Dessay et Legrand à Marseille chassés par les sirènes

Par Frédéric Platzer | jeu 31 Octobre 2013 | Imprimer

Après l’Olympia, le duo Natalie Dessay Michel Legrand est passé mercredi 30 octobre au Silo de Marseille, bel exemple de reconversion assez réussie d’un patrimoine industriel en équipement culturel. Il s’agissait pour les artistes de présenter en concert le répertoire enregistré dans l’album qui est sorti ces jours-ci (Entre elle et lui : Natalie Dessay sings Michel Legrand), compilation de chansons écrites par Michel Legrand pour le cinéma (des Parapluies aux Demoiselles en passant par Yentl, Un Été 42 ou L’Affaire Thomas Crown sans oublier Peau d’Âne) ou d’autres chanteurs (Claude Nougaro). Pour l’occasion, les artistes étaient accompagnés par les mêmes musiciens que sur l’album : Pierre Boussaguet à la contrebasse, François Laizeau à la batterie et Catherine Michel (l’épouse du compositeur) à la harpe, tous formidables. Par rapport à ce dernier, nous avons pu bénéficier d’un beau solo de contrebasse sur You Must Believe in Spring (la chanson de Maxence), d’un jouissif exercice de style pianistique où Michel Legrand s’est amusé à jouer un de ses titres à la manière de Duke Ellington, George Shearing, Eroll Garner, Art Tatum, Dave Brubeck, Oscar Peterson et Count Basie et d’un (trop) long morceau pour harpe basé sur des thèmes de Yentl.
Michel Legrand (trois Oscars au compteur !) a été égal à lui-même quant à son jeu de piano virtuose (gammes et arpèges ébouriffants) et on lui a pardonné bien volontiers la faiblesse de sa voix dans les duos (Les Moulins de mon cœur et surtout Les Parapluies de Cherbourg). Quant à Natalie Dessay, après sa décision de mettre sa carrière lyrique de côté et de passer à autre chose, force est de constater qu’elle a été parfaite dans ce répertoire qu’elle connaît et apprécie depuis longtemps. Emotion, énergie et complicité avec son partenaire ont été les maître mots d'un spectacle qu’elle a habité de son habituelle présence scénique. Tout le monde a en mémoire les voix de Danielle Licari ou d’Anne Germain. Mais la performance de la Dessay a été excellente même si en cas d’urgence vocale, la technique opératique revient souvent au galop !
Deux moments particuliers sont à retenir : tout d’abord, au bout d’une heure de spectacle, passée extrêmement rapidement, les musiciens saluèrent et quittèrent la scène sans dire un mot. Le public, interloqué, a commencé à murmurer. Michel Legrand est alors remonté sur scène en précisant qu’il ne s’agissait que d’un entracte et que tout le monde pouvait ainsi se reposer ! L’autre moment se situe à la fin, lors du 2e bis, lorsque Natalie Dessay a commencé à chanter La Chanson de Delphine (déjà jouée à la contrebasse en début de spectacle). Les premières phrases étaient simplement magiques : l’alliage de la voix magnifique et du piano discret laissait présager un moment exceptionnel de toute beauté. Las ! Au bout de quelques instants, un message audio d’évacuation enregistré dans plusieurs langues intimait à tous l’ordre d’évacuer la salle. Les artistes ont terminé le couplet en cours et ont salué d’un air désolé le public qui quittait la place. Nous n’aurons jamais la fin de la chanson et ce raté informatique nous laissera à jamais un triste goût d’inachevé. [Frédéric Platzer]
 

 

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