Grand corps bien portant

L'Opéra

Par Laurent Bury | mar 04 Avril 2017 | Imprimer

Quand le producteur Philippe Martin a suggéré à Jean-Stéphane Bron de réaliser un documentaire sur l’Opéra de Paris à l’occasion de la prise de fonctions de Stéphane Lissner, il ne pouvait pas soupçonner à quel point la période en question serait mouvementée et riche en rebondissements. Entre janvier 2015 et juillet 2016,  notre « Académie nationale de musique », comme on l’appelait jadis (le film s'ouvre sur des machinistes retrouvant les gestes des G.I. à Iwo Jima pour planter le drapeau au sommet de Bastille), est passée par tous les soubresauts désormais habituels d’une semblable institution, et par d'autres, moins habituels, et elle en est sortie à peu près indemne. L’Opéra est un documentaire mais n’a évidemment rien de didactique : s’il n’oublie quasiment personne dans l’armée entière qui s’affaire pour que fonctionnent Bastille et Garnier, il compte aussi quelques héros, quelques protagonistes récurrents dont on suit le parcours.

Il y a bien sûr le directeur de la grande boutique, avec son entourage immédiat, Jean-Philippe Thiellay, son adjoint (et ex-rédacteur de Forum Opéra), et Albane de Chatellus, responsable des relations extérieures. On les voit gérer les crises une par une, envisager envers le personnel des « gestes » que l’on devine financiers même si aucun chiffre n’est cité, ou réfléchir à une baisse du prix des places, dans un contexte politique et social où la pensée stratégique s’impose. On relève notamment quelques savoureux échanges autour de ce qui doit ou ne doit pas être dit (de l'importance du wording...).

Il y a le chœur de l’Opéra de Paris, que l’on suit depuis cette épreuve que fut Moïse et Aaron jusqu’au triomphe que le public réserva aux Maîtres chanteurs de Nuremberg. Négociations et coups de gueule d’abord, face à Romeo Castellucci, joie manifeste d’une troupe heureuse de participer au beau spectacle de Stefan Herheim, production achetée sous l’ère Joël. C’est aussi l’occasion d’attirer l’attention sur un point : on a beaucoup glosé sur les tourments du pauvre Easy Rider, mais le plus stressé de l’histoire était sans doute le chœur, que la présence sur scène d’un mastodonte pesant une tonne et demie n’avait rien pour rassurer.

Il y a Philippe Jordan, mais assez peu l’orchestre. Il y a Ilias Tzempetonidis, le responsable des distributions, qui est soudain confronté à un Gerald Finley qui renonce à interpréter Hans Sachs.

Il y aussi le corps de ballet, bien sûr, « l’affaire Millepied » étant forcément évoquée, mais la danse, tellement photogénique, ne se taille pas ici la part du lion, bien d’autres courts ou longs métrages lui ayant déjà été consacrés, notamment sur la fameuse 3e Scène. Il y a ces écoliers de ZEP accueillis dans le cadre de « Dix mois d’école et d’opéra ». Il y a les machinistes, régisseuses, habilleuses – « Elle [Olga Peretyatko] transpire beaucoup, quand elle sort de scène ? – Oui, elle est en nage » –, techniciennes de surface, etc. ; tous les « métiers de l’opéra » sont bien là.

Il y a aussi Misha Tymoshenko, jeune basse russe originaire d’Orenbourg qui est accepté au sein de l’Académie, voix superbe dont on suit les premiers pas, l’apprentissage de la mélodie française avec Jeff Cohen, l’admiration pour Bryn Terfel (qui lui demande de l’aider à préparer Boris Godounov !).

Il y a des moments où l’on rit franchement, des moments d’émotion, de la sueur plutôt que des paillettes. Les Kaufmanolâtres verront mais n’entendront pas leur cher Jonas mimer quelques répliques du chœur dans La Damnation de Faust. Et puis tout est bien qui finit bien. L’Opéra de Paris, tel que nous le montre ce film, est bien portant. Pourvu que ça dure…

 

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