le guide pilotant un groupe de touristes dans Christopher Street, une artère de Greenwich Village, mentionne le Stonewall Inn et les émeutes de 1969 qui marquèrent le point de départ du mouvement activiste gay. Pourtant, les costumes colorés brouillent un peu les pistes, avec des robes au look un peu fifties, des pantalons à la coupe seventies, et des clins d’œil à d’autres décennies plus proches. Grâce à des vidéos très réussies, la scénographie transcende un cadre de scène assez étroit. Une formidable équipe de danseurs évolue dans cet espace au gré de chorégraphies dynamiques, et la mise en scène fluide évolue d’un lieu à l’autre sans solution de continuité. <strong>Olivier Bénézech </strong>semble depuis quelques années s’être fait une spécialité des comédies musicales, dont il traduit fort bien le rythme et l’humour.</p>
<p>Dans la fosse, le rythme ne paraît pas toujours au rendez-vous. <strong>Larry Blank</strong> est peut-être plus à l’aise dans le rôle d’arrangeur et d’orchestrateur que celui de chef, et sa direction paraît d’abord un peu placide, avec une ouverture où les différents thèmes cités manquent de nerf. A titre de comparaison, on jettera une oreille du côté du DVD enregistré par Sir Simon Rattle à la tête des Berliner Philarmoniker, une version de concert réunissant Kim Criswell, Andra McDonald et Thomas Hampson.</p>
<p>Heureusement, sur le plateau, l’Opéra de Toulon a su faire les bons choix. D’abord en trouvant toute une brochette d’artistes auxquels la langue anglaise ne pose aucun problème, pour toutes sortes de raisons. Même si les gros plans permis par le DVD révèlent qu’elle n’est plus tout à fait une débutante, la Québécoise <strong>Jasmine Roy </strong>brûle les planches et possède exactement le timbre qui convint pour succéder à Rosalind Russell, créatrice du rôle. Bien que française, <strong>Raffaëlle Cohen</strong> a grandi à Londres, d’où son anglais parfait ; elle danse fort bien, et son Eileen délicieusement naïve offre le contraste adéquat avec sa grande sœur. Si son aigu se fait parfois un rien acide, elle n’en maîtrise pas moins les vocalises à la Cunégonde que Bernstein a insérées dans le quatuor « Conversation Piece ». <strong>Maxime de Toledo</strong> est franco-américain, et sa voix de baryton est parfaitement employée dans le premier rôle masculin. Il est amusant de retrouver dans plusieurs personnages secondaires le ténor américain <strong>Scott Emerson</strong>, qui avait fait partie de la jeune troupe de l’Opéra-Comique du temps de Pierre Médecin. Vu dans <em>Kiss me, Kate</em> au Châtelet en 2016, <strong>Thomas Boutilier</strong> réussit à s’imposer dans le rôle de Wreck où il bénéficie d’un seul air. On ne présente plus <strong>Jacques Verzier</strong>, devenu au Théâtre de la Croix-Rousse de Lyon le grand ordonnateur des <em>musicals.</em> Autour d’eux s’affaire une nuée de figures secondaires, tous également sonorisés. Un DVD à déguster d’une traite, et à revisionner sans modération.</p>
<p> </p>
<p><iframe allow="accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture" allowfullscreen="" frameborder="0" height="315" src="https://www.youtube.com/embed/VU7dOTbi5aU" width="560"></iframe></p>
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		<title>BERNSTEIN, Wonderful Town — Toulon</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wonderful-town-toulon-swinging-toulon/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Tania Bracq]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 26 Jan 2018 08:00:53 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/spectacle/swinging-toulon/</guid>

					<description><![CDATA[<p>Le tandem Claude-Henri Bonnet/Olivier Bénézech est friand des pépites de Broadway. Après Follies et Sweeney Todd de Stephen Sondheim, c’est Wonderful Town, monté pour la première fois en France, qui permet de fêter avec panache le centenaire de la naissance de Leonard Bernstein. Quatre ans avant West Side Strory, le compositeur s’y livre à une &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le tandem Claude-Henri Bonnet/Olivier Bénézech est friand des pépites de Broadway. Après <em>Follies </em>et <em>Sweeney Todd</em> de Stephen Sondheim, c’est<em> Wonderful Town</em>, monté pour la première fois en France, qui permet de fêter avec panache le centenaire de la naissance de Leonard Bernstein. Quatre ans avant <em>West Side Strory</em>, le compositeur s’y livre à une superbe déclaration d’amour à New York, comme ce sera le cas régulièrement au cours de sa carrière. Ce regard tendre n&#8217;empêche pas la satire de l’American dream qui nuance joliment le propos : « What a waste » (quel gâchis) chantent les protagonistes pour évoquer tout ces artistes débutants montés comme eux à la ville chercher succès, fortune et demeurant obscurs, confinés dans des travaux subalternes.</p>
<p>L’équipe artistique a travaillé avec autant d’intelligence que de fantaisie pour donner à voir tous les codes visuels d’une Big Apple fantasmée, sur laquelle chacun projette ses propres aspirations. <strong>Frédéric Olivier</strong> a conçu 250 costumes qui sont autant de clins d’oeil aux clichés de l’Amérique : touristes texans en goguette, sioux à la Village People, silhouettes afro ou « peace and love »… C’est un réjouissant syncrétisme de toutes les époques dont le mauvais goût assumé, entre paillettes et rouflaquettes, réjouit l’oeil.</p>
<p><strong>Luc Londiveau</strong> et<strong> Gilles Papain</strong> ont crée une scénographie efficace et éminemment séduisante. Elle permet de basculer aisément de l’intimité d’une mansarde miteuse aux tableaux d’ensemble qui nous font sillonner la ville entre gratte-ciel et placettes. La projection vidéo en fond de scène fonctionne parfaitement, sans placage. Telle une grande fenêtre sur la ville, elle ajoute un charme singulier à l’évocation de la mégalopole américaine.</p>
<p>La bluette qui sert de trame au spectacle est rendue avec beaucoup de fraicheur par une équipe de spécialistes de comédie musicale à dominante anglo-saxonne. <strong>Olivier Bénézech</strong> les dirige avec intelligence et finesse, assumant la naïveté fifties de la pièce, travaillant le naturel, la fluidité des transitions du parlé au chanté et surtout le rythme, fondamental pour ce répertoire, avec une belle acuité. Les scènes parlées sont réglées au cordeau, comme ce diner irrésistible de drôlerie, où chacun, gêné, cherche désespérément quoi dire. L’ensemble du plateau jouit d’une prononciation impeccable, tous sont d’excellents comédiens-danseurs-chanteurs.</p>
<p><strong>Jasmine Roy</strong> (Ruth) et <strong>Rafaëlle Cohen</strong> (Eileen) campent les deux sœurs venues chercher fortune à New York, regrettant leur province natale dans un duo connu « Why, o why Ohio » qui met en valeur l’assorti de leurs timbres. « Le ragtime de la fausse note » est l’occasion d’un nouveau duo tout aussi réussi doté du même humour.</p>
<p>Jasmine Roy est une épatante « performeuse » qui bénéficie de plusieurs moments forts de la partition. Allergique aux bonnes nouvelles, elle nous donne « 100 ways to loose a man » (100 moyens de perdre un homme). La voix n’est pas très percussive mais joliment posée, très naturelle, avec de beaux graves. La présence très juste et émouvante et assume parfaitement l’absurde de certaines scènes comme le « gesundheit »</p>
<p>Rafaëlle Cohen lui donne la réplique, minaudant à plaisir sous son improbable brushing à la Farah Fawcett. La voix manque parfois très légèrement de rondeur, sans que ce soit tellement gênant puisque cela colle au style. Surtout, elle assume son rôle de charmante écervelée avec un engagement total, ce qui la rend touchante. Ses talents de comédienne lui permettent d’ailleurs une carrière complémentaire au cinéma. Face aux deux soeurs, <strong>Maxime de Toledo</strong> est un géant sympathique au timbre séduisant, le vibrato est un peu large, les registres gagneraient à être harmonisés mais la voie est bien projetée.</p>
<p>Si la sonorisation n’est pas toujours parfaitement calée, les nombreux seconds plan sont impeccables et les 12 danseurs de <strong>Johan Nus </strong>complètent avec bonheur cette distribution pléthorique, apportant une formidable énergie à l’ensemble et quelque contrepoints plein de poésie comme ce couple qui valse lorsque Robert se découvre amoureux.</p>
<p>L’Orchestre de l’Opéra de Toulon étoffé à près de 60 musiciens est, quant à lui, bluffant de crédibilité avec une mention spéciale au pupitre des cuivres qui est ici à la fête. La phalange est menée avec maestria par <strong>Larry Blank</strong>, spécialiste de ce répertoire. Il dirige avec souplesse une partition réjouissante, au swing contagieux, qui gagne à être (re)découverte.</p>
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