Adriana Lecouvreur en direct du Met : Netrebko au sommet de son art

Par Christian Peter | dim 13 Janvier 2019 | Imprimer

Pour son gala du 31 décembre le Metropolitan Opera avait choisi de proposer Adriana Lecouvreur de Cilea dans la production de David McVicar, avec une distribution particulièrement électrisante. C’est ce spectacle qui a fait l’objet de la retransmission en direct du Met dans les cinémas ce samedi 12 janvier.  Créé au Royal Opera House en 2010 cette production a beaucoup tourné, on a pu la voir notamment  à l’Opéra Bastille en 2015 et à Vienne en 2017 où Anna Netrebko effectuait sa prise de rôle.  Elle a également fait l’objet d’une parution en DVD avec Angela Gheorghiu et Jonas Kaufmann qui l’avaient inaugurée à Londres.

Le metteur en scène écossais situe astucieusement toute l’intrigue à l’intérieur d’un théâtre qui pourrait être la Comédie Française où s’illustra son héroïne,  nous faisant passer tour à tour des coulisses où règne la grande agitation qui précède le lever du rideau au premier acte, à la salle à l’acte trois pour la réception chez la Princesse de Bouillon et à nouveau dans les coulisses froides et désertées  au dernier acte. L’époque est respectée ce qui nous vaut de somptueux costumes, ceux que porte Adriana ayant été spécialement créés pour cette reprise. La direction d’acteurs, tout à fait lisible s’en tient stricto sensu aux didascalies.  

Des nombreux seconds rôles, tous excellents,  signalons le Prince de Bouillon autoritaire de Maurizio Muraro et l’Abbé de Chazeuil lubrique de Carlo Bosi. Loin des personnages hauts en couleurs qui ont fait sa gloire, tels Falstaff, Dulcamara ou Gianni Schicchi,  Ambrogio Maestri campe un Michonnet à la fois tendre et touchant, paternel et protecteur. Que d’émotion dans son bref monologue « Eccoci soli alfin » dans lequel son timbre chaleureux se pare d’accents mélancoliques irrésistibles. Toutes griffes dehors, Anita Rachvelishvili offre à la Princesse de Bouillon sa voix opulente et son timbre cuivré qui fait mouche dès les premiers mots de son air « Acerba voluttà »  lancés avec un aplomb et un volume impressionnants, puis la voix se fait caressante et sensuelle dans le duo qui l’oppose à Maurizio avant d’exprimer les affres de la jalousie face à Adriana. La mezzo-soprano se révèle également une actrice accomplie comme en témoignent à l’acte quatre les mouvements de la caméra qui alterne les gros plans de la princesse et de sa rivale traquant tour à tour sur leurs visages les sentiments qui les agitent. L’objet de sa passion est magistralement incarné par Piotr Beczala sur qui les ans semblent n’avoir pas de prise. A l’âge où bien des ténors connaissent les premiers signes du déclin, lui affiche une forme éblouissante, une voix claire et bien projetée, un registre aigu insolent, un jeu d’acteur en progrès constants et une silhouette de jeune premier. L’Adriana d’Anna Netrebko est captée au bon moment, la soprano ayant eu le temps de peaufiner son personnage à Vienne puis au Mariinsky en 2017 pour en offrir une incarnation tout à fait aboutie, passant avec le même bonheur du lyrisme de « Io son l’umile ancella » aux accents dramatiques de « Poveri  fiori » sans oublier la déclamation du monologue de Phèdre d’une intensité spectaculaire qui semble ressusciter les grandes tragédiennes du passé. Son timbre se marie idéalement avec celui de Rachvelishvili au point que leurs deux scènes sont de grands moments de théâtre. Ses duos avec Beczala évoluent sur les mêmes cimes.  Dans les passages élégiaques, Netrebko n’est pas avare de ces aigus flottants dont elle a le secret, tandis que son registre grave a gagné en profondeur comme en témoignent les accents poignants que lui arrachent les souffrances provoquées par le poison dans une scène finale hallucinante. La soprano devra cependant veiller à préserver l’unité entre ces divers registres.

Gianandrea Noseda propose une lecture précise et alerte de cette partition dont il fait ressortir une infinité de détails. Il excelle dans le drame aussi bien que dans l’élégie comme en témoigne le prélude du quatre d’une mélancolie infinie.

Le 2 février prochain Le Metropolitan Opera retransmettra Carmen dans les cinémas du réseau Pathé live avec Clémentine Margaine, Roberto Alagna et Aleksandra Kurzak dans les principaux rôles, sous la baguette de Louis Langrée.

 

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