En direct du Met, Carmen dirigée de main de maître

Par Christian Peter | dim 03 Février 2019 | Imprimer

C’est au tour de Carmen d’avoir les honneurs d’une diffusion en direct du Metropolitan Opera dans les cinémas ce samedi 2 février. Créée à la fin de l’année 2009 la production signée Richard Eyre avait déjà été retransmise en janvier 2010 et publiée en DVD. Marceau Ferrand et Yannick Boussaert ont exprimé les réserves que leur a inspirées ce spectacle et plus particulièrement ses décors, réserves auxquelles nous adhérons pleinement même si au cinéma, l’attention des spectateurs se portait surtout sur les protagonistes, les plans d’ensemble étant rares. Reconnaissons cependant à ce travail le mérite de ne pas défigurer l’intrigue, de ne pas la transposer non plus dans des lieux incongrus et même de captiver l’auditoire lorsque l’on dispose de chanteurs / acteurs de la trempe de ceux qui nous sont proposés, notamment quand les caméras scrutent leurs visages comme au premier acte, durant la habanera, où une  succession de champ-contrechamp dévoile les sentiments respectifs de Carmen et José bien avant que leurs mots ne les expriment.

Nous ne nous attarderons pas non plus sur les seconds rôles dont les mérites vocaux sont parfois occultés par une prononciation peu intelligible – voire risible pour un auditeur francophone comme c’est le cas du Moralès d’Alexej Lavrov. Si la puissance de la voix d’Alexander Vinogradov semble avoir conquis les spectateurs du Met, au cinéma nous avons surtout entendu un timbre peu flatté par les micros, affublé d’un accent russe envahissant, dans une caractérisation dépourvue de charisme. Son Comte Walter dans Luisa Miller l’an passé avait une toute autre trempe. En revanche le timbre onctueux d’Aleksandra Kurzak, la rondeur de ses aigus, la splendeur de ses piani séduisent immédiatement l’oreille. Son « Je dis que rien ne m’épouvante » est l’un des plus beaux et des plus émouvants que nous ayons entendu. Quant à son français, il nous a paru à peu près intelligible, la proximité des micros sans doute. Face à Carmen, cette Micaëla ne manquait ni d’aplomb ni de caractère. Prudent en début de soirée, le Don José de Roberto Alagna a gagné au fil de la représentation en intensité dramatique et en volume pour culminer dans une scène finale hallucinante qui laisse augurer du meilleur pour son prochain Otello à l’Opéra Bastille. A l’entracte le ténor a annoncé qu’il interprèterait enfin Lohengrin en version de concert aux côtés de son épouse la saison prochaine sans préciser dans quel théâtre l’événement aura lieu. Dotée de moyens conséquents, Clémentine Margaine campe une Carmen directe et spontanée dont la gouaille échappe à toute vulgarité. Si certains aigus ont paru quelque peu stridents, le registre grave, jamais appuyé, est émis sans effort comme en témoigne l’air des cartes dans lequel la mezzo-soprano fait valoir un impeccable legato et un souffle qui paraît inépuisable. Dans la scène finale elle se hisse sur les mêmes cimes que son partenaire.

A la tête du somptueux Orchestre du Metropolitan, Louis Langrée montre une fois de plus quel grand chef de fosse il est: sa direction nerveuse et enlevée capable d’infinies nuances et d’éclats spectaculaires avec un sens aigu du théâtre lui a valu des acclamations bien méritées.

Le samedi 2 mars, c’est La Fille du régiment dans la célèbre production de Laurent Pelly qui fera l’objet d’une retransmission dans les cinémas du réseau Pathé Live avec dans les principaux rôles, Javier Camarena et Pretty Yende.

 

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