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MASSENET, Werther – Paris (Opéra Comique)

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Spectacle
20 janvier 2026
Pati, épatant ; Werther, autrement

Note ForumOpera.com

4

Infos sur l’œuvre

Drame lyrique en quatre actes et cinq tableaux
Livret d’Édouard Blau, Paul Milliet et Georges Hartmann d’après le roman épistolaire Les Souffrances du jeune Werther, de Goethe
Création à Vienne le 16 février 1892

Détails

Mise en scène
Ted Huffman
Costumes
Astrid Klein
Lumières
Bertrand Couderc

Werther
Pene Pati
Charlotte
Adèle Charvet
Albert
John Chest
Sophie
Julie Roset
Johann
Jean-Christophe Lanièce
Schmidt
Carl Ghazarossian
Brühlmann
Paul-Louis Barlet
Kätchen
Flore Royer
Le Bailli
Christian Immler
Fritz, Max, Hans, Karl, Clara, Gretel
Maîtrise Populaire de l’Opéra-Comique

Ensemble Pygmalion
Maîtrise Populaire de l’Opéra-Comique
Direction musicale
Raphaël Pichon

Paris, Opéra Comique, lundi 19 janvier, 20hpygmaliio

Certains rôles se prêtent mieux que d’autres à une multiplicité d’interprétations — peut-être est-ce une des clés de leur popularité ? Werther par exemple. Hier Roberto Alagna et Jonas Kaufmann, aujourd’hui Benjamin Bernheim et Pene Pati démontrent qu’il existe des voies – et voix – différentes pour atteindre l’excellence.

Des affinités du ténor samoan avec le répertoire français, il n’est plus question de discuter. C’est là une de ses divergences avec Luciano Pavarotti auquel il est souvent comparé. Roméo, des Grieux, Faust et, en début de saison à Berlin, Hoffmann ont été autant de marchepieds vers sa jeune gloire. En version de concert à Genève et Strasbourg, Werther impressionnait déjà par le soin porté à la diction française, claire et précise, sans aucune des duretés qui nuisent à la compréhension du texte. Les phrases longues, notamment dans les passages incontournables que sont l’Invocation à la nature et le Lied d’Ossian, sont menées avec un sens affûté de la respiration et du phrasé. Les aigus s’intègrent naturellement à la ligne. Le timbre lumineux, la souplesse du legato, l’émission ouverte parachèvent le portrait d’un Werther solaire – qui n’est pas un Werther heureux mais un Werther éclairé de l’intérieur, doté d’un vaste éventail de nuances, du murmure à l’éclat, en voix de tête, de poitrine ou en un savant mixage des deux. De cette vaste étendue de contrastes, de cet art de la demi-teinte, mais aussi des fragilités que l’on perçoit, certaines inhérentes au stress d’une première, nait une tension dramatique qui culmine au deuxième acte dans l’air « J’aurais sur ma poitrine ». Mais il faudrait tout citer car la force de ce Werther est de chanter au bord de ce précipice dans lequel il finira par tomber, moins fiévreux que résigné, moins tourmenté que mélancolique. Là où d’autres soulignent la névrose et l’obsession destructrice du personnage, Pene Pati met en avant une douleur élégiaque, presque abstraite. Sa mort n’est pas un effondrement, mais un effacement.

© Jean-Louis-Fernandez

Ainsi le veut aussi la mise en scène de Ted Huffman, très attendue depuis sa nomination à la tête du Festival d’Aix-en-Provence, qui plus est dans un répertoire auquel on ne l’associe pas spontanément : Peu de pathos, pas de décor – rectangle blanc au sol sur fond noir –, peu d’accessoires – des chaises, une table dressée au II, débarrassée au IV, symbole du confort bourgeois – mais du théâtre dans un travail d’épure du geste qui touche à l’essentiel.

Également à l’écart de ses terres d’élection, Raphaël Pichon à la tête de son ensemble Pygmalion applique à Massenet le traitement qui fait l’intérêt de ses interprétations baroques. L’approche, historiquement informée, met en valeur les détails de la texture musicale. Les équilibres sont repensés. Chaque ligne, pleinement audible et expressive, se place au service d’un discours analytique et théâtral, où la clarté prévaut sur l’opulence. Ce choix, affirmé par l’usage d’instruments d’époque, écaille volontairement le vernis lyrique de la partition pour mieux en exacerber les aspérités. Acidités harmoniques, grain rêche, arêtes mises à nu éclairent l’œuvre autrement, au risque de déconcerter les amateurs d’un Werther prodigue et soyeux.

Le reste se révèle moins exceptionnel. Adèle Charvet franchit une nouvelle étape dans sa conquête des grands emplois romantiques. La palette expressive gagnera en largeur, la voix en ampleur, la diction en précision mais déjà Charlotte allie densité du médium et présence scénique, qui valent à son air des larmes une salve d’applaudissements. Sophie légère à souhait, pas toujours intelligible, Julie Roset varie avec un goût exquis l’air du rire, orné de vocalises et piqué de suraigus. John Chest en Albert privilégie la lisibilité du texte et la justesse d’intention à la démonstration. Christian Immler est un bailli dans la meilleure tradition de Favart, capable de caractériser un personnage secondaire en peu de répliques. On n’en dira pas autant du tandem déséquilibré en termes de volume que forment Jean-Christophe Lanièce et Carl Ghazarossian ; mais les interventions bacchiques de Johann et Schmidt constituent le maillon faible du chef d’œuvre de Massenet.

A l’affiche de l’Opéra Comique jusqu’au 29 janvier, repris à Rennes et Nantes la saison prochaine, ce Werther d’exception sera diffusé en direct le 23 janvier à 20h et restera disponible plusieurs mois sur arte.tv.

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Légende

❤️❤️❤️❤️❤️ : Exceptionnel
❤️❤️❤️❤️🤍 : Supérieur aux attentes
❤️❤️❤️🤍🤍 : Conforme aux attentes
❤️❤️🤍🤍🤍 : Inférieur aux attentes
❤️🤍🤍🤍🤍 : À oublier

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Drame lyrique en quatre actes et cinq tableaux
Livret d’Édouard Blau, Paul Milliet et Georges Hartmann d’après le roman épistolaire Les Souffrances du jeune Werther, de Goethe
Création à Vienne le 16 février 1892

Détails

Mise en scène
Ted Huffman
Costumes
Astrid Klein
Lumières
Bertrand Couderc

Werther
Pene Pati
Charlotte
Adèle Charvet
Albert
John Chest
Sophie
Julie Roset
Johann
Jean-Christophe Lanièce
Schmidt
Carl Ghazarossian
Brühlmann
Paul-Louis Barlet
Kätchen
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Christian Immler
Fritz, Max, Hans, Karl, Clara, Gretel
Maîtrise Populaire de l’Opéra-Comique

Ensemble Pygmalion
Maîtrise Populaire de l’Opéra-Comique
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Paris, Opéra Comique, lundi 19 janvier, 20hpygmaliio

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