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	<title>Ana VIEIRA LEITE - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
	<lastBuildDate>Mon, 01 Jun 2026 12:05:19 +0000</lastBuildDate>
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	<title>Ana VIEIRA LEITE - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<item>
		<title>BEMBO, Ercole amante &#8211; Paris (Bastille)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/bembo-ercole-amante-paris-bastille/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Olivier Rouvière]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 01 Jun 2026 10:38:37 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Commençons par deux regrets : qu’on ait donné cet Ercole-ci, et dans cette salle-là. En 1662 est créé l’extraordinaire Ercole amante de Francesco Cavalli et de l’abbé Buti, célébrant, avec deux ans de retard, les noces de Louis XIV avec l’infante Marie-Thérèse : donné dans l’incommode Salle des machines des Tuileries et empesé d’interminables ballets dus à &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Commençons par deux regrets : qu’on ait donné cet <em>Ercole</em>-ci, et dans cette salle-là.</p>
<p>En 1662 est créé l’extraordinaire <em>Ercole amante</em> de Francesco Cavalli et de l’abbé Buti, célébrant, avec deux ans de retard, les noces de Louis XIV avec l’infante Marie-Thérèse : donné dans l’incommode Salle des machines des Tuileries et empesé d’interminables ballets dus à Lully, l’œuvre n’a guère de succès et tombe dans l’oubli, précipitant le retour de Cavalli à Venise. Quinze ans plus tard, la Vénitienne Antonia Bembo, née Padoani (c.1640-1720), fait le voyage inverse : fuyant un mari violent, elle trouve refuge à la cour du Roi-Soleil, qui lui accorde une pension et auquel elle dédicace ses <em>Produzioni armoniche</em>. En 1707, Bembo remet en musique l’<em>Ercole</em> <em>amante</em> de l’abbé Buti : voulait-elle rendre hommage à Cavalli, dont elle avait reçu sa première formation musicale ? Se confronter, « en chambre », à la grande forme de l’opéra en cinq actes ? Son ouvrage resta dans les tiroirs et il est d’ailleurs improbable que Bembo ait envisagé de le voir monté à la cour : entretemps, Lully avait dégainé toutes ses tragédies lyriques et seul ce genre avait désormais droit de cité.</p>
<p>En outre, il faut l’admettre: comparé à son modèle, ce second <em>Ercole</em> est médiocre – récitatif poussif, inspiration mélodique et souffle courts. Les seules qualités qui puissent expliquer le choix qu’en a fait<strong> Leonardo García-Alarcón </strong>( ?) sont qu’il est dû à une femme, qu’il n’a jamais été représenté (Il Gusto barocco l’a proposé en concert à Stuttgart en 2023 et enregistré chez CPO dans la foulée) et qu’il opère un étonnant mélange des esthétiques italienne (bel canto) et française (écriture orchestrale). Encore le fait-il malhabilement et dans un style déjà daté en son temps : 1707, c’est l’année du <em>Trionfo del Tempo e del Disinganno</em> de Haendel !</p>
<p>Premier regret, donc : que l’Opéra de Paris continue à bouder l’<em>Ercole</em> de Cavalli &#8211; dont Lyon, Amsterdam et, plus récemment, l’Opéra comique (2019) ont proposé de si stimulantes productions, heureusement pérennisées par le CD ou le DVD. Second regret : qu’on ait programmé l’ouvrage de Bembo à Bastille, plutôt qu’à Garnier &#8211; le <em>recitar cantando</em>, s’accommodant mal d’un vaisseau de béton de 2700 places et d’une vaste fosse d’orchestre.</p>
<p>Car il a bien entendu fallu orchestrer l’oeuvre : Alarcón s’y est attelé avec sa gourmandise coutumière, enrôlant une cinquantaine d’instrumentistes (dont une dizaine de violoncelles et contrebasses, trois sacqueboutes, des percussions, orgue et cloches), qu’il conduit d’un geste large, comme on jouerait du Respighi – ce qui est inévitable, eu égard à l’ampleur de la salle et de la fosse, mais rend l’exécution assez pâteuse (le constat vaut pour le chœur de quarante chanteurs). Par-dessus cet océan harmonique, aux couleurs discutables, les solistes, tous remarquables, doivent s’époumoner dès lors qu’ils ne sont plus à l’avant-scène.</p>
<p>Certains en pâtissent plus que d’autre : la délicate <strong>Sandrine Piau</strong>, que nous apprécions tant d’habitude, peine à se faire comprendre dans un tel contexte. La trompette nasillarde de <strong>Marcel Beekman</strong>, elle, passe sans problème, le ténor néerlandais n’hésitant pas à multiplier les sonorités de palmipède, en gigolette vêtue de rose. On aimerait savourer le chant nuancé de la fondante <strong>Ana Vieira Leite</strong> dans une autre acoustique, tandis que son amoureux, le percutant <strong>Alasdair Kent</strong>, annoncé souffrant, fait applaudir ses aigus adamantins dans un éprouvante partie de haute-contre. <strong>Julie Fuchs</strong> se gargarise avec brio des vocalises de Junon (rôle qui, en son temps, brocardait la reine-mère Anne d’Autriche), persécutant l’Hercule puissant et rocailleux d’<strong>Andreas Wolf</strong>. Naviguant entre tous ces personnages survoltés et caricaturaux, le brillant contre-ténor <strong>Théo Imart</strong> affiche une belle santé vocale, nullement embarrassé par son accoutrement de kiwi en jupette (à moins qu’il ne s’agisse d’un poussin croisé avec un citron vert). Mais seule la chaleureuse mezzo <strong>Deepa Johnny</strong> communique un peu d’émotion, dans un rôle hélas nettement moins poignant que chez Cavalli (on y revient).</p>
<p>Follement théâtral, riche en allusions politiques et en situations rocambolesques, le livet de l’abbé Buti se suffit presque à lui-même – tout y est, le metteur en scène n’a qu’à se laisser guider. C’est ce que fait <strong>Netia Jones</strong> qui, sans proposer de lecture spécialement cohérente ou novatrice, illustre avec, des bonheurs divers, les suggestions oniriques du librettiste, en utilisant fréquemment l’artifice du film réalisé sur le vif. L’action semble débuter dans la datcha d’un atroce mauvais goût de quelque oligarque russe (ou américain ?) : Hercule – amateur d’escrime qui tient à la fois de Poutine et de Depardieu, se voit affublé d’une bedaine à bière et d’une moumoute jaunâtre. Durant l’acte III, il arbitrera un match de tennis organisé dans son ersatz de jardin à la française, avant de tenter de violer Iole en lui injectant du GHB.</p>
<p>Mais la piste du prédateur sexuel est vite abandonnée au profit de tableaux plus décoratifs et la direction d’acteurs, paresseuse et parfois confuse, se repose alors sur les effets vidéos et la chorégraphie : la joute entre Vénus et Junon est représentée par un crêpage de chignons entre deux danseuses, la noyade du page et le suicide raté d’Hillo sont platement mimés sur un hypnotique film de mer en mouvement. La scène la plus frappante est celle qui se déroule dans l’antre du Sommeil (adepte du joint), durant laquelle la projection de corps endormis s’enroulant dans les volutes du narguilé créée une envoûtante atmosphère. L’apparition horrifique d’Eutiro (fracassant <strong>Alex Rosen</strong>), sortant de sa tombe tel un vampire de Tim Burton, est aussi assez réussie, bien que longuette, mais la ronde infernale des fantômes, jouée à contre-jour, tombe à plat. En somme, il y a beaucoup à voir, l’œil ne s’ennuie guère et le public, plutôt nombreux pour un soir de finale de foot et de concert d’Aya Nakamura, semble à la fête.</p>
<p>Nos « trois cœurs » sont donc un compromis entre l’incontestable luxe des moyens employés et notre propre ressenti, beaucoup plus mitigé…</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<item>
		<title>HAENDEL, Orlando &#8211; Lausanne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/haendel-orlando-lausanne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 18 Mar 2026 05:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Heureusement les chanteurs sont excellents ! Malheureusement ils ne sont guère aidés par le chef d’orchestre et par la metteuse en scène (ni par le costumier !) Dès l’ouverture, la sonorité passablement astringente et la raideur de l’Orchestre de Chambre de Lausanne étonnent, et la petite voix off sortant des haut-parleurs (celle d’une Angelica qui &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Heureusement les chanteurs sont excellents ! Malheureusement ils ne sont guère aidés par le chef d’orchestre et par la metteuse en scène (ni par le costumier !)</p>
<p>Dès l’ouverture, la sonorité passablement astringente et la raideur de l’<strong>Orchestre de Chambre de Lausanne</strong> étonnent, et la petite voix off sortant des haut-parleurs (celle d’une Angelica qui parlerait comme une fille d’aujourd’hui et qui raconte qu’un garçon, Orlando, lui a offert un bracelet en s’agenouillant), puis les phrases d’un journal que rédigerait Orlando et qui s’inscrivent sur le rideau d’avant-scène, laissent mal augurer de la soirée.</p>
<p>Au centre du plateau un énorme heaume de paladin, avec ses rivets et sa cotte de mailles. Plus tard, il lui sera adjoint un réverbère. Comme d’un castelet de marionnettiste, on verra surgir du sommet du casque une Angelica en costume de fée ou de magicienne (avec chapeau pointu) et un double d’Orlando en costume de chevalier. La mise en scène usera volontiers des doubles, comme elle jouera de l’anachronisme et d’un balancement entre quelques allusions à un merveilleux venu de l’Arioste et des signes de contemporanéité, au motif que les sentiments des personnages, la jalousie, la tromperie, le dépit amoureux, etc. sont éternels. Certes !</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/ORLANDO-@Carole-Parodi-OPL-2-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-210099"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Paul-Antoine Bénos-Djian © Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>« Moi, j’essuie les verres… »</strong></h4>
<p>De la bergère Dorinda, on fera une tenancière de bistrot, en perruque rousse qui, telle Edith Piaf, essuiera ses verres au fond du café (car le casque s‘ouvrira pour révéler un comptoir de zinc, ses bouteilles, son guéridon de marbre et ses chaises tressées de terrasse parisienne, ainsi que son porte-manteau contre lequel dans sa folie Orlando partira à l’assaut).</p>
<p>Angelica, quand elle ne sera pas en fée, portera un manteau violet et une petite robe bleu marine, d’ailleurs assez élégante, et un petit sac à main mordoré assorti à ses bottes, tandis qu’un manteau bordeaux et un costume trois-pièces donneront à Medoro l’allure raide d’un fondé de pouvoir des années cinquante.</p>
<h4><strong>Un refus de l’héroïsme</strong></h4>
<p>Le plus mal loti sera le pauvre Orlando : jean tire-bouchonnant, chemise à carreaux et veste de survêt’, il a tout d’un cueilleur de champignons ou d’un ado immature. Il apparaît au début accompagné de son double en même équipage, un étonnant sosie, une identique perruque de cheveux longs accentuant leur ressemblance. Passée la première scène, l’idée ne sera plus exploitée. Curieusement, lors de cette première scène, on verra la magicienne laisser tomber de son perchoir vers Orlando le costume du parfait paladin (cuirasse, jambières, épée, baudrier, tabard armorié) que son sosie l’aidera à revêtir, mais dont il se dépouillera aussitôt, comme si la mise en scène voulait se débarrasser des signes de l’héroïsme ou du décorum de l’Arioste (lesquels étaient aussi désuets, anecdotiques, convenus, pour Haendel que pour <strong>Mariame Clément</strong>, mais dont il s’amusait pour faire théâtre).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/ORLANDO-@Carole-Parodi-OPL-3-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-210100"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>à droite Paul Figuier, Anna Vieira Leite, Marie Lys © Carole Parodi</sub><br></figcaption></figure>


<h4><strong>Un deus ex machina polyvalent</strong></h4>
<p>Une direction d’acteurs assez transparente, peu de caractérisation ou d’évolution des caractères, il ne se passera en somme pas grand chose, hormis les apparitions du magicien Zoroastro, promu <em>deus ex machina</em> polyvalent, apparaissant tour à tour en chevalier, en pilote de ligne ou en psychiatre. La scénographie se bornera aux mouvements du heaume au fil des scènes. Idée amusante : le tapis à bagages de l’aéroport devenant l’entrée de la grotte où pénètre Orlando – et l’ouverture du heaume révélant un bosquet d’arbres dans la pénombre propose une belle image poétique, – plus convaincante que l’apparition de six monstres verdâtres en caoutchouc dans le bistrot à tout faire.</p>
<h4><strong>Cinq voix parfaitement accordées</strong></h4>
<p>Par chance, le casting vocal est des plus réussis. <em>Orlando</em> est un opéra de chambre. Il n’y a pas de chœur, et cinq rôles seulement. Idéalement distribués ici. À la voix légère, un peu acidulée, de <strong>Ana Vieira Leite</strong> (Dorinda) répond celle plus mûre, plus charnelle, de <strong>Marie Lys</strong> (Angelica). À côté de ces deux sopranos, et non moins parfaits, deux contre-ténors très différents l’un de l’autre : le timbre très particulier de <strong>Paul-Antoine Bénos-Djian</strong> (Orlando), très riche en harmoniques graves, et d’une couleur toujours un peu mélancolique, sonne très différemment de celui, plus clair, de <strong>Paul Figuier</strong> (Medoro). Ils sont tous aussi virtuoses les uns que les autres, ce qu’est aussi l’étonnant <strong>Callum Thorpe</strong>, basse au répertoire éclectique (il chante Rigoletto ou Sarastro) mais brillant dans les rôles d’agilité du baroque, tel ce Zoroastro. <br />Notons que pour les cinq chanteurs c’est une prise de rôle, en quoi l’Opéra de Lausanne répond parfaitement à la vocation que lui assigne son directeur, <strong>Claude Cortese</strong>.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/ORLANDO-@Carole-Parodi-OPL-8-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-210105"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Orlando combattant ses monstres imaginaires © Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<p>Et si nous aurons été étonnés de la direction orchestrale assez raide de <strong>Christopher Moulds</strong>, et notamment de récitatifs d’une placidité déconcertante (et d’autant plus si deux jours auparavant on avait entendu un <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/haendel-giulio-cesare-in-egitto-zurich/">Giulio Cesare zurichois aussi libre que ductile</a> sous la baguette de Gianluca Capuano), c’est de la performance des cinq chanteurs que viendra le plaisir.</p>
<h4><strong>Une écriture sur mesure pour les stars du King’s Theater</strong></h4>
<p>Haendel écrit cet opéra pour un groupe de chanteurs virtuoses : le castrat contralto Senesino, pour lequel il avait écrit Giulio Cesare neuf ans plus tôt, et Anna Strada, sa prima donna attitrée au King’s Theatre. À remarquer que le rôle de Medoro est créé par un mezzo-soprano, Francesca Bertalli (et souvent chanté par un contralto femme dans des reprises récentes), tandis que Celeste Gismondi, venue de Naples, crée Dorinda et Antonio Montagnana (qui devait être un remarquable chanteur) le rôle périlleux de Zoroastro.</p>
<h4><strong>Tourments amoureux</strong></h4>
<p>Orlando est une succession d’airs de forme ABA, la reprise offrant bien sûr prétexte à nouveaux ornements. À son premier air, « Immagini funeste – Non fu già men forte Alcide », Paul-Antoine Bénos-Djian prête tout de suite cette couleur vocale qui n’est qu’à lui, idéale pour caractériser un héros tourmenté, ce qu’est cet Orlando rongé par son amour pour Angelica. Malheureusement le tempo traîne un peu, et si les ornements de la reprise de cet air <em>da capo</em> sont d’une élégance et d’une prestesse splendides, on aimerait un peu plus de nerf et d’articulation, bref on a le sentiment que ce héros (que Zoroastro presse de choisir Mars plutôt qu’Amour) part plutôt vaincu dans l’imbroglio amoureux qui commence&#8230;</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/ORLANDO-@Carole-Parodi-OPL-1-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-210098"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Dorinda (Ana Vieira Leite) © Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<p>En revanche dès « Ho un certo rossore », la Dorinda de Ana Vieira Leite est très en verve, même si la voix est encore un peu froide et la bergère-bistroquette hésite à s’avouer son amour pour Medoro, un prince… Néanmoins, le premier vrai bonheur vocal sera le « Ritornava al suo bel viso » d’Angelica : Marie Lys réussit à imposer son tempo et la voix trouve d’emblée son éclat et sa projection la plus chaleureuse, et encore davantage dans la partie rapide de l’air, « Chi possessore è del mio core », brillante et ornementée.</p>
<h4><strong>La délicatesse de Paul Figuier</strong></h4>
<p>Autre moment lyrique émouvant, l’air de Medoro, « Se il cor mai ti dirà ». Les phrasés de Paul Figuier, la clarté du timbre et sa délicatesse, la beauté et la précision des ornements de la reprise, la couleur pathétique qu’il prête à cet air, l’ultime vocalise, tout cela, sur un noble tempo, a grande allure. Le problème de Medoro, c’est qu’il est amoureux d’ Angelica (et réciproquement), et qu’il hésite à décevoir Dorinda…</p>
<p>C’est dans son air de bravoure, « T&rsquo;ubbidirò, crudele – Fammi combatere », l’un des plus spectaculaires de l’opéra que Paul-Antoine Bénos-Djian pourra montrer tout son brio. Orlando explique à Angelica qu’il peut aller combattre des monstres pour elle (c’est le moment où apparaissent les monstres caoutchouteux évoqués plus haut), d’où des kyrielles de vocalises précises et jubilantes, une immense colorature à la fin de la partie centrale de l’air, une reprise ornementée, une ultime cadence a cappella, tout cela brillantissime.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/ORLANDO-@Carole-Parodi-OPL-14-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-210111"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Paul-Antoine Bénos-Djian © Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>L’accord des timbres</strong></h4>
<p>Peu d’ensemble dans cet opéra, mais le ravissant trio « Consolati o bella » où Angelica et Medoro essaient, charmant cynisme, de convaincre Dorinda qu’elle trouvera l’amour, met en évidence l’accord et l’équilibre des trois voix (belles vocalises entrecroisées). L’air mélancolique de Dorinda, « Se me rivolgo al prato – Si je traverse une prairie, je vois Medoro dans chaque fleur » mettra en évidence la limpidité de la voix de Ana Vieira Leite, l’aisance de ses aiguës, son legato, mais surtout sa sensibilité.</p>
<p>Autre air di furore, le « Cielo ! Se tu il consenti virtuose » d’Orlando, démonstration éblouissante de Paul-Antoine Bénos-Djian : coloratures nerveuses sur un tempo d’enfer, pulsation, tout en maniant une épée imaginaire. Le paradoxe, mais la faute en est à la direction d’acteur, c’est le peu d’héroïsme de l’attitude physique du personnage, un peu courbé, alors qu’il y en a tant dans sa voix, dans la foudroyante reprise ornée, dans la rondeur et la chaleur du timbre, dans ce chant tellement articulé et farouche, sur des basses qui ronflent, et dans ces ébouriffantes coloratures traversant la tessiture du haut en bas.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/ORLANDO-@Carole-Parodi-OPL-13-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-210110"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>à gauche Paul Figuier et Marie Lys,  à droite Callum Thorpe en pilote de ligne © C.P.</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>L’épanouissement vocal de Marie Lys</strong></h4>
<p>La seconde partie donnera à entendre d’autres beautés, ainsi l’aria de Medoro, « Verdi allori sempre unito » (c’est le moment où les deux amants gravent leur initiales sur un tronc, en l’occurrence sur le heaume) : à la souplesse du phrasé de Paul Figuier dans cet air tendre, répond l’éblouissant « Non potrà dirmi ingrata » de Angelica, où Marie Lys déploie une guirlande inépuisable de coloratures, d’ornements, de trilles d’une précision parfaite, de vocalises en cascade – et enfin l’orchestre s’anime derrière elle.</p>
<p>Quelques instant plus tard, dans la très belle aria, « Verdi piante, erbette liete », elle donnera une radieuse démonstration de <em>canto spianato</em>, et surtout d’une richesse de couleur vocale, d’un lyrisme superbe, dans cet air de forme ABA bien sûr dont elle pourra enrichir la reprise de volutes inspirées, donnant du caractère à son personnage par des moyens uniquement vocaux (et un timbre magnifique de chaleur et d’épanouissement). Comme dans « Ritornava » au premier acte, on remarquera que la jeune chanteuse ralentit le tempo à sa guise et l’impose au chef qui la suit dans ses inspirations.</p>
<p>En revanche, la grande scène d’Orlando « Ah stigie larve ! Ah scelerati spettri », pâtira de la placidité de la direction. C’est une scène complexe et très originale de conception, de quelque sept minutes, qui montre Orlando en pleine confusion mentale, s’imaginant aux Enfers, croyant voir le chien Cerbère et même Proserpine au bras de Medoro (c’est Angelica). Les parties en récitatif accompagné (en principe nerveuses et vives) et les arias (méditatifs) alternent. Sous la sage baguette de Christopher Moulds, tous ces contrastes sont estompés et, si soigné soit l’accompagnement, tout sonne un peu pareil. Paul-Antoine Bénos-Djian y est virtuose, raffine sur les couleurs et les vocalises, mais on a le sentiment que tout cela pourrait être plus surprenant, plus vivant, plus fort.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/ORLANDO-@Carole-Parodi-OPL-4-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-210101"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Paul Figuier, Marie Lys © Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Le timbre à nul autre pareil de Bénos-Djian</strong></h4>
<p>Mais vocalement Bénos-Djian sera particulièrement magnifique dans la scène d’hallucination « Già lo stringo, già l’abbraccio » (c’est le moment où Orlando brandit une épée imaginaire, avant d’entrer en bataille avec un porte-manteau) ; la section centrale lente, « Son morto, o caro bene », sur un tapis de violons pianissimo est superbe de cantabile et de mélancolie.</p>
<p>Quant à Ana Vieira Leite, c’est dans l’aria de Dorinda « Amor è qual vento », une manière de rondo insouciant qu’elle aura le mieux matière à montrer toute son agilité, toute sa fantaisie, multipliant les « cocottes » et les ornements dans le haut de la voix.</p>
<p>Face à un Orlando enserré dans une camisole de force, Callum Thorpe/Zoroastro transmué en psychiatre avec barbe et blouse blanche se montrera à nouveau d’une aisance magnifique dans l’aria « Sorge infausta una procella » qui enchaîne les vocalises, les ornements et les trilles dans le grave, où jamais sa voix étonnante d’agilité ne perdra de sa profondeur ni de richesse de timbre.</p>
<p>Puis tout se précipite… Dorinda apprend à Angelica que Medoro est mort, enterré vivant par Orlando dans un accès de fureur, Angelica supplie Orlando de lui donner la mort (dans un curieux duetto entremêlant deux tempos : le lamento d’Angelica et les vigoureuses vocalises d’Orlando affirmant que son âme n’a soif que de sang, le tout sur un ostinato des cordes graves).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="1024" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/ORLANDO-@Carole-Parodi-OPL-12-1024x1024.jpg" alt="" class="wp-image-210109"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Couleurs élégiaques</strong></h4>
<p>Le récitatif et aria d’Orlando « Già per la man d’Orlando – Già l&rsquo;ebbro mio ciglio » sera musicalement un des plus beaux moments de la soirée : c’est un aria <em>di sonno</em>, un air de sommeil, et Bénos-Djian y donne à entendre sur une basse obstinée les couleurs les plus élégiaques de sa voix, avant qu’un duo violon-alto ne l’accompagne jusqu’aux rives de l’oubli.</p>
<p>La fin sera invraisemblable à souhait : Zoroastre (en tenue de chevalier) viendra éveiller Orlando, qui se désespérera alors d’avoir occis Medoro et Angelica, mais le magicien, par on ne sait quel sortilège, les ramènera à la vie, d’où un quintette final, pimpant à souhait&#8230;</p>
<p>Un ensemble propre à soulever les applaudissements d’un public lausannois naturellement bienveillant et conquis par l’engagement des chanteurs, qui auront largement mérité le triomphe qu&rsquo;on leur fera.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/haendel-orlando-lausanne/">HAENDEL, Orlando &#8211; Lausanne</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<item>
		<title>GLUCK, Orphée et Eurydice</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/gluck-orphee-et-eurydice/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Olivier Rouvière]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 19 Oct 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Au vu du succès d’Iphigénie en Aulide (avril 1774), les directeurs de l’Académie royale de musique de Paris commandèrent à Gluck pas moins de cinq nouveaux opéras. Le premier devant être livré au début de la prochaine saison, le compositeur opta pour l’adaptation d’une partition créée à Vienne, dont la renommée avait franchit les frontières : &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><span style="font-family: Arial, serif;">Au vu du succès d’</span><span style="font-family: Arial, serif;"><i>Iphigénie en Aulide</i></span><span style="font-family: Arial, serif;"> (avril 1774), les directeurs de l’Académie royale de musique de Paris commandèrent à Gluck pas moins de cinq nouveaux opéras. Le premier devant</span> être livré au<span style="font-family: Arial, serif;"> début de la prochaine saison, le compositeur opta pour l’adaptation d’une partition créée à Vienne, dont la renommée avait franchit les </span>frontières<span style="font-family: Arial, serif;"> : </span><span style="font-family: Arial, serif;"><i>Orfeo ed Euridice</i></span><span style="font-family: Arial, serif;"> (1762). </span></p>
<p><span style="font-family: Arial, serif;">En devenant le « drame héroïque » </span><span style="font-family: Arial, serif;"><i>Orphée et Eurydice</i></span><span style="font-family: Arial, serif;"> (août 1774), la fête viennoise subit quelques transformations : les Français n’appréciant pas les castrats, le rôle-titre, écrit pour le contralto Guadagni, fut transposé pour la haute-contre (ténor aigu) Joseph Legros. Gluck révisa également l’orchestration (chalumeaux et cornets à bouquin cédant la place aux clarinettes) et procéda à divers ajouts : une ariette virtuose empruntée à l’un de ses opéras italiens (et non plus un simple récitatif) terminait désormais le premier acte ; un planant solo de flûte et un couplet pour Eurydice furent insérés dans le divertissement de l’acte II, tandis que l’Amour gagnait aussi un air et que les protagonistes se retrouvaient dans le trio final venu de </span><span style="font-family: Arial, serif;"><i>Paride ed Elena</i></span><span style="font-family: Arial, serif;">. </span></p>
<p><span style="font-family: Arial, serif;">Plus tard, en 1859, Hector Berlioz ressuscitera l’œuvre, en re-transposant la partie d’Orphée à l’intention de la contralto Pauline Viardot. De ces trois principales versions de l’ouvrage (« de Vienne », « de Paris », « Berlioz »), la seconde, aujourd’hui choisie par Les Arts Florissants, est la moins souvent donnée, sans doute parce qu’elle réclame du ténor une technique </span><span style="font-family: Arial, serif;">longtemps oubliée</span><span style="font-family: Arial, serif;">. Au disque, l’ineffable Léopold Simoneau, qui omettait « L’espoir renaît », semblait chanter Mozart ou Bizet (Rosbaud, Philips, 1956), tandis que le vigoureux Richard Croft lorgnait du côté de l’opéra séria (Minkowski, Archiv, 2004).</span></p>
<p><span style="font-family: Arial, serif;">Le présent enregistrement bénéficie donc avant tout de l’incarnation de <strong>Reinoud Van Mechelen</strong>, authentique haute-contre rompue à Lully et Rameau mais désormais armée pour un répertoire plus tardif – et qui avait déjà gravé de larges extraits du rôle dans son portrait de Legros (Alpha, 2023). Le timbre est clair, suave, comme il convient à un demi-dieu capable d’enchanter la nature, l’élocution merveilleusement éloquente et la ligne de chant aussi nourrie que déliée. Si l’air d’entrée, « Objet de mon amour », pâtit encore d’une sur-articulation propre à l’école flamande, la redoutable ariette, en conformité avec le texte, se pare de vocalises légères, aériennes, très différentes du </span><span style="font-family: Arial, serif;"><i>canto di forza</i></span><span style="font-family: Arial, serif;"> plus belliqueux de Croft. Le sommet de son interprétation est atteint dans la supplique aux furies, où il parvient à une fusion inouïe de la déclamation et du cantabile, tandis qu’à l’acte III (duo, « J’ai perdu mon Eurydice »), il préserve l’émotion sans tomber dans la mièvrerie. </span></p>
<p><span style="font-family: Arial, serif;">Aux côtés de Van Mechelen, le chœur des Arts Flo’ (dix-huit chanteurs) est l’autre grand atout du disque et pour des raisons similaires : à la fois transparent et coloré, il rend justice aux moindres sonorités du livret (les nasales d’ « il est vainqueur »), préserve la beauté du son tout en multipliant les nuances expressives. Enfin, jamais <strong>Julie Roset</strong> n’a mieux mérité son patronyme, sa voix fraîche coulant comme un baume sur les </span><span style="font-family: Arial, serif;">plai</span><span style="font-family: Arial, serif;">es d’Orphée, dans un style proche de l’opéra-comique qui sied parfaitement à son rôle. L’autre soprano,</span><span style="color: #000000;"><span style="font-family: Arial, serif;"><strong> Ana Vieira Leite</strong>, </span></span><span style="font-family: Arial, serif;">possède le timbre corsé réclamé par Eurydice mais n’affiche pas la même précision dans la diction, parfois brumeuse. </span></p>
<p><span style="font-family: Arial, serif;">La lecture de<strong> Paul Agnew</strong>, elle, ne nous convainc que de façon intermittente : en bon chef de chœur, il sait préserver la vocalité de l’écriture, si importante dans ce Gluck d’ascendance italienne, et son orchestre affiche des teintes assez marquées (quels cors féroces !), sans doute parce que ses cordes sont (presque) moitié moins nombreuses que celles de Minkowski. Mais, dans les danses, dans le tableau des Champs-</span><span style="font-family: Arial, serif;">É</span><span style="font-family: Arial, serif;">lysées (le moins réussi), on déplore une pulsation peu élastique, une ligne bien peu tendue, des fléchissements qui démontrent, une nouvelle fois, que la largeur, l’aplat, le sostenuto n’ont guère droit de cité dans l’orchestre des Arts Flo’. </span></p>
<p><span style="font-family: Arial, serif;">On ne parlera donc point encore de référence, pour cette « version de Paris », mais d’une séduisante lecture à laquelle a manqué une baguette plus assurée.</span></p>
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		<title>HAENDEL, Agrippina — Beaune</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/haendel-agrippina-beaune/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Mariage]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 31 Jul 2025 04:02:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>On connaît et admire avant tout Stéphane Fuget et son ensemble Les Épopées pour le travail unique qu&#8217;ils accomplissent dans le répertoire du seicento italien. Leur mémorable trilogie monteverdienne, donnée à Beaune sur trois années consécutives, en reste un jalon marquant, tout comme la bouleversante Morte d&#8217;Orfeo de Landi, récemment entendue à Versailles. Depuis quelque &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>On connaît et admire avant tout <strong>Stéphane Fuget</strong> et son ensemble <strong>Les Épopées</strong> pour le travail unique qu&rsquo;ils accomplissent dans le répertoire du <em>seicento</em> italien. Leur mémorable trilogie monteverdienne, donnée à Beaune sur trois années consécutives, en reste un jalon marquant, tout comme la bouleversante <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/landi-la-morte-dorfeo-versailles/"><em data-start="500" data-end="515">Morte d&rsquo;Orfeo</em> de Landi</a>, récemment entendue à Versailles. Depuis quelque temps, leur répertoire s&rsquo;ouvre à la tragédie lyrique française et – après une <em>Alcina</em> inaugurale ici même à Beaune il y a un an – aux opéras de Haendel. <em>Agrippina</em> est justement une œuvre singulière dans le corpus haendelien, profondément marquée par l&rsquo;esthétique vénitienne et qui s’inscrit en cousine éloignée de l’<em>Incoronazione di Poppea</em>. En effet, le livret, signé de la main du prélat Vincenzo Grimani — qui a visiblement laissé sa dalmatique à la sacristie — met en scène un véritable nid de vipères, où les manigances se succèdent, s’accumulent jusqu’au vertige, dans des jeux d’enchevêtrement et de retournement typiquement baroques. L&rsquo;action, touffue, tresse intrigues amoureuses et intrigues politiques sans jamais perdre de vue un humour ravageur – on se cache tour à tour dans les placards et on ose dire : « mon châtiment est double : on me ravit le pouvoir et on me marie à une femme ».</p>
<p>De fait, l&rsquo;interprétation proposée par les instrumentistes des Épopées et leur chef peut déconcerter, car elle ne correspond pas vraiment à ce qu&rsquo;on a l&rsquo;habitude d&rsquo;entendre dans ce répertoire. Les timbres des instruments sont extrêmement caractérisés, résonnant dans leur crudité (comme ces hautbois francs, presque pétaradants) et les variations dynamiques et rythmiques sont parfois brutales. La rectitude de cette musique, même dans les récitatifs, moins proches de la langue parlée que le<em> recitar cantando</em> du XVIIe siècle, oblige tout de même à tenir une certaine rigueur dans l&rsquo;exécution. Portés par leur enthousiasme, les musiciens ne jouent parfois pas vraiment ensemble, les soucis d&rsquo;intonation sont récurrents et l&rsquo;ensemble manque d&rsquo;impact sonore. En somme, l&rsquo;orchestre peine à former une unité. Pourtant, que de choses palpitantes nous sont offertes dans cette interprétation ! Toujours attentif à la justesse des situations théâtrales, Stéphane Fuget révèle avec acuité tous les contrastes de la partition : des entailles nerveuses des cordes dans « Pensiero » aux traits rigolards du clavecin sous certaines interventions de Claude, on passe du tragique le plus poignant au comique le plus léger, créant là un tourbillon théâtral réjouissant.</p>
<p>Cette verve théâtrale habite également l&rsquo;ensemble des chanteurs de la distribution. À commencer par <strong>Arianna Vendittelli</strong>, qui incarne une Agrippine de grande classe, tantôt rouée, tantôt touchante, mais toujours souveraine. Sa voix au timbre fruité mord dans le texte avec une gourmandise évidente et l’interprète déploie une large variété d’inflexions vocales pour rendre compte au mieux des desseins de son personnage. Elle traverse tous ses climats affectifs avec l’aplomb d’une femme qui ne doute de rien, pliant le texte et la musique à sa volonté, en grande ordonnatrice de l’intrigue. À cette superbe maîtrise musicale et textuelle s’ajoute un charisme ravageur, presque cinématographique, qui donne à cette Agrippine les allures de star hollywoodienne – irrésistible, impitoyable, indéchiffrable. Sa grande rivale Poppée est incarnée par <strong>Ana Vieira Leite</strong>, qui semble se délecter d&rsquo;un rôle à sa mesure, et régale le public au passage. La voix manque peut-être un peu de sève ou de pulpe, avec un timbre parfois trop pâle pour pleinement séduire, mais la présence piquante, la vivacité du jeu, et surtout la musicalité souple et inventive de l’interprète compensent largement : elle donne au personnage une élégance vénéneuse et joueuse, parfaitement dessinée. Chaque pose, chaque mine semble étudiée pour portraiturer un personnage toujours sûr de ses charmes.</p>
<p><strong>Paul-Antoine Bénos-Djian</strong>, qui avait incarné un <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/monteverdi-lincoronazione-di-poppea-versailles/">Ottone monteverdien</a> inoubliable sous la direction de Fuget, retrouve ici le même personnage, mais dans sa version haendelienne, plus jeune, plus vulnérable, plus exaltée. Seul être véritablement intègre au cœur de cette jungle de duplicité, Ottone devient avec lui une figure d’une poésie grave et jamais ingénue. La voix, charnue et souple, portée par un souffle ample, épouse les élans comme les abîmes du personnage avec une pudeur lumineuse. Son « Voi che udite », exténué, au bord de la rupture, la voix suspendue au-dessus d’un orchestre susurrant, apparaît comme un des sommets d’émotion de la représentation. En jeune Néron, <strong>Juliette Mey</strong> impressionne tout autant. Elle choisit d’incarner ce personnage, précédé par sa réputation sulfureuse, non pas comme un tyran en devenir ou un chien fou, mais comme un adolescent encore épargné par la corruption, tranquille, presque pudique. Sa voix lumineuse, son phrasé élégant, sa diction ciselée donnent au personnage une noblesse farouche, celle d’un être qui cherche encore sa place dans le monde corrompu des adultes. Les vocalises de « Come nube », où l’on devine cette fois les fureurs latentes du Néron à venir, sont exécutées avec un panache qui laisse poindre une tension incendiaire.</p>
<p>Claude prend ce soir l&rsquo;apparence de <strong>Luigi De Donato</strong>, comme lors de <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/anniversaire-imperial/">la précédente <em>Agrippina</em></a> donnée au festival de Beaune, en 2012. Avec un collier clinquant autour du cou, il campe un portrait savoureux de l&#8217;empereur, d&rsquo;une drôlerie constante. On sent qu&rsquo;il connaît le personnage sur le bout des doigts et il sait le rendre terriblement attachant. Il se joue également de la tessiture du rôle avec une malice à peine déguisée, plongeant vers des graves abyssaux, presque<em> too much</em>, et il assure avec crânerie les difficultés de la partition. Dans l’air « Io di Roma il Giove sono », sa voix impressionne par sa vélocité, et il réussit à incarner à la fois le potentat vaniteux et l’homme mûr gagné par une sourde amertume en voyant le monde lui échapper. Les deux prétendants d&rsquo;Agrippine sont incarnés par <strong>Paul Figuier</strong> et <strong>Riccardo Novaro</strong>, qui se complètent idéalement. Le premier propose un Narcisse enflammé, sûr de lui, servi par un timbre homogène d&rsquo;une grande beauté et un relief vocal saisissant ; le second est un Pallante mordant, à la voix de basse chaude et ample. Enfin, <strong>Vlad Crosman</strong> assume avec une réjouissante impudence le rôle du serviteur complice Lesbo. Le personnage n&rsquo;a pas d&rsquo;aria et n&rsquo;intervient que dans les récitatifs et les ensembles, mais le chanteur distille ses quelques répliques avec un sens du tempo comique très sûr, contribuant à l&rsquo;esprit d’ensemble de cette représentation, où le théâtre prime toujours sur la simple démonstration vocale. Cette véritable soirée de théâtre musical couronne d&rsquo;ailleurs une édition du festival de Beaune – la première sous la direction du nouveau directeur artistique, Maximilien Hondermarck – marqué par des propositions radicales, comme l&rsquo;a été cette <em>Agrippina</em>, savoureuse et détonnante.</p>
<pre>Crédit photographique : Ars.essentia</pre>
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		<title>HAENDEL, La Resurrezione – Luçon</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/haendel-la-resurrezione-lucon/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 05 May 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le Festival de printemps des Arts Florissants en est déjà à sa 9e édition&#160;: créé quelques années après la manifestation «&#160;Dans les jardins de William Christie&#160;», dont on peut profiter à la fin du mois d’août, notre événement célèbre le renouveau du printemps au mois d’avril et permet de rayonner autour du village de Thiré &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le Festival de printemps des Arts Florissants en est déjà à sa 9<sup>e</sup> édition&nbsp;: créé quelques années après la manifestation «&nbsp;Dans les jardins de William Christie&nbsp;», dont on peut profiter à la <a href="https://www.forumopera.com/festival-dans-les-jardins-de-william-christie-a-thire/">fin du mois d’août</a>, notre événement célèbre le renouveau du printemps au mois d’avril et permet de rayonner autour du village de Thiré pour y apprécier des concerts de haute tenue tout en découvrant les églises du Sud-Vendée.</p>
<p>Chaque année, le festival met en valeur un grand compositeur baroque. Cette fois, c’est Haendel qui est à l’honneur et ce, pour la seconde fois. <strong>Paul Agnew</strong>, le directeur artistique, a choisi de se focaliser sur la jeunesse du compositeur et son parcours itinérant dans les grandes villes européennes. Pour le concert inaugural de cette édition, étalée sur trois journées, c’est une rareté qui nous est présentée dans la belle cathédrale de Luçon, dont Richelieu a été l’évêque. À quelques pas d’un somptueux tableau de Lubin Baugin représentant une <em>Descente de croix</em> de circonstance, c’est en effet <em>La Résurrection</em> de Haendel qui est donnée. Le récit se concentre sur l’espace qui sépare la mise au tombeau du Christ à celui de sa Résurrection et met en scène les proches de Jésus, Jean, Marie-Madeleine et Marie Cléophas en proie à la douleur et aux doutes, confrontés au combat du bien et du mal entre Lucifer et un ange. L’œuvre a été commanditée à Rome en 1708 pour le sulfureux marquis Francesco Ruspoli et puisque le pape avait interdit la production d’opéras, ce fut un oratorio que composa le jeune luthérien de 23 ans à peine. On raconte que la production a été rien moins que somptueuse, tant au niveau des décors que des instrumentistes, plus d’une quarantaine. Le vaisseau gothique de la cathédrale de Luçon, son beau maître-autel baroque surmonté d’un élégant baldaquin et l’imposante chaire à prêcher en bois de chêne rehaussés par de subtils jeux de lumière ont contribué à offrir un cadre parfaitement approprié à la beauté de cette <em>Résurrection</em> d’exception restituée ici par une distribution virtuose, idéalement installée à la croisée du transept, pour une acoustique mieux que satisfaisante.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="682" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Festival-Printemps-2025-JGazeau-5560-1024x682.jpg" alt="" class="wp-image-188834"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Julien Gazeau</sup></figcaption></figure>


<p>L’enthousiasme de Paul Agnew, à la tête de l’<strong>Orchestre des Arts Florissants</strong>, est palpable et semble se propager sur l’ensemble de la distribution. Malgré une certaine humidité du lieu (les petites laines sont fondamentales pour un parfait bien-être au cours du festival), une vraie chaleur humaine se dégage du plateau et enveloppe les auditeurs, impressionnés par l’excellence de l’orchestre.</p>
<p>Juchée non pas sur une branche mais installée en hauteur dans la chaire, la soprano <strong>Julie Roset</strong> incarne un ange à la fois éthéré et curieusement incarné, profondément humain. Timbre lumineux, générosité et limpidité, les qualités de la jeune française «&nbsp;Révélation Artiste Lyrique 2025&nbsp;» sont multiples et l’on se repaît de chacune de ses interventions. En contrebas, sombre tentateur et contradicteur, la basse anglaise <strong>Christopher Purves</strong> semble se délecter de son rôle de Lucifer. Ses graves charnus et amples, appuyés par une personnalité qu’on sent très forte, permettent de valoriser toutes les ruses du diable dont il fait ressortir la perversité tout comme la complexité de l’ange déchu et du séducteur de tout premier ordre. Irrésistible…</p>
<p>Dans le rôle de Jean, <strong>Cyril Auvity</strong> déploie des trésors de délicatesse dans l’expression des affres vécus par l’évangéliste, de la mort du Christ jusqu’à son retour à la vie. Beauté du timbre, élégance du phrasé, puissance d’évocation, le ténor fait une très forte impression. Le contralto <strong>Lucile Richardot</strong>, voix d’ambre aux couleurs étonnantes et voluptueuses, force l’admiration en sainte femme dévorée par le chagrin qui se ressaisit peu à peu. Sa technique laisse pantois d’admiration. Quant à <strong>Ana Vieira Leite</strong>, lauréate du Jardin des Voix en 2021, la soprano portugaise est une Madeleine de toute beauté. Naturellement élégante et distinguée, la jeune femme aux traits nobles et délicats possède un timbre à l’avenant. Elle nous avait déjà largement séduite l’été dernier, dans le rôle de Belinda du <em><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/purcell-dido-and-aeneas-thire/">Didon et Énée</a></em> présenté durant le festival « Dans les jardins de William Christie ». Toute la complexité du rôle de Madeleine, prostituée repentie et première personne à avoir aperçu le Christ ressuscité, est restituée avec art.</p>
<p>Tant de travail pour une seule soirée, se dit-on… Mais non&nbsp;: le même programme a pu être entendu à la Philharmonie de Paris le 30 avril, quelques jours plus tard. Cela dit, le charme du concert dans la cathédrale reste irremplaçable et l’on se réjouit des quatre concerts à venir, pour un festival qui commence très fort.</p>


<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="Festival de Printemps - Les Arts Florissants" width="1200" height="675" src="https://www.youtube.com/embed/PKG5NhpCNqs?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe></div>
</div></figure>
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		<title>NEBRA, Venus y Adonis</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/nebra-venus-y-adonis/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clement Demeure]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 10 Feb 2025 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Alberto Miguélez Rouco a fondé Los Elementos dans un but spécifique : redonner vie au répertoire baroque espagnol, en premier lieu les œuvres de José Melchor Baltasar Gaspar de Nebra Blasco (Calatayud, 6 janvier 1702 &#8211; Madrid, 11 juillet 1768). En 1996, L’Ensemble baroque de Limoges enregistrait Viento es la dicha de amor. D’autres disques &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Alberto Miguélez Rouco</strong> a fondé <strong>Los Elementos</strong> dans un but spécifique : redonner vie au répertoire baroque espagnol, en premier lieu les œuvres de José Melchor Baltasar Gaspar de Nebra Blasco (Calatayud, 6 janvier 1702 &#8211; Madrid, 11 juillet 1768). En 1996, L’Ensemble baroque de Limoges enregistrait <i>Viento es la dicha de amor</i>. D’autres disques ont ensuite mis à l’honneur les compositeurs espagnols et leurs opéras en castillan, défendus notamment par Rousset (récital remarqué avec Bayo), Eduardo López Banzo, Emilio Moreno ou récemment l’ensemble Nereydas. Rouco lui-même a déjà enregistré deux zarzuelas de Nebra datées de 1744, <i>Vendado es Amor, no es ciego </i>et <i>Donde hay violencia no hay culpa</i>. Le présent disque porte à cinq les opéras et zarzuelas de Nebra disponibles, puisqu’on peut aussi écouter <i>Amor aumenta el valor </i>et <i>Iphigenia en Tracia.</i></p>
<p>C’est à partir des années 1720 et surtout les années 1740 que Nebra fait jouer ses opéras, avant d’œuvrer comme vice-maître de chapelle de la couronne jusqu’à la fin de sa vie, laissant un important corpus sacré. Tout cela fait de lui l’un des plus grands compositeurs espagnols du siècle, dont la musique constamment agréable s’écoute avec plaisir.</p>
<p>On n’est certes pas dépaysé tant son style adhère aux codes italiens quasi hégémoniques alors, mâtiné d’éléments plus typiquement espagnols. <i>Venus y Adonis</i> ne déroge pas à cette règle. Tiré du triptyque <i>Las tres comedias en una</i>, créé à Madrid en 1729, cet « ópera chiquita » s’apparente à une <i>serenata</i> ou pastorale, où la présence d’un couple comique renvoie au drame espagnol du siècle précédent, ou à un usage en train de s’éteindre au même moment à Naples, par exemple.</p>
<p>Vénus y apprend qu’un mortel rivalise en beauté avec elle : inadmissible ! Un Mars enamouré promet de venger l’affront. Le dieu guerrier sous-traite la mission à Cybèle, qui invoque un terrible sanglier. Mais entre-temps, Vénus rencontre Adonis et tombe amoureuse. Le valeureux jouvenceau va à l’encontre du monstre, et expire alors dans les bras de son aimée. Vénus fait renaître Adonis sous forme d&rsquo;anémone. Si le trio amoureux chante l’essentiel des airs et duos, l’ensemble est pimenté par les interventions relativement fréquentes d’un petit chœur, les facéties d’un couple ancillaire (Clarín et Celfa) et l’apparition ponctuelle de Cybèle. Tous les affects y passent, comme il est d’usage, entre accents belliqueux, air de tempête, tendres épanchements, sommeil, jalousie, adieux, etc.</p>
<p>Au service d’une dramaturgie assez générique, les mélodies de Nebra sont toujours séduisantes à défaut de s’inscrire dans la mémoire, avec une constante vivacité rythmique. Une musique diablement efficace, sans temps mort, pimpante et sensible, familière dans ses similitudes avec l’idiome italien. Des accents vivaldiens passent çà et là, avec une influence napolitaine qui ne fera que s’affirmer dans les opéras des années 1740.</p>
<p>Le continuo est habilement varié et les cuivres et bois viennent opportunément colorer les divers numéros – jusqu&rsquo;aux castagnettes le temps d&rsquo;un air. Pourtant, l’œuvre n’a survécu que sous forme de copies truffées d&rsquo;erreurs des lignes vocales et des parties séparées du premier violon et de la basse continue. Le <i>maestro</i> Rouco s’est donc attelé à compléter toute l’écriture des cordes intermédiaires et des autres instruments, selon ce qu’appelle le livret (cors pour l’air « Trompas venatorias »), la typologie des airs et les usages de Nebra dans d’autres opéras parvenus de manière plus complète. Pour l’ouverture, une rutilante sinfonia pour clavecin en cinq mouvements a été réorchestrée. Ce <i>Venus y Adonis </i>s’apparente donc fortement à un pastiche de Nebra signé Rouco. La pratique se justifie pleinement dans l’opéra du <i>seicento</i>, et l’on ne peut nier la réussite du <i>Motezuma</i> de Vivaldi complété par Alessandro Ciccolini ou des interventions néo-baroques d’un Alarcón. Sans parler de l’adagio d’Albinoni, qui éclipse les véritables œuvres du musicien ! Même l’opéra français de la fin du XIXe est aujourd’hui proposé avec des réorchestrations. Nous avouons préférer découvrir une œuvre conçue de bout en bout par son créateur.</p>
<p><strong>Alberto Miguélez Rouco</strong> mérite néanmoins tous les éloges pour sa volonté de promouvoir Nebra et le soin avec lequel il le sert. Ses choix et sa direction sont parfaitement dosés, entre italianisme bien compris et espagnolades (vif « Cualquiera mozuela »). <strong>Los Elementos</strong> sont gorgés de couleurs et d&rsquo;une précision acérée. Sans être syllabique, la vocalité est assez peu exigeante, et c’est surtout l’orchestre qui porte l’air de tempête « Bate a la navicella », là où l’opéra italien aurait sans doute poussé la virtuosité plus loin. Les chanteuses ici réunies sont largement à la hauteur de la tâche, si l’on ne chipote pas sur les trilles, et offrent quelques divisions pour varier les reprises. Tous les personnages sont interprétés par des voix de soprano assez centrales, à vrai dire parfaitement interchangeables à l’exception de la contralto incarnant Cybèle. On ne saurait dire qui, de Vénus, Adonis ou Mars s’exprime, ce qui suscite une certaine monotonie. En dépit de cette réserve, <b>Paola Valentina Molinari</b> (Vénus), <b>Natalie Pérez</b> (Adonis) et <b>Jone Martínez</b> (Mars) remplissent leur rôles avec ce qu’il faut de couleurs et de présence. <b>Ana Vieira Leite</b> et <b>Judit Subirana</b> se distinguent sensiblement du trio principal par des accents plus piquants : chacun de leur air est une amusante respiration, et leur duo caquetant est délicieux. <b>Margherita Maria Sala</b> enfin n’a pas grand-chose pour se mettre en valeur, mais vient apporter de la variété par sa couleur plus sombre.</p>
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		<title>RAMEAU, Les Fêtes d&#8217;Hébé &#8211; Paris (Opéra Comique)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/rameau-les-fetes-dhebe-opera-comique/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Guillaume Saintagne]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 15 Dec 2024 05:02:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>L’un des plus grands succès du vivant de son compositeur retrouve enfin la scène parisienne, et pas juste en version de concert, en extraits ou en spectacle d’étudiants. Ces Fêtes d’Hébé le méritent : pas pour son livret, non (comme souvent, pauvre Rameau), mais bien pour sa musique qui devient de plus en plus exceptionnelle &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>L’un des plus grands succès du vivant de son compositeur retrouve enfin la scène parisienne, et pas juste en version de concert, en <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/trente-ans-des-talens-lyriques-paris-chatelet-quels-talens/">extraits</a> ou en <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/les-fetes-dhebe-paris-bastille-mieux-que-le-tunnel-sous-la-manche/">spectacle d’étudiants</a>. Ces <em>Fêtes d’Hébé</em> le méritent : pas pour son livret, non (comme souvent, pauvre Rameau), mais bien pour sa musique qui devient de plus en plus exceptionnelle à mesure que l’on approche de la dernière entrée, véritable feux d’artifice de l’art du Dijonais. Difficile de résister à ces danses dont l’énergie rivalise avec la finesse.&nbsp;</p>
<p>Vingt-sept ans après l’enregistrement de la première (et très belle) intégrale de l’œuvre, c’est toujours <strong>William Christie</strong> qui dirige. Et c’est peu dire que lui et ses <strong>Arts florissants</strong> ont musclé leur jeu : certains airs lents restent un peu trop languissants à notre goût, mais les danses ont bien plus de jarret. Remarquable notamment le travail sur les crescendo et accélérations, ou l’étagement des pupitres (les vents surexposés dans les tambourins par exemple). En ce soir de première les trompettes ont encore quelques efforts de justesse à faire, mais les cordes sont furibondes dès l’ouverture fonceuse, et <strong>Marie-Ange Petit</strong> aux percussions veille à la rigueur de la pulsation au point que le chef se contente alors d’indications d’intensité.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="684" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/1-les-Fetes-dHebe-DR-Vincent-Pontet-1024x684.jpg" alt="" class="wp-image-179234"/><figcaption class="wp-element-caption"> <sup>© Vincent Pontet</sup></figcaption></figure>


<p>Pour donner un fil rouge à un livret qui ne s’en embarrassait pas, et contourner son insipide préciosité, <strong>Robert Carsen</strong> joue les <em>entertainer </em>avec son talent habituel. Habituel, car ceux qui ont déjà vu sur cette même scène ses <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/les-fetes-venitiennes-paris-opera-comique-viens-dans-mon-comic-strip-viens-faire-des-bulles/">Fêtes Vénitiennes</a> ou <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/not-absolutely-fabulous/">Platée</a>, retrouverons une direction d’acteur bien réglée, un art de la transposition indéniable, un sens du gag opportun, mais rien de bien neuf et jugeront certainement le décor et les costumes moins spectaculaires. Hébé est donc serveuse lors d’un pince-fesse à l’Elysée et, ayant malencontreusement renversé un verre de vin sur Brigitte Macron, s’enfuit dans la cour où l’Amour, entre deux selfies, lui donne un vélo qui lui permettra d’aller se divertir sur les bords de la Seine. La première Entrée verra Sapho organiser un divertissement à Paris-Plage ; la seconde Iphise épouser finalement le capitaine de l’équipe de foot, dont le match est retransmis sur un quai dominé par les boites de bouquinistes; la troisième, Eglée s’enjailler sur les <em>sample </em>de musette et hautbois de DJ Mercure, avant d’embarquer sur un bateau-mouche. Dommage que les chorégraphies n’aient pas été plus soignées : à l’exception du très poétique ballet des footballeurs qui joue sur la technicité de leurs mouvements autour d’un ballon imaginaire, on regrette pour les autres un thème surligné (la danse des selfies, celle des coupes de champagne), l’évitement (changements de costumes ou de décor pour celles de la première Entrée) ou le manque d’imagination (le hip-hop, source surexploitée d’inspiration depuis sa découverte par Montalvo &amp; Hervieu pour <em>Les Paladins</em>). &nbsp;On pourra certes reprocher à cette transposition de ne pas toujours fonctionner (être promise en mariage au capitaine de l’équipe de foot victorieuse…) ou de ne pas aider à mieux comprendre les ressorts dramatiques (de toute façon très confus et artificiels), elle a le grand mérite d’être divertissante et de porter les interprètes à se dépasser.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="684" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/9-les-Fetes-dHebe-DR-Vincent-Pontet-1024x684.jpg" alt="" class="wp-image-179231"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Vincent Pontet</sup></figcaption></figure>


<p>A commencer par le <strong>Chœur de Arts Florissants</strong> qui, à son excellence vocale et scénique habituelle, ajoute un talens (sic) certains pour la danse (« L’amour règne en ces bois&nbsp;»). On aurait préféré un Tyrtée à la tessiture plus étendue et au style plus élégant que belliqueux («&nbsp;Qui te retient, Lacédémone&nbsp;?&nbsp;»), tandis que les Alcée et Eurilas de <strong>Lisandro Abadie</strong> manquent souvent de projection, mais pas d’à propos ni de capacité à émouvoir. Eux, comme tout le plateau exposent toutefois une diction très compréhensible qui permet de profiter de la prosodie de la langue française. La juvénilité et l’éclat du timbre d’<strong>Antonin Rondepierre</strong> font mouche dans le petit rôle de Thélème. <strong>Cyril Auvity</strong> apporte son charme intact et des aigus aussi vaillants que caressants au Ruisseau et à Lycurgue. <strong>Ana Vieira Leite</strong> est impayable en Amour, devenu influenceuse qui partage ses <em>live</em> sur les réseaux sociaux, au point de presque éclipser un chant pourtant splendide. <strong>Lea Desandre</strong>, entre deux pas de danse, incarne les différentes héroïnes avec chaleur, ferveur (superbe « O mort n’exerce pas ») ou légèreté. <strong>Emmanuelle de Negri</strong> confirme une fois de plus qu’elle est aussi souveraine dans le <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/titon-et-laurore-paris-opera-comique-mondonville-contre-le-blue-monday/">comique</a> que dans le <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/destouches-telemaque-et-calypso-versailles/">tragique</a>&nbsp;: son Hébé manque un peu de brillant («&nbsp;Accourez riante jeunesse&nbsp;») mais pas de verve ni de présence (captant immédiatement l’attention, même muette). Après un Momus qui lui donne peu l’occasion d’exister, <strong>Marc Mauillon</strong> revient en Mercure époustouflant. On connaissait le diseur rayonnant («&nbsp;Je fais mon bien suprême&nbsp;»), cette voix rocailleuse policée, l’acteur franc, on a été soufflé par son interprétation de la virevoltante ariette italienne «&nbsp;L’objet qui règne dans mon âme&nbsp;» mariant puissance de l’émission, virilité du ton, et prise de risque dans les vocalises. &nbsp;</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/rameau-les-fetes-dhebe-opera-comique/">RAMEAU, Les Fêtes d&rsquo;Hébé &#8211; Paris (Opéra Comique)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>PURCELL, Dido and Aeneas – Thiré</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/purcell-dido-and-aeneas-thire/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 30 Aug 2024 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Ce samedi 24 août marque le premier jour de la 13e édition du festival «&#160;Dans les jardins de William Christie&#160;» à Thiré, en Vendée. Si les organisateurs sont confiants dans la mesure où le chiffre de quelque dix mille spectateurs de l’année passée va être à peu près égalé, une légère inquiétude tempère l’excitation des &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Ce samedi 24 août marque le premier jour de la 13<sup>e</sup> édition du festival «&nbsp;Dans les jardins de <strong>William Christie</strong>&nbsp;» à Thiré, en Vendée. Si les organisateurs sont confiants dans la mesure où le chiffre de quelque dix mille spectateurs de l’<a href="https://www.forumopera.com/thire-une-experience-paradisiaque/">année passée</a> va être à peu près égalé, une légère inquiétude tempère l’excitation des retrouvailles, car la météo est incertaine. Une ondée est prévue pour le milieu de l’après-midi et l’on ne sait pas trop s’il va falloir, ou non, se replier dans les emplacements prévus pour le «&nbsp;Plan pluie&nbsp;», consistant en tentes disposées dans différents points du jardin.</p>
<p>En attendant, les activités habituelles font le plein. Dès l’ouverture au public en tout début d’après-midi, on a l’embarras du choix entre des activités en famille de chant participatif, de danse baroque ou autres animations bucoliques et intellectuelles, sans oublier la visite guidée à la découverte du jardin éclectique rêvé et élaboré au fil des années par William Christie, entre le théâtre de verdure, la cour d’honneur, le potager, le cloître, la serre, la pinède, le grand parterre et l’on en oublie quelques-uns, d’autant qu’il y a des nouveautés chaque année. Tant et si bien qu’à l’heure du goûter où commencent les mini-concerts répartis aux quatre coins du jardin, tout le monde est déjà sous le charme et totalement immergé dans une ambiance à la fois festive, ludique, sympathique et solennelle, tout à fait dans l’esprit du monde baroque.</p>
<p>Après le premier quatuor dans la Pinède, en compagnie de Vivaldi et Telemann, on continue au niveau du mur des Cyclopes, l’un des lieux les plus sauvages des jardins, avec un concert dédié à Purcell. <strong>Paul Agnew</strong> y interprète des œuvres du compositeur anglais, alors que l’académicien <strong>Erik Orsenna</strong> lit avec brio des textes illustrant sa courte vie bien remplie. Las, il pluviote, et deux parapluies sont apportés pour protéger le théorbe du jeune <strong>Gabriel Rignol</strong> ainsi que le violoncelle de <strong>Felix Knecht</strong>. Détail charmant, c’est le ténor écossais Paul Agnew qui tient le parapluie au-dessus de l’instrument alors qu’il chante, tête nue, sous la pluie, avec un flegme tout britannique et l’humour coutumier de celui qui est également co-directeur artistique du festival. Personne ne songe à se mettre à l’abri, surtout quand il susurre, concurrencé par le jars qu’on imagine évoluer, un peu plus loin, sur la rivière Smagne, l’ineffable «&nbsp;Music for a while&nbsp;». La magie opère. Quelques minutes plus tard, on découvre, sous la tente du Pont chinois, accompagnés au théorbe toujours par Gabriel Rignol, un couple idéal&nbsp;: la soprano <strong>Violaine Le Chenadec</strong> et <strong>Adrien Mabire</strong> au cornet à bouquin. Les concerts étant propices à la transmission et à la pédagogie, Adrien Mabire nous parle de son instrument, très populaire et primordial à une époque, bien délaissé aujourd’hui, qui se situe entre la flûte et la trompette. De Monteverdi à Frescobaldi, en passant par Palestrina et Bassano, le programme intitulé «&nbsp;Gli spiriti del giardino&nbsp;» fascine les auditeurs, l’oreille intriguée par ces rares sonorités, merveilleusement mises en valeur par le timbre pur et plein de Violaine Le Chenadec. On se réjouit de savoir qu’on pourra à nouveau entendre le trio le lendemain. Le crachin n’est plus qu’un mauvais souvenir et quelques temps plus tard, le programme de l’après-midi se conclut avec un concerto Brandebourgeois sur les Terrasses, juste derrière le Bâtiment, la maison de William Christie, juste avant le dîner. Heureusement, la pluie a cessé et il ne sera pas nécessaire de se transférer dans la salle de repli située à une demi-heure de route de Thiré.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="683" height="1024" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Festival-Jardins-William-Christie-5800-JGazeau-1-683x1024.jpg" alt="" class="wp-image-171304"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Julien Gazeau</sup></figcaption></figure>


<p>Le beau temps revenu, c’est bien sur la scène flottante du superbe Miroir d’eau que s’installe l’ensemble instrumental des Arts Florissants accompagnés par des jeunes instrumentistes de la très prestigieuse Juilliard School, sous la direction de William Christie, également au clavecin et à l’orgue pour le continuo. Afin de compléter <em>Dido and Aeneas</em>, qui ne comporte qu’une heure de musique, l’ode de Purcell, <em>Celestial music did the Gods inspire</em>, est proposée en introduction. Le vent souffle fort et les platanes ainsi que les charmes qui bordent le plan d’eau bruissent tumultueusement. Cela ne suffit pas à nous empêcher de profiter de toutes les nuances délicates du chef-d’œuvre de Purcell. La scène est sonorisée, c’est-à-dire qu’un dispositif de micros permet de rendre le son audible pour tous, avec un rendu très naturel. <strong>Helen Charlston</strong> est lauréate du Jardin des Voix, la fameuse pépinière de nouveaux talents instaurée par le maître. La mezzo-soprano incarne une Didon aristocratique et passionnée, toute de retenue et de subtilités infinies que son beau mezzo lui permet. Alors que le vent s’est calmé, des oiseaux accompagnent de leur chant inquiet la jeune anglaise, sublime dans une mort déchirante et noble. Un moment d’anthologie pour ce festival… <strong>Renato Dolcini</strong>, l’interprète d’Énée, est lui aussi lauréat du Jardin des Voix. La rencontre vocale avec sa partenaire est passionnante&nbsp;: tous deux forment un couple idéal qu’on prend plaisir à entendre et à voir déambuler, main dans la main, le long des berges du plan d’eau, dans un tableau féerique alors que la nuit tombe. Si l’opéra est donné en version de concert, il est toutefois mis en mouvement par <strong>Sophie Daneman</strong>, la soprano également metteure en scène et pédagogue enthousiaste qui propose cette année dans les jardins un atelier de chant participatif justement consacré au chant des oiseaux. Son travail discret et sobre met en valeur les ensembles, tout en harmonie et en délicatesse. C’est avec la complicité de William Christie qu’elle a eu l’idée de donner deux rôles à Renato Dolcini&nbsp;: ce dernier incarne le prince troyen tout comme la Grande Sorcière. Après tout, l’un comme l’autre poursuivent le même but&nbsp;: se débarrasser de Didon pour permettre le départ d’Énée vers son destin de fondateur de Rome. Le procédé, surprenant, n’est cependant pas gênant et donne la possibilité au baryton italien de démontrer l’étendue de son talent, conférant de l’épaisseur à ses deux rôles. Mais il est une interprète qui nous a séduit tout particulièrement&nbsp;: <strong>Ana Vieira Leite</strong>, également lauréate du Jardin des Voix, est une Belinda absolument délicieuse. La soprano portugaise oscille entre des aigus cristallins très purs et une sorte de joie débordante et communicative qui magnifient le timbre. Les sorcières incarnées par <strong>Maud Gnidzaz </strong>et <strong>Virginie Thomas</strong> sont excellentes et les autres personnages complètent une distribution de haut vol. La virtuosité des musiciens achève de ciseler une œuvre d’excellente facture, dans un cadre enchanteur et idyllique. William Christie, qui va bientôt fêter ses quatre-vingts printemps, affectionne tout particulièrement cette œuvre&nbsp;: sa connaissance intime de l’ouvrage si souvent abordé semble avoir touché toute l’équipe et le résultat nous comble. Pour prolonger la féerie, les jardins sont savamment éclairés et il est permis au public d’y déambuler. C’est peu dire que nous sommes chanceux…</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Festival-Jardins-William-Christie-6125-JGazeau-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-171307"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Julien Gazeau</sup></figcaption></figure>



<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="Bienvenue au Festival Dans les Jardins de William Christie 2024" width="1200" height="675" src="https://www.youtube.com/embed/EFezVcKxSVs?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe></div>
</div></figure>
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		<title>GLUCK, Orphée et Eurydice &#8211; Beaune</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/gluck-orphee-et-eurydice-beaune/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yves Jauneau]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 22 Jul 2024 04:03:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Il n&#8217;est finalement pas si fréquent d&#8217;assister en France à une représentation de la version française d’Orphée et Eurydice (ou même Euridice si l’on en croît la partition autographe) de Gluck. L’azione teatrale per musica, devenue drame héroïque, fut donnée pour la première fois en 1774 au Théâtre du Palais-Royal, avec Joseph Legros dans le &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Il n&rsquo;est finalement pas si fréquent d&rsquo;assister en France à une représentation de la version française d’<em>Orphée et Eurydice </em>(ou même <em>Euridice </em>si l’on en croît la <a href="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k3980067.r=orph%C3%A9e+gluck.langFR" target="_blank" rel="noopener">partition autographe</a>) de Gluck. L’<em>azione teatrale per musica,</em> devenue drame héroïque, fut donnée pour la première fois en 1774 au Théâtre du Palais-Royal, avec Joseph Legros dans le rôle-titre. En raison d’une météo capricieuse, la représentation ce soir, prévue dans la Cour des Hospices, est transférée dans la Basilique Notre-Dame, un lieu de toute beauté, mais dont il faut apprivoiser l’acoustique. Les trois solistes vocaux, placés derrière l’orchestre, en feront quelque peu les frais, devant déployer des ressources supplémentaires pour projeter leur voix.</p>
<p>Tout a déjà été dit et écrit sur l’adéquation parfaite de <strong>Reinoud Van Mechelen </strong>avec le répertoire français pour haute-contre, notamment en termes de tessiture, d’attention portée à la déclamation ou encore de familiarité avec un style qui semble couler de source dans sa voix. Avec cet Orphée, il atteint de nouveaux sommets. Soutenu par un orchestre au grand complet, il surpasse sa prestation au disque dans l’<a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/legros-haute-contre-de-gluck/" target="_blank" rel="noopener">hommage</a> qu’il avait consacré à Joseph Legros. Captivant d’emblée le public avec ses plaintes déchirantes (« Eurydice ! »), le ténor belge offre une interprétation poignante de l’air « Objet de mon amour », où brille la clarté de la ligne vocale. En clôture du premier acte, « L’espoir renaît dans mon âme » démontre une agilité vocale impressionnante, Reinoud van Mechelen couronnant l’air d’une spectaculaire cadence vers un contre-mi bémol. Bouleversant dans les récitatifs accompagnés du deuxième acte, il démontre enfin, avec « J’ai perdu mon Eurydice », à quel point ce style musical qui pourrait sembler convenu, peut arracher les larmes lorsqu’il est rendu ainsi : sans maniérisme mais avec grâce.</p>
<p>À ses côtés, le chant de l’Eurydice d’<strong>Ana Vieira Leite </strong>est délicat, admirablement phrasé et très intelligible. Les épanchements plus tourmentés de son air « Fortune ennemie » la montrent toutefois un peu trop en retrait. Aucune réserve enfin pour le délicieux Amour de <strong>Julie Roset</strong>, dont chaque intervention fait mouche.</p>
<p>La direction de <strong>Paul Agnew</strong> nous laisse une impression partagée. D’un côté, il insuffle une belle dynamique et une grande unité à l’ensemble. L’Ouverture est ainsi rondement menée, et, au deuxième acte, il sait créer une atmosphère oppressante dans les Enfers, notamment dans l’Air des Furies, où la tension dramatique est palpable. Mais d’autres passages nous ont paru moins inspirés, en particulier les récitatifs accompagnés, un peu métronomiques.</p>
<p>Le chœur des <strong>Arts Florissants</strong> affiche une unité à toute épreuve mais souffre du changement de lieu de la représentation. Si la résonance de la Basilique lui insuffle un volume sonore impressionnant, cela se fait au prix d’un manque de clarté dans l’articulation du texte et d’une trop grande uniformisation du chant. L’orchestre, d’une belle homogénéité, n’est pas avare de couleurs, des basses bien présentes, aux trombones menaçants, en passant par la flûte charmeuse de <strong>Gabrielle Rubio</strong> dans le Ballet des Ombres heureuses.</p>
<p>Précisons enfin qu’un enregistrement studio de ce spectacle est prévu dans les jours qui viennent, chez Harmonia Mundi.</p>
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		<title>CHARPENTIER, Médée &#8211; Paris (ONP)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/charpentier-medee-paris-onp/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Tancrède Lahary]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 12 Apr 2024 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Pour le retour de Médée à l’Opéra de Paris après 300 ans d’absence, c’est la production de David McVicar, créée en 2013 à l’English National Opera (ENO) et reprise à Genève en 2019 qui a été choisie. Et pour cause, elle est d’une grande efficacité, même si force est de constater qu’elle a avant tout &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour le retour de <em>Médée</em> à l’Opéra de Paris après 300 ans d’absence, c’est la production de <strong>David McVicar</strong>, <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/le-confort-apres-le-coup-de-poing/">créée en 2013 à l’English National Opera (ENO)</a> et <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/marc-antoine-charpentier-medee-geneve-splendide-et-profanee/">reprise à Genève en 2019</a> qui a été choisie. Et pour cause, elle est d’une grande efficacité, même si force est de constater qu’elle a avant tout été pensée pour un public à la fois anglais et peu familier du répertoire baroque français.</p>
<p>Ainsi, l’action se voit transposée en Angleterre durant la Seconde guerre mondiale. Ce déplacement ne sert que de prétexte à de beaux tableaux et vise certainement à diminuer la distance qui nous sépare du mythe grec pour favoriser l’identification. Le décor, signé <strong>Bunny Christie</strong>, déploie l’élégant intérieur des bureaux de l’Armée, dirigée en l’occurrence par le personnage de Créon. Jason devient pour l’occasion capitaine de la marine tandis qu’Oronte appartient à l’armée de l’air, rivalité facile mais efficace. S’en dégage une beauté esthétique évidente, ne serait-ce qu’au niveau des costumes, de Bunny Christie également, particulièrement somptueux. Le tableau du divertissement de l’acte II est une réussite totale, transformé en cabaret avec l’Amour surgissant d’un avion militaire recouvert de paillettes. Le jeu de lumières de <strong>Paule Constable</strong> transcende le tout et voit le rouge de l’Amour se muer <em>in fine</em> en rouge sanguinolent, annonciateur du drame à venir. Les chorégraphies de <strong>Lynne Page</strong> assurent de belles transitions et des ballets très rythmés.</p>
<p>Toutefois, l’approche trouve ses limites dès qu’elle n’est pas poussée jusqu’au bout. Une forme de légèreté généralisée domine et jamais les horreurs de la guerre ne trouvent ne serait-ce qu’un écho. En outre, la transposition ne fonctionne plus à compter de l’irruption de la magie de Médée. La folie ensorcelée et démoniaque de l’héroïne détonne en ces lieux et au milieu des soldats et ne trouvera pas spécialement d’explication. Pourquoi ne pas être resté réaliste jusqu’au bout, par cohérence, en transformant par exemple les sorts de Médée en de simples empoisonnements ?</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="682" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/23873-Elisa_Haberer___Opera_national_de_Paris-Medee-23-24-Elisa-Haberer-OnP-28-1600px-1024x682.jpg" alt="" class="wp-image-160282"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Elisa Haberer</sup></figcaption></figure>


<p>Reste que la beauté des tableaux assure un réel divertissement et que ces quelques réserves sont largement éclipsées par l’excellence du plateau vocal. <strong>Lea Desandre</strong> crève la scène. La voix est d’une chaleur remarquable, généreuse et pleine de fines nuances. Son jeu théâtral est en parfaite osmose avec son instrument, ce qui est assez rare pour être souligné. La palette d’états émotionnels convoquée est large et toujours très juste. Sa Médée accomplit une évolution fascinante et chacune des intentions de la mezzo-soprano est toujours crédible. Brava ! Le Jason de <strong>Reinoud Van Mechelen</strong> est, comme à l’accoutumée, techniquement irréprochable. La capacité du ténor à allier un volume de voix très important et une douceur de gaze est toujours aussi sidérante et si singulière. Le timbre se prête parfaitement au rôle, sans surprise. On peut toutefois regretter un jeu d’acteur qui gagnerait à développer plus de nuances.</p>
<p><strong>Ana Vieira Leite</strong> est une Créuse idéale : sa voix d’une pureté cristalline lui permet d’incarner l’innocente victime de l’héroïne éponyme avec brio. Sa dernière scène est particulièrement bien menée, la soprano sachant doser volume et vibrato en fonction de la torture imposée par la robe empoisonnée et de l’état de ses forces qui la quittent. <strong>Laurent Naouri</strong> est un Créon exceptionnel. La profondeur du timbre et la présence scénique en font un titulaire marquant du rôle, passant de la noblesse d’un chef de guerre à l’absurdité d’une scène de folie totalement maîtrisée. En Oronte, <strong>Gordon Bintnet</strong> convainc plus par son jeu scénique que par sa voix qui manque parfois de projection. Mais il campe une version triomphante et toxique du personnage qui se marie idéalement à l’approche de Mc Vicar.</p>
<p><strong>Emmanuelle de Negri</strong> est une Nérine de luxe et offre une performance bouleversante, notamment lors de la dernière scène. Au-delà d’une technique évidemment impeccable, tout son art s’accomplit dans une diction ultra travaillée et très intelligente. La Cléone d’<strong>Élodie Fonnard </strong>emporte l’adhésion à chacune de ses apparitions, notamment lorsqu’elle rapporte la poignante mort d’Oronte et le suicide de Créon. <strong>Lisandro Abadie</strong> est un Arcas solide sur ses appuis tandis que <strong>Mariasole Mainini</strong> propose une Italienne pétillante.</p>
<p><strong>Julie Roset</strong> est le joyau de la soirée : ses aigus d’une facilité déconcertante sont à l’image d’une grâce et d’un charisme évidents. Le tableau de l’Amour est le plus réussi et la malice de la chanteuse ravit le spectateur. C’est peu dire que ce sont là de fracassants débuts à l’Opéra de Paris et il est évident que la soprano a vocation à prendre des rôles titres, sur cette même scène, dans les années qui viennent.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="682" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/23857-Elisa_Haberer___Opera_national_de_Paris-Medee-23-24-Elisa-Haberer-OnP-9-1600px-1024x682.jpg" alt="" class="wp-image-160280"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Elisa Haberer</sup></figcaption></figure>


<p>Les captives, <strong>Juliette Perret</strong> et <strong>Julia Wischniewski</strong>, offrent d’envoûtantes envolées, tandis que <strong>Maud Gnidzaz </strong>et <strong>Alice Gregorio</strong> charment le spectateur durant le chœur des trois voix. <strong>Virginie Thomas</strong> est un fantôme glaçant lorsqu’elle dédouble Créuse. Enfin, <strong>Clément Debieuvre</strong>, <strong>Bastien Rimondi</strong> et <strong>Matthieu Walendzik</strong> sont des démons, Jalousie et Vengeance déterminants dans le succès des scènes d’incantations, contribuant à leur conférer toute leur étrangeté par une nasalisation bienvenue.</p>
<p>Le chœur des <strong>Arts Florissants</strong>, dirigé <strong>Thibaut Lenaerts</strong>, réalise un sans faute de rythme, de justesse et de diction. Qu’il soit en coulisse ou sur scène, chaque apparition fonctionne. Au pupitre, <strong>William Christie</strong> est ici chez lui : il connait et surtout adore cet opéra plus que quiconque lui qui, pour rappel, en a proposé le tout premier enregistrement mondial à la fin des années 1980 et considère Chaprentier comme supérieur à Lully. Sa battue est un franc succès, le jeu des volumes, des tempi et des contrastes est habilement tissé et instaure une interaction intelligente entre scène et fosse. <strong>L’orchestre des Arts Florissants</strong> se trouve dans une grande forme pour cette première et déploie avec aisance son excellence bien connue.</p>
<p>Le succès de ce retour de Médée à l’ONP se mesure aussi et surtout à l’applaudimètre et devrait peut-être appeler encore plus de baroque sur cette scène. <em>Castor et Pollux</em> est programmé pour la saison 2024-2025, mais ne pourrait-on pas espérer prochainement un Lully également ?</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/charpentier-medee-paris-onp/">CHARPENTIER, Médée &#8211; Paris (ONP)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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