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	<title>Clément Mariage, auteur/autrice sur Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Clément Mariage, auteur/autrice sur Forum Opéra</title>
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		<title>LALO, Le Roi d&#8217;Ys &#8211; Strasbourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/lalo-le-roi-dys-strasbourg/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Mariage]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 18 Mar 2026 17:05:34 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>L&#8217;Opéra national du Rhin s&#8217;est imposé depuis de nombreuses années comme l&#8217;un des défenseurs les plus constants du répertoire lyrique français, notamment à travers une collaboration fidèle avec Olivier Py (Pénélope de Fauré et Ariane et Barbe-Bleue de Dukas). C&#8217;était donc avec une grande excitation qu&#8217;on se rendait à Strasbourg pour y voir Le Roi &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal leading-[1.7]">L&rsquo;Opéra national du Rhin s&rsquo;est imposé depuis de nombreuses années comme l&rsquo;un des défenseurs les plus constants du répertoire lyrique français, notamment à travers une collaboration fidèle avec Olivier Py (<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/penelope-faure-strasbourg-et-ca-fait-des-grands-floc/"><em>Pénélope</em> de Fauré</a> et <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/ariane-et-barbe-bleue-strasbourg-scenes-de-chasse-en-foret/"><em>Ariane et Barbe-Bleue</em> de Dukas</a>). C&rsquo;était donc avec une grande excitation qu&rsquo;on se rendait à Strasbourg pour y voir <em>Le Roi d&rsquo;Ys</em> de Lalo, œuvre bien connue mais quasiment jamais représentée. L&rsquo;amateur lyrique en connaît sans doute l&rsquo;ouverture, l&rsquo;aubade de Mylio ou l&rsquo;air de Margared, mais l&rsquo;œuvre a subi le sort de tant de chefs-d&rsquo;œuvre du répertoire français de la fin du XIXe siècle : un lent et inexplicable engloutissement, après avoir été jouée dans toute la France de manière régulière pendant la première moitié du XXe siècle (<em>Le Roi d&rsquo;Ys</em> était par exemple tous les deux ans à l&rsquo;affiche de l&rsquo;Opéra du Rhin entre 1919 et les années 1950, un véritable tube au même titre que <em>La traviata</em> aujourd&rsquo;hui). Ceci est d&rsquo;autant plus inexplicable que le livret est fulgurant et l&rsquo;inspiration mélodique constante. L&rsquo;écriture orchestrale réalise une synthèse remarquable entre le wagnérisme et le grand opéra français, avec cette transparence et cette immédiateté dans les effets qui distinguent nettement Lalo d&rsquo;un Reyer, plus ouvertement germanisant, et le rapprochent de Gounod et Massenet.</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal leading-[1.7]"><em>Le Roi d&rsquo;Ys</em> aurait pu s&rsquo;appeler <em>La Fille du roi d&rsquo;Ys</em>, puisque c&rsquo;est Margared qui en est le véritable cœur battant. Cousine de Médée et d&rsquo;Armide, elle est l&rsquo;un des personnages les plus radicaux et les plus fascinants du répertoire lyrique : animée par la seule pulsion de mort, consumée par une jalousie dévorante et folle, elle appelle fatalement la destruction de la cité. C&rsquo;est à partir d&rsquo;elle qu&rsquo;<strong>Olivier Py</strong> construit sa mise en scène, lui conférant une dimension quasi mystique : sur les murs du décor, elle inscrit un passage du Psaume 42 « abyssos abyssum invocat » (un abîme appelle un autre abîme), rappelant la manière dont elle scelle son destin à celui de la ville d&rsquo;Ys.</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal leading-[1.7]">La scénographie monochromatique de <strong>Pierre-André Weitz</strong>, noire, blanche et argentée, défile sur une tournette à travers des espaces contrastés : façades, promontoires, un phare, un paquebot évoquant le Titanic, des grues portuaires, une citerne asséchée où Margared patauge dans ses boues mentales. L&rsquo;action est ancrée dans l&rsquo;époque de la composition plutôt que dans le Moyen Âge breton. Les Prussiens rôdent, incarnés par Karnac et sa suite : cette référence à la défaite de 1870, déjà présente en sous-texte dans l&rsquo;œuvre originale, est ici rendue pleinement visible. Des bandes de tôle s&rsquo;animent dès l&rsquo;ouverture, tissant un lien entre l&rsquo;industrialisation et la puissance aveugle des éléments : lames de mer sous lesquelles évolue un scaphandrier solitaire, elles remontent ensuite dans les cintres où elles demeurent suspendues comme une menace tout au long de l&rsquo;œuvre, avant de s&rsquo;abattre et de flotter sur le plateau pour représenter l&rsquo;engloutissement final. Sur les derniers accords, Py assume le kitsch du genre sans ciller : une pluie de confettis argentés submerge le plateau comme une grande vague. On peut d&rsquo;ailleurs y voir une réponse implicite à la sortie récente de Timothée Chalamet, qui déclarait que personne ne s&rsquo;intéresse plus à l&rsquo;opéra : c&rsquo;était le blockbuster du XIXe siècle, il faut l&rsquo;aimer pour ce qu&rsquo;il est, démesure comprise, et c&rsquo;est précisément pour cela qu&rsquo;on l&rsquo;aime.</p>
<figure id="attachment_210264" aria-describedby="caption-attachment-210264" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img fetchpriority="high" decoding="async" class="wp-image-210264 size-large" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/center-4-2-1024x859.jpg" alt="" width="1024" height="859" /><figcaption id="caption-attachment-210264" class="wp-caption-text">© Klara Beck</figcaption></figure>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal leading-[1.7]">Le grand métier du metteur en scène se mesure aussi à la gestion des masses et des mouvements scéniques : l&rsquo;effet dans l&rsquo;ouverture, où le chœur se précipite comme une vague depuis l&rsquo;arrière d&rsquo;une tôle vers l&rsquo;avant-scène, est d&rsquo;une efficacité cinématographique et d&rsquo;une grande musicalité. L&rsquo;arrivée de Mylio depuis la salle et l&rsquo;engloutissement final chanté par le chœur en partie depuis les loges latérales intègrent le public dans le drame avec une intelligence dramaturgique rare et font déborder l&rsquo;espace scénique au-delà du cadre de scène. On retiendra par-dessus tout la scène de saint Corentin, l&rsquo;une des plus impressionnantes de la soirée, où, sur un plateau nu éclairé par les lumières mystérieuses de <strong>Bertrand Killy</strong>, la relique du saint est doublée par un évêque impassible, finalement poignardé par Karnac. Troublante irruption du réel dans une scène fantastique qui pourrait paraître naïve.</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal leading-[1.7]">La distribution réunie par l&rsquo;Opéra du Rhin est remarquable, et en un sens plus équilibrée que celle du récent enregistrement du Palazzetto Bru Zane, et la diction est irréprochable pour l&rsquo;ensemble des solistes. <strong>Anaïk Morel</strong> campe une Margared d&rsquo;une intensité dévastatrice : le vibrato s&rsquo;élargit parfois un peu trop dans l&rsquo;aigu, mais le bas médium et les graves possède une noirceur d&rsquo;ébène dont la chanteuse tire des effets saisissants. Armée de son poignard, elle frappe comme une force hallucinée ; son rire dément devant saint Corentin glace le sang. Face à elle, <strong>Lauranne Oliva</strong> est une Rozenn d&rsquo;un parfait équilibre, vraie soprano lyrique rayonnante : voix ductile et franche, timbre fruité, diction savoureuse. Ce couple de sœurs ennemies, qui s&rsquo;aiment malgré tout, fonctionne à merveille, comme celui que forment, dans le registre masculin, Mylio et Karnac, dont l&rsquo;opposition de couleurs n&rsquo;est pas sans évoquer les couples Elsa/Lohengrin et Ortrud/Telramund.</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal leading-[1.7]"><strong>Julien Henric</strong> est un Mylio de très grand style, à la voix trompetante et à la diction claire comme de l&rsquo;eau de roche. Il se permet dans son aubade des aigus filés d&rsquo;une délicatesse confondante et s&rsquo;impose avec la même autorité dans tous les registres, du lyrisme doux aux élans héroïques. La révélation de la soirée est peut-être <strong>Jean-Kristof Bouton</strong> en Karnac : voix qui fend l&rsquo;orchestre, noirceur mordante, présence de fauve – un interprète à suivre de très près. <strong>Patrick Bolleire</strong> est un roi d&rsquo;une noblesse intacte dans sa déchéance poisseuse, la voix en pleine santé. Les seconds rôles, issus pour la plupart du chœur, complètent idéalement la distribution : <strong>Jean-Noël Teyssier</strong> est un Jaël au timbre clair et beau diseur, <strong>Fabien Gaschy</strong> un saint Corentin solide, dont la scène avec Margared et Karnac laisse une impression durable. Le <strong>Chœur de l&rsquo;Opéra national du Rhin</strong> est d&rsquo;ailleurs impeccable de précision et d&rsquo;engagement.</p>
<figure id="attachment_210265" aria-describedby="caption-attachment-210265" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="wp-image-210265 size-large" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/center-14-1024x683.jpg" alt="" width="1024" height="683" /><figcaption id="caption-attachment-210265" class="wp-caption-text">Anaïk Morel (Margared) &amp; Jean-Kristof Bouton (Karnac) © Klara Beck</figcaption></figure>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal leading-[1.7]">L&rsquo;<strong>Orchestre National de Mulhouse</strong> est l&rsquo;un des atouts essentiels de la soirée. Pour <strong>Samy Rachid</strong>, c&rsquo;est une première direction d&rsquo;opéra et c&rsquo;est déjà un coup de maître. Le chef met admirablement en valeur l&rsquo;écriture de Lalo, qui privilégie les bois et les cuivres sur les cordes – déséquilibre que le critique <a href="https://www.bruzanemediabase.com/mediabase/documents/gazette-nationale-ou-moniteur-universel-18880514-roi-dys-lalo">Adolphe Jullien</a> relevait à la création même, et que Lalo reconnut, en rappelant la disproportion entre effectifs de fosse et effectifs symphoniques. Rachid résout le problème avec intelligence : dès l&rsquo;ouverture, la clarinette est savoureuse, les cordes d&rsquo;une transparence saisissante, et l&rsquo;orchestre n&rsquo;est jamais tonitruant. Il en résulte une verdeur, une franchise de timbres qui donnent à l&rsquo;ensemble de l&rsquo;œuvre une immédiateté saisissante, bien loin de tout moelleux englobant.</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal leading-[1.7]">Cette merveilleuse production – une réussite indéniable, comme on en voit rarement – sera diffusée sur France Musique le 11 avril et a été captée pour Opéra Vision. Elle peut encore être vue à Strasbourg le 19 mars, puis à Mulhouse la semaine suivante. Après <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/korngold-le-miracle-dheliane-strasbourg/"><em>Le Miracle d&rsquo;Heliane</em> de Korngold</a>, l&rsquo;Opéra national du Rhin confirme une fois de plus son audace dans le choix des répertoires et son exigence dans la qualité des propositions artistiques. Puisse cette maison continuer de montrer le chemin !</p>
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		<title>Discothèque idéale : Bizet – Carmen (Cloëz, BnF collection – 1930) </title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/discotheque-ideale-bizet-carmen-cloez-bnf-collection-1930/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Mariage]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 15 Mar 2026 07:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Carmen fait probablement partie des opéras les plus enregistrées, et il est finalement assez difficile d’en trouver une version vraiment incongrue ou affligeante. Il est cependant tout aussi difficile d’en trouver une absolument exempte de défauts. Peut-être parce qu&#8217;il y manquera toujours un quelque-chose, même dans les enregistrements live : l&#8217;éclat de la scène. La &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Carmen fait probablement partie des opéras les plus enregistrées, et il est finalement assez difficile d’en trouver une version vraiment incongrue ou affligeante. Il est cependant tout aussi difficile d’en trouver une absolument exempte de défauts. Peut-être parce qu&rsquo;il y manquera toujours un quelque-chose, même dans les enregistrements live : l&rsquo;éclat de la scène. La forme de l’opéra-comique se prête en effet assez mal au disque. Autrefois, les chefs remplaçaient volontiers les dialogues par les récitatifs de Guiraud (et cela se fait encore parfois) ; plus tard, on fit enregistrer les passages parlés par des comédiens parlant un français idiomatique. Ces dialogues sont en tout cas rarement — sinon jamais — restitués dans leur intégralité.<span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<p>Au-delà de cette question formelle, le choix d’une version sera toujours affaire de sensibilité ou d’humeur du moment. Si vous voulez de l’élégance (un peu sage), vous avez Beecham. Si vous voulez de l’opulence (un peu clinquante), vous avez Solti. Si vous voulez du drame romantique (un peu germanique), vous avec Karajan II. Si vous voulez de l’équilibre (un peu standard), vous avez Abbado. Si vous voulez de la fraîcheur (un peu fabriquée), vous avez Plasson. C’est aussi l’apanage des grandes œuvres que de résister malgré tout à des lectures aussi différentes. Toutes ces versions ont leur qualité et nous ne citons là même pas toutes les gravures remarquables que comptent la discographie (Callas/Gedda avec Prêtre, Bumbry/Vickers avec Frühbeck de Burgos, Horne/McCracken avec Bernstein, Crespin/Py avec Lombard, Kozena/Kaufmann avec Rattle, sans parler du live viennois dirigé par Kleiber&#8230;).</p>
<p>Tout passionné de <em>Carmen</em> (et de l&rsquo;opéra français en général) devrait cependant avoir, au moins une fois dans sa vie, jeté une oreille à un enregistrement un peu oublié, qui est encore moins intégral qu&rsquo;une version coupée de ses dialogues puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit seulement d&rsquo;une sélection d&rsquo;airs et d&rsquo;ensemble. Commandée pour immortaliser au disque la Carmen de <strong>Conchita Supervia</strong>, cette version ne retient que les tubes de l&rsquo;opéra et encore, uniquement ceux où Carmen intervient. Éditée à l&rsquo;origine par Parlophone &#8211; Odéon, elle circule aujourd&rsquo;hui sous diverses formes, y compris en streaming sous le label de la BnF. Si on organisa une session d&rsquo;enregistrement pour immortaliser cette Carmen-là, c&rsquo;est que la chanteuse espagnole – formée à la zarzuela, mais abordant en espagnol ou en italien tout le répertoire de mezzo aigu, de Cenerentola à Octavian – fit fureur dès qu&rsquo;elle jaillit sur la scène de l&rsquo;Opéra-Comique à la fin des années 1920, comme un pavé dans la marre tranquille des traditions interprétatives d&rsquo;alors. Aujourd&rsquo;hui, ce chant pourra sembler daté par certains aspects (ce vibrato serré si caractéristique) ; mais son insolence et son mordant conservent toujours leur modernité stupéfiante. Cette manière subtile qu&rsquo;a la chanteuse de colorer chaque mot sans jamais rien alourdir, de dérouler la ligne musicale avec une évidence souveraine&#8230; il faut l&rsquo;entendre pour le croire. On s&rsquo;étonne qu&rsquo;une hispanophone puisse avoir un français aussi incisif, quand plus tard (et encore aujourd&rsquo;hui) le chant en français fut (est) rendu avec un plus grand flou, y compris chez les francophones. Cette interprétation est certes pleine d&rsquo;artifices, mais irriguée d&rsquo;un sens du naturel confondant : <span class="Apple-converted-space">Carmen y apparaît aussi bien comme une <em>nature</em> que comme une ensorceleuse toujours sûre de ses coups. À ses côtés, quelques habitués de l&rsquo;Opéra-Comique qui ne déméritent pas : <strong>Gaston Micheletti</strong> en Don José vif et sombre (on regrette de ne pouvoir entendre sa Fleur), <strong>Andrée Vavon</strong> et <strong>Andrée Bernadet</strong> en Frasquita et Mercédès impeccables, sous la baguette experte de <strong>Gustave Cloëz</strong>, qui pratique parfois des ralentis douteux (qui semblaient monnaie courante à l&rsquo;époque), tandis que certains morceaux – la chanson Bohème ou la danse du deuxième acte – sont pris à un tempo très vif, et cela fait du bien !</span></p>
<p><div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="Conchita Supervia sings Carmen with Gaston Micheletti/A.Vavon &amp; A.Bernadette" width="1200" height="900" src="https://www.youtube.com/embed/9tnHPUh6g84?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe></div></p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><a href="https://www.forumopera.com/dossier/la-discotheque-ideale-de-lart-lyrique/"><img decoding="async" width="1024" height="355" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/vers-la-discotheque-ideale-2-1024x355.png" alt="" class="wp-image-207785"/></a></figure>
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			</item>
		<item>
		<title>LULLY, Roland – Versailles</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/lully-roland-versailles/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Mariage]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 13 Mar 2026 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Composé en 1685, Roland est l&#8217;avant-dernier opéra de Jean-Baptiste Lully et Philippe Quinault. Situé entre Amadis et Armide, il forme avec eux une trilogie d&#8217;inspiration épique. En effet, alors même que toutes leurs tragédies lyriques précédentes se fondaient sur des mythes antiques, ces trois œuvres puisent leur intrigue dans des romans de chevalerie. Roland – &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="font-weight: 400;">Composé en 1685, <em>Roland</em> est l&rsquo;avant-dernier opéra de Jean-Baptiste Lully et Philippe Quinault. Situé entre <em>Amadis</em> et <em>Armide</em>, il forme avec eux une trilogie d&rsquo;inspiration épique. En effet, alors même que toutes leurs tragédies lyriques précédentes se fondaient sur des mythes antiques, ces trois œuvres puisent leur intrigue dans des romans de chevalerie. Roland – paladin invincible, rendu fou par la trahison amoureuse d&rsquo;Angélique – est né sous la plume de l&rsquo;Arioste, dans son poème épique <em>Roland furieux. </em>Ce texte connaîtra une grande fortune lyrique au siècle suivant, aussi bien chez Haendel que Haydn, sans oublier Rameau avec ses <em>Paladins</em>. Le sujet offre au poète comme au compositeur un terrain dramatique d&rsquo;une richesse rare, avec des touches de merveilleux, des personnages passionnés, une méditation sur l&rsquo;amour et la gloire. Quinault y distille une subtile ironie dans son rapport à l&rsquo;œuvre originale, qui affleure dans les situations les plus convenues et confère à l&rsquo;ensemble une dimension légère que l&rsquo;on pourrait aisément manquer : on ne rit pas à gorge déployée dans <em>Roland</em>, moins franchement en tout cas que dans <em>Cadmus et Hermione</em>, mais on est autorisé à sourire plus d&rsquo;une fois.</p>
<p style="font-weight: 400;">C&rsquo;est précisément cette dimension qu&rsquo;<strong>Emiliano González Toro</strong> et <strong>Mathilde Étienne</strong> entendent pleinement révéler, en opposition à l&rsquo;interprétation de référence de Christophe Rousset, parue chez Naïve en 2005, où <em>Roland</em> apparaît comme une œuvre plus grave et solennelle. La mise en espace, vraisemblablement signée par Mathilde Étienne (même si le programme crédite les deux artistes à la « direction », indiquant par là que le travail scénique et musical ne font qu&rsquo;un), se concentre ainsi sur le travestissement burlesque de la source épique. Les personnages sont tous un peu ridicules, par leur comportement extrême ou maladroit, rejoignant par là l&rsquo;apparence bizarre que pouvait revêtir pour la cour de France les personnages de ces romans de chevalerie, éloignés du canon français de l&rsquo;époque. Mais la caractérisation et la gestuelle adoptées par les interprètes versent trop souvent dans le cartoonesque, forçant un trait que le texte ménage avec soin. Là où Quinault instille l&rsquo;ironie par touche, la scène tend parfois à l&rsquo;asséner, proposant une lecture au forceps de l&rsquo;œuvre. Ce déséquilibre entre l&rsquo;intention dramaturgique et son exécution demeure le principal bémol de la soirée, même si on peut saluer cette approche singulière de Lully et Quinault, qui ne demanderait qu&rsquo;à être affinée.</p>
<p style="font-weight: 400;">Dans la fosse, ou plutôt face aux chanteurs, selon une disposition historiquement informée qui favorise le dialogue entre le continuo et les voix, les instrumentistes d’<strong>I Gemelli</strong> font merveille, sous la direction souple et attentive de González Toro. Chaque scène est justement caractérisée et on retrouve dans l’accompagnement la subtilité qui manque parfois sur le plateau. Le continuo miroitant constitue l&rsquo;un des attraits majeurs de la soirée : violes et clavecin tissent sous les voix un réseau de couleurs changeantes, sensibles à la moindre inflexion du texte. On retiendra surtout la manière dont le duo d&rsquo;Angélique et Médor au troisième acte, avant même que n&rsquo;advienne la vaste chaconne, en emprunte déjà la forme : le continuo y établit une pulsation obstinée, presque monteverdienne, sur laquelle les deux voix s&rsquo;enlacent avec une grâce confondante. González Toro et ses instrumentistes savent mettre à profit leur connaissance du répertoire italien pour révéler ce qui reste d’influence italienne dans la musique de Lully.</p>
<p>Pour incarner le rôle-titre, <strong>Jérôme Boutillier</strong> n&rsquo;était peut-être pas un choix idéal. On sait l&rsquo;interprète admirable dans le répertoire du XIXe siècle et son Cadmus était honorable à la Philharmonie en janvier, mais la couleur vocale est ici trop uniforme pour épouser les contours de la déclamation exigés par le genre. Le parti pris d&rsquo;un Roland exclusivement bouffe (une sorte d&rsquo;enfant outragé dont le jeu et la gestuelle appuient chaque effet jusqu&rsquo;à l&rsquo;épuisement) est par ailleurs d&rsquo;une lisibilité si univoque qu&rsquo;il prive le personnage de toute profondeur. Reste que l&rsquo;interprète a un charme et un charisme naturels qui font assurément leur effet. <strong>Karine Deshayes</strong> possède elle aussi une voix a priori plus bâtie pour le répertoire du XIXe siècle. Elle incarne Angélique avec une voix très ronde et ample, qu&rsquo;elle allège cependant avec soin pour épouser les exigences du style. Les éclats sont ménagés, réservés à des moments choisis, comme cette montée soudaine sur le mot « gloire » à l&rsquo;acte III, qui saisit par sa densité inattendue. Elle trouve dans cet emploi une noblesse et une forme d&rsquo;expressivité qui font aisément oublier ce que l&rsquo;instrument peut avoir de surdimensionné dans ce répertoire. En Médor, <strong>Juan Sancho</strong> confirme qu&rsquo;il est l&rsquo;une des voix de haute-contre les plus accomplies de sa génération. Aussi éloquent dans la plainte que dans l&rsquo;éclat, aussi engagé dramatiquement que ciselé dans le phrasé, il donne au personnage une présence lumineuse et constante qui emporte tout sur son passage.</p>
<p><strong>Alix Le Saux</strong>, un peu en retrait dans le prologue, gagne en mordant et en autorité au cinquième acte : c&rsquo;est avec un charisme puissant que sa fée Logistille convie Roland à suivre son destin glorieux. De son côté, <strong>Lila Dufy</strong> offre à Témire une voix ductile et joliment colorée, même si l&rsquo;articulation, parfois un peu pâteuse, nuit à la saveur du texte. <strong>Victor Sicard</strong> prête à Démogorgon une belle voix homogène, portée par un soin réel de la déclamation et une longueur de souffle qui impressionne. <strong>Morgan Mastrangelo</strong> révèle dans les rôles de Coridon et Astolfe une voix de haute-contre d&rsquo;une grande finesse et souplesse, mais dont la projection semble légèrement sous-dimensionnée pour l&rsquo;Opéra Royal. <strong>Nicolas Brooymans</strong> est un Ziliante expressif et bien caractérisé. Quant à <strong>Pierre-Emmanuel Roubet</strong>, il éblouit en Tersandre par l&rsquo;éloquence et la précision de son expression, surtout dans son récit frémissant du quatrième acte, grand moment de théâtre.</p>
<p style="font-weight: 400;"><strong>Les Pages et les Chantres du Centre de Musique Baroque de Versailles</strong>, placés sous la direction de <strong>Fabien Armengaud</strong>, s&rsquo;imposent comme l&rsquo;un des points forts de la soirée. La franchise des timbres de tous les pupitres fait merveille, y compris la verdeur savoureuse des voix des pages, ainsi que la précision de la prononciation. Les quelques chanteuses extraites du chœur se montrent remarquables, en particulier une soprano dont le moelleux du timbre et la finesse déclamatoire rappellent, avec une troublante évidence, Agnès Mellon dans ses plus grandes heures. On se prend à rêver à l’allure différente qu’aurait pu prendre la soirée si les rôles principaux avaient été tenus par ce type de voix. Il faudra attendre la parution de l’enregistrement audio pour juger si la prise de son aura su capter ce que la soirée avait de meilleur – et espérer que González Toro et Étienne auront l’occasion d’affiner, dans de futures productions, leur approche singulière, qui ne demande qu’à trouver son plein équilibre.</p>
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		<title>TCHAÏKOVSKI, La Dame de pique &#8211; Liège</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/tchaikovski-la-dame-de-pique-liege/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Mariage]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 05 Mar 2026 05:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>L’opéra russe ne constitue pas le cœur de répertoire de l’Opéra royal de Wallonie-Liège. Pourtant, donner La Dame de pique dans la ville natale de Grétry a quelque chose d’évident : Tchaïkovski cite au deuxième acte un air de Richard Cœur de Lion (« Je crains de lui parler la nuit »), clin d’œil au &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>L’opéra russe ne constitue pas le cœur de répertoire de l’Opéra royal de Wallonie-Liège. Pourtant, donner <em data-start="231" data-end="249">La Dame de pique </em>dans la ville natale de Grétry a quelque chose d’évident : Tchaïkovski cite au deuxième acte un air de <em data-start="353" data-end="375">Richard Cœur de Lion</em> (« Je crains de lui parler la nuit »), clin d’œil au passé versaillais de la Comtesse qui inscrit subtilement l’ouvrage dans une mémoire musicale locale.<br />
Et c’est peu dire que la musique fulgurante et passionnée de Tchaïkovski sied à merveille à l&rsquo;<strong>Orchestre de l&rsquo;Opéra royal de Wallonie-Liège</strong>, en état de grâce sous la baguette de son directeur musical <strong>Giampaolo Bisanti</strong>. Les ostinatos obsessionnels creusent les graves des cordes avec une intensité suffocante ; la petite harmonie lance ses traits acérés ; les fins d’acte tombent, tranchantes comme un couperet. Le pastiche mozartien du deuxième acte déploie au contraire des grâces stylisées, rendues avec une grande élégance. L&rsquo;ensemble de la partition est délivré avec une tension et une précision constante : l’orage du premier tableau fait vrombir la salle entière, tandis que les moiteurs du dernier tableau du deuxième acte, dans le boudoir de la Comtesse, plongent le public dans une atmosphère de caveau.</p>
<p>La mise en scène transpose l’action dans une époque indéterminée, même si le XIXe siècle contemporain du compositeur semble dominer. La lecture de <strong>Marie Lambert Le-Bihan</strong> privilégie des tableaux nettement caractérisés. Le premier, comme un « rêve doré », installe un cadre fastueux mais relativement statique : seuls les enfants et les danseurs apportent du mouvement à un chœur disposé de manière frontale. Le costume d’Hermann, orné de lacets rouges d&rsquo;un goût discutable (on croirait un steampunk échappé d&rsquo;un autre spectacle), souligne néanmoins la tension permanente du personnage, comme si sa chair était à vif, tentant de contenir une force qui le déborde. Le deuxième tableau, exclusivement féminin, conçu comme une maison de poupée, s’avère plus abouti, avec ses gouvernantes-automates au milieu de poupées-chiffons rigides et sa Lisa coiffée de nattes, qui rappellent l&rsquo;image d&rsquo;Épinal d&rsquo;une Marguerite innocente qu&rsquo;un Faust-Méphisto vient pervertir. L’idée de présenter le monde féminin comme un univers codifié et infantilisant face au monde violent des hommes est claire et pertinente.</p>
<p data-start="816" data-end="1335">La seconde partie du spectacle adopte un dispositif en coupe très réussi, encadré par une ouverture évoquant un cercueil et dominé par une reproduction en anamorphose de <em>L&rsquo;Arbre aux corbeaux</em> de C. D. Friedrich, autre référence au romantisme allemand. L’espace s’en trouve resserré, ce qui concentre l’action et favorise la projection des voix. Les silhouettes se détachent avec netteté, notamment lors de l’apparition du fantôme de la Comtesse. La scène où Hermann cherche le secret des trois cartes est efficacement matérialisée par un poteau couvert de portraits reliés par des fils rouges, à la fois comme un arbre généalogique et un de ces trompes-l&rsquo;œil, si courants au XVIIIe siècle, où lettres et cartes sont entrelacés dans des fils et des rubans. L&rsquo;obsession d&rsquo;Hermann apparaît d&#8217;emblée comme vaine et illusoire. Le dernier tableau, réduit à un fond noir dans un univers exclusivement masculin où coulent la sueur et l&rsquo;alcool, convainc un peu moins visuellement et le finale peine à trouver son impact dramatique. Dans l&rsquo;ensemble, la scénographie de <strong>Cécile Trémolières</strong> se montre cependant ingénieuse dans l’enchaînement des nombreux changements de décor et plutôt élégante, ce qui n&rsquo;est pas toujours le cas des costumes (ces perruques bleues dans le bal du deuxième acte&#8230;). On regrettera surtout une direction d&rsquo;acteur inégale, qui présente des personnages en retrait (Lisa et Hermann) ou trop outré (la Comtesse).</p>
<p><figure id="attachment_209423" aria-describedby="caption-attachment-209423" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-209423 size-large" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/A.-SOGHOMONYAN-O.-MASLOVA-O.-PETROVA-©J.-Berger-ORW-Liege-1024x681.jpg" alt="" width="1024" height="681" /><figcaption id="caption-attachment-209423" class="wp-caption-text">©J. Berger-ORW Liège</figcaption></figure></p>
<p data-start="816" data-end="1335">La distribution réunie par l&rsquo;Opéra de Liège est presque entièrement russophone et nombre de chanteurs font leurs premiers pas sur la scène mosane. <strong>Arsen Soghomonyan</strong> impressionne en Hermann, par sa vaillance et l&rsquo;éclat d’acier de son timbre. Les aigus sont parfois tendus et la voix peut se trouver couverte par l’orchestre, mais cela participe presque à la caractérisation du personnage en homme au bord de la rupture psychique. Le médium est d&rsquo;une grande richesse d&rsquo;harmoniques (on se souvient que c&rsquo;est un ancien baryton) et l’engagement dramatique demeure constant dans le texte, même si l’incarnation reste droite, presque impavide, sans véritablement traduire l’égarement du personnage. La Lisa d&rsquo;<strong>Olga Maslova</strong> dispose d’un timbre juvénile et d’une puissance de projection indéniable : l&rsquo;instrument correspond idéalement au rôle, mais il manque un frémissement, une instabilité intérieure qui donnerait davantage de relief au personnage. <strong>Judit Kutasi </strong>laisse entendre en Polina, dans son duo avec Lisa, un vibrato trop large qui brouille la ligne, mais sa voix ample et solidement projetée fait mouche dans le reste de sa partie. La Comtesse d’<strong>Olesya Petrova</strong>, qui est loin d’avoir l’âge canonique du rôle, est un peu <em>over the top</em> dans sa caractérisation scénique, mais finalement très savoureuse par son côté <em>camp</em>. La voix est superbe, surtout dans le grave où la chanteuse trouve une assise veloutée. <strong>Elena Manistina</strong> présente dans le rôle de la Gouvernante un bas médium légèrement graillonnant, mais le grave conserve une rondeur presque barytonnante, absolument délectable ici aussi. Le Prince Yeletsky de <strong>Nikolai Zemlianskikh</strong> s’impose avec une noblesse pleine de retenue, presque candide. Sa cantilène est conduite avec soin, la ligne est ferme, le timbre de métal adroitement contrôlé ; il apporte avec son personnage une fraîcheur bienvenue dans un univers dominé par la tension. <strong>Alexey Bogdanchikov</strong> se montre expressif et mordant dans le récit de Tomsky, apportant une grande attention au texte, même si l’ampleur vocale fait parfois défaut. <strong>Alexey Dolgov</strong> affiche pour Tchekalinsky un ténor métallique et percutant, efficace et rayonnant dans ses interventions. Les autres comprimari masculins n’appellent que des éloges. Mentionnons également le duo de la pastorale, Milovzor et Prilepa, chanté par <strong>Aurore Daubrun</strong> et <strong>Elena Galitskaya</strong> (qui interprète également le rôle de Masha). La première séduit par des graves chatoyants, l’autre par son émission soyeuse.</p>
<p data-start="816" data-end="1335">
Il faut enfin saluer le <strong>Chœur de l’Opéra royal de Wallonie-Liège </strong>et sa <strong>maîtrise</strong>, remarquablement préparés. La diction russe est nette, homogène, et l’engagement dramatique constant, aussi bien côté féminin dans l’incarnation des poupées que masculin dans l’orgie finale. Par la solidité de ses forces chorales et orchestrales, la maison liégeoise confirme qu’elle peut aborder de nombreux répertoires avec une pleine légitimité : on aimerait entendre <em>in loco</em> d’autres œuvres de Tchaïkovski, en dehors d’<em>Eugène Onéguine</em> et de cette <em>Dame de pique</em> (qui reste finalement relativement rare) ou d’autres compositeurs russes.</p>
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		<title>ADAMS, Nixon in China &#8211; Paris (OnP)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/adams-nixon-in-china-paris-onp-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Mariage]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 27 Feb 2026 03:09:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Très exactement trois ans après la création de cette production, l&#8217;Opéra de Paris reprend Nixon in China avec une équipe – fait assez rare – similaire à la création, à quelques exceptions près. On voit que les interprètes sont, dès cette première représentation, comme des poissons dans l&#8217;eau et visiblement heureux de retrouver cette production, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Très exactement trois ans après la création de cette production, l&rsquo;Opéra de Paris reprend <em>Nixon in China</em> avec une équipe – fait assez rare – similaire à la création, à quelques exceptions près. On voit que les interprètes sont, dès cette première représentation, comme des poissons dans l&rsquo;eau et visiblement heureux de retrouver cette production, réussie dans l&rsquo;ensemble.</p>
<p data-start="89" data-end="743">La mise en scène de <strong>Valentina Carrasco</strong> affiche dès l’ouverture son principe dans une pantomime où deux joueurs de ping-pong s’affrontent au ralenti : l&rsquo;un est habillé en rouge avec une tête de dragon, l&rsquo;autre en bleu avec une tête d&rsquo;aigle. Ces images parcourent tout le reste de ouvrage. Le ping-pong renvoie à la fois au jeu diplomatique, fait d’allers-retours soigneusement codifiés, et à un fait historique : un an avant la visite de Nixon, des joueurs chinois et américains s’étaient rencontrés hors des terrains de jeu lors d’une compétition internationale au Japon, malgré l’interdiction de leurs gouvernements respectifs. Ainsi, le motif du ping-pong revient comme un fil conducteur : alors que les pongistes de l&rsquo;ouverture semblent moins participer à un échange sportif que viser leur adversaire en lançant violemment la balle, les quatre joueuses qui apparaissent au début du deuxième acte (d&rsquo;ailleurs de véritables membres de la Fédération française de tennis de table) se lancent dans une tournante commune où il n’est plus question d’adversaires mais de partenaires. La balle de ping-pong devient ainsi une métaphore de l&rsquo;échange diplomatique entre la Chine et les États-Unis, tout en revenant également comme motif plastique, notamment lors du beau tableau du deuxième acte, où les balles blanches représentent les flocons de neige qui tombent sur Pékin.</p>
<p data-start="89" data-end="743">L’aigle et le dragon sont donc les deux autres symboles récurrents de la production : le premier pour les États-Unis, le second pour la Chine. L’avion présidentiel prend la forme d’un immense aigle d’acier gris, assez terrifiant dans sa rigidité et son emphase, dont la descente des cintres, accompagnée par la musique quasi-wagnérienne qu&rsquo;Adams a composé pour ce moment, constitue un tableau très impressionnant. Le dragon réapparaît au deuxième acte lorsque Pat Nixon se retrouve seule : il tourne autour d’elle avec la familiarité d&rsquo;un chat domestique, puis les deux jouent à cache-cache. Au troisième acte, alors que le plateau est jonché de tables de ping-pong renversées, comme si la réussite officielle de la rencontre dissimulait un constat plus incertain, l’aigle et le dragon reviennent une dernière fois avant de s’affaisser lentement sur le plateau vidé. L’image est ambiguë, entre apaisement et extinction, et rejoint l&rsquo;enjeu de la survivance des symboles et des mythes culturels dans un monde globalisé.</p>
<p data-start="89" data-end="743">La metteuse en scène axe également sa lecture sur la question de la représentation, essentielle dans le livret d&rsquo;Alice Goodman. La représentation théâtrale agit en effet ici comme un révélateur de la représentation politique : le spectacle dans le spectacle de l&rsquo;acte II – concession amusante au genre du grand opéra qui exige un divertissement au milieu de son intrigue politique – constitue ainsi un moment central de la soirée : Kissinger fouette une esclave, des obus pleuvent sur les danseurs, des images de la guerre du Vietnam envahissent l’espace, tout ceci manifestant un retour du refoulé dans la représentation que les États-Unis et Nixon se font d&rsquo;eux-même (« I know America is good at heart »). Ce n&rsquo;est pas très subtil, mais c&rsquo;est efficace. Côté chinois, la bibliothèque monumentale de Mao, garnie de faux livres, s’élève pour dévoiler un sous-sol grillagé rougi par les flammes des fours où les soldats jettent des ouvrages interdits, tandis qu’un journaliste et un musicien sont passés à tabac.<span class="Apple-converted-space"> </span>On retrouvera ce dernier plus tard dans la soirée, au début du troisième acte, dans un extrait du véritable documentaire de Murray Lerner, <em>From Mao to Mozart: Isaac Stern in China</em>, évoquant sa réclusion par le régime pendant plusieurs mois dans une cave sans air ni lumière, parce qu’il enseignait à ses élèves de la musique occidentale. Ce témoignage et la présence de ce figurant ajoute une part d’émotion et de vérité humaine à ce qui ne serait sinon qu’une démonstration assez convenue de la dimension totalitaire du régime maoïste.</p>
<pre style="text-align: center;" data-start="89" data-end="743"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/E._Bauer___Opera_national_de_Paris-NIXON_PL_0319_-E.-Bauer-OnP-1600px-1294x600.jpg" />© Bauer</pre>
<p data-start="4313" data-end="4720" data-is-last-node="" data-is-only-node="">Sous la baguette de <strong>Kent Nagano</strong>, qui succède à Gustavo Dudamel, l’<strong>Orchestre de l’Opéra national de Paris</strong> apparaît dès la première dans une forme éclatante, exaltant la richesse de la partition d’Adams. Il n’y a que dans l’air de Pat Nixon « This is prophetic » qu’on entend passer un peu de gammes typiques de la musique chinoise. On perçoit surtout combien Adams se détache du formalisme de la musique minimaliste et de ses répétitions d’arpèges statiques pour infuser dans son écriture des couleurs et des formes jazz ou post-romantiques du meilleur effet. Le chœur de femmes qui présentent la porcherie à Pat Nixon (« Pig, pig, pig, pig ») a même quelque chose de rossinien dans son humour syllabique. On regrette toutefois un déséquilibre récurrent : la fosse couvre fréquemment les chanteurs malgré l’amplification audible. Les voix paraissent ainsi souvent noyées ou manquant d&rsquo;impact.</p>
<p data-start="4313" data-end="4720" data-is-last-node="" data-is-only-node="">La distribution vocale est pourtant d’une solidité et d’une pertinence à toute épreuve. Dans le rôle de Richard Nixon, <strong>Thomas Hampson</strong> est d’une crédibilité sans faille, jusque dans l’écriture hachée voire bégayante du personnage lors de sa première intervention (et ses exclamations « history » qui ressemblent presque à des « hystérie » pour les oreilles françaises). Il apporte beaucoup d’humour à la caractérisation du personnage, tout en évitant de tomber dans la caricature, avec une maîtrise souveraine de la prosodie. On retrouve un même art du verbe chez <strong>Renée Fleming</strong>, dont le timbre, immédiatement identifiable, a perdu un peu de sa pulpe mais conserve ampleur et sûreté dans l’aigu. Sa Pat Nixon, sensible et déterminée, échappe à toute mièvrerie, se révélant tout en long de la soirée profondément attachante. Le Zhou Enlai intériorisé de <strong>Xiaomeng Zhang</strong>, à la ligne souple et bien conduite, donne au final une gravité retenue, tandis que le Mao de de <strong>John Matthew Myers</strong>, parfois tendu dans l’aigu, joue habilement de la fragilité du personnage, presque infantile. <strong>Caroline Wettergreen</strong> affronte l’écriture redoutable de Madame Mao avec un engagement constant, malgré parfois quelques fragilités d’intonation. En Kissinger, <strong>Joshua Bloom</strong> impressionne, par une voix de basse sainement émise : dommage que le rôle ne soit finalement pas plus étoffé vocalement. Les interventions des trois secrétaires de Mao (<strong>Aebh Kelly</strong>, <strong>Ning Liana</strong> et <strong>Emanuela Pascu</strong>) sont toujours savoureuses, rappelant de loin Ping, Pang et Pong de <em>Turandot</em>, mais aussi, au début de la deuxième scène du deuxième acte, les trois naïades du début de <em>Rusalka</em>. Le <strong>Chœur de l’Opéra de Paris</strong>, sous la direction d’Alessandro Di Stefano, très net de diction, assure avec précision les larges ensembles qui structurent l’ouvrage. Clin d&rsquo;œil amusant : on voit que l&rsquo;autre cheffe de chœur, Ching‑Lien Wu, veille sur son équipe au deuxième acte, sous la forme d&rsquo;une soldate cartonnée.</p>
<p>Cette reprise confirme en tout cas la solidité d’une production efficace, parfois appuyée dans son propos, mais cohérente dans son système de signes et toujours d&rsquo;une grande élégance visuelle. En privilégiant la circulation des symboles plutôt que la reconstitution historique, elle rappelle que l’opéra d’Adams ne traite pas tant de diplomatie que de la fabrication d’images politiques et de leur épuisement inévitable…</p>
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		<title>SALOMON, Médée et Jason &#8211; Versailles</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/salomon-medee-et-jason-versailles/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Mariage]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 06 Feb 2026 08:15:53 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>On a souvent pu entendre ces dernières années à Versailles des œuvres rares de compositeurs moins familiers que Lully, Charpentier ou Rameau. Si les noms de Gervais, Leclair, Campra ou Marais demeurent au moins identifiables, celui de Joseph-François Salomon, lui, a quasiment disparu de la mémoire collective. Sa première tragédie lyrique, Médée et Jason, composée &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="p1"><span class="s1">On a souvent pu entendre ces dernières années à Versailles des œuvres rares de compositeurs moins familiers que Lully, Charpentier ou Rameau. Si les noms de Gervais, Leclair, Campra ou Marais demeurent au moins identifiables, celui de Joseph-François Salomon, lui, a quasiment disparu de la mémoire collective. Sa première tragédie lyrique, </span><em><span class="s2">Médée et Jason</span></em><span class="s1">, composée en 1713 à l’âge de cinquante-deux ans (Rameau en avait cinquante lorsqu’il composa </span><span class="s2"><em>Hippolyte et Aricie</em>)</span><span class="s1"> connut pourtant un succès considérable. Redonnée à plusieurs reprises au cours du XVIIIᵉ siècle, y compris à Bruxelles, l’œuvre sombre ensuite dans un long oubli. En 2021, Marie-Louise Duthoit et son ensemble baroque Actéa19 en avaient proposé une résurrection à Toulon. C’est aujourd’hui au tour de <strong>Reinoud Van Mechelen</strong>, à la tête de son ensemble <strong>A</strong></span><strong><span class="s2"> nocte temporis</span></strong><span class="s1">, de redonner vie à cette partition de très belle facture, contrepoint éclairant à la </span><em><span class="s2">Médée</span></em><span class="s1"> de Charpentier, composée exactement vingt ans plus tôt.</span></p>
<p class="p1"><span class="s1">Si Salomon est aujourd’hui largement méconnu, le librettiste de </span><em><span class="s2">Médée et Jason</span></em><span class="s1"> l’est un peu moins, puisqu’il s’agit de l’abbé Simon-Joseph Pellegrin, auteur du livret d’</span><em><span class="s2">Hippolyte et Aricie</span></em><span class="s1"> de Rameau. Pour ce premier essai dans le genre de la tragédie lyrique, Pellegrin choisit de présenter d&#8217;emblée Médée comme une figure toute-puissante et jalouse, là où Thomas Corneille, chez Charpentier, la dessinait plus humaine et affaiblie dans les deux premiers actes. Une autre inflexion notable par rapport au mythe et à la tragédie de son aîné concerne le personnage de Jason : moins fanfaron, plus diplomate, il est ici rongé par la culpabilité, ce qui en fait un protagoniste d’une plus grande complexité. La place accordée à Créuse est elle aussi bien différente. Elle est plus active et moins pathétique que chez Corneille/Charpentier et c&rsquo;est elle qui prophétise dès le deuxième acte l’issue de la tragédie dans un songe qui compte parmi les scènes les plus réussies de l’ouvrage. Par ailleurs, a</span><span class="s1">ucune allusion n’est faite ici à la robe empoisonnée : Créuse est poursuivie par Créon qui, dans sa folie, la confond avec Médée, avant de disparaître dans l’effondrement du palais de son père. L&rsquo;extrême fin de la tragédie est peut-être moins fulgurante et saisissante que chez Charpentier : plus douce et plus lyrique, sans symphonie orchestrale conclusive, elle se concentre sur la lamentation de Jason, désireux de se percer le cœur, mais retenu par le peuple. Elle n’en reste pas moins déconcertante dans sa construction : chaque acte, de durée sensiblement équivalente, s’achève sur un divertissement ; ainsi, au cinquième acte, tandis que tout semble devoir s’arranger, l’illusion d’un </span><em><span class="s2">lieto fine</span></em><span class="s1"> pourrait presque s’imposer quand s&rsquo;achève le divertissement des Corinthiens chantant « Vivons sans crainte, aimons sans contrainte ». Mais l’action se précipite soudain et la tragédie s’accomplit finalement dans toute sa violence. Pellegrin a trouvé là un artifice dramaturgique des plus ingénieux. </span></p>
<p>Sur le plan musical, <em data-start="243" data-end="259">Médée et Jason</em> se caractérise par une écriture d’une grande souplesse, attentive aux inflexions de la langue. Les récitatifs, très développés, évitent la sécheresse grâce à un continuo toujours mobile. Salomon fait un usage expressif de l’orchestre, en particulier des cordes, dont les traits incisifs et contrastés créent des moments de grandes tensions, notamment au deuxième acte lors de l&rsquo;apparition de Médée puis à la toute fin de l&rsquo;ouvrage pendant la folie de Créon. La partition se distingue également par une recherche de couleurs instrumentales variées : basson et hautbois sont joliment mis en valeur dans plusieurs divertissements. Enfin, l’écriture harmonique, globalement conventionnelle, révèle par touches une ambition qui dépasse le simple respect du modèle lulliste, mais de manière beaucoup plus mesurée que Charpentier, dont les audaces avaient été très mal accueillies par le public en 1693. L&rsquo;œuvre de Salomon laisse en tout cas entrevoir des évolutions stylistiques que l’on associera plus tard à Rameau.</p>
<p data-start="1109" data-end="1836">À la tête de son ensemble A nocte temporis, Reinoud Van Mechelen propose une lecture engagée et structurée de la partition. L’effectif orchestral est plus réduit que celui de l&rsquo;Académie Royale de musique au moment de la création et l&rsquo;on aimerait parfois pouvoir entendre certains passages dans un dispositif moins chambriste. Cela n&rsquo;entrave cependant nullement la lisibilité de l’ensemble : la précision des attaques, la mobilité du continuo et le soin apporté aux équilibres permettent de faire ressortir les contrastes de texture et de caractère des différentes scènes. Les danses, nombreuses, bénéficient d’un élan délicieux, notamment au quatrième acte dans le divertissement des matelots, qui rappelle l&rsquo;<em data-start="1691" data-end="1700">Alcyone</em> de Marin Marais, et donc le chef se plaît à souligner l&rsquo;originalité par une gestuelle presque rock&rsquo;n&rsquo;roll.</p>
<p data-start="183" data-end="946">La distribution réunie à Versailles diffère en quelques points de celle qui figure sur l&rsquo;enregistrement publié par Château de Versailles Spectacles (faisant suite au concert de Namur). En l’absence de surtitrage, elle se distingue par la qualité du français et par un engagement constant, donnant parfois le sentiment d’assister à une version semi-scénique de l’ouvrage. Reinoud Van Mechelen renouvelle ici l’exploit qu’il avait déjà accompli à Versailles dans <em data-start="644" data-end="664">Céphale et Procris</em>, en assurant simultanément la direction et le rôle masculin principal. Son Jason se caractérise par une grande éloquence et une tessiture pleinement maîtrisée, avec une incarnation plus fouillée encore que celle qu’il proposait <a href="_wp_link_placeholder" data-wplink-edit="true">chez Charpentier au Palais Garnier</a> il y a deux ans. <strong>Floriane Hasler</strong> prête à Médée un timbre légèrement acide et une émission parfois appuyée, qui détonnent avec l’ensemble (ce qui n’est pas insensé lorsqu’il s’agit de caractériser Médée). Son interprétation n’en est pas moins saisissante, portée par une présence très affirmée, des regards de feu et une science du trait fielleux. De son côté, <strong>Mélissa Petit</strong> compose une Créuse au timbre charnu et ductile, d’une somptuosité envoûtante, avec un soin particulier accordé aux mots et à la conduite de la ligne dans les passages les plus expressifs. <strong>Annelies Van Gramberen</strong>, en Europe et Cléone, séduit moins immédiatement par la couleur de son timbre, mais se distingue par une maîtrise solide du souffle et une précision expressive. En Melpomène et en Nérine, <strong>Jehanne Amzal</strong> apporte un chant souple et fruité, qui crée un contraste net avec sa maîtresse Médée. Enfin, reprenant les rôles de Créon et d’Apollon dans un délai très court, <strong>Michael Mofidian</strong> impose une voix de baryton-basse solide et incisive, soutenue par une projection directe et un sens assuré du verbe. On rêve déjà de pouvoir le réentendre.</p>
<p data-start="183" data-end="946">Le <strong>Chœur de chambre de Namur</strong> s’impose d’emblée par la qualité du français, remarquablement soigné, et par une implication qui irrigue l’ensemble de la soirée. Cette tenue collective se reflète dans les interventions de plusieurs solistes issus de ses rangs, parmi lesquels on retiendra tout particulièrement <strong>Virginie Thomas</strong> et <strong>Maxime Melnik</strong>, ténor à la voix claire et souple, d’un charme immédiat. Le disque publié la veille du concert par Château de Versailles Spectacles permet de prolonger heureusement la découverte de cette œuvre dont on ne peut que recommander l&rsquo;écoute. On ne peut enfin que saluer une fois encore le Centre de musique baroque de Versailles et Reinoud Van Mechelen pour leur engagement en faveur de ce type d&rsquo;ouvrage trop longtemps négligé, et qui en l’occurrence mériterait vraiment une résurrection scénique.</p>
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		<title>DELIBES, Jean de Nivelle &#8211; Budapest</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/delibes-jean-de-nivelle-budapest/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Mariage]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 18 Jan 2026 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après Phèdre, Les Abencérages, Le Roi d’Ys ou encore Psyché de Thomas l’an dernier, le Palazzetto Bru Zane – Centre de musique romantique française – poursuit à Budapest sa collaboration avec le Chœur et l’Orchestre national de Hongrie en ressuscitant Jean de Nivelle, opéra oublié de Léo Delibes. Comme Ambroise Thomas avec Hamlet, Delibes a &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p class="p2"><span class="s1">Après </span><span class="s2"><i>Phèdre</i></span><span class="s1">, </span><span class="s2"><i>Les Abencérages</i></span><span class="s1">, </span><span class="s2"><i>Le Roi d’Ys</i></span><span class="s1"> ou encore </span><span class="s2"><i>Psyché</i></span><span class="s1"> de Thomas l’an dernier, le Palazzetto Bru Zane – Centre de musique romantique française – poursuit à Budapest sa collaboration avec le Chœur et l’Orchestre national de Hongrie en ressuscitant </span><span class="s2"><i>Jean de Nivelle</i></span><span class="s1">, opéra oublié de Léo Delibes. Comme Ambroise Thomas avec </span><span class="s2"><i>Hamlet</i></span><span class="s1">, Delibes a vu sa production lyrique disparaître derrière le succès d&rsquo;un titre unique, </span><span class="s2"><i>Lakmé</i>. </span><span class="s1">Cependant, contrairement à son aîné, Delibes souffre moins d&rsquo;une réputation d&rsquo;académisme, sans doute aussi parce que la délicatesse des pages les plus connues de </span><em><span class="s2">Lakmé</span></em><span class="s1"> et de ses ballets (comme les </span><span class="s2">pizzicati</span><span class="s1"> de </span><em><span class="s2">Sylvia</span></em><span class="s1">) impriment l&rsquo;image d&rsquo;un musicien raffiné et fin orchestrateur. </span></p>
<p class="p2"><em><span class="s2">Jean de Nivelle</span></em><span class="s1"> est la neuvième œuvre lyrique de Léo Delibes, si l’on inclut ses opéras bouffes. Elle se distingue d’emblée par son ambition formelle et sa longueur : conçue à l’origine pour le Théâtre-National-Lyrique d’Albert Vizentini, la partition repose alors sur un livret sans dialogues parlés et l&rsquo;action se situe au Moyen Âge (la mode troubadour bat toujours son plein), sur fond de conflit entre Bourguignons et Français. La faillite du Théâtre-National-Lyrique entraîne cependant le transfert du projet à l’Opéra-Comique, où l’ouvrage est adapté aux usages du genre par l’introduction de dialogues. Faut-il voir dans ces transformations successives l’origine de certaines faiblesses dramaturgiques ? Signé Edmond Gondinet et Philippe Gille, le livret final se révèle en effet confus, multipliant intrigues et personnages, et passant d’une tonalité à l’autre sans véritable contraste ni ligne directrice affirmée. Néanmoins, notre regard est peut-être biaisé, puisqu’à Budapest l&rsquo;oeuvre est jouée dans une version avec récitatifs, composés pour l&rsquo;étranger après le succès de la création à l&rsquo;Opéra-Comique (la forme avec dialogue est typiquement française – Guiraud a ainsi dû composer des récitatifs pour que </span><span class="s2">Carmen</span><span class="s1"> puisse s’exporter à l&rsquo;étranger). Si ce choix fait sans doute perdre certains éléments de compréhension de l’action et enlève de l&rsquo;épaisseur psychologique aux personnages, il présente l’avantage de ne pas imposer de longs dialogues en français au public hongrois et de resserrer la durée du concert, d’autant plus que ces récitatifs sont fort joliment écrits.</span></p>
<p class="p2"><span class="s1">De fait, l’action est malaisée à résumer. Disons que Jean de Nivelle est le fils du duc de Montmorency, allié du roi de France, et qu’il a fui pour se réfugier dans la campagne bourguignonne, où il vit déguisé en berger. On croise successivement à ses côtés Arlette, la jeune paysanne éprise de Jean (et réciproquement) ; sa tante Simone, une sorcière qui distribue des potions d&rsquo;amour et voudrait bien voir son fils dans les bras d&rsquo;Arlette ; Malicorne et Beautraillis qui cherchent à démasquer Jean et constituent avec Saladin, un autre antagoniste, la part comique du livret ; Charolais qui mène les troupes de Bourgogne et finit par prendre Jean sous son aile ; Diane, gente dame éprise de Jean ; un page, un héraut, un vieillard. Bref, une profusion de personnages au milieu desquels on se perd facilement. Au troisième acte, alors que la guerre entre Français et Bourguignons fait rage, Jean se souvient de son origine française en apercevant la « bannière de France », ce qui ne devait pas manquer de titiller la veine patriotique des Parisiens de 1880, encore marqués par la défaite de 1870. À la fin, dans un revirement soudain, Jean choisit de retourner à la vie pastorale au côté d&rsquo;Arlette.</span></p>
<p class="p2"><span class="s1">Il convient de rappeler que, comme </span><em><span class="s2">La Cour du Roi Pétaud</span></em><span class="s1">, l&rsquo;un de ses précédents opéras-comiques, le titre de l&rsquo;oeuvre s&rsquo;inspire directement d&rsquo;une expression populaire, aujourd&rsquo;hui oubliée, et immortalisée dans plusieurs chansons populaires alors connues de tous, où il est fait mention de « ce chien de Jean de Nivelle, qui fuit quand on l&rsquo;appelle ». L&rsquo;expression est d&rsquo;ailleurs reprise par le personnage dans l&rsquo;opéra.</span></p>
<p class="p2"><span class="s1">Sur ce livret bancal, qui enchaînent les lieux communs et les confusions, Delibes a composé une musique toujours élégante, jalonnée de numéros très inspirés : la ballade de la mandragore chantée par Simone a tout d’un tube et Delibes l’a bien compris puisqu’il en reprend la mélodie au deuxième acte dans le charmant duo entre Arlette et Diane, ainsi qu’à la fin de l’ouvrage, de manière totalement incongrue mais réjouissante. Viennent ensuite un air tendre d’Arlette puis un joli duo entre Arlette et Simone qui imitent le chant des oiseaux. L’air qui introduit Jean est cependant assez fade, ce qui n’est pas le cas de son grand air au dernier acte sur la « bannière de France », qui allie tendresse et vaillance et dont le charme mélodique n’a rien à envier à l’air de Gérald dans </span><em><span class="s2">Lakmé</span></em><span class="s1">. On retiendra aussi toute la partie de Charolais, qui commence par un air coquin (« Prenez garde au joli berger ») et s’achève sur une émouvante romance au troisième acte, où le chef de guerre fend l’armure. La fable d’Arlette du deuxième acte frappe quant à elle par son dessin étrange, ses nombreuses vocalises et son orchestration archaïsante, comme si la jeune fille s’accompagnait d’une vielle à roue. Enfin, plusieurs ensembles retiennent l’attention, notamment un chœur de soldats bourguignons au troisième acte dont la bravoure évoque celui de </span><em><span class="s2">Faust</span></em><span class="s1">, ainsi que des marches et des fanfares qui sont là pour rappeler que nous sommes bien au Moyen Âge.</span></p>
<p class="p2"><span class="s1">Si l’ouvrage présente autant de beautés que de fragilités, il est porté avec enthousiasme par l’ensemble des interprètes. À la tête de l’<strong>Orchestre national philharmonique de Hongrie</strong>, <strong>György Vashegyi</strong> défend la partition avec une probité exemplaire. La direction, jamais appuyée ni démonstrative, se distingue par une attention constante portée aux chanteurs et par un sens aigu des équilibres. Les cordes ne sont pas exemptes d’aspérités, quelques décalages se font entendre, mais l’élan d’ensemble, la lisibilité des plans et la cohérence stylistique emportent l’adhésion.</span></p>
<p class="p2"><span class="s1">Dans le rôle-titre, <strong>Cyrille Dubois</strong> impose un Jean de Nivelle à la fois tendre et vaillant. Sa voix lumineuse et son timbre si séduisant servent avec beaucoup d’intelligence les élans amoureux comme les accès héroïques du personnage. Son grand air du troisième acte (la fameuse « bannière de France ») est d’une intensité saisissante, porté par une incandescence constante et par un français d’une clarté exemplaire, chaque inflexion du texte trouvant son juste relief expressif. Quel grand artiste !</span></p>
<p class="p2"><span class="s1"><strong>Mélissa Petit</strong>, qui a déjà chanté aux côtés de Cyrille Dubois dans une mémorable version de concert d’<em>Hippolyte et Aricie</em> en 2019 au TCE et dans <em>Vasco de Gama</em> de Bizet (récemment publié au disque par le PBZ), incarne une Arlette de grand charme. Le timbre, velouté et crémeux, légèrement vibré, séduit d’emblée par sa fraîcheur et sa rondeur. Si la prononciation pourrait parfois gagner en netteté, la chanteuse convainc par son engagement et par la sensibilité de son incarnation. Nous avons évoqué plus haut l’originalité de la fable du deuxième acte, où la chanteuse assume crânement des vocalises jusqu’au contre-mi, mais son air cantabile du troisième acte, précédé d’une plainte au hautbois puis au violoncelle, constitue l’un des sommets émotionnels de la soirée, avec de beaux effets de parlando et des contres-notes aisés et précis. </span></p>
<p class="p2"><span class="s1">Simone bénéficie de la voix de mezzo ample et richement timbrée de <strong>Marie-Andrée Bouchard-Lesieur.</strong> La ballade de la mandragore est livrée avec autorité et caractère, tout comme l’air du troisième acte, où la chanteuse fait valoir sa projection solide et une vraie présence dramatique, aussi bien matrone qu’enchanteresse.</span></p>
<p class="p2"><span class="s1"><strong>Tassis Christoyannis</strong> prête au comte de Charolais une remarquable palette de couleurs. Tour à tour coquin dans son premier air, où l’usage de la voix mixte dans l’aigu fait merveille, héroïque au deuxième acte, puis profondément humain et tendre dans sa romance du troisième acte, il campe un personnage d’une grande complexité psychologique, rendu avec une intelligence musicale et théâtrale toujours exemplaire.</span></p>
<p class="p2"><span class="s1">Les rôles de Diane et du page Isolin reviennent à <strong>Juliette Mey</strong>, qui passe de l’un à l’autre en s’enroulant un foulard autour du cou. Si la voix paraît parfois un peu pauvre en harmoniques, le style est solidement tenu et la caractérisation reste nette, notamment dans son air savoureux du troisième acte où la jeune fille, en lointaine cousine de Marie, avoue son penchant pour la guerre et les armes, devant un Malicorne et un Beautraillis ébahis (« c’est Bradamante ! »).</span></p>
<p class="p2"><span class="s1"><strong>François Rougier</strong> est irréprochable dans le rôle bouffe de Malicorne. Toujours admirable d’expression, il se distingue particulièrement dans les récitatifs, dont il soigne la déclamation avec un sens du rythme et du mot très sûr, apportant une vraie saveur aux scènes comiques.</span></p>
<p class="p2"><span class="s1">Les deux autres seconds rôles masculins sont tenus avec sérieux et homogénéité par <strong>Jean-Philippe Mc Clish</strong> et <strong>Adrien Fournaison</strong>, contribuant sans faillir à la cohérence d’ensemble et à la dimension comique du livret, qui éclate franchement dans le trio bouffe du deuxième acte. </span></p>
<p class="p2"><span class="s1">Le <strong>Chœur national hongrois</strong> impressionne par la qualité de son français et par son engagement constant. L’effectif est assez massif et peut sembler excessif pour un opéra-comique, mais ce choix s’accorde finalement avec l’option résolument tournée vers le drame lyrique qui préside à cette résurrection.</span></p>
<p class="p2"><span class="s1">Cette redécouverte ne restera pas sans lendemain : </span><em><span class="s2">Jean de Nivelle</span></em><span class="s1"> a été enregistré à l’occasion de ce concert et paraîtra prochainement dans la collection « Opéra français » du Palazzetto Bru Zane. L’occasion, sans doute, de mesurer à froid les beautés et les faiblesses d’une œuvre attachante, et peut-être de permettre au Delibes lyrique de sortir, ne serait-ce qu’un instant, de l’ombre portée de </span><em><span class="s2">Lakmé</span></em><span class="s1"> – à condition que ce duc et berger indocile cesse enfin de « fuir quand on l’appelle » !</span></p>
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		<title>TCHAÏKOVSKI, Iolanta (Bordeaux)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/tchaikovski-iolanta-bordeaux/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Mariage]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 16 Nov 2025 05:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Créé en 1892 au Mariinski au cours d&#8217;une soirée qui comprenait Casse-Noisette en deuxième partie, Iolanta est, par la force des choses, le testament lyrique de Tchaïkovski. Cette œuvre courte (1h30 environ) est souvent donnée en diptyque avec un autre opéra en un acte  – ou plus exceptionnellement avec Casse-Noisette, comme à Paris en 2016. &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Créé en 1892 au Mariinski au cours d&rsquo;une soirée qui comprenait <em>Casse-Noisette</em> en deuxième partie, <em>Iolanta</em> est, par la force des choses, le testament lyrique de Tchaïkovski. Cette œuvre courte (1h30 environ) est souvent donnée en diptyque avec un autre opéra en un acte  – ou plus exceptionnellement avec <em>Casse-Noisette</em>, <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/iolanta-casse-noisette-paris-garnier-lamour-et-la-vie-dune-jeune-femme-enfin-de-deux/">comme à Paris en 2016</a>. L&rsquo;équipe artistique réunie pour cette nouvelle production bordelaise fait le choix judicieux de laisser l&rsquo;œuvre se suffire à elle-même, pour en révéler toute la singularité et la beauté.</p>
<p style="font-weight: 400;"><strong>Stéphane Braunschweig</strong>, qui a déjà fréquenté <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/eugene-oneguine-paris-tce-oneguine-sur-tapis-vert/">un autre opéra de Tchaïkovski</a> il y a quelques années avec moins de réussite, choisit d’épouser complètement la dimension symbolique du livret, écrit dans les mêmes années que le <em>Pelléas et Mélisande </em>de Maeterlinck. Sous son regard,<em> Iolanta </em>devient un drame symboliste qui parle de connaissance de soi et de connaissance du monde. Protégée dans l’<em>hortus conclusus </em>où son père la retient, Iolanta ignore que les autres humains possèdent une faculté qu’elle n’a pas : pouvoir voir la lumière du jour et la couleur des fleurs. Ses compagnes, tout comme elle et l’époux de sa nourrice, sont revêtus de costumes d’inspiration médiévale, d’un vert omnipotent (dessinés par <strong>Thibault Vancraenenbroeck</strong>), comme si son père lui avait également caché que le temps avait passé et que les hommes portaient aujourd’hui des costumes trois pièces gris et noirs (c’est le cas de son père, de son écuyer, du médecin et des deux chevaliers).</p>
<p style="font-weight: 400;">La jeune fille, recluse dans l’espace rassurant du conte – un monde clos et immuable où le danger de la vérité est retenu par une simple inscription projetée sur les murs – va voir son existence renversée par l’arrivée de deux hommes, qui entrent dans son « jardin » par la salle de spectacle, en traversant la fosse d’orchestre sur une passerelle. Vaudémont, épris de sa beauté, va lui révéler malgré lui qu’elle est aveugle, en lui demandant de cueillir une rose rouge. Ne parvenant à saisir que des roses blanches et ne comprenant pas ce que « rouge » signifie, Iolanta va se rendre compte que quelque chose lui échappe : les yeux ne servent pas qu’à verser des larmes. La condition étrange posée par le médecin de son père pour que la « guérison » de Iolanta soit réussie est qu’elle souhaite activement guérir (comme un prêtre exige qu’on ait la foi pour qu’un miracle puisse avoir lieu). La condamnation à mort de Vaudémont, si le traitement échoue, va résoudre Iolanta à désirer cette « guérison ». Elle réapparait finalement après son traitement, voyante, tandis que le salle s’éclaire et que les solistes brisent le quatrième mur en se plaçant au bord du plateau. Les choristes chantent depuis les côtés du parterre, englobant les spectateurs dans ce nouvel espace unifié : l’espace clos de Iolanta s’est ouvert et la jeune fille embrasse du regard le monde entier.</p>
<p style="font-weight: 400;">Ce passage de l’ombre à la lumière, de l’enfermement du moi à l’ouverture au monde, est bien rendu par le metteur en scène, qui multiplie les écrans et les parois pour « surcadrer », comme au cinéma, le lieu dans lequel Iolanta est enfermée. Le visage de la jeune fille, projeté en grand pendant l’air du roi René, rappelle aussi combien la tentative paternelle de protection est une forme de fixation. Le travail de la lumière est particulièrement soigné, ménageant des moments scéniques clairement différenciés pendant les différents airs. En outre, le soudain assombrissement du plateau au moment où Iolanta prend conscience de sa cécité est un bel effet, quoique facile. On regrettera seulement une direction d’acteur un peu sèche, qui enferme parfois les personnages dans des poses figées, où la passion peine à affoler les corps. Cependant, tout le cheminement méta-théâtral, jusqu’à l’union finale entre le plateau et la salle ainsi qu’entre les artistes et le public a un effet thérapeutique certain : on se prend à rêver, porté par la musique hymnique de Tchaïkovski, qu’il suffirait de désirer que la lumière triomphe pour qu’elle triomphe effectivement.</p>
<p style="font-weight: 400;">S’il est courant d’émettre des réserves sur une proposition scénique, force est d’admettre qu’on a rarement l’occasion d’entendre une distribution aussi équilibrée et juste que celle réunie par l’Opéra de Bordeaux pour cette <em>Iolanta</em>. La jeune soprano française <strong>Claire Antoine</strong> est idéale de musicalité et de tempérament dans le rôle de l’héroïne. La voix est ductile, ample, d’une rondeur homogène, avec ce qu’il faut de frémissement pour restituer la juvénilité du personnage et éclairer ses failles. À ses côtés, le Vaudémont de <strong>Julien Henric </strong>impressionne par sa vigueur et sa sensibilité. On se demande presque quel rôle l’interprète pourrait ne pas chanter, tant la tessiture est contrôlée et saine sur toute son étendue. Il se permet des aigus en voix mixte d’une beauté renversante à la fin de sa romance, tandis que son duo avec Iolanta, un des sommets de la partition, fait éclater toute la puissance de feu d’une voix lyrique aux accents cuivrés et dramatiques.</p>
<p style="font-weight: 400;">Le roi René d’<strong>Ain Anger </strong>s’impose par un charisme et une autorité naturelle qui donne immédiatement au personnage sa crédibilité : un homme puissant, mais doux et sensible au sort de sa fille et de Vaudémont. À part quelques fragilités d’intonation dans le grave, la voix claque avec autorité et il fend l’armure dans son arioso, poignant de bout en bout. Dans le rôle du médecin, le baryton mongol <strong>Ariunbaatar Ganbaatar </strong>impressionne tout autant. La voix est tour à tour mordante et moelleuse, conduite avec une dextérité qui force l’admiration. Par ailleurs, les aigus de son arioso sont assurés avec une assurance implacable, au terme d’un crescendo vocal parfaitement mené. L’autre grand rôle de clé de fa se trouve être le compagnon de Vaudémont, Robert, ici incarné par le jeune baryton russe <strong>Vladislav Chizhov</strong>. Par sa morgue, sa vivacité scénique et sa classe vocale, il fait du personnage un lointain cousin d’Onéguine, séduisant <em>bad boy</em>, certain de ce qu’il désire.</p>
<p style="font-weight: 400;">Tous les seconds rôles sont tenus avec probité et élégance par des chanteurs français, qui servent avec bonheur la musique de Tchaïkovski. <strong>Abel Zamora</strong> continue en Albéric de confirmer tous les espoirs qu’on a pu placer en lui : le timbre est doux, la ligne soignée et la voix passe l&rsquo;orchestre avec aisance. Dans le rôle de Martha, <strong>Lauriane Tregan-Marcuz</strong> nous fait parfois penser aux contraltos russes des vieux enregistrements : la voix est très dense et sombre, sans perdre sa dimension incisive. Son mari est incarné par <strong>Ugo Rabec</strong>, qui conduit avec soin sa voix de basse pleine de noblesse. Enfin, les deux suivantes de Iolanta, Brigitte et Laura, sont interprétées respectivement par <strong>Franciana Nogues</strong> et <strong>Astrid Dupuis</strong>. La première charme par la lumière de son timbre et la seconde apporte des teintes plus sombres à l&rsquo;ensemble.</p>
<p data-start="272" data-end="838">Seule véritable ombre au tableau : la direction un peu frustre de <strong>Pierre Dumoussaud</strong>. Impossible d’accuser les instrumentistes de l’<strong>Orchestre national Bordeaux Aquitaine</strong> de jouer trop fort ou de négliger le fondu des timbres ; c’est au chef de veiller à l’équilibre de la masse orchestrale et à ce qu’elle ne couvre pas les voix. Comme les chanteurs disposent ici de moyens solides et n’ont aucune difficulté à passer l’orchestre, le volume orchestral crée surtout un déséquilibre sonore, donnant l’impression que l’orchestre se dresse devant les voix au lieu de les porter. On est également surpris d’entendre certains instruments se détacher de façon excessive, presque au point de laisser croire (fait impensable !) que Tchaïkovski aurait mal orchestré son œuvre. Le déploiement dramatique n’en demeure pas moins assuré : Dumoussaud maintient une tension constante et reste pleinement engagé d’un bout à l’autre de la représentation.</p>
<p data-start="272" data-end="838">Le chœur, surtout les pupitres féminins, n’appelle que des éloges et contribue à la réussite de ce très beau spectacle, capté le soir où nous y étions. Tout le monde peut l’apprécier en ligne sur la chaîne YouTube d’Opéra Vision.</p>
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		<title>Le retour d&#8217;Aleksandra Kurzak à l&#8217;Opéra de Paris</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/le-retour-daleksandra-kurzak-a-lopera-de-paris/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Mariage]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 03 Nov 2025 06:20:37 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Aleksandra Kurzak n&#8217;avait pas foulé la scène de l&#8217;Opéra national de Paris depuis son Elisabetta en 2019. Elle aurait dû chanter Tosca en mai 2021, mais un certain virus en a décidé autrement&#8230; Depuis, plus rien, hormis deux ou trois récitals dans la capitale. C&#8217;est peu dire qu&#8217;elle nous a manqué ! La soprano polonaise &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Aleksandra Kurzak</strong> n&rsquo;avait pas foulé la scène de l&rsquo;Opéra national de Paris depuis son Elisabetta en 2019. Elle aurait dû chanter Tosca en mai 2021, mais un certain virus en a décidé autrement&#8230; Depuis, plus rien, hormis deux ou trois récitals dans la capitale. C&rsquo;est peu dire qu&rsquo;elle nous a manqué ! La soprano polonaise fait d&rsquo;ailleurs son grand retour sur la scène parisienne <em>in extremis</em>, puisqu&rsquo;elle remplace Ewa Płonka souffrante, initialement annoncée dans le rôle d&rsquo;Aida, que notre confrère Yannick Boussaert a pu entendre avec <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-aida-paris-bastille-2/">l&rsquo;ensemble du cast B</a>.</p>
<p>On ne reviendra pas sur la mise en scène, d&rsquo;une beauté plastique indéniable, sinon pour dire que son absence d&rsquo;enjeux dramatiques était compensée ce soir-là par la présence frémissante de Kurzak dans le rôle-titre. Certes, la vocalité du rôle dépasse un peu le cadre de son soprano lyrique, qui s&rsquo;est étoffé au fil des ans mais peine tout de même par moment, notamment dans le bas médium, à remplir la (trop) grande salle de Bastille. Heureusement, ce n&rsquo;est pas la largeur de la voix qui fait la qualité d&rsquo;une interprétation et l&rsquo;artiste est suffisamment musicienne pour relever le défi avec intelligence. La voix de poitrine est toujours époustouflante d&rsquo;impact, l&rsquo;italien incisif et mordant, la palette de nuances très variée. Avec Gregory Kunde, c’est un peu la seule à faire vivre son personnage, et l’œuvre, qu’on serait parfois tenté de renommer <em>Amneris</em>, n’a jamais aussi bien porté son nom. Que ce soit dans les éclats du « Ritorna vincitor », suivis d’un « Numi pietà » sur le fil de la voix, dans un air du Nil savamment phrasé ou dans les différents duos et ensembles, notamment celui qui l’oppose à son père, où l’interprète requiert presque au <em>parlando</em> pour traduire son désarroi, le personnage d’Aida émeut comme rarement. Elle n’hésite pas à recourir également à des coups de glottes expressifs dans certains passages vindicatifs pour donner encore plus de relief à l’autorité outragée de la fille du roi d’Ethiopie. Ce n’est peut-être pas l’Aida la plus tonitruante et conventionnelle qui soit, mais sans aucun doute l’une des — si ce n’est <em>la</em> — plus diseuses et incarnées du moment.</p>
<p>La représentation ne marquait pas seulement le grand retour de cette si grande artiste. C’était également les débuts à l’Opéra de Paris d’un chanteur qu’on connaît déjà un peu à Paris pour l’avoir plusieurs fois entendu au Théâtre des Champs-Élysées, avec les forces de l’Opéra de Lyon dirigées par Daniele Rustioni : <b>Amartuvshin Enkhbat</b>. La ressemblance du timbre du baryton avec celui de Renato Bruson, jusqu’au voile un peu cotonneux qui couvre la voix, est toujours aussi troublante et saisissante. La voix est saine, bien projetée, mais dans un tel rôle, l’interprétation manque singulièrement de mordant. Sans exiger la démesure presque expressionniste d’un Fischer-Dieskau ou d’un Nimsgern, on pourrait attendre un peu plus de relief dans son duo avec Aida. Les moments plus nobles sont cependant d’une grande classe, comme de bien entendu.</p>
<p>La même distribution sera réunie pour la dernière représentation de la série, le 4 novembre.</p>
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		<title>DELIUS, The Magic Fountain &#8211; Wexford</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/delius-the-magic-fountain-wexford/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Mariage]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 22 Oct 2025 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Ce n’est pas la première fois que le festival de Wexford – fidèle à son ADN, qui consiste à ne programmer que des raretés – invite son public à redécouvrir une œuvre de Frederick Delius (1862-1934). En 2012, A Village Romeo and Juliet avait rencontré un beau succès, tout comme Koanga en 2015. Mais le &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Ce n’est pas la première fois que le festival de Wexford – fidèle à son ADN, qui consiste à ne programmer que des raretés – invite son public à redécouvrir une œuvre de Frederick Delius (1862-1934). En 2012, <em>A Village Romeo and Juliet</em> avait rencontré un beau succès, tout comme <em>Koanga</em> en 2015. Mais le compositeur britannique reste encore peu joué, surtout en France, alors que l&rsquo;Allemagne et les pays anglo-saxons programment ses opéras de temps en temps. <em>The Magic Fountain</em>, présenté lors de cette édition 2025, a ceci de particulier que, contrairement aux deux autres opéras déjà cités, il n&rsquo;a jamais été représenté du vivant du compositeur. Ne trouvant aucun directeur de théâtre pour la programmer, Delius dut laisser sa partition dormir dans un tiroir, jusqu&rsquo;à ce qu&rsquo;elle soit finalement donnée à la fin du XXe siècle, d&rsquo;abord en concert par la BBC en 1977 (l&rsquo;enregistrement de la BBC est le seul témoignage au disque existant), puis sur une scène à Kiel en 1997, et de nouveau à Glasgow en 1999.</p>
<p>Le deuxième essai opératique du compositeur constitue une œuvre étonnante, dont l&rsquo;écriture court de 1893 à 1895. Delius rédige lui-même son livret, avec la complicité supposée de son amie Jutta Bell, en s&rsquo;inspirant de la légende de Juan Ponce de León, conquistador espagnol parti à la recherche de la fontaine de Jouvence. L’action se situe en Floride – région que Delius connait pour y avoir vécu quelques temps dans une plantation d’oranges tenue par ses parents – et se déroule dans un XVIe siècle où s&rsquo;opposent conquistadors et tribus autochtones.</p>
<p>Solano, le personnage principal de l&rsquo;opéra, n&rsquo;est cependant pas un explorateur comme les autres puisque son unique but est d&rsquo;atteindre la légendaire fontaine de Jouvence. Son équipage est peu enclin à le suivre, mais disparaît avec son navire dans une tempête. Solano, seul survivant, échoue sur une plage. Là, il est découvert par Watawa, une jeune Amérindienne, qui le mène jusqu&rsquo;à Wapanacki, chef de la tribu. Solano lui confie sa quête, et celui-ci l’envoie consulter le prophète Talum Hadjo. Watawa décide d’accompagner l’étranger jusqu’à la hutte du prophète, perdue au milieu des marécages. Elle nourrit en secret l’intention de tuer Solano, persuadée que sa mort rachètera les souffrances infligées par les hommes blancs à son peuple. Cependant, Talum Hadjo révèle à la jeune femme que l’eau de la fontaine est empoisonnée. Elle renonce alors à agir et choisit de laisser Solano courir lui-même à sa perte. Hélas, l&rsquo;amour a ses raisons que la raison ne connaît pas : Watawa s’éprend progressivement de Solano. Dans un geste désespéré, elle boit l’eau de la fontaine avant lui et meurt dans ses bras. Désespéré, Solano la suit dans la mort.</p>
<p>Dans ce bref résumé, vous aurez remarqué sans trop d&rsquo;effort l&#8217;empreinte du modèle de Delius, dont il est bien loin de chercher à dissimuler l&rsquo;influence : l&rsquo;inévitable Richard Wagner. Le premier acte – introduit, ça ne s&rsquo;invente pas, par un solo de cor anglais – rappelle le premier acte de <em>Tristan und Isolde</em>, situé lui aussi sur un bateau, accompagné par un chœur de marins. Le désir de vengeance qui anime Watawa évoque celui d&rsquo;Isolde et le thème de l&rsquo;anéantissement dans la mort, associé au motif du poison, inscrit tout autant <em>The Magic Fountain</em> dans le sillon tristanesque. L&rsquo;écriture <em>durchkomponiert</em> et la présence de leitmotivs structurants, quoiqu&rsquo;en moins grand nombre que chez le compositeur allemand, relèvent tout autant de l&rsquo;esthétique wagnérienne.</p>
<p>Là où Delius s&rsquo;écarte véritablement de son modèle, c&rsquo;est dans son orchestration, parfois plus française que germanique. L’introduction de la scène sur la plage en est l’exemple le plus frappant : un motif lumineux circule de la flûte au hautbois, puis à la clarinette, avec une liquidité toute debussyste. On voit passer également l&rsquo;ombre de Tchaïkovski dans la tempête et une préfiguration de Strauss dans l&rsquo;interlude vers la hutte, tout comme dans le magnifique prélude de l&rsquo;acte III, peut-être le sommet de la partition, véritable paysage sonore aquatique. Un motif récurent construit sur une échelle pentatonique, peut-être associé à la fontaine, surprend par son « exotisme ». De manière générale, la prosodie est plutôt libre et l&rsquo;harmonie étonne par son mélange de classicisme et de modernité. On s&rsquo;étonnera moins si l&rsquo;on sait que Delius a pu entendre les chants des Noirs américains en Floride et que l&rsquo;influence de formes anciennes de blues et de jazz a pu jouer un grand rôle dans son imaginaire musical.</p>
<pre style="text-align: center;"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-large wp-image-202153" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/WFO-The-Magic-Fountain-pic-2789-Padraig-Grant-1024x643.jpg" alt="" width="1024" height="643" />© Pádraig Grant</pre>
<p>Alors que l&rsquo;enregistrement de la BBC plonge l&rsquo;œuvre dans un bain post-romantique, <strong>Francesco Cilluffo </strong>met plutôt en valeur les éléments singuliers et modernes de la partition, donnant presque à entendre une sorte de « <em>musical</em> wagnérien ». Cette impression est bien sûr renforcée par l&rsquo;usage de la langue anglaise, mais aussi par la grande plasticité et la grande clarté de la direction orchestrale. Certes, les vents sont bien par deux et tous les pupitres de la partition sont représentés, mais l&rsquo;<strong>Orchestre du festival de Wexford</strong> ne comprend pas un nombre de cordes suffisant pour donner à l&rsquo;œuvre une dimension trop imposante et océanique. On pourrait le regretter, mais cela éclaircit vraiment la partition et lui confère une fluidité bienvenue, d&rsquo;autant plus que les instrumentistes font preuve d&rsquo;une très belle franchise de timbre.</p>
<p>De son côté, la mise en scène de <strong>Christopher Luscombe</strong> se démarque aussi par son élégance et sa grande clarté, parti pris qu&rsquo;on ne peut que louer lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une œuvre inconnue. Malheureusement, en ne cherchant pas à se situer au-delà de son sujet, elle expose en même temps toutes les faiblesses du livret : des personnages peu développés, des contrastes un peu artificiels, une précipitation dans le déroulement de l&rsquo;intrigue qui ne permet pas de rendre crédible le revirement sentimental de Watawa. De même, le dénouement se révèle peu émouvant, puisqu&rsquo;on n&rsquo;a pas vraiment eu le temps de s&rsquo;intéresser au sort des personnages. La question délicate de la représentation des Amérindiens est contournée, puisque le metteur en scène semble retenir le caractère universel de l&rsquo;intrigue et propose avec <strong>Simon Higlett</strong> des costumes où se mêlent des influences très diverses, sans ambition documentaire. Ce point de vue a l&rsquo;intérêt de ne pas jeter <em>The Magic Fountain</em> avec l&rsquo;eau du bain, dans la mesure où l&rsquo;œuvre se révèlerait inopérante, voire ringarde, si on l&rsquo;extrayait du contexte de sa création, imprégné de romantisme et bien loin des questions post-coloniales. En ceci, la scénographie du même Simon Higlett, ainsi que les éclairages toujours impeccables de <strong>Daniele Naldi</strong> et <strong>Paolo Bonapace</strong> tirent l&rsquo;œuvre vers un symbolisme bienvenu : un rideau de lianes vertes à l’avant-scène, baigné de reflets bleutés au troisième acte, s’ouvre finalement sur le tableau de la fontaine de Jouvence, d’une somptuosité plastique indéniable.</p>
<p><figure id="attachment_202157" aria-describedby="caption-attachment-202157" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-large wp-image-202157" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/WFO-The-Magic-Fountrain-pic-3392-Padraig-Grant-1024x683.jpg" alt="" width="1024" height="683" /><figcaption id="caption-attachment-202157" class="wp-caption-text">Dominick Valdés Chenes &amp; Axelle Saint-Cirel © Pádraig Grant</figcaption></figure></p>
<p>On est très heureux de retrouver à Wexford la chanteuse française <strong>Axelle Saint-Cirel</strong>, connue du grand public pour avoir interprété la Marseillaise lors de la cérémonie d&rsquo;ouverture des JO 2025, mais dont le talent dépasse bien évidemment ce cadre patriotique. Elle donne chair à Watawa, avec une voix de mezzo large, aux reflets cuivrés. Les aigus sont faciles et la présence de l&rsquo;artiste est magnétique. Si le rôle est esquissé de manière assez elliptique par le compositeur, la chanteuse parvient néanmoins à donner au personnage sa crédibilité, à incarner aussi bien sa rage contre les hommes blancs au premier acte que ses doutes, puis son amour au troisième acte. À ses côtés, <strong>Dominick Valdés Chenes</strong> est un Solano vaillant, parfois un peu statique scéniquement, mais qui défend avec courage et sincérité ce personnage de rêveur. La voix a des nuances par moments presque barytonnantes, qui donnent au personnage une gravité touchante. Les autres personnages sont plus épisodiques : <strong>Kamohelo Tsotetsi</strong> campe un Wapanacki d&rsquo;une calme et d&rsquo;une autorité souveraine ; <strong>Meilir Jones</strong>, dans le rôle de Talum Hadjo, est un diseur savoureux, faisant résonner l&rsquo;anglais avec un relief saisissant ; enfin, <strong>Seamus Brady</strong> est un marin de grande classe.</p>
<p data-start="818" data-end="1389">Il faut également saluer l’excellent travail du <strong>Chœur du festival de Wexford</strong>. Dès le premier acte, la scène chorale des marins, l&rsquo;une des plus belles pages de la partition, séduit par son caractère bien affirmé, à la fois robuste et poétique. Delius y montre une science du contraste et de la prosodie qui évoque toujours autant Wagner que certaines traditions populaires. Les choristes en restituent admirablement l’élan, la clarté rythmique et la densité expressive, tout comme le chœur féminin pendant la scène d&rsquo;arrivée à la fontaine, miroitant de couleurs.</p>
<p data-start="1391" data-end="1954">En sortant de la salle, on se dit que le festival de Wexford demeure toujours fidèle à sa vocation : offrir un espace de rédemption à des œuvres oubliées ou méconnues, sans céder à la facilité du répertoire établi. <em>The Magic Fountain</em> n’est certes pas un chef-d’œuvre absolu, mais l’intelligence musicale et scénique de cette nouvelle production lui confère un beau relief. C’est précisément là que réside l’esprit de Wexford : faire entendre autre chose et rappeler que le répertoire de l’opéra est bien plus vaste que les quelques mêmes titres qui tournent sans cesse dans les maisons d&rsquo;opéra. C&rsquo;est ce que prouvera sans doute une fois encore le festival de Wexford l&rsquo;année prochaine, en fêtant ses 75 ans d&rsquo;existence ! Une brève sera publiée très prochainement pour rendre compte du programme de cette prochaine édition.</p>
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