Clémentine Margaine théâtralise la Messe en si à Clermont-Ferrand

Par Roland Duclos | mar 24 Décembre 2013 | Imprimer

Enfin une Messe en si mineur de Bach qui s’invente hors du hiératisme baroque et nous invite à regarder plus loin qu’une monumentalité datée ! Une Messe en si qui retrouve les élans d’un subtil balancement entre « archaïsme et modernité » selon l’expression d’Alberto Basso. Vendredi 20 décembre, à la Maison de la Culture de Clermont-Ferrand à l’invitation du Centre Lyrique d’Auvergne, Roberto Forés Veses à la tête de l’Orchestre d’Auvergne, n’a pas pour autant choisi une consensuelle voie médiane mais a sans complexe affirmé la légitimité d’une vision dynamique en dressant une cathédrale à la bipolarité bien vécue : une verticale sacralité habitée d’un lyrisme purement jubilatoire. Ferveur et générosité de la vision, et alacrité de la conduite accentuaient les contrastes de cette approche singulière avec un Et expecto quasiment dansant, sans en surjouer la spiritualité. Le chœur de la Generalitat Valenciana s’est avéré être un précieux auxiliaire, homogène et d’une pâte sonore d’une ductile souplesse. Pas de mystère : avec des voix jeunes, les pupitres de sopranos montent jusqu’au la sans problème dans le Confiteor et l’Et in Terra Pax. Les réserves viendront du quatuor de solistes manquant manifestement de cohésion. Si l’on applaudit sans réserve l’autorité d’un Josep-Miquel Ramon, baryton à la projection franche et au grain envoûtant et stylistiquement impeccable, on mettra un bémol à la prestation du ténor Jason Bridges, à la peine dans un Domine deus trahissant des problèmes de justesse et peinant à atteindre le haut du registre dans le Benedictus. Mais le magistral solo de flûte de Vincent Lucas reléguait presque cette contre-performance au second plan. Quant à la soprano Elena de la Merced, voix pourtant techniquement bien faite, elle pâtissait d’un manque de surface évident malgré de louables efforts pour convaincre. A sa décharge, la cohabitation avec une Clémentine Margaine sûre d’elle et douée d’un fort tempérament tragédien dans l’Agnus Dei, ne lui était guère favorable. Mais au bilan, des réserves que la force de conviction d’un Roberto Forés Veses parvenaient à reléguer au second plan. [Roland Duclos]
 

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