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Barbara Bonney : déjà !?

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Brève
14 avril 2026

C’est un bel anniversaire qui laisse quand même un peu pantois : la grande Barbara Bonney souffle ce 14 avril ses 70 bougies !

Déjà !?

Mais quel est donc ce temps qui a passé sur nous alors que nous avons encore l’impression de découvrir une jeune prodige ? Que nous avons encore l’impression qu’une voix céleste est soudain venue chercher nos esprits trop terre à terre et nos cœurs trop troublés pour les amener vers la lumière, le temps d’un air, le temps d’un lied, le temps d’une chanson ; juste un instant ? Est-on bien certain que ce n’était pas l’instant d’avant ? Là, juste maintenant ?

Née aux Etats-Unis, à Montclair (ville bien nommée !) dans le New Jersey, elle commence par apprendre à jouer du piano et du violoncelle, jusqu’à intégrer les pupitres de violoncelles d’un orchestre de jeunes. Elle poursuit sa formation dans le New Hampshire puis, surtout, au Mozarteum de Salzbourg. Et c’est finalement sa voix, cette voix merveilleusement lumineuse, qui va faire passer tout ce que la musicienne a en elle de sensibilité, de délicatesse, d’incarnation. Elle débute en allemand à Darmstadt à 23 ans dans les Joyeuses Commères de Windsor. C’était en 1979 !

Déjà !?

On la remarque, puis on se l’arrache, de la Scala à Vienne en passant par le Met, Paris ou Covent Garden. Mozart ou Strauss sont les grands marqueurs de sa carrière lyrique, et elle s’intéresse également aux œuvres baroques mais elle se tourne peu à peu vers le lied, où elle fait tout autant merveille, de Schumann à Wolf en passant par Schubert. D’ailleurs Barbara Bonney n’a jamais économisé sa curiosité ni renoncé à explorer d’autres horizons, sans oublier ce qu’elle cherchait à transmettre, comme l’a montré son disque « Welcome to the Voice » où l’on croise Sting ou Elvis Costello, aux côtés du Quatuor Brodsky, d’autres artistes lyriques et de synthétiseurs. Bien sûr, le produit n’a pas fait l’unanimité et on peut toujours discuter le pourquoi du comment, mais il illustre à la perfection ce mélange entre curiosité, audace et rigueur artistique qui caractérisent l’artiste. Cette même rigueur et cette même curiosité qu’elle avait mises dans cet autre disque consacré aux mélodies scandinaves, « Diamonds in the Snow », couvert, lui, d’éloges.

Bien sûr, à lire tout ceci, on ne remarquerait pas nécessairement une différence fondamentale avec d’autres biographies de grandes interprètes dont nous célébrerions un gros anniversaire et qui ont aussi parcouru le grand répertoire, fait des pas de côté ou « cédé » au cross-over. Mais ce qui est particulièrement remarquable chez Barbara Bonney, comme chez quelques autres assurément, c’est que la poésie qui passe par cette voix cristalline s’accompagne d’une personnalité inspirante et généreuse, profondément ouverte aux autres, qu’ils soient simples mélomanes, artistes, jeunes apprenants, elle qui s’est consacré depuis des années à la transmission comme professeure, notamment au Mozarteum qui l’avait formée ; ou encore au Royal College of Music.

Le timbre, la musicalité, la ligne, l’attention au mot, la projection… relèvent évidemment à la fois, ou alternativement, ou successivement du don et de la technique, de l’inné et du travail. On peut bien sûr les admirer et même les révérer pour ce qu’ils sont et il y a grandement matière à cela dans le monde lyrique.

Mais sont-ils si nombreux, ces artistes qui touchent votre cœur à la première écoute, qui vous prennent instantanément par la main et que vous suivez d’instinct ? Sont-elles si nombreuses, les Sophie à qui l’on offrirait la Rose d’argent au premier son de la voix ? En tout cas, Barbara Bonney est de celles-ci et le temps n’y pourra jamais rien, c’est une question d’éternité.

Happy birthday, Madame !

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