22 ans après, le come-back de Kathleen Battle au Met

Par Jean Michel Pennetier | mar 12 Avril 2016 | Imprimer

Se souvient-on encore de Kathleen Battle, ce soprano léger qui obtint des triomphes sur toutes les plus grandes scènes du monde dans les années 1980 ? Battle connut durant une quinzaine d’années une carrière magnifique. Au Met, où elle fit ses débuts en 1977 elle interprêta de délicieux Oscar, des Rosine, de superbes Pamina, une pétulante Adina aux côtés de Pavarotti, souvent dirigée par James Levine qui l’adorait. En Europe, sa carrière fut plus discrète. A Londres, elle chantera Zerbinetta et Norina, à Vienne Adina. Karajan la choisit pour être sa Zerlina de son ultime Don Giovanni à Salzbourg en 1987. L’Opéra de Paris ne l’accueillit qu’une fois, en 1984, pour une délicieuse Blonde dans Die Entführung aus dem Serail et elle y obtint le triomphe de la soirée. Plus tard, quand on l’interrogeait en coulisses sur ses éventuels projets parisiens, elle répondait « Ah bon ? On chante à Paris ? ». De fait, rapidement, le comportement de Battle a commencé à ressembler à celui d’une caricature de diva. En 1985, à l’occasion de Nozze di Figaro au Met, elle jette dans le couloir les vêtements de Carol Vaness, considérant que la loge n°1 lui revient de droit. De même, elle réduira Tatiana Troyanos aux larmes lors des répétitions de Giulio Cesare. En 1992, à l’occasion de l’inauguration de la nouvelle saison du Boston Symphony Orchestra, elle exige de changer précipitamment d’hôtel car le restaurant servait des petits pois avec les pâtes. Un de ses albums voit sa sortie reculée de 6 mois car elle juge que sa poitrine n’est pas représentée de façon assez avantageuse. On cite également l’un des coups de fil les plus chers du monde : alors qu’elle est passagère à l’arrière d’une limousine en Californie du Sud, elle téléphone à son agent à New-York pour qu’il appelle la compagnie de limousines de Los Angeles afin qu’elle demande au chauffeur de baisser la climatisation ! On parle aussi d'une interview en direct qui prend du retard car le soprano veut se faire remaquiller. Normal, me direz-vous ? Peut-être pas pour une interview à la radio. En 1993, les représentations de La Fille du régiment à l’Opéra de San Francisco sont tellement éprouvantes que le staff arbore ensuite un T-shirt « I survived the Battle ». Pour l’occasion, la critique souligne, qu’à 47 ans, Battle commence à perdre ses moyens et que beaucoup de suraigus sont devenus pénibles. La conclusion viendra, brutale, durant les répétitions de ce même opéra au Met en 1994. Le caractère de Battle est tellement épouvantable (elle interdit par exemple qu’on la regarde quand elle chante et explose de colère quand ce n’est pas le cas) que Joe Volpe, directeur de l’institution, rompt son contrat. Battle est virée du Met et elle n’y reviendra plus. Un procès discret soldera le litige. A partir de cette date, sa carrière va globalement déclinant et la chanteuse ne se produit plus guère qu’au concert ou en récital. Il aura fallu toute la patience de Peter Gelb, actuel patron du Met, pour faire revenir Battle sur la scène de l’opéra new-yorkais, un projet qu’il caressait depuis une plusieurs années. Ce sera chose faite le 13 novembre prochain où la chanteuse interprètera son spectacle Underground Railroad – A Spiritual Journey, avec lequel elle a déjà tourné aux Etats-Unis dans des villes comme Détroit, Baltimore, Buffalo ou Philadelphie. Accompagnée au piano, Battle interprétera un programme de negro spirituals, entourée d’invités, et avec le chœur de l’Abyssinian Baptist Church. Le terme Underground Railroad  (ou « Chemin de fer clandestin ») se réfère au réseau de routes clandestines utilisées par les noirs américains fuyant, avec l’aide d’abolitionnistes,  les Etats pratiquant l’esclavage.

 

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