Il avait coutume de dire que son passé de musicien populaire au Rio de la Plata y était pour quelque chose tout en soulignant que les musiques populaires latino-américaines puisaient encore aujourd’hui leurs sources dans la musique baroque. Sa passion pour les langues hispaniques et pour l’italien y était aussi pour beaucoup, tout comme ses découvertes d’opéras et d’oratorios du baroque latino-américain enregistrées entre 1992 et 1994. Cela s’entend dès le début de L’Orfeo, enregistré deux ans plus tard en Sicile. La déclamation du texte semble inspirer tout naturellement la musique. Au premier acte, après la toccata d’ouverture rythmée comme jamais où les timbres profonds des cornetti et trombones dominent dans le ritornello, les merveilleux musiciens de l’ensemble Elyma introduisent, comme s’ils le fredonnaient, le texte que chante le personnage de la Musica. Moment suspendu que ce début grâce à l’émouvante soprano Maria Cristina Kiehr qui sait allier sa science du chant baroque à la simplicité des chanteuses populaires (comme elle en a connu en Argentine où elle est née) pour lesquelles le mot guide tout simplement le chant (CD 1, pl. 2). Orfeo qui entre en scène peu après est de la même veine dans l’interprétation du baryton Víctor Torres. Quelle belle diction de l’italien tant dans le legato lyrique que dans la déclamation plus théâtrale de « Rosa del Ciel » ou du célèbre « Ecco pur qu’a voi ritorno » (Victor Torres a été formé à l’opéra au Teatro Colón de Buenos Aires) (CD 1 – Pl 5 et 8). Il est vraiment poignant dans la déclamation funèbre qui suit la mort d’Eurydice (CD 1 – Pl 12). Et s’il ne fallait écouter qu’un seul acte de l’opéra, c’est sans conteste l’acte trois, tellement puissant tragiquement, qu’il faudrait choisir. Victor Torres y est particulièrement saisissant variant l’émission vocale, suivant le drame, alternant des sons droits à une vocalité plus opératique sans oublier la virtuosité des différentes sortes de mélismes et ornementations de la ligne de chant. L’orchestre est sans arrêt à l’écoute et semble improviser à chaque instant comme au théâtre. Mention spéciale au chœur Antonio Il Verso de Palerme.
Víctor Torres (Orfeo), Adriana Fernández (Euridice), Gloria Banditelli (Sylvia, Messagiera), María Cristina Kiehr (Speranza, La Musica), Antonio Abete (Caronte), Furio Zanasi (Plutone, Pastore IV), Roberta Invernizzi, (Proserpina, Ninfa), Maurizio Rossano (Apollo)
Gerd Türk, Fabián Schofrin, Giovanno Caccamo et Salvatore Sutera (pasteurs et esprits).
Gabriel Garido, Ensemble Elyma & Ensemble vocal Studio di musica antica Antonio il Verso (Palermo).
K617 – 2 disques – Date de parution : 1996. Enregistrement la même année du 18 au 23 juillet 1996, en l’église de Saint Martin à Erice (Sicile).



