Après une longue et encore bien mystérieuse épopée, la statue du Drame lyrique a retrouvé l’Opéra-Comique, où elle avait été installée en 1899. La cérémonie d’inauguration s’est tenue le mercredi 11 mars à 18h, peu avant la première de Nuit sans aube de Matthias Pintscher, en présence du directeur Louis Langrée, des mécènes ayant contribué à l’achat du nouveau piédestal et des différents acteurs de cette rocambolesque aventure. Elle a été l’occasion d’entendre l’émouvant discours de Laurent Falguière, arrière-petit-fils du sculpteur devenu grand défenseur de son œuvre, ainsi que la très intéressante mise au point d’Agnès Terrier, dramaturge de la salle Favart, sur les possibles raisons de la disgrâce de cette statue, retirée en 1919 de sa première maison (à une époque où on ne parlait pas encore de cancel culture) : allégorie d’un genre jugé trop germanique, sa présence dans un lieu qui incarne l’esprit français par excellence serait devenue intolérable. Pour les plus curieux, un colloque a été consacré en janvier à l’insaisissable catégorie du drame lyrique (étiquette revendiquée par Massenet pour Werther comme par Debussy pour Pelléas) ; les enregistrements audio des interventions seront prochainement disponibles sur le site de l’Opéra-Comique.
Ce sont donc désormais trois femmes, et non plus deux, qui accueillent les spectateurs de l’Opéra-Comique. Cette statue attire le regard dès qu’on l’aperçoit derrière la première rangée de colonnes du hall : la pose qui conjugue nonchalance et puissance, le regard qui toise de façon énigmatique à la faveur de son contrapposto moderne en font une présence d’une intensité assez saisissante et qui ne manque pas de mystère. Son attitude tranche avec la facilité aguicheuse des statues de Carmen et de Manon, qui ont gardé leur place. Que chacun aille se faire son avis sur cette nouvelle arrivée, ainsi que sur la façon dont elle a été intégrée à un hall qui n’était pas pensé pour accueillir trois statues.


