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	<title>David SOAR - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>David SOAR - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>SONDHEIM, Sweeney Todd &#8211; Zurich</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/sondheim-sweeney-todd-zurich/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 24 Dec 2023 10:30:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Puissance hors du commun de Bryn Terfel. Diable d’homme ! Et d’autant plus quand le rôle est diabolique. On se rappelle l’avoir vu sur la même scène il y a juste un an dans le rôle de Scarpia. Il ne faisait rien (hormis chanter bien sûr), il arpentait son bureau, et par sa seule stature &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Puissance hors du commun de <strong>Bryn Terfel</strong>. Diable d’homme ! Et d’autant plus quand le rôle est diabolique. On se rappelle l’avoir vu sur la même scène il y a juste un an dans le rôle de Scarpia. Il ne faisait rien (hormis chanter bien sûr), il arpentait son bureau, et par sa seule stature faisait peur. Dans ce <em>Sweeney Todd</em>, reprise d’une production de 2018 (reprise 100 % justifiée), il incarne la haine et le ressentiment. Et il est saisissant.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/sweeney_todd_c_monika_rittershaus_069-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-152855"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Bryn Terfel © Monika Rittershaus</sup></figcaption></figure>


<p>L’histoire en quatre ou cinq lignes, s&rsquo;il faut la raconter : un habile et gentil barbier de Fleet Street, Benjamin Barker, voit sa vie basculer le jour où un juge libidineux le condamne à quinze ans de bagne pour se débarrasser de lui et s’emparer de sa femme. Quinze ans plus tard, le proscrit revient sous le nom de Sweeney Todd, il apprend de sa voisine Mrs. Lovett que sa femme Lucy s’est empoisonnée et que sa fille Johanna est devenue la pupille du juge, maintenue sous clé. D’où le dessein de se venger en trucidant le juge Turpin et de retrouver cette Johanna âgée de quinze ans. Il se contente de cet assassinat jusqu’au moment où Mrs. Lovett lui suggère d’ajouter de l’utile (pour son commerce de tourtes à la viande en décrépitude) au simple crime, si l’on ose écrire… et versera dans un délire sanguinaire.</p>
<p>Une histoire qui brasse un certain nombre de passions humaines, la justice, la vengeance, la fidélité, l’amour paternel. Mais aussi le meurtre, la cruauté et le cannibalisme…<br>Issue de ce qu’on appelle aujourd’hui une légende urbaine : un barbier londonien à l’époque romantique aurait trucidé ses clients et transmis les corps à sa voisine, une fabricante de tourtes, pour qu’elle les transforme en farce goûteuse… Curieusement ce récit (ou ce fantasme) a son homologue parisien, tout aussi horrifique et remontant au Moyen-Age, mettant en scène un barbier et une charcutière de la rue des Marmousets dans l’ile de la Cité.<br>Au fil des adaptations, s’est ajouté à la légende noire du barbier le thème de la vengeance, Sweeney Todd devenant un cousin de Jean Valjean ou d’Edmond Dantès, cousin très sanguinaire, ce qu’ils ne sont pas.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="789" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/sweeney_todd_c_monika_rittershaus_177-1024x789.jpeg" alt="" class="wp-image-152860"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Angelica Kirschlager</sub> <sub>et Bryn Terfel © Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<p>Très naturellement se fait la comparaison entre cette version scénique et le film de Tim Burton. Évidemment que Bryn Terfel n’a guère de point commun avec la silhouette gracile d’un Johnny Depp au visage blafard et aux paupières ombrées d’un fard violet. Et que la voix frêle, presque chuchotée, de l’acteur n’a rien à voir avec les grandes orgues et les mugissements surhumains du géant gallois. La démesure est son domaine.</p>
<p>Le film jouait à plein le romantisme noir de l’East End londonien. À grands renforts de pavés mouillés, de fiacres inquiétants, de rues étroites plongées dans la nuit, de boutique lépreuse, de cave où brûlait un feu d’enfer, d’égouts où galopaient des rats, le génial décorateur Dante Ferretti avait ajouté une forte touche de fantastique aux vannes d’hémoglobine généreusement libérées par Tim Burton.</p>
<h4><strong>Brechtisme et music-hall</strong></h4>
<p>Ici l’effroi n’est pas moins oppressant, mais créé avec une étonnante économie de moyens (visibles tout au moins) par <strong>Andreas</strong> <strong>Homoki</strong> et son scénographe <strong>Michael Levine</strong>. De simples toiles peintes ennuagées de noir, ou évoquant vaguement des cheminées d’usines, descendent des cintres. Parfois la tringle s’arrête à mi-hauteur, comme pour créer un théâtre de marionnettes, où viennent s’afficher des personnages ou des choristes (un procédé semblable avait été utilisé par Homoki dans sa mise en scène de <em>Woyzeck</em>). Au premier plan, un cheminement de planches peut se soulever un peu pour laisser entrevoir des dessous mystérieux (la fameuse cave) et les personnages s’y glissent en rampant. Aucun décor réaliste par ailleurs.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/sweeney_todd_c_monika_rittershaus_189-1024x576.jpeg" alt="" class="wp-image-152861"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Monika Rittershaus</sup></figcaption></figure>


<p>Détail à noter : la scène est encadrée de grosses ampoules électriques au filament apparent, venues de quelque music-hall à l’ancienne, du genre Folies-Bergère, comme pour mettre à distance ce qui se déroule là, le sur-théâtraliser. Et le jeu des acteurs, volontiers caricatural, tutoiera le sur-jeu. Une mise à distance qui, pour le coup, nous fera penser souvent au brechtisme, et d’ailleurs il y a dans ce <em>Sweeney Todd</em>, formidable création de Stephen Sondheim, auteur à la fois des lyrics et de la musique, comme un souvenir de <em>L’Opéra de quat’ sous.</em></p>
<p>C’est au chœur que le metteur en scène confie le rôle d’être le décor du drame, il incarne la rue londonienne, l’opinion publique, le chœur antique. Homoki sait donner vie à un groupe, animer une masse; mais laisser à chaque choriste une personnalité, ne pas brimer les imaginations. L’une des premières images est l’arrivée de Sweeney Todd : une perche inclinée suffit à indiquer la coupée d’un navire, et les mouvements de balancement des choristes à suggérer la houle.</p>
<h4><strong>Les choristes en décor vivant</strong></h4>
<p>Il faut dire que la costumière <strong>Annemarie Woods</strong> s’est fait plaisir en dessinant une collection de crinolines, jaquettes, tenues de mineurs, pyjamas de bagnards, capelines, charlottes, casquettes et hauts-de forme assez réjouissante. Bourgeois, prolétaires des faubourgs, petites dames, tous dans un camaïeu de gris, anthracite, forment une manière de scénographie vivant.<br>Un <strong>Chœur de l’Opéra de Zurich</strong> nombreux, impressionnant de précision et de densité, augmenté de figurants pittoresques (particulièrement les deux ou trois barbus en grandes robes à paniers !), très habilement éclairé par <strong>Franck Evin</strong> sur fond de toiles peintes ombrageuses, l’impression d’une rue londonienne (de théâtre) est convaincante. S’en détachent ici ou là aussi un groupe de quatre hommes et deux femmes, qui en sont comme les porte-parole, très ardents. Eux aussi ils ont des « gueules », et d’ailleurs tout ça a de la gueule…</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/sweeney_todd_c_monika_rittershaus_034-1024x576.jpeg" alt="" class="wp-image-152853"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Sur l&rsquo;échelle Spencer Lang © Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<p>Il suffira d’une échelle maintenue par deux choristes pour évoquer l’estrade du camelot Toby faisant l’éloge de l’élixir capillaire du Signor Pirelli. Seul meuble de tout le spectacle, mais essentiel, le funeste fauteuil de barbier (à bascule) sera livré dans une boite de bois qu’une grue imaginaire fera descendre des cintres. Illusion parfaite aussi pour le basculement brutal des corps dans les tréfonds (on se demande s’il y a substitution par des mannequins, mystère qui fait partie du plaisir).<br />Bref la machine théâtrale fonctionne dans un esprit <em>less is more</em> et système D très drôle. C’est le ton même des comédies musicale de Broadway ou de Shaftesbury. </p>
<p>De là la question insoluble&#8230;. Opéra, opéra-comique ou comédie musicale ? Terfel lui-même dit « dark opérette ». Tout-à-fait <em>dark</em> en effet. Horrible même. La partition est d’une telle variété d’écriture que Stephen Sondheim n’aide guère à trouver la réponse. On y trouve toute la nomenclature. Des ariosos, des airs, du sprechgesang, du mélodrame, des chœurs à plusieurs voix, des mélodies sentimentales, des duos de basses, un quatuor vocal tout à fait réglementaire, de longues lignes mélodiques qu’interrompent insolemment des interventions parlées, tout cela sur une orchestration sans cesse surprenante, qui peut aller de tapis de violons soyeux riches en glucides, à des <em>riffs</em> jazzy, à des impertinences de piccolo, à des ponctuations d’orgue. <br />Sondheim sait aussi brosser une lumineuse volière musicale pour évoquer la petite Johanna rêvant à sa fenêtre en regardant voler les libres oiseaux avec tous les accessoires obligés de l’ornithologie musicale. Ou brosser un lumineux tableaux (<em>By the Sea</em>) dans des harmonies fondantes pour peindre les rêves de villégiature amoureuse de Mrs. Lovett, qui se verrait bien en épouse de barbier (ravissements costumes rayés et ombrelles gris tourterelle de touristes à la Henry James).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/sweeney_todd_c_monika_rittershaus_118-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-152858"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Bryn Terfel © Monika Rittershaus</sup></figcaption></figure>


<h4><strong>Une manière de chanter autre</strong></h4>
<p>La grande difficulté étant de trouver un style de chant adapté, et s’adaptant à toutes ces volte-face, sachant que dans une tradition très Broadway les chanteurs sont sonorisés via micros HF. Plus besoin d’utiliser constamment sa voix lyrique, ce serait même souvent incongru. Par exemple <strong>Angelica Kirschlager</strong> qui chante l’abominable Mrs. Lovett peut utiliser une voix de poitrine et oublier le souci de projeter les notes, elle peut souvent user d’un parlé-chanté un peu grinçant, style mégère, caricatural à souhait, bref se servir avec brio de plusieurs voix (tout en faisant entendre ici ou là de beaux graves où on la retrouve). Elle déroule un numéro d’actrice brillant, et avec son abattage un peu farfelu, forme un parfait alter ego pour Terfel, héritant du burlesque d’Angela Lansbury, la créatrice du rôle, auquel elle ajoute son charme désinvolte personnel. Son apparition après l’entracte dans une luxueuse grande robe de taffetas vert et violine (avec une nouvelle coiffure compliquée de muse romantique) suffira à démontrer que ses affaires sont devenues prospères.<br>Le public fera un triomphe à leur duo de la fin du premier acte (<em>A little Priest</em>), morceau de bravoure aux cordes graves enjôleuses, que viennent ponctuer des vents sardoniques, tout cela dans un mouvement de valse maléfique, funèbre, morbide, telle la Valse de Ravel.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/sweeney_todd_c_monika_rittershaus_105-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-152857"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>« A little Priest », par Angelica Kirschlager et Bryn Terfel » © Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<p>Autre exemple de travail vocal, <strong>Iain Milne</strong> qui incarne l’horrible exécuteur des hautes œuvres du juge, est souvent dans un quasi parlando, ce qui rend d’autant plus surprenantes les belles notes de vrai ténor qu’il lance à l’occasion.<br />La mendiante (pittoresque et très physique composition de <strong>Liliana Nikiteanu</strong>, très loin des rôles où on l’a admirée, brinquebalante, cauteleuse, émergeant des tréfonds, chante une manière d’argot cockney vaguement glapissant. C’est elle qui, répétant que la ville est en flammes à cause du feu d’enfer qu’entretient Mrs. Lovett pour cuire ses tourtes (<em>City on fire</em>), lancera le début de la fin. On ne saura qu’in extremis qui se cache sous cette défroque, révélation à la Eugène Sue.<br />Pittoresque aussi le signor Pirelli, où <strong>Daniel Norman</strong> peut ténoriser tant qu’il veut puisque Sondheim lui a écrit un pastiche d’air italien. Accent italien qui disparaîtra dès qu’il se dévoilera (et se dé-perruquera) comme ancien apprenti de Benjamin Barker et deviendra très encombrant. Un coup de rasoir bien placé résoudra la question.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="675" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/sweeney_todd_c_monika_rittershaus_082-1024x675.jpeg" alt="" class="wp-image-152856"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Lain Milne (barbe) © Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<p>C’est l’une des pesanteurs du genre, il faut une amourette et des romances. C’est à <strong>Elliot Madore</strong> qu’échoit le rôle d’Anthony, le pendant de Freddy dans <em>My Fair Lady</em> ou de Tony dans <em>West Side Story</em>. Du moins le chante-t-il sans fadeur d’une belle voix large, en équilibrant les deux styles de chant qu’il doit concilier : le phrasé lyrique et l’émission plus intime que demande le micro.<br>Beaucoup de fraicheur dans le timbre de <strong>Heidi Stober</strong> qui chante le rôle un peu anodin de Johanna.<br>En revanche le rôle de Toby, l’assistant de Pirelli entré au service de Todd, est d’un autre relief. Beau succès aux applauds pour <strong>Spencer Lang</strong>. Pétulant en bateleur sur son échelle (avec longue et fausse tignasse blonde grâce à l’élixir), on le retrouvera en amoureux transi de Mrs. Lovett (<em>Not while i’m around</em>). Le méchant juge Turpin a la belle voix de basse de <strong>David Soar</strong> à qui la partition offre de longues lignes onctueuses et notamment l’étonnante séquence de sa confession de puritain honteux de sa concupiscence : il a en transparence deviné le corps de sa pupille placée devant une fenêtre et dès lors doit l’épouser sans tarder. Homoki le fait se trainer à terre dans des poses expressionnistes très peinture baroque italienne.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/sweeney_todd_c_monika_rittershaus_049-1024x576.jpeg" alt="" class="wp-image-152854"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<h4><strong><em>A dark operette</em></strong></h4>
<p>Expressionniste, le mot est dit. C’est bien le ton général, avec beaucoup de sarcasme, de second degré, et la <em>darkness</em> dont parle Terfel, D’où vient qu’on y prenne un plaisir euphorique ? Car ce sont aussi des innocents que trucide le barbier et que la pâtissière passe à la moulinette. Psychanalystes, à vous !</p>
<p>Jubilatoire, la verdeur d’Angelica Kirschlager, glapissant son «&nbsp;Worst Pies in London&nbsp;» en débitant un rat au hachoir (coups de boutoir syncopés à l’orchestre). Lors de la création en 2018, elle avait affirmé que ce serait sa dernière prestation à l’opéra. Apparemment elle y revient avec plaisir. Autre exemple de son talent de diseuse, son récit des turpitudes du juge, commenté avec ironie par les hautbois, flûte, clarinette. <br>Le <strong>Philharmonia Zurich</strong>, dirigé par <strong>David Charles Abell</strong>, fait respirer cette partition versicolore, mélange subtil de raffinements et d’efficacité, dentelle et punch à la fois, très musique de film parfois, et soudain d’un lyrisme soutenu, tel le crescendo sur <em>My Friends</em>, ce moment où Sweeney Todd s’exalte en retrouvant ses rasoirs argentés (et Terfel de s’offrir des portamentos de musical à l’américaine).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="595" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/sweeney_todd_c_monika_rittershaus_192-1024x595.jpeg" alt="" class="wp-image-152862"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Monika Rittershaus</sup></figcaption></figure>


<h4><strong>Hénaurme !</strong></h4>
<p>Car il y a Terfel, bloc d’amertume et de rancœur, muré dans une noire mélancolie, sombre, minéral. Et en même temps bonasse, pataud, ambigu. Capable de douceurs impalpables dans la première apparition de la ballade «&nbsp;There was a Barber and his Wife and she was beautiful… and she was naive&nbsp;», ritournelle qui ponctue toute l’histoire (ce <em>naive</em> qu’il mordra avec une aigreur cinglante quand il reviendra une dernière fois à la fin du spectacle), puis vociférant sa haine.</p>
<p>Il a ce talent de dessiner une silhouette, par ses postures, sa démarche, d’y ajouter ce masque marmoréen et lourd, ce poids de vérité. Incarnation de la justice et du destin, il traverse la foule des figurants, un monumental haut-de-forme sur la tête, et pour un peu il n’aurait pas besoin de chanter… mais il y a ce timbre, cet acier froid, puissant, impérieux, qui achève de hisser la création jusqu’au grandiose, à l’<em>hénaurme</em>…</p>
<p>Mystère des grands acteurs. On pense à Harry Baur, le Jean Valjean des <em>Misérables</em> de Raymond Bernard. Cette manière de se hisser jusqu’au symbolique, jusqu’au légendaire.</p>
<p>Aussi impérieux dans ce personnage qu’il peut l’être en Wotan, Holländer ou Don Giovanni, comme si quelque lien obscur reliait toutes ces créatures imaginaires.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="682" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/sweeney_todd_c_monika_rittershaus_278.0x800-1024x682.jpg" alt="" class="wp-image-153289"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Bryn Terfel et Angelica Kirschlager © Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>
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		<item>
		<title>WAGNER, Das Rheingold — Zurich</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/das-rheingold-zurich-gianandrea-noseda-maitre-de-lor-de-rhin/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yannick Boussaert]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 04 May 2022 07:23:10 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le nouveau ring zurichois aurait pesé fort, disait-on, dans la décision de Gianandrea Noseda de rejoindre l’Opernhaus en tant que General Musik Director, un contrat signé en 2018 quelques semaines après son départ du Teatro Regio de Turin autour d’une dispute budgétaire. De fait, l’arrivée du chef italien s’est faite discrètement en 2021, année encore &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le nouveau ring zurichois aurait pesé fort, disait-on, dans la <a href="https://www.forumopera.com/breve/gianandrea-noseda-deja-replace">décision de <strong>Gianandrea Noseda</strong> de rejoindre l’Opernhaus</a> en tant que General Musik Director, un contrat signé en 2018 quelques semaines après son départ du Teatro Regio de Turin autour d’une dispute budgétaire. De fait, l’arrivée du chef italien s’est faite discrètement en 2021, année encore marquée par la pandémie. La première de <em>Das Rheingold</em> vaut donc pour premier sceau et c’est un coup de maitre. La préparation du Philharmonia Orchestra atteint des sommets : pas une scorie, des cuivres irréprochables de puissance et de timbres différenciés, des harpes ductiles et des cordes bien présentes. Surtout il faut saluer la virtuosité de la formation qui ne perd jamais sa cohésion même quand Gianandrea Noseda l’emmène dans les tempi les plus échevelés. Pourtant, la durée globale est proche de la normale. C’est que ce geste orchestral s’avère d’une grande plasticité, capable de tutti dantesques comme d’un travail patient et consciencieux pour tisser entre eux les leitmotivs exposés dans ce prologue. Le Ring zurichois s’annonce aussi théâtral que raffiné. Dommage qu’il faille composer avec la proposition sommaire d’<strong>Andreas Homoki</strong>.</p>
<p>	Les tournettes, ça marche dans les deux sens. Parfois, <a href="https://www.forumopera.com/girl-with-a-pearl-earring-zurich-chambre-obscure">cela apporte d’intelligentes solutions comme on l’aura vu la veille</a> dans une œuvre aux scènes courtes et enchainées. Mais est-il besoin de faire valser ad nauseam le plateau scénique pour illustrer les quatre grandes scènes de <em>Das Rheingold </em>? On arguera, que chacune des trois identiques pièces de la tournette s’enrichissent de nouveaux éléments à mesure que le récit avance. Les Zurichois doivent-ils donc s’attendre à regarder défiler des parois blanches pendant une quinzaine d’heures pour voir apparaitre une nouvelle commode ? L’entrée au Valhalla revient à un dispositif classique et l’on peut espérer que les journées du Ring trouveront un cadre scénique moins étriqué. Au-delà de ce descriptif caricatural, que nous dit Andreas Homoki ? Rien que n’ayons déjà vu malheureusement : lutte des classes entre dieux et Nibelungen (Alberich est grimé en dresseur de cirque) ; Loge traité comme une sorte de Jack Sparrow de la musique classique ; la famille divine déjà bien minée par les divisions avant même sa marche triomphale vers la citadelle céleste. De plus, le dispositif scénique rappelle curieusement la géniale proposition de <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/meier-partie-seiffert-souffrant-salminen-triomphe">Claus Guth dans <em>Tristan</em> <em>und</em> <em>Isolde</em> créé in loco</a> et qui transposait l’action dans la villa des Wesendonck sur l’autre rive du lac. Retour cyclique de bon augure pourrait-on penser en bon wagnérien. Dans le programme de salle, le metteur en scène rappelle la relation spéciale de la ville avec Wagner, qui composa de grands pans du Ring lors de son exil en Suisse. Il y affirme sa volonté ne pas ajouter sa pierre aux entreprises métatextuelles vues sur toutes les scènes du monde depuis Patrice Chéreau. Certes, beaucoup de tours de magie et d’effets pimentent la représentation d’éléments ludiques (les feux-follet de Loge au premier chef). Difficile pourtant de voir dans ce prologue autre chose qu’une entreprise qui cherche des citations et du métatexte. Les costumes nous ont peut-être conduit dans une mauvaise direction. Les géants ressemblent un peu aux juifs traditionnels que l’on rencontre dans le quartier de Wiedikon, Donner et Froh en tenue de cricket évoquent peut-être la jeunesse dorée zurichoise. Dès lors, le Ring vu par Andreas Homoki sera-t-il une satyre de la société suisse-allemande qui se dispute l’or qui dort dans les coffres-forts du pays ? A ce stade du projet, on est loin du geste naïf revendiqué par le metteur en scène.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="403" src="/sites/default/files/styles/large/public/das_rheingold_035_c_monika_rittershaus.jpg?itok=ZT0wawXt" title="© Monika Rittershaus" width="468" /><br />
	© Monika Rittershaus</p>
<p>L’Opernhaus Zurich brille chaque année par le haut niveau des artistes invités à s’y produire, grâce en soit rendue à son directeur. La distribution réunie pour ce prologue ne fait pas exception alors qu’elle compte de nombreux débuts dans les rôles et sur cette scène. C’est le cas de <strong>Tomasz Konieczny</strong>, dont le Wotan sombre et mordant fréquente déjà les plus grandes maisons, et qui remporte un véritable triomphe en ce soir de première. Son dieu suprême en impose par la puissance de l’instrument et la qualité de la diction. <strong>Christopher Purves</strong> apprivoise de son côté le personnage d’Alberich. Nul doute qu’il en possède le caractère, le métal cuivré qui en fait le pathos, encore lui faut-il étalonner ses efforts pour effacer les quelques faiblesses qui auront émaillé sa première. <strong>Matthias Klink</strong> complète ce trio d’un Loge facétieux comme il se doit même si le timbre n’a pas autant de caractère que d’autres interprètes du circuit. On ne présente plus le Mime pathéitque de <strong>Wolfgang Ablinger-Sperrhacke</strong> qui se bonifie comme un grand cru avec les années. <strong>Omer Kabiljak </strong>(Froh) et <strong>Jordan Shanahan</strong> (Donner) s’approprient leurs personnages avec la vigueur et la fraicheur de la jeunesse. <strong>David Soar</strong> compose un Fasolt en retrait et dont on peine à saisir le chagrin amoureux. Le Fafner d’<strong>Oleg Davydov</strong> devrait rayonner dans le <em>Siegfried</em> quand son tour viendra. On est un peu moins emballé par la distribution féminine. <strong>Anna Danik</strong> manque de profondeur et d’étoffe pour suspendre tout à fait le temps pendant l’apparition d’Erda. <strong>Kiandra Howarth</strong> est bien chantante dans le si court et ingrat rôle de Freia. <strong>Patricia Bardon</strong> cherche encore toute la noblesse qui font de Fricka autre chose qu’une future femme au foyer jalouse. Enfin, les trois filles du Rhin enchantent la première scène et la dernière intervention de ce prologue.</p>
<p> </p>
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		<title>VAN BEETHOVEN, Christus am Ölberge — Paris</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/beethoven-le-christ-au-mont-des-oliviers-paris-diptyque-viennois/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alexandre Jamar]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 24 Jan 2020 23:54:40 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>*/ Il faut un certain courage pour affronter l’anniversaire Beethoven, car les 250 ans de sa naissance ne vont pas sans leur inévitable chapelet de symphonies, sonates, quatuors et concertos joués dans toutes les salles, par tous les interprètes, à l’endroit, à l’envers, et ce toujours avec un profond sentiment mêlant religiosité et emphase. L’escapade &#8230;</p>
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<p>Il faut un certain courage pour affronter l’anniversaire Beethoven, car les 250 ans de sa naissance ne vont pas sans leur inévitable chapelet de symphonies, sonates, quatuors et concertos joués dans toutes les salles, par tous les interprètes, à l’endroit, à l’envers, et ce toujours avec un profond sentiment mêlant religiosité et emphase. L’escapade parisienne de Simon Rattle et du LSO a donc un double mérite. Le premier est de faire côtoyer la Première et la Seconde école de Vienne, puisque les deux concerts de ce weekend brossent le portrait de Berg à côté de celui du compositeur jubilaire. Le second est de proposer des œuvres rarement entendues, car c’est le cas du <em>Christ au Mont des Oliviers</em>.</p>
<p>A côté de ce dernier, le <em>Concerto à la mémoire d’un Ange</em> de Berg fait presque office de tube, dont <strong>Lisa Batiashvili</strong> est certainement la guest-star. On s’étonne tout d’abord de la candeur avec laquelle elle aborde une partition pourtant connue pour son contexte d’écriture assez sombre. Les premières notes sont une prise de connaissance de l’instrument, comme un souvenir de toccata. Pourtant, le son droit et pur qu’elle propose pour la première section sied très bien à l’esprit de l’œuvre. Les passages tourmentés ne manquent néanmoins pas de verve, mais cette tendresse initiale se retrouvera jusque dans une magnifique conclusion. La baguette de <strong>Simon Rattle</strong> se veut plus discrète, laissant à chaque pupitre la pleine liberté d’expression. On savoure ainsi une section de cuivres très assurée, et un quatuor de clarinettes et saxophone qui donne toute son importance au choral de Bach en filigrane de l’œuvre.</p>
<p>Le <em>Christ au Mont des Olivier</em> est une fois de plus un étrange patchwork musical comme seul Beethoven en a la clef. A l’instar de <em>Fidelio</em> ou des <em>Ruines d’Athènes</em>, plusieurs registres s’y côtoient sans gêne, et on finit par s’en accommoder, même si la dramaturgie en pâtit certainement. A côté des pages tortueuses que sont l’introduction (en mi bémol mineur, s’il vous plaît) et l’air du Christ, on retrouve des pages que l’on croirait issues d’un singspiel (surtout le Chœur des soldats et dans une certaine mesure l’air du Séraphin). On ne sait trop sur quel pied danser, mais cela, Beethoven n’en a cure, puisqu’il sait toujours manifester sa capacité d’invention dans tel détail d’instrumentation ou telle originalité de langage.</p>
<p>Le rôle du Christ est une préfiguration de celui de Florestan, qui lui succède de quelques années seulement. Pas nécessairement haut-perché, il requiert cependant une voix puissante, mais capable de nuances et même d’une certaine fragilité. Formé à l’école mozartienne, <strong>Pavol Breslik</strong> a pris du grain depuis ses jeunes années, et le montre dans son air où la détresse du Christ se fait pleinement sentir. Il est d’autant plus dommage que le chanteur ait du mal à lever les yeux de la partition, et donc à nous communiquer pleinement les intentions dramatiques de Beethoven. La voix s’allège vers la fin de l’ouvrage, notamment dans le trio, lui permettant davantage de contrastes expressifs.<br />
	Au milieu de toute cette souffrance, la présence radieuse d’<strong>Elsa Dreisig</strong> apporte une légèreté bienvenue. L’air du Séraphin n’est certainement pas une partie de plaisir vocal, mais il permet à la chanteuse de briller par sa technique infaillible, et par ses aigus qui emplissent la vaste Philharmonie sans peine. Peu mis en valeur par la partition, <strong>David Soar</strong> défend le rôle de Saint Pierre avec honneur et modestie.</p>
<p>Préparé par <strong>Simon Halsey</strong>, le London Symphony Chorus impressionne par la qualité de la mise en place. Ni le Chœur des soldats, ni la fugue conclusive ne sont évidents à mettre en place, mais les chanteurs privilégient l’attaque au gros son, ce qui leur assure intelligibilité et transparence tout au long de la soirée.<br />
	Plus symphoniste que dans le <em>Concerto</em>, Simon Rattle communique chaque intention à son orchestre, s’assurant des contrastes instrumentaux du meilleur effet.</p>
<p>Puisqu’il ne faut pas changer un diptyque qui gagne, le concert de dimanche réitère la confrontation entre Beethoven et Berg. Les <em>Sept lieder de jeunesse,</em> les <em>Trois pièces</em> opus 6 et la <em>Passacaille </em>du second dialogueront avec la <em>Septième Symphonie</em> du premier.</p>
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		<title>Billy Budd</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/billy-budd-homme-libre-toujours/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 19 Sep 2018 05:35:15 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Toute sa vie Britten fut un homme libre et, donnant raison à Baudelaire, il chérit la mer, si présente dans son village d’Aldeburgh. Alors que Peter Grimes, son chef-d’œuvre « marin », semble désormais un peu moins donné, Billy Budd, qui ne lui cède en rien, est en bonne voie de devenir l’opéra de Britten le plus &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Toute sa vie Britten fut un homme libre et, donnant raison à Baudelaire, il chérit la mer, si présente dans son village d’Aldeburgh. Alors que <em>Peter Grimes</em>, son chef-d’œuvre « marin », semble désormais un peu moins donné, <em>Billy Budd</em>, qui ne lui cède en rien, est en bonne voie de devenir l’opéra de Britten le plus souvent joué, avec <em>A Midsummer Night’s Dream</em>. A la comédie shakespearienne répond le drame inspiré de Melville. Et dans <em>Billy Budd</em>, l’élément liquide joue un rôle essentiel, puisque tout l’opéra se déroule en haute mer.</p>
<p>Comment représenter sur une scène la vie à bord d’un navire ? A chacun de trouver sa réponse à ce délicat problème, et <a href="https://www.forumopera.com/billy-budd-madrid-avec-les-cintres-pour-greement">nous avions dit</a> combien les solutions proposées à Madrid par <strong>Deborah Warner</strong> s’avéraient ingénieuses, tout à la fois libérées des contraintes du réalisme et formidablement évocatrices. Bien sûr, malgré un format proche du cinémascope, il est bien difficile de rendre sur un écran l’effet estomaquant de ce décor simple mais monumental, dont tout le sol se soulève parfois pour nous montrer les différents ponts du navire, sol constitué de plusieurs plaques parallèles entre lesquelles on devine de l’eau. Tout en respectant les changements de lieu, ce décor nous donne l’impression d’être sur l’océan, par des moyens purement théâtraux : fumigènes pour la brume, lumières admirablement travaillées. Cadre austère, à la gamme de couleurs réduite (du gris au bleu), mais où la masse chorale et les solistes sont dirigés de main de maître. Et c’est là que le DVD rattrape amplement le déficit signalé plus haut, grâce à une multiplication de gros plans qui, pour une fois, ne font aucun tort aux chanteurs, bien au contraire. Deborah Warner a su exploiter tout le potentiel de ses « acteurs », dont le visage se révèle constamment expressif, vivant le drame à chaque instant. En cela réside la plus-value de cette captation, qui nous plonge au cœur de l’action. La mise en scène opte pour une lecture sans fioritures, et ne s’éloigne de la lettre du livret que pour substituer le lavage du pont à d’autres manœuvres de l’équipage. Rien d’explicitement sexuel, rien de scabreux dans l’affrontement du bien et du mal, du beau et du laid ; la fascination qu’exerce Billy Budd sur son entourage tient à sa bonté, à son charisme, et c’est dans ce cadre que s’inscrit le geste christique par lequel il « bénit » Vere en lui posant la main sur la tête alors même qu’il descend dans son cachot.</p>
<p>A la tete de l’orchestre du Teatro Real, <strong>Ivor Bolton</strong> rend parfaitement justice à la musique de Britten, dont il exalte les tensions aussi bien que les moments suspendus, contribuant à toute la variété d’atmosphères voulues par cette partition. Et il a sous sa baguette quelques-uns des meilleurs interprètes aujourd’hui possibles pour cet opéra.</p>
<p>En quelques années,<strong> Jacques Imbrailo</strong> s’est fait une spécialité de ce rôle qui lui colle à la peau, et pour lequel il évite tous les écueils : ni sex-symbol sur papier glacé, ni benêt béni-oui-oui, son Billy atteint d’emblée l’équilibre idéal entre toutes les composantes du personnage qui, vocalement, ne lui pose aucune difficulté. <strong>Toby Spence</strong> possède un physique d’éternel adolescent qui confère à Vere un relief inhabituel : le capitaine est loin d’être le vieil homme qu’il dit être dans le prologue et l’épilogue, il n’est guère plus âgé que Billy et il campe fort bien le doux rêveur que ses hommes ont surnommé « Starry Vere ». Interprétant d’une voix claire et saine les tourments du capitaine, le ténor britannique est ici plus convaincant qu’en Peter Quint, qui demande plus de fiel, plus d’ambiguïté. Appartenant à une autre génération, le Claggart de <strong>Brindley Sherratt </strong>s’impose par la noirceur de la voix, et même par le manque de beauté qu’on peut lui reprocher. Le personnage est maléfique sans histrionisme aucun. <strong>Thomas Oliemans</strong> est la parfaite illustration du soin apporté à la direction d’acteur : à travers des gestes, des mimiques, Mr Redburn acquiert avec lui une véritable personnalité, bien distincte de son collègue Mr Flint, très adéquatement servi par <strong>David Soar</strong>. Il faudrait aussi saluer le Donald vigoureux de <strong>Duncan Rock</strong>, le novice de <strong>Sam Furness</strong>, le Dansker de <strong>Clive Bayley </strong>ou le Squeak de <strong>Francisco Vas</strong>, sans oublier le chœur du Teatro Real, qui contribue lui aussi à cette brillante réussite d’ensemble. A défaut de voir ce spectacle à Paris comme il en avait été question (les seuls coproducteurs mentionnés dans le livret d’accompagnement sont Londres et Rome), ce DVD permettra à tous d’apprécier un des spectacles majeurs de ces dernières saisons.</p>
<p><iframe allow="autoplay; encrypted-media" allowfullscreen="" frameborder="0" height="315" src="https://www.youtube.com/embed/FJypp4JccOU" width="560"></iframe></p>
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		<title>SCHÖNBERG, Gurre-Lieder&#124;Gurrelieder — Paris (Philharmonie)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/gurrelieder-paris-philharmonie-salonen-entre-lancien-et-le-moderne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Taillia]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 26 Jun 2018 07:16:46 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Paul Valery avait-il la musique en tête quand il écrivait que « le meilleur dans le nouveau est ce qui répond à un désir ancien » ? Les Gurrelieder représentent bien cette aspiration commune à tant d&#8217;artistes qui découvrirent leur vocation entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle. Celle de se saisir des mythes, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="rtejustify">Paul Valery avait-il la musique en tête quand il écrivait que « le meilleur dans le nouveau est ce qui répond à un désir ancien » ?</p>
<p class="rtejustify">Les <em>Gurrelieder</em> représentent bien cette aspiration commune à tant d&rsquo;artistes qui découvrirent leur vocation entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle. Celle de se saisir des mythes, légendes et fantasmes que le romantisme avait pu vouloir restituer dans tout un décorum antique, et de leur faire retrouver leur plus nue vérité. Nouveauté de l’expression pour ne garder que l’essence même de l’émotion. Nouveauté des moyens pour mieux saluer l’intemporalité, sinon l’antiquité du propos. Une certaine aspiration au dépouillement, à l’épure, a souvent guidé de telles intentions.</p>
<p class="rtejustify">Épure ? Chez le jeune Arnold Schoenberg, il faut s&rsquo;entendre sur la relativité de la notion : des personnages voulus comme des figures, le refus assumé du théâtre, la réduction du drame à quelques échanges distants, voilà l&rsquo;épure. Pour le reste, la volupté orchestrale et les ambitions vocales entendent bien déclencher ce maelström dont rêvait, en ces années wagnériennes, tout compositeur un rien ambitieux. </p>
<p class="rtejustify">Mais l&rsquo;ambition ne fait pas de mal quand elle est secondée par de tels moyens : la science de l&rsquo;instrumentation, qui donne à toutes les familles de l’orchestre un rôle bien caractérisé, les audaces harmoniques, qui annoncent évidemment la révolution qu&rsquo;opèrera bientôt la Seconde école de Vienne, la puissance d&rsquo;un mouvement créateur qui ne s&rsquo;essouffle pas devant l’épique ni ne renonce à l’introspectif font bien des <em>Gurrelieder </em>une de ces pièces charnières, dont on ne sait pas trop dire si elles liquident un mouvement artistique ou si elles en ouvrent un autre.</p>
<p class="rtejustify">Cet entre-deux convient à <strong>Esa-Pekka Salonen</strong>, artiste contemporain toujours attiré par les romantiques : on le sait au moins depuis ce concert qui, <a href="https://www.forumopera.com/gurrelieder-paris-pleyel-le-triomphe-de-salonen">Salle Pleyel, réunissait déjà quelques protagonistes que l’on retrouve ce soir</a>. On ne saurait dire si c’est son expérience de compositeur qui lui ouvre plus facilement qu’à d’autres les portes de cette partition exigeante, toujours est-il que la fluidité des articulations, le naturel des transitions et des nuances, cette façon unique de modeler les écarts et les ruptures pour en extraire de la clarté (mais une clarté absolue, évidente), cet art-là fonctionne encore pleinement. L’acoustique de la Basilique de Saint-Denis, pourtant, n’est jamais facile à apprivoiser ; à 150 musiciens et choristes, cela devient franchement scabreux. Mais sans même avoir besoin de demander à son Philharmonia Orchestra, parfait ce soir, d’étendre trop les phrases, de hacher le discours un peu plus que d’habitude, il s’en sort. Mieux, il fascine, quand il guide les musiciens dans l’interlude fantomatique précédant l’intervention du Récitant, ou qu’il initie, méthodiquement, le long récit de la Waldtaube. Pas parce qu’il y montre la froideur analytique qu’on pourrait attendre de lui, mais justement parce qu&rsquo;il recherche, malgré la sobriété de son propos, l’expressivité. Le chemin de crête sur lequel il guide toutes les forces embarquées dans ce concert est bien ardu ; il n’en est que plus admirable.</p>
<p class="rtejustify">Ces forces sur ce chemin sont par moments violontées. Elles luttent, mais s’en sortent mieux que bien. Le Philharmonia, on l’a dit, offre de somptueuses sonorités, que l’on voudrait parfois un peu mieux individualisées, notamment du côté des cordes. Les Philharmonia Voices, associées aux chœurs de la Royal Academy of Music, du Royal College of Music et de la Guildhall School of Music and Drama, sont enfoncées si loin dans la nef qu’il est déjà fantastique qu’on les entende. Et si les solistes sont, eux, placés devant l’orchestre, ils font face à la même difficulté. On voit bien que <strong>Robert Dean Smith</strong> chante à plein poumons puisqu’il devient très rouge quand il ouvre la bouche – et, sérieusement, il montre un souffle impressionnant et un timbre inaltéré. Mais on ne l’entend pas toujours. Pas plus que <strong>Camilla Tilling</strong>, remplaçant au pied levé Alwyn Mellor. Cette superbe mozartienne a l’intelligence de ne pas forcer les moyens et de proposer une Tove doucement lyrique. La passion, de « Sterne jubeln » et de « Du sendest mir einen Liebesblick » demande pourtant les élans d’une Isolde, vraiment. Moins orthodoxe de technique, plus prosaïque de timbre, <strong>Michelle De Young</strong> n’a au moins de problème pour rendre audible et prégnant son chant du ramier. De même, la verve de <strong>Wolfgang Ablinger-Sperrhacke</strong> et les péroraisons rugueuses comme il faut de<strong> David Soar </strong>passent la rampe facilement. <strong>Barbara Sukowa</strong> endosse le monologue du récitant dans environ neuf représentations des <em>Gurrelieder </em>sur dix données à travers le monde, mais comment ne pas guetter, en cette immense artiste, les reflets de sa légendaire Rosa Luxembourg, ou de son Hannah Arendt ?</p>
<p class="rtejustify">Aux derniers accords, le public, qui comptait de nombreux bénéficiaires d’associations caritatives de la Seine-Saint-Denis, exulte, visiblement ému : éternellement nouvelle, cette partition a su répondre, au moins en partie, à un désir ancien – la mission est accomplie.</p>
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		<title>BRITTEN, Gloriana — Madrid</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/gloriana-madrid-tardive-mais-eclatante-revanche/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bernard Schreuders]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 14 Apr 2018 06:31:54 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C’est Philippe II qui doit se retourner dans sa tombe ! Non contente d’avoir décapité sa cousine et ruiné son Invincible Armada, Elizabeth I est devenue l’héroïne d’un opéra grandiose et triomphe à Madrid même, sous les acclamations du public du Teatro Real. Avouez que la coïncidence ne manque pas de piquant. En réalité, la création &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est Philippe II qui doit se retourner dans sa tombe ! Non contente d’avoir décapité sa cousine et ruiné son Invincible Armada, Elizabeth I est devenue l’héroïne d’un opéra grandiose et triomphe à Madrid même, sous les acclamations du public du Teatro Real. Avouez que la coïncidence ne manque pas de piquant. En réalité, la création espagnole de <em>Gloriana </em>pourrait bien revêtir une dimension historique car le spectacle conçu par <strong>David McVicar</strong> et <strong>Ivor Bolton</strong> réussit à en extraire la substantifique moelle et à en libérer tout le potentiel théâtral. Soixante-cinq ans après voir vu le jour, cet « enfant rejeté » comme l’appelait Britten (« slighted child »), rarement donné en dehors du Royaume-Uni, prend ainsi une tardive mais magnifique revanche qui conduira peut-être enfin à sa réhabilitation et à sa diffusion.</p>
<p>L’échec de <em style="line-height: 1.5">Gloriana</em> en 1953 était sans nul doute couru d’avance. Au-delà des réactions hostiles nourries tant par la jalousie de rivaux que par l’homosexualité et l’antimilitarisme de Britten (émigré aux Etats-Unis pendant la guerre), l’<em style="line-height: 1.5">Establishment</em> réuni pour célébrer le couronnement d’Elizabeth II ne pouvait que fustiger ce portrait sans concession et si loin du panégyrique attendu. Le livret de William Plomer montre, certes, le sens du devoir de la souveraine et son abnégation, mais également son orgueil, pour ne pas dire sa vanité, capricieuse. Impardonnable crime de lèse-majesté, il ose dévoiler sa déchéance physique lorsque, avec son amant, nous la surprenons dans l’intimité, sans fard ni perruque. Toutefois, si la partition regorge de beautés, même dans le si décrié divertissement à Norwich<em style="line-height: 1.5">,</em> sur le plan dramaturgique, celles et ceux qui s&rsquo;aventurent à le monter doivent surmonter nombre de difficultés : des protagonistes aux contours sommairement dessinés, à l’exception du rôle principal, et surtout la structure morcelée, voire éclatée de cet ouvrage protéiforme où se mêlent vers et prose, anglais ancien et moderne. David McVicar suscite d’autant plus l’admiration qu’il réussit à fluidifier le discours et, malgré des changements d’atmosphère parfois abrupts, à maintenir sa lisibilité, ce qui n’est pas un mince exploit. Tout est immédiatement en place, juste, limpide et signifiant, l’Ecossais possédant un sens imparable du rythme et le regard d’un cinéaste, plus vif, mobile, moins emphatique et souvent plus nuancé, grâce auquel il parvient à transformer en tableaux vivants et confondants de naturel le huis clos le plus intime, le plus tendu, comme les triomphes et liesses collectives.  </p>
<p>L’évocation, y compris musicale, de l’Angleterre élisabéthaine voulue par Britten et son librettiste (les <em>lute songs</em>, dont le bouleversant « Happy were he could finish forth his fate » écrit sur des paroles originales du comte d&rsquo;Essex, le <em>mask of Gloriana</em>, les danses du II), rend périlleuse toute tentative de transposition. Le metteur en scène l’a parfaitement compris, mais il ne donne pas davantage dans la reconstitution muséale. McVicar a également la sagesse d’éviter l’anecdote et se concentre sur l’essentiel, nous épargnant ces gesticulations fastidieuses avec lesquelles certains croient devoir occuper en permanence l’esprit du spectateur, en l’occurrence déjà absorbé par un drame à l’écriture touffue. <strong style="line-height: 1.5">Robert Jones</strong> a réalisé un décor unique, plus symboliste que réaliste, dans des tonalités bleu nuit et dorées, dominé par une porte monumentale et les anneaux mobiles d’une manière d’astrolabe géant. Les lumières virtuoses d’<strong style="line-height: 1.5">Adam Silverman </strong>flattent les étoffes, en particulier celles que porte Elizabeth pour lesquelles <strong style="line-height: 1.5">Brigitte Reiffenstuel</strong> s’appuie sur l’iconographie de l’époque, et elles magnifient la prestation des acteurs, installant le climat de chaque scène dont David McVicar saisit la dynamique intrinsèque. </p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="468" src="/sites/default/files/styles/large/public/gloriana_4888.jpg?itok=I2uHb-fO" title="Queen Elizabeth I (Anna Caterina Antonacci) et Robert Devereux (Leonardo Capalbo) © Javier del Real | Teatro Real" width="277" /><br />
	Queen Elizabeth I (Anna Caterina Antonacci) et Robert Devereux (Leonardo Capalbo) © Javier del Real | Teatro Real</p>
<p>Ainsi, fragment de théâtre dans le théâtre, le <em style="line-height: 1.5">mask </em>donné pour la Reine à Norwich serait trop long, certains commentateurs craignant d’ailleurs que, à l’image de Robert Devereux, l’auditeur ne s’ennuie et ne décroche. Or, moment de félicité sinon d’ivresse avant la catastrophe, il remplit une fonction importante dans le processus tragique (observée dès <em style="line-height: 1.5">L’Orfeo</em> de Monteverdi). Plutôt que de manier les ciseaux, il faut y croire et l’investir. Clin d’œil aux pratiques élisabéthaines, des travestis s’invitent dans la saynète enlevée avec juste ce qu’il faut de légèreté et une naïveté rafraîchissante, mais sans interdire l’émotion. La splendide chanson de l’Esprit du Masque nous révèle le ténor radieux et ductile de <strong style="line-height: 1.5">Sam Furness</strong> (le Novice dans <a href="https://www.forumopera.com/billy-budd-madrid-avec-les-cintres-pour-greement"><em style="line-height: 1.5">Billy Budd</em></a><a href="https://www.forumopera.com/billy-budd-madrid-avec-les-cintres-pour-greement"> </a>ici même en 2017, après avoir interprété le rôle-titre d’<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/servir-loeuvre-ou-sen-servir"><em style="line-height: 1.5">Albert Herring </em></a>à Toulouse en 2013). Honneur aux <em style="line-height: 1.5">comprimarii,</em> pour mettre en exergue la verve savoureuse de <strong style="line-height: 1.5">James Creswell</strong> en Chanteur de balades, lequel semble plus que jamais s’être échappé du <em style="line-height: 1.5">Beggar’s Opera</em>, et à la Confidente de la Reine, aux accents si touchants, d’<strong style="line-height: 1.5">Elena Copons.</strong></p>
<p>Elizabeth, lit-on ici ou là, devrait être confiée à un <em>lirico-spinto</em>, voire à un soprano dramatique. De tels moyens sont-ils vraiment indispensables ? Par ailleurs, il est permis de se demander s’ils ne nuiraient pas à la crédibilité du personnage. Septuagénaire parfaitement saine d’esprit, meneuse d’hommes et croqueuse de jeunes gens comme semble vouloir le souligner David MacVicar en l’entourant de fringants gardes du corps, la soi-disant Reine Vierge n’en doit pas moins affronter les ravages du Temps, un déclin magistralement interprété par <strong>Anna-Caterina Antonacci</strong>. Elle finit par boiter et tremble de tous ses membres, mais conserve sa dignité et son port de reine jusque dans cet ultime et saisissant monologue où, reflet du dénuement moral et de la solitude où elle se trouve, les mots mêmes perdent leur habillage musical. La richesse des couleurs, la variété des ciselures prime sur le volume quand il s’agit de traduire la complexité d’une telle figure. Entre deux voix et entre deux âges, entre Virna Lisi et Jessica Lange, Anna Caterina Antonacci l’aborde avec un luxe d’intentions infiniment délectable. Tendre et voluptueuse dans les bras de son cher Robin, péremptoire et incisive dans la fureur que déclenche chez elle l’arrogance de Penelope, elle nous fend le cœur dans son dernier et lancinant duo avec l’objet de cet amour impossible et qu’elle doit détruire – thème récurrent chez le musicien britannique, qui n’a pas son pareil pour traduire l’ambivalence des sentiments.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="348" src="/sites/default/files/styles/large/public/gloriana_5381.jpg?itok=3plPPobY" title="Queen Elizabeth I (Anna Caterina Antonacci) © Javier del Real | Teatro Real" width="468" /><br />
	Queen Elizabeth I (Anna Caterina Antonacci) © Javier del Real | Teatro Real</p>
<p>Difficile d’exister à côté d’une cantatrice de cette envergure. Du reste, le comte d’Essex semble avoir un peu moins inspiré Britten que sa royale maîtresse. Alfredo dans <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/dans-son-juste-ecrin"><em style="line-height: 1.5">La Traviata </em></a><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/dans-son-juste-ecrin">de McVicar </a>à Genève (2013) puis à Barcelone (2014), <strong style="line-height: 1.5">Leonardo Capalbo</strong> s’impose néanmoins par l’intensité de son jeu et un charisme indéniable, ses <em style="line-height: 1.5">lute songs </em>dévoilant un raffinement que des débuts très fougueux et une émission d’abord assez appuyée ne laissaient guère présager. Adversaire puis complice du favori d’Elisabeth, Lord Mountjoy hérite du physique râblé et du galbe élégant de <strong style="line-height: 1.5">Duncan Rock</strong>, familier de l’univers de Britten (<em style="line-height: 1.5">Death in Venice </em>au Teatro Real, <em style="line-height: 1.5">T<a href="https://www.forumopera.com/the-rape-of-lucretia-glyndebourne-la-revanche-de-la-femme-de-douleurs">he Rape of Lucretia</a></em>, <em style="line-height: 1.5"><a href="https://www.forumopera.com/billy-budd-madrid-avec-les-cintres-pour-greement">Billy Budd,</a> <a href="https://www.forumopera.com/a-midsummer-nights-dream-glyndebourne-si-tete-dane-metait-conte">A Midsummer Night’s Dream</a>) </em>qui tire son épingle du jeu malgré une partie moins développée et peu gratifiante. Notons au passage que cette production madrilène réussit à concilier une distribution de haut niveau et un <em style="line-height: 1.5">casting </em>digne des <em style="line-height: 1.5">Tudor </em> ou de <em style="line-height: 1.5">Game of Thrones </em> &#8211; détail peut-être frivole, mais ce n’est pas une raison pour bouder son plaisir. Trompée par son mari et humiliée par sa rivale (Antonacci est impayable dans l’épisode du bal où elle subtilise ses trop riches atours), Frances (<strong style="line-height: 1.5">Paula </strong><strong style="line-height: 1.5">Murrihy</strong>) tend à se replier sur son quant-à-soi tandis que la Penelope de <strong style="line-height: 1.5">Sophie Bevan</strong> (Pamina <em style="line-height: 1.5">in loco </em>en 2016) crève l’écran et darde d’insolents aigus avant que son cri de désespoir ne nous glace le sang. Robert Cecil et Walter Raleigh, les éminences grises d’Elisabeth, sont impeccablement servis par<strong style="line-height: 1.5"> Leigh Melrose</strong> et <strong style="line-height: 1.5">David Soar</strong>, avec une mention particulière pour les manières insinuantes du premier où affleure déjà Quint (<em style="line-height: 1.5">The Turn of the Screw</em>).</p>
<p>Si <em style="line-height: 1.5">Gloriana </em>occupe une place unique dans les opéras de Britten, c’est également par l’ampleur sans précédent (et sans suite) des ressources convoquées en 1953 par le compositeur qui, d’ailleurs, ne se limitait pas aux forces vives de Covent Garden. Alors que le corps de ballet devait exécuter les pavane, gaillarde et autre courante jouées au II, sans oublier cette <em style="line-height: 1.5">volta </em>que réclame Elizabeth – dont les pas sont ici joliment réglés par <strong style="line-height: 1.5">Colm Serry</strong> – <em style="line-height: 1.5">Gloriana</em> alignait une pléiade de figurants et une maîtrise en plus du chœur de l’Opéra pour donner à entendre la voix des « boys of Essex ». De la délicate complainte <em style="line-height: 1.5">a cappella </em>des suivantes d’Elizabeth aux <em style="line-height: 1.5">tutti </em>exaltés en passant par l’impitoyable <em style="line-height: 1.5">vox populi </em>qui exige la mort du traître, la performance du <strong style="line-height: 1.5">Coro Titular del Teatro Real</strong> n’appelle que des louanges et contribue à la réussite de cette production. Il faut saluer le travail de préparation d’<strong style="line-height: 1.5">Andrés Máspero </strong>comme celui d’<strong style="line-height: 1.5">Ana González</strong> avec les <strong style="line-height: 1.5">Pequeños Cantores de la JORCAM. </strong></p>
<p>Fédérer une équipe aussi vaste serait, faut-il le dire, impossible sans une parfaite connexion entre la fosse et le plateau, le chef et le metteur en scène et, de fait, une même urgence, une même intelligence quasi organique de l’œuvre les anime et forge un geste unique, musico-dramatique. Directeur musical de l’<strong style="line-height: 1.5">Orquesta Titular del Teatro Real</strong> depuis 2014, Ivor Bolton sait en tirer le meilleur pour rencontrer les exigences de la partition. Il réussit à tendre l’arc tragique, maîtriser ses climax et ses élans mélodramatiques, mais également ses ruptures et sa déroutante diversité stylistique, de la poésie néoélisabéthaine aux déflagrations si modernes de cuivres et de percussions. Il assume la pompe, la restitue dans sa plénitude en évitant l’écueil de la raideur, l’innervant ou glissant avec une habileté remarquable cette ombre fugitive et menaçante par laquelle Britten instille le doute et suggère l’ambiguïté des apparences. Cette nouvelle production de <em style="line-height: 1.5">Gloriana </em>a été montée en coproduction avec l’ENO et le Vlaamse Opera, qui l’auront vraisemblablement programmée au cours d&rsquo;une prochaine saison. En outre, elle a été filmée et pourrait donc être immortalisée en DVD, surclassant aisément les versions, fort décevantes, déjà disponibles sur ce<a href="https://www.forumopera.com/dvd/neo-neo-elisabethain"> support</a>. </p>
<p> </p>
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		<title>Haydn par Philippe Herreweghe à Bruxelles : un miracle d&#8217;équilibre</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/haydn-par-philippe-herreweghe-a-bruxelles-un-miracle-dequilibre/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jottrand]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 17 Mar 2016 13:38:03 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>A la tête de son chœur, le Collegium Vocale Gent, de son orchestre, celui des Champs-Elysées, et d’une brochette d’excellents jeunes solistes, (Sarah Wegener, expressive, Marie-Henriette Reinhold, suave, Robin Tritschler, particulièrement poétique et David Soar, impressionnant), Philippe Herreweghe a donné au Palais des Beaux Arts de  Bruxelles sa vision des Sieben letzte Worte unseres Erlösers &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>A la tête de son chœur, le Collegium Vocale Gent, de son orchestre, celui des Champs-Elysées, et d’une brochette d’excellents jeunes solistes, (<strong>Sarah Wegener</strong>, expressive, <strong>Marie-Henriette Reinhold</strong>, suave, <strong>Robin Tritschler</strong>, particulièrement poétique et <strong>David Soar</strong>, impressionnant), <strong>Philippe Herreweghe</strong> a donné au Palais des Beaux Arts de  Bruxelles sa vision des <em>Sieben letzte Worte unseres Erlösers am Kreuze</em> de Haydn (Hob XX-2, version de 1796). Ainsi servie par des instruments originaux et un des meilleurs chœurs européens, cette autre musique de la passion paraît à la fois plus juste et plus émouvante que dans les versions « classiques », où une telle succession d’adagios finit généralement par lasser l’auditeur.</p>
<p>Donnée sans pause ni interruption, comme ramassée sur elle même, l’œuvre nous a semblée plus dense, plus intense que d’habitude. L’âpreté du son, le relief particulier des instruments anciens et la très grande homogénéité des voix (tant solistes que choristes) ont contribué aussi à donner une vision parfaitement claire et lumineuse, très lisible de la partition, miracle d’équilibre, où chacun est exactement à sa place, à l’écoute des autres et au service de l’œuvre, sans surenchère aucune, comme seul le regretté Harnoncourt avait réussi à le faire dans sa version parue chez Teldec en 1992.</p>
<p>A quand un enregistrement ?</p>
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		<title>BIZET, Carmen — Glyndebourne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/carmen-glyndebourne-meurtre-dans-un-jardin-anglais/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 23 May 2015 16:50:45 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Sans la Deuxième Guerre mondiale, Carmen aurait été représentée à Glyndebourne dès 1940. John Christie, le fondateur du Festival, n’aimait pas l’opéra français mais Micaëla figurait au répertoire d’Audrey Mildmay, son épouse. La paix des ménages exige parfois des compromis. L’histoire en décida autrement. Il fallut attendre près d’un demi-siècle pour que le chef d’œuvre &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Sans la Deuxième Guerre mondiale, <em>Carmen </em>aurait été représentée à Glyndebourne dès 1940. John Christie, le fondateur du Festival, n’aimait pas l’opéra français mais Micaëla figurait au répertoire d’Audrey Mildmay, son épouse. La paix des ménages exige parfois des compromis. L’histoire en décida autrement. Il fallut attendre près d’un demi-siècle pour que le chef d’œuvre de Bizet se mette au vert anglais : 1985 d’abord avec Maria Ewing dans le rôle-titre puis 2002 dans une mise en scène de <strong>David McVicar</strong>, reprise en 2009 et de nouveau à l&rsquo;affiche cette saison.</p>
<p><strong>Stéphanie d’Oustrac</strong> aurait motivé cette reprise que l’on n’en serait pas étonné tant son interprétation de Carmen se suffit à elle-même. <a href="http://www.forumopera.com/spectacle/un-evenement-et-un-avenement">A Lille déjà en 2010</a>, sa prise de rôle faisait figure d’événement. La gitane de Bizet, débarrassée d’un folklore de pacotille, s’offrait une nouvelle jeunesse. La production de Glyndebourne renoue au contraire avec une certaine tradition, ne serait-ce que par la fidélité au livret, la multiplication des décors – un par acte – et une débauche de costumes conformes à l’imagerie populaire. Mais le travail sur le mouvement, chorégraphique, évite que le spectacle ne sombre dans la convention et Stéphanie d’Oustrac s’emploie à ragaillardir un propos trop souvent éculé à force d’œillades appuyées. La comédienne, souple comme une liane, revêt avec le naturel qu&rsquo;on lui connaît l’inévitable panoplie gipsy ; la tragédienne – formée à l’école baroque – trouve exactement le ton qu’il convient de donner à chaque réplique. Clarté de la voix quand trop de mezzo-sopranos imprègnent le rôle d’un empois dramatique, clarté de la diction que le choix de la version originale – alternant dialogues parlés et chantés – rend encore plus indispensable, clarté d’une composition riche en couleurs mais avare de chichis : Carmen est ici ce corps et cet esprit libres dont la liberté, ensorcelante, se présente comme un défi, aux hommes, à la morale, au conformisme. Qu’elle sorte de scène et la tension retombe. Mercédès et Frasquita – <strong>Rihab Chaieb</strong> et <strong>Eliana Pretorian</strong> – jouent plus que jamais les utilités. Le charmant grelot de <strong>Lucy Crowe</strong> ne peut rivaliser avec les accents fauves de la cigarière. Les nattes blondes restent touchantes mais Micaëla pour une fois ne l&#8217;emporte pas à l&rsquo;applaudimètre. En aurait-il été autrement si son français avait été moins approximatif ? Rien n&rsquo;est moins sûr. Pour preuve, l’ovation réservée à <strong>Pavel Cernoch</strong> qui audiblement ne comprend pas un mot de ce qu&rsquo;il dit et de ce qu&rsquo;il chante. L&rsquo;uniformité de l’expression, dépourvue d’inflexions et d’intentions, aurait dû mettre la puce à l&rsquo;oreille d&rsquo;un public prompt à récompenser les décibels. Aigus étranglés, ligne tendue au bord de la rupture, absence de nuances indiquent que Don José est une erreur dans un parcours jusqu&rsquo;alors orienté de manière plus approprié vers l’opéra russe et slave. L’annulation de Paulo Szot vaut à <strong>David Soar</strong> d’être promu Escamillo. L’alternative avait déjà été prise au Welsh National Opera en 2010. La corrida reste pourtant novillada faute d&rsquo;ampleur vocale. Le jeu de chaises musicales impose l’entrée dans l’arène de <strong>Simon Lim</strong>, calamiteux Zuniga, insuffisamment préparé sans doute mais qui, au vu de ses nombreuses interventions parlées, aurait dû refuser le rôle. Notre Carmen tricolore aurait donc quelques raisons de se sentir isolée si <strong>Christophe Gay</strong> et <strong>Thierry Félix</strong> – Le Dancaïre et Le Remendado – ne venaient à ses côtés rappeler combien l&rsquo;opéra se doit d&rsquo;être intelligible.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/carmen6.jpg?itok=NhxGs-Xk" title="© Glyndebourne Festival" width="468" /><br />
	© Glyndebourne Festival</p>
<p>Flamboyante, la direction de <strong>Jakub Hrůša</strong> met en valeur les forces de Glyndebourne, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse du chœur indivisible ou des instruments avec notamment des cuivres étincelants.<em> Carmen</em>, opéra comique ainsi que le laisserait supposer le choix de la version originale ? Pas vraiment si l&rsquo;on en juge à l&#8217;emphase de la lecture orchestrale, contraire au genre, sauf à prendre l&rsquo;adjectif « comique » au sens propre. Comment interpréter sinon les multiples éclats de rire qui ponctuent la lecture des surtitres comme si en ce soir de première, le public, censément initié, découvrait un des opéras les plus populaires du répertoire. L’humour anglais, peut-être&#8230;</p>
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