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Atys - La Chabotterie

Par Laurent Bury | mer 05 Août 2015 | Imprimer

Faut-il imaginer qu’en 2047, on reverra Atys dans la production Christie-Villégier, financée cette fois par un  milliardaire chinois ou indien ? Si la résurrection de « l’opéra du roi » fut un événement en 1987, l’entreprise aurait-elle en même temps rendu l’œuvre intouchable par d’autres ? Non, fort heureusement. Si l’on attend encore la mise en scène concurrente qui saurait imposer une autre vision d’Atys, une deuxième intégrale au disque est venue en 2010 rejoindre l’enregistrement des Arts Florissants : elle était directement liée au concert donné en 2009 en clôture du festival de la Chabotterie et dirigé par Hugo Reyne, lui-même un des protagonistes du premier Atys. Pour l’édition 2015, consacrée à Louis XIV, tricentenaire oblige, il a semblé naturel de reproposer l’opéra préféré du monarque, mais de manière un peu différente. La tragédie lyrique pâtit aujourd’hui de son faste, qui en rend l’interprétation particulièrement coûteuse : nombreux solistes, chœur, orchestre fourni… La solution pourrait donc bien être la version de chambre, ou de salon, pour laquelle a opté Hugo Reyne cette année, non sans recourir à la sonorisation pour rendre chanteurs et instrumentistes parfaitement audibles au milieu des jardins du logis de la Chabotterie.

Bien sûr, il faut quelques instants pour s’habituer à ce dépouillement, quand on a à l’oreille l’opulence sonore d’une formation plus nombreuse, mais cet allègement permet aussi de mettre en valeur certains traits, certains effets expressifs ; pour la scène du sommeil, on perçoit d’abord à peine la différence, bercé par les deux flûtes, dont bien sûr celle du chef. Et naturellement, aucune perte pour les récitatifs, dont on sait l’importance chez Lully. La plupart des danses et divertissements ont été coupés, pour réduire le drame à l’essentiel, et plus précisément à ses quatre principaux protagonistes. Les confidents ont disparu, ce qui supprime plusieurs scènes dialoguées, mais les plus beaux moments demeurent : le sommeil, évoqué plus haut, a été préservé, les titulaires d’Atys et de Célénus se partageant les différentes divinités qui visitent alors les songes du héros. Quelques pages chorales ont également survécu : l’entrée de Cybèle, la salutation au nouveau sacrificateur, et surtout l’extraordinaire déploration finale, même si l’on regrette qu’elle s’interrompe avant les airs de danse. Tout s'enchaîne sans le moindre temps mort, l'action avance implacablement, et l’œuvre se termine sur un « Ah, quel malheur ! », sans « Que tout sente ici-bas l’horreur d’un si cruel trépas » qui clôt normalement la partition. Dans cette version légèrement mise en espace, les solistes chantent par cœur, devant les pupitres, quand ils jouent leur personnage, et se rassoient pour devenir momentanément choristes.

Doté d’un timbre chaud et solide, déjà Célénus en 2009, Aimery Lefèvre est malgré tout un roi un peu uniforme, et l’on aimerait qu’il varie davantage les couleurs pour mieux refléter les états d’âme de ce souverain contrarié, privé de tout sauf de la couronne. En Sangaride, Gaëlle Méchaly a conservé cette fraîcheur qui lui avait valu de camper plusieurs héroïnes de tragédie lyrique pour William Christie (Amélite de Zoroastre), succédant ainsi à Agnès Mellon, la Sangaride de 1987 ; elle campe une nymphe touchante malgré le vibrato qui affecte certaines notes. Chez Romain Champion, on admire avant tout le naturel confondant avec lequel le ténor affronte la tessiture du rôle-titre, qui semble ne lui poser de difficulté à aucun moment ; également héros de l’intégrale enregistrée en 2009, il offre un Atys poétique et noble. Après son passage par le Jardin des Voix, Anna Reinhold s’était vu proposer par William Christie d’être Cybèle en 2012, à Versailles et à New York : grâce à son somptueux timbre de mezzo et à sa réelle présence scénique (même pour une version de concert), cette jeune artiste n’a pas à rougir de la comparaison avec Stéphanie d’Oustrac, l’autre Cybèle de la reprise par les Arts Florissants. Elle est une déesse impérieuse et insinuante, alternant magistralement cruauté et désarroi dans les dernières minutes de l’œuvre. On suivra désormais avec intérêt cette chanteuse dans ses futures incarnations, notamment l’Isabella de L’Italienne à Alger qu’elle sera à Tourcoing et au TCE en mai-juin prochain.

 

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